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Podcast / conversationBLAST (sur YouTube)· 20 août 2026 19 minActualité / polémiqueInstitutions & électionsImmigration & asileOutre-merEurope & international

DE DE GAULLE À MACRON, UNE HISTOIRE DE LA FRANÇAFRIQUE

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  • 0:15Camille Le SafreFait
    « Je crois qu'on a oublié de nous dire merci et je le dis pour tous les gouvernants africains qui n'ont pas eu le courage vis-à-vis de leurs opinions publiques de le porter, aucun d'entre eux ne serait aujourd'hui avec un pays souverain si l'armée française ne s'était pas déployé dans cette région. »
  • 1:40Camille Le SafreFait
    « La France-Afrique, elle démarre pendant la période coloniale et elle est faite d'évolution. »
  • 3:00Thomas BorelChiffre
    « La France a été en guerre plus d'une cinquantaine de fois sur le continent africain depuis les indépendances juridiques. »

Modèle mistral-small-latest · prompt v1 · les citations sont vérifiées mot pour mot dans le transcript ; le taux de réponse directe est calculé à partir des verdicts question par question. Aucun label idéologique n'est produit.

Je crois qu'on a oublié de nous dire merci et je le dis pour tous les gouvernants africains qui n'ont pas eu le courage vis-à-vis de leurs opinions publiques de le porter, aucun d'entre eux ne serait aujourd'hui avec un pays souverain si l'armée française ne s'était pas déployé dans cette région. Le kaken de Macron, c'est des sorties [musique] ultra paternalistes envers ses homologues euh des présidents africains. Notting your turn. [musique] Hey hey hey, on passe de [musique] la startup nation à la start-up France-Afrique.

Ce sont milliards d'euros d'investissement annoncé pour le continent africain. La France-Afrique, [musique] elle démarre pendant la période coloniale et elle est faite d'évolution. D'un point de vue matériel, il y a aussi des continuités et des héritages euh vraiment en terme d'infrastructure.

Leader du transport et de la logistique en Afrique, il était présent dans 42 ports africains, gérer les démarches administratives et douanières dans 47 pays du continent en amont et en aval du transport, à l'import comme à l'export. Le public français, on va dire, est un peu enfermé dans une lecture alternative [musique] de l'histoire. La colonisation, c'est bien entendu des heures qui ont été noires, mais c'est aussi des heures qui ont été belles avec des mains tendues et cetera.

La gauche française aujourd'hui véhicule encore des prises de position, des discours qui relèguent au second plan l'histoire l'histoire coloniale française. Nous ne sommes pas une puissance occidentale, les Français, nous sommes une puissance universelle, c'est-à-dire que [musique] nous existons sur les cinq continents. Je m'appelle Camille Le Safre et je travaille pour l'association Survie.

C'est une association qui milite contre la France-Afrique et contre le néocolonialisme français. euh en Afrique et dans les territoires d'outre mer depuis 1984. Thomas Borel, je suis membre de l'association survie et j'ai codirigé avec trois autres personnes un livre collectif sur l'histoire de la France-Afrique, une histoire de la France-Afrique, l'empire qui ne veut pas mourir avec une vingtaine de contributeurs et contributrices.

Emmanuel Macron en disant que la France-Afrique s'est terminé comme il l'a dit au sommet récent qui a eu lieu au Kenya n'innove pas beaucoup parce qu'en fait il l'a déjà dit par le passé et ses prédécesseurs l'ont dit que ce soit François Hollande ou Nicolas Sarkozy et ou en fait même sous Jacques Chira qui a eu cette affirmation que la France-Afrique s'était terminée comme si en fait le fait de réitérer cette affirmation allait lui donner une valeur de vérité mais du coup ça nous met déjà un peu la puce à l'oreille que si il y a une nécessité de répéter Ça euh c'est peut-être qu'il y a pas un ancrage dans la réalité si prononcé que ça. [musique] En mai dernier au Kenya, il y avait le le sommet Africa Forward alors qu'il y a un nouveau nom pour une vieille institution. La vieille institution, c'est le sommet France-afrique qui à un moment avait changé de nom et s'est appelé sommet Afrique-Fance puis qui s'est appelé le nouveau sommet Afrique-France et donc maintenant Africa Forward.

Et en fait, à chaque fois, c'est la France par la voix de son président de la République qui rassemble un ensemble de chefs d'État et de gouvernement d'Afrique. D'abord, historiquement, ça s'est fait plus euh avec des États francophones mais assez vite ça ça s'est élargi et en fait ce sommet au Kenya était tourné cette fois sur le business. le programme de ce sommet se focaliser justement sur les relations entre les entreprises françaises et africaines.

