Sylvain Berrios - Le Barbier du matin du 02/07/24
Audio original de l'émission.
Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.
Sylvain Berrios, bonjour. Bonjour. Et bienvenue, vous êtes maire de Saint-Maur-des-Fossés, vous êtes candidat dans la première circonscription du Val-de-Marne. Vous êtes bien placé, puisque vous étiez en triangulaire, mais Frédéric Descrozailles, le député sortant qui était Renaissance Modem UDI, se retire en votre faveur. Vous avez l'étiquette LR et Horizon pour affronter le candidat Front Populaire qui est un LFI, M. Loufoque. Donc vous ne serez plus maire si vous êtes député. Il y a le cumul qui va s'appliquer.
Il y a un cumul qui s'applique, mais je resterai non moins au Conseil Municipal de Saint-Maur.
Bien sûr, il faut rester vigilant. Comment peut-on être LR Horizon dans cette élection ? D'où vous vient cette double identité ?
D'abord, c'est une question de conviction. On doit avoir un peu plus large rassemblement républicain. Et ceux qui ont les mêmes valeurs doivent se rassembler. Et j'ai proposé de le faire dès le premier tour. Et puis aussi, c'est une histoire plus personnelle avec Edouard Philippe, que je connais depuis très longtemps.
Ce n'est pas un traître pour vous, parce que chez LR, on nous dit que c'est un traître. Il est parti en 2017.
Oui, on peut continuer à s'invictiver longtemps. Je ne sais pas qui les traite, qui les pas traite. Ce que je sais, c'est qu'Edouard Philippe, lorsqu'il a eu à gérer la crise Covid, on ne peut pas considérer qu'il l'ait mal fait. Il a bien travaillé. Et que les deux premières années où il a été Premier ministre, on peut considérer qu'il a fait exactement ce que les LR auraient dû faire. Donc, à un moment donné, il faut être raisonnable. Et si on veut avoir un grand rassemblement républicain, il faut quand même commencer par quelque part. Et moi, je considère qu'Edouard Philippe fait partie de ceux qui peuvent reconstruire.
Et Gérard Larcher, qui est d'ailleurs venu me soutenir la semaine dernière, appelle lui aussi de ses voeux à un grand rassemblement. Et je pense que c'est ça qui est important.
C'est-à-dire que LR a perdu sur sa droite avec l'aventure Ciotti vers le RN. LR peut récupérer sur sa gauche, vers le centre droit, vers ceux qui sont partis chez Macron.
Oui, on peut toujours essayer de tenter des calculs arithmétiques. On peut aussi se poser un peu de façon moins cynique en se disant qu'on a des valeurs communes qui sont le refus de l'antisémitisme, qui sont aussi un pays en ordre, l'ordre d'un compte public, l'ordre de l'Assemblée nationale. On n'est pas obligé d'avoir des purs calculs cyniques arithmétiques au moment d'une élection législative aussi importante soit-elle. Et je dirais même qu'au moment d'une élection législative importante, je crois important qu'on se retrouve derrière des valeurs qui sont fortes. Et ne pas tout mélanger, ça crée de la confusion, ça crée aussi beaucoup de frustration.
Et je pense que les Français ne sont dupes de rien. Et de ce cynisme permanent, que ce soit cet extrême gauche qui est antisémite, et qui ne veut pas le pouvoir, qui veut juste le chaos. Mélenchon veut le chaos. Il ne veut pas le pouvoir, il veut le chaos. D'autre côté, vous avez une extrême droite qui, eux, veut le pouvoir pour précisément faire tout son programme, rien que son programme, sans aucune ouverture. Il ne faut pas se tromper. Il ne faut pas se tromper. Et le bloc du rassemblement républicain doit exister parce qu'il a des valeurs qui sont les siennes et qui ne sont pas celles des extrêmes.
Mais pourquoi ce rassemblement n'a-t-il pas été possible avant le premier tour ? On pouvait se répartir les circonscriptions entre LR et majorité sortante.
Ce qui n'a pas été possible depuis 2017, c'est-à-dire un grand rassemblement républicain, ne se fait pas en l'espace d'une semaine parce que le président a décidé un soir de dissous de l'Assemblée nationale pour créer une crise politique.
