Attal démissionne...mais il reste ! #cdanslair 16.07.2024
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Chapitres
Répartition du ton (temps de parole politique)
Propositif 10 %Attaque 50 %Défensif 40 %
Questions et réponses
Taux de réponse directe : 100 % (directe = 1, partielle = 0,5, éludée = 0)
- 2:10OuverteRéponse directe
Qu'est-ce que ça veut dire, gérer les affaires courantes ?
- 3:37RelanceRéponse directe
Qu'est-ce que ça veut dire, gérer les affaires courantes ?
- 5:04OuverteRéponse directe
Ils restent dans leur bureau ?
- 5:47OuverteRéponse directe
La haute fonction publique va gérer ? Quelles sont les latitudes d'action ?
- 7:15OuverteRéponse directe
Qu'est-ce que les Français peuvent penser de cette situation de grande confusion ?
- 8:40OuverteRéponse directe
Le Nouveau Front populaire est au bord de l'implosion ?
Affirmations vérifiables (citations exactes)
- 2:10B.MorelFait
« Normalement, c'est 9 jours, la gestion des affaires courantes. Ca va être plus long. »
- 3:37B.MorelFait
« Vous ne prenez aucune décision engageante pour la suite qui ne soit pas dans la continuité et l'application de décisions déjà prises. »
- 5:04B.MorelFait
« Vous pouvez nommer un fonctionnaire et prendre des mesures d'urgence. Si vous avez besoin d'un préfet, vous pouvez le nommer. »
- 5:47B.MorelFait
« Urgence sous contrôle du Conseil d'Etat. Si ces nominations sont faites... Il faut voir si c'est urgent ou pas. »
- 6:32B.MorelFait
« Si le préfet décède, il en faut un, mais si le gouvernement est nommé 2 jours plus tard, vous auriez pu attendre. »
- 7:15C.RouxFait
« Il y a l'idée d'une confiscation du pouvoir de la part de l'exécutif, idée portée par le Nouveau Front populaire. »
- 8:40C.RouxFait
« Le Nouveau Front populaire semble au bord de l'implosion. »
- 10:49G.DaretFait
« Il considère que c'est la responsabilité de l'ancienne majorité de mettre sur la table une proposition pour construire un large pacte législatif. »
- 11:33G.DaretFait
« Depuis la semaine dernière, ils disent qu'il faut construire une majorité qui va du PS jusqu'aux LR. »
- 12:18G.DaretFait
« Il décide de garder la main et de montrer qu'il serait au centre du jeu dans un désordre politique qu'il a été le premier à créer. »
- 13:01B.MorelFait
« Il ne dirait pas quel est le programme et le jeu des alliances. Il irait chercher la tête d'affiche du groupe qui a le plus grand nombre de députés. »
- 13:43C.RouxFait
« Il a manqué à son devoir et à son rôle en ne passant pas le coup de fil au groupe arrivé en tête, le Nouveau Front populaire. »
- 14:25G.DaretFait
« Le président pourrait recevoir quelqu'un en disant qu'il doit prouver qu'il peut bâtir une majorité qui ne sera pas renversée à la 1re motion de censure venue. »
- 15:10C.RouxFait
« A moins de 2 semaines des JO, le ministre de l'Intérieur tient à s'afficher décontracté mais sur le pont. »
- 15:51C.RouxFait
« Hier, un militaire de l'opération Sentinelle est attaqué au couteau gare de l'Est. »
Temps de parole
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Votre échantillon gratuit sur decolorstop.fr. ... - C.Roux: Bonsoir. Bienvenue dans "C dans l'air". Ils ne seront plus tout à fait ministres à partir de ce soir. Le président va accepter la démission du gouvernement de G.Attal. Le Premier ministre et son équipe seront chargés, selon la formule, de gérer les affaires courantes. Situation inédite. Cela pourrait durer en raison des JO et aussi car aucune solution alternative ne s'est imposée à ce jour. Les discussions tournent au psychodrame à gauche. Le florilège des candidatures à Matignon se poursuit dans le désordre et les invectives. Certains espèrent bâtir un pacte législatif, comme L.Wauquiez, autour de 4 idées-forces, avec l'objectif de débloquer la France en 100 jours, rien que ça. Le président a appelé à trouver les voies d'un large rassemblement sans donner le mode d'emploi.
G.Attal démissionne mais il reste. Avec nous pour en parler, G.Daret, chef adjoint du service politique de France Télévisions. N.Schuck est grand reporter au "Point". A lire, votre article sur J.-L.Mélenchon. Avec nous, G.Sliman, président et cofondateur de l'institut de sondage Odoxa. B.Morel, vous êtes constitutionnaliste et maître de conférences à l'université Panthéon-Assas. Vous êtes auteur d'un livre sur le Parlement. Merci de participer à cette émission en direct. On commence avec l'image du jour, un ministre démissionnaire qui sort du Conseil des ministres et qui fait tomber la cravate! C'est G.Darmanin.
Je pense que c'était bien étudié, cette façon de dire "j'en ai fini avec ce poste de ministre de l'Intérieur". C'est sans doute le seul qui va vraiment continuer à bosser parce qu'il devra gérer la sécurité des JO. - G.Daret: L'un des aspects qui reste, c'est l'aspect sécuritaire. G.Darmanin conserve les pouvoirs nécessaires. La dimension sécuritaire sera l'un des principaux aspects pendant les JO. Il pourra prendre toutes les décisions nécessaires. Il montre qu'il est un des principaux politiques de ce gouvernement.
Il faut montrer des symboles, que le gouvernement est prêt à quitter pour reconstruire autre chose. - N.Schuck: Est-ce que les Français ne vont pas être inquiets de voir le ministre de l'Intérieur enlever sa cravate? Il y a possiblement un risque terroriste sur les JO... - C.Roux: Et il y a eu une attaque au couteau. - N.Schuck: Le signal politique peut être contre-intuitif. - C.Roux: Je pense que les gens qui nous regardent se disent... Le Premier ministre démissionne. Une espèce de faux suspense sur cette démission.
