Jean-Philippe Tanguy : « Les hauts fonctionnaires de Bercy préparent déjà un budget par ordonnance »
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Vous écoutez Bonjour Chez Vous, un podcast de Public Sénat. Bonjour Jean-Philippe Tanguy, merci beaucoup d'être notre invité. Vous êtes député de l'Assemblée Président, délégué du groupe Rassemblement National à l'Assemblée Nationale. On est ensemble pendant 20 minutes pour une interview en partenariat avec la presse régionale, représentée par Julien Lécuyer de La Voix du Nord. Bonjour Julien.
Bonjour Auriane, bonjour Tanguy. Bonjour Monsieur Lécuyer.
C'est la rentrée du Parlement, Jean-Philippe Tanguy, aujourd'hui on va en parler. Sébastien Lecornu qui poursuit quand même ses consultations. Pas de gouvernement, pas de feuille de route. Est-ce que d'abord le Rassemblement National va être reçu d'ici la fin de la semaine ?
Je ne sais pas.
Toujours pas ?
Ah non, il s'est peut-être passé quelque chose cette nuit, à des heures indues.
Mais à l'heure où on se parle, vous n'avez toujours pas de...
À ma connaissance, non, mais évidemment c'est Marine Le Pen et Jean-Philippe Harderac qui sont contactés. De convocation de rendez-vous à Matignon. Enfin aux dernières nouvelles, non, mais bon, le dernier rendez-vous n'était pas si lointain. Et je n'ai pas l'impression que...
Avec les socialistes non plus, ils seront reçus quand même vendredi.
Oui, mais j'ai comme l'impression qu'ils vont être reçus pour ne rien dire.
Mais vous ne souhaitez pas être reçus du coup.
C'est quand même problématique, non ? Oui, mais je suis d'accord. Mais si vous voulez, moi je ne suis plus dupe quand même de tous ces éléments de communication qu'on a connus avec Madame Borne, d'une certaine façon, M. Attal, M. Barnier, M. Béroux.
Oula, on vous sent désabusé ce matin.
Non, mais ce n'est pas désabusé, c'est que je n'aime pas trop le mensonge. J'aime encore moins le mensonge d'État. Donc si vous voulez que collectivement, on fasse croire que M. Lecornu va repartir d'une feuille blanche sur un budget qui est déjà écrit à 99,5%, qui va révolutionner le macronisme après 8 ans de pouvoir, ça commence à ne pas me fatiguer parce qu'être parlementaire dans une démocratie représentative, c'est représenter aussi le peuple français, au-delà d'ailleurs de son étiquette politique. Et franchement, nos compatriotes sur le terrain, ils ont compris que tout ça était quand même un peu du foutage de gueule.
– Donc tout ce qui concerne la rupture promise par Sébastien Lecornu, vous n'y croyez pas une seule seconde ? – Pas vraiment. – Pourtant, il y a eu des signes dans ces déclarations, un peu des changements de pieds, non ?
– Je n'ai pas vu grand-chose, sincèrement. Je n'ai pas vu grand-chose. C'est-à-dire, oui, par exemple, quand il dit, on va prévoir 6 milliards pour les retraites, 5 milliards pour la santé, en faisant croire de manière très malhonnête que c'est un effort, alors que les 6 milliards des retraites, c'est l'indexation, et que les 5 milliards sur la santé, c'est moins que ce qu'il faudrait pour suivre les besoins de santé de Londam, qui sont environ 9 milliards. En fait, c'est tellement de la mauvaise foi que ça m'inquiète, parce que je me dis, en fait, M. Lecornu…
– Mais c'est un choix aussi de ne pas désindexer les pensions de retraite. – C'est la loi, vous savez, madame.
– Malgré la conjoncture. – Non, mais parce que la normalité, c'est quand même d'obéir à la loi, quand on est Premier ministre. Donc la loi prévaut l'indexation. Donc dire, je respecte l'indexation, ce n'est pas une décision politique. La décision politique, c'est de ne pas respecter la loi, qui est d'ailleurs très problématique. Mais il ne présente pas ça comme ça. Dans l'interview, franchement, de bonne foi, si vous lisez le Parisien, pardon, vos collègues du Parisien, on se rend compte qu'il présente ça comme un cadeau, comme un gain. Voilà, et c'est ça ou c'est la mauvaise foi.