Il y a eu deux ans, deux ans à l'Assemblée où vous auriez pu tomber d'accord. Les retraites, Marlex et Sioti avaient promis, ça a capoté. Qu'est-ce qui a raté ?
Qu'est-ce qui a raté ? C'est que les uns et les autres n'ont pas su prendre leur responsabilité. D'une part, le président de la République qui n'a pas su tendre la main pour une coalition. Je crois que c'était ça qui était important. Il a choisi le débauchage et la coalition. Et puis les LR, on l'a vu, en réalité, une partie n'était d'accord sur rien. Moi, je pense que la responsabilité des uns et des autres est grande. Et que s'ils avaient, s'ils étaient un peu inspirés des îles locaux, des maires comme je suis, et de leur capacité à gérer leur commune avec des coalitions beaucoup plus grandes et beaucoup plus larges, on s'en porterait mieux. Nous, les maires, on sait faire ça.
Et je pense que c'est aussi un message qu'on doit envoyer à l'Assemblée nationale.
Et c'est ce qui fait qu'au soir du premier tour, ça a été si rapide et si élégant entre Frédéric Descrozailles et vous ? Absolument. C'est une primaire, ce n'était pas une guerre au premier tour.
La campagne a été digne. Ça a été effectivement une primaire. Je suis arrivé en tête et à la minute où je suis arrivé en tête, Frédéric Descrozailles m'a soutenu. D'ailleurs, c'est une décision courageuse, mais c'est une décision de responsabilité. Et j'avais pris dire presque naturel. Il y a des choses qu'on ne fait pas. Je suis désolé. Le chaos de LFI, le chaos promis par LFI, n'est pas du tout ce que nous souhaitons. Moi, je suis dans une triangulaire, entre les deux extrêmes. Je suis désolé. Notre conscription, je pense que la France ne ressemble pas à un choix entre deux extrêmes. Ce n'est pas vrai.
Le Val-de-Marne commence à ressembler à ça. Terre LFI avec des élus dès le premier tour et poussée du RN.
Poussée du RN, relatif en petite couronne. Grosse poussée, effectivement, du LFI. Effectivement, nous, on a Val-de-Marne. On a Louis Boyard comme député, Rachel Eckeké, Mathilde Panot. On a à peu près tout ce qui se fait de mieux. Clémence Guetté, chez vous aussi. Clémence Guetté, tout ce qui se fait de mieux dans l'extrême LFiste. C'est un département qui est aujourd'hui soumis aux joues mélenchonistes. Eh bien, je crois qu'il faut combattre ça. Ce n'est pas que je crois. Il faut combattre ça. Et il ne faut pas se tromper. On a une extrême gauche, en tout cas dans le Val-de-Marne, c'est une extrême gauche qui a montré son antisémitisme sans aucune ambiguïté. Ce n'est pas acceptable.
Mais pas uniquement ça. C'est aussi une catastrophe. Ce serait une faillite française. N'oublions pas, par exemple, que dans le programme de LFI, et ça, il faut quand même que chacun le sache, les 250 milliards promis de dépenses sont gagés sur une hausse progressive de la CAG. Bon, la CAG est payée par tout le monde, y compris par les plus fragiles. Il faut quand même que chacun le sache.
Désistement ne veut pas dire ralliement. C'est ce que dit Gabriel Attal quand il appelle à faire échec au RN partout par des désistements systématiques, y compris quand des LFI peuvent gagner. Il dit bien, ça ne veut pas dire ralliement. Et c'est vrai que le RN peut avoir la majorité absolue, pas LFI. Donc 10 députés LFI de plus pour empêcher une majorité absolue de RN, ça peut paraître un calcul raisonnable.
Mais encore une fois, arrêtons de calculer. Comment peut-on imaginer comment Gabriel Attal peut soutenir de façon indifférente des candidats LFI ou de nouveau Front Populaire ? Toutes choses ne sont pas égales par ailleurs. Ce n'est pas pareil de soutenir, je ne sais pas moi, Jérôme Getsch par exemple, que de soutenir Louis Boyard dans Val-de-Marne. Ce n'est pas pareil. On a 577 ces conscriptions. Ce n'est pas un hasard. Notre constitution est ainsi faite qu'on choisit aussi des hommes et des femmes pour aller à l'Assemblée nationale. Et le profil des hommes et des femmes doit être étudié avant un désistement.