Il reste et va gérer les affaires courantes. Qu'est-ce que ça veut dire? - B.Morel: Il faut être pédagogue. Normalement, c'est 9 jours, la gestion des affaires courantes. Ca va être plus long. Vous n'avez plus de ministres quand la démission est acceptée. Ils font office de ministres. C'est la nuance. Ca leur permettra d'être députés. Ils pourront voter à la présidence de l'Assemblée nationale et être présidents de groupe. C'est bizarre, mais théoriquement, on peut. Ils gardent une latitude dans les fonctions qu'ils occupent. C'est la gestion des affaires courantes. Vous ne prenez aucune décision engageante pour la suite
qui ne soit pas dans la continuité et l'application de décisions déjà prises. Vous prenez toutes les mesures d'application qui permettent que la politique soit réalisable, mais vous ne faites pas la réforme de l'assurance-chômage par voie de décret car ce n'est pas une gestion des affaires courantes. - C.Roux: Questions pratique: ils restent dans leur bureau? - B.Morel: Oui. Il y a un petit doute sur l'Assemblée nationale. Quand ils font office de ministres,
ils quittent le banc des députés. Vous pouvez nommer un fonctionnaire et prendre des mesures d'urgence. Si vous avez besoin d'un préfet, vous pouvez le nommer. Vous pouvez théoriquement réunir un Conseil des ministres. Ca a été le cas en 81. On peut déclencher l'état d'urgence. Peut-on déposer un projet de loi pour le proroger? On est dans le flou. On n'a pas toutes les réponses. Record sous la Ve République: 9 jours. On n'a jamais fait passer de projet de loi dans cette configuration. Ca peut arriver, mais on n'est pas certains. - C.Roux: On entre dans une période stratégique pour le pays: les JO. Ce n'est pas rien.
On ne souhaite pas, mais attentats, grosses actualités qui nécessitent que l'appareil d'Etat se mobilise... La haute fonction publique va gérer? Quelles sont les latitudes d'action du ministre de l'Intérieur, du ministre de la Santé? Quand ils appuient sur les boutons, ça marche toujours? - B.Morel: Urgence sous contrôle du Conseil d'Etat. Si ces nominations sont faites... Il faut voir si c'est urgent ou pas. Le Conseil d'Etat va examiner les actes et voir si c'était urgent, si ça pouvait attendre avec un attentat, non. J'ai évoqué un préfet. C'est ambigu. Si le préfet décède, il en faut un, mais si le gouvernement est nommé
2 jours plus tard, vous auriez pu attendre. Si c'est 2 mois plus tard... - C.Roux: Ca se fera dans un cadre légal. C'est important de le rappeler. - B.Morel: C'est de la jurisprudence. On n'a pas inscrit dans la loi ou dans la Constitution ce cadre. Ca a été construit par la jurisprudence au fur et à mesure. D'où le grand flou. C'est le Conseil d'Etat qui devra apprécier au cas par cas pour voir si c'est des affaires courantes, des urgences ou s'il y a une connotation politique et que ce n'était pas le rôle du gouvernement. - C.Roux: Ca va être dans le débat politique dans les semaines qui viennent. Il y a l'idée d'une confiscation du pouvoir
de la part de l'exécutif, idée portée par le Nouveau Front populaire. On ne mettrait pas en application le résultat des urnes. Qu'est-ce que les Français peuvent penser de cette situation de grande confusion? - G.Sliman: Certains m'ont dit que la dissolution était une mauvaise chose. Quand on interrogeait les Français sur la victoire possible de la majorité... Paradoxalement, cette situation ubuesque qui ne leur plaît pas est peut-être une situation d'un moindre mal. Y compris sur les réactions des marchés financiers, par rapport aux angoisses qui existaient sur une potentielle histoire du RN, ce scénario à la belge, où... Ca n'enchante pas nos concitoyens. Ca les inquiète, mais moins que les autres possibilités. La classe politique va s'en donner à coeur joie.
J.-L.Mélenchon et les insoumis vont crier au scandale sur la confiscation du pouvoir mais, en même temps, ils ne sont pas capables de se mettre d'accord sur un nouveau Premier ministre. La situation n'enchante pas les gens. Elle va durer, mais c'est peut-être un moindre mal depuis l'annonce de la dissolution. - C.Roux: Ca va durer. On a un élément nouveau. Le président a laissé entendre que ça allait au moins enjamber les JO. - N.Schuck: Il semblerait qu'il y ait un accord avec G.Larcher, le président du Sénat, pour apaiser et ne pas avoir de crises politiques majeures pendant les JO, ce qui fait qu'on pourrait se retrouver sans gouvernement.
Je reviens sur le caractère anxiogène. On va peut-être se dire que c'est du folklore, que ce n'est pas grave, qu'on en a vu d'autres, mais c'est la 1re fois qu'on vit ça à grande ampleur. On entre en terrain inconnu. Dans quelques heures, on va prendre conscience qu'on n'a plus de Premier ministre ou de gouvernement. Vous avez parlé de "gouvernement zombie". C'est pertinent. Les Français attendent des décisions sur le pouvoir d'achat, la justice sociale... Il faudrait faire ça... - C.Roux: Ce gouvernement zombie a toujours le pouvoir de représenter? C'est encore ces ministres qu'on verra dans les tribunes, pour les JO?
- B.Morel: Il y a une forme... - C.Roux: D'interprétation? - B.Morel: Si le ministre doit être présent, il fait office de ministre. Pourquoi zombie? Vous ne tuez pas un zombie. Le gouvernement d'E.Macron est déjà tombé. Il a un brevet d'immunité. Ca pose des sujets politiques. Vous maintenez un gouvernement avec des prérogatives importantes. Il ne peut pas tomber. C'est une remise en cause du régime parlementaire. - C.Roux: Officiellement, c'était le dernier Conseil des ministres gouvernemental. - G.Daret: On a vu qu'il ne lâchait rien politiquement.
Il a dit à ses ministres qu'il souhaitait... Il considère que c'est la responsabilité de l'ancienne majorité de mettre sur la table une proposition pour construire un large pacte législatif. Il est toujours dans cette logique d'essayer de gagner du temps par rapport au Nouveau Front populaire. Il considère toujours qu'il peut peut-être réussir à bâtir quelque chose avec les députés qui lui sont restés fidèles ou qui sont de son camp. - C.Roux: De ce que j'ai lu, il a aussi fixé quelques cadres sur le contenu et le fond, en disant qu'il fallait que ça se passe avec la préservation des acquis économiques, mettre l'accent sur la réponse régalienne forte et des mesures de justice sociale.
