Agnès Canayer : « Il faudra un seul et unique candidat pour le bloc central à la présidentielle »
Audio original de l'émission.
Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.
Vous écoutez Bonjour Chez Vous, un podcast de Public Sénat.
Revenir sur ces actualités avec vous, Agnès Kanani, sénatrice apparentée à l'air de Seine-Maritime. Les textes sur la fin de vie qui seront soumis au vote du Sénat cet après-midi, on va en parler. Puis on parlera d'Edouard Philippe, puisque vous êtes également conseillère municipale du Havre et qu'il fait ce matin la une de Paris-Normandie. Et justement, on va regarder les unes de la presse régionale. On en a sélectionné trois. Les dernières nouvelles d'Alsace interdirent les réseaux. Une mesure qui divise. Adoptée en première lecture à l'Assemblée nationale lundi, le projet de loi prévoit l'interdiction des réseaux sociaux aux moins de 15 ans. Il ne suscite pas que de l'enthousiasme.
Pour certains, la difficile mise en application risque de discréditer l'initiative. Deuxième une, c'est celle de la dépêche. Colère agricole face à face musclée à Toulouse. Des échauffourées ont éclaté hier lors de la manifestation des agriculteurs. Et puis la dernière une, c'est celle du journal du Centre. La vie sans maternité, la chute des naissances pourraient menacer les plus petites maternités. Et certains territoires sont déjà passés par là. De quelle une aviez-vous envie de nous parler ?
Écoutez, des réseaux sociaux. Parce que moi, je trouve que c'est un enjeu essentiel. On voit aujourd'hui que cette question de l'accès aux écrans et toutes les dérives des conséquences sur les enfants sont essentielles. Et donc, je pense que c'est une bonne chose d'interdire les réseaux sociaux. Mais c'est vrai que le vrai sujet, c'est concrètement comment faire. Comment faire pour que les jeunes qui ont des téléphones portables de plus en plus tôt ne soient pas en permanence sur les réseaux sociaux. Alors, je pense qu'il y a des enjeux européens pour agir auprès des plateformes. Et puis, il y a des enjeux aussi pour nous d'avoir un vrai contrôle.
Mais ça va être un sujet, parce que le texte va arriver bientôt au Sénat, ça va être un sujet d'inquiétude, de réflexion sur comment concrètement on peut mettre ça en application ?
Oui, alors je pense qu'il y a surtout un sujet d'éducation des parents à cet accès aux réseaux sociaux. Quand on discute parentalité, c'est le premier sujet d'ailleurs de conflit intrafamilial. Et les parents sont souvent très désarmés pour gérer cet accès aux réseaux chez leurs enfants. Donc, il faut leur donner des règles, il faut leur donner des principes à faire appliquer et puis des moyens de médiation avec leurs enfants.
On va parler du budget. On l'a vu dans le journal, après le rejet hier des motions de censure, le budget donc considéré comme adopté par l'Assemblée nationale. Est-ce qu'avant de parler du fond, vous dites déjà satisfaites d'être arrivées un peu au bout du chemin ?
Oui, c'est vrai que je pense qu'il y a une demande forte. Quand vous écoutez les Français, vos concitoyens, ils nous disent tous que l'épisode a assez duré et que maintenant, il faut un budget. Donc, c'est vrai qu'il est temps qu'on aboutisse véritablement à un budget qui va rassurer notamment les Français, mais aussi les chefs d'entreprise et relancer, nous espérons, l'investissement. Parce qu'il y a plein de projets qui sont en suspens. Maintenant, je vous dirais tout ça pour ça.
C'est vrai que ça a été une longue procédure qui n'a pas abouti aux résultats escomptés parce que finalement, le Premier ministre est passé en force à l'Assemblée nationale avec le 49-3, contrairement à ses engagements initiaux. Et puis sur le fond, c'est vrai que le contenu ne nous convient pas vraiment.
