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InterviewFrance Culture — L'invité(e) des Matins (sur Site radio)· 17 août 2026 41 minContradictoireActualité / polémiqueSécuritéSolidarités & familleEnvironnement & énergieSanté

Pompiers : derrière les héros, des travailleurs à bout

Source d'origine 3 locuteurs

Audio original de l'émission.

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

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Chapitres

Répartition du ton (temps de parole politique)

Propositif 8 %Attaque 47 %Défensif 24 %

Questions et réponses

Taux de réponse directe : 100 % (directe = 1, partielle = 0,5, éludée = 0)

  • 1:18OuverteRéponse directe

    Comment les pompiers parlent des incendies aujourd'hui ? Avec quels mots ?

  • 3:28OuverteRéponse directe

    Les pompiers ont-ils été sollicités pour des personnes éprouvées par les canicules avant les incendies ?

  • 6:43OuverteRéponse directe

    Les pompiers ont-ils reçu des équipements nouveaux face à la hausse des incendies ?

  • 10:19OuverteRéponse directe

    Les pompiers sont-ils suivis médicalement pour déclarer une maladie professionnelle ?

  • 13:31OuverteRéponse directe

    Les syndicats demandent des effectifs équilibrés, comment l'expliquer ?

  • 14:08OuverteRéponse directe

    Qu'est-ce qui a été concrètement engagé après le Beauvau de la sécurité civile en 2024 ?

Affirmations vérifiables (citations exactes)

  • 2:25PrésentateurFait
    « Il y a 4 morts, il y a eu des centaines de blessés, d'intoxiqués. »
  • 4:16InvitéFait
    « On a fait trois fois, quatre fois plus de départs que d'habitude, on a trois fois plus de décès que d'habitude. »
  • 5:03InvitéFait
    « Les neuf syndicats représentatifs des pompiers et des secours ont appelés la semaine dernière à la grève avec trois mots d'ordre, financement, embauche, santé. »
  • 7:10PrésentateurChiffre
    « Les stats montrent plutôt, par exemple, pour les CCF, qu'on est largement à 500, à 1 000 camions qui manquent. »
  • 11:27InvitéChiffre
    « En 2023, sur près de 245 000 pompiers, combien ont fait une démarche de déclaration d'une maladie professionnelle ? 24. »
  • 15:50InvitéChiffre
    « L'évolution des délais d'intervention, passés de 12 minutes et 30 secondes en moyenne en 2014 à 15 minutes et 9 secondes en 2025. »
  • 15:58InvitéChiffre
    « Le ratio de pompiers, aussi tout statut confondu, qui est passé de 400 pour 100 000 habitants en 2009 à 357 en 2024. »
  • 27:44PrésentateurChiffre
    « On entend que les pompiers volontaires sont indemnisés entre 8 euros et 13 euros de l'heure. »
  • 31:33PrésentateurFait
    « Le système ne fonctionnerait pas sans les volontaires, on en avait besoin d'un point de vue humain et aussi budgétaire. »

Temps de parole

  • Présentateur61 %
  • Invité36 %

≈ 0,2 interruption / 10 min (chevauchements et interjections détectés).

Modèle mistral-small-2603 · prompt v1 · les citations sont vérifiées mot pour mot dans le transcript ; le taux de réponse directe est calculé à partir des verdicts question par question. Aucun label idéologique n'est produit.

0:01
Invité

Que reste-t-il d'une forêt quand l'incendie qu'il a ravagé pendant des semaines est désormais fixé ou maîtrisé, selon les termes qu'on entend aujourd'hui ? Une terre brûlée qui exale toujours sa chaleur par vanne, une fumée noire courbée par la brise quand il y en a, et le silence des insectes qui ont déserté cette terre épais et sirupeux. Les pompiers sont souvent toujours sur place, parcourant les amoncellements de cendres dont la simple vision peut aider à libérer un sanglot depuis longtemps refoulé dans la gorge.

Comme disait l'écrivain Ismaël Kadaré, l'été n'est pas terminé, que les pompiers ont déjà fait savoir combien il manquait de moyens et d'effectifs pour combattre efficacement ces incendies. Leur grève du 13 août est reconductible à la fin septembre, s'ils estiment insuffisant le projet de loi sur lequel planche le gouvernement. Bonjour Romain Pudal.

0:51
Présentateur

Bonjour.

0:51
Invité

Merci beaucoup d'être avec nous, vous êtes sociologue, directeur de recherche au CNRS, ancien pompier, pompier volontaire pendant 15 ans. Il y a 10 ans vous aviez publié « Retour de flammes, les pompiers des héros fatigués » aux éditions La Découverte. Alors dans ce livre, malgré son titre, il était assez peu question des incendies, d'abord parce que votre terrain d'enquête était la région parisienne essentiellement, mais aussi sans doute parce que les feux de forêt n'avaient pas pris une telle place dans le quotidien des pompiers. Comment les pompiers parlent des incendies aujourd'hui ? Avec quels mots ?

1:23
Présentateur

Alors, les mots que je reçois des collègues, c'est toujours un peu les mêmes. C'est l'apocalypse, la fin du monde, le sentiment d'être complètement dominé par la situation, ou en tout cas de faire ce qu'ils peuvent évidemment pour y répondre. Mais voilà, c'est vraiment des descriptions très apocalyptiques et des sentiments d'impuissance face à l'ampleur des incendies. Mais si j'en parlais peu, c'est parce que ça reste quand même, même si là il y a l'actualité, mais ça reste quand même très marginal dans le nombre d'interventions des pompiers. Enfin, en pourcentage, l'incendie, c'est 5-10% des interventions en réalité.

1:59
Invité

On en parlera tout à l'heure de toutes ces interventions. Être auprès de, comme vous dites à un moment, la misère du monde, c'est l'essentiel de leur travail aujourd'hui. Un service public auquel on donne assez peu de moyens. Sentiment d'impuissance, disiez-vous, sentiment aussi de deuil. Les pompiers eux-mêmes sont endeuillés par la mort de certains d'entre eux.

