David Amiel, député Ensemble pour la République de Paris | La politique et moi
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Racontez-nous ce qui s'est passé. Comment s'est faite cette rencontre qui a changé votre vie ?
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Comment ça se passe ? Est-ce qu'il y a une forme de coup de foudre ? Est-ce que ça existe, le coup de foudre en politique ?
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Tout ça a été une sorte d'enchaînement, vous n'aviez pas prévu de faire de la politique ?
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Un mot sur ce que l'on vient d'entendre et sur cet homme, ça a été une source d'inspiration importante pour vous ?
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Qu'est-ce qui vous détourne du PS ? C'est la rencontre avec Emmanuel Macron. Il vous a séduit aussi sur le plan des idées.
- 7:28OuverteRéponse directe
Quel était votre rôle et quels souvenirs gardez-vous de cette période à l'Élysée, aussi jeune ?
Affirmations vérifiables (citations exactes)
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« Christian Monjou nous met en relation. »
- 2:20Invité politiqueFait
« il a un tempérament profondément méritocratique. »
- 3:28Invité politiqueFait
« il me propose de faire la petite main pour le programme, de pouvoir coordonner un certain nombre de groupes de travail »
- 5:35Invité politiqueFait
« Et je pense qu'il doit être au cœur de ce qu'on porte politiquement. »
- 7:57Invité politiqueFait
« veillé à ce qu'on avait promis pendant la période 2016-2017, se mette en place le plus fidèlement possible aux engagements. »
- 9:05Invité politiqueFait
« J'ai fait la campagne des municipales à Paris, donc j'ai été exaucé au-delà de mes espérances. »
- 10:26Invité politiqueFait
« j'ai appris que j'aimais faire du terrain, passer du temps avec les gens »
- 12:04Invité politiqueFait
« En majorité absolue, le paradoxe en France, c'est qu'on a souvent plus de pouvoir quand on est conseiller. »
- 12:17Invité politiqueFait
« Vous avez à votre disposition les administrations. Vous avez des expertises techniques en temps réel. »
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Mon invité a été le plus jeune stratège de l'Elysée sous le premier quinquennat d'Emmanuel Macron et l'un des inspirateurs de son programme. Depuis, il est passé de l'ombre à la lumière et poursuit le combat des idées à l'Assemblée. Il est député Renaissance de Paris. Bonjour David Amiel. Bonjour. Parfois en politique, tout commence par hasard. L'histoire de votre rencontre avec Emmanuel Macron est digne d'un roman. Elle débute en 2015. Vous avez 22 ans. Vous rentrez des États-Unis où vous venez d'étudier l'économie à Princeton. Vous pensez devenir chercheur. Vous vous donnez un an pour entamer votre thèse de doctorat.
Quelques mois plus tard, vous êtes sur cette photo aux côtés d'Emmanuel Macron, alors ministre de l'économie. Racontez-nous ce qui s'est passé. Comment s'est fait cette rencontre qui a changé votre vie ?
Un peu par hasard. Vous l'avez rappelé, il se trouve que j'avais eu en classe préparatoire. J'avais fait une hippocane, une canne, c'est classe préparatoire littéraire. Un professeur d'anglais qui s'appelle Christian Monjou, qui était un professeur extraordinaire, extrêmement cultivé, très charismatique, avec qui les élèves restaient exactement, c'est lui sur la photo, avec qui les élèves restaient souvent en lien des années après. Ça avait été mon cas, mais ça avait été le cas aussi d'un autre de ses anciens élèves qui s'appelait Emmanuel Macron, qu'il avait eu plusieurs années auparavant.
Et donc moi, vous l'avez rappelé, je fais des études d'économie, je m'intéresse à ce qui se passe évidemment au niveau de la politique française. Je vois ce jeune ministre qui correspond à un certain nombre d'idées qui me tiennent à cœur. Et Christian Monjou nous met en relation. Et c'est comme ça que je commence ce stage au ministère de l'économie au mois de septembre 2015, qui rapidement va se transformer en emploi de tout jeune conseiller. D'ailleurs, sur la photo, on voit Philippe Martin, qui était son conseiller économie, auprès de qui je travaillais.
Qui avait fait votre entretien d'embauche. Très vite, vous rencontrez Emmanuel Macron. Comment ça se passe ? Est-ce qu'il y a une forme de coup de foudre ? Est-ce que ça existe, le coup de foudre en politique ? Est-ce que ça a été le cas ?
