Laurent Nuñez sur la fusillade de Strasbourg : "La motivation terroriste n'est pas encore établie"
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Chapitres
Répartition du ton (temps de parole politique)
Propositif 30 %Attaque 40 %Défensif 30 %
Questions et réponses
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- 0:17OuverteRéponse directe
Quel est le dernier bilan de l'attaque d'hier soir à Strasbourg ?
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Est-ce qu'un soldat figure bien parmi les blessés ?
- 0:41OuverteRéponse directe
Que pouvez-vous nous dire ce matin de la traque du tireur ?
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Est-ce qu'il y a une possibilité que l'assaillant ait quitté le territoire français ?
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La traque est-elle particulièrement difficile dans une zone aussi étendue ?
- 2:49FerméeRéponse directe
Est-ce qu'on est sûr à cette heure qu'il avait une motivation terroriste ?
Affirmations vérifiables (citations exactes)
- 0:24Invité politiqueChiffre
« pour l'instant, le bilan, nous sommes à 3 tués, 3 personnes qui ont été tuées, donc 8 blessés graves et 5 blessés légers, dernier bilan de la préfecture qui a été donné par la préfecture ce matin. »
- 0:36Invité politiqueFait
« Oui, un soldat a été légèrement blessé puisque les soldats ont eu à faire feu contre cet assaillant. »
- 1:57Invité politiqueFait
« ça ne peut être exclu, mais ce que je tiens à dire, c'est que bien évidemment, immédiatement, le bouclage des frontières a été assuré. »
- 2:28Invité politiqueChiffre
« le ministre de l'Intérieur a annoncé hier que c'était 350 fonctionnaires et militaires qui étaient mobilisés, qui sont renforcés dans la journée. »
- 6:44Invité politiqueChiffre
« les personnes qui sont suivies, qui sont inscrits au fichier de la radicalisation, ce sont plus de 20 000 personnes, dont 11 000 à 12 000 font l'objet d'un suivi actif »
- 7:42Invité politiqueChiffre
« on en est quand même à 55 attentats déjoués depuis la fin de l'année 2013, une quinzaine depuis le début de l'année dernière »
- 8:58Invité politiquePromesse
« le dispositif militaire sentinelle va être augmenté dans les 24 heures, on va avoir plus de militaires présents sur le territoire »
- 13:56Invité politiqueFait
« C'est faux, c'est faux. Depuis 2015, beaucoup a été fait en matière de lutte antiterroriste. »
- 14:23Invité politiqueFait
« renfort des moyens juridiques, avec une loi qui nous permet, la fameuse loi du 30 octobre 2017, qui nous permet d'agir en police administrative pour les préfets »
- 17:26Invité politiqueFait
« Non, que je peux répondre aux avocats ou ténors du barreau, il n'y a pas eu d'interpellations préventives, c'est faux, il faut savoir nommer les choses. »
- 19:34Invité politiqueFait
« le nombre d'interpellations est sans rapport avec les personnes qui étaient sur l'espace public. »
Temps de parole
- Laurent Nuñez76 %
- Présentateur11 %
- Invité10 %
- Invité 23 %
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Il est 8h22, France Inter, Nicolas Demorand, le 7-9. Et avec Léa Salamé, nous recevons ce matin le secrétaire d'Etat auprès du ministre de l'Intérieur, ancien patron de la DGSI, Laurent Nunes, bonjour. Bonjour. Est-ce que vous pouvez nous dire pour commencer, quel est le dernier bilan de l'attaque d'hier soir à Strasbourg ?
Écoutez, pour l'instant, le bilan, nous sommes à 3 tués, 3 personnes qui ont été tuées, donc 8 blessés graves et 5 blessés légers, dernier bilan de la préfecture qui a été donné par la préfecture ce matin.
Est-ce qu'un soldat figure bien parmi les blessés ?
Oui, un soldat a été légèrement blessé puisque les soldats ont eu à faire feu contre cet assaillant.
Que pouvez-vous nous dire ce matin de la traque du tireur ? L'agence Reuters annonce une intervention en cours autour de la cathedrale de Strasbourg, est-ce que vous la confirmez ?
