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InterviewFrance Culture — Le Temps du débat (sur Site radio)· 10 août 2026 45 minContradictoireActualité / polémiqueImmigration & asileEurope & internationalEnvironnement & énergieInstitutions & élections

La Cisjordanie est-elle déjà en voie d'annexion par Israël ?

Source d'origine 3 locuteurs

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Chapitres

Répartition du ton (temps de parole politique)

Propositif 4 %Attaque 47 %Défensif 49 %

Questions et réponses

Taux de réponse directe : 98 % (directe = 1, partielle = 0,5, éludée = 0)

  • 0:13OuverteRéponse directe

    Pourquoi évoquer la Cisjordanie alors que l'actualité se concentre sur Gaza ?

  • 0:41OuverteRéponse directe

    Que se passe-t-il en Cisjordanie ces dernières semaines ?

  • 1:55OuverteRéponse directe

    Claire Duhamel, que se passe-t-il en Cisjordanie depuis quelques semaines ?

  • 3:32OuverteRéponse directe

    Alain Dikoff, comment qualifier cette situation aujourd'hui ?

  • 5:18RelanceRéponse partielle

    Y a-t-il un schéma type de ces événements depuis le 7 octobre ?

  • 6:44OuverteRéponse directe

    Benjamin Fiorini, rejoignez-vous le constat dressé par vos co-intervenants ?

Affirmations vérifiables (citations exactes)

  • 0:25PrésentateurFait
    « Depuis plusieurs années et singulièrement ces dernières semaines, les attaques de colons israéliens se multiplient et ouvrent la voie à une accélération de la colonisation. »
  • 2:11InvitéFait
    « En Cisjordanie, le quotidien, la routine de l'occupation, c'est celle de la violence, c'est celle d'attaques de colons qui sont régulières. »
  • 2:49InvitéFait
    « Le gouvernement a annoncé la légalisation de certains avant-postes. »
  • 3:52InvitéFait
    « C'est un petit peu une guerre à bas bruit. »
  • 4:53InvitéChiffre
    « 21 000 personnes ont été détenues à un moment ou à un autre au cours de ces deux années. »
  • 5:00InvitéChiffre
    « Plus de 30 000 Palestiniens ont été déplacés de certains des camps dans lesquels ils résidaient. »
  • 7:50Locuteur 1Fait
    « Le principe qui interdit de faire l'acquisition d'un territoire par la force. »
  • 8:19Locuteur 1Fait
    « Le principe de droit à l'autodétermination du peuple palestinien. »
  • 9:08Locuteur 1Fait
    « L'écrasante majorité de ces plaintes, à quelques exceptions près, sont de manière systématique classées sans suite. »
  • 30:05InvitéFait
    « Toutes ces colonies elles sont illégales au regard du droit international. »
  • 32:23Locuteur 1Fait
    « De fait oui et d'ailleurs l'avis de la Cour internationale de justice dont je vous parlais tout à l'heure, qui date du 19 juillet 2024. »
  • 32:32Locuteur 1Fait
    « parlait déjà finalement d'un système qui équivalait à une annexion pour une bonne partie de la Cisjordanie. »
  • 32:41Locuteur 1Fait
    « c'est d'une part évidemment toutes ces terres qui ont été grignotées progressivement par les colons. »
  • 34:42Locuteur 1Fait
    « les états dont la France ont une obligation de ne pas contribuer à maintenir une situation coloniale illégale. »
  • 35:05Locuteur 1Promesse
    « ne pas continuer à commercer avec les colonies israéliennes parce qu'elles sont illégales. »
  • 39:38PrésentateurChiffre
    « c'est 20% de la population israélienne les arabes israéliens. »
  • 43:25InvitéFait
    « Ben Vire son parti Bezalès-Motrich mais aussi une bonne partie du Likoud. »

Temps de parole

  • Locuteur 129 %
  • Invité28 %
  • Invité 220 %
  • Présentateur17 %

≈ 1,3 interruption / 10 min (chevauchements et interjections détectés).

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0:00
Présentateur

France Culture

0:01
Invité

France Culture, question du soir, Antoine Dulster

0:06
Présentateur

Si nous parlons de la Palestine ce soir, c'est pour évoquer une actualité peut-être moins commentée que le rejet récent de l'accord de paix américain par Benyamin Netanyahou. Non loin de Gaza, d'autres événements tout aussi tragiques plongent dans le chaos la Cisjordanie. Depuis plusieurs années et singulièrement ces dernières semaines, les attaques de colons israéliens se multiplient et ouvrent la voie à une accélération de la colonisation. De nouvelles routes, de nouvelles implantations, de nouveaux avant-postes grignotent progressivement ce territoire. Les Nations Unies s'en alarme et dénoncent une violation flagrante du droit international. Que se passe-t-il donc en Cisjordanie ?

Comment qualifier la situation sur place ? Y a-t-il un risque d'annexion de ces territoires occupés ? Nous en discutons avec trois invités. Benjamin Fiorini, bonsoir.

0:51
Locuteur 1

Bonsoir.

0:51
Présentateur

Vous êtes maître de conférences à l'Université Paris VIII et secrétaire générale de l'Association Juriste pour le respect du droit international. Vous avez publié l'article « Poursuivre les États complices » dans le numéro de mai 2026 du Monde Diplomatique. Claire Duhamel, bonsoir. Bonsoir. Vous êtes avec nous à distance. Vous êtes correspondante de France 24, à Jérusalem et en Cisjordanie. Vous avez réalisé une série de reportages sur la Cisjordanie occupée dernièrement, dont nous entendrons ailleurs des extraits dans cette émission. Merci à vous d'être avec nous. Alain Dikov, bonsoir. Bonsoir. Vous êtes également à distance avec nous.

Vous êtes directeur de recherche au CNRS, professeur à Sciences Po, ancien directeur du série, auteur de « Israël-Palestine, une guerre sans fin, 25 questions décisives » publié chez Duneau en 2025. Merci à tous les trois d'être au micro de « Questions du soir ». Alors, Claire Duhamel, c'est avec vous, si vous le voulez bien, que j'aimerais débuter cette émission, puisque vous êtes sur place et vous couvrez l'actualité de la Cisjordanie et de la Palestine actuellement. Que se passe-t-il en Cisjordanie depuis quelques semaines ? On entend parler de, non pas de conflit ouvert, mais d'une forme de conflit larvé, avec des violences, notamment à Tell, près de Naplouse.