Mais est-ce que vous nous confirmez que le Sénat ne réexaminera pas ce budget ? Parce qu'hier, après le rejet des motions de censure, il part au Sénat. Le budget, il n'y aura pas de réexamen ? Il sera renvoyé direct à l'Assemblée ?
Je pense, parce que le Sénat a déjà rendu sa copie. On a déjà débattu de longues heures. On a déjà dit quelles étaient nos priorités, notamment en ce qui concerne la préservation des entreprises, en ce qui concerne les collectivités territoriales. Donc le gouvernement sait quelles sont nos lignes rouges. Donc rediscuter, je pense, ne fera pas avancer le budget. Donc il vaut mieux s'en laisser la copie de l'Assemblée nationale.
Est-ce que vous avez l'impression que Sébastien Lecornu, il a plus écouté le PS que le Sénat ?
Oui. Oui, parce que manifestement, il avait besoin des voix du PS pour obtenir ce compromis. Donc il aura lâché beaucoup, beaucoup de concessions qui sont tous des formes de redistribution, que ce soit la prime d'activité, que ce soit les repas pour les étudiants à 1 euro. Donc on voit bien. Alors pour le Sénat, on a quand même une petite victoire qui est celle sur les collectivités territoriales. Parce que l'effort demandé est diminué par 2, puisque ce ne sera que 2 milliards pour les collectivités territoriales. Et c'est vrai que ça, c'est un point de satisfaction pour nous, d'autant que pour le Sénat, c'était un point marquant. Comment vous qualifiez-vous ce budget ?
C'est un budget, même pas de compromis, parce que je pense qu'il fait vraiment la part belle aux idées et aux attentes du Parti socialiste. C'est au moins un budget. Donc je pense que l'enjeu, c'est d'avoir un budget, on en a un. Maintenant, on a aussi des vrais sujets sur la sincérité de ce budget. Quand je vois que la ministre des Comptes publics annonce qu'il y aura 2 milliards d'économies faites sur les agences, moi j'étais dans la commission d'enquête que dirigeait Christine Lavarde. Au mieux, si on rationalise les agences, c'est 540 millions d'euros d'économies. Donc ça veut dire derrière qu'il va y avoir des politiques publiques qui vont devoir aussi être remises en jeu.
Et là, on n'a pas beaucoup de clarté. Mais vous dites quoi ? C'est un budget insincère ? Je pense qu'au final, oui. Et je pense qu'on n'arrivera pas forcément en dessous de la barre des 5%.
Mais il y a un mensonge de la part du gouvernement ? Il y a trop d'optimisme ? Comment vous l'expliquez ?
Je pense qu'il y a trop d'optimisme. Et je pense qu'on nous a fait des promesses et on n'a pas toutes les clés en main aujourd'hui. Et que par rapport aux travaux qui ont été menés au Sénat, on sent qu'il y a un delta entre ce que nous promet le gouvernement et ce que nous considérons comme réaliste.
Selon notre baromètre au DOXA pour Public Sénat et la presse régionale qui a été publiée hier, ce sont les Républicains qui sont les grands perdants de la séquence politique et budgétaire actuelle. Comment vous l'expliquez ? Est-ce que ça vous surprend ?
Écoutez, non. Je pense que déjà, il y a un problème de fond. C'est le non-alignement de ce que pensent les députés et de ce que pensent les sénateurs. Ce qui, quand même, parfois rend l'exercice compliqué. Et puis, derrière, on voit bien que c'est vrai que ce n'est pas nous qui faisions pencher la balance, aujourd'hui, de la majorité pour adopter le budget. Ce qui fait que nos idées ont été moins retenues que celles du Parti Socialiste qui sort quand même le grand gagnant, que ce soit sur le PLFSS avec le recul sur la réforme des retraites, que ce soit sur le projet de loi de finances.
Ça s'explique comment ? Par la sortie de Bruno Retailleau du gouvernement ? Ça a été ça, le point de bascule ?
Je pense que ça a joué, mais pas que. Mais je dirais que les LR seront peut-être sortis moins gagnants, mais tous les partis du bloc-centre, finalement, n'ont pas été plus entendus.