Emmanuel Macron, il a quelque chose d'assez incroyable, que j'ai très rarement vu dans la vie, pas seulement en politique d'ailleurs, académique et générale en France, qui est qu'il a un tempérament profondément méritocratique. Et donc au fond, pour lui, peu importe les distinctions de salon, les grades, les âges, les diplômes, c'est ce que vous faites qui compte et ce qui fait qu'il peut s'adresser avec le même sérieux, le même respect à un jeune de 22 ans qui a débarqué là un peu par hasard, vous l'avez rappelé, mais qui essaye de travailler jour et nuit, qu'avec des personnes beaucoup plus âgées, beaucoup plus installées.
Et ça, ça rend la discussion avec lui extrêmement facile et agréable.
Alors vous hissez très vite dans le premier cercle et lorsqu'Emmanuel Macron crée En Marche en 2016 et se lance dans la présidentielle, vous le suivez, vous coordonnez alors l'élaboration du programme du futur président, vous étiez économiste, vous voilà au cœur de la machine politique. Tout ça a été une sorte d'enchaînement, vous n'aviez pas prévu de faire de la politique ?
Non, pas du tout, j'ai été déjà engagé dans la vie intellectuelle, militante, il y avait des combats qui me tenaient à cœur, mais moi je me destinais professionnellement à être chercheur. Et puis effectivement, quand il lance sa campagne en septembre 2016, il me propose de faire la petite main pour le programme, de pouvoir coordonner un certain nombre de groupes de travail, il n'y a pas grand monde à l'époque qui croit à cette aventure et j'accepte. Et c'est comme ça que la vie va dériver, loin de ce que je pensais être la mienne même six mois avant.
En remontant le fil de votre parcours, je suis tombé sur une autre personnalité tout aussi décisive pour vous, l'économiste Daniel Cohen, je voudrais qu'on l'écoute.
La production de richesses est devenue beaucoup plus inégalitaire que par le passé, c'est-à-dire que chaque fois qu'on produit un franc dans les années 50 et 60, on est à peu près assuré que ce franc sera distribué plus ou moins au prograta de la population qui participe à ce processus de fabrication. Aujourd'hui, quand on fabrique un franc, celui qui va l'emporter n'a absolument aucune chance d'être le producteur représentatif. C'est un de nous qui va gagner le franc et les autres ne vont rien gagner du tout.
Daniel Cohen avait été votre professeur d'économie à l'école normale supérieure quand vous étiez étudiant au début des années 2010. Un mot sur ce que l'on vient d'entendre et sur cet homme, ça a été une source d'inspiration importante pour vous ?
Oui, d'ailleurs, ça m'émeut toujours de voir des images de Daniel parce qu'il est décédé il y a maintenant un peu plus d'un an. C'était une personnalité extraordinaire à tous les sens du terme. Extraordinaire par sa culture, extraordinaire par son intelligence, sa vivacité, son sens de la pédagogie. On le voit d'ailleurs dans l'extrait que vous montrez, mais aussi par son humanité. Vous avez des personnes qui sont tellement intelligentes qu'elles vous écrasent quand vous êtes à côté d'eux. Et vous avez des personnes encore plus intelligentes qui vous élèvent. Et Daniel donnait à toutes les personnes qui l'entouraient le sentiment d'être plus intelligent en sa présence.
Moi, quand je suis rentré à l'école normale supérieure, je pense faire de l'histoire parce que c'est ma passion depuis que je suis tout petit. Je me rends à un premier des séminaires d'histoire à Normale Sup. J'en sors un peu décontenancé. C'était un peu poussiéreux. Et puis, je me rends là aussi presque un peu par hasard à ce cours d'économie parce que je me dis que c'est quand même intéressant de savoir ce qui se passe dans le monde. Et je tombe sur Daniel Cohen qui nous dit, laissez tomber les équations, les manuels, etc. Aujourd'hui, on va se poser une question. C'est pourquoi des pays sont riches et pourquoi des pays sont pauvres ?
Et c'est un fil de toute sa carrière, de toute sa réflexion. Et je pense qu'il doit être au cœur de ce qu'on porte politiquement.
Alors, Daniel Cohen était catégorisé comme un économiste de gauche, un soutien de François Hollande en 2012 notamment. Vous aussi, avant la rencontre avec Emmanuel Macron, vous militiez pour le PS pendant vos années d'étudiant. Vous étiez même secrétaire de section à l'école Normale Sup. Alors, qu'est-ce qui vous détourne du PS ? C'est la rencontre avec Emmanuel Macron. Il vous a séduit aussi sur le plan des idées.