Que se passe-t-il depuis quelques semaines, Claire Duhamel, en Cisjordanie ?

2:11
Invité

Alors, en Cisjordanie, le quotidien, la routine de l'occupation, c'est celle de la violence, c'est celle d'attaques de colons qui sont régulières et qui se sont déroulées, notamment, vous y faisiez référence, fin juillet à Tell, c'est à proximité immédiate de Naplouse. Et c'est là que, fin juillet, quatre Palestiniens ont été tués par des colons armés qui se rendaient sur les terres privées de Palestiniens. Et deux colons israéliens ont été tués également à ce moment-là. Et ça a relancé une spirale de violence qu'on voit au quotidien, sincèrement, en Cisjordanie, et qu'on couvre très régulièrement.

Et après la mort de ces deux colons, le gouvernement a annoncé la légalisation de certains avant-postes. Donc les avant-postes, ce sont les colonies israéliennes qui sont illégales, non seulement au regard du droit international, mais aussi au regard du droit israélien. Et ce qu'on observe sur le terrain, c'est, grosso modo, une réalité de violence entre Palestiniens et colons qui se multiplient, qui touchent de plus en plus de régions.

Et les Palestiniens qu'on croise sur le terrain nous disent que désormais, ça fait vraiment partie de leurs préoccupations quotidiennes et que tout trajet, par exemple, est conditionné au fait que la route est libre et qu'il n'y a pas d'attaque de colons en cours. Et c'est vraiment quelque chose qui est prédominant un petit peu partout en Cisjordanie, et notamment dans le Nord.

3:32
Présentateur

Alors Alain Dikoff, on évoque moins, c'est vrai, la situation de la Cisjordanie que la tragédie de Gaza. Et pourtant, ces tensions que vient de décrire Claire Duhamel forment une situation qui est extrêmement complexe, Alain Dikoff. Comment qualifier cette situation aujourd'hui ?

3:48
Invité

Aujourd'hui, je crois que ce qui a été dit est très juste. C'est un petit peu une guerre à bas bruit. À bas bruit, parce qu'on en parle beaucoup moins. Elle se fait un petit peu à l'ombre, si je puis dire, du conflit à Gaza, évidemment, du conflit avec l'Iran, également des affrontements au Liban, dont on parle beaucoup plus. Mais en réalité, il y a aussi cette guerre un petit peu plus souterraine, mais qui n'en est pas moins très violente aussi, avec une violence assez inédite, finalement, contre les Palestiniens. Bon, il y en a eu, de la violence depuis 1967, malheureusement.

Mais je dirais qu'elle a vraiment une dimension beaucoup plus forte depuis octobre 2023, en termes de létalité pour les Palestiniens, entre octobre 23 et le mois de décembre 2025, dont sans inclure 2026, plus de 1050 Palestiniens ont été tués. 21 000 personnes ont été détenues à un moment ou à un autre au cours de ces deux années. Et plus de 30 000 Palestiniens ont été déplacés de certains des camps dans lesquels ils résidaient, sans possibilité d'y revenir, en particulier autour de tout le carême. Donc ça montre vraiment qu'on est arrivé à un niveau très important qui implique de plus en plus, non seulement l'armée, mais aussi, en effet, des colons.

C'est la question que vous allez vous poser,

5:19
Présentateur

pardonnez-moi de vous interrompre à l'indicophe, mais justement, est-ce qu'il y a un schéma type de ces événements et de ces tragédies, puisqu'il y a des morts à chaque fois ? Vous parlez de colons, vous parlez de l'armée. Est-ce qu'il y a, comme ça, des schémas qui se répètent depuis le 7 octobre, précisément ?

5:31
Invité

Disons, ce qui est sûr, c'est qu'évidemment, la plupart des affrontements mettent quand même aux prises l'armée avec les Palestiniens, soit l'armée s'en prenant des activistes palestiniens, soit aussi, tout en s'en prenant des activistes palestiniens, tuant des Palestiniens qui n'ont rien fait. Mais ce qui est plus frappant, c'est en effet l'implication de plus en plus forte, directe, de colons, qui profitent aussi, il faut le dire, d'une certaine mensuétude de l'armée pour s'en prendre à des Palestiniens dans des villes et des villages palestiniens.

Et ils se sentent d'autant plus, si vous voulez, en droit, entre guillemets, de le faire, qu'ils sont un petit peu couverts politiquement par certains ministres haut placés, à commencer par le ministre des Finances, Bézalès-Motrich, qui est aussi, en fait, qui a aussi dans son portefeuille la responsabilité de ce qu'on appelle les affaires civiles, en fait, qui est une sorte de proconsul, on pourrait dire, un petit peu israélien en Cisjordanie, qui favorise, évidemment, le développement de la colonisation.

6:44
Présentateur

Alors, Benjamin Fiorini, comment qualifier ces événements ? Déjà, pardonnez-moi, première question, rejoignez-vous le constat qui vient d'être dressé par vos deux co-intervenants, et comment qualifier cette situation sur le plan du droit international ?

6:54
Locuteur 1

Oui, oui, c'est un constat que je partage totalement, ce qui vient d'être dit, notamment, et il faut y insister, évidemment, c'est le fait que ces violences-là ne sont pas uniquement le fait de colons extrémistes. Elles sont le fait d'un système. C'est un système qui passe notamment par une impunité qui est organisée au profit de ces colons qui commettent des violences, et aussi au profit de membres des forces de sécurité qui commettent également ces violences, ou alors qui les escortent ou qui les accompagnent. Alors ça, c'est un premier point.

Le deuxième point, vous demandez de qualifier cette situation-là aux yeux du droit international, c'est effectivement une violation flagrante, à la fois du droit international et du droit international humanitaire, à tel point que la Cour internationale de justice, dans un avis assez récent, puisqu'il a été rendu le 19 juillet 2024, a justement indiqué que ce processus de colonisation était illégal à plusieurs endroits au regard du droit international. Il est illégal parce qu'il porte atteinte à des principes qui sont, j'allais dire, sacro-sains, en tout cas très importants au droit international, par exemple le principe qui interdit de faire l'acquisition d'un territoire par la force.

Or, ces colonies, elles ont justement pour objet de s'approprier, d'approprier au profit d'Israël un territoire qui n'appartient pas à Israël et la Cour internationale de justice, à l'époque, quand elle a rendu son avis, a indiqué que c'était illégal et a exigé qu'au plus vite, les colons partent, c'est-à-dire qu'il y ait un désengagement de la part des colons. Le deuxième principe qui est violé, c'est le principe de droit à l'autodétermination du peuple palestinien.