C'est vraiment ça incarne aussi cet esprit de start-upisation des relations entre la France et l'Afrique que Macron incarne aussi. chaque fois, il y a un discours qui vient un petit peu ripoliner ce qui se faisait auparavant, mais euh en pratique, c'est un président français qui rassemble des présidents africains pour essayer d'asseoir l'influence française et qui au passage en général va essayer de signer un ensemble d'accords, des accords économiques ou des accords militaires qui peuvent favoriser l'influence de la France. cette focalisation aussi sur les relations plus économiques euh c'est une façon euh aussi de de réorienter, on va dire, la justification morale euh de la présence française en Afrique avec du coup cette nouvelle mission civilisatrice française qui serait donc le développement sous des termes capitalistes et l'innovation technologique et notamment donc la France qui serait là pour accompagner les pays africains à donc développer leur marché capitaliste.

Ce sont milliards d'euros d'investissement annoncé pour le continent africain. C'est un peu l'application à la France-Afrique de la doctrine de Macron. C'est un peu on passe de la start-up nation à la start-up France-Afrique, mais en réalité il y a pas encore une fois il y a pas de rupture et d'ailleurs, il y a beaucoup de discours de rupture qui sont en fait démentis par les actes.

Ça correspond en fait à une stratégie de redéploiement, de reconfiguration de la présence française en Afrique, mais c'est une stratégie qui est dans une continuité historique aussi. La critique anticoloniale, elle perdure, elle se réitère et c'est face à ces critiques là que les autorités françaises sont obligées de réinfirmer une position nouvelle ou différente face au pays africains. Alors que plusieurs indices montrent justement la persistance d'une domination et d'une asymétrie entre la France et ses anciennes colonies en Afrique. [musique] Il y a un ensemble de mythes qui jalonnent euh l'histoire franco-africaine.

Le mythe évidemment de la décolonisation pacifique. Déjà la décolonisation, on a tendance à croire que ça s'est fait comme ça du jour au lendemain. Le général de Gaulle qui offre généreusement l'indépendance à à un certain nombre de pays.

C'est un discours aussi en fait qui permet de de masquer, on va dire, les résistances anticoloniales qui ont toujours eu eu cours sur le continent. La colonisation, on dit qu'officiellement elle prend fin au moment de l'indépendance, mais à ce moment précis, il y a un ensemble d'accords qui sont signés et qui permettent de passer sous une nouvelle légalité internationale des relations qui étaient déjà en train d'évoluer. Parce que la colonisation déjà en 1946, elle connaît une une première évolution.

En 1958, il y a une tentative d'essayer d'adapter le système colonial par la loi, par le statut qu'on donne aux indigènes et cetera pour essayer par les prérogatives aussi qu'on donne au pouvoir dans dans ces territoires pour essayer de sauver finalement le système colonial. Et en 1960 euh comme il n'est plus possible finalement de sauver ce système-là, il y a un autre courant, un courant réformateur qui prend le dessus et ça avait commencé avant l'arrivée de de Gaulle au pouvoir et qui va en fait mettre en place euh une administration prétendument autonome, indépendante, mais sous contrôle par le biais de ces accords. C'est uniquement sur le papier que cette indépendance, elle est elle est elle est visible.

Euh dans les faits, il y a euh donc tout un enfin il y a des héritages de la colonisation sur les plans euh on va dire socioc-culturel, linguistique. Euh et c'est ce qui est le plus je pense nié dans les référentiels euh républicains universalistes. Mais d'un point de vue matériel, il y a aussi des continuités et des héritages euh vraiment en terme d'infrastructure, en terme d'organisation, accord sur la police, accord sur l'armée, accord sur la justice, sur l'éducation.

Il y a un ensemble d'accords comme ça et sur la monnaie bien évidemment qui viennent régir les relations entre la France et les États nouvellement indépendants. Au fur et à mesure du temps, ces relations vont évoluer. un certain nombre d'accords ne sont plus en vigueur mais à chaque fois il y a une sorte d'érosion très progressive autour d'un squelette d'influence que ce courant réformateur qui existe à droite comme à gauche dans notre pays essae de maintenir pour essayer de sauver l'influence française en considérant que la France doit rester une grande puissance qui pèse à l'international.

Et donc c'est cette histoire aussi que qu'on peut lire dans l'évolution de de ces relations, y compris strictement institutionnelle entre entre ces pays et et la France. Il y a une reproduction euh des structures administratives euh de l'ancienne euh de l'ancienne puissance coloniale qui se sont imposés sur le continent. Donc typiquement la Constitution française, il y a il y a des copiers collés quasiment parfaits de la Constitution française qui sont encore aujourd'hui les constitutions des pays africains, notamment le Sénégal.

