Éric Kerrouche : « Il y a régulièrement dans le débat politique des expressions antisémites »
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Vous écoutez Bonjour Chez Vous, un podcast de Public Sénat. Bonjour Éric Quérouche, merci d'être notre invité sénateur socialiste des Landes, vice-président de la délégation sénatoriale aux collectivités territoriales et à la décentralisation. On va revenir sur les municipales, c'est dans un mois tout pile maintenant, et sur la confiance entre les Français et les politiques qui s'érodent. Mais d'abord, on regarde ensemble les unes de la presse régionale. Trois titres qu'on a sélectionnés, la une de Sud-Ouest, la vie sous les eaux. Votre département des Landes est en alerte, comme beaucoup de départements voisins, dans les communes touchées par les crues.
Les habitants qui le souhaitent sont évacués. Ceux qui restent s'adaptent, tant bien que mal. Deuxième une, scène du Maine libre, police municipale, l'armement en débat. Ça fait partie des questions qui animent la campagne des municipales, alors que la sécurité reste la préoccupation majeure des Français. Faut-il armer la police municipale ? Et puis la dernière une, c'est celle du Dauphiné. C'est la joie des sportifs français au JO. L'équipe de France qui bat son record de médailles aux Jeux olympiques d'hiver. Déjà 15 médailles, alors qu'il reste une semaine de compétition. Des sourires à la une, ça fait du bien. De quelle une avait envie de nous parler ?
Peut-être la première, parce que je suis concerné un peu par la situation. On voit bien qu'avec le dérèglement climatique, il y a vraiment ce genre d'événement extrême qui se multiplie. Et dans le Sud-Ouest, ça a pris à la fois des inondations et d'une tempête qui est passée, notamment dans mon département, dans les Landes. Et je pense qu'on ne s'intéresse pas vraiment beaucoup à ces sujets. En tout cas, ils passent à l'arrière de l'actualité, alors que pour les gens qui les vivent au quotidien, notamment dans les Landes ces derniers jours, ça devient de plus en plus compliqué.
Je crois qu'il faut qu'on voit les choses en face et qu'on s'attelle à répondre à des vrais problèmes et pas forcément à des polémiques qui sont souvent superficielles, mais qui oublient complètement le fait que, de manière structurelle, on va vers un autre monde et que notre pays, nos départements vont être touchés progressivement.
Avec quoi ? Plus de prévention ? Un autre aménagement du territoire ? Il y a aussi chez vous la problématique de l'érosion du trait de côte. Comment on gère ça ?
D'abord, pas en refusant la réalité ou en faisant, comme aux États-Unis, comme si le réchauffement climatique n'existait plus.
Mais qui fait ça ?
Là, Donald Trump, puisque vous avez vu qu'il a… Chez nous, il y a quand même le fait que, de plus en plus, l'ensemble de ces thèmes passent à l'arrière-plan, de manière manifeste. On fait comme si on ne pouvait pas y arriver, on fait comme si on ne pouvait pas s'adapter. Or, encore une fois, ça va avoir des conséquences sur la vie de millions de Français. Et c'est vraiment ça qu'il faut qu'on regarde en face, sans s'en cacher, comme on le fait actuellement, en se déviant sur d'autres thèmes qui, à mon sens, ne sont pas aussi importants.
Vous pensez auxquels ?
Je pense à une grande partie des thèmes défendus par l'extrême droite. On est vraiment dans l'agitation. Vraiment, c'est ça. C'est le refus de la réalité, comme si, en refusant l'obstacle, on allait pouvoir le contourner. Ça ne sera pas le cas.
On va parler de ces déclarations d'Emmanuel Macron, qui, hier, dans un entretien à Radio-J, a exprimé des positions vis-à-vis de la France insoumise concernant la question de l'antisémitisme. On va l'écouter, le président de la République.
Il y a clairement des expressions antisémites qui émergent et qui doivent être combattues. De toute façon, d'où qu'elles soient, je constate que, dans les positions qu'ils prennent, en particulier sur l'antisémitisme, ils contreviennent à des principes fondamentaux de la République.