Parce qu'à partir du moment où on met en place toute une série de politiques qui passent notamment par leur expulsion, par la mise en place de lois discriminatoires en leur défaveur, eh bien on les prive justement de la réalisation de ce droit à l'autodétermination.

8:31
Présentateur

Je rebondis sur un mot que vous avez employé qui est extrêmement fort. Vous parlez d'un système, donc il y a quelque chose de systématisé et de conscience, si vous voulez dire,

8:37
Locuteur 1

en termes de politique israélienne ? Oui, parce qu'il y a des mécanismes incitatifs pour commencer, par lesquels le gouvernement va inciter des colons à précisément investir ces colonies. Et il y a, comme ça a été souligné tout à l'heure, et encore une fois, il faut insister, une impunité dont bénéficient les colons. C'est-à-dire qu'il y a des associations israéliennes qui essayent de suivre justement les procédures qui vont être intentées par des colons qui, par exemple, auraient procédé à des destructions de biens, ce qui est une infraction aussi au regard du droit israélien en soi, qui auraient blessé des Palestiniens, qui auraient tué des Palestiniens.

Et ce dont on s'aperçoit, c'est que l'écrasante majorité de ces plaintes, à quelques exceptions près, sont de manière systématique classées sans suite. Ce qui veut dire, c'est qu'il n'y a pas de suite malgré ces violences qui sont particulièrement graves. Et pour revenir sur ce que je disais tout à l'heure, il y a un troisième principe qui est bafoué. C'est le principe qui fait qu'une puissance occupante, et c'est le statut juridique d'Israël actuellement en Cisjordanie, une puissance occupante a l'obligation d'assurer à la population qui vit sous occupation l'essentiel pour sa survie, notamment en termes d'accès aux ressources naturelles, etc.

Or, on sait que précisément, les politiques mises en place par Israël, dont les colons sont le relais, ont pour objet de priver la population palestinienne d'une grande partie de l'accès à ses ressources. Par exemple, en construisant des routes qui vont être interdites à la population palestinienne ou qui vont obliger les palestiniens pour accéder à leurs champs, par exemple, à couvrir un nombre de kilomètres incalculables, ce qui va les obliger in fine à partir, à aller ailleurs. Et ça, c'est finalement une violation triple du droit international, sans compter ce qu'on pourrait également qualifier de crime.

Parce que cette entreprise de colonisation revêt également des qualifications criminelles au regard cette fois-ci du statut de Rome, c'est-à-dire le statut qui fixe la compétence de la Cour pénale internationale. Et par exemple, je vais me limiter à ça pour l'instant, mais on pourrait y revenir, le fait pour une puissance occupante de transférer une partie de sa population civile dans le territoire qu'elle occupe, qui plus aillé... Donc le principe

10:31
Présentateur

de la colonisation, pour être clair.

10:33
Locuteur 1

ça, c'est constitutif d'un crime de guerre au regard de l'article 8 du statut de Rome. Et je ne parle pas des tortures, des détentions arbitraires dont il a été parlé tout à l'heure, de la destruction de biens qui peut aussi constituer dans certains cas un crime de guerre.

10:46
Présentateur

Alors, pardonnez-moi, Claire Duhamel, je le disais, vous êtes sur place et vous couvrez donc pour France 24 cette situation et vous avez couvert en l'occurrence les suites d'une actualité tragique, une fausse couche d'une femme enceinte de 6 mois devant un poste de contrôle.

10:58
Invité

Quand on est arrivé, c'était fermé, là où il y a les ambulances ici. Bien sûr, l'armée n'est descendue de la tour qu'après un long moment, puis quand on est entré ici, ils nous ont retenus une demi-heure. On est entré ici, cette barrière était fermée, ils nous ont laissé une demi-heure coincés entre ces deux barrières. Le fœtus était mort, il est sorti dans la poche amniotique. La femme avait aussi une hémorragie et elle a perdu connaissance. Très vite, on s'est mis à la prendre en charge, mais l'armée nous a obligés à couper le moteur de l'ambulance. On a arrêté l'ambulance, tous les appareils se sont arrêtés.

Il y a des équipements ici qui fonctionnent grâce à l'alimentation électrique de l'ambulance. Les appareils médicaux se sont arrêtés. Plus de moniteurs, plus d'oxygène, plus rien. Depuis trois ans, nous souffrons dans toute la Cisjordanie du problème des checkpoints et des barrières. Bien sûr, cela a eu un impact sur la capacité des femmes et plus généralement des patients à accéder aux hôpitaux. Et cela affecte aussi l'arrivée des équipes médicales. Tout ça a évidemment des conséquences négatives sur le fonctionnement de l'hôpital, tant du point de vue médical que des soins infirmiers.

12:00
Présentateur

Alors, Claire Duhamel, ce qu'on vient d'entendre, c'est un extrait d'un de vos reportages pour France 24, pardonnez-moi, décidément, le 7 août dernier. Alors, cette actualité tragique, c'est le lot quotidien des populations palestiniennes. Benjamin Fiorini évoquait il y a quelques instants les routes, donc les difficultés d'accès aux lieux de vie du quotidien. Donc, c'est ça, techniquement, que ça a créé cette situation, c'est-à-dire des situations qui deviennent, comme on entendait à l'instant, des tragédies.

12:30
Invité

Oui, et ça, c'est vraiment le quotidien des gens et c'est ce que j'avais voulu montrer par ce reportage. En fait, cette situation, ça a été une des conséquences de ce qui s'est passé à Tel fin juillet. Il y a eu un siège de la ville de Naplouse qui a duré plusieurs jours. Tous les checkpoints autour de la ville étaient fermés. Les ambulances, elles ont généralement le droit à des exceptions, c'est-à-dire que les soldats laissent passer les ambulances. Mais néanmoins, il y a des retards comme on le voit dans ce cas-là. Et donc, j'ai voulu un peu remonter le fil de ce qui s'était passé au sujet de cette femme qui a fait une fausse couche.