Il donne un cadre à cet accord que doivent trouver les forces politiques? - G.Daret: C'est une tradition idéologique de ce qu'il veut faire... Depuis la semaine dernière, ils disent qu'il faut construire une majorité qui va du PS jusqu'aux LR. La sécurité, les acquis économiques, c'est plutôt la droite et le centre. La justice sociale, c'est une partie de la gauche. Ils fixent un cadre dans lequel les acteurs politiques pourront ou non entrer. Il décide de garder la main et de montrer
qu'il serait au centre du jeu dans un désordre politique qu'il a été le premier à créer. - C.Roux: Il est encore maître du jeu? Avec un gouvernement démissionnaire et pas de force politique en situation de proposer une majorité, une coalition, il a les manettes? - B.Morel: Théoriquement, non. On est entrés dans un système de régime parlementaire classique. Il ne dirait pas quel est le programme et le jeu des alliances. Il irait chercher la tête d'affiche du groupe qui a le plus grand nombre de députés. Il ne lui donnerait pas tout de suite Matignon. Il lui demanderait de trouver 289 députés.
Une fois le programme fait, il envisagerait de nommer un gouvernement. Il dit d'où doit partir la coalition. Si vous voulez faire fuir les gens de cette future coalition, vous ne faites pas mieux. - C.Roux: Il a manqué à son devoir et à son rôle en ne passant pas le coup de fil au groupe arrivé en tête, le Nouveau Front populaire. Ils disent qu'il faut que la gauche crée un gouvernement... - B.Morel: Il ne l'a pas fait, mais nommé un Premier ministre Nouveau Front populaire aurait posé problème. Il fallait nommer un coordinateur en disant: "Vous voulez gouverner, très bien. Il n'y a pas d'exclusivité. Pourquoi pas, mais trouvez-moi 289 députés." - G.Daret: Quand on échange en coulisses avec l'entourage du président, ils expliquent que l'esprit de la lettre aux Français
serait de dire que si le Nouveau Front populaire réussissait à se mettre d'accord... Le président pourrait recevoir quelqu'un en disant qu'il doit prouver qu'il peut bâtir une majorité qui ne sera pas renversée à la 1re motion de censure venue. - C.Roux: Les JO jouent beaucoup dans le calendrier. Ca empêche un calendrier politique qui crée une instabilité? - G.Daret: Nommer un Premier ministre, c'est une chose, mais nommer un gouvernement, c'est autre chose. Ca peut prendre parfois 10 jours. La cérémonie d'ouverture des JO, c'est dans un peu plus d'une semaine. Aucun nom n'est sorti du Nouveau Front populaire ou dans une alliance plus large. Il semble impossible de mettre en place un gouvernement d'ici aux JO.
- C.Roux: Ils sont sur le départ mais priés de rester pour gérer les affaires courantes. Le président a appelé à un large rassemblement lors du dernier Conseil des ministres, mais aucune issue évidente ne s'impose. Le Nouveau Front populaire semble au bord de l'implosion. - Dernier Conseil des ministres et fin de partie pour G.Attal, futur ex tout sourire. Le président acceptera sa démission d'ici ce soir. Devant ses ministres, E.Macron a rappelé sa ligne. ...
En attendant un nouveau locataire à Matignon, G.Attal et ses ministres seront cantonnés à la gestion des affaires courantes, sauf que les dossiers chauds ne manquent pas, notamment en matière de sécurité. Hier, un militaire de l'opération Sentinelle est attaqué au couteau gare de l'Est. Près de Sainte-Soline, 10 000 militants opposés aux mégabassines sont attendus toute la semaine et les manifestations prévues vendredi sont déjà interdites par les préfectures. A moins de 2 semaines des JO, le ministre de l'Intérieur tient à s'afficher décontracté mais sur le pont. - G.Darmanin: Vous ne pouvez pas être ministre de l'Intérieur...
Il se passe toujours quelque chose dans notre pays. Le ministre de l'Intérieur est auprès des pompiers, des policiers et gendarmes tous les jours. Je ferai mon travail jusqu'au bout. - Du côté du Nouveau Front populaire, on se déchire en public. Fin de semaine dernière, les communistes proposaient pour Matignon... - Présidente du conseil régional de La Réunion, candidate adoubée par LFI, refusée par le PS. Les négociations sont dans l'impasse. Hier, LFI a annoncé suspendre les discussions et a pointé un responsable. ...
Communiqué contre communiqué, le PS répond... ... Dans la soirée, le nom de l'économiste L.Tubiana fuite. Veto immédiat des insoumis. - M.Bompard: Si c'est ce profil sur lequel travaillent nos partenaires, je tombe de ma chaise. Il s'agit de nous proposer une personne, contre qui je n'ai rien de personnel, que les choses soient claires, mais il y a 4 jours, elle a signé une tribune dans laquelle elle appelait à constituer une coalition et un programme commun avec les macronistes.
- Pro-Macron compatible, selon LFI, L.Tubiana est considérée comme la cheville ouvrière de l'accord de Paris de 2015. Elle fut aussi coprésidente de la Convention citoyenne sur le climat. Un candidat commun pour Matignon ou l'impossible entente entre LFI le PS. - O.Faure: Quand il y a une majorité de parlementaires du Front populaire qui sont prêts à accepter cette candidature, je ne vois pas en quoi il faudrait considérer que la parole d'un seul s'impose à tous les autres. - Querelles intestines et le reste de la gauche s'agace.
- F.Roussel: Si on ne trouve pas de solution dans les heures qui viennent, dans les jours qui viennent, ce serait un naufrage. - F.Ruffin: On n'est pas fichu de se mettre d'accord sur un nom pour Matignon. C'est une honte. Ca donne raison à E.Macron qui peut se dire: "S'ils ne sont pas capables de donner un nom de Premier ministre, comment vont-ils gouverner le pays?" - Toujours personne pour Matignon et il faut déjà penser à la présidence de l'Assemblée nationale. Le Nouveau Front populaire veut une candidature unique, mais ce n'est pas gagné, une fois de plus. - C.Roux: Des noms sont sortis du chapeau ce week-end. On pensait qu'il y avait un consensus.
Le ton monte. Que se passe-t-il dans les coulisses? - N.Schuck: Le ton est monté, notamment ce week-end. Il y a eu une réunion très tard samedi soir avec O.Faure, M.Tondelier, F.Roussel et J.-L.Mélenchon. D'habitude, il n'était pas présent dans les discussions. Il est venu en personne. D'après les témoins, il a passé une heure à hurler sur O.Faure parce qu'il avait refusé la candidature "commune" d'Huguette Bello, présidente de la région Réunion que les communistes et LFI ont mise en avant. Ca a été retoqué immédiatement par le PS, évidemment. O.Faure a mis sur la table 3 noms. Vous voulez une candidature féministe... Il a proposé M.Aubry, qui pourrait faire l'unanimité. Il y a aussi la maire de Nantes et N.Vallaud-Belkacem. Les 3 noms ont été refusés immédiatement par LFI. On en arrive à cette décision de présenter des candidatures venant de la société civile. A chaque fois qu'un candidat se profile, on dit qu'il est trop proche du PS ou de LFI. Ils essaient de trouver une voie de passage. Plusieurs noms ont été cités. Celui de C.Duflot, directrice générale d'Oxfam France...