Donc il n'y a pas d'intervention en cours, je viens de m'entretenir avec le ministre de l'Intérieur qui, comme vous le savez, est sur place. Je ne confirme pas cette information, mais il y a effectivement une traque qui est en cours. D'abord, revenir sur les faits, si vous le permettez. Hier soir, un assaillant de 29 ans a tué 3 personnes sur le marché de Noël de Strasbourg, alors que le marché allait fermer ses portes en 3 endroits distincts. Et puis, il a pris la fuite ensuite pour tenter de s'en prendre à des policiers qu'il a croisés sur sa route, sans qu'on sache vraiment s'il visait réellement ses policiers. En tout cas, il a croisé leur route et il a fait feu.
Je dois signaler qu'au moment, sur la scène du marché de Noël, il a été pris, les militaires sentinelles ont riposté, donc ils étaient présents sur le marché de Noël, dont la protection est assurée. Donc, ils ont fait feu sur lui. Il a été blessé ? Il aurait été blessé, selon certaines informations. Nous ne savons pas encore, mais il aurait été blessé. Et de quelles armes disposait-il ? Nous ne connaissons pas la nature de l'arme qu'il a utilisée, mais beaucoup de témoins nous parlent d'armes de poing.
Est-ce qu'il y a une possibilité, à l'heure où nous parlons, qu'il ait quitté le territoire français, qu'il soit par exemple en Allemagne voisine ?
Écoutez, ça ne peut être exclu, mais ce que je tiens à dire, c'est que bien évidemment, immédiatement, le bouclage des frontières a été assuré. De même qu'un bouclage périmétrique a été mis en place autour de la ville de Strasbourg. Mais vous comprendrez que je ne peux pas en dire beaucoup plus, parce que la traque de cet individu, au moment où on se parle, et là je reviens sur votre question, elle se poursuit bien sûr.
Et elle est, j'imagine, particulièrement difficile dans une zone aussi étendue ?
Oui, c'est une zone étendue, cette traque est difficile. Elle porte sur deux actions qui sont en cours. La première, une action de voie publique, des forces de l'ordre. Le ministre de l'Intérieur a annoncé hier que c'était 350 fonctionnaires et militaires qui étaient mobilisés, qui sont renforcés dans la journée. Et puis il y a aussi les investigations judiciaires qui sont menées par le parquet de Paris et qui portent sur son environnement, son entourage. Mais je ne peux vraiment pas en dire plus, car la traque est en cours et priorité vraiment à la recherche de cet assaillant.
Bien sûr. Laurent Nunez, est-ce qu'on est sûr à cette heure qu'il avait une motivation terroriste ?
Je ne peux pas l'affirmer. C'était quelqu'un qui a un profil de... C'est un individu connu, ce qu'on appelle dans notre jargon, en droit commun. C'est-à-dire qu'il était connu pour beaucoup de délits autres que des liés au terrorisme. Il n'a même jamais été connu pour des délits liés au terrorisme. Il a un casier qui est assez important. Et donc il a fait plusieurs séjours en prison. Et c'est à l'occasion de ces séjours en prison qu'a été détectée chez lui une radicalisation, mais dans la pratique religieuse. Donc jamais de signe de passage à l'acte. Et c'est à ce titre uniquement qu'il était suivi, de manière assez sérieuse, par les services de renseignement.
Donc il était suivi, mais comme beaucoup d'autres individus qui ont pu manifester une pratique radicale religieuse en détention. Donc c'est pour cela qu'il faut être très prudent. La motivation terroriste de l'acte, au moment où on se parle, n'est pas encore établie. Et moi j'invite d'ailleurs à la plus grande prudence là-dessus.
Donc il faut faire attention pour parler d'attentat ?