Vous allez parler de certains membres de la France insoumise. Qu'est-ce que vous dites de ces propos ?
Je dis que l'antisémitisme, pendant longtemps, a été un poison français. Il a été un poison de la vie politique française, en gros, depuis l'affaire Dreyfus. Et que rien ne justifie l'antisémitisme. C'est aussi simple que ça. Je pense qu'il n'y a pas à rentrer dans les détails. C'est un comportement global qui n'est pas acceptable. Ce n'est pas, d'ailleurs, une opinion. C'est un délit. Après, il y a les conséquences qu'envisage Emmanuel Macron du strict point de vue de la classification politique de tel ou tel parti.
Mais revenir au fait que la France a vécu une bonne partie de son histoire avec un antisémitisme fort, qu'il a été difficile de s'en débarrasser et qu'il n'est pas question de revenir en arrière. Ce n'est pas une défense de l'État d'Israël. C'est simplement le fait qu'en République, des opinions ne sont ni tenables ni acceptables.
Mais est-ce qu'il y a des expressions antisémites chez certains membres de la France insoumise, comme le dit le chef de l'État ? Est-ce que vous êtes d'accord avec ça ?
Je pense qu'il y a des expressions antisémites dans le débat politique de manière régulière. Après, sur la stigmatisation des uns ou des autres, sur la stigmatisation des uns ou des autres, je pense encore une fois qu'on va coller des étiquettes sur les uns en oubliant ce que font les autres. Ce que je vous dis, moi, c'est que de manière globale, toute expression en ce sens, et d'où qu'elle vienne, est condamnable.
Il a parlé de la France insoumise. Il a aussi pointé du doigt certaines expressions du Rassemblement national. Mais là, à la France insoumise. Est-ce qu'aujourd'hui, la rupture, elle est actée entre le PS et la France insoumise ?
Je crois que c'est assez net. Vous l'avez vu dans les différentes évolutions qu'on a eues ces derniers mois. Il y a une vraie rupture parce que la France insoumise se comporte sur beaucoup de sujets, à mon sens, de manière irresponsable. Je ne pense pas, et on l'a encore vu, on va y revenir, je ne pense pas que le fait de radicaliser la vie politique soit une bonne évolution. Pour moi, c'est tout le contraire. C'est un retour considérable en arrière. Et tout ce qui va dans ce sens entraîne des risques.
Le jeune Quentin, 23 ans, est mort ce week-end après avoir été violemment agressé en marge d'une manifestation du collectif identitaire Némésis pour lequel il assurait la sécurité des militants. C'était une manifestation pour protester contre une conférence de l'eurodéputé LFI Rima Hassan. Quel est l'état d'une société qui en arrive à ce type d'acte ?
Tout ce que je sais, c'est qu'à la fin, un adolescent, un gamin de 23 ans est mort et qu'actuellement, il y a sa famille, ses proches qui le pleurent. Et encore une fois, revenir juste en arrière, je ne voudrais pas que les années 30 de ce siècle ressemblent aux années 30 du siècle précédent. avec une violence politique débridée et les conséquences que ça peut avoir. Les drames, le deuil et en fait le malheur. Donc, encore une fois, il y a un rôle, je pense, de l'ensemble des responsables politiques à faire en sorte que nous allons vers la pacification. Je ne le vois pas dans les dernières expressions que j'ai pu entendre.
– Dont celle de Gérald Darmanin ? Vous visez qui ? Hier, Gérald Darmanin, on l'a entendu dans le journal.
– J'entendais la Marion Maréchal-Le Pen. Enfin, je veux dire, pour moi, il y a une certaine obscénité… – On dit que la France insoumise a du sang sur les mains. – Mais à vrai dire, il y a une certaine obscénité. D'où que ça vienne, à utiliser quelque chose qui est aussi dramatique qu'un meurtre ? Et là aussi, je pense qu'on a, on doit raison garder, c'est manifestement pas le chemin que ça prend.