Il y a aussi l'économiste E.Duflo. Un nom a fait l'unanimité du PS, du PC et des Verts: L.Tubiana. Mais ça a été retoqué immédiatement par LFI au motif qu'elle avait été sollicitée par le président de la République et qu'elle avait plaidé pour une coalition avec la Macronie il y a quelques jours. - C.Roux: Le Nouveau Front populaire est au bord de l'implosion? S.Chikirou s'est expliquée sur X. ... Ca ne va pas être simple de s'entendre. - N.Schuck: Tout le monde essaie de se rejeter la faute pour savoir qui portera le chapeau de la fracturation de cette alliance de gauche. Ca arrangerait beaucoup le PS que LFI se mette en faute. Ils viennent de le faire. Ce qu'a fait S.Chikirou est en infraction de la charte du Nouveau Front populaire qui prévoit "pas de brutalisation de la vie publique".
Vous avez des voix au PS qui commence à dire: peut-être qu'il faudra rompre cette union. Ce n'est pas encore le cas. O.Faure veut toujours tenter un accord. - G.Daret: 2 négociateurs m'ont dit que l'ambiance était délétère entre le PS et LFI depuis le début. Ils font un concours de muscles pour savoir qui va partir à Matignon. Une autre négociatrice m'a dit qu'elle avait l'impression de vivre dans une téléréalité. Les négociateurs sont plus sur les plateaux télé que dans les salles de négociation pour trouver un compromis. Au-delà des noms, il y a aussi la méthode et le timing. Une négociatrice disait que ce qui compte, c'est de fixer une date de fin, dans une négociation. C'est dans le money time qu'on fait des concessions.
Le problème, c'est qu'il n'y a pas de date de fin. Il y a cette guerre intestine où le PS et LFI se disputent une forme d'hégémonie parce que LFI considère que la Nupes en 2022, c'est elle. Elle ne lâchera rien. Le PS considère qu'il doit reprendre des forces. Il y a déjà 2027 derrière ça. Le PS se dit que J.-L.Mélenchon ne veut pas que ça réussisse sans lui. Si ça réussit sans lui, il sera en partie effacé de la prochaine présidentielle. Il a une obsession présidentielle pour la prochaine élection. Du côté de LFI, on renvoie le PS en disant que c'est des sociaux-traîtres, que le nom qui leur a été donné ne leur va pas du tout. Quelqu'un chez LFI me disait que les socialistes sont d'une "arrogance inconcevable", qu'ils n'avaient jamais vu ça depuis plusieurs années. - C.Roux: Dans ces négociations, est-ce qu'il y a des points de programme sur lesquels ils essaient de se mettre d'accord ou on n'en est même pas là? - G.Daret: On n'en est même pas au choix de la méthode.
F.Ruffin n'est plus chez les insoumis... Il dit qu'il faut voter les députés du Nouveau Front populaire. Même la méthode de désignation... L'accord de gouvernement sur des concessions, on en est très loin. - C.Roux: Et s'ils regardaient les sondages et de prendre le plus crédible, le mieux placé, celui qui a le plus de crédit auprès des Français? Ils trouveraient qui? - G.Sliman: Ils seraient embêtés car ils trouveraient R.Glucksmann. S'ils regardaient les sondages, ils pourraient se dire qu'à moyen terme... E.Macron est-il hors-jeu?
A moyen terme, il peut revenir dans le jeu. Il a été désavoué par tous les scrutins, européennes puis législatives. C'est sa formation, son ancienne majorité, qui occupe la position centrale. Il souhaite une coalition. Il souhaite ça plus que de voir le NFP au pouvoir et que soit désigné un Premier ministre issu du Nouveau Front populaire. En même temps, les Français trouveraient légitime que le président, si le NFP arrivait à s'accorder et à proposer un nom... 1 Français sur 2 dit qu'il trouverait normal
que le président se tourne vers eux. Depuis des semaines, on a une issue probable qui tournerait autour d'une idée de coalition dans laquelle le bloc central, représenté par E.Macron, pourrait avoir un rôle important ou plus ou moins la main, mais cette solution n'est pas possible à court terme. Il n'est pas possible pour les socialistes de dire "je vais trahir les électeurs qui ont voté Nouveau Front populaire". L'intérêt objectif des uns et des autres, insoumis, socialistes, mais aussi d'E.Macron, c'est que ce gloubi-boulga ne prenne pas
et que d'ici quelques semaines, on aboutisse à une solution qui consisterait à dire "le NFP n'est pas capable de proposer un Premier ministre commun"... - C.Roux: Il pourrait leur donner une date butoir? Si on n'a pas de nom le 15 août... - G.Sliman: C'est ce qui se fait normalement dans des négociations, y compris pour des achats immobiliers. Il y a des dates butoirs. Sur de la politique, ce serait aussi assez logique. La coalition pourrait revenir et avoir du sens aux yeux
des citoyens. - C.Roux: Sondage du 11 juillet. 73 % des Français sont opposés à un gouvernement du Nouveau Front populaire. - G.Sliman: On a testé à part. 73 % disent qu'ils ne veulent pas d'un gouvernement Nouveau Front populaire. Les états-majors et leurs électeurs peuvent parfois être en phase. Ce que disent les sympathisants écologistes et PS ne veulent pas non plus d'un gouvernement Nouveau Front populaire. Ils préféreraient une solution de coalition. - C.Roux: Les Français sont favorables à une coalition.