On va parler de l'actualité du Sénat. Le Sénat qui se prononce aujourd'hui sur les textes fin de vie. Steve, on va revenir justement sur ces textes, ou plutôt sur l'imbroglio autour de l'aide à mourir.
Oui, la semaine dernière, le Sénat a été saisi d'une proposition de loi adoptée l'année dernière à l'Assemblée nationale. Le texte prévoyait une aide à mourir pour des malades condamnés par la maladie, mais qui ne veulent pas être condamnés à l'agonie. Le patient serait autorisé à s'administrer lui-même le produit létal, sauf s'il n'est pas physiquement en mesure de le faire. L'enjeu du texte est simple. Faut-il ou non légaliser l'euthanasie et le suicide assisté en France, Auriane ?
Des mots qui ne figurent pas dans le texte, on le précise. Mais lors de son passage par le Sénat, le texte a été vidé de sa substance.
Séance très mouvementée la semaine dernière dans l'hémicycle, c'est Bruno Retailleau qui a tiré la première balle. Écoutez.
Je ne peux pas souscrire, quelle que soit d'ailleurs l'écriture, à une fin qui serait provoquée et qui est vraiment une rupture anthropologique dans notre civilisation.
Grès l'opposition du président des LR, on s'attendait à une adoption du texte de la Commission.
Oui, en commission, les sénateurs avaient effectivement restreint la portée du droit à l'aide à mourir. Le principe d'une assistance médicale à mourir avait été adopté, formulation plus contraignante que celle de l'Assemblée nationale. Le dispositif avait par ailleurs été réservé à certains patients, ceux dont le pronostic vital est engagé à court terme, c'est-à-dire à quelques jours. Mais au moment du vote sur cette formulation, tout s'est effondré.
Il y a clairement des changements de position depuis hier soir sur l'aile droite de cet émixique, qui fait qu'aujourd'hui, le Sénat fait de ce texte une forme d'agonie politique.
Au final, l'article 4 qui prévoyait l'aide à mourir a été rejeté à 144 voix contre 123, une trentaine de sénateurs LR ont voté contre, 51 se sont abstenus, une vingtaine d'élus centristes s'y sont également opposés. Où en est-on, Auriane, aujourd'hui ? On va vous poser la question directement, madame la sénatrice. Est-ce que l'ensemble de ce texte va être voté aujourd'hui ?
Écoutez, je ne sais pas. C'est vrai que c'est un débat assez clivant et très partagé. D'abord, un débat qui est difficile. La question, elle est douloureuse, elle concerne tout le monde. C'est pour ça qu'elle demande, je l'ai dit en hémicycle, beaucoup d'humilité. Ça, c'est une première chose. Cette question fait partie de l'intime et appelle aux convictions de chacun. Juste, pardon, petit point là-dessus,
mais est-ce que vous, vous avez hésité dans vos positions ou est-ce que votre opinion, elle était très claire dès le début ? Ou est-ce que ça a été compliqué ? Et les débats vous ont fait changer d'avis, par exemple ?
J'avoue que je n'avais pas une position claire au début. Je suis, en plus, comme j'étais rapporteure, j'ai fait toutes les auditions qui ont duré un certain temps parce que ce texte a quand même eu un cheminement complexe au Sénat et donc ça a laissé le temps de mûrir, de réfléchir, etc. Et c'est comme ça que je suis arrivée à la position que l'on ne pouvait pas aujourd'hui autoriser cette assistance médicale, enfin cette aide à mourir, pardon, cette aide médicale à mourir et qu'il fallait plutôt développer et appliquer la loi Claes-Léonetti qui aujourd'hui offre des vraies possibilités, mais malheureusement n'est pas appliquée sur l'ensemble de notre territoire.
Mais c'est difficile de légiférer sur un tel sujet qui, vous le dites, touche à l'intime.