– C'est l'ultra-gauche qui a manifestement tué, a dit hier Gérald Darmanin sur notre antenne. Que pensez-vous de ça ?
– Je pense qu'il y a une enquête, que ça va établir les responsabilités, qu'il y a des soupçons actuellement. Mais encore une fois, Gérald Darmanin garde des sceaux. Et je pense qu'il doit attendre, comme tous les autres, qu'on sache exactement les tenants et les aboutissants. Pour l'instant, tout le monde fait des suppositions. Mais à la fin, encore une fois, il ne reste qu'une chose. Cet adolescent ne sera plus là demain. Et rien que ça devrait nous faire réfléchir.
– Il a aussi dit, Gérald Darmanin, il a aussi parlé dans cette même émission d'une complaisance de la France insoumise pour la violence politique. Est-ce que vous êtes d'accord avec ça ?
– Oui, enfin, encore une fois, j'entends la volonté de stigmatiser les uns ou les autres. Mais on devrait se poser la question pour l'ensemble du spectre politique. Qui que ce soit qui ait de la complaisance envers ce genre d'actes n'a pas sa place dans l'inscription républicaine qui est la nôtre. C'est aussi simple que ça, pour moi.
– Est-ce que ça montre la fragilité de la démocratie ?
– Ça montre que, d'abord, par définition et par essence, la démocratie est fragile. Ça montre aussi que, quand les affrontements politiques prennent le pas sur tout ce qui nous rassemble, voilà ce que ça donne. Et justement, on ne sait pas jusqu'où ça peut nous amener.
– Une fragilité de la démocratie qui s'illustre aussi par la rupture marquée entre les Français et les politiques. Le baromètre annuel de Sciences Po et du Cevipop sur la confiance en politique n'est pas très encourageant. Alexandre, qu'en est-il ?
– Oui, selon cette enquête, 22% des Français seulement ont confiance dans la politique. Et si on observe cette confiance chez nos voisins européens, elle est nettement supérieure. 45% des Allemands ont confiance dans la politique, 44% des Britanniques et 40% des Italiens. Il y a donc une défiance française dans nos élus et dans nos responsables politiques. Et puis également, dans le fonctionnement de notre démocratie, 23% des Français pensent que la démocratie fonctionne bien. C'est deux fois moins qu'il y a 15 ans. et encore une fois, nettement inférieure à nos voisins européens.
52% des Allemands estiment que leur système démocratique fonctionne bien, 54% des Britanniques et 40% des Italiens. Selon vous, Éric Quérouche, qu'est-ce qui explique cette défiance française dans la politique ?
– Alors, vous l'avez dit, c'est ça qui nous caractérise. C'est le fait qu'il y a un décrochage complet entre les Français et leur système politique. Ce qui n'est pas très encourageant. Et qu'à chaque fois, à chaque baromètre, on voit que cette confiance diminue. Ce qui est quand même un problème fondamental. On ne peut pas continuer à construire, on ne peut pas continuer à vivre ensemble s'il n'y a pas un minimum de confiance politique. Or, il est vrai que dans le climat que nous traversons notamment depuis 2024, les Français ont l'impression que leur système institutionnel est complètement grippé et que, d'une certaine façon, les responsables politiques vivent entre eux, mais pas pour eux.
Et ça, je pense que ça explique une grande partie du fossé qui est en train de se creuser et qui est vraiment béant.
Un manque de confiance qui est dû à la situation parlementaire actuelle.
Oui, car selon ce baromètre face à cette situation parlementaire actuelle, vous en parliez, Éric Quérouche, avec une absence de majorité à l'Assemblée nationale, où il faut débattre davantage, trouver des compromis entre les partis et trouver des compromis avec le gouvernement, et bien 22% des personnes interrogées pensent plutôt positivement que c'est le début d'un nouveau fonctionnement démocratique et qu'il faut aller plus loin dans cette direction après la présidentielle de 2027. Mais 49% des Français estiment que c'est une situation transitoire et qu'il faudrait revenir à une majorité nette à l'Assemblée nationale. Quel est votre avis sur la question ?