2:19
Présentateur

Oui, on verra ce que donne le bilan consolidé, si on veut. Mais pour l'instant, il y a 4 morts, il y a eu des centaines de blessés, d'intoxiqués. Donc voilà, on est déjà sur un bilan. Je ne parle même pas de la population, etc. Mais du côté des pompiers, on est déjà sur un bilan extrêmement lourd. Bon, il faut savoir quand même que je pense que c'est assez clair. Mais voilà, la perte d'un collègue dans ce milieu est toujours quelque chose d'extrêmement dur, d'extrêmement angoissant aussi. Et bon, on ne peut pas travailler totalement en sécurité. On sait que c'est un métier à risque, on sait tout ça.

Mais on sait que la sécurité, c'est une donnée absolument fondamentale quand même dans le métier. Et donc, si, et c'est ce qu'on voit de plus en plus, en fait, les incendies révèlent à quel point ces services ont été largement sous-investis, ils sont sous-dotés en moyens humains, en moyens matériels. Donc ça nourrit évidemment une colère, une exaspération extrêmement forte.

3:21
Invité

D'autant que les incendies sont la conséquence la plus spectaculaire, la plus visible de la canicule et du réchauffement du climat. Mais dans quelle mesure les pompiers ont-ils été sollicités aussi avant pour des corps épuisés, des personnes éprouvées par ces températures ?

3:37
Présentateur

Oui, alors avant la saison, entre guillemets, des incendies, je ne sais pas s'il faut le dire comme ça, mais pratiquement, puisque contrairement à ce qu'on a pu entendre ici ou là, le côté inédit, extraordinaire, exceptionnel, est vraiment à relativiser. Le réchauffement climatique ne date pas de juillet 2026. Et donc les catastrophes non plus, enfin l'Aude nous avait marqué pareil, etc. Mais c'est vrai que moi j'avais déjà eu beaucoup de retours de l'épuisement généralisé des pompiers, suite aux épisodes caniculaires qui d'ailleurs ne s'arrêtent pas, et qui les sur-solicitent de manière quotidienne sur leur secteur d'intervention, donc pas en colonne de renfort.

Mais voilà, dans certains départements, des collègues me disent, on a fait trois fois, quatre fois plus de départs que d'habitude, on a trois fois plus de décès que d'habitude. Enfin voilà, c'est des choses qui sont bien connues et qui, alors je le signale aussi, les casernes ne sont pas climatisées, mais elles ne sont pas forcément non plus très bien isolées. Donc vous avez des gens qui sont sur-solicités, qui ne peuvent pas dormir dans leur chambré, parce qu'il fait 40 degrés. Dans certaines casernes, on dort sur des tapis de sport à côté des camions, il faut se représenter la chose. Et en même temps, on assure ces interventions jour et nuit continuellement.

Donc l'épuisement, il était déjà assez colossal.

4:49
Invité

De la même façon que les hôpitaux avaient été éprouvés par le Covid, les pompiers et l'hôpital, d'ailleurs deux services publics qu'on applaudit à tout rompre et qu'on famine de découvrir sous-financés et sous-dotés lors des crises. On en parlera, Romain Pudal, ça fait vraiment partie aujourd'hui de votre propos. Donc déjà à la fin juin, 250 000 pompiers avaient été déployés, mis à l'épreuve d'intervention, multipliées, les sorties multipliées par deux, par trois, par quatre, aussi bien les pompiers professionnels que les volontaires, pour porter secours à des personnes déjà qui étaient très éprouvées par les chaleurs.

Donc un épuisement et cet accablement qu'il y a aujourd'hui à lutter contre des incendies aux allures, disent-ils le même d'apocalypse. Ce qui me choque le plus, c'est qu'on a eu beaucoup d'habitations qui ont été touchées, des villages entiers, impuissants, complètement impuissants par rapport à la vitesse de ce feu qui arrive sur les villages où on ne peut rien faire. Sur ma dernière journée, j'étais au contact des personnes qui avaient leur maison, avec des collègues de la Moselle et des Vosges. On a réussi à sauver 20 maisons et il y a une dame qui est arrivée en pleurs en disant « Merci, vous m'avez sauvé la maison. » Donc là, le job, il est fait. Le job, il est fait.

On ne va pas dire qu'on a pris 10 ans, mais une semaine de taf comme ça, je pense aux collègues qui y sont encore et qui taffent encore. Là, j'ai voulu avec le chef, si je pouvais y retourner, il m'a dit « On va attendre un peu. » On va attendre un peu. Rénal Dantin, adjudant-chef, pompier mobilisé sur les incendies en Gironde. C'est un extrait d'un reportage de France 3, Nouvelle Aquitaine, le 31 juillet dernier. Romain Pudal, c'est pour toutes ces raisons, ces moyens qui manquent, ces effectifs qui manquent, que les neuf syndicats représentatifs des pompiers et des secours ont appelés la semaine dernière à la grève avec trois mots d'ordre, financement, embauche, santé.

D'abord, en ce qui concerne la revendication la plus matérielle, le financement, les moyens, les pompiers ont-ils reçu ces dernières années des équipements nouveaux face à la hausse du nombre et de la violence de ces incendies ?

6:56
Présentateur

Évidemment, c'est une polémique qui a enflé tout l'été, que ce soit sur les Canadair, sur les CCF, donc c'est les camions citernes, feux de forêt. On a un discours gouvernemental ou politique qui dit qu'on a augmenté les moyens, etc. Bon, les stats montrent plutôt, par exemple, pour les CCF, qu'on est largement à 500, à 1 000 camions qui manquent. Les moyens sont insuffisants. Alors, il y a eu un petit rattrapage, mais qui venait après 10 ans ou 15 ans de tellement de baisse et de sous-financement et sous-équipement que ça ne suffit absolument pas.

Et donc là, on a maintenant, on le voit justement avec cette crise, c'est plus juste un pourtour méditerranéen ou la Corse qui sont en situation d'être aux prises avec des incendies, des méga-feux. Là aussi, il y a plusieurs terminologies, mais peu importe. Mais c'est tout le territoire. Et donc, à partir du moment où les choses se déclenchent sur différents secteurs, les pompiers les plus efficients du monde, les plus dévoués du monde, ne peuvent pas être sur tous les secteurs en même temps. Et là, on voit qu'on a vraiment atteint un point de rupture.

