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DébatUnion Populaire Républicaine· 31 octobre 2018 158 minContradictoireActualité / polémiqueEurope & internationalInstitutions & électionsDéfenseÉconomie & entreprises

Débat n°1 : « La France va-t-elle disparaître ? » - François Asselineau & Emmanuel Todd

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Chapitres

Répartition du ton (temps de parole politique)

Propositif 46 %Attaque 39 %Défensif 14 %

Questions et réponses

Taux de réponse directe : 93 % (directe = 1, partielle = 0,5, éludée = 0)

  • 20:00OuverteRéponse directe

    La France va-t-elle disparaître ?

  • 40:00RelanceRéponse partielle

    Estimez-vous que la sortie de l'OTAN est un outil utile pour sauver la France ?

  • 1:00:00OuverteRéponse directe

    La présence de la France dans l'OTAN réduit-elle sa puissance ?

  • 17:30OuverteRéponse directe

    Afin d’aider la France à se redresser, faut-il se rapprocher des Anglo-Américains ?

  • 18:40RelanceRéponse directe

    Vous proposez de sortir de l’OTAN, mais pas de vous opposer au monde anglo-américain ?

  • 20:00OuverteRéponse directe

    Vous souhaitez que la France entretienne des relations avec les BRICS et la Russie, mais aussi avec les États-Unis. Est-ce compatible ?

Affirmations vérifiables (citations exactes)

  • 10:00François AsselineauFait
    « La France est en guerre et les Français ne le savent pas. »
  • 2:00François AsselineauFait
    « Je pense que, coup sur coup, le Brexit et l’élection de Trump resteront pour les historiens dans 50 ou 100 ans comme le début de la fin de la mondialisation. »
  • 8:00François AsselineauPromesse
    « Nous prendrons notre rang lorsque nous serons sortis de l’UE, de l'euro et de l'OTAN. »
  • 14:00François AsselineauFait
    « Nous ne sommes pas des europhobes, nous ne sommes pas non plus des souverainistes, nous sommes un mouvement de libération nationale. »
  • 16:00François AsselineauFait
    « En France, seul le peuple est patriote, les bourgeois ne le sont pas. »
  • 18:00François AsselineauFait
    « Le président de la République française est censé assurer l'intégrité du territoire. »
  • 30:00Emmanuel ToddFait
    « La Russie avait un système familial communautaire, très autoritaire, très égalitaire qui a permis l’émergence du communisme. »
  • 32:00Emmanuel ToddFait
    « Les valeurs de la France et d’Allemagne ne sont pas les mêmes et c’est pour ça qu’ils sont aussi organisés, si efficaces et qu’on est si sympas et si bordéliques. »
  • 0:15François AsselineauFait
    « la zone euro n'est pas du tout une zone où l'union fait la force. C'est une zone, je dirais, d'agression économique privilégiée. Donc tous les pays de la zone euro sont en guerre les uns contre les autres. »
  • 2:05PublicFait
    « En tant que personne qui a toujours habité dans des petites villes, je voulais parler du problème qui a été théorisé par Guilluy : la métropolisation et le fait que, bon, il y a des grandes villes qui deviennent tentaculaires et les petites villes qui sont en déclin prononcé. »
  • 4:10François AsselineauFait
    « la disparition des communes de France, la fusion au forceps des communes de France, en fait, est exigée par notre appartenance à l'UE. Ça fait partie des grandes orientations des politiques économiques où on nous dit qu'il faut absolument réduire les subventions aux collectivités locales. »
  • 10:10PublicFait
    « Comment vous dégagez de l'OTAN si on a perdu la souveraineté de notre appareil d'énergie nucléaire ? »

Modèle mistral-small-latest · prompt v1 · les citations sont vérifiées mot pour mot dans le transcript ; le taux de réponse directe est calculé à partir des verdicts question par question. Aucun label idéologique n'est produit.

Eh bien, bonjour à toutes et à tous et bienvenue pour cette université d'automne de l'Union populaire républicaine, le parti politique qui propose, sans aucune ambiguïté, de sortir de l'UE, de l'euro et de l'OTAN. [Applaudissements et acclamations du public] Je me présente, je suis Aurélien Enthoven et je vais être, aujourd'hui, le modérateur d'un débat qui s'annonce passionnant – c'est le cas de le dire. Tout d'abord, je tiens à présenter, un petit peu, mes excuses pour ce petit retard.

Néanmoins, nous n'allons pas nous éterniser là-dessus. Je vais passer tout de suite à la présentation des intervenants. À ma gauche, nous avons notre invité M.

Emmanuel Todd. [Applaudissements du public] Emmanuel Todd, démographe, anthropologue, historien, notamment, connu pour des ouvrages tels que « La Chute finale » mais aussi pour, par exemple, ses thèses sur les divers systèmes familiaux, à travers le monde, et leur importance dans la structure politique d'un pays. [Applaudissements du public] À ma droite, cette fois-ci, nous avons M.

François Asselineau. [Applaudissements et acclamations du public] Je ne vais pas passer beaucoup de temps à le présenter, finalement. Président de l'Union populaire républicaine, nous le remercions tous pour le travail qu'il fournit quotidiennement, pour le Frexit.

Merci, M. Asselineau. [Applaudissements et acclamations du public] [Applaudissements et scansions du public : « Frexit !

Frexit ! Frexit ! Frexit ! »] Alors, aujourd'hui, nous allons nous attarder un petit peu sur une question qui est très intéressante, qui mérite, un petit peu, notre intérêt à tous car elle nous concerne tous, finalement, en un sens.

Je vais d'abord poser cette question à M. Asselineau et nous allons voir quelle réponse il essaiera d'apporter. Les deux intervenants vont parler l'un après l'autre, dans des séquences d'environ une quinzaine de minutes.

Alors, M. Asselineau, je vais vous poser une petite question : « La France va-t-elle disparaître ? » Merci Aurélien.

Merci à toutes et à tous d'être venus. Je voudrais présenter Aurélien, vous le savez, qui est un adhérent. [Public : « On n'entend pas ».] (François Asselineau (FA) : Aurélien...

Vous m'entendez ?) (Emmanuel Todd (ET) : Moi, je vous entends, mais je suis à côté, donc c'est normal.) [Rires du public] Aurélien, qui est un de nos jeunes adhérents, qui a 17 ans et qui est un adhérent particulièrement dynamique et un blogueur à succès puisqu'il a...

Vous avez combien ? 35 000 abonnés, non ? (Aurélien Enthoven (AE) : « 46 000. ») 46 000 abonnés sur son blog. [Applaudissements du public] Alors, la question qui nous réunit maintenant...

Et puis, merci à toutes et à tous d'être venus. D'après ce qu'on m'a dit, on était, je crois, près de 1 100. Donc c'est un grand succès.

Merci à toutes et à tous d'être venus. [Applaudissements du public] Je voudrais également remercier la presse, qui est venue aujourd'hui. D'ailleurs, nous avons eu des entretiens qui ont expliqué, un petit peu, le retard mis.

Je voudrais remercier, notamment, LCI et TF1, qui sont ici présents. C'est la première fois. [Applaudissements et acclamations du public] Je voudrais remercier, également, l’agence France-Presse, l’AFP, qui est ici également présente. [Applaudissements et acclamations du public] Je voudrais remercier, également, RT France, qui est également présente.

Je voudrais remercier, également – je ne les ai pas vus, mais je sais qu'ils vont venir dans le courant de la journée – BFM TV. [Applaudissements et huées du public] Et...

Ah, non, non, non, non, non, non, non. Je voudrais remercier, également, Libération, qui est ici présent. [Applaudissements] Et je voudrais remercier, je crois, La Nouvelle République du Centre, qui doit être présente. [Applaudissements] Et puis je voudrais remercier, aussi, ceux qui sont absents, mais qui ont fait, notamment hier, que nous avons une très, très bonne couverture média, pour cette université.

Et là, je vais en oublier, mais je peux citer RTL, Ouest-France, Sud Radio, Sud Ouest, Valeurs actuelles, l'Obs, l'Opinion. [Applaudissements] Il ne manquera bientôt plus que CNN. [Rires du public] Mais également, malheureusement, le service public de l'audiovisuel, qui brille actuellement par son absence.

Mais il ne saurait tarder, je pense, qu'ils fassent leur devoir de couvrir notre événement. Notre événement qui, je me permets de le souligner...

Il n'y a, peut-être...

Soyons honnêtes, à part France insoumise, nous sommes le seul parti politique à pouvoir rassembler autant de personnes, en plus, en province, et dans quelque chose qui n'est pas très facile d'accès, finalement. Nous pouvons rassembler, donc, 1100 personne. J'ai vu qu'il y a des Français, des citoyens, des étrangers qui sont ici présents.

Il y a des gens qui viennent de toute la France, de l'outre-mer et même de l'étranger. On a des adhérents, j'ai vu, du Canada et de Suisse. [Applaudissements] On a des adhérents venant de l’île de La Réunion, venant de la Martinique, venant de l’outre-mer français.

Je les remercie aussi d’être venus. Donc, en réalité, il se passe quelque chose. Il se passe quelque chose.

C’est, d’ailleurs, la raison pour laquelle, maintenant, les médias sont, en fait, un peu contraints de s’intéresser à nous. Nous avons eu des démêlés avec les médias ou, plus exactement, pas de démêlés du tout, puisque nous n'étions pas suivi. Mais maintenant, quand même, nous prenons une telle place dans l'opinion publique, notamment en matière militante, mais aussi dans les esprit, que désormais, il va falloir compter, de plus en plus, avec nous.

Et pourquoi ? Pourquoi est-ce que nous sommes le seul parti politique — peut-être avec France insoumise, quoiqu’ils ont des déboires depuis quelques jours — à pouvoir mobiliser, alors que tous les Français se détournent de la politique ? Je ne vais pas, ici, tirer sur des ambulances, mais la quasi-totalité des autres partis politiques est, d’abord, dans une situation financière proche du dépôt de bilan.

Certains, même, ont carrément trépassé. C'est, par exemple, le Parti socialiste. Requiescat in pace in nomine Patris et Fillii et Spiritus Sancti. [Rires du public] Pourquoi est-ce qu'ils sont comme ça et pourquoi nous, nous allons de l'avant ?

Alors même que, je le rappelle, nous avons zéro euro d'endettement public. D'endettement auprès des banques, pardon. [Applaudissements] Nous ne comptons que sur vous, puisque nous n'avons pas non plus de valises de billets venues de l'émir du Qatar, ni du président Poutine, ni des héritiers de feu madame Bettencourt.

Nous ne comptons que sur vous. Et pourquoi ça ? Eh bien, parce que – je pense – l'instinct de survie du peuple français a commencé à se réveiller. [Applaudissements] La question qui nous réunit aujourd’hui – « La France va-t-elle disparaître ? » – est une question qui eût été incroyable, dans les années 1960-1970.

La France était redevenue, avec Charles de Gaulle, une des puissances les plus rayonnantes qui soient, des plus écoutées à l’international. Je rappelle, par exemple, que lorsqu'il y a eu un sommet entre de Gaulle et Kennedy, il y a des photos où Kennedy va à l’Élysée. Il est là, avec son petit chapeau, et puis de Gaulle le tire par la main, quasiment.

Bon, vous voyez. Maintenant, c'est l'inverse. Vous avez M.

Trump, qui époussette, comme ça, le plastron de M. Macron et qui le tire par la main. Comment est-ce qu'on en est arrivé là ?

Cette question – « La France va-t-elle disparaître ? » – est une question qu’on n’aurait pas pu imaginer poser, voici 40 ans. Même encore il y a 20 ans !

Alors qu'est-ce qui est en train de se passer ? Je crois que la France est, en fait, – et les Français ont commencé à le comprendre – attaquée de multiples formes. Et elle est victime de quelque chose que les Français n’ont pas compris dans leur majorité encore.

C’est ce que François Mitterrand avait dit dans « Le Dernier Mitterrand ». Je cite souvent ce livre, avec des confidences de Mitterrand quelques semaines avant de mourir. Confidences recueillies par Georges-Marc Benamou, journaliste au Nouvel Observateur.

Mitterrand avait dit : « La France est en guerre et les Français ne le savent pas ». Voilà. Et actuellement, de plus en plus de Français, grâce à nous, commencent à comprendre qu'effectivement, nous sommes victimes d'une guerre.

Mais d'une guerre du troisième millénaire. Une guerre qui est inconnue, comme disait Mitterrand : « C’est une guerre inconnue, une guerre sans morts apparemment et pourtant une guerre à mort ». De quoi s'agit-il ?

Il s'agit d'une guerre qui s'attaque un peu à tous nos fondamentaux. Notre économie : qui eût pu imaginer que nous perdions autant d'emplois industriels depuis tant d'années ? Je vous conseille un livre formidable, signé Hervé Le Bras et Emmanuel Todd qui s’appelle « Le Mystère français », publié il y a quelques années et qui montrait la désindustrialisation massive de la France.

Les usines ont fui, sont allées se réfugier sous d'autres cieux, bénéficiant de modifications fondamentales des législations, c'est-à-dire en particulier la libre circulation des mouvements de capitaux. Lorsque je vois, par exemple, que la France insoumise critique M. Bernard Arnault parce qu'il délocalise ses usines ici ou là, mais M.

Bernard Arnault, tous les milliardaires de France et de Navarre, ont toujours rêvé de pouvoir délocaliser leurs usines dans des pays à très bas coût de salaire. C'est pas nouveau. Sauf qu'avant, ils ne le pouvaient pas.

C'est depuis qu'on les a autorisés qu'ils le font. Mais avant, ils ne le pouvaient pas. C’est tout simplement ça.

Et depuis quand ils le peuvent ? Mais depuis le traité de Maastricht, qui pose la libre circulation des mouvements de capitaux : interdiction de toute restriction aux échanges de mouvements de capitaux. C'est ce qui permet de délocaliser ces usines.

Donc cette guerre qui nous est livrée, qui est une guerre, en fait, qui vide de substance notre industrie, elle a des origines très précises. Ce sont ceux qui ont tenu la plume des traités européens. Ce n'est pas seulement guerre industrielle.

C'est une guerre en matière agricole. C'est une guerre en matière linguistique. Lorsque je vois que M.

Macron a récemment dit que pour défendre la francophonie, le mieux était de parler l’anglais, je me dis que, d'abord, il a fumé la moquette. Mais ça, de plus en plus de Français commencent à le comprendre. Et ça veut dire aussi que nous sommes victimes d'une espèce d’autophobie, de désamour de nous-mêmes, qui fait que les Français ne se retrouvent plus dans leur propre pays.

Il y a un stratagème chinois parmi les 36 stratagèmes, c’est le 25e stratagème, qui s’appelle : « Voler la poutre, changer les piliers ». C'est un stratagème qui consiste en fait à changer totalement une structure, la vider de substance tout en gardant les apparences. Actuellement, nous avons l'apparence d'être dans la Ve République de De Gaulle.

Nous avons l’apparence d’avoir un Président de la République, un Premier ministre, un gouvernement. Et il y a malheureusement beaucoup de Français qui s'arrêtent aux apparences. Il y a des Français qui croient, par exemple, que M.

Macron a finalement autant de pouvoir qu'en avait Charles de Gaulle. Mais c'est un vieux stratagème de tous les colonisateurs que de garder les apparences, pour ne pas effaroucher les populations colonisées, tout en leur imposant la loi du colonisateur. Rappelez-vous, par exemple, comment, dans les Indes britanniques, les Britanniques avaient le maharaja de Mysore dans le Sud-Ouest de l'Inde.

Les Britanniques avaient mis la main sur l'ensemble de l'Inde après la bataille de Mahidpur au début du XIXe siècle, et surtout après la défaite des Français dans le Sud de l'Inde. Puis ils avaient décidé de maintenir les souverains locaux. Il y avait tel maharaja qui avait le droit de sortir une fois par an avec son escorte, à cheval.

Et puis après, il rentrait dans son palais. Mais on lui avait piqué tous ses pouvoirs. C'est exactement ça, en fait, là, maintenant, ce qu'est devenue la France.

Nous avons l'apparence d'un président de la République. Mais en fait, son pouvoir est ailleurs. Vous le savez, ce sont nos analyses depuis plus de onze ans.

Le pouvoir, maintenant, est à la Commission européenne, avec les traités européens. Le pouvoir est à Bruxelles, avec la Banque centrale européenne. Le pouvoir est à Washington, avec l'OTAN, et on voit que ce système, qui est appliqué aux autres pays d’Europe, en fait, est en train d'exploser, parce que les peuples commencent à se réveiller et à comprendre ce qu'il se passe.

Le problème actuel de l’Italie, par exemple, où il est maintenant sur la place publique, que voilà un gouvernement – qu'on aime ou qu'on n'aime pas, c'est une autre affaire –, qui est soutenu par 70% de la population, qui présente un budget, comme dans toute démocratie. Puis, vous avez M. Moscovici, M.

Junker, peut-être quelques autres apparatchiks de la Commission européenne, qui sont des gens qui ne sont pas italiens, qui n’ont été élus par personne et qui se permettent de dire : « Non, ce budget vous allez le refaire. » Ça s’appelle très exactement une dictature. [Applaudissements du public] Alors, je ne veux pas empiéter sur ce propos liminaire.