Est-ce que cette situation parlementaire inédite est plutôt positive et doit changer notre culture politique pour trouver des compromis ?
Alors d'abord, je vais peut-être répondre aux 49% qui pensent que c'est une situation transitoire, ça ne l'est pas. En fait, il y a une fragmentation de plus en plus forte de notre espace politique et elle est structurelle. Et donc, on ne reviendra pas en arrière. Il y a 11 groupes à l'Assemblée nationale, on n'avait jamais vu ça, et en plus, il y a des groupes politiques qui visent en fait à ne pas continuer le chemin. Donc, on a une incapacité à se comprendre et en fait, une grande partie de ce qui se passe actuellement est expliquée par le mode de scrutin majoritaire qui ne fonctionne plus dans les conditions qui sont celles de notre débat politique.
Donc, il faut aller vers la proportionnelle ? Alors, pour moi, c'est une évidence évidente et j'en reviens au sujet précédent. Encore une fois, en France, le compromis, c'est de la compromission. Ailleurs, le compromis, c'est la façon de faire fonctionner le système politique. Donc, ou on va vers une logique de compromis plus importante, ou alors on ira et on sautera de crise en crise parce que, quand bien même il pourrait y avoir une majorité absolue, il n'en demeure pas moins que dans le temps, la tripartition de l'espace politique, la fragmentation fait que nous serons obligés de coopérer ensemble. La première condition, c'est de mettre en place un scrutin proportionnel.
Alexandre, en revanche, on peut dire que les Français ont confiance dans leurs élus locaux ?
Oui, 60% des Français ont confiance dans leur maire. C'est nettement plus que dans leurs députés, 20% et dans leurs sénateurs, 26%. D'ailleurs, une grande majorité des citoyens, 79%, estiment qu'il faut donner plus de pouvoir aux collectivités locales face à l'État. C'est ce qu'on appelle la décentralisation. 58% des personnes interrogées veulent même transformer la France en un État fédéral comme l'Allemagne avec des régions qui ont beaucoup de pouvoir. Éric Quérouche, cette décentralisation donnait plus de pouvoir aux élus locaux. Est-ce que c'est la solution à notre crise politique ?
C'est une des solutions quand on voit les blocages notamment liés à l'action d'un État central qui veut encore être omnipotent alors qu'il n'en a plus les moyens. Il faut s'adapter aux territoires et il faut que les territoires aient la capacité de s'adapter. Ça veut dire de la différenciation parce que si on continue à traiter de manière égale des situations différentes, eh bien, on conforte les inégalités dans le temps. Il faut plus de pouvoir pour les territoires, il faut plus de pouvoir pour les élus et sans doute plus de moyens contrairement à ce que fait l'État actuellement qui leur reprend.
Oui, mais chaque territoire a des ressources différentes notamment en termes de croissance économique. Donc, si on donne plus de compétences à chaque territoire, on va peut-être aggraver les inégalités.
D'où la volonté d'une différenciation. La différenciation, ça ne veut pas dire qu'on laisse les plus gros continuer à se développer. Il faudra toujours qu'il y ait des mécanismes de compensation et de solidarité. Ce que je dis simplement, c'est que tant qu'on ne continuera pas, parce que c'est le cas, à faire confiance au territoire au nom d'une prétendue expertise plus forte de l'État central, eh bien, on se trompe. C'est des territoires que viennent les solutions qui sont mises en œuvre. Et en France, en France, elles sont sous un dôme. Elles sont vraiment limitées.
On va reparler de décentralisation. Jefferson Desport est là avec nous de Sud-Ouest. Il va vous interroger là-dessus dans quelques instants. Mais on finit, Alex, par ce baromètre et par la probité qui n'est pas la qualité première des responsables politiques selon les Français.