Quand il dit, aujourd'hui, je vais baisser les impôts, je vais baisser peut-être la CSG sur les salaires, pour augmenter les salaires, il n'indique pas un, comment dire, un point de CSG, c'est 20 milliards d'euros, 10 milliards, pardon. Un point de CSG, c'est 10 milliards d'euros. Donc, moi, je veux bien, moi, je…
– Mais ça, c'est ce que vous demandez, vous dites, il faut du pouvoir d'achat pour les fonds.
– Mais nous, on a des économies, alors, on est d'accord, on n'est pas d'accord avec les économies qu'on propose, mais nous, c'est 12 milliards la première année sur l'immigration, entre 5 et 10 milliards, selon la négociation avec Bruxelles, sur l'Union européenne, la trésorerie des agences. Bref, nous, on a quand même des économies derrière.
– Lui aussi, visiblement, puisqu'il dit qu'il sera sur une trajectoire de 4,7.
– Mais ça, c'est ce que voulait M. Béroud. C'est ce que voulait M. Béroud. – Et M. Béroud, c'était avec une année blanche, c'était avec la…
– Après, ça découvre les 4,6, Sébastien Lecornu dit 4,7.
– C'est combien de différences entre les deux ? – C'est 3 milliards. – Voilà, c'est exactement, c'est 3 milliards.
– Pour bien vous comprendre, M. Dengui, c'est qu'en fait, sur les questions de… sur certaines questions fiscales, type relèvement de la flat tax, reconduction de la surtaxe d'impôts sur les grandes sociétés ou rabots du pacte d'Utreil, ça, c'est plutôt oui, mais par contre, il y a une difficulté sur la réduction des dépenses, c'est ça que vous voulez dire.
– Évidemment, on est complètement dans le décor sur les dépenses. J'ai l'impression que l'énormité, si vous voulez, des charges d'intérêt qui vont arriver si on ne réduit pas d'urgence le déficit, j'ai l'impression que c'est un non-dit collectif. Là, on va dépasser, ça va devenir le premier budget de l'État en 2026 avec un an d'avance. En 2027, ce sera bientôt plus de 80 milliards d'euros. Donc, il y a un moment, je vais dire, tous les efforts que l'on fait, y compris les efforts sur la fiscalité, seront vains. Si on ne ralentit pas d'urgence, la charge d'intérêt…
– Par exemple, François Bayrou, il n'était pas dans un non-dit. Il a clairement alerté sur la charge de la dette. Bon, ça ne vous a pas empêché de ne pas voter la question ?
– Non, mais il n'a annoncé que des dépenses. François Bayrou dit aux Français, la situation est très très grave, il faut arrêter les dépenses, je les augmente de 30 milliards. Et en plus, j'augmente les impôts ou des privations de 20 milliards. Donc, excusez-moi, moi je dis stop, effectivement, on a bloqué un diagnostic qui pouvait être bon, mais des solutions qui n'étaient pas du tout à la hauteur, c'est tout. Et donc, moi, on n'acceptera pas des hausses d'impôts, quelles qu'elles soient, s'il n'y a pas des économies en valeur absolue. On ne veut plus une hausse de la dépense publique en France. Stop. – Mais ça, c'est dans le débat parlementaire que ça va se régler aussi.
– Non, mais nous, on veut bien. Mais si vous voulez, pas plus, ça c'est aussi un mensonge. Parce que la Ve République, qu'on le veuille ou non, c'est le gouvernement qui présente un budget et l'Assemblée… – Et l'Assemblée le discute et l'adopte ou pas. – Oui, mais nous avons très peu de temps. – Et donc, on n'a pas le temps de tout réécrire. Si on était vraiment dans un régime totalement parlementaire, où l'Assemblée nationale et le Sénat, évidemment, prendraient le temps qu'ils souhaiteraient pour adopter le budget, on pourrait nous dire, ah, moi, je n'ai pas fini mes économies, allez-y bosser. Mais on n'a physiquement pas le temps.