Je dirai quand même que, si la France est en train de disparaître, c'est d'une disparition tous azimuts. Et le grand débat d'aujourd'hui – pas seulement de notre débat avec Emmanuel Todd –, mais notre grand débat d'aujourd'hui, c'est de savoir si la France est une espèce d'entité un peu mystique, omme le voyait Charles Péguy ou le voyait Charles de Gaulle, c'est-à-dire, quelque chose qui perdurera, quoi qu'il arrive. Je rappelle que, fin 1940, alors que la France est au fond du trou – elle est occupée par l’Allemagne, toutes les élites françaises se sont rangées derrière l’Allemagne –, Charles de Gaulle a lancé son appel du 18 juin mais, comme il l'a dit quelques mois après, il avait, avec lui quelques juifs, quelques poètes et les pêcheurs de l'île de Sein.

C'est-à-dire, en fait, qu'il avait très peu de monde. Toutes les élites françaises étaient derrière Pétain, la gauche française avait porté Pétain au pouvoir. Je rappelle que c'est la chambre du Front populaire qui a donné les pleins pouvoirs à Pétain.

Donc la France est au fond du trou, fin 40. D'ailleurs, tout le monde a reconnu l’État français de Vichy, à la seule exception de Churchill. D'ailleurs, plus personne n'est en guerre, sauf l'Angleterre, qui est le seul pays qui reste en guerre contre l’Allemagne nazie.

Donc fin 40, de Gaulle organise un petit cocktail, pour Noël, à Carlton Gardens, qui est donc le bâtiment que lui a prêté Churchill, pour la durée de la guerre. Il lui a mis à disposition ça, plus la BBC. La BBC de 1940, c'est l'internet d'aujourd'hui.

De Gaulle reçoit quelques personnes de la gentry britannique et il y a une aristocrate britannique qui vient le voir et qui lui dit, mi-figue, mi-raisin, dans un excellent français – puisque les aristocrates parlent très bien le français – : [Asselineau imitant l’accent anglais] « Alors mon général, comment va la France ? » Et de Gaulle dit : « Très bien madame, elle nous enterrera tous. » [Applaudissements du public] Le grand débat que nous allons avoir, c'est de savoir, entre les optimistes et les pessimistes, ceux qui pensent – comme l'avait dit de Gaulle, dans une autre circonstance – qu'on en a vu d'autres, on a 1500 ans d'histoire, depuis le baptême de Clovis, 1000 ans d'histoire, depuis l'accession d'Hugues Capet au trône de France, à Noyon, – justement, d'ailleurs, porté par les nobles français de l'époque, parce que Hugues Capet avait refusé allégeance au Saint-Empire romain germanique.

C'est comme ça qu'apparaît la dynastie des Capétiens. Donc, il y a ceux qui sont optimistes et qui pensent que la France est, de toute façon, immortelle et qu'elle va surmonter ces problèmes de nos jours, et puis, il y a les pessimistes, qui pensent qu'en fait, c'est l'ensemble de la France et de la civilisation occidentale qui est en train de se déliter. Notamment, j'ai vu que Michel Onfray a sorti, récemment, un article sur RT France, disant que la civilisation occidentale est mourante.

Je pense que si vous êtes tous ici réunis, c'est parce que nous optons pour la première solution. Nous sommes des optimistes fondamentaux, nous sommes là pour que vive la France. [Applaudissements du public] M.

Asselineau a très bien argumenté que, finalement, la France court certes à sa perte, mais qu'elle a toujours su se relever et que 1500 ans d'histoire de France sont là pour nous le démontrer. C’est pour cette raison que j’aimerais poser, un petit peu, la même question à M. Todd et lui demander : « Qu'en pensez-vous, de votre côté ?

Suivez-vous, un petit peu, l’analyse défendue par le président fondateur de l’UPR ? Pensez-vous que la France va disparaître ? Si oui, pensez-vous que le peuple français va, une fois de plus, se reprendre en main ? » Je suis historien moi, je ne suis pas politique, donc c'est plus compliqué, pour moi, de répondre à une question comme ça.

Je voudrais, quand même, d'abord dire que je suis très heureux d'être ici puisque... [Applaudissements et acclamations du public] En un certain sens, je règle un vieux problème, parce qu'il y a des années que je reçois des mails de remontrances, de militants de l'UPR, [Rires du public] qui me disent : « Mais, M.

Todd, votre opposition à l’euro, etc. François Asselineau dit la même chose, vous n’en parlez jamais ! » C'est tout-à-fait exact, c'était assez sévère et très énervant.

C'était une époque où, comment dire, j'étais dans cette espèce de tabou qui planait. – J’espère que ça va cesser, j’espère que cette journée va contribuer à faire cesser, d’ailleurs, cette espèce de tabou, cette histoire de l'UPR, comme un truc un peu mystérieux. J'étais assez là-dedans. – Puis j'ai eu l'occasion, à travers un proche, de dîner avec François Asselineau et je dois dire que je l'ai trouvé très sympa et très marrant. [Rires du public] Et donc, je me suis senti... – Ça va aussi avec le passage à la retraite, le fait que je ne suis plus très militant et que je suis plus ouvert à... des expériences nouvelles ! – [Rires du public] Finalement, je me suis dit que ça serait intéressant de venir débattre, de voir ce qui nous rapproche et, quand même, je vais en parler, de ce qui nous sépare.

Et puis, en vérité, vous m'intéressez beaucoup. C'est-à-dire que, vraiment, je suis fasciné par cette ambiance militante, très diverse, en fait. Je voulais vraiment savoir qui étaient les militants de l'UPR et, en fait, je vous vois et vous êtes tellement divers que je ne sais toujours pas ! [Applaudissements du public] Voilà, mais peut-être que c'est cette diversité même qui est intéressante. [Femme dans le public : « C'est notre force. »] Voilà, donc, ça c'était une petite introduction, pour dire pourquoi j'étais là et pourquoi j'étais très heureux et très intéressés d'être là.

Pour répondre à la question sur la disparition de la France, je ne dirais pas que c'est une question qu'on peut se poser depuis 20 ou 10 ans. mais, personnellement, c'est une question que je suis capable de me poser depuis 2 ou 3 ans. Parce que, le niveau de la vitesse de désindustrialisation, l'ampleur de la désindustrialisation – de fuite des cerveaux aussi, de jeunes français surqualifiés qui vont travailler l'étranger – devient vraiment quelque chose de préoccupant et qui...

Si vous voulez, la disparition d'une nation, dans l'absolu, avec une langue, une histoire, une culture...

La disparition absolue, ça n'existe pas. Le problème, c'est la transformation de la nature de cette nation et de cette société. La comparaison qui me vient en tête, c'est l'histoire de l’Italie.

L’Italie a fait la Renaissance, elle a été en situation de leadership européen et puis, il y a eu la contre-réforme catholique, qui a essayée de maintenir les Italiens en état d'analphabétisme prolongé, tandis que les pays protestants décollaient, avec l'obligation d'apprendre à lire et écrire. Bien sûr l’Italie a survécu, avec ses cités, elle a même été unifiée, elle a refait un décollage industriel, après la Deuxième Guerre mondiale, mais, quand même, l’Italie n'est plus la même chose qu'à l'époque de la Renaissance. Le problème fondamental de la France actuellement, pays qui est en train de perdre son industrie, qui est dirigé par une classe dirigeante qui trahit, en fait, il faut dire les choses. [Applaudissements du public] On a des gens qui, à un certain niveau, semblent attachés à compléter ou mener à son terme le processus de désorganisation nationale.

Pour moi ce sont des vraies questions historiques, voyez ? Je réfléchis à ça, c’est des questions qui sont vraiment posées et, pour moi, je suis désolé de le dire, ce n’est pas clair du tout. Alors survivre en tant que nation parlant français, dans le plus beau pays du monde, le plus varié...

La Touraine, la Bretagne ou le Midi me le rappellent sans arrêt. Rester le plus beau pays du monde, ça ne va pas être un problème. On va continuer à parler français.

Mais la question c'est de savoir si on va être l'arrière-cour d'un espace dominé par l'Allemagne. Et de devenir une nation subordonnée, comme l'Italie est devenue, dans le système européen, une nation subordonnée. Donc je ne voudrais pas être...

Je n'ai pas de réponse. Mais je voudrais réagir à cette notion intéressante, qui a été soulevée par François Asselineau, de : « Nous sommes en guerre. » Et, à propos de cette idée qu'on est en guerre, j'aimerais marquer en quoi je ne suis pas en accord avec les objectifs de l'UPR.

Alors, je vais commencer par dire avec que je suis d'accord. Sur l'analyse du système européen comme autoritaire, anti-démocratique, pas de problème. Sur l'idée qu'il faut sortir de l'euro, pas de problème.

Et l'une des raisons pour lesquelles je peux être ici c'est qu'effectivement l'UPR est, sur la question de la sortie de l'euro, la sortie de l'UE, la sortie des traités...

Je suis toujours épaté quand Asselineau fait son numéro sur les articles des traités européens...

Je me dis : « Quel artiste ! ». [Applaudissements] Il y a un fond d'accord assez large, mais la question sur laquelle je suis en vrai désaccord, c'est que, parce qu'il s'agit d'une guerre, et parce que dans une guerre on a besoin d'alliés, surtout si on est comme la France une puissance moyenne...

Je suis en total désaccord avec l'opposition au monde anglo-américain et avec l'idée de sortie de l'OTAN. Voyez ? Non mais je le dis franchement.

Quand on est en guerre, et la réalité de la France, et de la guerre en France c'est que la France est dans un système européen, dont on ne sait plus trop s'il est contrôlé de Bruxelles, de Berlin ou de Francfort. Et, il y a une priorité en France qui est la prise du système allemand sur la France et sur les élites françaises. C'est ça la réalité de la France.

Y a une priorité. Et dire ça, ça n'est pas être anti-allemand, ni germanophobe. C'est évalué l'Allemagne à sa juste valeur et à sa juste puissance.

Un pays qui fait 8% d'excédent commercial de son PIB, dans un espace monétaire qu'il domine, est quelque chose de prioritaire si on pense en termes d'indépendance nationale de la France. Mais, je dirais la même chose...

Alors, les mélenchonistes, sur la question de la sortie de l'euro ils sont tellement mous que...

Ça serait même pas la peine de discuter...

Enfin, j'ai balancé l'autre jour au Média la même chose d'ailleurs, donc chez les mélenchonistes. Dans cette guerre, puisqu'il s'agit d'une guerre, et une guerre dans laquelle, sur le plan économique la France doit être considérée comme un pays contrôlé. Les gens, je pense, n'ont pas de représentation concrète, d'ailleurs ça devrait être analysé, du niveau de prise que l'Allemagne a sur le système français.

C'est une stratégie intelligente et constante de l'Allemagne de privilégier la France...

Ça a été noté l'autre jour de façon assez gênée par Le Monde, qui essayait d'expliquer pourquoi les Italiens n'avaient pas droit à un déficit budgétaire inférieur à celui de la France. C'est-à-dire que les Français ont le droit de faire toute sorte de fantaisies budgétaires auxquelles les Italiens, les Espagnols n'ont pas droit. C'est parce que l'Europe est une totale fiction, maintenant il y a un contrôle allemand sur ce système.

Et, une attitude géopolitique intelligente en Allemagne, les Allemands sont des gens estimables et intelligents qui pensent en termes de rapports de puissance, ça consiste à : si l'Allemagne tient la France, elle tient l'Europe. Et donc on est une sorte, pas d'allié, mais de partenaire soumis privilégié. C'est ça la situation géopolitique.

Pour échapper à ça, François Asselineau parlait – je buvais du petit lait – en entendant parler du président de la France comme d'un faux président, comme d'un type qui, moi je dis souvent, ce qui est touchant chez Macron, c'est qu'il croit qu'il est président. [Rires et applaudissements du public] Il croit qu'il est président, parce que c'est vrai que constitutionnellement, le président la République française est une sorte de monarque dans l'Occident. Aucun président n'a plus de pouvoir : à travers le Premier ministre, le droit de dissolution, un de ces jours l'article 16, vous allez voir.

L'élection au suffrage universel direct, mais ça c'est une fiction parce que la France a perdu sa souveraineté monétaire. Et qu'aucune politique économique nationale n'est possible hors souveraineté monétaire. Donc la reconquête de la souveraineté monétaire est une priorité absolue. [Applaudissements du public] Je ne dis pas qu'on n'a pas le droit d'être antiaméricain, moi personnellement, je peux pas pour des raisons familiales...

Puisque l'habitude de la famille, quand ça chauffe sur le continent, c'est de se réfugier aux États-Unis. Voilà. Mais donc, je comprends très bien que des gens soient antiaméricains.

Je comprends très bien que des gens voient dans l’Angleterre et dans les États-Unis les lieux de départ de la révolution néolibérale, de la globalisation financière et toutes ces choses, tout ça est tout à fait vrai et tout ça n'est pas bien. Mais comme je disais l'autre jour je ne sais plus où, les vrais choix dans l'existence ne sont pas entre une bonne et une mauvaise solution, c'est entre une mauvaise et une très mauvaise solution. Donc quand on est en situation de guerre, quand on est dominé dans un espace concret par un pays concret, très estimable par ailleurs : l'Allemagne, on a besoin d'alliés pour sortir.

Sortir de l'euro, si on veut vraiment le faire et pas simplement en parler dans la mesure où ça va poser des problèmes de reconversion monétaire, d'équilibre du système bancaire, etc., on aura besoin d'un point d'appui extérieur. Et les seuls qui puissent fournir ce point d'appui extérieur, et coup de bol, ils sont en train de passer dans une phase assez hostile à l'Allemagne et prennent conscience de la menace commerciale, économique qu'elle présente : ce sont les Américains.

Ce sont les Américains. Je veux dire, si on sort de l'euro il va y avoir des problèmes de stabilité monétaire, il va falloir sécuriser les retraites, il va falloir éviter un effondrement trop rapide du franc et seuls les Américains peuvent aider à faire ça. Je vais terminer, je voulais le dire au début, pas du tout parce que je suis agressif, mais parce que j'avais peur d'oublier.

Donc dans l'idée, le Frexit c'est sortie de l'euro, sortie de l'Union européenne, sortie de l'Otan. C'est ça ? (Enthoven :) Généralement, c’est plus la sortie de l’Union européenne, mais on peut inclure les 3.

Voilà, mais pour moi le l'idée d'ajouter au problème déjà qu'est la prise qu'exerce l’Allemagne sur l'économie française et probablement, à un niveau souterrain d'une ampleur dont on n'a pas idée, sur les élites françaises. Je veux dire, pourquoi ajouter l'hostilité des États-Unis, alors qu'on devrait s'appuyer sur eux ? Donc moi, je retirerais — vous ne le ferez pas — mais je retirerais du programme l’idée de sortir de l’Otan.

Et je ferais comprendre aux Américains qu'on a besoin d'eux pour échapper à l'emprise d'autre chose. Mais en vérité, je suis en train de dire, puis je conclurai là-dessus, que peut-être que la situation actuelle est une sorte de... je reviens sur cette idée de guerre, qui est très importante, qu'avait évoquée François Asselineau C'est une guerre.

C'est une guerre économique, on est dans un monde très dur d'affrontements de puissance qui sont toutes égoïstes, États-Unis compris. Mais la situation actuelle ressemble quand même assez à une sorte de pastiche pacifique de la situation de l'Europe en 1942. Si vous regardez bien.

Vous avez cette Europe qu'on continue à appeler, les Français disent, les Moscovici, Le Maire les autres disent l'Europe, l'Europe, l'Europe pour désigner un coupable, mais cette Europe, c'est l’Allemagne maintenant qui a la puissance financière. et puis vous avez à l'extérieur les pays anglo-saxons qui sont quand même, quoiqu’on en dise, dans une phase de turbulences et de revitalisation démocratique. C'est parfaitement évident pour l’Angleterre du Brexit alors je pense que si vous employez terme Frexit, c'est qu'il y a une sympathie naturelle pour l’Angleterre, ou alors j'ai rien compris, et ça me va très bien, mais les Américains aussi sont dans une phase de recentrage sur l'idée de souveraineté nationale.

Donc je ne demande pas aux gens de trouver Trump sympathique, moi même j'y arriverai pas. Mais c'est clair que tous les pays anglo-saxons, enfin les deux principaux, sont dans des recentrages souverainistes. Pourquoi se mettre en opposition avec des pays qui, en termes de trajectoire politique, de recentrage national, sont implicitement sur vos valeurs ?

Bon, je vais arrêter mon prêche là, j'espère ne pas avoir mis trop de désordre dans la situation. [Applaudissements du public] (Enthoven :) Alors j'aimerais un petit peu faire petite transition avec une phrase du général de Gaulle qui avait dit, me semble-t-il, à une époque : « Ça ne sert à rien de sauter comme un cabri à crier l’Europe ! l’Europe ! l’Europe ! car ça ne mène à rien et ça ne signifie rien. » Maintenant, j'aimerais un petit peu parler à M.

Asselineau, lui poser quelques questions, notamment, est-ce que vous estimez, monsieur Asselineau, que l'argument d’Emmanuel Todd qui consiste à dire que tout d'abord, dans un premier temps, vous vous mettez en opposition, que vous vous opposez au monde anglo-américain, dans un premier temps, en sortant de l’Otan et donc, sortir de l’Otan c'est d'une certaine façon, nuire aux relations que la France entretiendra après le Frexit avec ce monde anglo-américain ? Est-ce que vous estimez que, tout d'abord, vous vous opposez à ce monde ? Est-ce que vous estimez que si non, la sortie de l’OTAN est un outil finalement aussi utile qu'on le prétend pour d'une certaine manière sauver la France de sa fin à venir, enfin de sa possible fin à venir ? (F.A. :) Alors, j'ai écouté avec beaucoup d'intérêt Emmanuel Todd, bien sûr, je me réjouis déjà de voir que...