Le Sénégal même a repris, on va dire, les pires travers hyper présidentialistes de la Constitution française quoi. Toutes les ingérences aussi dont dont on s'est rendu coupable la France. Je pense que c'est pas anodin non plus que la France a été en guerre plus d'une cinquantaine de fois sur le continent africain depuis les indépendances juridiques.

L'exemple le plus parlant au niveau militaire, c'est notamment la pratique historique que la France a d'exfiltré des présidents africains pour leur permettre d'échapper à la justice de leur pays. Ça a été réitéré récemment à Madagascar où l'armée française a exfiltré le président malgache alors qu'il faisait l'objet d'une d'une contestation populaire assez forte notamment à l'impulsion de la Gen Z. Donc ça c'est des pratiques qui montrent en fait que les autorités françaises ne respectent pas la souveraineté nationale de des pays africains et qu'elle ne respecte pas non plus la volonté des peuples qui sont censés être souverains dans ces pays-là.

Et en fait, les ingérences politiques que la France peut commettre sur le continent africain sont dépendantes de cette présence militaire. Ça c'est ça qui facilite la capacité de la France à faire ou à défaire des gouvernements sur place. Elle euh elle sert plusieurs euh fonctions.

La première, c'est donc déjà donc d'assurer un accès privilégié aux ressources naturelles. Euh c'est de donc d'assurer aussi un accès privilégié aux affaires intérieures du pays. Typiquement, vous allez en Côte d'Ivoire, vous allez au Sénégal, vous avez des plans entiers de l'économie qui sont détenus par des entreprises françaises.

Quand je dis détenu par des entreprises françaises, là aussi on a sorti un rapport avec l'association survie qui documente ça où on voit qu'on a une spécificité française, c'est un nombre incroyable de filiales, c'est-à-dire que les grands groupes s'implantent avec des filiales locales et où en fait développent par le biais de ces filiales une activité économique qui passe sous les radars d'un certain nombre d'indicateurs économiques classiques quand on regarde les parts de marché que peut y avoir en importation exportation par exemple. Et alors la France pren le cas du Sénégal, de la Côte d'Ivoire mais plus généralement euh même si c'est un peu moindre dans le reste de la zone frança à conserver une position dominante et où on a une asymétrie très nette. Ce qui vient de France dans l'économie de ces pays-là reste extrêmement important et donc vu d'Abidjan ou de Dakar, la France est encore particulièrement présente.

La persistance coloniale de la France, elle s'exprime aussi dans les outresemers aujourd'hui. C'est pour ça qu'on parle de colonie actuelle. Il y a deux aspects qui euh qui pour moi euh affirment que la France euh enfin qu'on est dans une situation toujours colonial dans les territoires d'outre mer.

La première c'est le fait que la vie chère ça a une dimension euh structurelle et historique on va dire qui est organisée dans ces territoires-là. Euh donc notamment les prix qui sont euh qui sont pratiqués par la grande distribution. Ils sont je crois qu'il y a un écart de 30 à 40 % entre la métropole et les outremères.

Euh donc c'est une organisation de la précarisation euh des populations dans ces territoires-là et euh la le seuil de pauvreté euh est beaucoup plus élevé dans les territoires d'idoutremer que en métropole. Euh donc il est 5 à 10 fois plus grand euh dans les territoires euh ultramarins. Euh donc c'est euh c'est assez terrifiant en fait de voir que l'état de droit ne s'applique pas de la même façon, les services publics ne sont pas maintenus de la même façon.

Et le deuxième aspect, c'est euh le foncier. Euh notamment dans les Antilles, les béqués, donc les héritiers de la des colons représentent 1 % de la population mais possède 50 % euh des territoires des terres agricoles et euh vraiment ont des quasi monopoles encore aujourd'hui dans certains secteurs et notamment le secteur de l'import export. Donc ça c'est vraiment un héritage enfin il y a des héritages à la fois idéologiques et des héritages matériels encore très forts aujourd'hui qui montrent que la France est une puissance coloniale.

Donc la France-Afrique elle démarre pendant la période coloniale et elle est faite d'évolution. C'est un système de domination qui est en perpétuelle évolution qui ne réfléchit pas lui-même évidemment mais simplement on a des responsables politiques, militaires, économique français mais aussi dans les les territoires concernés des élites qui bénéficient de ce système- là qui ensemble font évoluer les relations institutionnelles entre les deux pays pour préserver ces intérêts-l au détriment de la population. [musique] Un peu avant son élection, le candidat Emmanuel Macron lors d'un déplacement en Algérie dit que la colonisation a été un crime contre l'humanité et pas mal de monde s'est étonné que une fois président, il ne répète pas cette phrase.