Alors, pour être très précis, cette femme aurait eu un enfant mort-né quoi qu'il arrive. C'est ce qu'elle m'a dit. C'est ce que m'a dit aussi la sage-femme qui l'a accouchée. En fait, le bébé mort-né a été accouché à domicile et ensuite, tout de suite, ils sont partis en ambulance pour essayer de sauver la vie de la mère qui perdait beaucoup de sang et l'ambulancier Bachar qu'on vient d'entendre nous expliquer qu'il est passé par une première route. Il y avait une barrière jaune, c'est-à-dire pas un checkpoint. Ces barrières jaunes qui sont à l'entrée de la plupart des villages palestiniens qui étaient fermés. Il y a dû faire un grand détour. Il faut que vous expliquez,

13:33
Présentateur

pardonnez-moi de vous interrompre, Claire Duhamel, il faut expliquer ce que sont ces barrières jaunes précisément qui existent depuis longtemps dans ce territoire occupé mais en quoi ça consiste et qu'est-ce que ça oblige à faire ?

13:43
Invité

Alors, les barrières jaunes, c'est-à-dire qu'en plus des checkpoints que doivent franchir les palestiniens pour passer d'une zone à l'autre en Cisjordanie, il y a ces barrières qui sont tout simplement des barrières en métal qui font quelques mètres de long et qui sont à l'entrée de la plupart des villages palestiniens, de la plupart des axes routiers et qui sont parfois fermés, notamment en période de tension. Souvent, il n'y a pas de soldats sur place et donc lorsqu'une barrière est fermée, une voiture ne peut tout simplement pas passer et doit trouver une autre route. C'est ce qui est arrivé notamment dans le cas de cette ambulance.

Les barrières jaunes étaient fermées jusqu'à ce qu'enfin l'ambulance parvienne à un checkpoint où des soldats étaient présents, le checkpoint de Hawarta. C'est ce qu'on entend dans le reportage et à ce checkpoint-là, ils ont été arrêtés une demi-heure environ alors qu'il y avait cette femme qui se vidait de son sang à l'arrière de l'ambulance. Quoi qu'il arrive, le bébé était déjà mort et les ambulanciers et le personnel médical nous disaient qu'il était impossible de sauver le bébé dans ces conditions mais la vie de la mère a aussi été mise en danger alors qu'on parle d'un trajet qui fait une dizaine de kilomètres entre le village de cette femme et l'hôpital Rafidia de Naplouz.

L'ambulancier nous a dit que ce jour-là, ça lui avait pris environ deux heures pour rejoindre cette zone à cause des barrières jaunes et à cause des checkpoints qui sont un peu partout sur le territoire.

15:03
Présentateur

Alain Dikoff, est-ce qu'en Israël, il y a une conscience de ces difficultés du quotidien, ces choses très concrètes mais qui précisément compliquent la vie et qui aboutissent parfois à des tragédies comme celles que nous venons d'entendre à l'instant ?

15:14
Invité

Non, il y a une conscience qui est très limitée.

Alors elle existe, bien sûr, et il faut leur rendre hommage, elle existe dans des groupes, des organisations non gouvernementales israéliennes qui font un travail admirable à la fois pour cartographier la colonisation israélienne mais aussi pour dénoncer les atteintes aux droits de l'homme qui peuvent survenir comme ça a été évoqué à l'instant avec les exemples qui ont été donnés par la multiplication des checkpoints mais il faut bien voir que ça touche une minorité consciente politiquement mais qui reste vraiment une minorité pour la plupart des gens sauf évidemment les colons qui par définition et surtout ceux qui habitent dans des colonies dites idéologiques c'est-à-dire à côté des grandes villes c'est là où les grandes villes palestiniennes c'est là que les heurts les choses les plus violentes se passent comme autour de Naplouz au sud de la ville d'Ebron donc là évidemment les colons par définition ils sont confrontés à cette question de la confrontation avec les palestiniens donc évidemment ils ont conscience de cela mais pour le reste pour les israéliens qui habitent à Tel Aviv ou ailleurs la Cisjordanie c'est très loin en fait en réalité alors que c'est très proche géographiquement parfois 20-25 km seulement mais en réalité c'est très loin dans la tête la Cisjordanie en quelque sorte elle est déconnectée du quotidien des israéliens et alors bien sûr ils pourraient s'informer mais en fait ils ne le veulent pas la plupart du temps et les journaux en parlent très peu en réalité les journaux ou bien les médias de façon générale les télévisions etc.

en parlent très peu sauf lorsqu'il y a des actions qui peuvent impliquer des israéliens qui sont tués alors là oui on va en parler mais sinon pour le reste c'est une réalité qui est très lointaine sauf aussi évidemment pour les militaires qui sont appelés à faire leur période d'actifs ou de réserves en Cisjordanie alors eux évidemment ils ont aussi conscience ils sont confrontés aussi à cette réalité quotidienne mais vous voyez c'est vraiment des groupes soit des groupes qui sont de fait sur le territoire de la Cisjordanie comme les colons ou l'armée ou alors de l'autre des personnes qui sont motivées politiquement qui ont conscience quelque part qu'il y a une injustice qui est faite aux palestiniens mais qui concerne là aussi une minorité la grande majorité en fait est très déconnectée de ça

17:43
Présentateur

alors Benjamin Fiorini tout à l'heure vous avez évoqué donc les crimes au regard du droit international là on n'est pas exactement c'est très ténu cette frontière mais ces empêchements de vivre vous parliez des routes également qui sont coupées entre des zones qui sont coupées par des colonies précisément en Cisjordanie est-ce que ça aussi ça peut être constitutif pas forcément de crimes mais d'atteinte aux droits internationaux atteinte aux droits internationaux oui tout à fait aux droits des palestiniens en l'occurrence mais aux droits internationaux de façon générale

18:10
Locuteur 1

oui oui aux droits internationaux de façon générale parce qu'à partir du moment où on va compliquer la vie des palestiniens de telle sorte à ce qu'ils ne puissent plus se déplacer librement qu'ils ne puissent plus avoir de libre circulation qui leur permet de réaliser les choses les actes du quotidien indispensables à leur survie ou en tout cas qui vont considérablement les pénaliser effectivement dans ces hypothèses-là on va être sur des violations du droit international je vais prendre un exemple c'est celui de l'eau lorsque on empêche des palestiniens de circuler et bien très souvent ça va aboutir à la situation suivante c'est qu'il va devenir très difficile pour eux de s'alimenter suffisamment en eau et le fait de ne pas être alimenté en eau bien évidemment ça met en danger sa propre vie à terme et le fait que ça mette en danger sa propre vie ça va inciter ces palestiniens tout simplement à partir et à s'isoler dans des zones du territoire qui sont de plus en plus exigues laissant par conséquent libre-champ à la perpétuation et à l'extension de la colonisation donc finalement c'est une violation du droit international et c'est une violation du droit international qui aboutit à favoriser ce processus-là d'annexion et de colonisation et qui va renforcer les différents crimes dont je parlais tout à l'heure et notamment le transfert de populations civiles israéliennes sur le territoire palestinien illégalement occupé par elle