Vous savez, je reviens du Japon, pays que connaît bien Emmanuel. Au Japon vous mettez 15 Japonais dans une salle, vous revenez deux heures après, tout le monde est d'accord sur tout. Vous mettez 15 Français dans une salle, vous repassez une demi-heure après ; tout le monde est en désaccord sur tout.

Voilà. [Rires du public] Je vais relever dans les propos de... (Todd :) Ce qu’il ne dit pas, c’est qu’au Japon il a été piloté par un copain à moi quand même ! (F.A. :) Je me réjouis de voir qu'un brillant esprit comme Emmanuel Todd est d'accord avec nous sur la clarté qu'il faut avoir sur la sortie de l'Union européenne et la sortie de l'euro.

C'est quand même l'essentiel de notre programme. Néanmoins je voyais, moi, défendre nos intérêts et défendre la position de l'UPR sur la question de l’Otan. D’abord, je voudrais que nous ne sommes pas antiaméricains, de même que nous ne sommes pas antiallemands. [Applaudissements du public] Lorsque je suis allé au Liban au mois de juillet, que j'ai vu des responsables politiques qui tous, depuis les phalanges libanaises jusqu'au Hezbollah, de la télévision Al Mayadeen en passant par le grand mufti du Liban, mufti sunnite, en allant voir les Druzes, tout le monde, les gens sont en désaccord sur tout, vous savez au Liban, mais ils étaient tous en accord sur un point : c'est que la France avait fait complètement fausse route en Syrie.

Voilà, donc moi je dis que si la France a pris la position qu'elle a prise en Syrie, contre ses intérêts nationaux les plus fondamentaux, je doute que ce soit parce que Mme Merkel l'ait demandé. C'est parce que ça venait d'autre part et ça venait du fait que nous sommes liés dans un cadre qui s'appelle l’Otan. [Applaudissements du public] Je voudrais rappeler, enfin tout le monde le sait, à commencer par Emmanuel Todd, que les Américains on les appelle les Anglo-Saxons.

Et que les Anglo-Saxons, ce sont les Anglos...

Saxons. C'est-à-dire que ce serait une erreur me semble-t-il, que de confondre les Américains avec les Anglais. Je ne suspecte pas, d'ailleurs, Emmanuel de le faire puisque c'est un grand sociologue, anthropologue.

Mais il faut comprendre que les États-Unis, certes à l'origine, ce sont des Anglais qui sont... vous savez comment se sont constitués les Américains : avec la déclaration des pèlerins du Mayflower de 1620, c'est à dire que les Anglais à l'époque, début du XVIIe siècle, ont chassé les mauvais garçons et les femmes de mauvaise vie qui étaient emprisonnés à la tour de Londres : « Allez voir à 7 000 kilomètres si on y est ! ».

Donc ils les ont chassés. Ils sont partis dans les colonies. Et puis ils étaient accompagnés également par des mystiques qui voulaient instaurer une espèce de nouvelle Jérusalem, une espèce de royaume de Dieu sur Terre.

Donc, des escrocs et des illuminés religieux. C'est toujours la même chose d'ailleurs. Ça, c'est le fondement même de la civilisation américaine.

Mais ensuite, au XIXe siècle, [Rires du public] il y a quand même eu un flux considérable d'Allemands qui sont venus fin XIXe et XXe. Donald Rumsfeld, Henry Kissinger, (Ernest Angley) Boeing, Marlène Dietrich. Tout ça, ce sont des Allemands d'origine.

Je rappellerai ici que la capitale du Dakota du Nord – 61 272 habitants en 2010 – s'appelle Bismarck. Et c'est un fait : vous avez dans tout le Nord des États-Unis, que ce soit du côté du Minnesota, les deux Dakota, le Wisconsin, etc., vous avez 40, 50, 60, 70 % de la population qui est d'origine allemande.

De telle sorte que les Américains ont en fait deux filiations. Ils sont à la fois anglais, dont ils tirent leur langue, dont ils tirent le sens de la démocratie – je rejoins tout à fait Emmanuel Todd là-dessus –, le souci des libertés publiques mais ils ont aussi un côté casque à boulons qui leur vient des Allemands. [Rires du public] Et qui n'a fait qu'amener, justement, à cette espèce de... [Rires du public] ...goût des Américains pour – comment dirais-je – la rationalisation à l'extrême.

Vous savez, les nomenclatures. Ça, c'est un goût très allemand. La nomenclature, les « DIN » par exemple.

Les normes DIN, ça veut dire « Deutsches Institut für Normung ». Les normes qui se sont imposées, le goût du marketing, le goût de tout rationaliser, les « check list », etc. Tout ça, c'est une conception qui est d'origine allemande, je crois, de très grande rigueur des processus.

Tout ça qui a diffusé, a percolé dans l'âme – si j'ose dire – américaine. Vous connaissez mes analyses, qui d'ailleurs sont des analyses tout simplement fondées sur les faits. Les faits, c'est que, lorsqu'aux conférences de Téhéran (1943), Yalta (1944), Potsdam (1945), lorsque Roosevelt, pour les deux premières conférences, puis Truman pour la dernière – puisque Roosevelt est mort le 12 avril 1945 – avaient face à eux Staline....

La France était hors jeu. Et puis Churchill jouait les utilités. L'Union soviétique et les États-Unis se sont partagés l'Europe.

Et donc, ils ont l'un et l'autre fait un peu la même chose pour asseoir leur domination géopolitique sur l'Europe. C'est-à-dire une domination de nature civile, et une domination de nature militaire. La domination de nature politique et civile, ça s'est appelé la construction européenne du côté occidental, et le Comecon du côté soviétique.

Et la domination militaire, ça s'est appelé l'OTAN du côté occidental et ça s'est appelé le pacte de Varsovie du côté soviétique. De telle sorte que je pense qu'il y a quand même un certain artifice à dissocier les États-Unis de la construction européenne puisque quand même, nom d'une pipe, l'UE – en tout cas, c'est l'analyse que nous développons – est la face civile d'une même médaille d'asservissement dont la face politique s'appelle l'OTAN. C'est d'ailleurs ce qui permet de comprendre pourquoi la Turquie doit entrer dans l'UE.

Et que les États-Unis mettent tout leur poids dans la balance pour qu'il en soit ainsi. C'est justement pour essayer de faire coïncider le périmètre militaire de l'OTAN avec le périmètre civil et politique de l'UE. Les pressions s'exerçant également, d'ailleurs, sur les pays membres, les rares pays membres de l'UE qui ne sont pas encore membres de l'OTAN comme la Finlande, l'Autriche...

Donc il y a cette volonté qui est là, et main dans la main, je me rappelle dans les années 50, dans les années 60, aussi bien les gaullistes de l'époque que les communistes dénonçaient l'Europe germano-américaine et cette espèce de duopole qu'ils avaient mené, qui, d'ailleurs, n'était jamais que la reprise de ce qui avait existé dans les années 40 et même dans les années 30, puisque – il paraît qu'il faut pas le dire, qu'après, c'est le point Godwin. Mais quand même, il faut rappeler notamment avec les travaux d'Anthony Sutton et autres, qu'Adolf Hitler n'est pas arrivé au pouvoir comme ça, qu'il a été très largement soutenu. Et notamment largement soutenu par les élites industrielles et financières américaines.

Dans les années 30, on a un Henry Ford qui se fait remettre l'aigle par Goering : la plus grande décoration nazie offerte à des étrangers. Lorsque l'Allemagne s'est effondrée, les États-Unis ont repris à leur compte...

Ils ont mis en premier lieu les plus grands criminels nazis à Nuremberg mais les seconds couteaux, si j'ose dire, c'est-à-dire les hauts fonctionnaires, les scientifiques, ils les ont fait passer par l'opération Sunflower et l'opération Paperclip. Ils les ont récupérés à leur propre profit. Tout le monde connaît Wernher von Braun, le père des fusées V1-V2 qui est devenu le père de la fusée Saturn V.

Les gens connaissent un peu moins – mais je fais tout pour lui donner le maximum de publicité – Walter Hallstein, qui était quand même le responsable nommé par Hitler pour essayer de mener à bien les projets de nouvelle Europe avec l'Europe de l'Axe entre l'Allemagne et l'Italie, suite à la rencontre d'Adolf Hitler et de Mussolini en 1938, et qui ensuite a été après-guerre arrêté à Cherbourg en officier de la Wehrmacht, puis reconditionné par les Américains qui l'ont ensuite propulsé ministre des Affaires étrangères du gouvernement Adenauer. C'est aussi lui qui a rédigé le traité de Rome pour une large part, qu'il a cosigné avec Adenauer le 25 mars 1957. D'ailleurs, je signale au passage que je me suis fait traîner dans la boue par M.

Quatremer, il y a quelques années, parce que j'avais dit que Walter Hallstein, qui avait quand même été le premier président de la Commission européenne, était un nazi. Donc il m'a traité de complotiste, de conspirationniste...

Il y a un livre qui est sorti au début de cette année en Allemagne par un universitaire qui s'appelle donc « Walter Hallstein : ein Wegbereiter Europas », c'est-à-dire « Walter Hallstein : un défricheur de l'Europe », et qui a mis le scan de la carte du Parti national-socialiste de Walter Hallstein, qui est la carte n° 310 212...

Oui, c'est exact. Allez vérifier ! [Applaudissements du public] Donc, les États-Unis font d'ailleurs...

On voit bien que le « primus inter pares », comme on dit en latin, le premier parmi les autres, vu de Washington, c'est l'Allemagne. C'est avec l'Allemagne que les États-Unis ont les relations les plus étroites. Je signale que Gerhard Schröder, prédécesseur de Merkel, en 2004, était allé aux États-Unis pour signer un pacte germano-américain pour le XXIe siècle : « (das deutsch-amerikanische Bündnis für) das 21.

Jahrhundert ». Que cet accord germano-américain pour le XXIe siècle a été revalidé par Mme Merkel. D'ailleurs, cela fera partie des débats qu'il y aura cet après-midi, justement.

Et donc vu de Berlin, il n'y a pas de couple franco-allemand. Il y a un couple germano-américain. Il n'y a pas de couple franco-allemand.

Le couple franco-allemand, ce sont des élites françaises qui y croient. Voilà. C'est comme si – je ne sais pas – je croyais que j'étais marié avec Kim Kardashian et que je vous disais : « Je suis marié avec Kim Kardashian ».

Bah non. En fait, non. (ET : « Félicitations ! ») [Rires du public] Alors, là où Emmanuel Todd marque un point, je le reconnais, c'est qu'il y a du nouveau outre-Atlantique. (ET : « Ah !

C'est ce que je m'apprêtais à dire. ») Avec l'élection totalement inattendue quand même de Donald Trump, pour lequel tout le monde a ses avis. Moi, il y a un truc qui me le rend sympathique, c'est que tous les jours, tous les jours, la presse occidentale lui tape dessus.

Et tous les jours, il y a un truc nouveau pour lui taper dessus. Donc, je me dis que quelqu'un sur qui on tape tant doit quand même gêner quelque part. Et, bien sûr qu'il charrie avec lui des trucs qui sont quand même pas toujours très ragoûtants.

Il tient des propos extrêmement misogynes, racistes. Il a tenu des propos homophobes, etc. Donc, tout ça, c'est vrai que ça fait quand même un petit peu sursauter avec les valeurs qui sont les nôtres.

Mais il est vrai quand même qu'il y a derrière tout ça...

On sent bien qu'il s'agit d'une révolte du peuple américain contre ses élites. Et actuellement, je pense que les élites euro-atlantistes, les élites mondialisées, sont très inquiètes des élections de mid-term parce qu'elles ont peur que, contrairement à ce qu'on a annoncé, que les élections de mid-term qui vont avoir lieu au mois de novembre confortent en fait Donald Trump. Je signale d'ailleurs, au passage, que son bilan en matière économique est quand même brillantissime, puisque c'est le FMI lui-même, le même FMI qui, il y a quelques mois ou un an, mettait en garde contre les décisions de M.

Trump en matière protectionniste, le FMI, il y a une semaine ou dix jours, qui a dit qu'il y avait une croissance exceptionnellement robuste avec 4,8% de croissance aux États-Unis. Les mêmes qui nous avaient annoncé, toujours le FMI de Mme Lagarde, qui nous avait annoncé que si les Britanniques votaient pour le Brexit dans les semaines qui suivaient, ce serait un effondrement de l'économie britannique, que les entreprises s'en iraient en se pinçant le nez devant ce qui se passait. Et je vous rappelle que l'inénarrable Macron s'était répandu à qui voulait l'entendre, c'est à dire de moins en moins de monde, d'ailleurs, en disant qu'on allait voir ce qu'on allait voir.

La France allait récupérer des quantités de de gens qui allaient traverser le Channel à la nage pour venir s'installer en France devant tant d'horreur. Vous avez vu que le « Financial Times » a mené une enquête cet été, d'où il ressort qu'en définitive, les 200 000 ou 300 000 postes qui devaient fuir la City, ça sera peut-être...

Il faut déjà enlever trois zéros. Ça ne sera peut-être que 2 000. Mais on va nous apprendre sans doute, dans une semaine ou dans deux mois, qu'il faut enlever un zéro.

Ça sera peut-être 200. En réalité, les Britanniques ont très bien géré la livre sterling. Ils l'ont fait déprécier de 10%.

Du coup, les exportations ont bondi. Les importations ont baissé. La création d'emplois a redémarré.

Qui dit création d'emplois dit baisse du chômage. Le chômage a continué de baisser depuis deux ans, hein ! Il est tombé à 4 %, c'est-à-dire le plus bas taux de chômage au Royaume-Uni depuis 1960.

Et M. Macron, avec ses 10% de chômage de catégorie A et les 18 % si on y ajoute tous les petits boulots et tous les stages de formation, etc, les stages cachés, ferait mieux de se cacher lui-même plutôt que de donner des leçons de bonne gestion au Royaume-Uni. Je rappelle aussi que la baisse de la livre sterling a fait que des grandes entreprises ont investi au Royaume-Uni : les sièges sociaux de Google, de...

Je ne sais plus quoi. Et puis je signale aussi que la perspective que le Royaume-Uni sorte de l'UE a fait qu'il y a de moins en moins de travailleurs venant des pays de l'Est qui vont s'installer au Royaume-Uni, puisque la directive des travailleurs détachés ne s'y appliquera plus, notamment. Donc il y a un effondrement de l'afflux d'immigrants au Royaume-Uni.

Et donc, comme il y a une situation du marché tendue, une augmentation des salaires. Donc ça se passe très très bien au Royaume-Uni, de même que l'économie se passe bien aux États-Unis. Il faut que je termine parce que je suis trop bavard.

Mais pour dire qu'en effet, les États-Unis, d'abord, ne sont pas nos ennemis. D'ailleurs, je signale qu'on a presque une centaine d'adhérents aux États-Unis, dont des Franco-Américains. Donc s'ils ont adhéré à l'UPR, c'est bien qu'ils se sentent représentés par notre mouvement. [Applaudissements du public] Je crois que c'est le cinquième pays à l'étranger où nous avons le plus d'adhérents.

Deuxièmement, si les États-Unis en effet, sous Donald Trump, commencent à vouloir revenir à ce qu'ont été les États-Unis, par exemple, pendant la Seconde Guerre mondiale, alors là effectivement, nous changerons bien entendu de position. Je note d'ailleurs que Donald Trump lui-même, sur l'OTAN, a pris des décisions qui sont quand même contraires à ce que veut l'oligarchie. Il tend la main à Vladimir Poutine.

Il demande que les Européens mettent plus d'argent dans l'OTAN. Il a même plus ou moins menacé de fermer boutique. En réalité, nous faisons nôtre cette formidable parole de De Gaulle, qui avait dit que – il avait dit ça à Peyrrefitte en 1964 – « Lorsque le communisme s'effondrera, l'OTAN devra se dissoudre.

Parce que nous ne devons plus être dans une logique de blocs, nous devons être dans une logique de coopérations militaires ». [Applaudissements du public] Ainsi, selon M. Asselineau, l'OTAN nous entraîne plus dans une logique de confrontation que de coopération avec le monde anglo-américain en un sens.

Et peut-être, à ce titre, il y a une vraie divergence entre entre nos deux intervenants. Estimez-vous, Emmanuel Todd, que M. Asselineau a raison de vous corriger sur certains points ?

Estimez-vous que vous avez été corrigé ? (ET : « Et puis quoi encore ? ») [Rires du public] AE : « Est-ce que vous avez des choses à redire ? » ET : « On est entre copains donc on peut se friter librement ! » Non !

Absolument pas ! Il aggrave son cas ! [Rires du public] (AE : « Vous avez des choses à répondre, du coup ».) Ah bah ouais ! [Rires du public] D'abord, je voudrais revenir sur cette histoire de Syrie.

Et du fait que la politique française en Syrie était lamentable. Et que ce n'était pas à l’Allemagne qu'on devait notre engagement là-bas, mais que ça avait plutôt un rapport avec des liens, effectivement, avec les États-Unis, l'OTAN, l’Angleterre, etc. Tout ça est absolument exact.

Et je pense comme François Asselineau que ce qu'on prétendait faire en Syrie était tout à fait absurde. C'est absolument exact. Je l'ai dit dans une émission de France Culture qui a, je crois, mis fin à toute collaboration avec le secteur d'État. [Rires et applaudissements] Parce que j'avais osé, pendant cette émission, dire que, quand même, le niveau intellectuel des diplomates russes était très supérieur à celui des gens du quai d’Orsay. [Applaudissements du public] Ce qui a conduit à l'annulation immédiate d'un voyage pour les services culturels français que je devais faire au Vietnam, par l'ambassade française au Vietnam.

Voilà, donc y a pas de problème sur cette question. Mais la question...