Il faut encore être prudent pour parler d'attentat. Mais bon, c'est le parquet antiterroriste qui s'est saisi, compte tenu du mode opératoire. Et donc seules les investigations judiciaires permettront d'infirmer ou de confirmer cette hypothèse. Mais vraiment, il faut être très très très prudent. Beaucoup sont surpris par ce... J'entendais en venant rejoindre vos studios le commentaire que faisait Marc Révidic, qui connaît bien ces sujets. On est un petit peu surpris par ce mode opératoire. Qu'est-ce qui est surprenant dans ce mode opératoire ? C'est un individu qui était radicalisé, encore une fois, parce qu'il tenait des propos apologiques ou prosélites tout simplement.
C'est-à-dire qu'il incitait à la pratique de la religion sous une forme radicale, en prison, et qui rien ne permettait de détecter un passage à l'acte dans sa vie courante. Voilà. Donc il faut vraiment être très très très prudent sur ce dossier.
C'est toujours la question des signaux faibles. C'est-à-dire que c'est très difficile de voir les signaux qui montrent qu'il y a un passage à l'acte, c'est ça ?
Oui, exactement. Voilà, exactement. Et donc, voilà. Vraiment, c'est un dossier sur lequel j'invite vraiment vraiment à la prudence.
Factuellement, Laurent Nunez, confirmez-vous qu'il devait être interpellé hier matin par les gendarmes pour une affaire de droit commun ?
Oui, alors ça, je parle aussi un peu sous le contrôle et l'autorité, bien sûr, du pouvoir judiciaire. Mais je confirme effectivement qu'une opération a été organisée hier matin pour procéder à son interpellation, comme d'autres dans une affaire de pur droit commun, qui était une tentative d'homicide. Mais vraiment, on est dans un cadre de droit commun. Et c'était hier matin.
On reste prudent, mais est-ce que cette perquisition hier matin a pu être le facteur déclenchant du passage à l'acte le soir dans le marché de Noël ?
C'est une hypothèse parmi d'autres. C'est une hypothèse parmi d'autres. Mais voilà, encore une fois, il faut bien que vos auditeurs comprennent que cet individu, il évoluait dans un milieu de délinquance, de droit commun, même s'il était effectivement signalé au titre de la radicalisation. Mais vous savez que nous suivons énormément d'individus qui sont signalés. Le fait d'être inscrit au FSPRT, au fichier, pardon, suivi des personnes radicalisées, de faire l'objet d'une fiche S de renseignement qui vise à tracer le parcours des individus, il ne s'agit absolument pas de les interpeller, mais de tracer leur parcours sur le territoire national.
Le fait qu'ils soient affichés ou qu'ils fassent l'objet d'une fiche de renseignement S ne préjuge absolument pas de son degré de dangerosité. Confirmez-vous que trois de ses proches ont également été interpellés ? Alors, c'est un peu plus que trois de ses proches, mais dans le cadre de l'opération d'hier matin, ce sont cinq personnes qui ont été interpellées.
Est-ce qu'aujourd'hui on peut dire qu'il a agi seul ou qu'il a des complices ou c'est encore trop tôt ?
Écoutez, c'est vraiment trop tôt.
Nous on pose les questions, vous nous dites ce que vous pouvez nous dire à cette heure.
Ce que je peux vous dire, c'est que les personnes qui ont été interpellées, que vos éditeurs comprennent bien qu'il n'y ait pas de confusion, les personnes qui ont été interpellées hier matin, c'est dans le cadre d'une affaire de droit commun, c'est-à-dire une affaire de tentative d'homicide, et ça n'a rien à voir avec l'action qu'il a menée ensuite.
Laurent Nunez, est-ce que vous pouvez nous dire combien il y a de personnes fichées S ce matin en France ?
Écoutez, les personnes qui sont suivies, qui sont inscrits au fichier de la radicalisation, ce sont plus de 20 000 personnes, dont 11 000 à 12 000 font l'objet d'un suivi actif, mais qui est variable en fonction du degré de dangerosité. Encore une fois, il faut être très prudent. L'ensemble des individus fichés n'offrent pas le même degré de dangerosité.
Mais lui, il était suivi particulièrement ?
Lui était suivi, il était suivi compte tenu de ce que nous connaissions de cet individu, et donc on a pu, voilà, il faisait l'objet d'un suivi actif, donc avec des mesures dont je ne peux parler bien évidemment à cette antenne, ce sont des mesures extrêmement confidentielles, il était effectivement, il faisait l'objet d'un suivi.