8:05
Invité

Un lieutenant du SDIS de la Somme, donc le SDIS, c'est le service départemental d'incendie de secours, il est vice-président du syndicat des pompiers affilié à la SFTC et il dit qu'on a bien reçu de nouveaux engins, mais ça n'a pas permis d'augmenter nos capacités. Les nouveaux engins ont juste remplacé les anciens. Pourquoi les anciens équipements sont-ils devenus caduques ?

8:25
Présentateur

Ce sont des équipements, notamment tout ce qui est CCF, ce sont des équipements qui sont mis à rude épreuve. Parce que voilà, ça fait du 4x4, ça part dans les feux de forêt, etc. Bon, donc ce sont des équipements qu'il faut absolument renouveler, changer, etc. Il y a eu, il n'y a pas très longtemps, un procès d'ailleurs, parce qu'un équipage avait été pris dans un feu avec un CCF complètement vétuste, etc. Donc concrètement, si vous voulez, il y a notamment un système d'autoprotection sur les CCF, c'est-à-dire de l'eau qui se déverse sur le camion.

Si jamais les pompiers sont coincés, ils peuvent se mettre dans le camion, déclencher ce système d'autoprotection, et le temps que le front de flamme passe sur le camion. Vous voyez, alors déjà, même quand ça marche, c'est assez angoissant, mais alors quand ça ne marche pas, en fait, vous êtes sûr d'être coincé, et de, alors soit de mourir, ce qui a été le cas, soit évidemment d'avoir des brûlures extrêmement gravissimes. Donc voilà, et ça, ce parc vieillissant, où le fait qu'il faut entretenir les Canadaires, qu'il faut, etc., ça fait des dizaines d'années maintenant qu'on le sait.

Donc il y a aussi, moi quand j'entends beaucoup, évidemment je suis un peu au courant de la situation, quand j'entends qu'il faut laisser le temps long, le temps politique est un temps long pour investir, etc. Bon, ça fait 25 ans ou 30 ans, finalement, qu'on sait qu'on a du matériel vétuste, on n'a pas forcément les tenues adéquates. C'est une problématique qui est en train de monter aussi, c'est la problématique des maladies professionnelles chez les pompiers. Voilà, donc tout ça, ce sont des choses qui sont quand même bien connues, qui ne datent pas d'hier, et voilà.

10:09
Invité

Sur la santé, c'est un des mots d'ordre de cette grève de jeudi dernier, les pompiers demandent que certains cancers puissent être reconnus comme des maladies professionnelles. Est-ce que les pompiers sont suivis un minimum, aujourd'hui, Romain Pudal, pour qu'ils puissent, s'ils venaient à déclarer une maladie grave, et qu'ils estiment que leurs conditions de travail l'ont favorisé, pour qu'ils puissent s'en prévaloir auprès des autorités de santé ?

10:31
Présentateur

Alors, le suivi médical, il existe bien évidemment pour les pompiers professionnels, comme volontaires d'ailleurs, et c'est un suivi médical du point de vue physique qui est très sérieux, on ne plaisante quand même pas du tout avec la santé. Cela dit, ça n'empêche qu'on découvre, entre guillemets, qu'il y a une exposition par exemple au PIFAS, c'est les polluants éternels, qui est vraiment conséquente dans ce milieu.

10:54
Invité

Les mousses à incendie par exemple, les mousses contre l'anti-incendie, elles sont pleines de PIFAS.

10:58
Présentateur

Absolument, absolument. Et là, bon, évidemment, il y a eu des intoxications sur les méga-feux, il y a énormément de situations où les pompiers peuvent être amenés à intervenir, plus vraiment avec toutes les conditions de sécurité pour leur santé. La question c'est, est-ce qu'on aura un suivi médical sur le long terme, et pas à l'instant T ? Là, je pense qu'on n'y est pas encore.

11:19
Invité

En 2023, sur près de 245 000 pompiers, combien ont fait une démarche de déclaration d'une maladie professionnelle ? 24. Romain Pudel, pourquoi ? Ils ne sont pas assez informés, ils estiment que ce n'est pas leur façon de fonctionner, leur état d'esprit de déclarer une maladie professionnelle, ou simplement ils pensent que c'est peine perdue ?

11:38
Présentateur

C'est peut-être un peu tout ça à la fois. C'est-à-dire que, bon, c'est un piège en quelque sorte pour ce milieu. C'est un milieu qui est très résilient, on dirait, aujourd'hui, où les gens sont durs à la peine. Donc, ils ne se ménagent pas, on ne se plaint pas, on ne se plaint pas beaucoup non plus en caserne, parce que, voilà, ceux qui souffrent, ce sont toujours les victimes, ce ne sont jamais les pompiers, ceux qui sont en difficulté, ce sont toujours les autres. C'est pour ça que, voilà, mais c'est aussi un peu un piège dans lequel ils s'enferment. Alors, ce n'est pas forcément de l'héroïsation, mais c'est vraiment un sentiment que, eh bien, on doit payer de sa personne, c'est normal.

Et donc, être dans le revendicatif ou être très attentif à soi, s'écouter. Combien de fois on m'a dit, voilà, on n'est pas là pour s'écouter, on peut faire des interventions sous la pluie, on ne va pas fondre. Enfin, bon, il y a tout un tas d'expressions du milieu qui laissent entendre que, ouais, le don de soi, ça fait partie du métier. Donc, ça ne m'étonne pas qu'ils ne fassent pas tellement de démarches. Je pense qu'il y a aussi une sous-information, assez clairement, sur ces questions-là, qui sont peut-être en train de monter un peu à l'occasion, notamment, de cet été. Et je l'ai notamment, moi, je l'ai remarqué beaucoup sur les questions psychologiques, par exemple.

Alors là, on parlait de la santé physique, mais d'un point de vue psychologique, c'est encore pire, si je puis dire. C'est-à-dire que, vraiment, les suivis psychologiques, pour le coup, sont très, très minimalistes. Il faut vraiment avoir été confronté à des choses parfaites. Évidemment, traumatisantes, pour qu'on se dise, bon, il a dû être traumatisé. Mais, là encore, ça se gère beaucoup en interne, dans la caserne, dans le groupe, etc. Et je pense que ça arrange bien aussi, les SDIS, de ne pas trop ouvrir ce genre de dossiers, alors qu'ils sont, à mon avis, très sérieux aussi.

