Bruno Fuchs - L'interview politique du 19/10/26
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Questions et réponses
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- 0:19OuverteRéponse directe
Plus de 2000 personnes interpellées, des bâtiments publics saccagés... Qui est responsable de ces scènes de chaos ?
- 1:35OuverteRéponse directe
Le président évoque une faille dans le renseignement. L'honneur du ministre de l'Intérieur était-il de poser sa démission ?
- 2:54OuverteRéponse directe
On est à six mois du premier tour de la présidentielle. Cette bataille d'interprétation prend un tour politique.
- 3:22OuverteRéponse directe
Qu'est-ce que ça vous inspire ?
- 4:52OuverteRéponse directe
À qui profite le crime, ou du moins le chaos ? Est-ce que ça accélère le risque d'une finale entre Marine Le Pen et Jean-Luc Mélenchon ?
- 6:19OuverteRéponse directe
Quelle image offre notre pays à l'étranger ? C'est désastreux, non ?
Affirmations vérifiables (citations exactes)
- 0:52Invité politiqueFait
« Les premiers responsables, ce sont ceux et celles qui les ont commises. On a eu 2000 interpellations. »
- 2:41Invité politiqueChiffre
« On parle aujourd'hui des casseurs et pas des 500 000 personnes qui y ont manifesté avec un objet réel. »
- 7:29Invité politiquePromesse
« Les comptes, ils vont être rétablis de gré ou de force. »
- 7:52Invité politiqueChiffre
« Cette année, on va rembourser près de 80 milliards d'euros des intérêts de la dette. »
- 9:00Invité politiqueChiffre
« On a baissé de plus de 70% l'aide au développement. »
- 9:19Invité politiqueChiffre
« Sur le commissariat aux droits de l'homme, par exemple, on va mettre certainement zéro cette année. »
- 11:45Invité politiqueChiffre
« Les Russes et les Biélorusses ont fait passer 20 à 25 000 migrants armés, entraînés pour montrer que l'Europe était instable. »
Temps de parole
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- Présentateur28 %
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Bonjour
Bruno Fuchs. Bonjour. Vous êtes député Modem du Haut-Rhin, président de la commission des affaires étrangères à l'Assemblée nationale. On va bien sûr en parler des affaires étrangères, mais d'abord évidemment un mot sur ce qui s'est passé ce week-end en France. Le choc, plus de 2000 personnes interpellées, des bâtiments publics saccagés, des commerces pillés, des scènes de chaos et une polémique ce matin sur la responsabilité de ces événements choquants. On apprend à l'instant que le ministre de l'Intérieur Laurent Nunez a présenté sa démission au président,
qu
'il a refusé. Le gouvernement accuse la France insoumise d'avoir jeté de l'huile sur le feu et LFI ainsi que d'autres responsables de gauche réincrimine la doctrine de maintien de l'ordre. Qui est responsable de ces scènes de chaos ?
Les
premiers responsables, ce sont ceux et celles qui les ont commises. On a eu 2000 interpellations.
Je
rappelle que le 1er décembre 2018, au plus fort des Gilets jaunes, au moment de l'épisode de la Règle de Triomphe, il y a
eu
682 arrestations. On voit bien que les forces de police, les forces de sécurité ont agi. Mais
elles ont
été débordées. Oui, parce que je pense qu'on avait aussi un nombre bien plus important de casseurs qu'il y en a d'habitude. Et c'est ça, je pense, qui a surpris. Après, moi, je n
'ai
pas les chiffres.
Il ne faut
pas les avoir le jour même. Mais visiblement, la mobilisation de ceux qui voulaient casser était bien plus importante que ce qu'on avait imaginé.
Et le président
lui-même, ce matin, évoque une faille dans le renseignement, une imprévoyance dans le renseignement. Certainement, certainement. Donc, je
pense que c
'était
l'honneur du ministre de l'Intérieur d'avoir posé sa démission. Et aujourd'hui, je ne pense pas que la question soit politique, même si les objets de ces manifestations et de ces classes sont politiques, bien évidemment. Et d'abord, moi, je voudrais avoir une pensée, parce que j'étais à Mulhouse hier et avant-hier, pour tous ces commerçants qui ont été soit blessés, soit qui
ont
perdu leur outil de travail. Beaucoup de gens ont été blessés également, force de l'ordre également. Donc, je pense que ceux qui remettent en cause les forces de sécurité intérieures, ce sont des gens qui ont un objet politique. Ce sont des responsables politiques qui la mettent en cause, parce que, bien évidemment, il y a un enjeu politique à ces manifestations. Et ensuite, il y a bien évidemment l'objet premier de ces manifestations, qui sont la jeunesse, qui sont le pouvoir d'achat. Et ces revendications, aujourd'hui, elles ne passent pas au premier plan.