Depuis sa sortie de prison en 2015, vous nous confirmez qu'il est sorti de prison en 2015 ?
Oui, fin 2015.
Quel est l'état de la menace terroriste au moment où on parle ? Combien d'attentats déjoués, notamment depuis le dernier en date, qui était au mois de mai, dans le quartier de l'Opéra ?
Alors, je n'ai pas le nombre d'attentats déjoués précisément depuis mai dernier, ce que je peux vous dire c'est qu'on en est quand même à 55 attentats déjoués depuis la fin de l'année 2013, une quinzaine depuis le début de l'année dernière, donc les services de renseignement travail font un travail remarquable, on déjoue énormément d'attentats, ça il faut, et je vous remercie d'ailleurs de me donner l'occasion de le rappeler, c'est un travail formidable qui est fait, et quant à l'état de la menace, l'état de la menace, ça reste une menace endogène, avec des individus qui peuvent passer à l'action parce qu'ils accèdent à la propagande de Daesh, parce qu'ils sont incités par d'autres à le faire.
Aucun espèce, nous n'avons à ce moment où on se parle, aucun élément qui laisse à penser qu'on soit dans ce cas-là, c'est pour ça que nous sommes très prudents sur ce dossier. Mais l'état de la menace reste très élevé, notamment à l'approche de cette période de Noël, nous n'avons cesse de le répéter avec le ministre de l'Intérieur, tous les dispositifs de surveillance ont été reconduits et avec l'annonce qu'a faite le ministre de l'Intérieur hier soir, annonce actée en cellule interministérielle de crise présidée par le président de la République hier soir, on passe en urgence attentat.
Qu'est-ce que ça veut dire concrètement ?
Alors, urgence attentat, ça veut dire que nous sommes en vigie pirate renforcée, ça veut dire qu'il y a des mesures de surveillance sur l'ensemble du territoire, et quand on passe en urgence attentat, c'est parce que ce produit infest grave, c'était le cas hier, ou une menace grave, qui fait qu'on renforce un certain nombre de mesures, et là, très concrètement, le dispositif militaire sentinelle va être augmenté dans les 24 heures, on va avoir plus de militaires présents sur le territoire, le chiffre n'est pas fixé, donc on va le fixer dans la journée, il y a un conseil de défense qui va se tenir à la mi-journée, on renforce les contrôles aux frontières, c'est l'autre mesure de ce passage en urgence attentat, on assurera une sécurité renforcée sur les marchés de Noël, sur l'ensemble du territoire national, et puis il y aura, et ça c'est une décision qui a été prise dans ce cadre-là par le préfet compétent de Strasbourg, une interdiction des manifestations sur Strasbourg aujourd'hui.
Une dernière question, et puis on va venir à cette question des manifestations, est-ce que vous redoutez des actions mimétiques, comme on le dit ?
C'est toujours le risque dans ce genre de cas, même si, encore une fois, il faut être prudent sur le caractère terroriste de cette action, bien évidemment on craint toujours des actions mimétiques, et puis on le sait depuis maintenant plusieurs années, chaque fois qu'on arrive aux périodes de fin d'année, aux fêtes de Noël, la menace est élevée, donc forcément notre niveau de vigilance doit être adapté, c'est ce que nous faisons, et passer en urgence attentat va permettre de renforcer encore cette vigilance.
Et est-ce que passer en urgence attentat veut dire que vous interdisez toute forme de manifestation, demain, après-demain, et notamment samedi, et là on passe à la question des Gilets jaunes ?
Non, nous ne sommes pas là, donc la mesure qui a été prise c'est l'interdiction des manifestations à Strasbourg, uniquement, aujourd'hui, pour l'instant nous n'en sommes pas là.
Mais vous demandez aux Gilets jaunes de ne pas manifester désormais dans ce nouveau contexte ?