13:31
Invité

Les revendications des syndicats portent aussi sur les effectifs. On n'en parlera plus en détail tout à l'heure, mais on est à peu près aujourd'hui à 80% de volontaires, 20% de pompiers professionnels. Les syndicats demandent de garantir un équilibre qui permette d'assurer la continuité du service, puisque, par définition, beaucoup de volontaires, pas tous, mais la plupart ont un travail à côté, remets-ils, ils ne sont pas mobilisables à merci.

Et d'ailleurs, c'est une vraie question qui se pose aujourd'hui que de savoir que faire de ces volontaires qui assurent vraiment la continuité du service public et qui sont rétribués, je dirais au lance-pierre, le mot est peut-être mal choisi, mais en tout cas, on aura l'occasion de le développer tout à l'heure. Il avait été question, Romain Pudal, il y a deux ans, d'entreprendre des réformes dans les métiers de la sécurité civile, un Beauvau de la sécurité civile qui avait réuni professionnels et décideurs politiques en avril 2024. Qu'est-ce qui avait été concrètement engagé après ce Beauvau, après cette grande réunion ?

14:26
Présentateur

C'est une bonne question. Je pense que les syndicats attendent les réponses, justement. Qu'est-ce qui sort concrètement de ces concertations ? Ce n'est pas la seule. C'est une des plus récentes et elle était d'ampleur. On a toujours le même bilan, finalement, qui est dit de manière plus ou moins euphémisée, mais qui consiste à dire que ce système de sécurité civile ne tient plus ou il tient vraiment sur un tel dévouement, un tel surinvestissement qu'il craque en réalité. mais une fois qu'on a posé ces constats, qu'on le reconnaît, il ne se passe rien. Il ne se passe rien. On attend. Alors, il y a, entre guillemets, la mauvaise période à passer, qui est celle qu'on est actuellement.

Je parle pour le gouvernement. La mauvaise période, c'est le moment où on se rend compte que les moyens n'ont pas été mis sur la table, qu'on manque cruellement de tout un tas de choses. Et comme vous le disiez sur le Covid et l'hôpital, on redécouvre, je mets des guillemets à redécouvre, parce qu'on le sait en réalité, on redécouvre à quel point rien n'est fait sérieusement, concrètement, pour répondre à des carences, des déficits, des manques qui sont maintenant évidents pour l'ensemble, à la fois de la profession, mais même, j'espère, pour le grand public aussi.

15:45
Invité

Avec des conséquences concrètes sur, par exemple, l'évolution des délais d'intervention, passés de 12 minutes et 30 secondes en moyenne en 2014 à 15 minutes et 9 secondes en 2025. C'est précis, il y a des calculs précis pour connaître ça. Le ratio de pompiers, aussi tout statut confondu, qui est passé de 400 pour 100 000 habitants en 2009 à 357 en 2024, ce sont les chiffres de la Direction Générale de la Sécurité Civile, alors que l'activité ne cesse d'augmenter, 460 000 interventions en plus par an qu'il y a 10 ans, d'où cette rencontre de l'intersyndicale des pompiers avec le ministre de l'Intérieur Laurent Nunet le 13 août dernier.

Le porte-parole de l'intersyndicale s'appelle Xavier Bois. Le ministre n'est pas au rendez-vous. Nous n'avons pas eu de réponse concrète. Nous n'avons aucune affirmation ni sur le financement, ni sur la stratégie de financement, ni sur le contenu du projet de loi. On sait que ça va être une partie du Beauvau qui va être le Beauvau de la Sécurité Civile qui va être traduit dans ce projet de loi, mais on n'en sait pas plus. Aucune mesure concrète. Xavier Bois, après sa rencontre avec Laurent Nunez le 13 août dernier, les syndicats Romain Pudal disent qu'on manque de tout sauf de médailles. C'est donc le porte-parole de Sud-10, Rémi Chabou, qui dit ça.

Manière de dire que les applaudissements et les discours qui parlent d'eux comme de héros, ça va bien deux minutes.

17:03
Présentateur

Oui, alors même de médailles, j'ai envie de dire, bon, il n'y en a pas non plus une quantité astronomique. Je me souviens des émeutes urbaines. On avait eu, pour l'ensemble du département, une petite lettre de remerciement du préfet en disant, en gros, merci, vous avez fait le boulot.

17:20
Invité

Alors qu'ils avaient été mis aussi à Rue d'Epreuve et qu'ils avaient été caillassés.

17:23
Présentateur

Les émeutes avaient été quand même des moments très tendus, très compliqués. Tout ça. Voilà, donc ce n'est pas non plus un flot de médailles. Par contre, effectivement, le discours de l'héroïsme, de l'héroïsation, ça, on l'entend beaucoup. Et j'étais, moi, tout à fait sensible au fait que, effectivement, les syndicats se mettent d'accord en disant, il faut refuser ce terme-là, ça suffit. C'est une façon de cacher la misère, quoi. Et bon, nous en censer dans les mots mais jamais dans les faits, c'est plus possible. Et on préfère oublier cette terminologie qui, en plus, c'est une espèce évidemment de dimension un peu sacrificielle, les héros qui iraient aux sacrifices ultimes, etc.

Bon, plutôt que de donner dans ce pathos, donnons tout simplement des moyens.

18:07
Invité

C'est une des premières choses d'ailleurs que vous a dites, quelqu'un qui vous avait accueilli au tout début de votre mission chez les pompiers volontaires, Romain Pudal, ne me dis pas ce que tu vas faire ou ce que tu aurais dû faire, tu le fais et c'est tout. C'était dit avec fermeté mais sans brutalité mais c'est la devise des pompiers, pas de blabla des résultats.