On aurait renoncé collectivement à avoir le sauveur, l'homme providentiel qui est né par nos institutions et le suffrage universel? - G.Sliman: Non. C'est la pensée complexe de nos concitoyens. On l'a fait à l'occasion de la sortie d'un thriller historique. Ca concerne 1 personne sur 2. - C.Roux: Ils veulent une coalition mais ils n'ont pas renoncé... - G.Sliman: Ce ne sont pas les mêmes. Une partie de l'opinion aspire à un homme providentiel, à verser dans la démocratie libérale, plus d'autorité et plus de fermeté... Il y a les autres. Ils ont fait barrage au RN lors des dernières législatives. "Ca me fait peur. Je préfère quelque chose que je critique mais qui m'a l'air plus démocratique." - C.Roux: Sur la façon dont les choses pourraient se passer, car il vaut mieux rester au conditionnel... On va parler de L.Wauquiez avec la droite... Au regard de ce scrutin, l'avantage de l'initiative est pour le
Nouveau Front populaire? - B.Morel: Le chiffre magique: 289, pour la motion de censure. Il ne faut pas que 289 députés votent contre vous. J.-L.Mélenchon le sait bien. Il a dit: "Nous avons gagné." Il a dit "pas de compromis sur le programme". Il dit aux socialistes et aux écologistes: "Si vous vous alliez avec le centre, vous êtes des traîtres." Il y a aussi qu'il est la seule personnalité de gauche en vue de 2027. L.Tubiana, c'est une façon pour les écologistes et les socialistes... La question n'est pas de savoir si le Nouveau Front populaire peut
gouverner mais qui va porter le chapeau de la rupture. C'est la seule coalition qui pourrait structurellement soutenir un gouvernement qui soit d'union nationale ou technique. - C.Roux: On enjambe les JO. On laisse passer le début des vacances, peut-être. Est-ce qu'il y a un rendez-vous d'urgence pour ce gouvernement provisoire, ces coalitions, ce dont on parle? Le seul rendez-vous qui compte est celui du budget? - B.Morel: Rendez-vous le 1er octobre. Le Parlement ne se réunit qu'à la convocation du président ou à la demande du gouvernement.
On pourrait avoir une vie politique congelée du niveau parlementaire. Le budget doit être proposé pour octobre. Le budget doit être voté avant le 31 décembre. Sinon, on peut l'appliquer par ordonnance s'il n'a pas été rejeté. S'il est rejeté, on peut demander au Parlement de voter chaque mois une prolongation des crédits pour payer les fonctionnaires. Je suis fonctionnaire, donc j'aimerais bien! C'est aussi pour les impôts. J'aime moins, mais c'est important. Vous avez la possibilité d'utiliser l'article 16 pour appliquer
le budget. On devrait éviter d'arriver à de telles extrémités. - C.Roux: Il faut avancer? Il faut qu'on en sorte? Ce gouvernement zombie, cet entre-deux, ça peut satisfaire celui qui est encore à l'Elysée? - G.Daret: Pour le moment, ça le satisfait. En tout cas, ça peut servir sa stratégie. Il est sur une idée de décantation politique qui viendrait d'une fracture au sein du Nouveau Front populaire. Le NFP semble lui donner raison sur le fait qu'il n'est pas capable de proposer un nom de Premier ministre. Cette démission, quand bien même le gouvernement reste en mode gestion des affaires courantes, l'entourage du président dit que c'est une façon de dire aux autres forces politiques: "On ne s'accroche pas au pouvoir. Il faut entamer une autre phase." Les discussions faites par les députés de la majorité sortante ne se font pas avec les députés NFP. Ca se fait avec le centre et la droite. Ce n'est pas forcément ce qu'attendent...
- C.Roux: G.Darmanin le dit dans une lettre. A droite, retour d'un homme qui s'était sciemment fait discret depuis 5 ans: L.Wauquiez. Il a enfilé le costume de nouveau patron du groupe Droite républicaine. Ils ont changé de nom. Il tend la main aux élus du camp présidentiel pour faire une majorité face au Nouveau Front populaire. - C'est un retour au premier plan qu'il veut emprunt de gravité. L.Wauquiez a fait son retour à l'Assemblée nationale dans la peau du nouveau chef de file LR. - L.Wauquiez: Nous devons tout rebâtir et tout reconstruire. C'est ce à quoi nous allons nous employer pour mettre en oeuvre une nouvelle offre politique d'une droite indépendante. - Son urgence du moment: empêcher la formation d'un gouvernement d'union de la gauche. L.Wauquiez propose aux élus macronistes un pacte législatif, s'entendre pour voter certains textes. Il détaille cela dans "Le Figaro".
... Cet après-midi, E.Macron appelle son camp à saisir la balle au bond et le revenant L.Wauquiez parvient à garder unis ses députés LR, pour le moment, y compris ceux qui ont été tentés par un départ pour le centre droit. - Il y a un chef d'équipe. Il nous réunit. On discute. Il a des ambitions présidentielles assumées. C'est un homme politique national, de premier plan. Ca peut être utile dans une période où chacun semble essayer de trouver sa voie. - Le retour d'un homme qui s'était fait discret depuis la défaites cinglante des LR aux européennes de 2019. Alors président du parti, il annonce sa démission au 20h. - L.Wauquiez: Les victoires sont collectives et les défaites sont solitaires. C'est comme ça. - S'ensuit la mise en scène d'une traversée du désert. Il se replie dans sa région Auvergne-Rhône-Alpes. Il s'affiche à vélo, à ski ou sur le chemin de Compostelle. Mais il n'oublie pas d'envoyer ses cartes postales
à chaque rentrée pour rappeler qu'il n'abandonne pas ses ambitions élyséennes. - L.Wauquiez: Nous ne préparerons pas le redressement du pays en réagissant à la petite semaine, comme nous le faisons depuis des années, à coups de petites phrases. Nous devons prendre de la hauteur. - Si ses interviews se font rares, elles se font aussi plus dures, comme dans les colonnes du "Point" il y a un an, quand il reprend la théorie trumpiste d'un pouvoir administratif qui régirait le pays. C'est la ligne de son successeur à la tête du parti, E.Ciotti, qui l'adoube pour 2027. - E.Ciotti: Ce choix porte le nom de L.Wauquiez. - Mais en interne, la discrétion du déjà futur candidat n'est pas du goût de tout le monde, accusé de rester planqué lors des débats sur la réforme des retraites. - R.Dati: Si L.Wauquiez veut être candidat, il doit prendre la parole sur des sujets structurants de notre société.
- Tout n'est pas non plus bucolique dans sa région. L'opposition l'accuse de couper des financements aux mairies ou établissements culturels avec lesquels il est en désaccord. - Quand on regarde les aides aux communes dans les communes où on connaît la couleur politique du maire, c'est 2 fois plus pour des villes de droite que pour des villes de gauche, sur 5 ans. - L.Wauquiez, autoritaire? Il se promet indépendant et assure ne pas briguer de poste
dans un gouvernement de coalition. - C.Roux: Nous allons revenir sur cette opération. Nous n'avons plus de gouvernement. - G.Daret: C'est l'heure des zombies. - C.Roux: Quelles sont les chances de succès du pacte législatif? - N.Schuck: Il faut définir ce qu'est ce pacte législatif. Dès qu'il est devenu président du groupe Droite républicaine, il a fixé la règle du jeu. Il est hors de question de gouverner. "On ne deviendra pas ministre." C'est une règle solide: ce n'est pas son intérêt d'aller vers un gouvernement de coalition. Son ambition personnelle est de devenir le remplaçant d'E.Macron, pas son assistant. - C.Roux: C'est quoi, un pacte législatif? - N.Schuck: Il existe déjà des programmes de travail. C'est assez étayé. Ils sont en train de préparer une dizaine de textes de loi pour relever la France, disent-ils. C'est aux conditions de LR.