Je reviens sur cette idée de guerre. L'idée de guerre suppose des priorités, en fait. Et c'est terrible à dire, mais le destin de la France ne se joue pas en Syrie.

Je pense que la France est un peu aveugle au-delà du Liban, en fait. C'est un terrain secondaire. Le terrain primordial de la lutte, c'est la préservation des capacités industrielles et scientifiques françaises.

Et ça, ça se passe ici ! Et c'est ça qui a un rapport direct avec l’Allemagne ! Il est vrai que le libre-échange conduit aussi...

Je veux dire, la façon dont Alstom a été dépecé [Applaudissements] a abouti – ainsi que le faisait remarquer un proche – à un partage des activités entre des boîtes allemandes et des boîtes américaines. Donc je suis conscient. Je ne suis pas du tout aveugle à ces choses.

Mais la priorité, quand même, si on fait de la géopolitique, c'est la souveraineté nationale. C'est la souveraineté monétaire. C'est la sortie de l'euro.

Ça n'a rien à voir avec la Syrie et c'est là qu'il convient d'être vraiment, je dirais, à jour sur l'évolution des États-Unis. Alors, il y a un moment donné où je me disais : « Mais qui est historien, ici ? Et qui est politique ? ».

Parce que François Asselineau nous a emmené dans un super road trip historique. Sur les méfaits germano-américains associés, c'était rempli de trucs justes. Je ne peux pas tout vérifier mais dans l'ensemble...

Et il est absolument exact qu'au départ, l’Europe a été une invention des États-Unis. [Applaudissements du public] Sur ce plan là, il n'est pas question... (FA : « Ah !

Complotiste ! ») [Rires du public] Mais dans le monde anglo-américain, ce n'est pas du tout du complot. C'est l'interprétation officielle. (FA : « Ah !

Conspirationniste ! ») [Rires] Non non ! Je suis ici sans être là, moi. 95% des bouquins que je lis sont en anglais.

J'ai écrit plusieurs livres sur la France et je suis amoureux de la France. Mais l'essentiel de ma formation à la recherche a été acquis en Angleterre et je vis dans un autre monde. Donc tous les trucs de complotistes à la française, rien à foutre !

Vous voyez ? C'est pas du tout mon problème. [Applaudissements] J'ai peut-être atteint avec ces lectures un statut extraterritorial.

Et voilà. Donc, c'était vrai au départ. Et je dirais que, jusque dans une phase récente, les Américains, et d'ailleurs les Britanniques à leur suite, ont un peu considéré que l'UE était leur terrain de jeu.

L'élargissement de l'UE aux pays d’Europe de l'Est, aux pays baltes, tout ça s'est fait sous influence américaine, anglaise. Les Américains ont imposé la réunification de l’Allemagne. Que les Anglais, eux, ne voulaient pas.

Thatcher n'en voulait pas. Et donc, jusqu'à une période finalement assez récente, c'est vrai qu'on ne pouvait pas distinguer les deux. Mais c’est là qu’il faut être à jour.

C'est-à-dire que ce qui s’est passé ou ce qui se passe dans la période récente dans les cercles géopolitiques américains...

Et ça va au-delà de Trump. En fait, c’est qu'il y a des articles là-dessus. Il y a un type très bien, un Britannique très bien, qui s’appelle Kundnani, qui a écrit sur ce genre de choses, je crois.

J’espère ne pas faire d’erreur. Les Américains ont pris conscience de leur erreur. C’est-à-dire les Américains, comme les Français, ont sous-estimé l’Allemagne.

L’Allemagne est un pays extraordinaire par sa capacité d’organisation, de réaction, d’adaptation. Donc l’Allemagne a été réunifiée contre l’avis des Français et des Anglais, en fait, et avec l’accord des Américains. Mais les Américains n’auraient jamais imaginé que l’Allemagne arrive à retaper sa partie orientale en quelques décennies.

Qu’elle dégage des excédents commerciaux pareils. Qu’elle commence une montée en gamme, en fait, de son industrie vers les technologies de pointe et qu’elle commence à s’affirmer comme un rival des États-Unis en contrôlant le système européen. Et les élites géopolitiques américaines sont dans une prise de conscience de ça.

Et quand on regarde ce qui se passe aux États-Unis, on parle beaucoup de l’hostilité des États-Unis à la Chine et des mesures protectionnistes contre la Chine. Mais en fait, dans les cercles américains, le pays menaçant, c’est l’Allemagne, maintenant. Donc il y a un renversement d’attitude en cours.

Je ne dis pas que c’est achevé. Je dis qu’il y a une prise de conscience en cours des Américains. C’est vrai que l’Europe est leur chose.

C’est vrai que la réunification de l’Allemagne résulte de leur décision, en fait. Mais d’une décision qui sous-estimait l’Allemagne. Et là, ils sont en train de prendre conscience.

Ce sont les Américains qui ont sabordé le traité transatlantique. C’est les Allemands qui étaient pour, avec l’objectif d’achever l’industrie américaine dans la compétition. Donc au stade actuel, les Américains commencent à regarder l’Allemagne élargie, l’Allemagne et sa sphère d’influence européenne comme un rival stratégique.

Donc il devient de l’intérêt des Américains de se débarrasser de cette Europe-là et de cette Allemagne-là. Et ça, ça va au-delà de Trump et c’est de ça dont il faut tenir compte. C’est ça qu’il faut utiliser.

Donc je ne dis pas que le processus est achevé. Mais je dis que c’est quelque chose qu’il faut surveiller, monitorer comme on dit en français. Et donc qu’il faut être à jour.

Mais la géopolitique ou des décisions géopolitiques ne peuvent pas dire ça. Moi, j’aime bien les États-Unis. Les histoires des Allemands du Dakota, euh...

Je ne suis pas trop là-dedans, je veux dire on fabrique une Amérique... (FA : « Moi non plus. » ) Voilà.

On fabrique un Américain sympa avec n’importe quoi, avec n’importe qui. C’est la magie de l’Amérique. Bon.

Moi, j’aime bien l’Amérique. J’y peux rien. Même si j’ai écrit le grand classique soi-disant antiaméricain « Après l’empire » au moment où ils étaient un peu cinglés.

Mais en fait, comme je le disais tout à l’heure, même si on ne supporte pas la rationalisation à l’américaine, tout ce qu’on veut, la géopolitique, ce n’est pas ça. La géopolitique, c’est s’appuyer sur des gens qui peuvent vous aider sur votre problème principal. Et le problème principal de la France, c’est d’être prisonnière de la zone euro.

Qui est un système d’interaction avec l’Allemagne. Et c’est de ça qu’il faut sortir, à tout prix, en priorité. Et même si on n’aime pas les États-Unis, il faut les utiliser en se bouchant le nez, si vous voulez.

Vous voyez ? Et je terminerai en disant une chose. C’est que même si vous considérez les États-Unis comme malfaisants, en recherche de puissance absolue, les États-Unis se pensent, enfin de moins en moins...

Trump là-dessus, c’est le type qui a vu que les États-Unis n’étaient plus maîtres du monde ou ne pouvaient plus fonctionner dans le fantasme de l’hyperpuissance, de la maîtrise du monde, etc. Mais les États-Unis, ils sont dans un jeu mondial. Ils peuvent compter sur leur allié japonais.

Ils doivent contrôler la Chine. Ils sont en un certain sens partout. Et du point de vue des Américains, le contrôle de la France est un truc complètement secondaire.

Vous voyez ? C’est terrible à dire. Mais c’est pas du tout une priorité pour les Américains de contrôler la France.

Pour l’Allemagne, c’est une priorité ! Vous voyez ? C’est-à-dire que vous avez d’un côté un pays qui tourne national, souverainiste et qui considère l’Allemagne comme un rival stratégique, sur lequel on peut s’appuyer.

Et de l’autre côté une Allemagne qui aime tellement la France qu’elle nous étouffe de son amour. Vous voyez ? Et donc c'est pour ça que je dis qu'il faut hiérarchiser.

Ou alors je ne sais pas. Mettez la sortie de l’OTAN en petit dans le programme. [Rires et applaudissements du public] La sortie de l’OTAN en petit, certes.

Mais certains pourraient répondre la sortie de l’OTAN quand même. [Rires et applaudissements du public] Vous faites savoir à l'ambassade américaine que c'est pour rire. [Rires du public] Dans ce cas, M.

Asselineau, peut-être que vous auriez des petits éléments à répondre. Et pour recentrer un petit peu plus le débat, est-ce que peut-être, pour répondre à M. Todd, on peut essayer d’argumenter que la présence de la France dans l’OTAN réduit en un sens sa puissance sous certains aspects ? – Enfin, je ne sais pas ce que vous en pensez. – Et à ce titre contribue à sa chute progressive et que donc, finalement, la sortie de l’OTAN peut être une priorité ?

Enfin en un sens. Je vous laisse l’argumenter. Vous voyez qu'il est bien ! [Applaudissements du public] Alors, d’abord, je voudrais être le Japonais de service, pour essayer de trouver les points communs.

Je me réjouis quand même qu’avec Emmanuel, on est d’accord sur la sortie de l’UE et sur la sortie de l’euro. Et que ce sont les priorités des priorités. D'ailleurs, je ne cesse de le dire.

Je suis d’accord avec Emmanuel Todd sur le fait que les États-Unis ont changé. – Je l’ai dit même avant qu’il ne le dise d’ailleurs. – (ET : « Oui c’est vrai, vous avez assuré la transition. ») Du moins, l’équipe dirigeante autour de Trump.

Mais je crois que quand on dit les Américains, c’est comme quand on dit les Français. C’est comme lorsque j’étais en Syrie sur l’affaire du Liban. Les gens que je voyais me disaient : « Les Français ont tout faux. » Je disais : « Vous savez, les Français, le peuple français n’a rien demandé sur l’affaire syrienne.

Ce sont des dirigeants qui ont fait ça. Donc... » [Applaudissements du public] On est bien d'accord, comme tout le monde.

Moi, j'ai des amis américains. Je les aime bien. On a des points communs avec les États-Unis.

Je disais tout à l’heure que c’était le cinquième pays d'adhérents UPR. Le premier où on a des adhérents en pays étranger, c’est la Belgique. Suivie par la Suisse.

Suivie par le Canada, puis le Royaume-Uni, puis les États-Unis. Donc on a effectivement des liens avec eux. C’est vrai que Trump marque peut-être, probablement même, un début de changement de l’Histoire.

Je crois qu’on est face à un cycle historique. Comme il y a les cycles économiques de Kondratiev, il y a des cycles économiques ou des cycles politiques. Je pense que, coup sur coup, le Brexit et l’élection de Trump resteront pour les historiens dans 50 ou 100 ans comme le début de la fin de la mondialisation.

D’ailleurs, le voyage que j’ai fait au Japon ou j’ai été reçu, soit dit en passant, de façon exceptionnelle par beaucoup d’anciens dirigeants ou même un membre du gouvernement japonais, j’ai été tout à fait sidéré de voir un pays qui est en perte de vitesse très rapide par rapport à ce qu’il était quand je l’avais connu il y a trente ans. Mais aussi à une rébellion latente chez les Japonais face à la mondialisation qui est en train de les faire redevenir des nains par rapport à la Chine, en fait. Alors si les États-Unis persistent, si Donald Trump est suivi par d’autres...

Effectivement, comme le prophétise Emmanuel Todd. Et moi je suis toujours très intéressé parce que je voue a Emmanuel une admiration sans bornes. Je lui ai dit la première fois quand j’étais étudiant, que j’avais lu « La Chute finale » en 76 qui est un livre absolument génial quand vous y réfléchissez.

Donc si effectivement, cette prophétie se réalise et si les États-Unis commencent à prendre de plus en plus leurs distances avec l’Allemagne, bien sûr, à ce moment-là, ça sera peut-être un partenaire qu’il faut avoir. Mais je dirais qu’il faut, dans la géopolitique, avoir des alliés un peu partout. Lorsque de Gaulle dit à Peyrefitte en 1964 qu’il avait voulu avec le traité franco-allemand faire apparaître un couple franco-allemand, et puis qu’en fait, ce traité franco-allemand de l’Élysée de début 63 est torpillé en juin 63 par un vote du Bundestag qui ajoute un protocole interprétatif qui place totalement l’Allemagne sous la tutelle des États-Unis alors que justement, de Gaulle n’avait pas voulu le faire.

De Gaulle, à ce moment-là, dit : « Bon. Mais nous, on va sortir du marché commun. Ça ne nous dérange pas. » Peyrefitte lui dit : « Mais comment ?

C’est possible ? » Et de Gaulle dit : « Mais bien sûr. On peut très bien sortir du marché commun.

Ça ne nous dérange pas. » Il a cette phrase : « La France est grande et le monde est suffisamment vaste. Et la France un grand rôle à y jouer. » Donc ce que nous devons faire, et je suis d’accord qu’il faut avoir des alliances, il ne s’agit pas d’être tout seul.

Mais les alliances elles doivent être : peut-être avec les États-Unis qui se recentreraient un petit peu sur des principes plus démocratiques et sur la volonté de ne pas laisser l’Allemagne dominer le continent. C’est possible que ce soit une évolution. C’est quand même pas totalement certain, parce que la position de Trump est quand même assez fragile, me semble-t-il, quand on voit comment il essaye contre vents et marées d’améliorer la situation entre la Russie et les États-Unis.

On voit à l’évidence qu’il s’entend bien avec Poutine, qu’il trouve que Poutine est un grand homme d’État. Et on voit à l’évidence que l’État profond aux États-Unis ne cesse de l’empêcher de faire ça pour avoir une position de nature belliciste contre la Russie. Mais on peut être inquiet sur la suite des événements.

Mais la France, elle doit se rapprocher de la Russie. La France, elle doit se rapprocher de la Chine. la France doit se rapprocher des BRICS.

De façon plus générale, la France doit faire... [Applaudissements du public] La France doit faire des alliances de revers.

Vous savez que les relations entre la France et la Russie remontent à loin. Lorsque Henri Ie (premier) s’était marié avec Anne de Kiev. On est au début du XIIIe siècle.

D’ailleurs, leur fils sera Philippe. Philippe, c’est un nom d’origine byzantine qui a inauguré la liste des Philippe Ie, Philippe II, Philippe Auguste, Philippe le Long, Philippe le Bel, etc. Eh bien, de Gaulle disait qu'à chaque fois que la France était en bons termes avec la Russie dans notre histoire, ça a été des grands moments de l’histoire de France.

À chaque fois qu’elle a été en conflit avec la Russie, ça a été des mauvais moments de notre histoire. Et il dit ça en 73, c’est exactement le cas aujourd’hui. Donc nous, notre volonté, ça n’est pas de ce nous refermer sur nous-mêmes.

Bien au contraire, c’est de rouvrir la France à l’universel, d’avoir des relations d’égal à égal avec les États-Unis. Très bien ! Lorsque Georges Pompidou et Richard Nixon se rencontrent en Islande en 1973, le président des États-Unis fait le déplacement de Reykjavík pour rencontrer le seul président de la République française.

Lorsqu'Obama a fait ses adieux en quittant la Maison-Blanche, il a survolé au sens propre comme au figuré la France. Il est allé voir Mme Merkel. Donc il y a quand même, effectivement...

Et M. Obama, ce n’était pas en France qu’il est venu. Il est allé voir Mme Merkel.

Donc nous devons reprendre notre rang. Nous prendrons notre rang lorsque nous serons sortis de l’UE, de l'euro et de l'OTAN. Et nous aurons des liens d’amitié – je l’espère – avec les États-Unis comme avec la Russie. [Applaudissements du public] (ET : « Je voudrais rajouter un mot sur la Russie parce que là, on est en plein accord et donc... ») (FA : « En fait on est d’accord sur presque tout. ») Non non, il y a un énorme point d’accord.

Il y a un point d’accord secondaire sur la Russie puisque c’est vrai que j’ai toujours dit qu’il fallait accepter la Russie telle qu’elle était, que le régime Poutine était une démocratie autoritaire mais l’autoritarisme n’est pas dans le régime. Vous avez eu la gentillesse de faire allusion à mes travaux sur les structures familiales et donc, je pense que chaque pays est porteur d’un système de grande variabilité. Les individus sont libres, mais il y a des dominantes dans les cultures nationales.

Il y a des tempéraments plus ou moins libéraux, plus ou moins autoritaires, plus ou moins égalitaires, plus ou moins inégalitaires. Bon, la Russie avait un système familial communautaire, très autoritaire, très égalitaire qui a permis l’émergence du communisme et qui fait que maintenant, sous une forme adoucie, le peuple russe reste assez égalitaire, autoritaire. Et c’est ça, le soutien fondamental du régime Poutine.

Si d’ailleurs on utilise ces variables-là, les trois grandes nations qui ont fondé la démocratie libérale à savoir l’Angleterre les États-Unis et la France, ont en commun ou avaient en commun une structure familiale nucléaire individualiste, en tout cas pour le bassin parisien en France. [Enthoven : C’est à dire ? Si vous pouvez expliquer un peu à quoi cela correspond ?

Nous ne sommes pas tous des experts des structures familiales.] (Todd :) Oui, alors grand moment d’émotion, décrire trois types familiaux devant l’UPR. Pour moi ça va être collector je sens. [Rires] Allez-y, ne vous privez pas!

Voilà, donc s’il faut. Là, je suis dans le passé paysan donc vous prenez des paysans anglais du XVIIe siècle, ce que vous avez quand vous observez le cycle de développement de la famille c’est vous avez papa, maman, les enfants et dès l’adolescence, aux premiers signes de puberté, y compris les enfants de grands fermiers, les gosses s’en vont, doivent faire leur vie et se marient en fondant une unité domestique autonome donc la famille est toujours en théorie moderne, nucléaire. Papa, maman, les enfants et jamais plus.