Écoutez, nous demandons aux Gilets jaunes de manifester en déclarant leur manifestation, et ça depuis le début du mouvement, puisqu'on a vu qu'il y a eu de nombreux débordements qui sont liés à cette absence de déclaration, qui nous empêchent d'encadrer correctement ces manifestations, et d'une manière générale, nous demandons aux Gilets jaunes de s'inscrire dans la phase de concertation et de dialogue qui s'est ouverte, et notamment après les annonces du président de la République.
Et là, le contexte a substantiellement changé, non ?
Le contexte a substantiellement changé, bien évidemment, mais cette menace, elle existait déjà, nous l'avions rappelé à de nombreuses reprises. Je rappelle quand même que nous interpellons le 13 novembre, et c'est la sous-direction antiterroriste de la direction centrale de la police judiciaire qui réalise cette opération, nous interpellons un groupe d'individus qui projetait de passer à l'action le 17 novembre, profitant de la journée d'action des Gilets jaunes, sachant que les forces de l'ordre allaient être mobilisées par cette journée, ce groupe voulait frapper ce jour-là. Donc la menace, elle a toujours existé, et elle est toujours là.
On sait que les policiers sont fatigués, sont épuisés par ces dernières semaines de mobilisation, est-ce que vous êtes prêt, aujourd'hui, à envoyer tout un contingent pour protéger les différentes villes si jamais il y a un acte 5 des Gilets jaunes samedi ?
Nous nous y préparons, bien évidemment. On a démontré par la gestion de l'acte 4, qui a été très compliquée, avec de nombreuses violences partout en France, que les policiers, surtout, ont démontré, les 89 000 policiers et gendarmes mobilisés sur le territoire, ont démontré qu'ils étaient prêts à faire face à ces manifestations, et surtout à leur débordement, avec de nombreuses violences, avec des casseurs qui sont présents dans leur rang, parfois des militants ultra. Donc oui, nous sommes prêts, comme nous l'avons été samedi dernier, à être extrêmement mobiles, à procéder à de nombreuses interpellations.
Il y aurait 89 000 hommes qui seraient mobilisés samedi prochain s'il y avait une nouvelle manifestation ?
Très honnêtement, je ne peux pas répondre à cette question, parce qu'on espère quand même qu'avec les annonces qui ont été faites, les ouvertures qui sont faites, cette phase de dialogue qui doit s'ouvrir, on espère quand même que les appels à manifester seront beaucoup moins suivis, voire n'existeront plus, très honnêtement. Voilà, il y a une revendication, elle s'est exprimée, elle a été entendue, à un moment il faut qu'on retrouve une forme de normalité.
Donc je ne sais pas, au moment où on se parle, répondre à la question que vous me posez, de savoir si c'est le dispositif qu'on mettra en place samedi, et j'espère bien qu'on n'aura pas à mobiliser autant d'hommes, tout simplement parce qu'il y aura une responsabilité générale dans le pays, qui fera qu'on aura un peu moins de manifestations, voire même beaucoup moins.
L'AFP cite ce matin, dans différentes dépêches, des gilets jaunes pour lesquels cette attaque est une manipulation de l'État, je cite l'expression, manipulation de l'État, donc pour nuire à la mobilisation de ces gilets jaunes, que répondez-vous à cela ?
Je suis franchement indigné par ça, comment peut-on dire des choses pareilles ?
Il y a un assaillant qui a tué trois personnes hier soir à Strasbourg, il y en a blessé gravement d'autres, il y a des personnes qui sont entre la vie et la mort, on se parle notamment parmi ces blessés graves, il y en a deux qui luttent pour la vie, et je ne comprends pas comment on peut s'imaginer à ce point, il faut nommer les choses, on est clairement dans les thèses complotistes, on avait vu d'ailleurs à d'autres occasions, dans d'autres tweets, d'autres expressions du mouvement des gilets jaunes, que parfois les thèses complotistes fleurissaient dans leur rang, on en a une nouvelle démonstration s'il le fallait, mais c'est indigne de pouvoir imaginer ça, franchement c'est indigne.