D'ailleurs, on parle aujourd'hui des casseurs et pas des 500 000 personnes qui y ont manifesté avec un objet réel, avec des vraies préoccupations et des intérêts qu'il faut satisfaire, en tout cas, qu'il faut traiter.
Vous évoquez l'enjeu politique.
C
'est vrai qu'aujourd'hui, on est à six mois, jour pour jour, du premier tour de la présidentielle. Et tout de suite, elle a pris évidemment un tour politique, cette bataille d'interprétation autour des événements. Selon Sébastien Lecornu, l'ultra-gauche veut organiser un tour de chauffe entre maintenant et
l
'élection présidentielle.
Il
vise, bien sûr, la France insoumise. Et Jean-Luc Mélenchon, lui, il accuse Lecornu d'être le responsable du chaos qu'il a méthodiquement préparé par incompétence ou par stratégie du pire. Qu'est-ce que ça vous inspire
? C
'est vrai qu'on est en plein dans la présidentielle. On est aussi dans la prise en compte d'un modèle de société différent. On a à l'extrême droite des gens qui sont extrêmement sécuritaires. On voit aujourd'hui leurs alliés, en tout cas en pensée, aux États-Unis. En Russie, qui sont pour une société autoritaire, dictatoriale, bien évidemment, dans le modèle. En Russie, ça l'est, aux États-Unis, ça l'est pas, mais le modèle de Trump est là, une société extrêmement autoritaire et dans laquelle les libertés sont menacées, très clairement. Et puis à
l
'extrême gauche, on voit, c'est une société non capitaliste. Et donc ces deux modèles s'affrontent. Et moi, je pense que l'analyse politique qu'on peut faire, c'est que si l'un ou l'autre devait l'emporter à la présidentielle, ce serait dramatique pour la France. Parce que, je ne parle pas du budget,
on
ne
va
pas en parler là, mais les conséquences seraient extrêmement graves. Mais surtout sur le modèle de société. Aujourd'hui, on vit ensemble dans un lien social avec des principes de reconnaissance de toutes les entités en France. On serait là dans une vision, et on le voit là, d'affrontement des communautés. On reviendrait à une France des origines, une France de couleur de peau, une France des religions. Et donc ce serait l'atomisation de la France et le combat. Mais on voit à mort,
en
tout cas, puisque des gens voulaient tuer ce week-end, entre les communautés. Et donc c'est la fin de la France telle qu'on l'a conçue depuis un certain nombre de décennies. À qui
profite
le crime, si j'ose dire, ou du moins à qui profite le chaos ? Est-ce que ça accélère le risque, accentue le risque d'une finale entre Marine Le Pen et Jean-Luc Mélenchon ?
Je ne pense pas, non. Parce que, bien évidemment, quand vous avez le chaos, vous cherchez l'ordre. Et puis vous cherchez le RN qui incarne aujourd'hui le parti de l'ordre. Mais avec toutes les conséquences sur la perte de liberté, sur la fin de la démocratie. On le voit bien dans les autres pays libéraux dans lesquels ça s'est produit. Et je pense qu'à l'inverse, comme je viens de vous le dire, si on imagine qu'avec Marine Le Pen et Jean-Luc Mélenchon, on est dans une France de l'affrontement, avec le spectacle dramatique et révoltant qu'on a vu ce week-end, je crois qu'au contraire, un certain nombre de gens raisonnables vont chercher une solution dans un modèle qui existe, qui
est
le modèle de la démocratie, du respect du droit, du respect des libertés publiques. Et c'est ce modèle-là que la France construit depuis au moins la Révolution française. Et c'est ce modèle-là qu'il faut préserver. Donc je pense à l'inverse. La réaction évidemment instantanée, instinctive, c'est de vouloir de l'ordre. Bien sûr, tout le monde veut de l'ordre. Et je pense que le président a amorcé la réflexion hier. Il faut de l'ordre dans ce pays. Mais aujourd'hui, on n'est pas préparé à des ordres de dizaines de milliers de personnes qui viennent là pour casser uniquement et pour tuer pour certains d'entre eux.