Pourquoi a-t-il fait ça? L.Wauquiez dit que ce n'est pas seulement sa candidature pour 2027. Il arrive avec un projet. Il y a eu un petit putsch à l'intérieur des Républicains. Ils sont aujourd'hui une cinquantaine de députés, dont une bonne quinzaine ont envisagé de partir parce qu'ils ne voulaient pas se faire caporaliser par L.Wauquiez. Aujourd'hui, un vote s'est déroulé à l'Assemblée pour l'élection à la tête du groupe. L.Wauquiez a passé des coup de fil assez fermes pour dire aux petits putschistes: "Tu as 10 minutes pour aller voter. Si tu ne vas pas voter, tu vas voir..." Certains sont allés voter rapidement. Ceux qui disaient qu'ils allaient faire leur groupe, ils sont revenus au bercail. C'est lui, le boss. F.Bayrou disait que la France était une boîte de grenouilles qui sautaient dans tous les sens. Toutes les grenouilles sont rentrées dans la cage. - C.Roux: Est-ce que le fait que le président, lors du dernier Conseil des ministres, utilise l'expression
du pacte législatif montre qu'il a entendu? Est-ce qu'il y a des discussions, en ce moment, qui avancent entre L.Wauquiez, la Droite républicaine, et la majorité actuelle? - G.Daret: Il n'y a pas de discussions directes entre le président de la République et L.Wauquiez. Les députés se parlent. Il y en a qui ne sont pas députés, mais qui se parlent aussi. Par exemple, X.Bertrand qui était venu proposer son gouvernement d'urgence nationale. Ils discutent avec G.Darmanin, l'un de ses proches. G.Darmanin, ce n'est pas un hasard s'il envoie ce texto aux députés du groupe Renaissance dans lequel il dit: "C'est intéressant. Il faut qu'on travaille avec eux."
Il ne faut jamais oublier la dimension personnelle. Pour G.Darmanin, ça lui permet de se repositionner à droite. Chacun reconstruit son capital politique. "Moi, je venais de la droite. J'ai suivi à droite." Il a dit: "Je ne glisserai pas un bulletin pour LFI dans l'urne." - N.Schuck: Il y a comme une aberration. Avant la dissolution, le président de la République pouvait acheter la droite à la baisse. Aujourd'hui, il va les acheter à la hausse, et encore,
pas sûr qu'il y arrive. - C.Roux: Les gens se disent peut-être qu'on est en train de leur expliquer qu'avec 70 députés, les Républicains vont faire la pluie et le beau temps et imposer un programme et un pacte législatif? C'est ça, la leçon des législatives? - G.Sliman: Cette formation est décrochée par les autres groupes politiques. C'est une question de timing. C'est très étrange, pour les téléspectateurs et les citoyens, de se dire... On voyait L.Wauquiez traverser le désert, mais pas assez longtemps. On est sur une 20e place dans notre palmarès politique, loin derrière les personnalités appréciées des Français, dont certaines viennent de la droite et qui ont davantage leur mot à dire auprès de la droite. On pourrait parler d'E.Philippe, la personnalité préférée politique des Français. On sent qu'il y a une ligne E.Philippe-G.Darmanin pour reconstituer un centre droit à partir de l'ex-Macronie. - C.Roux: Je peux résumer en disant que c'est aussi bouché à droite qu'à gauche? - B.Morel: Le NFP sait compter. LR aussi.
Ajoutés à la majorité, ils ne sont pas non plus 289. Ce programme législatif n'a pas pour but d'être appliqué, mais de fracturer la majorité. Ils parlent comme ceux qui, demain, donnent le la. En étant en alliance demain, Renaissance, ce n'est pas un parti au sens normal du terme... Un parti politique, c'est un parti qui vous fait socialiser dans un environnement pour trouver vos amis, votre identité politique, votre base de repli, des collectivités territoriales. Il y a des gens qui venaient de la gauche et qui se sont tournés vers la gauche, et des gens qui venaient de droite et qui cherchent une nouvelle famille. Si LREM s'effondre, ils savent que L.Wauquiez leur ouvre ses bras. - C.Roux: G.Darmanin va-t-il jouer un rôle dans les mois qui viennent? G.Attal va être patron du groupe des députés Renaissance à l'Assemblée.
Ca s'est gagné de haute lutte. Il a bataillé avec G.Darmanin. Quel rôle va-t-il jouer? Que peut-il faire? - N.Schuck: Il peut discuter avec L.Wauquiez. Ce que dit L.Wauquiez dans ce pacte législatif, c'est qu'ils ne censureront pas forcément un futur gouvernement s'il est bienveillant et qu'il reprend certaines de leurs propositions. Il veut une victoire idéologique et ne pas gouverner. Il dit qu'il est prêt. "Libre aux autres de reprendre les choses que je mets sur la table
ou pas." - G.Daret: Même un gouvernement, avec des ministres de gauche, en excluant La France insoumise, ils ne le censuraient pas. - C.Roux: B.Morel, vous êtes constitutionnaliste. Quel est le scénario qui vous paraît le plus probable? Après tout ce que l'on vient de se dire, quel est le scénario que vous privilégiez? - B.Morel: Le scénario le plus probable, c'est que l'on ait un gouvernement démissionnaire jusqu'à la fin des Jeux, voire jusqu'à fin octobre, et qu'ensuite, on ait une coalition pour éviter une motion de censure. La probabilité d'un gouvernement technique est importante. Ce gouvernement a un grand avantage pour les partis. "Regardez ce budget, il est infâme. Jamais je ne voterai ce budget." Une motion de censure précipiterait le pays dans l'instabilité gouvernementale.