18:27
Présentateur

Oui, alors c'est une des devises mais celle-là fonctionne bien et alors bon, ça nourrit aussi toutes ces situations, une défiance assez forte par rapport à la politique et on les comprend parce que bon, oui, c'est un milieu où on n'aime pas se raconter d'histoires, on n'aime pas encore moins qu'on nous raconte des histoires, voilà. Et les politiques sont quand même un peu soupçonnées de toujours parler sans jamais rien faire et les pompiers et les pompiers s'en orgueillissent un peu du contraire, c'est-à-dire sans mots, sans exagération, sans commentaire, ils font le boulot et c'est plutôt ça qu'on attend.

Alors ça fait partie de la devise pompier qui est un triptyque, altruisme, efficience, discrétion et donc un pompier est discret mais il fait le boulot.

19:09
Invité

Est-ce qu'on sait trop et quand je dis on, je parle des pouvoirs publics, reposer sur la certitude tranquille que les pompiers font passer leur engagement avant toute chose, les victimes avant toute chose, est-ce qu'on s'est un peu trop rassuré de ce qu'ils ne se plaignent pas ou très peu ?

19:24
Présentateur

Oui, c'est ce que je disais tout à l'heure, effectivement, c'est un milieu assez légitimiste, c'est un milieu paramilitaire donc on est respectueux des règles, des hiérarchies, etc. C'est aussi un milieu où les valeurs de courage, de dévouement, de dons de soie sont extrêmement présentes donc ce cocktail, si je puis dire, fait que voilà, on peut s'appuyer ou en tout cas on fait mine de pouvoir s'appuyer sur eux sans se poser trop de questions.

19:51
Invité

Mais d'ailleurs, est-ce que c'était une évidence pour les pompiers de créer des syndicats et en particulier chez les volontaires parce que se constituent en syndicats, c'est peut-être aussi avoir peur de perdre le capital symbolique attaché à cet engagement qui est censé être désintéressé donc depuis quand il y a des syndicats chez les pompiers ?

20:08
Présentateur

Alors, des syndicats professionnels, c'est classique puisque c'est des fonctionnaires de la fonction publique territoriale. Par contre, effectivement, c'était ce que j'avais appelé un syndicalisme paradoxal chez les volontaires. On pourra revenir sur la question statutaire et tout ce qui est compliqué autour de ce statut de volontaire. mais depuis une quinzaine d'années, on a des syndicats de pompiers volontaires qui ont d'ailleurs été dans la plupart des cas refusés par les directions de SDIS en disant que ce ne sont pas des travailleurs, ils n'ont pas à se syndiquer, etc. Les mises en place ont souvent été un peu conflictuelles ou compliquées.

Mais en même temps, bon, voilà, et c'est vrai qu'on va dire la mentalité première n'est pas à se syndiquer dans ce milieu-là puisque c'est rentrer dans une logique de revendication, de droit, etc. et comme je le disais, la logique qui prévaut, c'est la logique du dévouement quelque part et du désintéressement. Elles sont évidemment un peu antithétiques l'une l'autre et donc, il faut tout un travail d'ailleurs des syndicalistes pour expliquer qu'on peut être dans le dévouement et en même temps ne pas tout accepter, toutes les conditions de précarité et autres.

21:18
Invité

Après le journal, on parlera Romain Pudal de ce que vous appelez l'idéologie du dévouement, l'art de saluer le sens du service public des pompiers sans jamais leur donner les moyens de l'assurer, ce service public. Merci beaucoup pour ces premiers mots. Vous écoutez France Culture il est 8h et on vous retrouve juste après Romain Pudal.

21:39
Locuteur non identifié

7h09, les matins d'été, Julie Gacon.

21:42
Invité

Nous sommes toujours avec notre invité Romain Pudal, sociologue, directeur de recherche au CNRS, ancien pompier volontaire pendant 15 ans, auteur de Retour de flammes, les pompiers des héros fatigués aux éditions La Découverte. Vous y racontez comment vous rencontrez ce milieu d'abord pendant votre service militaire à la brigade de sapeurs-pompiers de Paris au beau milieu de vos études de philo. Vous devenez ensuite pompier volontaire en 2002 dans la Grande Couronne parisienne et vous le resterez pendant 15 ans sans volonté au départ d'en faire votre terrain de recherche mais ça le deviendra par la force des choses.

Vous décrivez les regards durs, les voix fortes, les visages fatigués, les corps endurcis, les mains parsemées de bleu et de coupure à force de monter des cordes et vous racontez surtout cette incongruité d'un service public qui repose à 80% sur des volontaires dont on salue le dévouement mais le dévouement à bon dos quand il s'agit aussi de faire des économies. Sur les incendies aussi en ce moment, ce sont surtout des pompiers volontaires qui interviennent, Romain Pudal ?

22:38
Présentateur

Oui, oui, pour faire des colonnes de renfort aussi conséquentes, on ne peut évidemment pas les faire avec des pompiers professionnels. Vous avez donné le chiffre et c'est celui qui doit quand même marquer les esprits, 80% de pompiers volontaires et le reste de pompiers professionnels pour aller vite. Ce qui veut dire que les volontaires ne sont pas une force d'appoint ou un recours comme ça de temps en temps. C'est vraiment le cœur du réacteur nucléaire si je puis dire de la sécurité civile et donc là sur les incendies comme au quotidien c'est évidemment sur cette force-là de pompiers volontaires que repose notre système.

23:17
Invité

Il faut distinguer les volontaires qui sont d'astreinte et mobilisés quand leur appareil bip de ceux qui sont en garde postée donc qui viennent à la caserne à 8h du matin repartent le lendemain à 8h et font exactement le même travail qu'un professionnel voire les commandes sur le terrain. Vous-même vous avez été pompier volontaire et vous avez commandé sur le terrain des professionnels.