19:20
Présentateur

Alors ces faits de violence sont indissociables donc de la colonisation dont nous parlons en creux depuis le début de cette émission précisément l'un des projets emblématiques de la colonisation israélienne il faut l'aborder dans cette émission il s'agit du projet E1

19:33
Invité

La frontière d'Israël ne s'arrête pas à Maléadoumim elle s'arrête à la Jordanie Quelle belle journée nous allons relier Maléadoumim à Jérusalem ça fait longtemps qu'on prépare ce projet maintenant on a beaucoup investi pour qu'il voit le jour C'est un moment historique on est là et on compte bien y rester Voilà Benjamin Netanyahou

20:04
Présentateur

et le ministre des finances Bezalel Smotrich qui s'exprimait sur ce projet de colonie E1 dans un reportage de France Télévisions du 21 septembre 2025 Claire Duhamel est-ce qu'on peut avoir avec vous quelques éclaircissements sur ce projet son importance pour Israël et pourquoi est-il précisément emblématique Claire Duhamel ?

20:23
Invité

Alors c'est un peu un serpent de mer de la politique israélienne puisque ces colonies qui sont autour de Jérusalem elles sont parmi les colonies de peuplement où il y a le plus d'Israéliens Il a été évoqué dans l'extrait que vous avez joué le somme de la colonie de Maléadoumim qui est connue comme étant le dortoir de Jérusalem où vivent les Israéliens précaires qui vivent dans cette colonie et qui travaillent pour beaucoup à Jérusalem et le projet E1 son but c'est de connecter toutes ces colonies autour de Jérusalem à Jérusalem et ainsi de couper la Cisjordanie de nord couper le nord de la Cisjordanie du sud rendre tout déplacement encore plus compliqué les villes principales palestiniennes ce sont par exemple Hébron au sud de la Cisjordanie Ramallah au centre de la Cisjordanie Naplouz au nord de la Cisjordanie et grosso modo chaque déplacement entre ces grandes villes est devenu extrêmement compliqué pour les palestiniens et en s'accaparant plus de colonies en légalisant notamment les colonies de E1 le but c'est de rendre toute continuité territoriale palestinienne impossible sur le terrain et d'appliquer en quelque sorte une politique du fait accompli et de rendre concrètement l'existence d'un état palestinien impossible sur le terrain c'est une actualité de long terme qui se joue depuis des années mais on voit parfois une accélération et le projet E1 en est un symbole les palestiniens qu'on rencontre sur le terrain ils nous disent grosso modo que s'ils ne peuvent pas se rendre dans les zones que l'autorité palestinienne contrôle pour eux ça anéantit l'espoir d'un état souverain dans les frontières de 1967

22:03
Présentateur

Alain Dikoff c'est un enjeu majeur pour la classe politique israélienne pour le gouvernement israélien ce projet et où en est-on ?

22:10
Invité

disons c'est un projet en effet très ancien qui en fait a été régulièrement je dirais enterré ou en tous les cas gelé plutôt depuis 2009 jusqu'à donc l'année dernière et en général sous la pression internationale en particulier américaine qui avait empêché ce projet E1 de se réaliser jusqu'à présent mais en réalité le contexte a changé c'est-à-dire que même si la politique américaine vis-à-vis d'Israël est très compliquée actuellement en tous les cas avec des périodes de soutien très claires et des périodes de plus grandes tensions il n'en reste pas moins que dans le contexte actuel avec Donald Trump au pouvoir Israël a pensé à juste titre pour le moment qu'il était possible d'avancer sur ce dossier sans encourir une opposition américaine alors il faut savoir que ce projet est vraiment un projet assez massif puisqu'il s'agit quand même de 3500 unités d'habitation qui en effet couperait définitivement le nord et le sud de la Cisjordanie et qui de fait rendrait impossible l'édification d'un état palestinien qui par ailleurs est déjà de toute façon très compliqué à réaliser dans la pratique vous pouvez peut-être

23:32
Présentateur

arrêter sur ce point pardonnez-moi vous interrompre mais en quoi précisément ça enterrerait cette idée de deux états ce projet

23:38
Invité

ça coupe géographiquement si on avait évidemment une carte on le verrait très clairement ça fait qu'il y a une sorte de continuité territoriale israélienne entre Jérusalem y compris la partie orientale la ville de Mahal et Hadoumim dont on a parlé qui est une ville de 35 000 habitants aujourd'hui et l'espace ensuite vacant pour le moment vacant mais qui justement est appelé à se développer avec le projet E1 qui va de Mahal et Hadoumim à la vallée du Jourdain qui est en contrebas parce qu'il y a un différentiel de niveau topographique entre Jérusalem qui est sur une colline et la vallée du Jourdain qui est tout en bas sous le niveau de la mer et donc E1 vise à être construit là pour achever la continuité territoriale en réalité entre Jérusalem et l'Allée du Jourdain et donc empêcher la continuité territoriale palestinienne entre le nord et le sud de la Cisjordanie c'est ça l'idée et c'est ça le projet qui évidemment doit se comprendre aussi dans une logique beaucoup plus grande qui est cette logique de grignotage et d'annexion de facto de la Cisjordanie à Israël

24:48
Présentateur

Alors Benjamin Fiorini c'est un emblématique ce projet E1 d'une colonisation qui serait en voie d'accélération depuis le 7 octobre en l'occurrence

24:56
Locuteur 1

Oui oui tout à fait alors la colonisation n'est pas du tout un phénomène nouveau ça a déjà été rappelé tout à l'heure mais il est vrai qu'on constate une accélération assez fulgurante depuis le 7 octobre et ce qu'on constate c'est qu'au final il n'y aurait que deux raisons deux solutions pour limiter voire endiguer ce phénomène d'extension progressif le premier viendrait d'un affléchissement de la politique israélienne elle-même mais il est vrai qu'on a actuellement peu d'espoir que ce soit le cas y compris à l'aune des élections qui vont avoir lieu en octobre

25:25
Présentateur

Pour être précis justement c'est un enjeu électoral

25:27
Locuteur 1

C'est un enjeu électoral dont on parle assez peu c'est-à-dire que quand on regarde l'état du débat qui a actuellement lieu en Israël sur ces questions-là on ne constate pas que c'est un non-problème on constate que ce n'est pas le problème prioritaire On perçoit la chose sous un autre angle par exemple on va percevoir la chose sous l'angle de la réputation d'Israël et de la crédibilité d'Israël à l'international ce qui peut éventuellement concerner cette question de la colonisation mais en tout cas on n'en fait pas un enjeu central stricto sensu Et la deuxième solution et ça a été un petit peu évoqué à l'instant ça serait une pression qui viendrait de l'extérieur une pression qui pourrait venir des Etats-Unis mais qui pourrait aussi venir d'autres pays et notamment les pays membres de l'Union Européenne et également la France Pourquoi ?