Moi, ça fait trois ans que je discute et que je vote des budgets. Le temps est extrêmement réduit. Il faut vraiment que ceux qui nous écoutent se rendent compte que quand le Premier ministre dit que le Parlement aura le temps de changer le budget, il ment. Parce que nous n'avons pas physiquement le temps. Et si vous demandez aux sénateurs, ils vous diront la même chose. Sachant que le Sénat, par sa constitution, par son organisation, a une discussion plus efficace, dans le sens moins polémique, que l'Assemblée nationale. Nous, physiquement, je vous dis, nous n'avons pas le temps d'étudier les dépenses.
Si vous n'avez déjà pas le temps, la question de la censure ne devrait même pas se poser. Parce que si vous censurez, vous aurez encore moins de temps avec un futur gouvernement.
Non, mais ça, ce n'est pas lié à la censure. C'est lié au délai constitutionnel prévu dans le budget. Le budget a une trentaine de jours, je ne sais plus, une petite trentaine de jours entre l'Assemblée nationale et le Sénat pour étudier tout. Et donc, ça fait... Mais ça, c'est un canet. Mais c'est pas nouveau. Mais bien sûr que ce n'est pas nouveau, M. Lécuyer.
Mais ce qui est nouveau... D'ici qu'on change la constitution, je veux dire, il va bien falloir trouver une solution.
C'est exactement ce que je vous dis. Moi, je vous dis la vérité sur les délais et la pratique de la Vème République. M. Lecornu ment en disant que l'Assemblée a le temps de revoir toutes les dépenses à sa place. C'est un mensonge. Donc, soit c'est un mensonge, pas par omission, mais par incompétence dans le sens où il prend sa fonction à Matignon. Peut-être qu'il n'a pas conscience de ses délais budgétaires, mais je pense qu'en est sans M. Lecornu...
Il a à peu près compris qu'il y avait 60 jours en tout pour utiliser le budgétaires.
Donc, à la fin de la phrase, c'est que comme je pense que M. Lecornu est compétent, je suis cohérent avec moi-même et le respect que j'ai pour lui. Et donc, je pense qu'il nous ment.
Oui. Alors, il vous ment, mais de toute façon, il va quand même présenter une trajectoire budgétaire. On subodore, même si ça n'a pas été confirmé, vers Matignon, qui va faire sa déclaration de politique générale la semaine prochaine. Est-ce que vous attendez ce moment-là pour le censurer ?
Ah bah oui, s'il annonce des choses qui sont complètement incohérentes avec ce qu'il faut pour la France, je pense que Marine Le Pen et Jordan Berdella décideront la censure.
Mais dès le discours de politique générale, vous attendez le budget ?
Ah non, mais nous, on attend de voir ce qu'il a à dire. Donc, s'il y a des pistes intéressantes au discours de politique générale, on attendra la concrétisation dans le budget. C'est ce qu'on avait fait, par exemple, avec M. Attal ou avec M. Barnier. Et s'il annonce, dès le discours de politique générale, des orientations qui ne vont pas du tout dans le bon sens, on ne s'interdit pas du tout de censurer. Ce sera la première fois qu'on censure.
Dès la semaine prochaine.
Oui, parce qu'il y a un sentiment, si vous voulez, vraiment, que M. Lecornu, dans la droite ligne de M. Macron, joue en permanence la montre contre la démocratie, espérant gagner du temps. Et moi, je suis un peu lanceur d'alerte sur quelque chose qui m'inquiète, et puis aussi, j'ai des échos qui viennent de Bercy, que certains fonctionnaires préparent les ordonnances. C'est-à-dire que pour la première fois sur la V République, M. Lecornu, puisqu'il dit que le Parlement doit voter, sait qu'on n'a pas le temps, et donc s'il n'y a pas de vote à l'Assemblée nationale, eh bien, il peut faire un budget par ordonnance.
Coréance, M. Tanguy, vous ne pouvez pas refuser, quand même, à Bercy, le soin de préparer l'option ultime, c'est-à-dire, en effet, de passer le budget par ordonnance. Vu la situation politique, c'est plutôt sain qu'il nous prépare. Moi, M. Luquier, je suis tout à fait d'accord avec vous, mais je pense qu'il faut le dire.
Et pas que je l'apprenne parce que j'ai des amis ou des fonctionnaires républicains qui eux-mêmes s'inquiètent du fait que ce ne soit pas annoncé aux Françaises ou aux Français. Ce serait la première fois sur la V République.
Mais pardon, il se prépare à toute hypothèse ou il vous en dit ? Il ne le faut pas chaque année.
