L'invité d'Apolline Matin : Vincent Jeanbrun - 01/04
Audio original de l'émission.
Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.
Vous écoutez RMC. Sur RMC et sur RMC, sorry, les locataires mauvais payeurs, bientôt assimilés à des squatteurs. C'est l'une de vos propositions pour rassurer les propriétaires. Vincent Jambrun, bonjour. Vous êtes le ministre de la Ville et du Logement. On va y venir dans un instant, mais je voudrais quand même vous poser une question sur ce qu'on a appris cette nuit. Une électrification accélérée du pays en réponse à cette crise et à cette dépendance des hydrocarbures. Le Premier ministre vous a, semble-t-il, demandé aux uns et aux autres de plancher sur la question et de voir ce que vous pouviez faire. Vous, question logement, quelles seraient les pistes que vous pourriez envisager ?
Il faut faire de cette crise une opportunité. Cette crise, elle nous rappelle qu'on est très dépendant à des énergies fossiles. Ce n'est ni bon pour notre économie, ni bon pour notre souveraineté, ni bon pour la planète. Donc, occasion prise pour passer à l'électrification. Évidemment, chaque ministre, dans son volet de compétences, travaille à des propositions. Moi-même, en tant que ministre du Logement, on travaille à cibler toutes les aides qui sont aujourd'hui disponibles à la rénovation, par exemple, vers l'électrification.
Ça veut dire aussi bien du chauffage électrique tel qu'on l'imagine classique, mais aussi remplacer sa chaudière à énergie fossile par ce qu'on appelle des pompes à chaleur air-eau, qui vont chauffer de l'eau pour vos radiateurs historiques. Ça, c'est pour tout le monde. Et puis, on a un énorme plan, et je veux les remercier avec les bailleurs sociaux, qui vont vraiment se mettre à la tâche pour que, d'ici très peu de temps, dans quelques années, on ait remplacé tous les systèmes de chauffage, soit par des chauffages urbains, soit par du chauffage électrique.
Remplacer tous les chauffages au gaz par de l'électrique ?
Chez les bailleurs sociaux, c'est le plan qu'on va pouvoir mettre en œuvre avec eux, et c'est l'incitation qu'on va essayer de porter pour tous nos concitoyens, pour qu'ils puissent avoir des systèmes plus vertueux, plus économiques.
Une question encore sur ce plan pour aller vers plus d'électrification. On le sent bien, un des freins, et on l'entend beaucoup avec nos auditeurs, pour passer à la voiture électrique, là pour le coup, c'est aussi la question des recharges. Or, dans le logement collectif, c'est parfois difficile de réussir à faire installer des bornes dans le parking. Est-ce que vous avez une réponse à apporter à ça ?
En tout cas, on va travailler là-dessus, parce que vous avez raison, c'est un point crucial. Et donc, je vais évidemment réunir à la fois les représentants des maires, parce que, vous savez, il y a aussi la capacité de se recharger dans l'espace public, et beaucoup de municipalités mettent en place des bornes. Et puis, ce que vous évoquez à l'intérieur des logements, avec quelques difficultés, vous vous en doutez sur comment on crée du compteur individuel, mais des solutions existent, et on va pousser des solutions dans les logements neufs, et si possible, dans les copropriétés anciennes.
Alors, venons-en au logement, même si d'ici là, si des auditeurs nous appellent, évidemment, je voudrais pouvoir leur donner la parole. Mais c'est la fin de la trêve hivernale, depuis 6 heures, ce matin. Assimiler les mauvais payeurs à des squatteurs, pour faciliter les expulsions, c'est la solution à vos yeux ?
La solution, c'est de faire en sorte que ceux qui rentrent illégalement dans un logement soient effectivement considérés comme des squatteurs. Ce n'est pas le cas, ça a d'ailleurs été rappelé par Louis Sarkozy sur votre antenne il y a quelques jours. Aujourd'hui, vous rentrez légalement en Airbnb, par exemple, au bout de 48 heures, vous êtes considérés comme ayant un bail en bonnet du forme, et donc une longue procédure d'expulsion. Ça, ce n'est plus possible. On doit considérer effectivement que vous êtes un squatteur.
Ça veut dire quoi ? Vous allez pouvoir intervenir tout de suite ?
Grâce au ministre de l'Intérieur qui présente un texte riposte, il y a un volet de lutte contre le squat. Quelqu'un qui est rentré, même s'il est rentré avec les clés, à partir du moment où il n'a pas eu de bail signé avec le propriétaire, il va être considéré sans droit ni titre et donc expulsable immédiatement. Ça a été vraiment incompréhensible pour nos concitoyens. Vous trouvez des clés par terre, vous rentrez dans un appartement, vous vous y maintenez 48 heures. Aujourd'hui, on ne peut plus vous considérer comme un squatteur. Ça sera changé demain.
C'est une sorte d'angle mort, en fait.
C'était clairement un angle mort de la loi de Guillaume Casabarian, mon prédécesseur, qui avait fait énormément avancer la cause de la lutte contre le squat. Il y avait ce petit angle mort. On va le changer et on va améliorer les choses. Et ensuite, vous avez la question des impayés. Et la question des impayés, on le voit, elle nécessite d'accompagner mieux les locataires fragiles. Et là-dessus, ma prédécesseur Valérie Létard avait commencé un plan d'accompagnement que je souhaite poursuivre. Et puis, vous avez, parmi les personnes qui sont en difficulté pour payer leur loyer, des gens honnêtes.
Et de l'autre côté, des gens qui manipulent le système et qui, très régulièrement, vont jouer sur la trévis vernale, vont être mauvais payeurs de manière régulière.
Et eux, vous allez les cibler comment ?