Alors,
vous êtes président de la Commission des affaires étrangères, on le disait,
de
l'Assemblée nationale. Quelle image offre notre pays à l'étranger ? C'est désastreux, non
?
On a regardé un petit peu les médias internationaux, la presse internationale. La France est livrée au chaos si on en croit les médias étrangers.
Oui,
l'image est extrêmement mauvaise. Il y a deux grands éléments sur lesquels la France perd de son influence. D'abord, c'est la perte de maîtrise des finances publiques. Et ça, quand vous voulez avoir de l'influence, il faut être irreprochable, avoir un modèle qui fonctionne. Et puis, finalement, ce type de scènes
dont
on peut penser que si elles ne se reproduisent pas, peuvent s'estomper dans la durée. Donc, immédiatement, effectivement, mais je pense que la question de la dette publique est bien plus importante en termes de défauts d'influence, de mauvaises images de la France. Parce que la dette publique, ça veut dire moins d'investissement dans votre politique étrangère, dans votre diplomatie. Et ça veut dire que vous perdez de l'influence dans tous les organes multilatéraux, à l'ONU, à l'UNESCO, à l'OMS.
Un
candidat à la présidentielle, en l'occurrence Édouard Philippe, promet qu'il va rétablir l'ordre dans les comptes et dans la rue. Mais là,
on
voit qu'il n
'y
a de l'ordre ni dans les comptes ni dans la rue. Les comptes, ils
vont être rétablis de gré ou de force.
C'est
qu'à un moment, quand vous avez 3 600, presque 4 000 milliards de dettes, ce n
'est
plus vous qui dirigez votre pays. Ce sont ceux qui vous ont prêté, ce sont les bailleurs. Donc, à un moment ou à un autre, l'ordre va être rétabli. Mais au détriment du pouvoir d'achat des Français et au détriment de la capacité d'investissement dans les services publics, cette année,
on
va rembourser près de 80 milliards d'euros
des
intérêts de la dette. C'est-à
-dire
pour rien, en l'été, on ne rembourse même pas la dette. C'est quasiment la collecte de l'impôt sur le revenu. Donc, tout l'effort que les Français font sur leur feuille d'avis d'imposition, tout cet effort-là de collecte va, par la fenêtre, à rembourser les intérêts de la dette. Donc, on voit bien qu'il faut réagir extrêmement, extrêmement vite. Et ce défaut, en tout cas, ce remboursement des intérêts, c'est un défaut. On a moins d'argent pour les services publics. On a moins d'argent pour la santé, pour la sécurité, pour l'éducation, pour l'investissement d'avenir, etc.
Donc, on voit bien que la France est dans une situation extrêmement difficile, à court terme, mais à moyen terme également.
Alors, sur la situation financière, en ce moment, les députés se penchent sur l'examen du projet de loi de finances pour 2027. Et je crois que, si mes infos sont bonnes, vous n'êtes pas particulièrement content du budget qui est alloué à la diplomatie, alors que beaucoup de ressources sont allouées, par ailleurs, dans le contexte que l'on connaît, à la défense, au réarmement. Plus de 6 milliards alloués au budget de la défense. Mais vous, pour la diplomatie,
ça ne le fait pas, si j'ose dire. Non, parce qu'on a baissé de plus de 70% l'aide au développement. Et on voit bien que cette capacité d'investir dans les pays étrangers est un élément d'influence très fort de la France. Et puis, on baisse aussi nos cotisations très fortement dans les organes multilatéraux. Sur le commissariat aux droits de l'homme, par exemple, on va mettre certainement zéro cette année. Comment la France, qui est le pays des droits de l'homme, peut peser à l'échelle internationale, à l'ONU, si vous ne financez plus ?