Il vous en dit qu'on va passer le budget par ordonnance. Oui, il se prépare, il prépare des ordonnances. C'est-à-dire qu'il y a un article dans la Constitution, parce que ceux qui nous écoutent ne savent pas, il y a un article dans la Constitution, en fait, si le vote n'est pas voté dans les délais, en pour ou en contre, et donc s'il n'y a pas de 49-3. Parce que M. Lecornu nous dit, le fait que je ne fasse pas de 49-3, c'est un cadeau au Parlement. Ça a l'air d'être un cadeau. Mais en fait, le 49-3 provoque un vote aussi, ou une absence de vote. Et s'il n'y a pas de vote ou d'absence de vote, il a le droit de faire des ordonnances.
Donc en fait, le 49-3 lui interdit d'utiliser les ordonnances. En fait, c'est plus vicieux, comment dire, vicieux, c'est peut-être pas mon terme, machiavélique, que ce que ça laisse apparaître. D'accord.
Vous dites que vous attendez…
Oui, mais vous savez, moi j'en ai vu d'autres, donc je me méfie.
Vous dites que vous attendez de voir sur le fond. Parmi les premières pistes qu'on a, par exemple, dans le Parisien, Sébastien Lecornu, il dit qu'il présentera un projet de loi ambitieux de lutte contre les fraudes sociales et fiscales. On conseille des ministres en même temps que le budget de la sécurité sociale. Donc a priori en octobre. Ça, ça va dans votre sens ?
Tout à fait. Ça, ça va tout à fait dans votre sens. Et d'ailleurs, il y a un excellent article des Echos cette semaine qui montre que Mme Mélanie, avec un programme à ses proches l'une autre, a ramené 17 milliards d'euros dans les caisses de l'État. Donc c'est très bien. Si ça va dans le bon sens, et si ça va dans les propositions que notamment Franck Alizio a présentées depuis longtemps avec Marine Le Pen, eh bien nous voterons les yeux fermés.
On a quand même l'impression d'un marché de dupes, M. Tanguy, mais parce que je lisais dans les colonnes du Figaro les propos d'un élu, un de chez vous, qui dit « Je n'ai pas de doute qu'on le censurera, la question, c'est plutôt quand on décidera d'appuyer sur le bouton. »
Oui, mais vous savez, il faut se méfier aussi. C'est en off. Du Figaro ? C'est en anonyme, j'imagine. Ou des élus. Non, mais c'est le petit jeu aussi des déclarations anonymes. Vous savez, moi aussi, je lisais toutes les déclarations anonymes qu'on fait sur moi et que d'or, on m'irait mal.
Donc vous dites que ce n'est pas un jeu de dupes. On jugera sur pièce, il n'y a pas la volonté de le censurer. De toute façon, quoi qu'il arrive, que ce soit la semaine prochaine ou le mois prochain. Non, nous, sincèrement, on juge sur pièce.
On juge sur pièce. Donc s'il y a des orientations qui vont dans le bon sens, on les soutiendra. D'ailleurs, vous savez, sous M. Béron...
Il y a un peu de Michel Barnier et que vous avez quand même offert quelques gains, quelques victoires jusqu'au dernier moment et vous l'avez quand même censuré. Il y a de quoi quand même s'interroger. Il n'y a pas à s'interroger.
Ça, c'est la mythomanie pathologique de M. Barnier qui s'invente beaucoup de vie. Ah oui, vraiment.
Mythomanie.
Y compris là-dessus. Mais moi, j'étais à tous les rendez-vous et tous les coups de téléphone dans le bureau de Marine Le Pen. M. Barnier a inventé un mensonge. D'ailleurs, il a inventé tellement un mensonge qu'à la fin, il s'est fait censurer sur, comment dire, ce qu'il a fait, M. Barnier. Je pense qu'il a eu un mauvais conseiller parlementaire qui ne lui a pas trop expliqué comment fonctionnaient les choses. Mais en tout cas, l'espèce de mythe disant qu'on avait rajouté quelque chose à la fin était complètement faux. Complètement faux. Et d'ailleurs, M. Béroud, lui, il a été censuré. Pourquoi ? Parce qu'il a provoqué sa censure en provoquant un vote de confiance complètement absurde.