Marine Le Pen ce matin dit « Tout n'est pas fait contre le fondamentalisme », elle demande l'expulsion des fichiers S étrangers, bon, ce n'est pas le cas de l'assaillant de Strasbourg, qu'est-ce que vous lui répondez ? « Tout n'est pas fait contre le fondamentalisme ».
C'est faux, c'est faux. Depuis 2015, beaucoup a été fait en matière de lutte antiterroriste. Le président Macron, dès qu'il a accédé au pouvoir, a souhaité qu'il y ait une meilleure coopération entre l'ensemble des services de renseignement. C'est d'ailleurs dans ce cadre, à l'époque, quand j'étais au fonctionnaire, que j'ai été nommé directeur général de la sécurité intérieure. C'était en juin 2017. En juin 2017.
Donc on a eu un renfort, par ailleurs, renfort des moyens juridiques, avec une loi qui nous permet, la fameuse loi du 30 octobre 2017, qui nous permet d'agir en police administrative pour les préfets, renfort des moyens budgétaires, techniques, pour permettre aux services de renseignement de mieux suivre les individus, renfort des moyens humains, avec un plan de recrutement exceptionnel pour les services de renseignement. À nouveau, vous savez que ce sont des services qui voient leurs effectifs augmenter, on ne peut pas dire que rien n'est fait, c'est totalement faux.
Et quant à la mesure d'expulsion des fichesses, je rappelle que la fichesse est une fiche de renseignement qui vise à suivre des individus, et donc à tracer leur parcours, et ça s'arrête là. L'expulsion n'aurait pas de sens.
Oui, mais vous n'échapperiez pas à la question de l'éventuelle faille du renseignement dans le cas de la saillante Strasbourg, puisqu'il était fichesse, qu'il était suivi, et qu'il a pourtant pu passer à l'acte.
Si tant est que la motivation, effectivement, soit terroriste, pour autant peut-on parler de failles des services de renseignement ? Ce sont des individus qui sont suivis. Je crois qu'entre suivre un individu et expulser l'ensemble des fichesses, il y a un monde. C'est le monde qui partage, qui sépare l'exercice d'une action d'une police républicaine, qui sert ce qui est dans le cas des lois de la République, et une action qui serait beaucoup plus autoritaire, et à la limite de l'arbitraire. Encore une fois, la fichesse peut concerner des individus qui sont peu dangereux, et ça vise uniquement à surveiller leur mouvement et leur déplacement sur le territoire.
Ce n'est pas un critère de dangerosité, nous n'avons de cesse de le rappeler, mais on rentre toujours dans des polémiques policiques.
Laurent Nunez, c'est notre invité, et au standard, c'est Jean qui nous appelle. Bonjour et bienvenue Jean. Bonjour. On vous écoute.
Je suis étonné, alors que l'identité de ce tueur qui est toujours en liberté est connue par les services de police, qu'il n'y ait pas une communication, j'ai entendu parler depuis ce matin, de réseau social, de psychose sur la ville de Strasbourg, que je comprends, puisqu'il y a un tueur qui est en liberté, et j'imagine qu'il serait peut-être important pour les Strasbourgeois d'avoir une identité visuelle de la personne. Vous êtes Strasbourgeois, Jean ?
Pas du tout. D'accord. Donc vous demandez quoi ? Plus d'informations ? Une identité visuelle ? C'est ça ce que vous venez de dire ? Pourquoi n'y a-t-il pas une communication
sur l'identité visuelle ? Pour éviter une stigmatisation déjà d'une partie de la population, et pourquoi pas aider les forces de l'ordre à localiser l'individu ?
Merci Jean pour cette question. Laurent Nunez vous répond.
Oui, donc il y a eu, bien évidemment, l'identité, donc je confirme ce que vous dit l'auditeur, oui, l'identité connue, et la diffusion a été faite à l'ensemble des forces de l'ordre, l'ensemble des opérateurs de voie publique dans ce pays ont eu cette diffusion, elle a été effectuée de manière à pouvoir le mettre hors d'état de nuire le plus rapidement possible.