Et là, l'idée, c'est de lancer une mission avec des économistes et des professionnels du droit pour pouvoir rapidement avoir des propositions législatives qui permettent de sécuriser les propriétaires. Parce que, dans notre pays, vous avez beaucoup de propriétaires extrêmement modestes qui comptent sur le petit loyer d'un petit appartement qu'ils ont mis toute une vie à acheter pour pouvoir compléter la retraite, pour pouvoir payer eux-mêmes leur niveau de vie qui, encore une fois, est bien souvent modeste. Eh bien, ces propriétaires, il faut aussi les protéger. Et pourquoi c'est important ? Parce que sinon, ils ne vont plus investir dans le logement.
Au mieux, s'il y a un appartement, il va partir sur du meublé touristique type Airbnb où, tout simplement, on ne met plus son économie dans le logement.
Et c'est évidemment, ensuite, la question de la crise du logement.
Donc, on ne loge plus les gens. Donc, c'est gagnant pour tout le monde de protéger les petits propriétaires.
Est-ce que vous êtes un bourreau de locataires ? L'expression « bourreau des locataires », c'est l'association droit au logement qu'il a utilisée pour vous qualifier, vous, Vincent Jambrun, après avoir appris que les expulsions avaient été multipliées par deux en dix ans ?
Alors, moi, je suis ministre depuis octobre. Donc, je ne me sens pas responsable de ce qui s'est passé depuis dix ans. Mais, ceci dit, à la fois, il y a une responsabilité de la part du gouvernement et de tout ce pays, de dire comment on accompagne les ménages les plus fragiles. On parle, et vous parlez beaucoup à cette antenne, de l'explosion des prix de l'énergie, par exemple. Bien sûr que ça fragilise des ménages. Il faut qu'on puisse être dans une logique d'accompagnement avant, justement, qu'il soit trop tard et que les familles soient en un pays. Ça, c'est une chose. Pour le reste, il y a des droits en France. Il faut les respecter.
Et les propriétaires ont le droit d'avoir l'usufruit du bien qu'ils ont mis en location. Et donc, il faut trouver le point d'équilibre pour faire en sorte que les locataires soient mieux accompagnés et les propriétaires, le protégés.
Et justement, vous savez quoi, pendant que vous vous exprimiez ? José nous a appelé au 3216 depuis Vitry, le François dans la Marne. Bonjour, José.
Oui, bonjour.
José, soyez le bienvenu. Vous nous appelez. Vous vouliez, je crois, interpeller le ministre parce que vous-même, vous êtes victime de squatteurs, c'est ça ?
Un squatteur, ce n'est pas vraiment un squatteur. En fait, j'ai un locataire, moi, depuis 5 ans, 5-6 ans, à qui je loue une maison. Et là, ça fait 5-6 mois qu'il ne me paye plus de les loyers. Qu'il ne vous paye plus de les loyers ? Pas plus du tout, non. Donc, j'ai été le voir. On essaie de le contacter, il ne répond pas. Ou alors, quand j'ai réussi à le voir la semaine dernière, c'est un peu fâché tous les deux, forcément. Il vous dit quoi ? Il dit qu'il n'a pas de boulot. Pour lui, c'est normal. Donc, moi, face à ça, je ne sais plus quoi faire parce que là, je lui dis, on a entamé une procédure avec mon épouse. On a été voir un huissier.
Mais l'huissier nous a dit que ça pouvait durer deux ans. Donc, ça veut dire que ce mec, ça peut durer deux ans. Donc, ce mec-là, il va rester chez moi, ça se trouve, pendant deux ans, sans payer de loyer.
Monsieur le ministre. Bonjour, d'abord. C'est évidemment inacceptable et incompréhensible parce que, je ne sais pas si monsieur a un crédit à la banque, mais la banque, elle va continuer à prélever le propriétaire. Et vous risquez d'avoir un propriétaire qui se retrouve lui-même dans une situation financière extrêmement grave, interdit peut-être Banque de France parce qu'il a eu un locataire indélicat. Deux ans, c'est inentendable. C'est inentendable. Il peut faire quoi ? À ce stade, malheureusement, ce que lui a dit son avocat, c'est vrai, c'est qu'on a entre deux ans et trois ans de procédure.
Surtout avec des systèmes où vous avez des locataires qui se remettent à payer un ou deux mois et ce qui va décaler encore plus la procédure. Donc, il faut évidemment qu'on puisse durcir la loi. C'est pour ça que je lance cette mission qui doit être une mission extrêmement sérieuse parce qu'on ne rentre pas avec l'idéologie dans ce sujet-là. Il faut trouver le point d'équilibre entre la protection du locataire et le propriétaire.
José, vous touchez combien de loyer ? C'était combien ? C'est combien de loyer ?
Là, il doit être à un peu plus de 700 euros de loyer pour une maison qui fait 140 mètres qu'au.
700 euros, normalement, ils vous payent 700 euros par mois.
Et vous avez un crédit là-dessus ? 100 euros ? Vous avez un crédit ? Là, je n'ai plus de crédit, mais bon, j'ai l'argent quand même m'aider à subvenir aux besoins de mes enfants qui font des études parce que j'ai deux filles qui sont encore en études, donc moi, ça me permet de payer les loyers de mes enfants.
Donc vous, c'est votre manière d'avoir mis de l'argent de côté aussi pour pouvoir effectivement payer les études de vos enfants. José, merci de votre témoignage. Courage à vous pour la procédure. Et merci, monsieur le ministre, d'avoir répondu à mes questions et à celle de José, Vincent Jambrun, ministre de la Ville et du Logement. Merci à vous.
Vincent Jeanbrun