Le désistement ne peut pas être sans aucune ambiguïté pour tout le monde de façon différente. Il y a des choses qui sont inacceptables.
On peut faire quelques exceptions type François Ruffin ?
Mais François Ruffin va être élu avec les voix de la Macronie. Ce n'est pas un LFI... Il y a quand même un sujet. Il y a un sujet. Quelles sont les valeurs que nous partageons avec François Ruffin ? Qu'est-ce que nous partageons ? Enfin, encore une fois, arrêtons ce cynisme permanent à offrir aux Français. Moi, je pense que la sanction et la vraie sanction que les Français vont apporter, c'est en votant d'ailleurs pour les extrêmes lorsqu'ils ont à voter pour les extrêmes. C'est parce qu'ils en ont marre qu'on les prenne pour des perdres de l'année.
C'est-à-dire que selon vous, les consignes de vote ne seront pas suivies par les électeurs ? Ce n'est pas parce qu'on retire un Renaissance en disant qu'il faut faire élire un LFI que les électeurs vont suivre ?
Ah oui, moi, je pense que les électeurs ont leur conscience et ont aussi des valeurs. Et que les côtés très partisans, on est capable du jour au lendemain de changer de valeur. C'est possible pour personne et c'est bon pour personne.
Que penser quand on entend Louis Boyard dire que Simone Veil n'aurait pas la main qui tremble ? Sous-entendu, elle voterait LFI plutôt qu'URN.
Oui, alors ça, que Louis Boyard évite de parler de Simone Veil. Moi, j'ai siégé la démocratie chrétienne dans un parti et à côté de Simone Veil. Que j'ai connu. Elle est venue à sa mort, d'ailleurs, plusieurs fois où je l'ai rencontré. Louis Boyard, qu'il arrête de parler à la place de Simone Veil. Sa main n'aurait pas tremblé. Madame Veil, sa main, aujourd'hui, nous manque. Et arrêtons. Louis Boyard, je vais dire, ne peut pas. Les antisémites ne peuvent pas parler à la place de Simone Veil. Ce n'est pas possible. C'est écœurant. Et c'est exactement ce que je pense que les Français reprochent.
Et lorsqu'on a, aujourd'hui, des extrêmes qui, parfois, se rejoignent, regardez ce qui s'est passé, Rima Hassan qui retweet des tweets d'Alain Soral, on voit bien que les extrêmes se rejoignent quelque part. Et moi, je pense que Simone Veil aurait relevé ça plutôt que de ce que dit Louis Boyard dans ses délires extrémistes et chaotiques.
Rima Hassan à côté de Jean-Luc Mélenchon, dimanche soir, le kéfier sur les épaules, quel signe ça ? C'est une provocation supplémentaire.
Jean-Luc Mélenchon ne veut pas le pouvoir, il veut le chaos et démontrer toujours plus, instrumentaliser toujours plus le conflit au Moyen-Orient, le conflit avec Israël. Il a choisi, dès le départ, de soutenir et de ne pas condamner Hamas. C'est son choix. Mais les Français doivent le savoir. Et les Français doivent savoir que c'est une stratégie cynique où ils espèrent progresser sur cet antisémitisme latent. En France, notre allié, c'est Israël. Sauf si quelqu'un veut remettre en cause nos accords géopolitiques. Mais Israël est un pays allié. On lui doit la solidarité.
Alors si vous êtes député, dimanche soir, vous allez arriver dans une assemblée où il n'y aura peut-être aucune majorité possible. Alors qu'allez-vous faire ? Ça sera quoi un député sans majorité ? Vous servirez à quoi ?
Il faudra réinventer une façon de gouverner, celle qu'on appelle de nos voeux d'ailleurs, avec Édard Philippe, avec Gérard Larcher, avec tout ce front républicain que l'on essaye de construire. Je pense que la première chose que nous devons faire, c'est tenter d'apaiser. Et j'espère que les grandes voix à l'Assemblée nationale, en tout cas moi j'y appartirai la mienne, feront en sorte d'apaiser les choses. Ça c'est la première chose. Et puis la seconde chose, c'est qu'on peut s'interroger d'alors sur notre cinquième République qui crée finalement une situation inédite. Là on voulait une stabilité. On se retrouve avec une situation de proportionnel dans le cadre d'un scrutin majoritaire.