Mais en fait, c'est la question n'est pas de savoir s'il a changé d'avis. La question est plutôt de se demander pourquoi à ce moment-là il a dit ça. Parce que son avis, il transparaît par plein d'autres déclarations qu'il a pu faire.

Le kakena de Macron, c'est la la blague sur le quasa qui pêche peu mais qui ramène du comorien. Euh c'est des sorties ultra paternaliste envers ces homologues euh des présidents africains. C'est des reconnaissances très timides de certains crimes coloniaux mais dans des termes qui ne permettent pas une traduction juridique de cette reconnaissance.

Sur la question mémorielle et la question franco-algérienne, nous sommes comme sommet en permanence de choisir et il faudrait dire choisissez la fierté ou la repentance. Moi, je veux la vérité et la reconnaissance. C'est-à-dire de faire des annonces mémorielles qui lâchent un petit peu du l'est sans jamais aller jusqu'au bout.

Le bout étant quoi ? d'ouvrir tous les dossiers, d'aller d'annoncer la restitution de l'ensemble de ce qui doit être restitué, d'ouvrir un processus de réparation pour les victimes ou les descendants des victimes euh de la colonisation. Je prends aussi les l'exemple du géocide des au Rwanda en 1994 puisque effectivement Macron a commandé donc un rapport auprès d'une commission d'historien.

Ce rapport conclut à des responsabilités lourdes et accablantes de la France dans le génocide des Touti au Rwanda. Mais il y a toujours des des archives qui sont refusées à la justice. Les enquêtes sont entravées pour vraiment tirer au clair les responsabilité de la France dans ces événements-l.

Et Macron en fait a a lancé ce travail mémoriel uniquement pour normaliser les relations de la France avec le Rwanda et signer des accords commerciaux par la suite quoi. Donc en fait je pense que que il y a il y a pas vraiment d'évolution. Macron a toujours est toujours resté fidèle à lui-même.

Il est toujours resté dans ce paternalisme et dans ses réflexes racistes et coloniaux qui défendent aussi, comme je le disais une vision d'une for d'une France qui est chez elle aussi en Afrique. Le public français, on va dire est un peu enfermé dans une lecture alternative de l'histoire. Je pense que la le contenu et la façon dont ont été euh dont ont été écrits les programmes scolaires facilite en fait cette persistance euh d'une lecture de la colonisation comme euh un moment de l'histoire qui a à la fois eu donc des aspects négatifs.

Mais il y a une persistance de ces discours sur les bénéfices de la colonisation qui est absolument difficile encore à à déconstruire. Euh et il est extrêmement urgent de donc de décoloniser la façon dont on enseigne l'histoire. Euh mais du coup, c'est vrai que les autorités françaises, la classe politique, la classe médiatique euh française est encore bercée aussi par cette par cette lecture alternative.

La colonisation a-telle un crime ? Colonisation est-elle un crime ? Dans notre histoire, la colonisation est on est français, on a une histoire comment non ?

Voilà. Très bien. On a vu sur un certain nombre de questions de société liée au racisme notamment, tout un pan de la gauche évolué ces dernières années vis-à-vis bah de la considération sur l'islamophobie, sur vis-à-vis des personnes racisées et du racisme politique de manière générale.

Sur la question coloniale, on n'y est pas encore. Les discours sur l'antir repentance coloniale ont toujours été transpartisans et il y a pas vraiment de famille politique qui se démarque à ce point de vue-là. Je pense que la gauche française aujourd'hui véhicule encore des des prises de position, des discours qui relègue au second plan l'histoire l'histoire coloniale française.

Alors que c'est une incarnation de ce même racisme. Nous ne sommes pas une puissance occidentale, les Français, nous sommes une puissance universelle. C'est-à-dire que nous existons sur les s continents ou en face d'eux.

Nous sommes un pays caribéen dans la mer Caribe. Nous sommes un pays euh latino-américain par le département de la Guyade. Nous sommes un pays de l'océan Indien par la Réunion euh et Mayotte.

On a encore y compris dans les forces de gauche qui ont bougé sur les sujets dont je parlais une tendance à défendre une grandeur de la France. l'idée que la France doit rayonner à l'international sur un certain nombre de valeurs et une incapacité à comprendre que cette grandeur même de la France et ce rayonnement est complètement imbriqué dans notre histoire coloniale et que la France ne devrait pas être une grande puissance. S'il y avait pas cette histoire coloniale, la France ne serait pas une grande puissance.

C'est si on sort de notre imaginaire colonial, on accepte d'être [soupir][souffle coupé] à ce que peut-être la France au regard de la taille de son économie et de la surface de son pays. Et donc, il y a un peu un travail de d'humilité à avoir, y compris à gauche sur ces questions là. Ouais. [musique] [musique]