Le chiffre est sans appel. 76% des Français estiment dans cette enquête que les dirigeants politiques sont, je cite, plutôt corrompus. Mais en revanche, ils font confiance à la justice pour gérer les affaires politico-judiciaires. 55% estiment que c'est aux juges et non aux citoyens de statuer sur l'inéligibilité des candidats qui ont enfreint la loi. Une question qui est forcément posée dans le contexte de l'affaire judiciaire qui vise Marine Le Pen et le Rassemblement à l'approche de l'élection présidentielle.
Ce chiffre sur la confiance des Français dans la justice pour juger les affaires politiques, il est quand même plutôt rassurant dans le contexte actuel où on a tendance dans les affaires politico-judiciaires à mettre le curseur sur la justice.
La justice est indépendante, elle doit être respectée et je suis heureux que les Français partagent majoritairement ce sentiment. Encore une fois, si des délits, si des crimes ont été commis, ils doivent être sanctionnés pas par une justice politique, pas par une justice citoyenne, mais bien entendu par ceux qui sont faits pour la mettre en place.
Et les municipales, on le disait, elles ont lieu dans un mois des maires qui font le choix certains de ne pas se représenter. On va aller dans la Manche. Bonjour Patrick Lepelletier, merci beaucoup d'être avec nous. Vous êtes maire de Savigny-le-Vieux. Patrick Lepelletier, vous êtes élu depuis 30 ans, vous êtes maire depuis 12 ans. Pourquoi vous avez choisi de ne pas vous représenter ?
Bonjour, j'ai choisi d'arrêter la mairie parce que ça fait 30 ans que je suis dans le conseil municipal, je suis en retraite, j'ai pris ma retraite professionnelle il y a deux ans, j'ai pu partir à 60 ans. Je pense que j'ai fait tout le tour de la mairie. Dans nos petites collectivités, on touche à tout, c'est vrai que c'est vraiment beaucoup passant, on peut être appelé pour plein de choses, donc à un moment, j'ai envie de passer la main et profiter un peu de la vie.
Vous le dites, le maire d'une petite commune aujourd'hui, c'est un couteau suisse, est-ce que la fonction de maire, vous qui êtes élu depuis des années, est-ce que la fonction de maire, elle est de plus en plus difficile à exercer ?
– Oui, la fonction de maire est de plus en plus difficile. On vit dans un monde d'abord qui est exigeant, l'État nous demande de plus en plus de choses, on nous donne de moins en moins de moyens et puis nous, on nous donne plein de choses, les gens nous demandent des fois pour un week-end d'autres choses, on peut nous demander pour couper du bois, pour plein plein de choses, on est toujours dérangé, voilà, au bout d'un moment, je n'ai plus envie de continuer cette profession et on s'en aperçoit dans nos petites communes que plein de maires arrêtent plus ou moins certains par l'âge et puis certains en ont marre.
– Monsieur Quérouge, vous entendez le témoignage de ce maire, ce ras-le-bol, vous le comprenez ?
– Je le comprends complètement, il a résumé la situation, c'est une tâche qui est de plus en plus exigeante, de plus en plus technique, il y a des demandes de plus en plus fortes pour ne pas dire plus des citoyens, et des moyens qui baissent, il faut se souvenir qu'en France, il y a 84% des communes qui ont moins de 2000 habitants, il y a la moitié qui ont moins de 500 habitants, donc on est dans une situation où on a un tissu communal qui n'a pas forcément beaucoup de moyens, ni financiers, ni humains, et dans ce cas-là, le poids, il est complètement sur les élus et singulièrement sur la personne du maire, donc c'est un rôle très compliqué.
– Monsieur le maire, il y a des lois, il y a des textes qui ont été pris, notamment sous l'impulsion du Sénat, pour essayer de faciliter justement la tâche des élus, la tâche des maires, ça ne suffit pas selon vous ?
– Oui, il y a eu des lois, et puis il y a aussi, oui c'est vrai, il y a eu des choses comme ça, mais aussi dans nos campagnes, je pars chez nous, l'énorme problème, c'est qu'on n'arrive pas à trouver de secrétaire de mairie, notamment. Moi j'ai connu, quand j'ai commencé mon premier mandat, la secrétaire de mairie s'est blessée, elle était trois mois arrêtée, on ne trouve personne pour les remplacer.