Parce qu'en droit international il faut savoir que lorsque un État se comporte d'une manière qui est en inéquation avec ce droit de manière manifeste et bien ça va non seulement en théorie obliger cet État à se conformer à la règle donc normalement Israël comme je l'ai dit tout à l'heure devrait mettre fin à son processus de colonisation ce qu'il ne fait pas mais ça normalement oblige les autres États à faire pression sur Israël pour faire en sorte qu'Israël infléchisse sa politique et ça peut passer par toute une série de mesures qui vont être des mesures diplomatiques par exemple des initiatives qui pourraient être prises pour inciter Israël à se mettre dans les clous du droit international et ça peut également être d'autres types de mesures beaucoup plus directes par exemple dans la situation qui nous occupe et bien faire en sorte que les produits ou les biens qui sont issus des colonies ne soient pas commercialisés en France ou au sein de l'Union Européenne et pour l'instant ce qu'on remarque c'est que ni au niveau français ni au niveau de l'Union Européenne il n'y a d'initiatives qui se sont concrétisées dans ce sens-là alors même que ça serait le simple respect des obligations internationales à la fois de l'Union Européenne et de la France en particulier

27:06
Présentateur

alors justement Benjamin Fiorini je vous propose d'écouter une déclaration de Riyad Mansour l'ambassadeur palestinien à l'ONU

27:11
Invité

Nous condamnons fermement les décisions et mesures unilatérales israéliennes visant à étendre la présence illégale d'Israël en Cisjordanie Ces décisions sont contraires aux obligations qui incombent à Israël en vertu du droit international et doivent être immédiatement annulées Nous soulignons et réaffirmons notre ferme opposition à toute forme d'annexion Nous réitérons notre rejet de toutes les mesures visant à modifier la composition démographique la structure le caractère et le statut des territoires palestiniens occupés depuis 1967 y compris Jérusalem Est

28:00
Présentateur

Voilà Riyad Mansour dans une déclaration du mois de février 2026 Riyad Mansour doublé par les bons soins de notre réalisatrice Fane Monté Alors avec où Alain Dikoff il faut parler de ces colons combien sont-ils en Israël et que pèsent-ils dans le jeu politique israélien ?

28:16
Invité

Alors en termes de chiffres le nombre d'Israéliens qui se trouvent dans des territoires qui ont été soit annexés c'est le cas de Jérusalem Est soit non annexés mais l'objet d'une politique de colonisation sont aujourd'hui de 620 000 210 000 de ces 620 000 habitent à Jérusalem Est et donc les autres donc ça fait 400 000 sont dans le reste de la Cisjordanie avec une différence tout de même par exemple Maléadoumime dont on a parlé c'est essentiellement en effet comme ça a été très dit justement par la correspondante de France 24 ce sont des sont à Maléadoumime dans une sorte de ville dortoir qui est à 10 km de Jérusalem ils sont là simplement parce que c'est moins cher tout simplement qu'en Israël même mais à côté de ça il y a évidemment les colons motivés idéologiquement animés par une idéologie messianique et qui évidemment sont ceux qui vont attaquer les palestiniens et qui eux vont être dans des colonies beaucoup plus isolées plus difficiles d'accès c'est aussi objectivement plus dangereux pour eux évidemment parce qu'ils sont dans un environnement qui est plus hostile et c'est eux qui s'en prennent aussi aux palestiniens donc eux ils sont moins nombreux mais ils sont très motivés politiquement évidemment et c'est eux qui évidemment sont la source des tensions avec la population palestinienne

29:47
Présentateur

Alors Claire Duhamel il y a aussi des différences de statut juridique autour de ces colonies puisque certaines colonies sont en tout cas considérées comme légales par l'état d'Israël et puis d'autres ne sont pas encore légales il y a d'abord la notion d'avant-poste dont vous avez parlé tout à l'heure quel statut juridique pour ces différents types de colonies ?

30:04
Invité

Alors toutes ces colonies elles sont illégales au regard du droit international mais certaines le sont aussi au regard du droit israélien c'est le cas des avant-postes qui se sont largement multipliés ces dernières années notamment après le 7 octobre si ma mémoire est bonne dans l'année 2025 il y a eu 80 avant-postes supplémentaires régulièrement il y a des annonces après des violences sur la création de nouveaux avant-postes ça a été aussi le cas après les attaques de telles avec une dizaine d'avant-postes supplémentaires mais régulièrement aussi après des épisodes de violences les autorités israéliennes annoncent qu'elles légalisent certains de ces avant-postes c'est aussi arrivé après les attaques de telles et grosso modo ce sont ces différents types de colonies qui composent le système colonial qui régit la Cisjordanie et certains soldats nous disent parfois en aparté quand on les croise sur le terrain en Cisjordanie que pour eux les avant-postes ils font partie d'une stratégie pour occuper le territoire et que ce sont aussi des avantages pour l'armée pour des questions stratégiques moi je me suis rendue il y a quelques semaines dans la colonie de Khomech qui a été pendant longtemps un avant-poste une partie de cette colonie en tout cas qui avait été évacuée après l'évacuation notamment des colonies de Gaza en 2005 ça concernait aussi une partie des colonies du nord de la Cisjordanie occupée et là maintenant à Khomech et à Sanour ce sont les deux plus grandes colonies les Israéliens reviennent ces colonies sont désormais légales au regard du droit israélien et quand on se rend sur place on comprend bien aussi la notion stratégique Khomech par exemple ça surplombe Djenin Naplouse c'est tout en haut d'une colline et en étant ici c'est un contrôle territorial sur la Cisjordanie qui s'opère et donc il y a aussi ces enjeux-là dans la tête des colons radicalisés ceux qui sont là pour des raisons idéologiques et qui estiment que cette terre c'est la leur et que l'entreprise coloniale elle a pour but de maintenir la souveraineté israélienne de facto sur ces territoires occupés

32:13
Présentateur

Benjamin Fiorini et où en est-on justement de cette colonisation à bas bruit est-ce qu'on peut dire aujourd'hui que de fait une partie de la Cisjordanie se trouve annexée par l'état d'Israël ?