Complètement absurde. Donc, ces gens sont aussi… Il y a un vrai problème d'arrogance aussi où ces gens provoquent des crises parce qu'ils estiment qu'eux, c'est différent et ne se rendent pas compte des équilibres politiques.
Juste pour prolonger la question du lien, si c'est censuré, du coup, le budget ne peut pas être examiné immédiatement, est-ce qu'il n'y a pas des risques économiques avec des conséquences sur les emplois, sur des fermetures d'entreprises ?
Ah, mais le risque économique, il est aujourd'hui. Moi, dans la Somme et d'une manière générale dans les Hauts-de-France, nous avons énormément de plans sociaux soit frontaux, soit déguisés, renvoi des intérimaires, réduction d'effectifs, avec des vrais problèmes, comment dire, à la fois de carnets de commandes, puisqu'on a un problème de consommation populaire dans le pays.
Il est lié à l'incertitude économique, est-ce que vous n'allez pas rencontrer cette incertitude économique ?
Il y a un vrai besoin de stabilité, c'est ce que disent tous les patrons. Oui, mais la stabilité, elle est malheureusement dans la perspective politique absente, c'est-à-dire qu'il n'y a pas de programme, personne ne sait où on va, M. Lecornu se tait pendant trois semaines et quand il parle, il ne dit rien, donc ça ne vient pas.
Est-ce qu'il ne faut pas un budget à minima, même s'il ne vous convient pas totalement pour tenir jusqu'en 2027 et puis à ce moment-là, les Français feront leur choix en fonction d'un programme que vous avez déjà écrit, tout va bien. Mais là, si le gouvernement chute, on sait très bien avec un budget qui serait passé par ordonnance, on sait très bien qu'on va encore un peu plus dans le mur.
Moi, je pense que c'est l'inverse. Je pense qu'il faut des élections le plus tôt possible. Dans ces cas-là,
il faut censurer et donc dans ces cas-là,
votre décision, elle est déjà prise. C'est-à-dire pour censurer... Il faut faire chuter le gouvernement. Moi, excusez-moi, M. Lecuyé, on est cohérent. On dit soit, M. Lecornu, prendre des décisions de rupture et dans ce cas-là, effectivement, il y a un programme de rupture jusqu'en 2027 qui permet une transition, soit il ne le fait pas et dans ce cas-là, on perd un temps, un temps qui est extrêmement précieux vu l'état des finances publiques et de l'économie et on va aux élections.
Mais vous n'y croyez pas. Ah ben si, il y croit moins. Ce que vous nous dites depuis tout à l'heure, c'est que vous ne croyez pas à la rupture de Sébastien Lecornu. Donc dès lors que vous ne croyez pas à cette rupture, forcément, vous voulez sa chute. Mais ce n'est pas
que je veux sa chute, M. Lecuyé, c'est que moi, je ne suis pas un égo. Mais non, mais sincèrement, j'essaie de vous répondre sincèrement. Je n'ai pas l'impression de me défausser. Moi, je ne suis pas un égo sur pattes. Donc moi, j'ai mon intime conviction. Si on demande ce que je pense de M. Lecornu au-delà de la personne, je pense qu'il n'est pas capable de rompre avec le macronisme. C'est ce que je pense au fond de moi-même. Donc il doit chuter. Mais sauf que c'est un procès d'intention. Donc j'attends qu'il se prononce. L'interview qu'il a fait la semaine dernière m'a plutôt conforté dans mon intime conviction que dans le fait que je le faisais un procès d'intention.
Mais une partie de nos compatriotes attendent qu'il parle. Voilà. Moi, j'essaie d'être de bonne foi. J'essaie de ne pas lui faire de procès d'intention. Il est arrivé dans l'histoire que des gens qui avaient un certain profil savent, sages, pardon, s'en détacher. On verra. Mais je...
Vous ne vous sent pas très croyants
en la matière. C'est vrai, je ne suis pas croyant. Et encore moins pratiquant.
Alors je passe quand même à un autre sujet. Une question toute simple. Est-ce que vous avez encore besoin de Marine Le Pen ?
Ah oui, je ne sais pas comment. Moi, ma famille politique ne peut... Comment dire ? Le marinisme est une vraie identité politique, une vraie idéologie et une vraie pratique de l'éthique républicaine.