Alors nous, on n'a pas les compétences pour gérer les fiches de paie, pour gérer un tas de choses et trouver des secrétaires de mairie, il va falloir qu'il soit fait quelque chose, notamment par chez nous, on n'a pas de secrétaire de mairie, on est le maire et la secrétaire de mairie, c'est les deux points principaux dans nos petits villages.
C'est un vrai sujet.
C'est clair, le binôme entre le maire et son et souvent sa secrétaire de mairie, il est essentiel. Et on a essayé de revaloriser le statut des secrétaires de mairie, mais ce n'est pas suffisant, il faut aller plus loin parce qu'encore une fois, M. le maire vient de le dire, s'il n'y a pas ce fonctionnement en binôme, en couple, l'un a besoin de l'autre et s'il n'y a pas cette couverture administrative, eh bien, encore une fois, la commune devient dysfonctionnelle.
M. le maire, juste une question parce qu'on voit dans cette campagne municipale des maires qui arrêtent qui ne trouvent pas de successeurs. Est-ce que vous, vous en avez trouvé un ?
Oui, nous, on a trouvé un maire et je voudrais rajouter une petite chose où j'ai une équipe qui m'a remplacée. Quand j'ai commencé dans le conseil municipal, on avait 25 personnes qui se présentaient. Maintenant, nous, c'est une équipe de 11 et trouver une équipe de 11, c'est difficile et nous, dans nos petits villages, on ne fait pas partie d'un groupe. On peut voter à droite, à gauche, au centre, n'importe quoi. Nous, ce qu'on défend, c'est notre village. On veut garder notre identité.
Il y a eu un changement du mode de scrutin dans les petites communes. Éric Quérouche, où avant, il y avait ce qu'on appelait un panachage. On pouvait barrer des noms et choisir sur différentes listes. Là, il y a un scrutin de listes avec la parité. Est-ce que ça a compliqué aussi la tâche dans les petites communes ou pas ?
Alors moi, je crois que c'est le contraire parce que, d'abord, ayant travaillé fortement il y a une possibilité de présenter éventuellement deux personnes en moins sur la liste. Donc, la liste est complète plus vite. Et c'était aussi pour éviter ce dont on vient de parler parce que le tir au pigeon, la capacité à rayer le maire ou son premier adjoint, c'est aussi quelque chose qui pouvait être compliqué pour les maires à vivre. Donc, l'idée, c'était plutôt de leur simplifier la tâche.
Merci Patrick Lepelletier. Merci beaucoup d'avoir été avec nous, maire de Savigny-le-Vieux. C'est dans la Manche. Merci beaucoup.
On va continuer
à parler de décentralisation, je le disais, avec Jefferson qui est grand reporter à Sud-Ouest. Bonjour Jefferson, vous vouliez vous interroger Éric Quérouche sur ce sujet ?
Bonjour Orianne. Oui, bonjour Éric Quérouche. Pour rester dans le sujet des élus locaux, Sébastien Lecornu, le Premier ministre, a promis un grand acte de décentralisation. Concrètement, qu'est-ce que vous en attendez Éric Quérouche ou vous qui travaille sur ces questions-là ?
De l'acte de décentralisation du Premier ministre ? Qu'est-ce que j'en attends ? Je ne m'attendais pas à cette question. C'est sur la table. Alors, c'est sur la table, mais dans l'état actuel des choses, pas grand-chose. Mais pas grand-chose, pas forcément négativement. Je pense qu'on sera plutôt dans un texte de correction à la marge, mais que dans la situation dans laquelle se trouve Sébastien Lecornu, il y a peu de chances qu'on soit dans un grand élan décentralisateur.
Il y aura même trois textes d'après les...