Et donc là, effectivement, on se réarme au plan militaire pour une menace qui est évidente maintenant, qui est une menace militaire russe aujourd'hui, mais peut-être d'autres dans l'avenir. Mais on laisse un biais ouvert complètement à d'autres menaces qui sont celles du modèle de société. On le voit bien sur les sociétés de non-liberté, les régimes illibéraux. Et puis surtout, quand vous ne pesez plus à
l
'international, vous n'avez plus moyen de peser avec vos propres principes. Et donc, vous laissez les autres régler le sort du monde, alors que vous-même, vous avez une voix originale, singulière et forte depuis des décennies.
Alors, vous évoquez la question de l'influence et justement, les attaques hybrides russes se multiplient de ces dernières semaines contre les pays de l'Union européenne et de l'OTAN. Le chef des forces alliées de l'OTAN en Europe, le général américain Alexius Grinkiewicz, a récemment affirmé sa fermeté. Il a appelé à les attribuer très clairement à Moscou. Ces attaques, on le disait, se sont durcies. Justement, vous serez à Prague mercredi pour une conférence européenne des présidents de commission des affaires étrangères. C'est consacré précisément à la guerre informationnelle. Est-ce qu'il faut s'inquiéter pour notre campagne présidentielle
?
Il faut s'inquiéter, oui, sur la désinformation. Mais c'est bien pire que ça. C'est qu'on voit qu'en Europe, un certain nombre de pays, en Allemagne, en France, en Estonie, surtout les pays baltes et les pays de l'Est de l'Europe, on voit des opérations paramilitaires,
en
tout cas, de déstabilisation, d'incendies. On l'a vu en France sur les mains bleues qui avaient été posées.
Les étoiles de David,
les
peintures sur le mémorial de la Shoah. Voilà, ce sont des opérations menées de l'extérieur par la Russie ou des proxys pour déstabiliser notre pays. Et quand je parle de diplomatie et d'efforts financiers à faire sur ce plan-là, c'est aussi pour régler ce type de situation. C'est bien sûr une guerre qui se traduit, non pas par des chars ou des missiles, mais par des opérations de déstabilisation avec des effets médiatiques et de déstabilisation du pays.
J'étais il y a peu de temps à la frontière du Bielarus, côté polonais, où pendant 4 ou 5 ans, les Russes et les Biélorusses ont fait passer 20 à 25 000 migrants armés, entraînés pour montrer que l'Europe était instable et ouverte à l'immigration.
En quelques secondes, pour terminer, est
-ce que notre campagne présidentielle est menacée par ces opérations ?
Elle n
'est
pas menacée, mais elle doit se préparer à avoir ce type d'opérations qui vont venir déstabiliser et entraver la campagne. Mais elle n'est pas menacée en tant que telle.
Alors, une question sur ce qui s'est passé. Samedi, en 6 heures dernier, un convoi diplomate européen a été pris à partie. Notamment, un maire français, Bernard Baudou, le ministre des Affaires étrangères, Jean-Noël Barreau, appelle les autorités israéliennes à arrêter impérativement les responsables et à les traduire en justice. Mais le bureau de Benyamin Netanyahou, lui, met en avant le fait que ce maire, qui s'appelle Bernard Baudou, qui est un maire du nord de la ville d'Aulnois-Emery, est un maire communiste et qu'il est soutenu pour être un activiste de la cause palestinienne.
Oui,
après,
chacun a ses convictions et ses modes d'action. En l'occurrence, les images sont très claires. Elles ont été filmées par le Guardian, en tout cas par un organe de presse
qui
n'est pas français, qui n'est pas communiste. Donc, il n
'y a
pas de propagande. Cette personne a été attaquée. Donc, je pense que quand vous avez quelqu'un qui est attaqué, un, il faut identifier les agresseurs et les condamner. Deux, il y a la question également de la protection des missions diplomatiques. On a une mission quasi-diplomatique. Et puis, trois, il y
a
la question, et le droit international,
c
'est clair, de la colonisation, de la présence de colonies en Cisjordanie. Et là, je pense que le droit international, depuis la Convention de Genève jusqu'à récemment la Cour européenne de justice, est clair.
Avec de vraies questions de sécurité, quand même, qu'il faut
prendre en compte. Merci. Je vais faire revenir pour
cette question-là.
Mais ce sera
l'occasion d'une prochaine interview. Merci Bruno
Flux d'avoir
répondu aux questions de Radio-G.
Et
à très bientôt. Merci David. Demain, votre invité sera Amine El Khatmi, fondateur et ancien président du Printemps Républicain.
Bruno Fuchs