Tout ça est un peu compliqué.
Ça veut dire qu'elle est morte cette cinquième République, qu'on est arrivé à l'épuisement ?
Je pense que l'exercice du pouvoir par Emmanuel Macron a profondément perverti le système politique des institutions. Et notamment le fait qu'il veuille être à la fois président, premier ministre, député, maire et conseiller départemental, et donc s'occuper de tout et de rien, a conduit à une situation aujourd'hui chaotique.
Dois-je en déduire que dans votre pensée, on ne sortira de cette situation que par la démission du président, si on ne trouve pas de solution pour piloter le pays ?
Je pense que la responsabilité du président devrait être engagée d'une façon ou d'une autre, oui.
C'est-à-dire engagée par un référendum, par où il remettrait son mandat en jeu, en disant voilà je démissionne si vous ne me donnez pas une majorité à la prochaine dissolution ?
La situation au soir du 7 juillet, s'il n'y a pas de majorité absolue, c'est un an erratique. Les affaires courantes ? Les affaires courantes, c'est un an erratique. Que va-t-on faire pendant cette année ? Cette année-là, à quoi va-t-elle servir ? Est-ce que le président sera capable de définir un cap pour le pays ? Et avec qui ? Ça va être les premiers enjeux, les premiers pas. Et si on ne trouve pas de cap d'ici, alors les Jeux Olympiques vont avoir lieu, mais si on ne trouve pas de cap d'ici fin décembre, c'est-à-dire la fin de l'année, la question du maintien du président de la République se posera naturellement.
On peut imaginer un vieux sage nommé Premier ministre, qui n'a pas de majorité pour appliquer sa politique, mais qui n'a pas non plus de majorité contre lui, c'est-à-dire pas de motion de censure, où il y aurait Eren et LFI votant pour le faire chuter.
Oui.
Un Gaston Doumergue, vous voyez.
Alors, oui, de toute manière, il y aura un Premier ministre, il y aura un Président de l'Assemblée nationale, et il faudra composer avec les uns et les autres. Donc là aussi, ça ne sert à rien aujourd'hui de s'invectiver jour et nuit, et de radicaliser et de bordéliser, pour reprendre un propos de Président de la République, le débat. Il y aura un Premier ministre, il y aura un Président de l'Assemblée nationale, et l'ensemble devra s'entendre pour avoir au moins un agenda parlementaire qui permette d'avancer.
On a quand même aujourd'hui une France qui est en quasi-faillite, et il nous faudra probablement un budget rectificatif assez rapidement, et à tout le moins un budget à la fin de l'année. Donc réfléchissons bien à nos choix, et moi je pense que dans ce climat de passion, il y a une voie aussi pour la raison.
Si le RN plus Ciotti, ça fait 280 députés, il leur en manquera d'un 10, ils vont venir voir les LR en disant, écoutez, venez avec nous, on vous fait des concessions. On vous fait des concessions sur le programme, on vous donne des ministères, on cogère.
C'est audible ça ? Et on nous donne des ministères, on cogère, tout ça, et tout ça n'a pas de sens. Encore une fois, ce qui est important, et la première chose qui est importante à mon avis, au lendemain du 7 juillet, c'est d'apaiser le pays. Ce n'est pas de distribuer des Marocains pour faire taire tel ou tel, et espérer avoir un programme radical. S'il n'y a pas de majorité, à ce moment-là, ça signifie que les Français auront fait le choix d'une voie médiane, donc d'un nouveau chemin. Sylvain Berrios, candidat dans la première circonscription
du Val-de-Marne, merci et bonne journée. Merci Christophe, merci. Merci beaucoup Christophe, on vous retrouve demain matin dès 7h05, et également à 7h45. 7h45, votre invitée sera Nicole Belloubet, ministre de l'Éducation nationale et de la jeunesse.
Sylvain Berrios