INTÉGRAL | Monique Barbut: état des lieux de la sécheresse
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« Fin juillet, la situation a été équivalente à celle observée mi-août 2022 qui est notre ancien record. »
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« Sur les petits cordeaux, 43 % d'entre eux, soit près de 1370 cours d'eau, présentent des ruptures d'écoulement et des assècs. »
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« La quasi totalité des nappes sont en baisse et 60 % des points de suivi affichent des niveaux inférieurs au normal date relevé au 15 juillet. »
- 5:53Invité politiqueChiffre
« Pour plus de 40000 personnes, la sécheresse se traduit déjà par des coupures d'eau au robinet. »
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« La sécheresse de 2022 avait déjà représenté 5,6 milliards d'euros de coût direct et indirect. »
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Depuis le début de l'été, j'ai déjà réuni à trois reprises le comité national d'anticipation et de suivi hydrologique. Et si j'ai souhaité vous réunir aujourd'hui dans un autre format qui associe les préfets, les opérateurs nationaux et l'ensemble des services concernés, c'est parce que nous faisons face à une situation exceptionnelle qui appelle une mobilisation exceptionnelle. La sécheresse que connaît notre pays est désormais installée. Elle a été précoce, elle est généralisé et elle est durable et particulièrement intense. Elle affecte l'ensemble du territoire, l'ensemble des compartiments de la ressource en eau et l'ensemble des usages.
Et chacun le sait, ces conséquences ne s'arrêteront pas avec la fin de l'été. Elles se poursuivront jusqu'à la recherche automonnale avec des impacts durables sur l'alimentation en eau potable, l'agriculture, l'industrie, la biodiversité et les équilibres de nos territoires. Jusque-là, cette sécheresse continuera également de favoriser le départ et la propagation des incendies. Nous devons regarder cette situation avec lucidité, agir avec responsabilité et préparer dès aujourd'hui les réponses de demain. L'été 2026 constitue déjà un épisode de référence. Pourtant, l'hiver avait permis une recharge relativement satisfaisante sur une grande partie du territoire.
Nous pouvions espérer aborder l'été dans des conditions plus favorables, mais la dynamique s'est rapidement inversée. Le printemps a été insuffisamment arrosé avec un déficit particulièrement marqué au mois d'avril. À cela se sont ajoutés des températures exceptionnellement élevées dès le mois de mai, puis plusieurs épisodes caniculaire successif en juin, en juillet et à nouveau cette semaine au mois d'août. Cette succession de vagues de chaleur a profondément accéléré l'évapu transpiration des sols, augmenter les besoins en eau de la végétation et provoquer une baisse rapide des débits des cours d'eau comme des niveaux des nappes.
Nous sommes ainsi entrés en période d'étiage plusieurs semaines plutôt que la normale. Aujourd'hui, plusieurs indicateurs hydrologiques retrouvent des niveaux comparables aux grandes sécheresses de référence que notre pays a connu, que ce soit en 1976 ou en 2022. Cette situation confirme une réalité que nous observons désormais année après année. Le changement climatique modifie profondément le cycle de l'eau en France. Il ne s'agit plus d'événements exceptionnels qui surviendrai une fois par génération. Ces épisodes deviennent plus fréquents, plus précoce, plus longs et plus intense. Et cette dégradation est visible partout. Elle est d'abord visible dans les sols.
En conséquence du manque de pluie combiné à des températures élevées, la sécheresse des sols continue de s'intensifier sur l'ensemble du pays. Fin juillet, la situation a été équivalente à celle observée mi-août 2022 qui est notre ancien record. La quasi totalité du territoire est désormais en situation de sécheresse. Début août, 65 % du territoire est marqué par une sécheresse se produisant en moyenne une année sur 25. Le reste du territoire est marqué par une sécheresse quinquenal à décennal. Elle est également visible dans les cours d'eau. Les débits ont chuté rapidement sous l'effet des fortes chaleurs.
Sur les petits cordeaux, 43 % d'entre eux, soit près de 1370 cours d'eau, présentent des ruptures d'écoulement et des assècs. C'est la situation la plus critique jamais observée à cette période qui dépasse celle de la sécheresse de 2022. Toutes les régions sont concernées. Les situations les plus préoccupantes restent le long d'un axe allant de la vendée à la région grand est mais qui s'étendent désormais à la partie centrale du sud de la France. Enfin, les nappes fréatiques sont-elles aussi engagées dans une baisse généralisée. La quasi totalité des nappes sont en baisse et 60 % des points de suivi affichent des niveaux inférieurs au normal date relevé au 15 juillet.