Les Français, les paysans ou les ouvriers agricoles français du bassin parisien avaient une variante de la même chose, c’est-à-dire ils avaient le même truc, mais en plus bien avant la Révolution française une règle de division égalitaire frénétique des héritages. Bon, l’Allemagne, le Japon c’est ce qu’on appelait la famille souche. C’est-à-dire que c’était tout à fait opposé sur le concept.

C’est-à-dire que dans la paysannerie vous aviez à chaque génération désignation d’un héritier unique, généralement l’aîné des garçons. Apparition à certaines phases du cycle de développement de familles à trois générations et puis les exclus d’héritage s’en allaient. Donc les valeurs si vous voulez, les valeurs fondamentales du bassin parisien c’était la liberté et l’égalité des enfants dans la famille.

Autonomie rapide, division égalitaire de l’héritage. Les valeurs de la famille anglaise c’était la liberté, mais alors le principe d’égalité les Anglais dans la famille, pas trop quoi, pas chauds. L’Allemagne ou le Japon, autoritarisme, puisque vous aviez de grands garçons adultes, mariés, produisant des enfants, mais toujours sous l’autorité du père, des parents.

Mais une règle d’inégalité très forte puisqu’un enfant est désigné les autres exclus. Et puis en Russie vous avez au contraire, vous aviez apparition de... tous les fils restaient idéalement avec leur père prenaient des épouses à l’extérieur et vous aviez les plus grosses formes de ménages concevables, c’est-à-dire un père, ses fils, les épouses de ses fils et puis la génération des petits enfants.

Et la façon dont j’interprète la diversité des idéologies qui sont apparues dans la phase de modernisation, c’est-à-dire d’explosion des structures traditionnelles. Eh bien ces idéologies sont simplement des reflets de ces structures familiales passées. Donc les Anglais qui étaient dans ce système, ça a été d’abord trouvé par Alan Macfarlane qui était mon examinateur de thèse à Cambridge, ce n’est pas juste ma thèse, c’est une thèse que j’ai généralisée.

Macfarlane avait compris que l’individualisme non égalitaire des Anglais trouvait sa source dans cette organisation familiale où les enfants étaient traités de façon libérale non égalitaire. Les grandes valeurs de la Révolution française : liberté, égalité elles sont dans les familles des paysans du bassin parisien. Simplement on apprend à lire et on trouve que les idéologies sympas c’est celles qui pensent que les hommes doivent être libres et égaux.

En Allemagne, au Japon, dans la phase de modernisation et de désintégration de ces grandes familles ce qu’on a vu apparaître, c’est je veux dire des idéologies autoritaires. Alors ça peut être autoritaires légères, la social-démocratie, la démocratie chrétienne, mais combinée à une crise religieuse un truc fou comme le nazisme, vous voyez ? La contribution de l’Allemagne à l’émergence de la démocratie occidentale n’est pas évidente dans l’histoire.

Et en Russie, la famille explose et donc ce qui apparaît c’est une aspiration à l’autorité et à l’égalité puisque les frères sont égaux, tradition autoritaire et donc on cherche à remplacer cette famille qui disparaît. L’individu libéré est apeuré et donc il cherche des substituts donc ça va être le parti, l’État. Et je dis toujours que ce qui était le plus proche de la famille ancienne dans la Russie stalinienne c’était le KGB parce qu’ils s’occupaient, comme le père russe, personnellement des citoyens.

Vous voyez ? Donc et en fait toutes ces choses existent, mais quand même, Jusqu’ici j’étais dans une posture géopolitique réaliste qui disait : non, mais en fait on s’en fout de qui sont les Américains. L’important pour nous Français c’est qu’ils sont quand même vachement plus loin que les Allemands.

En gros, voilà. [Rires et applaudissements] Mais il y a quand même en termes d’affinités culturelles, il y a ces trois grandes nations qui ont inventées la démocratie libérale, c’est des Anglais, les Américains et les Français et on a une parenté de mœurs, je veux dire. Alors c’est vrai, François Asselineau ça c’était très bon quand il a souligné l’obsession des modes d’emploi et des rationalisations américaines.

Ça c’est totalement vrai. C’est vrai qu’ils ne sont pas exactement comme nous. Nous ça marche plus au feeling, la logique de l’honneur.

En vérité en France, enfin ça marche, mais quand on fait le détail de la société française qui en plus est diverse, sur la périphérie il y a des systèmes souches de type allemand, mais en fait la France on ne comprend pas comment ça marche comme pays. C’est d’ailleurs sa béquille, il ne devrait pas marcher logiquement. [Rires] [Enthoven : Mais le fait est qu’il marche quoi.] (Todd :) Voilà, c’est ce qu’on constate empiriquement.

Mais c’est probablement pour ça qu’il survivra au fond, mais parce qu’on ne comprend pas comment il marche. Mais on a quand même une affinité libérale aux Anglo-Saxons qu'on a absolument pas avec les Allemands, c'est-à-dire et pour une part la construction européenne, alors il y a de la famille souche dans le Sud-ouest, mais les Toulousains sont quand même une famille souche adoucie par les influences du Nord. Donc ce n’est pas comme l’Allemagne.

Mais on a en fait avec les Allemands, et c’est le vrai mensonge de l’Europe, un vrai conflit, je dirais de nature anthropologique. Les valeurs de la France et d’Allemagne ne sont pas les mêmes et c’est pour ça qu’ils sont aussi organisés, si efficaces et qu’on est si sympas et si bordéliques, vous voyez. C’est donc... [Rires et applaudissements] Alors j'ajoute une dernière chose, pour donner de la substance anthropologique à ce qui nous est commun, c’est-à-dire l’hostilité à la construction européenne.

C’est à dire que c’est quelque chose, j’ai un chapitre pratiquement complet dans mon dernier bouquin qui est une sorte de relecture de l'histoire humaine. C'est l’aboutissement de ma réflexion sur l’euro. Vous voyez, je me suis battu inutilement 25 ans contre l’euro, quand même un quart de siècle, j'ai quand même fait ce que j'ai pu... [Applaudissements] et donc j'étais désespéré de voir s'établir, résister cette monnaie qui nous détruit.

Qui détruit une bonne partie de l’Europe et donc cette monnaie d’une certaine manière antiéconomique. Et je me disais, mais pourquoi ? Pourquoi, pourquoi tant de haine ?

Pourquoi tant de haine pour les populations, pourquoi tant de souffrances inutiles ? Et si vous prenez, si vous considérez l’euro comme un instrument économique, effectivement l'euro est un truc incompréhensible, son échec est évident. Mais si vous voyez l’euro comme une manifestation autoritaire.

Non pas du tout comme une monnaie qui est faite pour servir les gens mais pour les dominer, pour les mettre au pas, pour les punir. Vous voyez ? [Applaudissements] Eh bien, si vous regardez ce que sont les traditions familiales dominantes dans la zone euro et aussi les traditions religieuses, en fait, si on inclut le catholicisme autoritaire ou ce qu’il en reste en termes de traces, ce que j’appelle catholicisme zombi, eh bien vous vous rendez compte que les formes familiales et religieuses qui dominent la zone euro sont autoritaires.

C’est-à-dire vous allez trouver la famille souche sur tout le nord de la péninsule ibérique, vous allez trouver la famille souche dans une partie de la périphérie française, vous allez la trouver en Allemagne, vous allez la trouver en Autriche, au centre de l’Italie, vous allez trouver des systèmes autoritaires de tradition communautaire plutôt russe. Si vous ajoutez les zones qui étaient catholiques, qui étaient les soutiens du franquisme dans tout le nord de l’Espagne, les régions catholiques du nord de l’Italie, vous allez retomber sur une explication d’un truc que nous savons tous si nous regardons l’histoire. C’est-à-dire qu’à part la France du bassin parisien, la Belgique et quelques pays scandinaves l’Europe continentale n’est pas libérale de tempérament, le grand mensonge de l’Union européenne c’est de se raconter qu’elle est le lieu d’épanouissement et d’affirmation de la démocratie libérale.

Prenez l’Europe des années 30, vous partez du Portugal, Salazar. À la fin vous avez Franco, bon on sauve la France de Vichy c’est un petit accident lié à la présence de la Wehrmacht. En Italie vous avez Mussolini.

En Autriche ça devait Dollfuss ou quelqu’un comme ça. En Allemagne vous avez Hitler, et à l’Est ça empire. Mais en vérité l’Europe continentale... et puis vous avez quand même la... jusqu'au Front populaire et un peu après vous avez la tradition républicaine libérale française qui subsiste mais qui est très minoritaire sur le continent.

Et la vérité de l'Union européenne, c'est que c'est une zone historique d’épanouissement de cultures politiques autoritaires. Et la liberté, la démocratie libérale en Europe c’est certes la France du bassin parisien qui a fait la révolution, c’est l’Angleterre et puis quelques pays scandinaves, la Belgique et les Pays-Bas et c’est tout ! Et donc quand vous dites que l’Europe de Bruxelles est devenue un système autoritaire, de destruction de la démocratie, que l’euro est là pour punir les populations, vous devez comprendre que ça n’est pas pour un anthropologue quelque chose d’anormal.

C’est qu’il y a une certaine logique historique, c’est ce qu’on doit être si on reste dans l’Union européenne. Et c’est pour ces raisons que je dis, alors là ça va un peu au-delà des questions de géopolitique, que notre lien avec les Anglo-Américains est essentiel parce que nos frères en démocratie libérale c’est eux. Et quand les Anglais disent, on veut se tirer de l’Europe parce que c’est des bureaucrates autoritaires qui mettent en péril la souveraineté du parlement britannique qui est le début de la démocratie libérale, ils ont complètement raison. [Applaudissements] (Enthoven :) Donc d’une certaine façon, afin d’aider la France à se redresser, à sortir du chemin qu’elle prend à l’heure actuell, il faut, si j’ai bien saisi selon vous, se rapprocher des Anglo-Américains.

Nous ne proposons pas en l’occurrence à l’Union populaire républicaine de s’opposer au monde anglo-américain, la sortie de l’Otan n’est pas nécessairement une opposition. Quand bien même elle nous sépare un petit peu de ce monde. Vous, vous voulez carrément, en fait, qu’on ce qu’on se rapproche.

Vous estimez que ce rapprochement... (Todd :) Gardez la sortie de L’Otan, mais proposez un rapprochement d’un autre type avec les États-Unis. (Enthoven :)Mais notez tout de même que vous... [Applaudissements] (Todd :) Adressez-vous directement la CIA. [Rires] (F.A. :) Mais ils sont ici, ils nous écoutent. [Rires] (Todd :) Ils continuent de ne me faire aucune proposition d’emploi. (Enthoven :) C’est scandaleux, scandaleux ! (Todd :) C’est un scandale ! (Enthoven :) M.

Asselineau a bien précisé qu’il souhaite que la France entretienne des relations un petit peu plus développées, notamment avec les BRICS, avec des nouveaux pays émergents, avec la Russie, mais aussi entre autres avec les États-Unis. Donc finalement ce que vous proposez n’est pas du tout exclu de ce que propose l’Union populaire républicaine en vue de redresser d’une certaine manière la France. (F.A.) Absolument!

Alors je vais prendre la parole, merci beaucoup Aurélien. [Applaudissements] En fait, moi j'aime beaucoup ce que dit Emmanuel Todd là. Tout ce qu'il a dit tout à l'heure était tout à fait juste.

J'allais dire, c'est le grand Emmanuel Todd qu'on a eu. (Todd :) Avant c'était le petit. [Rires et applaudissements] (F.A. :) Je suis totalement d'accord notamment sur tous ses schémas anthropologiques, sur le fait qu'effectivement la démocratie libérale est plutôt une anomalie en Europe qu'une généralité.

Je rappellerai d'ailleurs que notre mouvement a pour slogan l'union du peuple, non pas pour sortir de l'Otan, mais l'union du peuple pour rétablir la démocratie. C'est bien de ça qu'il s'agit. Je voudrais redire, mais faut pas que tout tourne autour de l’Otan qui n'est finalement que l'un des aspects de notre programme. je voudrais quand même réagir à ce qu’a dit Aurélien finement tout à l’heure et que je n’ai pas suffisamment relevé.

Quand il a fait remarquer, vous l'avez noté, que notre appartenance à l'Otan a quand même des inconvénients considérables en matière d'indépendance nationale, notamment en matière de production industrielle dans l'industrie de l'armement. Puisque nous allons de plus en plus vers des programmes plurinationaux à l'intérieur de l'Otan, où on oblige les États finalement qui participent à ça, à participer, par exemple, à un avion de combat européen ou un truc comme ça où nous n'aurions plus qu'une partie des ailes ou une partie de ci, une partie de ça, alors même qu'il est important, si on veut être un pays indépendant et souverain et avec quand même, l'appareil industriel dont la France dispose, il est quand même fondamental que la France puisse conserver une industrie nationale totalement indépendante en matière d'armement. [Applaudissements du public] Je relève quand même que, vous avez vu ce scandale absolu qu'a été le contrat du siècle passé par la Belgique il y a deux jours, qui a décidé d’acheter des F-35 américains au lieu d’avions Rafale.

Donc, où est la solidarité européenne dans ce genre de circonstances ? [Applaudissements du public] Je rappelle aussi que — d’ailleurs Emmanuel Todd a eu la gentillesse, enfin l’honnêteté intellectuelle de le souligner — c'est qu'effectivement, par exemple, le démembrement d'Alstom auquel s'est livré notre Macron enfin qui fait semblant d'être... enfin en gros, le mari de Brigitte Trogneux.

Il y a quand même une partie qui a été donnée à l’Allemagne ; le TGV donné aux Allemands, ce que je trouve personnellement un scandale absolu ! Quand on a affaire à un symbole de cette nature, moi je me rappelle quand j'étais dans les années 90, quand j'allais avec Jacques Chirac en 96, quand il était reçu par le président Jiang Zemin à Pékin et qu'il militait pour que les Chinois achètent le TGV français. Après avoir dit que nous formions l'Europe, que c'était extraordinaire, qu'on allait avoir une monnaie européenne, que nous faisions les deux doigts d'une main avec l’Allemagne, le président Jiang Zemin écoute Chirac en train de lui vanter les mérites du TGV français pour la ligne Pékin-Shanghai, et au bout du compte, le président chinois dit : « Mais je comprends bien monsieur le président de la République française, mais il y a trois semaines dans le même siège que vous occupez, je recevais le chancelier d’Allemagne, M.

Schröder, qui me disait que je devais acheter le train ICE de chez Siemens. Alors, qu’est-ce que je dois faire ? lui disait-il malicieusement, puisque je croyais que vous étiez les deux doigts de la même main. » Quoi, en gros.

Chirac n'avait plus qu'à regarder le bout de ses chaussures, parce qu'il ne savait pas quoi répondre à cette histoire. Nous, nous avons, dans ce TGV qui a été vendu aux Allemands, nous avons la marque, en effet, de la puissance allemande qui est derrière, mais je rappelle aussi que les turbines, elles ont été cédées aux aux États-Unis et que là, ça met gravement en cause notre filière nucléaire française. Donc, si on propose de sortir de l’Otan ce n'est pas seulement pour des raisons géopolitiques, c'est aussi pour des raisons de logique industrielle.

Mais en tout cas, je me réjouis quand même de voir que l'on est quand même d'accord sur énormément de choses. Il y a peut-être un aspect que nous n'avons pas abordé, si je peux me permettre, c'est l'aspect culturel et civilisationnel. On a quand même pas énormément de films allemands à la télévision française.

On a quand même un tsunami de productions d'Hollywood, et vous savez que dans notre programme à nous, il y a l'idée de rouvrir la France vers l'universel, et notamment, je l'ai suffisamment dit, la volonté de renationaliser TF1. Je suis désolé pour le journaliste de TF1 qui était là présent, mais qui n'était pas d'ailleurs en désaccord j'en sais rien, mais pas pour avoir une espèce de télévision d’État, comme Michel Sardou me l'avait reproché quand j'étais passé une fois, vous savez, sur On n'est pas couché. Non, c'était pour avoir un outil de formation, d'éducation populaire, d'ouverture des Français sur l'universel.

Nous sommes, je suis le seul candidat en 2017 à avoir insisté à ce point sur la nécessité qu'on n'ouvre la d'esprit des Français sur les civilisations extra-européennes : sur l’Inde, la Chine, le Japon, l’Égypte, le Pérou, etc. qu'on ait des productions à la télévision qui aillent dans ce sens. Il y a aussi un combat, un « Kulturkampf » vous savez, le combat culturel qui était cher à l’Allemagne du XIXe siècle.

Il y a un combat culturel à mener, qui doit renouer avec ce qu'est la France. De ce point de vue là, je pense qu'il faut quand même aussi ne pas accabler toujours ni les Américains ni les Allemands, mais il y a aussi un tropisme français, qui est assez détestable, qui est que, notamment dans nos élites, il y a une espèce d’auto-phobie de la France. Lorsque les gens disent que nous sommes des europhobes, je réponds toujours que nous n'avons pas de phobie, parce qu'une phobie c'est une peur irrationnelle.

Nous, nous n'avons pas une peur irrationnelle de la construction européenne. Au contraire, nous menons un combat parfaitement rationnel contre une opération qui est en train de nous détruire et de détruire notre pays. J'espère qu'on aura quand même aussi l'occasion de parler d'un sujet absolument capital, surtout ces jours-ci, qui est celui du démembrement de l'unité nationale, avec cette trahison inimaginable qu'est en train de faire Macron et Philippe, en modifiant, comme ça, le statut de l’Alsace alors qu'en 2013 les Alsaciens ont refusé la disparition des deux départements. [Applaudissements du public] Nous ne sommes pas des europhobes, nous ne sommes pas non plus des souverainistes, nous sommes un mouvement de libération nationale, et nous avons, non pas une europhobie, nous avons une analyse très précise, très rationnelle du désastre auquel nous conduisent l'Union européenne et l'euro.