Oui, c'est très difficile parce que d'abord, ce n'est pas un sujet politique parce qu'il y a des positions contraires au sein de chacun des groupes politiques de notre Assemblée, primo. Et deuxièmement, c'est un sujet qui fait souvent appel à du vécu, à des convictions, à beaucoup d'humanité. Donc comme tous les projets de société de bioéthique, c'est des sujets qui sont très difficiles. Après, voilà, chacun a ses convictions. Moi, en ce qui me concerne, je considère que je voterai le texte tel qu'il est sorti du Sénat, à savoir même s'il n'est pas parfait. Sans l'article 4. Sans l'article 4. Et qui, effectivement, prône un renforcement de la loi Claes et Léonis.
Mais qu'est-ce que vous répondez à ceux qui disent que le Sénat, finalement, il ne sert pas à grand-chose ? Parce que sur cet article 4, c'est quand même le dispositif central de ce texte fin de vie. Il n'existe plus. Et donc, ça va être la copie de l'Assemblée nationale qui sera retenue au final.
Écoutez, si la version du Sénat n'est pas adoptée aujourd'hui, moi, non, le Sénat ne sert pas à rien puisqu'il fait part d'une position. Moi, ce qui me semble aujourd'hui, quand j'entends et je rencontre, c'est qu'il n'y a pas, contrairement à ce qu'on nous a fait croire, une espèce de vent fort pour l'adoption de cette aide à mourir. Et que, quand vous entendez les Français, ils sont eux-mêmes très partagés. Il y a vraiment des pour, des contre, et il n'y a pas une majorité écrasante. Et a fortiori, quand vous entendez les soignants, qui sont tous très, eux, majoritairement, contre l'euthanasie et le suicide assisté, il faut les appeler un chat par un chat.
La Convention citoyenne avait quand même abouti à une majorité qui était assez forte. C'était 76% qui étaient favorables à la création. Pour vous, ça ne reflète pas forcément l'opinion publique ?
Non, je pense que ça ne reflète pas forcément l'opinion publique. Ça ne reflète pas forcément ce que j'entends. et qu'aujourd'hui, je pense que l'opinion publique évolue aussi, en fonction des différents discours. Quand vous tenez toujours un discours unique en disant il faut absolument donner le droit à mourir aux personnes qui le souhaitent, parce que ça existe en Belgique, parce que ça existe au Pays-Bas, parce que ça existe dans l'Oregon, c'est vrai qu'à un moment donné, ça imprime l'opinion publique. Aujourd'hui, il y a une réflexion qui est plus ouverte. Moi, je ne sais pas ce qui l'aboutira. Mais ce que je trouve intéressant aujourd'hui, c'est qu'il y a un vrai débat sur ce sujet.
Il n'y a pas un côté un peu politique, politicien ? Notamment, on a vu cette offensive très forte de Bruno Retailleau. Est-ce qu'il n'y a pas aussi les élections qui arrivent ? On essaye de mettre des signales, des marqueurs très forts comme ça, dans l'opinion publique, dans le débat public ?
Non, d'une part, on ne peut pas opposer à Bruno Retailleau de faire part de ses convictions. On est très fortes, et surtout sur ses sujets de société, d'une part. D'autre part, ce n'est pas la majorité sénatoriale qui a inscrit à tout prix ce texte dans notre ordre du jour. Ce n'est pas nous qui avons poussé à ce qu'il soit au cœur des débats. Je pense qu'il y a d'autres priorités aujourd'hui dans le contexte politique que nous connaissons, tant national qu'international. Cette question, elle est importante. Elle doit être posée, mais elle n'est pas dans les priorités.
Est-ce que vous vous attendiez quand même, vous qui avez évidemment suivi les débats depuis le début, est-ce que ce soit ce texte-là qui sort ? Est-ce que le Sénat détricote autant le texte initial ?
Non, mais il faut avouer qu'on a eu quand même, sur le fameux article 4, une conjonction... Sur le droit à l'aide à mourir. Effectivement, sur les conditions d'accès au droit à l'aide à mourir, une conjonction de visions opposées. C'est-à-dire qu'il y a ceux qui étaient fermement opposés, et puis il y a ceux, notamment en partie socialiste, qui étaient opposés à la version du Sénat.