Moi, ce qui m'a troublé quand j'étais au sein du Parti Socialiste, c'était le grand écart. C'était le grand écart entre un parti socialiste où coexistaient des gens qui, comme à l'époque François Hollande, comme Dominique Strauss-Kahn, comme Manuel Valls, étaient proches de ce que je défendais, s'inscrivaient dans la construction européenne, s'inscrivaient dans l'idée d'une économie de marché régulée, dans les alliances internationales de la France. Et puis, vous aviez d'autres qui voulaient sortir de l'Union européenne, voulaient sortir du capitalisme. On n'était pas loin de l'époque où Jean-Luc Mélenchon était encore adhérent du Parti Socialiste.
Il y avait cette espèce de grand écart permanent que je trouvais un peu insupportable.
Donc, pour vous, c'était une clarification, Emmanuel Macron, de votre pensée politique ?
Oui, exactement. Moi, ce que j'ai apprécié avec Emmanuel Macron, c'est cette transparence et cette honnêteté sur les combats, le fait de ne pas faire semblant, ne pas faire semblant d'être plutôt anti-européen quand on était en l'opposition, pour ensuite avoir une politique très pro-européenne, au pouvoir de mépriser les questions de production économique quand on était dans l'opposition, et puis ensuite de faire une politique de l'offre quand on était au pouvoir, ce que François Hollande a fait à partir de 2014-2015, mais sans vraiment l'assumer. Donc, moi, ce que j'ai aimé avec Macron, c'est ça, c'est ce côté très franc et courageux dans l'explicitation des idées.
Alors, en 2017, Emmanuel Macron est donc élu président de la République et vous le suivez à l'Élysée. Vous devenez le plus jeune des conseillers du président. Vous avez 24 ans. Vous êtes le bras droit du secrétaire général de l'Élysée, Alexis Collère. Vous allez le rester pendant deux ans. Quel était votre rôle et quels souvenirs gardez-vous de cette période à l'Élysée, aussi jeune ?
Il y avait énormément de conseillers, donc je veux quand même rassurer les gens qui nous écoutent. J'étais le plus jeune, mais il y en avait beaucoup, heureusement, des plus âgés et des plus expérimentés. Moi, j'avais surtout un rôle de pouvoir faire le lien entre ce qui avait été le programme de la campagne sur lequel j'avais tué sang et eau pendant un an et puis sa mise en œuvre dans les deux premières années, veillé à ce qu'on avait promis pendant la période 2016-2017, se mette en place le plus fidèlement possible aux engagements. Et donc, ça a été mon rôle particulièrement sur les questions économiques.
Je travaillais déjà beaucoup sur la préparation des projets de loi de finances, ceux de l'année 2018, puis celui de l'année 2019. Donc voilà quel était un peu mon rôle à l'Élysée.
Alors, vous quittez l'Élysée le 25 mars 2019. Que s'est-il passé à ce moment-là ? Vous décrivez une sensation d'étouffement.
Oui, mais d'ailleurs, c'est marrant. Vous savez qu'on me pose toujours cette question-là. Je trouve ça assez symptomatique de la France. Moi, effectivement, je n'avais pas envie de passer ma vie à écrire des notes dans un bureau. Aussi doré puissent être les salons de la République. Ça faisait quatre ans que je faisais ça. Un an au ministère de l'Économie, un an pendant la période de la campagne, deux ans à l'Élysée. Et j'avais envie de voir autre chose, de voir plus le terrain. Je crois que Lacan disait le réel, c'est quand on se cogne. J'avais envie de me cogner un petit peu. J'ai fait la campagne des municipales à Paris, donc j'ai été exaucé au-delà de mes espérances.
En 2019, avec Benjamin Griveaux. Mais ça m'a permis effectivement de respirer après ces années-là. Moi, j'ai beaucoup appris à l'Élysée. Vous avez mentionné Alexis Collère, qui était un patron formidable. Mais je pense que c'est sain de pouvoir aussi voir autre chose et de ne pas s'installer dans ce confort-là.
Alors, on avance dans le temps. En 2022, Emmanuel Macron est donc réélu. Et vous voilà candidat aux législatives à Paris. Vous faites du tractage, des réunions publiques. C'est finalement la première fois que vous faites campagne en votre nom. Cinq ans plus tôt, vous aviez, je crois, refusé une circonscription, ne vous estimant pas prêt à devenir député. Qu'est-ce qui avait changé ?