Je vous demande ça, M. Danguet, parce qu'il y a eu un sondage IFOP fiducial pour l'opinion. Vous l'avez forcément vu. J'imagine, célébré. Jordan Bardala, si l'élection présidentielle se tenait demain, il ferait 33 %, c'est-à-dire le même score que Marine Le Pen. L'avantage, c'est que Jordan Bardala, il n'est pas sous la menace d'une inillégibilité. Dans ces cas-là, pourquoi pas changer tout de suite ?
– Mais parce qu'on ne va quand même pas baisser les armes face à des accusations fausses, infamantes que Marine Le Pen s'estime et de mon point de vue est totalement innocente de ce qu'on lui reproche. Donc, on ne va quand même pas laisser quelques juges faire la démocratie à notre place. Donc, Marine Le Pen va en appel, prouvera son innocence et pourra se présenter devant les Français. – Quand vous dites
la démocratie à notre place, ça fait un petit peu l'accusation du gouvernement des juges ?
– Oui, mais moi, j'ai totalement, je dénonce depuis longtemps, depuis 15 ans qu'il fait de la politique, depuis… Vous savez, le souverainisme a toujours été un adversaire du gouvernement des juges, sous tous les régimes. Voilà, ça fait trois bons siècles qu'il y a un conflit entre ceux qui estiment, comme moi, représenter la volonté du peuple ou en tout cas, être ce qu'on appelle le populisme, donc le représentant du peuple estimer que c'est le peuple qui est souverain et personne d'autre, et des juges, une partie des juges qui estiment avoir beaucoup de pouvoir et faire un peu ce qu'ils veulent.
C'était le cas sous l'Ancien Régime, c'était le cas sous l'ensemble des républiques, c'est une tension permanente. D'ailleurs, il y a beaucoup d'hypocrisie autour de ça parce que personne n'ose vraiment avouer ce conflit un peu fondamental de l'identité française et de la démocratie française.
– Ce n'est pas eux qui votent le droit.
– Comment ?
– Ce n'est pas eux qui votent le droit.
– Ils s'arrogent beaucoup.
– L'exécution provisoire sur les peines d'inligibilité, ce n'est pas eux qui l'ont demandé.
– Quand on lit le jugement de Marine Le Pen où ils ont inventé deux, au moins deux concepts juridiques qui n'existent pas dans le droit, à savoir, comment dire, l'enrichissement partisan, ça n'existe pas dans le droit, donc ils ont inventé ça. Et l'ordre public démocratique qui consiste à dire que le fait que Marine Le Pen puisse être élue présidente de la République est à risque. Moi, j'invite tout le monde à lire le jugement s'ils ont un peu de courage. – Oui, 100 pages.
– Ce qui montre qu'ils ont pris le temps de rédiger quelque chose. Le jugement de Nicolas Sarkozy, c'est plus de 300 pages.
– Oui, ça m'a pris beaucoup de temps aussi pour le lire, mais ça s'appelle, il y a une vieille expression dans les Hauts-de-France que vous connaissez, ça s'appelle « Noyer le poisson ». Donc plus vous faites un bassin très très grand, plus vous pouvez noyer un tout petit poisson.
– Aujourd'hui, rentrée parlementaire, c'est le renouvellement des postes à l'Assemblée nationale. Le Rassemblement national n'occupait plus de postes dans les instances exécutives de l'Assemblée. Est-ce que cet après-midi, vous en aurez ?
– Normalement, oui, parce que c'est l'application du règlement. Ce n'est pas qu'on n'a rien dit.
– Là, on est dans un truc politique, on n'est pas qu'on n'a rien à l'application du règlement. – Oui, vous avez raison. – Est-ce qu'il y a eu des discussions avec le socle commun ? Est-ce qu'ils vont voter pour vous ?
– Il y a eu des discussions publiques, des réunions officielles. Nous, on a dit de nos positions qu'on n'a jamais changé puisque même l'année dernière, on avait même voté pour des vice-présidents de gauche parce qu'on voulait que tous les Françaises et toutes les Français soient représentés au bureau comme la démocratie l'exige. Ce qui est un peu dommage, c'est franchement, à part certains groupes comme le Modem, nous étions les seuls à vouloir que juste que la démocratie soit respectée. Donc, nous, notre position n'a pas changé. Les Françaises et les Français ont voté.