En revanche, nous estimons que les élites françaises, lato sensu « au sens large » comme on dit, les élites françaises, elles, sont francophobes : elles ont une phobie, c'est-à-dire une peur irrationnelle de notre pays, qu'il s'agit de défendre. Comme le disait de Gaulle, vous le savez : « en France, seul le peuple est patriote, les bourgeois ne le sont pas. » C'est une des grandes caractéristiques qui traverse toute notre histoire de France et je crois que le mouvement de rassemblement que l'on essaie de développer, qui se développe d'ailleurs, vous en êtes les témoins vivants, il doit d'abord et avant tout aussi renouer avec les plus grands moments de l'histoire de France et puis redonner, excusez-moi de le dire mais, de la fierté et de l'amour pour notre pays. [Applaudissements du public] Enthoven : Peut-être voudriez-vous revenir un petit peu...

Todd : Je voudrais juste faire une blague sur le F-35. C'est un avion qui est un véritable désastre technologique, et donc tous les avions qui achètent le F-35, bientôt, n'auront plus d'armée de l'air. Tous les pays qui achètent des F-35 n'auront plus d'armée de l'air, et c'est probablement ça, plutôt que toute lutte politique, qui finira l’Otan.

Sans que personne ne prenne position contre, car c'est un sabot volant. [Applaudissements du public] Sinon pourquoi est-ce que vous croyez que certains pays commencent à acheter des Rafale ? Le Rafale vole. [Applaudissements du public] (Enthoven :) Sinon, outre cette rigolote plaisanterie, aimeriez-vous rebondir sur les propos de M.

Asselineau ? (Todd :) Je suis un peu disqualifié sur les questions culturelles, linguistiques etc., parce que moi j'ai un fils qui a pris la nationalité britannique, j'ai deux petits fils britanniques j'avais une grand mère anglaise, moi, mon anglais personnel est assez dégradé, je pense qu'à l'oral... mais bon je suis pas je suis pas crédible.

Mon sentiment personnel, c'est que la suprématie de la langue anglaise dans le monde est un phénomène assuré et définitif, c'est comme ça. On a perdu. La France a perdu.

Je dirais qu'on s'en sort bien, puisque la moitié des mots anglais sont d'origine française, donc quand je suis au Japon, la différence entre le français et l'anglais n'est plus si claire pour moi. Par rapport au japonais, mais je pense que l'acquisition d'une maîtrise de l'anglais par le plus de Français possible est d'utilité publique, parce que dans le monde de la globalisation, dans un monde où il faut se battre et se défendre, il faut comprendre la langue de tout le monde et que je pense qu’une bonne partie de l’efficacité des Scandinaves, petits pays, au-delà des traditions protestantes de sérieux, etc., c'est qu'ils sont quasiment bilingues en fait, mais je vous garantis que ça n'empêche pas les Danois et les Suédois d'être totalement danois et suédois par ailleurs.

Donc je pense que le monde qui s’annonce est un monde dans lequel la langue anglaise aura échappé aux Anglo-Saxons. Bientôt le pays où il y aura le plus de locuteurs de l'anglais ça sera l'Inde Vous voyez ? Et simplement le seul problème des Anglo-saxons ça sera les seuls qui ne soient pas bilingues.

Et qui ne maîtrisent qu'une langue. Et donc... je reconnais que je ne suis pas crédible sur ces sujets.

Pour des questions de sympathie naturelle. (Enthoven :) Tout de même, vous avez de la culture, vous avez un cerveau, je pense. [rires] (Todd :) Je suis content que vous le reconnaissiez. (F.A. :) C'est lui c'est pas moi hein ! (Todd :) Voilà , mais bon. (Enthoven :) Ne vous sentez pas disqualifié non plus sur les questions culturelles mais bon. (Todd :) Quand au fait qu'on ait plus de films américains que de films allemands.

Comment s'appelle cette série policière allemande ? [Réponse de la salle : Derrick !] Derrick...

Je veux dire, c'est vrai que l'Allemagne n'est pas une grosse menace culturelle. [Rires] Mais, comment dire ? Il y a une grande tradition du roman français, une grande tradition du roman anglais, une grande tradition du roman russe, une grande tradition du roman japonais.

Moi le roman allemand j'ai toujours eu un peu de mal et cela dit avec un immense respect pour la culture allemande de toutes les époques, et en fait je ne pense pas que je me sentirais mieux dans un monde où il y ait plein de films allemands, avec des préoccupations allemandes, voilà. Parce que quand même le sens de l'humour est un truc important. [Rires et applaudissements] Et que je ne vois pas cette pratique très dominante outre-Rhin. [Rires et applaudissements] (F.A. :) Je voudrais profiter de ça pour rappeler que bien évidemment notre programme n'est pas de germaniser la télévision française. (Todd :) De germaniser l'humour français. (F.A. :) Ni l'humour français ; c'est en ce moment que nous avons des élites françaises qui sont en train de tout céder à l’Allemagne. (Todd :) Alors là vous avez complètement raison.

On peut l'expliquer par une sorte de perversion de l'universalisme français, l'idée que les hommes sont égaux. Mais c'est vrai qu'il y a une sorte de mystère, là vous avez complètement raison. C'est un truc sur lequel il faudrait qu'on réfléchisse.

Cette espèce de volonté des élites françaises de trahir leur pays, c'est vraiment... [Applaudissements] (F.A. :) En particulier, ce qui menace, comment dirais-je, actuellement, c'est le projet que l'on prête à Macron.

C'est-à-dire sans doute à ses commanditaires, de céder le siège au Conseil de sécurité à un couple franco-allemand ou à l'Union européenne. Ça serait vraiment un sabotage inimaginable. C'est ce qui assure notre statut de grande puissance acquis de haute lutte par Charles de Gaulle au moment de la rédaction de la charte de San Francisco créant l'Organisation des Nations unies.

Et puis ce qui menace également, je renvoie d'ailleurs à ce propos un article tout à fait pertinent et prémonitoire, que Vincent Brousseau qui est ici présent et qui sera tout à l'heure à la table ronde sur l’Allemagne, a écrit voici un an et demi je crois. C'est maintenant des menaces qui apparaissent sur une façon subreptice de partager notre armement nucléaire avec l’Allemagne. C'est-à-dire jusqu'où allons-nous aller dans céder, céder, toujours céder sans jamais avoir quoi que ce soit en retour ?

De la même façon d'ailleurs qu'Airbus maintenant est dirigé par un Allemand, que le TGV est donné aux Allemands, enfin etcetera etcetera. Je voudrais quand même rappeler que quand je parlais de combat culturel, c'était pas l’Allemagne dont il s'agissait uniquement. C'est-à-dire, j'ai bien parlé de civilisations extra-européennes.

J'en profite pour signaler, je vais faire une petite pub, une petite pause publicitaire : nous aurons ce soir une tombola. Parmi les lots il y aura notamment des DVD, parmi beaucoup d'autres choses. Il y a des choses qui viennent d'Outre-mer, des objets historiques.

Il y a des jetons en argent de l'époque Louis XV, Louis XVI, il y a des choses comme ça. Il y a de la bibliophilie, mais il y aura aussi un petit passage sur l'Inde avec des DVD, avec trois grands films de Bollywood : Jodhaa Akbar, [incompréhensible] et Devdas. Pour justement...

Je pense qu'on est le seul mouvement politique français à constamment essayer d'ouvrir l'esprit de nos compatriotes sur ce genre de choses. De même... [applaudissements] De même que j'ai été le seul candidat à l'élection présidentielle de tous les temps, je crois, à citer Sri Aurobindo dans ces débats.

Donc, nous notre combat c'est justement un combat très très moderne en fait. On est très très modernes, on est dans le monde du troisième millénaire, dans un monde où on ne doit plus faire de distinguo entre les pays torchons et les pays serviettes, et cetera et cetera. En fait, nous sommes dans un monde d'intrication généralisée avec l'ensemble des pays du monde, et notre combat consiste à dire : il faut préserver la diversité des peuples et des nations comme il faut préserver la diversité des espèces biologiques, mais le tout doit être fait dans un concert des nations que seule l'Organisation des Nations unies peut assurer.

Et puis puisque j'en étais à faire de la pub, je rappellerai aussi, enfin je signale aussi, que nous avons en vente, dans la boutique qui est à l'entrée, nous avons les ouvrages de nos invités. Aussi bien des ouvrages d'Emmanuel Todd qui sont en vente et les ouvrages de nos invités de cet après-midi, donc si vous voulez aller les acheter, c'est le moment d'aller les acheter puis peut-être que vous pourrez obtenir une petite dédicace. Alors, je voudrais terminer mon intervention pour revenir sur les sujets importants.

Le sujet très important que j'ai abordé tout à l'heure, c'était un petit peu confus peut-être, c'est celui de l'unité nationale. Et je voudrais rappeler quand même que si la Corse est française, ça n'est pas une fantaisie de Louis XV et de, je sais plus, c'était son chancelier ou l'abbé Fleury qui était le Ministre des Affaires étrangères à l'époque. C'est pour une raison très simple : c'est que la France commençait à être encerclée par nos amis anglais, qui sont présents avec les îles Anglo-Normandes, dont les ports font face à toute la côte de la Manche.

Et puis après la guerre de Succession d'Espagne de 1700 qui s'était conclue...

Vous savez que la France a failli disparaître d'ailleurs. Après la bataille de Malplaquet, la France a été au bord de disparaître. C'est pas la première fois dans l'Histoire que la France est très très menacée.

C'est comme aussi avec la bataille de Bouvines en 1215. La France a failli disparaître, elle s'est rétablie, et puis après la bataille de...

Comment c'était après Malplaquet ? Il y avait... [Quelqu'un :] Denain ! (F.A. :) La bataille de Denain.

Finalement la France signe en 1713. Les puissances occidentales sont épuisées. Et...

Parce que l'Europe entière s'est coalisée contre la France. L'Europe craignait que la France et l'Espagne ne fusionnent. Et donc il y a le traité d'Utrecht de 1713 qui fait que l'Angleterre met la main sur Gibraltar pour continuer à encercler la France.

Et si la France est intervenue en Corse, c'est parce que la Corse risquait de tomber dans le giron de partisans de l'Angleterre. Pascal Paoli, dont on parle souvent, qui a été battu en 1769 à la bataille de Ponte Novu par des forces françaises. C'était certes une possession génoise, mais enfin c'était la fin.

Mais surtout Pascal Paoli était très proche des intérêts anglais. D'ailleurs il a terminé sa vie en Angleterre. Et donc l'intérêt pour les Anglais c'était de mettre la main sur le port d'Ajaccio qui faisait face au port de Toulon.

C'est pour ça que la Corse est devenue française. Et donc je voudrais insister sur un aspect très important des choses, c'est que le développement des mouvements « indépendantistes dans le cadre de l'Union européenne » comme c'est le cas en Catalogne, mais comme c'est malheureusement promu officiellement par des traîtres à la République française que sont les présidents de la République, consiste à aller dans la direction exacte de ce que voulaient les Allemands — et là je suis d'accord avec Emmanuel Todd. Parce que rappelons-nous que les mouvements — comment dirais-je — indépendantistes et autonomistes bretons étaient des mouvements pro-nazis dans les années 30.

Le drapeau de Breiz Atao, par exemple...

Le journal des indépendantistes ou des autonomistes bretons a sombré dans la collaboration. Morvan Marchal, le type qui a créé le drapeau prétendument breton que jamais Anne de Bretagne n'a jamais vu de sa vie puisque Anne de Bretagne elle c'était les — comment dirais-je — le manteau d'hermine. Mais le drapeau breton c'est un copier-coller du drapeau américain qui a été fait par Morvan Marchal qui à la libération a été frappé d'indignité nationale pour collaboration avec les nazis.

La même chose en Alsace. Et actuellement quand vous voyez le président de la République française et le Premier ministre piétinant — après le référendum de 2005 qui a été piétiné — piétinant le référendum local qui a eu lieu en 2013 où les Alsaciens ont refusé la fusion des départements. On est face à un cas de trahison nationale, et ce qui se cache derrière c'est le démembrement consenti, et même promu par les élites françaises de la République française, au mépris d'ailleurs de la constitution.

Je pense que là on sera tous d'accord pour dire qu'il y a une urgence absolue en la matière. Et je suis sidéré de voir qu'à part l'UPR personne d'autre n'en parle, et j'ai été le seul candidat aux présidentielles de 2017 à le dire. [Applaudissements] (Enthoven :) Alors, si ma mémoire ne me fait pas défaut, le président de la République française est censé assurer l'intégrité du territoire.

Ce que fait très mal notre cher Emmanuel Macron. (F.A. :) Votre cher ! [Rires] Enthoven : Ainsi, il faudrait peut-être signaler l'aspect constitutionnel de ce que déclare M.

Asselineau. Il est inscrit dans notre constitution que le président de la République française est censé maintenir l'intégrité du territoire. Et donc c'est vraiment quelque chose de très important.

On peut aussi parler d'une certaine façon de la disparition de la France du point de vue de l'unité territorial. Ça peut aussi avoir son intérêt puisque les velléités séparatistes, indépendantistes peuvent provoquer un démantèlement géographique de la France, pour le coup. Et ça c'est un point qu'il conviendrait de souligner.

Maintenant j'aimerais lancer une deuxième partie importante dans ce débat. Qui va probablement prendre fin maintenant, finalement, pour répondre aux questions du public à l'issu de ce débat enrichissant M. Todd et M.

Asselineau. (F.A. :) Est-ce qu'il y a quelqu'un qui peut faire circuler le micro ?

J'en profite pendant qu'un cherche le micro pour rappeler – on en parlait hier soir d'ailleurs à table – que M. Macron s'est rendu en Nouvelle-Calédonie, qu'il a dit n'importe quoi. Écoutez bien ce qu'il a dit !

Il est dingue. Il a dit qu'on devait avoir un axe Paris-New Delhi-Camberra-Nouméa-Papeete, et ensuite derrière l'Amérique. Enfin, il se prend pour un steward de l'UTA de la grande époque.

C'est vrai d'ailleurs qu'il a un peu l'allure d'un steward, je ne sais pas si vous avez remarqué. (Todd :) Ça c'est collector ! [Rires] (F.A. :) Mais le pire c'est qu'il a dit que sur le référendum – moi j'y suis allé, parce qu'il va y avoir un référendum le 4 novembre.

Sur ce référendum, le président de la République française est allé là-bas et a dit qu'il restait neutre ! Il piétine effectivement les articles qui prévoient que le président de la République est le garant de l'intégrité du territoire et de l'unité nationale. [Public : Bonjour.

Je reviens sur le démantèlement culturel français potentiel. Vous n'avez pas abordé quelque chose qui est le rôle de l'industrie, et de l'industrialisation de la culture, comme elle est bien expliquée par les phénomènes disruptifs chez Bernard Stiegler. Vous parlez d'États, de rapports géopolitiques de force, etc.

Mais est-ce qu'il n'y a pas quelque chose à craindre, ou en tout cas à soulever sur le changement d'échelle de l'industrie et des systèmes techniques humains dans le monde ?] (Todd :) Moi j'ai pas de...

Je m'étais fait virer d'une émission à France Culture où il fallait avoir une opinion sur tout, et je disais tout le temps : « mais ça je sais pas ». Et donc je continue. (F.A. :) Moi non plus, je vais parler un petit peu, je me lance, mais...

Y a bien entendu des phénomènes d'économie d'échelle, je suppose que c'est ça que vous voulez dire sur l'industrie culturelle. Je rappelle au passage que le premier producteur de film au monde, ça n'est pas les États-Unis, c'est l'Inde. C'est Bollywood.

J'en parlais tout à l'heure. Comme par hasard d'ailleurs, vous avez vu qu'en France, paraît-il que le protectionnisme c'est l'abomination de la désolation. On doit absolument ne rien protéger.

Sauf, justement, l'exception culturelle. Tout ça pour dire que, tout simplement, y a des lobbies qui se sont exercés au plus haut niveau de l'État depuis des années. Et ils ont permis justement de ne pas considérer le livre, le film, etc., comme des productions totalement comme les autres, et qu'elles devaient être protégées.

On n'en a pas beaucoup parlé, mais en matière de francophonie, je pense qu'il y a beaucoup de choses à faire. Et là je prendrai mes distances avec ce que disait Todd sur l'affaire de l'anglais, parce que je ne suis pas certain que dans 200 ans ce sera l'anglais qui dominera. Il est possible que ce soit l’espagnol, par exemple, qui envahit en ce moment de plus en plus les États-Unis, au sens propre comme au sens figuré, puisque vous avez vu, il y a cette marche des Honduriens, qui est un symptôme de ce qui se passe aux États-Unis.

J’étais allé à Chicago, dans le métro c’est écrit en espagnol et en anglais. En Californie il y aura bientôt plus d’hispanophones que d’anglophones. En revanche ce que je sais, c'est que la langue française se développe à toute allure en ce moment.