La situation est disparate selon les régions, mais les dégradations les plus préoccupantes sont observées dans les les nappes du socle limousin et côte des bar. Autrement dit, très peu de territoires sont aujourd'hui épargnés et cette situation pèse déjà lourdement sur nos concitoyens, notre économie et nos écosystèmes. La première de notre de nos priorités demeure évidemment l'alimentation en eau potable qui est déjà sous tension dans plusieurs territoires, plus précisément aujourd'hui dans 50 départements français. Cela signifie que pour plus de 40000 personnes, la sécheresse se traduit déjà par des coupures d'eau au robinet.
La semaine dernière, l'approvisionnement de plus de 550000 habitants étaient ainsi considérés comme étant en tension et l'approvisionnement de près de 3 millions d'habitants placés en vigilance. Cette sécheresse frappe également de plein fouet plusieurs secteurs économiques. Je pense naturellement au monde agricole confronté à des besoins d'irrigation croissants alors que la ressource disponible diminue. Je pense aussi à certaines activités industrielles fortement dépendantes de l'eau comme l'agroalimentaire, la navigation fluviale ou encore la production d'énergie qui nécessite une vigilance permanente.
Nos infrastructures sont elles aussi concernées et là en particulier les installations de production électrique qui doivent concilier les impératives de sûreté, de refroidissement et de préservation des milieux aquatiques. Enfin, et je veux insister sur les conséquences pour notre patrimoine naturel et notre biodiversité. Les milieux naturels ainsi que la faune et la flore qui les abritent sont soumis à un stress sans précédent. La sécheresse aggrave les souffrances déjà liées aux chaleurs avec derrière aussi un risque pour les population car la sécheresse est aussi un facteur aggravant pour les feux de forêt. Face à cette situation, les services de l'État sont pleinement mobilisés.
Et je veux ici remercier les préfets, les Dréal, les DDT, les agences de l'eau, le BRGM, Météofrance, l'OFB, l'ONF, les services de sécurité civile ainsi que l'ensemble des opérateurs mobilisés depuis plusieurs semaines. À ce jour, toutes les régions sont désormais en niveau crise sur toute ou partie de leur territoire, y compris les Haut de France qui ne l'étaient pas la semaine dernière et toutes les régions font l'objet de mesure de restages de l'eau. Elles concernent par exemple l'irrigation agricole, l'arrosage des jardins ou certains usages industriels. Et là, je souhaiterais être parfaitement clair. Les arrêtés sécheresses ne sont pas des mesures symboliques.
Ils constituent un outil essentiel de protection de la ressource. Ils doivent être pris dès lors que les seuils réglementaires sont atteints. Ils doivent être adaptés à la réalité hydrologique des territoires et ils doivent être appliqués avec rigueur. J'appelle chacun des préfets à poursuivre cette mobilisation avec détermination. Les contrôles doivent être renforcés, les restrictions doivent être respectées. Les dérogations doivent demeurer exceptionnel, strictement justifié et pleinement compatible avec la préservation de la ressource. Il y va de notre crédibilité collective, il y va aussi de l'acceptabilité des efforts demandés à nos concitoyens.
Mais cette réunion aujourd'hui ne peut pas être seulement celle de la gestion de l'urgence, elle doit être aussi celle de l'anticipation. Le changement climatique bouleverse durablement notre rapport à l'eau. Les projections montrent que les épisodes de sécheresse seront plus fréquents, plus longs et plus sévères au cours des prochaines décennies et nous devons donc adapter nos politiques publiques. Cette adaptation repose d'abord sur un principe simple. Chaque goutte d'eau compte. La sobriété devra devenir notre premier réflexe. Cela vaut pour les particuliers, les collectivités, l'agriculture, l'industrie. Nous devons également mieux partager la ressource entre les usages.
L'eau potable restera toujours notre première priorité. Mais les arbitrages doivent être préparés en amont dans un cadre transparent, fondé sur la connaissance scientifique et construit avec les territoires. Nous devons également poursuivre le développement des solutions de stockage lorsqu'elles sont pertinentes, adaptées aux réalités locales et inscrites dans une gouvernance partagée. Le stockage ne constitue pas une réponse unique. Il est un outil parmi d'autres. Il doit toujours s'accompagner d'efforts de sobriété, de restauration des milieux et d'amélioration de l'infiltration naturelle de l'eau.
Nous devons également accélérer le développement de la réutilisation des eaux usées traitées. Notre pays est en retard sur ce sujet avec seulement 1 % de nos eau usées, traitées, réutilisé en France. Quand l'Espagne par exemple, on réutilise déjà 15 %. Il faudra aussi envisager des investissements structurel. Lors de ma visite avec le préfet du Var en juillet sur les zones touchées par les feux de forêt, j'ai pu par exemple constater que les services du 10 peinaient à trouver l'eau nécessaire. Et j'en profite d'ailleurs pour remercier les agriculteurs et les vignerons qui ont donné leur eau de stockage.