Un gouvernement technique... - C.Roux: Ca veut dire des négociations sur chaque sujet pour trouver une forme de bienveillance? - B.Morel: Si on arrive à faire passer le budget, c'est bien. J'entendais: "Oui, on va se mettre d'accord sur des sujets comme l'immigration, la réforme des retraites." Avec L.Wauquiez et le Parti communiste, c'est impossible. Si on arrive à voter le budget, c'est champagne. - C.Roux: Jeudi, l'Assemblée désignera le président de l'Assemblée nationale. Ce sera un 1er test pour voir le rapport de force issu des urnes. Ce sera une première pour bon nombre de députés
qui débarquent dans l'Hémicycle. C'est le cas de B.Cernon, le tombeur de N.Dupont-Aignan dans l'Essonne. Pour cet ancien cheminot, c'est un changement de décor. - Dans ce RER, un passager pas comme les autres: B.Cernon, ancien conducteur de train, devenu député. Elu lors d'une triangulaire dans l'Essonne face au président du département, et surtout N.Dupont-Aignan, en place depuis 27 ans. - B.Cernon: Il y a un peu de pression. Je ne suis pas aussi connu que N.Dupont-Aignan.
Il va falloir que je fasse ce que je peux pour me faire connaître. - Pour cet ancien syndicaliste, c'est costume-cravate de rigueur. Séance photo officielle à l'Agence France-Presse. - Tu les croises comment? - B.Cernon: Comme ça. C'est intimidant. Il y a l'émotion. Petit à petit, on prend conscience qu'on entre dans le monde de la députation, dans le monde politique. - A 36 ans, ce novice en politique doit maintenant embaucher son équipe. Cette candidate postule pour devenir son assistante parlementaire. - B.Cernon: J'ai un gros enjeu autour de la com. C'est une circonscription qui était médiatisée.
Je me dis que j'ai un an pour faire mon trou et me faire connaître. - Elle a déjà travaillé 6 ans auprès d'une autre députée LFI. Une expérience qui lui sera bien utile. - B.Cernon: C'est un peu ingrat. C'est le député qui est mis en lumière, mais le travail en coulisses, c'est les collaborateurs. - Autre passage obligé pour tout nouveau député: le rendez-vous avec le déontologue de l'Assemblée, accompagné de son attaché de presse. - B.Cernon: Il y a tellement de dérapages... - Réunion à huis clos d'une trentaine de minutes pour lui expliquer les règles à respecter.
Celui qui s'est battu contre la réforme des retraites compte bien se faire entendre dans l'Hémicycle. - B.Cernon: Quand 90 % des gens sont contre, ça paraît complètement cohérent, quand la plupart des gens demandent juste la reconnaissance de l'Etat palestinien. Il faut aussi comprendre que l'Assemblée est représentative de la vie de tous les jours, de ce qui se passe dans la rue. - De la rue au Palais-Bourbon, B.Cernon s'est engagé en politique pour combattre l'extrême droite. - B.Cernon: On est dans la cour d'honneur, comme les grands.
- Mais aussi E.Macron qui, selon lui, n'entend pas le verdict des urnes. - B.Cernon: Il faut avoir conscience qu'aujourd'hui, c'est LFI, demain, EELV, etc. Aujourd'hui, LFI, c'est l'épouvantail. Ca commence très mal. - B.Cernon ne sait pas encore dans quelle commission il siégera. Une chose est sûre: pas question d'oublier d'où il vient. Son 1er engagement: défendre les cheminots de la SNCF. - C.Roux: Vous regardiez attentivement ce reportage, G.Sliman.
Vous disiez que c'est un profil issu de la vie quotidienne. - G.Sliman: En 2022, on avait eu un flux, grâce au RN et à La France insoumise... Il y avait déjà eu, avec E.Macron, un certain nombre de profils de gens plus classiques, plus "normaux", qui n'étaient pas forcément tous hauts fonctionnaires. A droite, on voyait des avocats ou des médecins. Voir à l'Assemblée des gens qui peuvent être cheminots ou autres... Les Français l'apprécient, tout autant que ces personnes ne fassent pas honte par ce qu'ils disent. Je pense par exemple à ce RN qui se targuait d'avoir des candidats qui ressemblent à la vie réelle. Certains avaient pu se prendre les pieds dans le tapis. Tant qu'ils ne se prennent pas les pieds dans le tapis, c'est un atout d'avoir ces personnalités qui ressemblent aux Français. - C.Roux: Des gens issus de la société civile, c'est un pli qui a été pris. - B.Morel: En 2017, c'était très à la mode.
Quand vous venez du privé, construire une carrière politique, c'est compliqué. C'est compliqué ensuite de ne pas être en difficulté. Il n'y a plus le cumul des mandats. Le repli dans les collectivités devient moins évident. - C.Roux: Ca permet de réconcilier les Français avec la politique? Ca fait partie de ce genre de profils qui peuvent être audibles par une partie de ces Français qui ne veulent plus les entendre? - B.Morel: C'est l'ambiguïté. Les Français étaient opposés au cumul des mandats.
- N.Schuck: Ca a été à la mode à un moment, la société civile. On est dans un régime de type parlementaire où il faut être aguerri à ces joutes verbales et à ces jeux de coulisses. On voit bien que la candidature de L.Tubiana pouvait poser des difficultés. Si on avait un président de l'Assemblée qui l'était lui aussi, comment on faisait? Tout risque d'être grippé. - G.Sliman: C'est pour les personnes qui vont être en première ligne que ce problème se pose. Quand on est député "classique", beaucoup moins.
- C.Roux: Question. - G.Daret: Le nom d'A.Genevard, la patronne par intérim des Républicains, dont le travail parlementaire est reconnu sur les bancs de l'Assemblée, c'est un nom qui circule et qui pourrait faire l'objet d'un accord avec la majorité sortante dans le cas où il y aurait des discussions autour de ce pacte législatif, mis sur la table par L.Wauquiez. Ce serait une candidature de consensus et le début de la coalition entre la droite et la majorité sortante.
La majorité sortante commence à comprendre que ça va être difficile de remettre en place la même présidente, Y.Braun-Pivet, en donnant l'impression que rien n'a changé après une défaite politique. - C.Roux: La présidence de l'Assemblée est-elle importante? - B.Morel: C'est un poste stratégique. Il a un rôle de thermostat et de soupape. C'est le président de l'Assemblée qui prend le thermomètre. Généralement, il prend le parti de l'opposition et fait baisser la pression. Ce n'est pas le seul poste à responsabilité. Le 19, les membres du bureau, les questions, par exemple... Il y a un vrai sujet. Ensuite, il y a les présidents de commission. Je suis incapable de vous dire quelle position il y aura. Les membres de l'opposition votent et les membres de la majorité se retirent.
- C.Roux: Est-ce qu'il y a des règles qui font... Comment est-on élu au perchoir? Il faut une majorité? - B.Morel: Premier tour: majorité absolue. 2e tour: il peut y avoir désistement. Il va y avoir un jeu qui peut être intéressant du côté du RN. Au 2e tour, le RN fait passer le candidat qu'il veut. Le président de l'Assemblée nationale, sa principale force, c'est d'être consensuel. Si vous êtes élu avec une majorité étriquée au 3e tour, ça commence mal.