32:23
Locuteur 1

De fait oui et d'ailleurs l'avis de la Cour internationale de justice dont je vous parlais tout à l'heure qui date du 19 juillet 2024 donc ça fait deux ans donc depuis la colonisation a beaucoup progressé parlait déjà finalement d'un système qui équivalait à une annexion pour une bonne partie de la Cisjordanie et ce qui permet d'aboutir à ce constat c'est d'une part évidemment toutes ces terres qui ont été grignotées progressivement par les colons c'est le fait que la plupart des ressources naturelles soient accaparées au profit de ces colonies et ne peuvent plus bénéficier aux palestiniens et c'est le fait également qu'on a instauré un régime juridique différencié selon qu'on est israélien ou palestinien et ce régime juridique est favorable aux israéliens et là encore défavorable aux palestiniens

33:03
Présentateur

A quoi il faut ajouter Benjamin Fiorini qu'il y a des zones d'occupation alors A, B, C c'est issu des accords d'Oslo peut-être qu'il faut dire un mot sur ces zones d'occupation est-ce qu'elles impliquent en termes de gouvernance locale

33:12
Locuteur 1

oui effectivement il y a trois zones différentes il y a des zones qui sont sous l'administration on va dire totale d'Israël des zones qui sont censées être administrées par l'autorité palestinienne de manière intégrale et des zones où l'administration est divisée en quelque sorte entre le civil et le militaire et finalement pour répondre à votre question ce que l'on voit à travers ce qu'on a dit tous les trois à ce sujet là et notamment le projet E1 auquel vous avez fait référence c'est que ça vient étayer le fait que cette colonisation n'est pas le fruit chaotique de colons extrémistes qui iraient comme ça un peu n'importe où de manière aléatoire il y a vraiment une politique qui est pensée justement pour achever de détricoter cette idée d'une solution à deux états c'est vraiment quelque chose qui est pensé et je pense que c'est quelque chose d'important tout particulièrement quand on parle depuis la France puisqu'on se souvient qu'il y a un peu moins d'un an maintenant en septembre 2025 la France a reconnu l'état de Palestine donc a voulu promouvoir cette idée de deux états et actuellement la politique israélienne qui est menée de colonisation vient contrecarrer cette idée de deux états donc ça signifie qu'actuellement Israël mène une politique qui va à l'encontre du choix qui a été fait par la France de promouvoir cette idée de deux états et je pense par conséquent que la France devrait réagir et ça renvoie à ce que je disais tout à l'heure sur le fait que en droit international et ça a été dit là encore une fois par cet avis de la Cour internationale de justice de 2024 et bien les états dont la France ont une obligation de ne pas contribuer à maintenir une situation coloniale illégale c'est une obligation c'est pas simplement une option c'est une obligation et ça passe selon la Cour internationale de justice mais aussi selon une résolution de l'ONU qui a été adoptée en 2024 et que la France a également ratifié ça passe par le fait de précisément ne pas continuer à commercer avec les colonies israéliennes parce qu'elles sont illégales et qu'en commerçant avec elles on promeut finalement et on perpétue cette situation illégale or malheureusement actuellement ce n'est pas fait on sait qu'il y a encore des produits par exemple qui viennent des colonies qu'on peut retrouver dans les rayons de nos magasins avec simplement un étiquetage mais cet étiquetage ne suffit pas parce que le fait que ça soit étiqueté n'empêche pas que l'on commercialise ces différentes denrées et que par conséquent on contribue nous aussi économiquement à la perpétuation de cette situation illégale

35:34
Présentateur

Alain Dicoffre rejoignez-vous le constat qui vient d'être dressé par Benjamin Fiori à savoir une annexion de fait question subsidiaire faut-il craindre une annexion de droit ?

35:47
Invité

Annexion de fait oui je crois que tout ce que nous avons dit tous les trois l'atteste annexion de droit certains le demandent en Israël mais en réalité la plupart préfèrent finalement la situation présente pourquoi ?

parce qu'une annexion juridique de plein droit en quelque sorte ferait des palestiniens inévitablement soit des citoyens parce que ils seraient intégrés ils deviendraient des sujets des citoyens inévitablement de l'état d'Israël ou alors ils seraient dans un état unique entre la Méditerranée et le Jourdain mais alors privés de droit ce qui évidemment serait absolument inacceptable pour la communauté internationale et inimaginable même à bien des égards donc en fait la situation d'aujourd'hui est beaucoup plus pratique quelque part pour Israël officiellement l'occupation se poursuit juridiquement mais en même temps on fait tout pour que les Israéliens qui sont dans les territoires occupés en particulier dans la Cisjordanie soient en fait traités comme des Israéliens normaux entre guillemets comme des Israéliens qui se trouveraient à Haïfa ou à Tel Aviv donc on est dans une sorte de situation en fait où on joue sur les deux tableaux voilà d'un côté l'occupation continue parce que comme ça les Palestiniens sont en dehors du système israélien mais d'un autre côté les colons sont intégrés au système israélien comme s'ils étaient des citoyens des citoyens ordinaires et donc quelque part personne enfin du côté israélien en tous les cas il n'y a pas de volonté véritablement d'aller vers une élection de fait de droit pardon parce qu'elle poserait beaucoup plus de problèmes qu'elle n'en résoudrait

37:40
Présentateur

Est-ce que vous rejoignez ce constat Claire Duhamel vous qui êtes correspondante de France 24 sur place ?