Une question sur ce qui s'est passé samedi dernier, il y a eu 2000 interpellations lors du samedi partout en France, 1700 je crois gardés à vue si vous me confirmez les chiffres, est-ce qu'il y a eu des arrestations préventives comme le dénoncent certains ténors du barreau comme Maître Leclerc ?
Non, que je peux répondre aux avocats ou ténors du barreau, il n'y a pas eu d'interpellations préventives, c'est faux, il faut savoir nommer les choses. Il y a eu des contrôles préventifs qui ont été effectués dans le cadre des lois de la République sur réquisition du procureur de la République.
L'idée que nous avions avec Christophe Castaner, c'était de pouvoir prévenir en amont les violences, et donc prévenir en amont les violences, c'est faire des contrôles pour s'assurer que ceux qui viennent dans Paris, manifestés encore une fois dans un cadre non déclaré, ne viennent pas avec des armes par destination, c'est-à-dire des boules de pétanque, des marteaux, autant de projectiles que ne cessent de recevoir sur la figure les policiers et les gendarmes qui encadrent les manifestants.
Donc on organise des contrôles préventifs, on fait ouvrir les sacs, et quand on tombe sur des personnes qui sont en possession de ce qui sont de possibles armes par destination, ils sont à ce moment-là interpellés et placés en garde à vue pour participation à un groupement armé ou un groupement violent, pour être plus précis, sur la qualification.
Donc pas d'arrestation préventive,
il n'y en a eu aucune. Il n'y a eu aucune arrestation préventive, personne n'a été empêché de circuler dans Paris dès lors qu'il n'était pas en possession de ces armes par destination. Mais quand vous vous rendez sur un lieu de manifestation avec des boules de pétanque, avec des marteaux, avec des cisailles, avec des fossis, la liste des armes par destination est très longue.
Voilà, forcément, là, il peut y avoir interpellation, et donc c'est vrai qu'après, dans le temps de la garde à vue, il faut essayer de caractériser le fait que la personne allait bien participer c'est parfois plus difficile à établir en procédure, et donc ce qui fait qu'un certain nombre d'individus ont pu être laissés libres, et ce qui laisse à penser à ces avocats qui exploitent un petit peu ce filon pour expliquer que les interpellations étaient préventives.
Non, il n'y a pas d'interpellation préventive, il y a des contrôles préventifs, et d'ailleurs, nous l'avons fait dans de nombreuses villes en France où ça a produit beaucoup d'effets, ça a permis de faire baisser l'intensité de violence, et personnellement, et avec le bise de l'intérieur,
nous en félicitons. Les avocats, et je pense notamment à M. Leclerc, grande figure et du barreau et de la lutte pour les droits de l'homme, disent que considérant le nombre de personnes interpellées, ça conduit de fait à une interdiction de manifester, je dis bien de fait, vu les chiffres.
Que lui répondez-vous ? C'est totalement faux, le nombre d'interpellations est sans rapport avec les personnes qui étaient sur l'espace public.
Pour ces personnes-là ?
Bien évidemment, et quelqu'un qui arrivait tout à fait normalement n'était absolument pas interpellé, n'était absolument pas retenu. Vous savez, nous, avec Christophe Castaner, nous sommes garants de la sécurité, d'abord aussi des personnes qui veulent participer à des manifestations, fustelles non déclarées, c'est aussi notre travail d'assurer leur protection, et puis surtout garant de la protection des forces de l'ordre. Je crois que la violence dont ils font l'objet maintenant, depuis le 17 novembre, à l'occasion des débordements qui se produisent lors de cette manifestation, elle est inouïe.
Beaucoup nous disent qu'elle est totalement inédite, notamment le 1er décembre à Paris, la plupart d'entre eux nous ont dit qu'ils n'avaient jamais vu ça. Donc voilà, pardon, mais ça pèse assez peu par rapport aux considérations qui ont été exprimées, et cette suspicion que nous ne respections pas les lois de la République est assez insupportable.
Alors, il y a des avocats également, Laurent Nunez, qui se mobilisent contre l'usage de la grenade lacrymogène GLI F4, dont la dangerosité est réelle. Ils demandent à ce que ces types de grenades ne soient plus employés lors des prochaines manifestations, s'il y en a. Là encore, que répondez-vous à ces avocats ?