- C.Roux: Cette réaction de J.-N.Barrot... - B.Morel: C'est illégal au regard du règlement de l'Assemblée. Théoriquement, si on devait jouer ce jeu, on irait contre le règlement. Le RN comme LFI pourraient dire qu'ils ont été marginalisés contre la règle du droit. - G.Daret: Les députés Renaissance ont dit qu'ils ne voulaient aucun poste à responsabilité pour LFI ou pour le RN. On voit qu'il y a des voix divergentes dans le gouvernement et au sein de Renaissance. - C.Roux: Question. - G.Daret: C'est une question concrète qui se pose, dans cette période de gestion des affaires courantes. On m'a dit qu'il n'y aurait pas double rémunération
pendant la durée de gestion des affaires courantes. Les ministres qui ont également été élus députés ne toucheront pas leur indemnité parlementaire. Ils ne la toucheront que quand ils quitteront réellement leur poste de ministre. Il y a des questions pratiques qui se posent: les voitures de fonction, les logements de fonction... Il restera à Matignon parce qu'il est dans l'exercice de ses responsabilités. - C.Roux: Question. - G.Sliman: Il reste très populaire.
Est-ce qu'il a un avenir politique? Pour le moment, oui. Le président de la République est très impopulaire. Lui, il est encore à 42 % d'opinions favorables. C'est 15 points au-dessus du président de la République. C'est plus haut que la plupart de ses prédécesseurs. Il a une chance incroyable. Il est à la fois très aimé des électeurs de droite, des LR, parfois plus que L.Wauquiez, mais il ne suscite pas non plus le rejet de l'électorat de gauche, PS et écologistes.
Les seuls qui le rejettent largement, c'est le RN et les insoumis. Du point de vue des opinions, il a un avenir politique. - N.Schuck: Il n'a aucun intérêt à redevenir ministre. Maintenant, il lui faut prendre le parti. Il y a des financements, dans un parti politique. Ils ont beaucoup baissé, mais ça reste un petit magot. Ce serait une belle base de départ. Il a la présidentielle à l'esprit. - C.Roux: Question. - N.Schuck: Elles sont assez polaires. Il a fait tout un laïus pour remercier le Premier ministre, et vice versa. Il peut laisser chanter les amabilités, mais G.Attal ne digérera jamais cette dissolution. On peut se demander si le président ne lui a pas donné une chance en l'installant dans la vie politique. - C.Roux: Question. - G.Sliman: Pas encore sur mesdames Tubiana et Bello. Quand on teste des personnalités plus connues qui ne sont pas
sorties du chapeau, on avait régulièrement R.Glucksmann qui sortait assez haut. Pour les autres, ça suscite un large rejet. Sur L.Tubiana, ce n'est pas une question de sondages, mais en terme de positionnement politique, de ce qu'elle incarne, c'est plutôt une proposition qui peut susciter un certain écho côté socialistes, avec des idées écologistes et avec son rôle dans la COP21. C'est quelque chose qui peut s'entendre et qui peut faire consensus. Les insoumis lui reprochent d'avoir été approché, ce qui est vrai, par E.Macron pour faire partie de son gouvernement, mais elle a décliné. C'est la preuve qu'elle n'est pas une traîtresse. Elle n'a pas voulu le faire.
Ce nom-là peut peut-être faire écho. - C.Roux: Mais il ne fait pas consensus. - N.Schuck: L'été va passer. Je pense qu'on va encore avoir une vingtaine de noms qui vont passer. - C.Roux: Question. - B.Morel: Théoriquement, un président de la République peut toujours envisager de démissionner. Est-ce que ça rendrait les choses ingouvernables? A priori, non. On ne peut pas dissoudre dans une période d'un an. Le problème, il n'est pas à l'Elysée, mais à l'Assemblée. Ce décret de dissolution, s'il devait arriver avant le 7 juillet 2025, il serait anticonstitutionnel. Le Conseil constitutionnel s'est déclaré incompétent pour le contrôler. Il ne pourrait être censuré par personne. Un nouveau président de la République, ce serait compliqué.
Juridiquement, un président qui redissoudrait, ce serait un coup d'Etat constitutionnel. - C.Roux: Question. - G.Daret: A priori, non. Le RN est dans une stratégie de tirer les leçons de ce qui s'est passé aux élections législatives. On les a assez peu entendus crier à l'élection volée. L'un des cadres du RN comparait la situation du RN à celle de la gauche en 1978. Elle manque de gagner les élections législatives alors que V.Giscard d'Estaing est à la présidence de la République. Entre 1978 et 1980, la gauche les utilise pour corriger les problèmes dans son programme. On en est là. C'est ce que me disait ce responsable du RN. "Ces 3 ans, on en a besoin pour corriger les bugs dans les choix des candidats, pour préparer un programme."
Le RN n'a aucune intention de présenter un programme. L'objectif n'est pas de participer au gouvernement, mais de préparer la prochaine élection. - N.Schuck: Cette dissolution a offert au RN une situation historique de réparer toutes les erreurs. - B.Morel: A partir de là, le RN est encore endetté, mais il a la possibilité de voir venir pour mener une campagne. Ca coûte cher. L'autre élément, c'est que vous avez une multiplication des attachés parlementaires. Vous pouvez former ces gens-là et les parachuter. Ca évite d'avoir des personnes avec des casquettes de la Luftwaffe, des personnes qui prennent en otage des mairies. Regarder si le budget passe...
Ca leur permet de montrer qu'ils sont raisonnables. La stratégie de la cravate va être démultipliée. - C.Roux: Le discours de: "C'est nous, le chaos." ..."C'est nous ou le chaos." Il va être compliqué à tenir. Qui a envie de gouverner demain? - G.Sliman: Personne. Personne n'a envie de gouverner demain. C'est pour ça qu'on a du mal à trouver quelqu'un pour le faire. - C.Roux: Question. - G.Daret: L'objectif du Nouveau Front populaire est de préparer les élections présidentielles. - C.Roux: Question. - B.Morel: Le gouvernement n'est pas responsable devant le Sénat. Le Sénat a tendance à jouer les conciliations. Aujourd'hui, il faut une majorité de bric et de broc pour soutenir
le gouvernement. - C.Roux: Merci. Cette émission sera rediffusée ce soir sur franceinfo, canal 27. Vous pouvez retrouver "C dans l'air" en replay et en podcast. Vous êtes chaque mois près de 2 millions à écouter
Laurent Wauquiez