Parce qu'ils étaient pour la version de l'Assemblée nationale, c'est ça ?
Effectivement. Donc du coup, c'est cette rencontre qui a fait que cet article 4 n'a pas été adopté, mais pour des raisons tout à fait opposées. Donc c'est vrai qu'aujourd'hui, on peut quand même relever que ça manque un peu de lisibilité, ce débat. Néanmoins, le texte qui ressortira sera celui de la majorité du Sénat.
Emmanuel Macron évoquait les possibilités d'un référendum si les débats s'enlisaient au Parlement. Est-ce que vous y êtes favorable ? Est-ce que c'est envisageable ici à 2027 ?
Non, je pense que d'abord, il n'y aura pas l'ouverture politique. Je pense qu'aujourd'hui, c'est un débat qui ne fera que cliver la société encore plus et qu'on n'a pas besoin de cela dans le contexte. Je pense que peut-être après 2027, une fois que le paysage politique sera plus posé et redessiné. Pour le moment, je pense que ce n'est pas du tout dans l'air du temps.
– Mais est-ce que vous craignez ce qui figure dans ce texte ? Parce qu'on le rappelle, l'euthanasie, le suicide assisté, mot pour mot, ça ne figure pas dans le texte. Ou est-ce que vous craignez les dérives que pourrait engendrer ce texte quand vous regardez ce qui se passe à l'étranger ?
– Je crains les deux, à la fois… Alors effectivement, les mots réels d'euthanasie et de suicide assisté, pardon, ne sont pas dans le texte. Mais enfin, l'aide à mourir cache ces réalités-là, donc il ne faut pas se voiler la face. Le texte tel qu'il est sorti de l'Assemblée nationale, certes, il introduit ce droit à choisir sa mort dans des conditions déterminées, mais ces conditions, elles sont extrêmement floues. Et d'un point de vue strictement juridique, indépendamment du fait d'être pour ou contre la fin de vie, le texte n'est pas satisfaisant.
Il ne protège pas les plus faibles, il ne protège pas des pressions intrafamiliales, il l'ouvre à du contentieux parce que les conditions, notamment sur les douleurs réfractaires, sur la temporalité, ne sont pas suffisamment claires. Donc, en lui-même, le texte, déjà d'un point de vue strictement juridique, n'était pas supportable. Après, l'autre sujet, c'est que dès lors qu'on en ouvre cette voie, qu'on met un pied dans la porte, on est sûr que l'on ira plus loin et qu'on aura des dérives, comme c'est le cas dans tous les pays qui ont légalisé l'euthanasie et le suicide assisté.
Et on suivra le vote qui aura donc lieu cet après-midi, puis le texte repartira à l'Assemblée, il sera examiné mi-février du côté de l'Assemblée. Juste, vous souhaitez qu'il revienne après rapidement au Sénat ou le plus tard possible ?
Écoutez, non, il n'y a pas une urgence. Donc, elle n'existe pas aujourd'hui. Je ne pense pas qu'elle va exister dans les mois à venir.
On va parler des municipales, puisque Agnès Canaillé, en plus d'être sénatrice de Seine-Maritime, vous êtes élue au Aure, conseillère municipale, dans la ville d'Edouard Philippe. Et ce matin, justement, on va regarder Edouard Philippe qui fait la une de Paris-Normandie. Il officialise sa candidature à sa succession. Il lance sa campagne. Est-ce que vous serez encore candidate sur sa liste ?
Oui, en principe.
Donc, vous aussi, vous repartez. Est-ce que vous êtes inquiète de perdre le Havre ?