– Il y a un point pivot sur cette ligne.
– Oui, tout à fait. Vous avez raison. Les Françaises et les Français ont voté et donc, il doit y avoir une répartition des responsabilités qui sont fidèles au vote des Françaises et des Français.
– Mais est-ce que vous avez eu des discussions avec le Choc Le Commun ?
– Oui, normalement, cette année, ils sont revenus…
– Est-ce qu'ils ont dit qu'ils voteront pour vous ?
– À ma connaissance, normalement, oui. – Et pourquoi ? – Parce qu'ils se sont rendus compte que leurs années… – Non, je veux dire,
pour quel poste ?
– Ah, les mêmes que la dernière fois. Donc, visiblement, on aura deux vice-présidents et des secrétaires. Enfin, la dernière fois, ils nous avaient oubliés les secrétaires. Mais on n'est pas là, ce n'est pas la boutique. Ça ne va pas changer notre vie d'avoir des postes. Mais c'est important pour la démocratie, si vous voulez, que le vote des Français soit respecté.
– Mais vous entendez la gauche, elle dit, on a fait le front républicain dans les urnes en 2024. C'est renier nos principes si jamais on ne fait pas le front républicain une fois qu'il faut répartir les postes.
– Oui, le front républicain n'a pas fonctionné dans 5 à 40 circonscriptions et donc les Français ont décidé qu'il y avait 140 députés contre ce faux front républicain. Donc la gauche doit accepter le résultat des urnes. Et puis en fait, excusez-moi, aussi l'hypocrisie de la gauche qui vient nous demander à de nombreuses reprises parfois de les aider en commission divers et variés pour gagner des votes.
– Ça vous demande des choses ?
– Bien sûr, mais tout le monde nous demande des choses. Ça c'est normal, ça c'est l'hypocrisie. Je ne supporte pas l'hypocrisie. Donc le front républicain, c'est quand ça les arrange. Et pourquoi ? Parce qu'ils ont gagné plein de petits postes avec plein d'avantages et qu'ils veulent se garder les avantages. Donc le front républicain, il a bon dos, c'est juste pour garder des beaux bureaux et des beaux chauffeurs.
– Parce que sur des textes, ils viennent vous voir et ils vous demandent de voter en faveur de leur texte ?
– Presque tous les textes qu'ils proposent la gauche. À chaque fois qu'il y a une niche, on a des gens de gauche qui viennent nous demander alors vous allez voter quoi ? Vous allez voter ci ? Mais moi, si vous voulez, ça ne me choque pas. C'est normal. Ce qui est choquant, c'est l'hypocrisie, c'est les faux-culs. Voilà, stop.
– Dernière question, un peu plus personnelle, est-ce que vous, vous serez candidat pour la présidence de la commission des finances ? – Non, on a même la question.
– Est-ce que vous pensez qu'on parlait du bureau ?
– À la présidence de la commission des finances.
– Oui, je serai candidat. – Sans espoir. – Et je n'ai négocié aucun arrangement, ce n'est pas mon genre. Donc malheureusement, les gauches ont décidé de s'attribuer un poste qui ne devrait pas leur revenir. Mais bon, c'est comme ça. Bon, moi, je n'ai pas de difficultés à travailler avec…
– Vous êtes candidat mais vous savez que vous avez perdu.
– Oui, parce que je n'aime pas mentir aux gens. Je ne vais pas me balader dans les matinales en disant « Oh là là, il va y avoir une révolution en commission de finances. » Je suis candidat parce qu'il faut tenir une position. J'ai des choses à proposer. Mais moi, je n'aime pas mentir aux gens. Il y a suffisamment de mensonges pour ne pas en rajouter à la louche.
– Merci beaucoup, Jean-Philippe Tanguy. Merci d'avoir été notre invité. La une de la Voix du Nord, Julien, ce sont les vols de légumes dans les champs.
– Oui, on ne parle pas de glanage mais bien de vols quasiment industriels.
– C'est à lire. La colère des agriculteurs. – Tout à fait. – Évidemment, suite à ces vols à lire dans votre journal. Merci à tous les deux. Retrouvez l'intégralité de nos podcasts sur la plateforme Public Sénat.
Jean-Philippe Tanguy