37:46
Invité

Oui absolument c'est ce que je vois au quotidien sur le terrain et c'est ce que j'entends aussi bien de la part d'israéliens que de palestiniens j'ajouterais que avant le 7 octobre 2023 ça m'arrivait d'entendre parfois une parole palestinienne qui se faisait un petit peu plus discrète mais qui existait palestiniens de Cisjordanie qui disaient que finalement l'annexion de la Cisjordanie de droit certains la souhaitaient c'est à dire qu'ils considèrent que dans les faits c'est déjà le cas que leur vie quotidienne est extrêmement difficile et douloureuse à plusieurs égards et que si pour avoir plus de droits pouvoir voyager à l'étranger ça veut dire passer sous souveraineté israélienne de façon officielle certains palestiniens disaient que dans la mesure où ils ne croient plus en l'idée d'un état palestinien finalement l'annexion de la Cisjordanie ça pourrait être souhaitable pour leur quotidien c'est évidemment une parole qu'on entend de moins en moins à mesure notamment que la guerre à Gaza s'est déroulée beaucoup de palestiniens finalement maintenant nous parlent du pessimisme qui est le leur et ils estiment que l'idée d'un état palestinien souverain paraît assez lointaine voire impossible mais l'idée d'être rattaché officiellement à Israël d'être annexé à Israël est aussi impensable pour beaucoup et c'est dans ce vide d'horizon politique que survivent la plupart des palestiniens de Cisjordanie aujourd'hui

39:12
Présentateur

Benjamin Fiorini en écho à ce que disait il y a quelques minutes Alain Dikoff il pouvait évoquer les arabes israéliens qui sont issus de la Nakba donc 1948 une annexion qui s'est traduite par l'arrivée dans le corps national israélien d'un certain nombre de citoyens qui ont des droits effectivement est-ce que ce passif pèse aussi sur la situation actuelle de la Cisjordanie

39:33
Locuteur 1

oui oui oui c'est un passif qui pèse de manière assez évidente

39:37
Présentateur

pardonnez-moi il faut juste rappeler donc c'est 20% de la population israélienne les arabes israéliens oui c'est ça c'est ça

39:43
Locuteur 1

c'est 20% et pour faire écho à une idée que je n'ai pas eu le temps de développer tout à l'heure je me permets simplement de le souligner tout à l'heure j'ai insisté sur le fait que en droit international les différents pays et notamment la France et l'Union Européenne avaient une obligation de ne pas concourir à cette situation illégale et j'ai parlé du cas spécifique de la France il y a deux choses que j'aimerais ajouter là-dessus parce que ça me semble important c'est pour ça que je me permets de faire un point là-dessus la première c'est qu'il me semble que se conformer aux obligations internationales que l'on a édifiées au sortir de la Deuxième Guerre mondiale avec ce principe vous savez du plus jamais ça où on s'est mis d'accord sur le fait qu'il y avait des choses qui étaient tellement épouvantables dans le monde qu'il fallait absolument se dire que collectivement on devait les refuser et se donner tout simplement les moyens politiquement de mettre en place ce refus et bien il me semble que ça serait une question de dignité tout simplement de dignité de la politique française de mettre en place ces obligations et ça serait en plus une question de crédibilité ça c'est une question de crédibilité parce qu'à partir du moment où on a des obligations internationales qu'on clame d'ailleurs au effort comme si on était en la matière les champions du monde et que par ailleurs au-delà du discours on s'aperçoit qu'on ne les applique pas et bien ça donne le sentiment que finalement derrière les mots il n'y a pas véritablement grand chose c'est un écran de fumée et qu'on est sur une forme de réelle politique qui est assez déplorable sur le terrain des principes et la deuxième chose c'est que si demain par exemple nous en tant que français on était amené à se réclamer du droit international pour préserver nos intérêts en quoi serions-nous crédibles à le faire si dans d'autres situations nous-mêmes nous sommes incapables d'essayer de le faire respecter en nous conformant à nos propres obligations et la dernière chose que j'aimerais dire à ce sujet là c'est que ça c'est le cas de la France mais on peut aussi parler du cas de l'Union Européenne l'Union Européenne on a eu une séquence qu'on a tous en mémoire j'imagine concernant cet accord de libre association avec Israël l'accord de libre association c'est un accord qui va permettre des conditions avantageuses pour faire du commerce on va dire ça comme ça entre l'Union Européenne et Israël or il se trouve qu'il y a maintenant plusieurs mois les services de l'Union Européenne ont constaté que dans cet accord il existait un article l'article 2 qui prévoit qu'il ne peut être appliqué que s'il y a un respect de part et d'autre des droits humains et les services de l'Union Européenne ont constaté que les droits humains bien évidemment dans le cas de la Cisjandanie faisaient l'objet de graves violations ce qui aurait dû amener les services de l'Union Européenne à justement en tout cas réviser cet accord à minima si ce n'est le suspendre et ce qu'on constate c'est qu'actuellement alors même qu'on est plusieurs mois après cette séquence et bien il n'y a toujours rien c'est à dire que cet accord est toujours en place donc véritablement il faut qu'on se pose à la question collectivement est-ce qu'on veut encore respecter le droit international ma réponse c'est oui mais manifestement ce n'est pas nécessairement la réponse des politiques mises en place à l'échelle européenne et si on ne le fait pas quelles vont être les conséquences elles risquent d'être extrêmement graves

42:38
Présentateur

Alain Dikoff ce sera ma dernière question parce que nous arrivons malheureusement au terme de cette émission il y a des élections qui sont prévues en octobre en Israël j'évoquais il y a quelques minutes les arabes israéliens il y a aussi peut-être des résistances dans l'appareil d'état y compris les services de sécurité quel poids peut occuper cette question de la situation de la Cisjordanie dans le contexte électoral qui précède précisément les élections législatives Alain Dikoff

43:00
Invité

A mon avis le seul poids politique direct il est plutôt négatif en un certain sens en tous les cas négatif si on espère aller vers une solution politique qui respecte les droits mutuels des deux peuples c'est à dire que la question c'est essentiellement elle est essentiellement portée finalement par les forces les plus à droite en particulier Ben Vire son parti Bezalès-Motrich mais aussi une bonne partie du Likoud et eux ils vont clairement dans la direction d'un refus total d'un compromis territorial et en revanche sont totalement favorables au renforcement de la colonisation en Cisjordanie donc c'est eux qui donnent essentiellement le là il faut bien le dire sur cette question là du côté de l'opposition finalement à part le parti des démocrates mais qui est un petit parti qui essaye de faire entendre une voix une voix plus critique et qui essaye encore de défendre l'idée d'une solution politique il faut bien dire que la plupart détournent un petit peu le regard sur cette question de la Cisjordanie dans les partis d'opposition

44:12
Présentateur

merci à tous les trois Alain Dikoff Claire Duhamel Benjamin Fiorini grand merci à vous d'avoir été au micro de questions du soir grand merci à toute l'équipe Adèle Triol Louis Cognard Tom Mdenstock Inès Bouffartic-Sébastia Colline Guillot à la réalisation fan monté avec Théo Mingasson à la technique Julien Moulet Merci à tous