Écoutez, on est toujours effectivement attentifs au moment où on entame une campagne municipale. Je rappelle qu'une campagne n'est jamais gagnée d'avance, même si nous avons des signaux plutôt positifs. Néanmoins, il faut aller convaincre notre électorat, convaincre les Havreys de se déplacer les 15 et 22 mars et de voter pour nous. Donc, c'est aussi tout l'enjeu d'une campagne municipale, tout l'intérêt d'une campagne municipale, c'est d'aller plus précisément, parce qu'on le fait durant tout le mandat, mais plus précisément à la rencontre des Havreys et des Havraises.
Avec les critiques que ne manquent pas de vous adresser vos opposants, les opposants à Edouard Philippe, sur le fait qu'il est candidat à deux élections, critique que vous oppose votre principal opposant, c'est le candidat communiste, Jean-Paul Lecoq. Vous les comprenez, ces critiques ?
Écoutez, on les entend, mais néanmoins, en 2020, je vous rappelle que lors des dernières élections municipales, Edouard Philippe était Premier ministre. Donc, il était déjà dans des fonctions nationales, en poste, et en même temps candidat à l'élection municipale au Havre, et que nous avons gagné largement cette élection municipale. Donc, aujourd'hui, les choses sont claires. Effectivement, il a annoncé, il y a déjà un certain temps, qu'il sera candidat à des élections présidentielles en 2027, mais là, il se présente avec une équipe, une équipe qui, derrière, sera renforcée, et c'est tout l'intérêt d'un enjeu d'une campagne municipale, c'est de faire PAC derrière Edouard Philippe.
– Et il dit ce matin, dans les colonnes de Paris-Normandie, on va le voir, je n'ai jamais considéré qu'aimer le Havre et aimer la France étaient incompatibles, mais quand même, ça veut dire que les électeurs du Havre, ils vont voter pour un maire qui, s'il est élu, repart en campagne ailleurs dans neuf mois.
– Oui, mais comme il le dit aussi, c'est déjà un scénario connu au Havre, puisque quand Antoine Ruffetac, son prédécesseur, était maire, il a été directeur de campagne de Jacques Chirac, et donc à ce moment-là, il s'était mis un peu en suspens et son premier adjoint avait fait le job. Je pense que ce sera la même chose, comme je vous disais, derrière Edouard Philippe, il y a une équipe, il y a un premier adjoint sortant qui a déjà été maire, il y a des parlementaires, il y a des élus qui ont une expérience, donc il y a de la relève.
– Qu'est-ce qu'ils vous disent les habitants du Havre, puisque là vous êtes en campagne, vous êtes sur le terrain, qu'est-ce qu'ils vous disent ?
– Les habitants du Havre disent que c'est plutôt une chance d'avoir une figure nationale telle qu'Edouard Philippe comme maire, c'est un avantage pour notre ville, ça donne de la lisibilité, ça favorise l'émergence des projets, la réalisation des projets, notamment sur le développement économique, l'axe saine, la réindustrialisation de notre territoire, donc c'est plutôt positif. Après, c'est vrai que les Havrais, eux, s'intéressent plutôt au sujet du Havre, s'intéressent plutôt à leur quotidien, s'intéressent à ce que la ville change, bouge et continue sa dynamique et qu'on réponde à leurs soucis premiers, l'accès à la santé, la sécurité et l'éducation.
– Autre phrase ce matin dans cette interview dans Paris-Normandie, Edouard Philippe, si je perds les élections municipales, je ne serai pas dans la meilleure position pour aborder la suite, mais je ne me place pas dans cette hypothèse. Il joue son avenir politique les 15 et 22 mars prochains ?
– Écoutez, je ne sais pas, c'est une étape évidemment dans son parcours politique, parce que quand vous ne réussissez pas une élection et que vous perdez lors d'une élection, c'est vrai qu'en général, ça met un peu un stop dans votre parcours, mais néanmoins…
– Mais là, tout particulièrement, est-ce qu'il peut être candidat à la présidentielle s'il ne réussit pas à gagner la ville du Havre ?
– Oui, moi je pense que c'est deux… – Pour vous, ce n'est pas incompatible ? – Ce n'est pas incompatible, c'est deux enjeux qui sont différents.