23:34
Présentateur

Oui, c'est une expérience assez inoubliable non mais c'est vrai que c'est important de bien comprendre que déjà il y a la différence entre l'astreinte à domicile qui est déjà une contrainte énorme parce que l'astreinte vous ne pouvez pas être à une demi-heure de la caserne il faut pouvoir répondre très rapidement c'est très peu indemnisé on y reviendra peut-être de la garde postée c'est là que notamment les syndicats c'est ce qui pointe du doigt c'est-à-dire que si on a des pompiers volontaires qui montent des gardes comme les professionnels toutes les semaines dans des casernes c'est probablement qu'il y a un manque d'effectifs pro et d'ailleurs les enquêtes qui sont plutôt de nature ethnographique c'est-à-dire on a beaucoup de mal à avoir des données stabilisées des statistiques on voit que le flou le flou arrange beaucoup de monde on va dire mais on sait que beaucoup de pompiers volontaires qui montent des gardes postées en fait sont en attente d'un poste de professionnel ou feraient la même activité avec un statut professionnel sans problème il se trouve qu'il y a très peu d'embauches ou que les concours sont très restreints et donc ils font le job et en gros plus vous montez en grade plus vous avez d'expérience et plus vous faites un travail qui ressemble à un travail de pro

24:49
Invité

ce sont des volontaires les vols duches comme disent les professionnels qui assurent ces gardes alors qu'ils sont rétribués rémunérés mais a priori la plupart de ceux que vous rencontrez se défendent de le faire pour l'argent et d'ailleurs ceux qui sont soupçonnés de multiplier les gardes pour gagner de l'argent on ne les rate pas on les appelle vaqueraptors ceux qui raptent les vacations mais néanmoins ils comptent dessus beaucoup pour compenser parfois une situation professionnelle précaire qui devient pompier aujourd'hui lors de l'écriture de votre livre il y a dix ans les professionnels et volontaires faisaient partie en grande majorité des classes populaires et des petites classes moyennes comme vous écrivez est-ce que c'est toujours le cas ?

25:25
Présentateur

Oui alors là encore on manque de données un peu stables un peu claires et précises surtout parce que bon la catégorie ouvrier ou employé vous voyez bien que ça ouvre quand même des champs très différents mais la plupart des pompiers sont quand ils ont un métier ils ont un métier manuel qui n'est pas très rémunérateur

25:45
Invité

Vous avez croisé des videurs de boîtes de nuit un intérimaire chez Carglass un agent d'entretien des ouvriers ou employés en intérim des auto-entrepreneurs aussi

25:53
Présentateur

et donc des gens qui ne gagnent quand même pas des sommes pharaoniques et qui par ailleurs sont déjà dans des statures relativement précaires dans leur métier et donc le volontariat alors ils y viennent toujours par dévouement par altruisme par des copains aussi qui leur disent qu'ils ont un peu l'esprit pompier que ça leur ferait du bien que ça devrait les intéresser etc

26:17
Invité

Voir pour certains que ça les canaliserait

26:19
Présentateur

Oui pour certains exactement c'est une grande famille qui peut aussi avoir ces vertus là mais assez rapidement aussi on se rend compte et ça c'est c'est en étant immergé dedans qu'on le voit c'est que la dimension financière n'est pas totalement anecdotique loin s'en fout et évidemment moi j'étais sans doute un des moins précaires un des moins donc je n'y étais pas particulièrement attentif mais j'ai découvert un monde aussi où beaucoup de pompiers volontaires comptent sur leurs vacations alors d'ailleurs vous avez dit rémunérer etc alors ça ça exaspère beaucoup les pompiers professionnels non non mais qui disent on ne peut pas être rémunéré puisqu'on n'est pas un travailleur on est indemnisé les pompiers volontaires sont indemnisés etc bon voilà mais tout ça ce sont des faux semblants de fait la vacation est très vite considérée comme un complément de salaire en quelque sorte par des pompiers volontaires donc voilà quand ils ont déjà

27:12
Invité

un travail parce qu'à l'époque de votre livre plus de 22% des pompiers volontaires sont au chômage ou étudiants ou retraités inactifs mais en tout cas n'ont pas de revenus et ce statut écrivez-vous ne peut être considéré comme attractif que dans une situation de chômage massif on est là aussi pour compenser un dysfonctionnement quelque part ça n'est pas le seul signe qu'il y a un dysfonctionnement quelque part on va en parler mais de quoi on parle quand on parle des rétributions sous forme de vacations

27:38
Présentateur

alors les vacations alors là aussi c'est quelque chose qui m'agace un peu de ces dernières semaines on entend que les pompiers volontaires sont indemnisés entre 8 euros et 13 euros de l'heure alors 13 euros de l'heure c'est une vacation d'officiers pompiers volontaires il y a 4% d'officiers chez les pompiers volontaires donc déjà là on peut oublier ce chiffre là ensuite donc on est à plus de 60% on est sur des hommes du rang comme ça que ça s'appelle donc des gens qui sont plutôt proches des 8 euros de l'heure encore faut-il préciser qu'il s'agit d'un taux à 100% c'est-à-dire celui qui vous est payé lorsque vous êtes en intervention et pas en caserne ou en formation et donc en caserne vous êtes en général à 50% de ce taux horaire donc vous voyez qu'on est passé des 8 euros à 4 euros de l'heure ça devient déjà beaucoup moins attractif et ainsi de suite donc sur une garde de 24 heures que les gens ne s'imaginent pas que je sais pas c'est 24 fois 8 euros ou 9 euros c'est pas du tout ce qui se passe les taux horaires varient la nuit si vous êtes en caserne vous ne faites pas d'intervention en général on tombe à 30% de ce taux horaire et ainsi de suite donc en réalité on a il faut cumuler vraiment beaucoup de gardes notamment postées pour que ce soit un peu rémunérateur et on retombe sur ce que vous disiez au début c'est-à-dire que c'est parce qu'on a affaire aussi à beaucoup dans des précarités financières réelles profondes que ça reste intéressant et je précise quand même parce que je trouve qu'il ne faut pas l'oublier non plus c'est tout bête je me suis mis à faire des maths avec les pompiers j'ai un peu il me rappelait aussi certains me rappelaient qui calculaient très précisément en gros qu'il y avait une idée de ce qu'ils allaient gagner sur leur garde suivant quel engin dans lequel engin ils étaient affectés etc puisque les engins ne sortent pas de la même manière donc il n'y a pas le même nombre d'interventions mais il me disait que par ailleurs il fallait décompter les repas les repas ne sont pas ni les transports ni les transports pour aller à la caserne donc si vous faites tous ces calculs de pourcentage d'engins de nombre d'interventions etc bon voilà on est quand même sur des très petites indemnités

29:45
Invité

donc ils font le même travail pour beaucoup moins cher et sans sécurité de l'emploi moins d'encadrement par ailleurs aussi de leur statut or 93% des communes de moins de 5000 habitants dépendent uniquement de leurs pompiers volontaires on parle beaucoup de nos pompiers volontaires dans les communes pour leur protection les services d'incendie de secours les SDIS pourraient-ils exister sans eux les volontaires Romain Pudal ?