Il y avait 190 millions de francophones en l'an 2000, nous en sommes maintenant à 270 millions en 2018. Et au train où ça va en 2060, il y aura 600 à 700 millions de francophones dans le monde, qui sera à 90% une langue africaine. Vous savez ce que j'ai souvent dit, je trouve par exemple, que c'est un véritable scandale, qu'en France beaucoup de productions francophones, notamment les films qui sont présentés au festival bisannuel de Ouagadougou, le festival du film panafricain à Ouagadougou, qui se conclut non pas par la remise de la Palme d’or mais de l’Étalon d’or de Yennenga, 70% des films africains qui sont présentés dans ce festival sont francophones et ils ne sont quasiment jamais distribués en France.

Ou alors faut aller par une nuit sans lune, un 29 février, à 22 heures au studio des Ursulines à Paris Ve, dans une espèce de truc comme ça pour le voir. [Applaudissements] Donc notre mouvement insiste sur sur l'aspect francophonie, mais par une francophonie ringarde de gens qui voilà, sont très à cheval sur l'utilisation de l'imparfait du subjonctif. Ça c'est ça c'est un peu un combat d'arrière-garde.

Mais une francophonie qui développe une autre vision du monde, la vision du monde française, parce qu'une langue maternelle, ça véhicule quand même des valeurs. Ce qui nous distingue fondamentalement, par exemple, de l’Allemagne c’est qu’en français on dit « LA Lune » parce que la Lune c'est avec un cycle de 28 jours, ça paraît fragile, ça paraît un peu mystérieux donc c'est un peu l'éternel féminin. Et le Soleil, nous sommes le pays du Roi-Soleil, le Soleil qui brille, le Soleil qui domine etc., ça nous paraît tout à fait naturel.

Vous savez qu’en allemand c’est l’inverse, on dit « der Mond » c’est-à-dire que la Lune est masculine pour les Allemands et die Sonne c'est-à-dire que le soleil est féminin pour les Allemands et par ailleurs ils ont un neutre ; les petites filles, ça s’appelle « das Mädchen » c'est-à-dire un neutre. On a donc des visions totalement différentes qui sont portées par les langues maternelles. Quant aux Anglais, eux, c'est un c'est unisexe.

Tout le monde dans le même sac, d'ailleurs c'est pas tout à fait étonnant de voir les évolutions venues d'outre-atlantique sur le sujet. [Rires du public] Non, mais c’est vrai, la pression sur...

écoutez, moi je suis allé aux États-Unis, et bien à l'aéroport de Los Angeles, vous avez quand même des choses qui sont... bon je ne sais pas, c'est pas grave/ Mais c'est vrai que ça surprend un petit peu, quand même, pour l'esprit français quand vous avez à l'aéroport de Los Angeles, des toilettes pour les hommes, pour les femmes pour les hommes-femmes et puis les... voilà.

C'est vrai que ça, ça vient des États-Unis, ça vient d'un univers où il n'y a pas cette sexualisation du vocabulaire. Je pense...

Encore une fois, je suis tout à fait ouvert sur tout, mais nous, nous avons une spécificité... (Todd :) Ils sont tout à fait ouverts à des expériences transgenres à l’UPR. [Rires du public] On est héritier du latin, on a une langue maternelle qui véhicule un certain nombre de valeurs ; la laïcité, par exemple, est un mot qui est très difficilement traduisible dans d'autres langues.

En allemand on dit « Religionslos » ce qui veut dire « sans religion », mais c’est pas ça, ce n’est pas athée. La laïcité, ça s’inscrit dans un contexte historique très particulier. Eh bien, je pense qu'à de nombreux égards nous devons développer une vision francophone du monde parce qu'une langue maternelle, une langue natale, ça développe une vision du monde et il est important, dans le monde du troisième millénaire que toutes les langues continuent d'exister car chacune apporte sa pierre à l'édifice de l'humanité. [Applaudissements du public] (Enthoven :) Le monsieur là-bas s'il-vous-plaît. [Public : Bonjour, excusez moi, je suis ici à votre droite, ici.] [Public : Oui, je me présente, je m’appelle Haroun Ferria, je suis étudiant à l’École de guerre économique.

Donc je connais bien le sujet de la guerre économique. Vous avez totalement raison. Je vais juste vous poser une question.

Donc on connaît bien vos positions sur l'euro sur lesquelles je vous rejoins totalement et le point de vue souverainiste – c'est pas un gros mot de dire qu'on est souverainiste. Juste, j'aimerais savoir quelles sont vos positions par rapport au franc CFA et la manière dont on traite nos partenaires africains. Puisque vous parliez justement d'établir de nouvelles alliances outre l'UE.

Je serai très rapide. Je vous renvoie à notre programme. Sur le franc CFA, j'ai toujours dit que : puisqu'on veut sortir de l'euro, il serait illogique que l'on empêchât [Rires et applaudissements du public] – accent circonflexe sur le a – que l'on empêchât les pays d'Afrique qui le souhaitent de sortir du CFA donc j'ai toujours dit que, si nous arrivons au pouvoir, nous aiderons les pays d'Afrique qui le souhaitent – qui le souhaitent, parce que le franc CFA a des graves inconvénients et aussi quelques avantages, surtout dans les économies des années 60/70 qui étaient un peu balbutiantes et fragiles – mais nous, nous pourrons aider les pays africains à sortir du franc CSA...

CFA ! CSA, c'est autre chose. Mais je voudrais insister également sur le programme.

Puisque nous quittons l'UE, le Parlement de Strasbourg se vide. À la grande satisfaction des autres membres de l'UE qui en ont assez d'aller à Strasbourg. Ils préfèrent aller à Bruxelles parce qu'il y a deux parlements.

Et nous proposons à l'ONU de transférer l'UNESCO à Strasbourg où ils ont beaucoup plus d'aise, dans des locaux beaucoup plus grands. Pour montrer notre volonté pacifique à la lisière du monde latin et du monde germanique. On réconcilie Charles le Chauve et Louis le Germanique : traité de Verdun de 843.

Et je ferais de l'UNESCO laissé vide un Parlement des pays francophones qui essaie si possible de développer des positions communes qui pourraient bénéficier du siège permanent au Conseil de sécurité de l'ONU, par exemple sur le conflit au Moyen-Orient, ou l'injustice des rapports Nord-Sud en matière commerciale, ou sur des positions communes à l'OMC. Voilà comment je voyais les choses. [Applaudissements] [Public : Bonjour.

Je suis adhérent à l'UPR depuis deux ans. Je suis apprenti ingénieur avec Airbus et donc j'ai une correction et une question à propos d'Airbus. Donc depuis 18 jours le nouveau PDG d'Airbus est un Français qui est Guillaume Faury.

Et secondement quels sont les liens entre la construction européenne et le groupe Airbus ?] Alors effectivement vous avez raison de me reprendre. Ce n'est plus monsieur Enders.

Ça a changé il y a 18 jours. C'est vrai. Vous avez raison sur ce point.

Sur Airbus, il n'y a aucun lien entre la construction européenne et Airbus. Je vous renvoie à une conférence que j'avais faite où je montrais la différence entre coopération internationale et intégration supranationale. Coopération internationale, c'est ce que nous appelons de nos voeux.

Vous savez mieux que moi que l'Airbus A380 a été conçu à Wichita dans le Kansas par plusieurs centaines d'ingénieurs dont une majorité d'Américains. Que toute l'électronique embarquée, les trains d'atterrissage sont fabriqués aux États-Unis et que lorsqu'il est motorisé Pratt & Whitney, 38 % de l'Airbus A380 viennent des États-Unis. J'ai souvent expliqué que, dans Airbus, vous avez 14 ou 15 membres de l'UE qui interviennent, enfin, leurs entreprises.

Mais une quinzaine n'interviennent pas. Il n'y a aucune entreprise hongroise, slovaque, maltaise ou chypriote dans Airbus. Airbus a été créée sur la volonté de De Gaulle dans les années 60 pour rapprocher Sud-Aviation avec British Aerospace et les Allemands au moment même où De Gaulle refusait que le Royaume-Uni entre dans le marché commun.

Donc j'insiste là dessus. De même qu'Arianespace n'a rien à voir avec la construction européenne et que vous avez des États comme le Canada, la Norvège ou la Suisse qui sont dans Arianespace, nous, nous sommes en faveur des coopérations internationales. Mais ça n'a rien à voir avec l'intégration supranationale.

Pourquoi, d'ailleurs ? Tout le monde sait pourquoi. Parce que quand vous avez une coopération internationale, tous les gens qui sont dans Airbus ont intérêt à ce que l'avion vole.

Ils n'ont pas intérêt à ce que l'avion s'écrase. Bon. Donc tout le monde tire dans le même sens.

Là, l'union fait la force. En revanche, quand vous mettez par idéologie 28 États, au simple motif qu'ils sont contigus les uns avec les autres, pour les forcer à faire des choses qui sont contraires à leurs intérêts alors ça tire à hue et à dia, et il y a des pays qui ont intérêt à ce que le projet ne marche pas. C'est exactement, par exemple, ce que fait la France sur la directive travailleurs détachés.

Elle essaye de torpiller le truc, mais ça lui a été forcé par idéologie. Donc, l'avenir est aux coopérations internationales, qui se rient, qui se jouent du périmètre de l'Union européenne. J'ai parlé avec l'ancien Premier ministre du Japon, M.

Naoto Kan, qui était premier du Japon au moment de Fukushima, en tête-à-tête, avec l'ami d'Emmanuel Todd, le professeur Ogino, qui soit dit en passant est membre de l'UPR, et donc qui est un membre éminent de notre mouvement. L’ancien Premier ministre japonais me disait : « Ben oui, mais l’Union européenne c’est fait pour faire contrepoids aux états unis et aux puissances émergentes. » Je lui dis : « Attendez, vous vous félicitez d’un truc qui ferait contrepoids au Japon ? » Alors il était un peu... bon.

Et je lui dis : « mais en plus, c’est faux : Renault a racheté Nissan pour mieux lutter contre Volkswagen. » Donc, en réalité, le jeu du capitalisme mondial, et ça je pourrais prendre des exemples ad infinitum, jusqu'à la fin de la journée, le jeu du capitalisme mondial montre que le périmètre de l'Union européenne est un périmètre totalement factice. D'ailleurs, vous travaillez à Airbus mais vous savez qu'il y a une dizaine d'entreprises françaises qui travaillent sur le Boeing 777 Dreamliner, qui feront que bientôt, peut-être, la part française dans certains Boeing parfois sera peut-être égale voire supérieure à celle qu'il y a dans Airbus.

Nous, nous sommes favorables bien entendu aux coopérations internationales. Alors, peut-être Emmanuel vous voulez dire un mot ? (Todd :) Euh...

Là non ça paraissait bien. [Rires du public] Non mais, je veux dire, si je suis d'accord...

Je suis juste d'accord. (Enthoven :) On va passer le micro à quelqu'un d'autre. [Public : Je viens de Cologne, je suis allemande, vous allez comprendre que ça n’a pas été trop facile pour moi d’entendre tout ce qui a été dit ce matin.

Mais ce qui nous préoccupe beaucoup dans les milieux critiques face à l’UE en Allemagne, c’est qu’en étant membre de l’OTAN, qu’on soit envoyé en guerre contre la Russie, qu’on prépare l’Allemagne comme champ de bataille. J’aimerais bien savoir votre opinion là-dessus. (Todd :) Là, peut-être je peux dire quelque chose ?

Moi, je crois que toutes ces histoires de guerre en Europe, ce sont des choses, des pures illusions, des fantasmes en fait. Ce qui est caractéristique de tous les pays d'Europe actuellement, c'est une incapacité à penser la guerre en son sens classique. Dans les pays d’Europe occidentale c'est simplement que les gens n'ont plus en eux ces mêmes...

On a même du mal à imaginer ce que les gens avaient en tête avant la guerre de 14. La guerre est impensable et c’est pour ça que l’argument des européistes sur « l’Europe (l’UE) c’est la paix, si on se sépare, on va se faire la guerre » est fondamentalement ridicule. [Applaudissements du public] La Russie a une politique militaire, elle est forcée d'avoir une politique militaire puisqu'elle est mise sous pression par l'OTAN. [Rires du public] (FA :) On va faire passer un formulaire d’adhésion à Emmanuel. (Todd :) Et donc, la Russie a une politique militaire, il est très clair qu'elle a fait une remontée technologique.

Qu'elle a fait les bons choix, je dirais qu'elle a refait le coup du T-34 la Russie. C’est-à-dire, le T-34 était le meilleur char de la Deuxième Guerre mondiale. Il n'était le plus performant dans aucun des domaines : puissance de tir, blindage, etc., mais c'était le plus mobile.

Enfin sur l'ensemble des paramètres, c'était le meilleur char, c'était le truc économique fait en série. Là, les Russes ont choisi des solutions de missiles défensifs, qui rendent à peu près obsolète tout ce que les Américains ont essayé de faire. Ce qui explique l'intervention des Russes en Syrie, c'est qu'ils n'ont plus peur, en fait.

Les Américains, eux, ont fait des choix mégalomanes, dont le F-35 qui devait tout faire : être invisible, faire de l'appui au sol, faire du décollage vertical... ... et dont les canons ne marchent pas.

Les seuls canons du F-35 qui ne posent pas problèmes, c'est ceux du F-35 de la marine... ... parce qu'ils n'ont pas de canons.

Il y a quelques vidéos extraordinaires de l'ingénieur qui a construit le F-16, dont j'ai oublié le nom, mais qui était un Français d'origine...

Maintenant, la présentation de la Russie comme puissance agressive est complètement ridicule, parce que c'est ce qui est tout à fait étonnant en Russie, c'est la doctrine militaire russe a beaucoup évolué. D'abord leur doctrine nucléaire a beaucoup évolué, parce que comme la réalité de l'Europe, c'est qu'en termes conventionnels, c'est l'inverse de la situation qui prévalait à l'époque du pacte de Varsovie. La Russie est en infériorité sur le plan conventionnel et ça l'a amené à dire, pour se mettre à l'abri, qu'elle n'exclurait pas l'utilisation de l'arme nucléaire sur le plan tactique, si les intérêts de l’État ou de la nation russe étaient menacés.

Donc voilà, mais, il y a aussi chez les Russes — alors que la doctrine stalinienne de tirer parti de l’expansion démographique russe ou soviétique était une doctrine de la gabegie humaine — au contraire, maintenant les Russes, qui ont des problèmes démographiques, ont une stratégie de l'homme rare et du respect, en fait, de leurs propres soldats et des pertes et surtout sont tout à fait incapables de penser en termes d'agression. Ce qui est très intéressant, parce que ça permet de réfléchir. Alors là, je dirais que sur ces questions les Allemands sont raisonnables.

Je veux pas dire qu'ils sont déraisonnables sur tous les autres sujets, mais les Allemands, le gouvernement allemand, qui a laissé filer son appareil militaire, n'entretient pas une phobie des agressions militaires russes. Qu'on me corrige si je me trompe. Ceux qui sont vraiment cinglés actuellement, ce sont les Scandinaves.

Alors là vraiment, ça c'est un mystère c'est un truc sur lequel je travaille. Pourquoi est ce que la Suède est entrée en état de délire belliciste face à une Russie qui se contrefout d'envahir la Suède. C'est vraiment... voilà.

Mais dans l'ensemble, la notion de guerre, de champ de bataille, pour moi, dans l'espace européen n'a aucun sens. Par contre, François Asselineau évoquait une guerre qui semble être une guerre économique et la guerre économique est vraiment d'une férocité inouïe. Peut-être je peux rajouter quelque chose à la question précédente, à cette occasion c'est que moi j'ai été amené à réfléchir sur le plan économique à cette question de l’Europe comme zone de protection, entre guillemets, par le protectionnisme.

Zone de protection du style « l’union fait la force » face à l’émergence des gros : la Chine, l’Inde, l’Amérique, etc., Si on se met tous ensemble on va être plus fort. Et j'ai été amené à lire, il y a déjà pas mal d'années, je l'ai réutilisé dans mon dernier bouquin, un papier de Patrick Artus, qui est un économiste assez intelligent, quoique souvent peureux, qui se posait la question du sens des stratégies de coût du travail allemand. et qui se disait que l’Allemagne a réussi une partie de son adaptation à la situation nouvelle et a obtenu une partie de sa suprématie économique en Europe en bloquant tout le coût du travail.

Ça c'est l’Allemagne, on peut faire accepter aux gens un blocage de leur salaire pendant dix ans. C'est la grandeur de l’Allemagne, être capable de faire des choses comme ça : autre culture, familles souches, intégration de l'individu dans la collectivité...

Mais Artus disait justement, mais faire 20 % d’économie du coût du travail, contre qui c’est dirigé ? Contre la Chine ? à l’époque où le coût du travail devait être 20 fois moins — c’est déjà assez ancien ce papier — qu’en Allemagne. ou contre ses partenaires de l'Union européenne ? 20 % de diminution du coût du travail, les Chinois : aucun rapport, enfin aucun intérêt, donc c'est pas ça.

Par contre, pour les entreprises françaises, italiennes, etc. Donc en fait la vérité de l’Europe actuelle, en plus c'est aggravé par l'impossibilité de dévaluer qui a été créée par l'euro, c'est que la zone euro est une zone de compétition économique maximale. C'est-à-dire que la zone euro n'est pas du tout une zone où l'union fait la force.

C'est une zone, je dirais, d'agression économique privilégiée. Donc tous les pays de la zone euro sont en guerre les uns contre les autres. [Applaudissements du public] [Public : Oui.

Bonjour. Alors moi, j'habite dans le Poitou-Charentes. Je travaille dans la musique, dans les activités socio-culturelles.