Oui, mais il y a déjà eu un grand décret de simplification. Ce que je veux dire par là, c'est qu'on est plutôt dans la logique de texte correctif jusqu'en 2027. On n'est absolument pas dans une dynamique de mouvement. Donc, j'en attends des corrections. J'attends de voir aussi ce qui sera fait en termes de moyens. Mais je n'attends pas un grand soir de la décentralisation et donc de répondre aux défis qu'on a évoqués tout à l'heure, c'est-à-dire à la capacité à redonner un véritable pouvoir au territoire.
Justement, je reste sur cette question-là parce que vous venez de sortir un livre, Éric Carouche, Le casse-tête démocratique. Vous faites des propositions dedans. Il y en a notamment une. Peut-être que vous la formulerez à Sébastien Lecornu. En tout cas, c'est de revaloriser le rôle des oppositions municipales pour donner un peu plus de sens parce qu'on sait que dans les oppositions municipales, c'est souvent un faire acte de présence. Est-ce que cette proposition-là, vous êtes prêts à la défendre, en tout cas à la reproposer ?
– Alors, si je les ai faites, c'est forcément que je suis prêt à les défendre. Encore faut-il qu'elles soient acceptées. L'idée, encore une fois, je reviens parce qu'on revient toujours à ce thème. Si on est dans une logique de polarisation, même au niveau national, on est dans une logique de radicalisation politique. Or, la nécessité démocratique, c'est de savoir s'écouter. Et là, le système démocratique local ne permet pas que l'on s'écoute en France. Il dit juste que celui qui a été élu en mars, celui qui va être élu en mars prochain, pendant six ans, il aura la majorité et qu'on écoutera assez peu les oppositions. J'attends pas que les oppositions soient forcément vertueuses.
J'attends seulement qu'il y ait un débat plus important dans le conseil municipal pour éviter, d'une certaine façon, que la vie des minorités soit systématiquement écrasée.
– Jefferson ?
– Oui, je reste là-dessus. Donc, on voit bien qu'il y a celle-ci. Mais il y a aussi la question de la prime majoritaire, là, qui va alimenter les débats pour les semaines à venir. Là aussi, vous avez une proposition « Donner un peu plus de poids, justement, à ce qu'on ait un meilleur équilibre, une meilleure représentation. » Là aussi, cette proposition, Éric Quirouch, elle est sur la table, vous la proposez, mais elle ne verra pas le jour sur ce scrutin-là. Donc, quel est votre horizon par rapport à ce sursaut démocratique auquel vous les appelez ? Vous faites référence.
– Alors, l'idée, c'est de baisser la prime majoritaire de 50 à 25 %, ce qui a été fait pour la loi PLM. Et là, ça n'a posé aucun souci. C'est quoi ? Ça veut dire quoi ? Ça veut dire qu'en fait, la majorité aura toujours la majorité, mais qu'il y aura un peu plus de place pour l'opposition. Et là, encore une fois, je pense qu'on est dans la perspective d'un fonctionnement plus sain et moins dirigiste, on va dire, de la réalité locale. L'idée, encore une fois, c'est qu'il y ait de la place pour tout le monde et un respect des opinions de tous. Ce n'est pas normal que, quand vous gagnez d'une voix, vous ayez trois quarts du conseil municipal.
On peut le dire comme on veut, mais cette déformation pose un problème démocratique.
– Merci Jefferson.
– Vous enverrez votre livre à Matignon, alors si j'ai décompris.
– C'est déjà fait.
– Vous avez une réponse ?
– Non, pas encore.
– Vous avez mis quoi comme dédicace ?
– Non, ben, cordial hommage, je crois, voilà. Mais poli quand même, mais poli.
– Merci beaucoup, merci Jefferson d'avoir été avec nous, la vie sous les eaux. C'est la une de votre journal Jefferson de Sud-Ouest ce matin. Merci Eric Kerouche d'avoir été notre invité. – Merci beaucoup. – Retrouvez l'intégralité de nos podcasts sur la plateforme Public Sénat. – Sous-titrage Société Radio-Canada
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Éric Kerrouche