30:08
Présentateur

Je ne vois pas très bien comment là on a ce que je disais ce n'est pas une force d'appoint ce n'est pas un complément ce sont vraiment les gens qui font vivre ce service public à peu près partout sur le territoire alors il ne s'agit pas de dire qu'il faudrait des professionnels dans toutes les communes et qu'un centre de secours qui ferait je ne sais pas 100 départs à l'année devrait avoir des professionnels mais au moins qu'on sache très précisément combien de pompiers volontaires assurent suffisamment de garde dans l'année et on le sait puisque tout est informatisé tout est très clair on sait vraiment à la seconde près quand vous êtes arrivé en caserne quand vous êtes parti en intervention si vous êtes en formation et quand je dis la seconde c'est la seconde donc combien font le boulot de professionnels en lieu et place de professionnels précisément donc combien d'embauches il faudrait pour faire tourner les services réellement

30:51
Invité

mais c'est pratique de toujours saluer leur engagement citoyen qui dissimule aussi ces grands discours ce phénomène massif de travail presque gratuit cette formidable économie budgétaire que sont les pompiers volontaires et on a beau jeu de vanter l'engagement en service civique aussi chez les pompiers comme moyen de lutter contre une crise morale chez les jeunes parce qu'on l'entend ça dans les discours c'est formidable ces pompiers qui nous rejoignent en service civique face à la crise morale vous vous décelez dans ces discours une forme d'hypocrisie pour vous il y a une question d'économie qui est de toute façon la plus importante dans ces choix

31:22
Présentateur

oui il y avait un rapport qui s'appelait Ambition Volontaria en 2010 dirigé par Luc Ferry grand spécialiste du volontariat pompier je pense qui avait expliqué voilà qui disait qu'effectivement la vérité c'était que le système ne fonctionnerait pas sans les volontaires on en avait besoin d'un point de vue humain et aussi budgétaire et tout était là en fait je pense

31:43
Invité

quand des milliers de pompiers sont aujourd'hui mobilisés dans tant de forêts de France votre livre racontait à quel point leur quotidien était fait en fait essentiellement tourné vers les secours aux personnes tentatives de suicide personnes sans domicile fixe éprouvées par la chaleur le froid ou la faim personnes âgées isolées jusqu'aux crises psychiatriques aux violences conjugales il y a dix ans les pompiers vous disaient que la nature de leur mission avait progressivement changé comment l'explique-t-il comment l'expliquez-vous ?

32:10
Présentateur

alors il y a plusieurs types d'explications la plus courante disons dans le milieu pompier consiste à dire que les gens font le 18 un peu pour tout et rien qu'ils ont pris l'habitude de faire appel à leur service etc alors il y a sans doute une dimension de cet ordre là de l'abus du 18 le malaise sans précision

32:29
Invité

c'est une catégorie le malaise sans précision c'est quand on appelle le 18 et on ne sait pas exactement à quoi on va être confronté

32:34
Présentateur

absolument l'équipe part sur un malaise sans précision ce qui veut dire vraiment qu'il faudra comprendre la situation en situation donc difficile d'anticiper mais en réalité moi je ne crois pas du tout que les abus expliquent l'intégralité de cette situation les pompiers c'est un service public qui intervient au milieu d'autres services publics et comme tous les services publics sont en souffrance en déshérence en sous-emploi etc ils se retrouvent de facto à assurer tout un tas de missions qui sur le papier ne sont pas des missions pompiers pas des missions d'urgence mais si vous voulez quand il n'y a plus de travailleurs sociaux plus de médecins des déserts médicaux que l'hôpital public ne peut plus accueillir par exemple des gens qui devraient être suivis d'un point de vue psychiatrique des choses comme ça tous ces cas là toutes ces situations finissent par atterrir entre guillemets ou par être gérées comme ils le peuvent par les pompiers et donc c'est ça qui crée une augmentation considérable des interventions et qui crée aussi des formes quand même très souvent de désarroi chez eux parce que sur une urgence vitale on sait quoi faire quand on est pompier on sait faire un arrêt cardio-respiratoire mais un fameux malaise sans précision ou quelqu'un qui ne va pas bien que faire ?

33:47
Invité

Vous parlez d'une forme de militantisme populaire qu'auraient ces pompiers qui sont eux-mêmes majoritairement issus des classes populaires et des petites classes moyennes et ce qu'ils détestent plus que tout ce sont les TPMG les tout pour ma gueule et la colère qu'ils vous racontent quand ils sont appelés pour venir en aide à un SDF et qu'ils comprennent quand ils arrivent que la personne qui les a appelés n'a même pas pris la peine d'aller elle-même parler à cette personne en détresse dans la rue ou même de les attendre sur place vraiment ils vous parlent beaucoup de l'égoïsme et de l'individualisme des gens souvent qui les appellent

34:20
Présentateur

Oui oui alors ça c'est alors ça c'est ce qui nourrit principalement la colère pompier c'est pas c'est pas des gens en précarité ou en grande précarité je veux dire je le redis le milieu est travaillé par cette question de l'altruisme et donc on va aider même si l'aide est limitée même si etc on va aider de bon coeur toutes les personnes qui sont vraiment qui sont dans des situations de détresse de difficulté etc en revanche l'utilisation ou l'usage cynique du service au profit de son confort on va dire là ça va créer évidemment des colères très très très fortes mais ce sont pas forcément justement les pauvres ou les plus précaires qui appellent dans ces cas là