Alors, il faut savoir, vos éditeurs comprennent bien que les policiers sont parfois violemment prêts à partie, et c'est le cas dans les manifestations en cours. C'est aussi le cas, malheureusement, lors de certaines manifestations de lycéens, où il y a des prises à partie systématiques de policiers. Et donc, on utilise des moyens qui sont des moyens proportionnés, qui sont des moyens dits non-létaux, c'est-à-dire qui ne visent pas à tuer, et il y a plusieurs types de moyens de défense. La grenade lacrymogène étant ce dont il est fait usage le plus régulièrement.
Il y a aussi le lanceur de balles de défense qui peut être utilisé, et puis certaines grenades, certains types de grenades que vous avez citées, qui ne sont utilisées que dans des conditions exceptionnelles, lorsque les forces de l'ordre sont prises à partie pour se désengager, pour éviter qu'il n'y ait des blessés ou des tués parmi les policiers.
Donc voilà, ça se passe sur autorisation, et malheureusement, il y a eu effectivement un certain nombre d'individus blessés, mais qui essaient de renvoyer sur les forces de l'ordre les projectiles qu'elles reçoivent, et c'est à ce moment-là que se produisent des incidents que bien évidemment nous déplorons, ce sont des faits extrêmement graves, mais nous avons besoin nous aussi d'assurer la sécurité de nos policiers et des gendarmes, c'est fondamental.
Parmi les blessés, il y a eu des journalistes, beaucoup de journalistes ont été blessés, vous avez été saisis par plusieurs syndicats de journalistes qui ont dénoncé, je cite, une gestion calamiteuse par les forces de l'ordre et en tout cas de leur protection, qu'est-ce que vous leur répondez ?
Alors, sur la protection des journalistes, c'est vrai que les journalistes sont au contact, donc nous les intégrons dans le dispositif de protection, c'est quelque chose d'important, donc nous prenons en compte la présence des journalistes qui parfois sont entre les cordons des forces de l'ordre et les manifestants, voire les casseurs, donc nous prenons bien sûr cela en compte, certains nous ont signalé avoir fait l'objet de violences, comme l'a rappelé le ministre de l'Intérieur. Oui,
casque confisqué, protection contre les lacrymogènes.
Sur le casque confisqué, je vais revenir, mais quand les journalistes disent faire l'objet de violences, il faut qu'ils portent plainte ou qu'ils se signalent à la plateforme de l'IGPN et on regardera exactement ce qui s'est passé. Vous savez, les policiers travaillent dans un cadre extrêmement contrôlé. C'est un policier pour se déterminer pour faire usage ou pas d'un moyen de défense. Il a un quart de seconde. Et donc, sur les casques, pardon, et les masques qui ont été confisqués aux journalistes, ça nous a été signalé immédiatement par un syndicat avec Christophe Castaner dès samedi matin. Ça s'est passé à Paris, d'ailleurs, ce signalement.
Immédiatement, nous avons passé instruction qu'ils puissent conserver leurs casques et leurs lunettes et ce qui a été fait.
Allez, une dernière question,
Léa Salamé.
Une dernière question concernant l'assaillant de Strasbourg. Est-ce que le tireur suivi a-t-il cherché
je ne veux pas trop en dire parce que les investigations sont en cours mais pour que vos auditeurs comprennent bien quand nous disons qu'un individu est suivi parce qu'il a pu avoir un engagement prosélite en prison et qu'il est plutôt suivi à bas bruit, apparemment, et au vu des investigations que nous avons menées à ce jour mais aussi dans les semaines passées, ça n'était pas le cas. Donc, un certain nombre de recherches ont été faites, ça n'était pas le cas. Cet individu n'a pas essayé d'aller en Syrie. Mais je suis extrêmement prudent. Franchement, c'est une affaire où il faut être prudent.
Merci. Merci beaucoup Laurent Nunez. Je rappelle que vous êtes secrétaire d'Etat auprès du ministre de l'Intérieur et ancien patron de la DGSI.
Laurent Nuñez