Mais il est clair que des investissements structurels devront être mis en œuvre comme par exemple la liaison permienne d'Ivard bleu qui est en fait l'extension du canal de Provence dans le haar. Enfin, la qualité de l'eau constitue une composante essentielle de notre sécurité hydrique car une eau polluée devient une eau indisponible. Et donc préserver la qualité de la ressource, c'est aussi augmenter durablement notre capacité à répondre aux besoins des populations. Enfin, les conséquences économiques du changement climatique sont désormais considérables.
La sécheresse de 2022 avait déjà représenté 5,6 milliards d'euros de coût direct et indirect et cela ne prenait pas en compte les coûts socio-économiques liés à la baisse de productivité, la baisse du tourisme, les coûts en santé. La facture en 2026 est difficile à estimer à date car l'épisode n'est pas terminé mais sans nul doute sera bien supérieur à 2022 car la canicule a été plus longue et plus intense. L'étendue des feux de forêt et de la baisse de la production agricole bien plus importante.
On peut estimer en tout cas c'est l'estimation de l'INC mais ce chiffre est à prendre avec beaucoup de précaution un chiffre de l'ordre de 10 à 15 milliards d'euros de coût direct et indirect de la cannicule de cet été. Bref, ces coûts vont s'accroître si nous n'adaptons pas nos politiques publiques. Nous devons donc changer d'échelle. Je pilote pour cela un travail sur l'accélération du plan national d'adaptation au changement climatique qui concernera tous les ministères et qui devrainement intégrer cette nouvelle réalité. Je ferai des propositions dès le début de l'automne au Premier ministre. La réunion d'aujourd'hui doit poursuivre trois objectifs.
D'abord, partager un diagnostic de la situation météorologique et hydrologique ainsi que ses conséquences sur la faune et la flore. Ensuite, faire le point sur les mesures de gestion mises en œuvre ainsi que les contrôles réalisés, les difficultés rencontrées et les besoins d'adaptation. Enfin, ce temps ensemble me permet d'annoncer trois mesures sur les arrêtés sécheresses et les contrôles, il est demandé au préfet de département tout d'abord de prendre sans délai les arrêtés de restriction conformément à l'accord 4 départemental une fois les seuils franchis.
forcé de constater que cette disposition rappelée dans l'instruction du 3 juillet dernier n'est pas appliquée avec la même diligence partout. L'application graduée des restrictions est en effet indispensable pour retarder l'occurrence des situations de tension et assurer un juste partage de l'eau, y compris pour une même catégorie d'usagers entre ceux qui sont à l'amont et à l'aval. Revoir ensuite les dérogations accordées à la baisse dans les plus brefs délis puisque la situation s'aggrave. Systématiser enfin la mise en œuvre de contrôle dans chaque département impacté en les priorisant via un plan de contrôle départemental des mesures de restriction.
Ce plan de contrôle établi par chaque préfet de département doit viser une logique d'efficacité en faisant en priorité des contrôles sur les sous-bassins les plus sensibles au regard de l'alimentation en eau potable. Vous ferez également des contrôles sur certaines pratiques très spécifiques à minima l'arrosage et l'irrigation en journée quels que soient les usages. Enfin d'organiser à minima une campagne de contrôle par semaine sur les secteurs bassin versant en crise ou en alerte renforcé en priorisant le cas échéant ceux sur lesquels l'alimentation en eau potable est en tension ou susceptible de le devenir.
Je souhaite que d'ici le 17 août et à fréquence hebdomadaire, les préfets de département signalent les unité de distribution d'eau potable mobilisant des solutions palliatives, citernage, bouteille d'eau et cetera ou susceptible de les mobiliser à court moyen terme. Les secteurs à enjeu prioritaire au potable ainsi identifiés permettront la mise en place d'un suivi renforcé au niveau national pour les plus problématiques. Un cadrage de l'exercice sera transmis d'ici la fin de la semaine. Enfin, fin octobre sera organisé un retour d'expérience de cet épisode afin d'améliorer notre capacité collective à anticiper les prochains été.
Par exemple, les arrêtés cadre sécheresse deviendront obligatoires dans tous les départements. Également, d'autres pistes structurelles pourront être étudiées dans ce cadre comme la réutilisation des eaux usées traitées. Je travaillerai aussi avec le ministre du logement, Vincent Jambrin, pour adapter la réglementation et le code de l'urbanise si besoin pour favoriser la récupération des eaux de pluie. et le stockage enterré d'eau de pluie chez les particuliers qui favorisent la prévention contre les retraits gonflement argiles et permet de lutter contre l'évaporation. Je vous remercie à tous de votre engagement, de votre mobilisation et de votre sens des responsabilité.
Monique Barbut