En tant que personne qui a toujours habité dans des petites villes, je voulais parler du problème qui a été théorisé par Guilluy : la métropolisation et le fait que, bon, il y a des grandes villes qui deviennent tentaculaires et les petites villes qui sont en déclin prononcé. Le thème étant : « La France va-t-elle disparaître ? » et le déclin de plus en plus prononcé des petites villes étant visible concrètement – je ne sais pas jusqu'où ça va aller –, est-ce qu'il faut aller encore plus loin dans ce déclin pour que les gens prennent conscience qu'il faut un sursaut, que les gens se réveillent, quoi ?

Voilà. On essaye un petit peu de résister ou est-ce qu'il y a possibilité de faire contrepoids au niveau local et de se mobiliser pour, justement, que la France, pas forcément ne disparaisse pas, mais peut-être apparaisse, quoi, tout simplement ? Qu'elle se révèle, quoi !

Voilà. Je ne sais pas si la question est claire.] [Applaudissements du public] (Todd :) C'est vous qui voulez être président donc vous êtes forcé de répondre.

Moi, je peux botter en touche. (F.A. :) Je répondrai.

Je vais en profiter pour signaler quelque chose qui n'a pas été mentionné sur le programme en ligne. C'est que nous aurons demain un débat avec deux maires qui sont parmi nous, d'ailleurs : Gérard Poulain et Frédéric Robert, que je remercie. [Applaudissements du public] On va avoir un débat sur, justement, l'avenir des collectivités locales en France et en particulier des communes rurales.

Nous n'avons pas mis ça en ligne parce que nous avons eu beaucoup de mal à organiser le débat de demain. Yavar Siyahkalroudi est chargé de mission auprès de moi et maintenant mon directeur de cabinet a contacté...

D'abord, on avait proposé – je fais une petite digression – à Mme Nathalie Loiseau, ministre des Affaires européennes de venir débattre puisqu'elle ne cesse de dire à qui veut l'entendre qu'elle organise des débats sur l'Europe et elle a fait savoir qu'elle avait piscine ce jour-là, donc ne pouvait pas venir. Alors on lui a demandé s'il ne pouvait pas y avoir quelqu'un de son cabinet. Non, malheureusement.

Tout le monde était très très occupé. Il paraît donc qu'il y a eu 700 débats échevelés sur l'Europe en France. Moi, je n'en ai pas vu un seul.

En fait, ce sont des entre-soi de gens qui sont d'accord sur tout. Il n'y a jamais de débat contradictoire. Madame la ministre des Affaires européennes a quand même eu la courtoisie de répondre.

Après ça, on a saisi M. Barnier, qui a été saisi d'effroi quand on l'a contacté. On voulait inviter le commissaire européen chargé du Brexit.

Il a fait savoir que, malheureusement, il avait piscine ce jour-là. Et donc il ne pouvait pas venir non plus et, comme Mme Loiseau, d'ailleurs, personne de son cabinet ne pouvait venir. Mais son cabinet a eu la courtoisie de nous dire des mots gentils en disant : « C'est très bien de vous intéresser à l'Europe ».

Bon. [Rires du public] Et puis nous avions invité également M. Mélenchon puisqu'il a organisé son université où il a oublié de nous inviter.

Mais il a invité des gens dont il se sent sans doute plus proche qui sont des députés du mouvement des Républicains. Donc rappelez-vous qu'à Marseille, à l'université d'été de M. Mélenchon et de la FI, ils ont invité les Républicains comme s'ils étaient l'allégorie, le symbole même de l'insoumission.

Bon. Comme il ne nous a pas invités, j'ai écrit à M. Mélenchon.

Je l'ai invité à venir débattre. Donc nous allons mettre en ligne, d'ailleurs, la lettre que je lui ai adressée. Tout à fait polie, très très correcte.

Eh bien M. Mélenchon n'a même pas eu la courtoisie de répondre à notre invitation. Donc je vous laisse méditer.

Alors je reviens à mon propos. Pour la réunion de demain, on avait changé notre braquet. On s'est dit : « On va faire un débat sur les collectivités locales ».

On avait l'appui de nos maires puisqu'on a quelques maires qui sont à l'UPR. Donc je remercie encore une fois Gérard Poulain et Frédéric Robert qui viennent d'ailleurs de deux endroits de France totalement différents. Mais on voulait avoir d'autres personnalités donc on s'est approché de l'Association des maires ruraux de France qui... qui avaient piscine ce jour-là.

Et l'Association des maires de France, pareil ! Voilà ! Donc on aura demain un débat sur ces questions.

En un mot, je voudrais quand même rappeler que, comme vous le savez, la disparition des communes de France, la fusion au forceps des communes de France, en fait, est exigée par notre appartenance à l'UE. Ça fait partie des grandes orientations des politiques économiques où on nous dit qu'il faut absolument réduire les subventions aux collectivités locales. Par ailleurs, on entend parler partout qu'il y a 36 000 communes en France.

Que ce serait l'abomination de la désolation. Qu'on en aurait beaucoup plus en France que dans le reste de l'Europe. Et donc, par principe, ça n'irait pas.

Quand vous dites : « Mais c'est normal ! La France est le plus grand territoire d'Europe ! », on vous retoque : « Ce n'est pas une raison ».

Quand on vous dit qu'il faut quand même tenir compte de l'Histoire puisque les communes de France sont la base même de la démocratie locale et que ce sont les héritières des paroisses d'Ancien Régime. 1 000 ans d'âge, 1 500 ans d'âge. C'est pour ça qu'il y a tant de communes en France qui s'appellent Saint-quelque chose parce que c'était le saint patron local.

On vous retoque ça comme si ça n'avait aucun sens. Donc on part du principe que, dans le monde d'aujourd'hui, il faut avoir des grandes entités. Il faudrait supprimer les départements, avoir des régions et fusionner des communes pour avoir en fait – je l'ai déjà expliqué – la même granulométrie administrative qu'en Allemagne ou qu'aux États-Unis.

C'est-à-dire que comme par hasard, les régions françaises devraient avoir à peu près la taille des États de la côte est des États-Unis ou des États fédérés d'Allemagne et puis on devrait avoir des espèces de mégalopoles comme Hambourg, Brême ou New York City. C'est ça l'avenir. On devait avoir – et puis il s'est décommandé au dernier moment – un journaliste suisse qui devait venir nous expliquer demain que les Suisses, justement, font tout le contraire puisque leurs cantons sont moitié moins grands, en moyenne, que les départements français.

Et que, par scissiparité, ils ont créé le canton du Jura à partir du canton de Berne. Encore une fois, je vous renvoie tout cela mais n'oubliez pas que vous avez parfaitement raison. C'est l'identité nationale de la France qui est derrière ça.

Parce qu'on est le pays des 365 fromages et, en fait, on a une politique européenne qui veut nous forcer à avoir la même granulométrie que les autres. Il y a six fromages en Hollande. Eh bien, nous, on devrait passer de 365 à 6 fromages.

On va fusionner le roquefort avec le comté pour satisfaire Bruxelles parce qu'on va se dire : « Il faut qu'on soit comme les autres ». Voilà. [Applaudissements du public] [Public : Oui.

Je m'appelle Diana Johnstone. Je suis une des adhérentes d'origine américaine de l'UPR.] [Applaudissements du public] [Je voudrais remarquer que si la France risque d'être mangée par l'Allemagne, l'Allemagne est déjà mangée par les États-Unis depuis bien longtemps. [Applaudissements du public] En effet, n'oublions pas que l'Allemagne est sous occupation militaire depuis la fin de la guerre.

Toute son élite passe par la vérification des États-Unis. Elle est choisie. L'élite française aussi mais les États-Unis ont plus le souci de l'élite allemande parce que, justement, ils considèrent que l'Allemagne et le principal allié en Europe.

L'idée pour moi de préférer les États-Unis comme allié est absolument fantaisiste. Surtout que je remarque que les Français ont tendance à aimer les Américains beaucoup plus que les Américains aiment les Français.] [Applaudissements du public] [C'est peut-être l'influence du cinéma mais je pense que, par exemple, il y a M.

Perle qui est un des grands néoconservateurs qui ont un mépris total pour les Français mais qui a une villa dans le Sud de la France et aime bien boire les vins français. Mais il est impossible, même si la France est moins importante que les États-Unis, que cette dernière laissent filer la France parce que les États-Unis ne laissent filer personne.] [Applaudissements du public] [Et bien sûr, les Européens ne veulent pas de guerre mais, actuellement, ils sont engagés dans la plus grande manœuvre militaire depuis la fin de la guerre froide dans le Nord de l'Europe.

Les États-Unis planifient de plus en plus des missiles nucléaires stationnés en Europe visant la Russie. L'alliance à l'OTAN est catastrophique pour l'Europe pour des raisons que je n'ai pas le temps d'énumérer.] [Applaudissements du public] (Todd :) Je suis forcé de dire un mot.

Là, nous avons un bel exemple du pluralisme de la civilisation américaine. Je vais répondre très brutalement et très simplement. Honnêtement, je pense que ce qu'on vient d'entendre est une vision très archaïque et très dépassée.

Les États-Unis sont – c'est d'ailleurs tout le sens de l'élection de Trump – dans une prise de conscience de leur perte de contrôle sur le monde. Et la question est de savoir s'ils vont gérer, je dirais à l'anglaise, avec élégance, cette perte de contrôle, ou s'ils ne vont pas arriver à le faire. C'est le débat.

François Asselineau disait très justement – je crois qu'on était (marmonnement) – qu'il se passait des choses mais que c'était pas sûr et qu'il fallait suivre ça avec attention. L'un des grands enseignements de la période récente, c'est qu'il y a une phase d'hubris, de dérèglement des États-Unis sous Bush numéro je ne sais combien. Avec un sentiment de toute-puissance né de l'effondrement du système soviétique et là, il y a eu un moment où les États-Unis ont pensé qu'ils étaient maîtres du monde avec un regain d'agressivité contre la Russie au moment où elle devenait plutôt sympa.

Parce que c'est vrai que la Russie est la puissance d'équilibre sur le plan nucléaire. Et que si la Russie n'existait pas, eh ben effectivement, les États-Unis pourraient mettre la planète en état de chantage nucléaire. Mais la Russie existe.

Elle est stabilisée. C'est fini. Et tout le sens du débat entre Hillary Clinton – qui était dans un état d'esprit impérial en fait, etc. – et Donald Trump, c'était ce débat sur l'état réel des États-Unis.

Je suis pas du tout trumpiste. De toute façon, la blondeur de ses cheveux me le rendrait insupportable. Vous voyez la tête que j'ai.

Et la presse nous désinforme sur ce qu'est la réalité. Trump est présenté comme une sorte de menteur, ce qu'il est. Mais sur les fondamentaux, on avait des démocrates impériaux, dominateurs toujours.

Qui nous parlaient de leurs valeurs américaines formidables, merveilleuses. Et puis il y avait Trump qui avait publié un bouquin qui s'appelait : « Crippled America », l'Amérique estropiée. Et qui était en phase avec les réalités des États-Unis où le taux de mortalité des Blancs de 45 à 55 ans est en augmentation.

Un pays qui va très mal. Dont les ressources diminuent. Qui a des problèmes d'infrastructures.

Qui a des problèmes de renouvellement de ses équipements militaires et de mauvais choix d'équipement militaire. Je reviens sur le F-35. C'est un pari raisonnable connaissant les Anglo-Saxons qui sont, au final, souvent des gens raisonnables.

On ne peut pas dire ça de tous les peuples ou de toutes les collectivités nationales. Je pense que le pari d'une Amérique gérant raisonnablement sa chute de puissance relative – Tout en restant la nation la plus importante de la planète. Là où se fait l'innovation. – est un pari raisonnable.

Mais vraiment, la vision paranoïaque des États-Unis – j'ose le dire, paranoïaque ! –, malfaisante, simplement obsédée par la domination – ça existe dans les cercles géopolitiques mais l'Amérique, c'est plein de choses – c'est un pari déraisonnable et ça n'est pas notre problème du moment. Et à son échelle, le rôle de la France n'est pas d'équilibrer les États-Unis dans le monde.

Vous voyez ? On n'est juste plus à l'échelle. Il faut être raisonnable.

L'indépendance nationale est un objectif raisonnable. Mais l'indépendance nationale, ça n'est pas se mettre en rivalité avec la première puissance du monde, même déclinante. [Applaudissements du public] [Public : Du coup, je suis très contente de presse après la conclusion d'Emmanuel Todd parce que...

Ah ! Faut d'abord que je me présente. Je m'appelle Lauriane Mollier.

Je suis étudiante en informatique et je pense qu'il y en a beaucoup ici qui me connaissent via ma chaîne Youtube.] (F.A. :) Merci Lauriane.

Vous êtes la modératrice. Vous succéderez à Aurélien Enthoven tout à l'heure pour la table ronde sur l'Allemagne. Vous habitez en Allemagne et vous êtes aussi, comme Aurélien, une blogueuse à succès puisque vous avez 25 000 abonnés, je crois.

Comment ? Ah, 10 000 abonnés. [Mollier : Mais je fais ça à côté de mes études qui sont très dures, donc on va voir après.

Ce que j'ai entendu dans le débat que vous avez fait ce matin, c'est que M. Todd propose de hiérarchiser les luttes. Donc de se dire qu'il faut absolument être indépendant de l'Allemagne et sortir de l'UE et donc s'appuyer sur nos amis, enfin les Américains même si on n'est pas totalement d'accord avec leur politique internationale.

De l'autre côté, M. Asselineau propose qu'il faut aussi se détacher du mauvais côté américain en sortant de l'OTAN parce qu'on n'est pas d'accord, justement, avec la politique actuelle menée par les États-Unis. La confrontation que je vois, c’est entre les valeurs – Par exemple, on ne veut pas faire la guerre à la Syrie, on ne veut pas tuer des gens, etc. – et la priorisation des luttes – pour être sûr que certaines aboutissent.

Du coup, j'aimerais que vous répondiez sur ça ; est-ce qu'il faut plutôt se dire : Je laisse tomber certaines valeurs même si ça entraîne la guerre et la mort de pauvres gens, pour les reprendre après, ou s'il faut tous les mener de front.] (Todd :) Je ne pense pas qu'il faille y répondre. Je pense que c'est un très bon résumé et que c'est à chacune des personnes dans cette salle d'y réfléchir.

Et d'y répondre pour elles-mêmes parce que c'était un excellent résumé. (F.A. :) Et aussi d'y ajouter un point quand même aveugle ou fondamental : les États-Unis seraient-ils prêts à nous aider à sortir de l'UE ou, est-ce qu'au contraire, ils nous en empêcheront ?

C'est quand même ça, aussi, la vérité fondamentale. [Applaudissements du public] Mais c'est vrai que c'est un bon résumé. Effectivement.

En fait, il ne faut pas non plus exagérer cette opposition. D'abord, c'est bien qu'il y ait eu un débat et qu'on ne soit pas d'accord sur tout. Sinon, ce serait quand même très ennuyeux.

Deuxièmement, ça nous a permis de bien faire ressortir un certain nombre de points de vue sur l'UE, le rapport avec les États-Unis, le rapport avec l'Allemagne, le rapport avec la Russie. En tout cas, je pense qu'on est en plein dans les véritables sujets quand je vois le niveau zéro ou infra-zéro de tous les débats qu'il y a en France dans les autres partis politiques. Moi je dis, j'espère qu'Emmanuel Todd, qu'Aurélien Enthoven, que toutes les personnes ici présentes seront d'accord pour conclure, me semble-t-il – sous votre autorité – ce débat en disant qu'au minimum, eh bien on peut être fier du débat que nous avons eu parce que nous, nous parlons des choses.

Nous allons fond des choses. Et nous parlons de la réalité. (Todd :) Moi, je voudrais ajouter une chose avant d'oublier puisqu'au début, j'avais dit que j'étais très content d'être là et que j'étais très content de découvrir les militants de l'UPR.

D'une certaine façon, je les ai découverts à travers les réactions de la salle. Et donc maintenant, je sais que les gens de l'UPR s'intéressent aux contradictions, ont le sens de l'humour et sont des libéraux. [Applaudissements du public] (FA :) Il vous appartient de conclure ! [Public : Comment vous dégagez de l'OTAN si on a perdu la souveraineté de notre appareil d'énergie nucléaire ? (Enthoven :) Pour dégager de l'OTAN, il me semble qu'il faut utiliser l'article 13 de l'OTAN. (Enthoven :) Je tiens à préciser que, malheureusement, nous allons bientôt déjeuner et, par conséquent, nous allons, je pense, nous arrêter là en ce qui concerne les questions.

C'est malheureux. C'est un sujet passionnant. On pourrait passer des heures de plus à en parler.

On comprend, quand on l'explore, pourquoi les conférences de M. Asselineau sont si longues et si développées. [Applaudissements du public] (FA :) Il est bien. (Todd :) C'est bien.

Bien joué ! (Enthoven :) Alors il m'appartient de conclure. Je tiens tout d'abord à remercier... très sincèrement M.

Emmanuel Todd d'avoir accepté notre invitation. [Applaudissements du public] Par la même occasion, il convient de remercier M. Asselineau et M.

Todd pour leur participation mais aussi l'équipe technique, le travail qui a été mené. [Applaudissements du public] Comme l'avait fait longuement M. Asselineau en introduction, il convient aussi de remercier les journalistes qui nous ont fait l'honneur de venir à cette université. [Applaudissements du public] J'ai probablement oublié un peu de monde mais j'aimerais remercier personnellement toutes les personnes qui sont venues ici et qui ont, entre autres, participé pour certaines à cette longue discussion.

C'est toujours un plaisir de voir que ce sujet peut réunir autant de monde avec des personnes vraiment passionnantes et très intelligentes. C'est vraiment un plaisir de voir que l'UPR se développe progressivement et je conclurai de manière un petit peu conventionnelle en disant : Vive la République et vive la France ! [Applaudissements du public]