Moi, je ne me sentais pas légitime quand en 2017, on me proposait ça. Je suis toujours très étonné quand il y a des émissions comme la vôtre, où il y a des politiques qui vous disent, moi, depuis six ans, je voulais être président de la République, député, empereur romain. Je trouve ça d'ailleurs presque un peu effrayant. Moi, ce n'était pas du tout mon cas. Et même en 2017, je ne le pensais pas. Ma bascule se fait en 2020, lors des élections municipales. Parce qu'au début, je viens pour aider un coup de main à Benjamin Griveaux, qui est le candidat à Paris. Et c'est lui qui me dit, présente-toi sur une liste aux élections municipales, ce que je fais dans le 15e arrondissement.
Et je me rends compte que ça me plaît beaucoup. Et donc, dans cette campagne, qui se finit par une défaite terrible pour nous, j'ai appris ça. J'ai appris que j'aimais faire du terrain, passer du temps avec les gens, avoir ce qui est très particulier avec un mandat local ou avec un mandat localisé, comme celui de député. C'est dans la même journée de pouvoir parler avec un flic, un prof, un ministre, un maire, une aide-soignante. Et je trouve que c'est extrêmement enrichissant. Ça vous apprend beaucoup. Et donc voilà, c'est ce qui m'a conduit ensuite en 2022, un peu naturellement. Ça faisait deux ans que j'étais conseiller municipal à m'engager pour les législatives.
Dans votre rôle de député, dans votre vie, est-ce que vous gardez un lien avec Emmanuel Macron,
Oui, je veux dire, bien sûr, un lien avec le président. J'échange beaucoup avec lui. Et là où il n'a pas changé par rapport au moment où on s'est rencontré en 2015-2016, c'est que c'est quelqu'un qui resterait libéral dans le tempérament. Et donc vous pouvez tout lui dire. Vous pouvez lui dire quand vous êtes d'accord. Vous pouvez lui dire quand vous n'êtes pas d'accord avec Franchi. C'est plutôt quelque chose qu'il valorise. Ce n'est pas quelqu'un qui va donner des consignes aux députés. Ce n'est pas non plus son tempérament. Mais c'est quelqu'un qui, c'est beaucoup dit, échange beaucoup par SMS pour prendre la température. Donc bien sûr, je continue à échanger avec lui.
Alors je vous propose de terminer, David Amiel, par notre quiz. Vous allez devoir compléter les phrases qui vont s'afficher. Un quiz un peu particulier en votre honneur. Avec une thématique imposée, conseiller contre député. On a le plus de pouvoir.
En majorité absolue, le paradoxe en France, c'est qu'on a souvent plus de pouvoir quand on est conseiller. Mais c'est bien un problème. Et je pense qu'on a besoin de pouvoir redonner plus de pouvoir au Parlement. Parce que quand vous êtes conseiller, vous avez des instruments que le Parlement n'a pas. Vous avez à votre disposition les administrations. Vous avez des expertises techniques en temps réel. Vous avez une avalanche de chiffres. Et je me rends compte, quand on est député, à quel point on est démuni. On a les nuits les plus courtes. Alors là, je trouve que ça se vaut. Conseiller et député, ça se vaut. Et dans les deux cas, c'est par phase.
En réalité, vous avez des phases extrêmement intenses. Quand vous êtes député à la Commission des Finances, le budget, vous dormez extrêmement peu pendant de très nombreux mois. Vous avez des moments de crise politique. Quand vous êtes conseiller, c'est pareil. Vous avez des moments où les dossiers suivent un peu leurs cours. Et puis vous avez des moments où vous avez une catastrophe qui vous tombe sur les chaussures. Donc là, je trouve que ça se vaut.
Et enfin, on se sent finalement le plus utile.
Là, je dirais député. Parce que quand vous êtes député, vous avez une chose que vous n'avez pas quand vous êtes conseiller. C'est la capacité à parler en votre nom. Et je pense que c'est très utile dans le débat de pouvoir avoir des députés qui portent une parole libre, qui défriche de nouveaux sujets, qui ont plus de liberté que ce qu'ont des conseillers. Ou même d'ailleurs que ce que peuvent avoir parfois les ministres.
Merci, David Amiel, d'avoir été notre invité dans La Politique et moi.
Merci. Merci. Merci.
David Amiel