– Parce qu'on peut se dire, s'il n'arrive pas à convaincre les Havrés, il est compliqué de convaincre les Français.
– Écoutez, les enjeux ne sont pas les mêmes. Le Havre, c'est une dynamique, c'est un territoire, c'est une politique et il est au manette depuis un certain temps. Donc moi, je pense que les Havrés ont envie que cela continue au niveau national. C'est un nouveau programme, c'est un nouveau projet, ce sera un nouveau temps.
– Sur le plan national, justement, alors on imagine qu'Édouard Philippe est en campagne oeuvre, mais sur le plan national, dans cette séquence budgétaire, où on entend Sébastien Lecornu, on entend Gérald Darmanin, on entend Gabriel Attal, il est passé où Édouard Philippe ?
– Écoutez, je ne sais pas, parce que moi je ne suis pas membre du parti d'Édouard Philippe. Je ne suis pas membre du parti… – Ni DLR, on le précise, ni Horizon, ni LR. – Ni DLR, j'appartiens au groupe LR au Sénat, donc… – Et à la majorité municipale d'Édouard Philippe. – Et à la majorité municipale d'Édouard Philippe, et pour moi, c'est tout à fait compatible, ça l'a toujours été. Au Havre, on parle du Havre, et au niveau national, on parle des enjeux nationaux. Donc il n'y a pas d'incompatibilité. Mais effectivement, moi je ne sais pas, je ne me positionne pas sur… – Il ne vous en parle pas ? – Non, quand il me parle, il me parle avant tout du Havre.
– On l'a vu, Gabriel Attal, vous l'avez vu dans le journal, qui lui aussi lance un peu sa campagne pour 2027, il devrait se déclarer après les municipales. Alors, même si vous n'êtes ni Horizon, ni LR, on imagine que vous allez suivre évidemment avec attention ce qu'il va en être pour le bloc central en 2027. C'est une bonne ou une mauvaise nouvelle, la candidature de Gabriel Attal ?
– Ce n'est surtout pas une surprise. Elle était prévue. Alors, je ne suis pas sûr que de changer xième fois le nom de son parti va lui donner plus d'élan ou plus de lisibilité. Ça, c'est une première chose. Après, il a toujours annoncé qu'il serait candidat. L'intérêt, c'est d'avoir un échec qui est large. Mais je pense que de toute façon, sur ce bloc central, il faudra un seul et unique candidat. J'espère qu'ils auront la raison de s'entendre.
– Mais qu'il sera choisi comment ?
Ça, c'est une grande question.
– Parce que là, on n'est plus sur une multiplication des candidatures que sur un chemin qui mène à un candidat.
– Oui, mais peut-être aussi avoir une réalité, même si les sondages ne font pas tout, mais des tendances qui vont apparaître dans l'opinion publique au fur et à mesure.
– Et ce candidat, ça pourrait être quelqu'un d'autre qu'Edouard Philippe pour vous ?
– Je n'espère pas. Moi, je pense qu'Edouard Philippe est le meilleur des candidats. Je l'ai toujours dit. Je pense qu'il porte une vraie vision. Je pense qu'il a la stature et qu'il est en capacité de rassembler.
– Est-ce que vous êtes inquiet d'un chemin que pourrait prendre la droite vers le RN, vers ce qu'on appelle un peu une union des droites ?
– Oui, moi je suis totalement opposé à cette union parce que je considère que l'extrême droite, c'est une ligne rouge et ce ne sont vraiment pas… – Mais vous pensez qu'il y a une dérive d'une partie de votre camp ? – Il est probable, on voit bien effectivement qu'il y a une partie très à droite. Mais je pense que ceux qui étaient très proches des idées de l'extrême droite ont déjà rejoint ce camp-là, derrière Éric Ciotti.
– Merci beaucoup. Merci Agnès Canaillé. – Merci d'avoir été notre invitée pendant cette première demi-heure.
– Retrouvez l'intégralité de nos podcasts sur la plateforme Public Sénat. – Sous-titrage ST' 501
Agnès Canayer