35:01
Invité

Cet homme par exemple au volant de sa BMW il appelle les pompiers il dit attention il y a un homme vraiment en danger de mort venez vite et les pompiers arrivent ils se rendent compte qu'en fait juste ce monsieur ne pouvait pas sortir sa voiture du garage et il avait besoin que quelqu'un aille déplacer le SDF à qui lui n'était pas venu adresser un seul mot il y a aussi ces étudiants des grandes écoles de commerce qu'il faut aller ramasser parce qu'ils ont trop bu et ce sentiment qu'ils ont parfois les pompiers d'être traités comme des laquais c'est une colère aussi que vous avez entendue et qui au-delà de ça raconte quoi parce que c'est aussi quand ils arrivent quand ils s'engagent en tant que pompiers il y a tous ces grands textes qui parlent de l'engagement du sens de service public la première chose qu'on vous dit lors d'un entretien d'embauche on est un service public ça veut dire au service du public gratuitement on doit être opérationnel répondre présent 365 jours par an on n'est pas là pour faire du fric tu n'accepteras jamais rien sur intervention vous dit-on on se doit d'avoir la même attitude et le même professionnalisme avec chacun

35:55
Présentateur

oui c'est vraiment alors je pense que c'est vraiment ce qui fait la valeur de ce service public c'est précisément tout ce que vous avez décrit c'est-à-dire l'attachement d'abord à des valeurs de dévouement d'aide voilà c'est vraiment très puissant et c'est la raison aussi pour laquelle je trouve un peu indécent politiquement moralement d'utiliser cela de manière un peu cynique pour continuer à précariser ou à ne pas répondre aux revendications légitimes c'est voilà je pense qu'il n'y a pas besoin moi je suis très méfiant sur tous les discours sur la crise morale sur la jeunesse qui ne veut pas s'engager je suis désolé j'ai passé 15 ans en caserne j'ai vu beaucoup de jeunes arriver se dévouer se faire le boulot bon

36:51
Invité

y compris d'ailleurs les pompiers essayent de s'ouvrir davantage à ce qu'on peut appeler très vite les jeunes issus de l'immigration parce que notamment lors de ce qu'on a appelé les émeutes dans les années 2000 2010 souvent les pompiers étaient visés au même titre que d'autres forces de l'ordre et ça les pompiers ont essayé de régler les choses d'accueillir plusieurs jeunes dans les casernes mais vous expliquez aussi que ces stages sont mal ficelés qu'on ne peut pas vraiment encadrer les nouveaux venus l'éthique pompier vous parlez d'un texte que chaque nouvelle recrue est censée apprendre par coeur du général Casso qui commande à la brigade des sapeurs-pompiers de Paris de 63-70 je ne veux connaître ni ta philosophie ni ta religion ni ta tendance politique peu m'importe que tu sois jeune ou vieux riche ou pauvre français ou étranger quand tu m'appelles j'accour ce qui n'empêche pas aujourd'hui Romain Pudal un fort vote pour l'extrême droite aujourd'hui dans les casernes on a parlé du racisme de classe populaire blanche de la faim des pompiers républicains mais là aussi vous essayez de mettre de la nuance ce phénomène existe mais vous essayez de le comprendre et est-ce que surtout ce vote est-ce qu'on a pu le suivre est-ce qu'il a évolué depuis 10 ans ?

37:53
Présentateur

alors là pareil il est très difficile de suivre statistiquement le vote tous les échos que j'ai font plutôt voilà vont plutôt dans ce sens-là c'est-à-dire des formes de droitisation alors qu'ils ne sont d'ailleurs pas exclusivement présentes chez les pompiers vous en avez aussi

38:10
Invité

des collègues qui votent à Olivier Besancenot à l'époque

38:12
Présentateur

oui ils n'étaient pas très nombreux mais ça existe tout à fait ou Arlette Laguillet donc vous voyez tout est possible non non mais c'est vrai et en ce sens-là les pompiers ne sont pas non plus très différents de l'ensemble des classes populaires des classes moyennes qui sont soit précarisées soit mises en danger etc il y a un ouvrage récent d'un collègue que j'aime beaucoup qui s'appelle Camille Peuny c'est l'ouvrage qui parle du triomphe des égoïsmes pas égoïsme au sens moral mais le fait que toutes ces solidarités collectives toutes ces protections collectives en gros tout ce qui faisait l'état Providence ayant été systématiquement attaqué depuis au moins 30 ans de tous les côtés les gens se retrouvent les uns et les autres à tous les niveaux et dans toutes les classes sociales finalement à se débrouiller par eux-mêmes à essayer d'être un peu les auto-entrepreneurs de leur vie etc bon les pompiers n'échappent pas à ça ils sont à la fois travaillés par ses idéaux de solidarité et contraints aussi de s'en sortir dans des conditions de précarité de vie assez importantes

39:14
Invité

vos copains pompiers Romain Pédal qui chaque jour assure et gère écrivez-vous toutes ces misères sans diplôme il est vrai sans fanfaronner non plus et sans orgueil qui oeuvre à maintenir du lien social des formes de solidarité et d'entraide la façon dont on parle d'eux aujourd'hui comme des héros est-ce que ça a plutôt le don de les encourager ou de les agacer

39:34
Présentateur

je dirais agacer c'est à dire que bon voilà c'est un milieu où on n'aime pas se jeter des fleurs ou alors on le fait en rigolant c'est à dire que vous avez une équipe qui revient d'une intervention dont tout le monde a compris qu'elle était assez banale et le chef d'équipe va vous dire j'ai encore sauvé le monde c'est crevant on plaisante beaucoup avec ça non je crois que ce qui est important de comprendre c'est que cet héroïsme entre guillemets s'il faut le vanter le reconnaître c'est plutôt un héroïsme du quotidien plutôt que des choses exceptionnelles c'est ces petites choses où on sait que on peut compter effectivement on devrait pouvoir compter parce que voilà combien de temps sur les pompiers du coin on va dire pour s'en sortir

40:17
Invité

d'où cette demande de moyens et d'effectifs qui est aujourd'hui très vive chez les pompiers et après la grève du 13 août dernier les pompiers annoncent de nouvelles journées de mobilisation en septembre fin septembre merci beaucoup Romain Pudal d'avoir été avec nous sociologue directeur de recherche au CNRS ancien pompier volontaire pendant 15 ans auteur de Retour de flammes les pompiers des héros fatigués paru aux éditions La Découverte merci d'avoir été avec nous

40:39
Présentateur

merci beaucoup