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interviewBFM Business — La grande interview· 27 mars 2025 28 min

Éric Coquerel, député LFI - président de la commission des finances à l’Assemblée nationale – 27/03

Audio original de l'émission.

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

0:01
Présentateur

BFM Business présente La Grande Interview Bonsoir à tous et soyez les bienvenus dans la Grande Interview de BFM Business. Mon invité ce soir, c'est le président de la Commission des Finances de l'Assemblée Nationale et député de la France Insoumise de Seine-Saint-Denis. Bonsoir Eric Coquerel. Bonsoir. Merci d'être avec nous ce soir dans la Grande Interview. Je vous ai invité pour avoir votre réaction à la publication de l'INSEE ce matin de la vérité des chiffres, des comptes publics pour 2024. On sait maintenant à quelle sauce on a été mangé l'année dernière, déficit, dette. On va bien sûr revenir sur ces chiffres-là qui sont bien sûr très importants.

Mais je voulais d'abord vous faire réagir au départ d'Alexis Collère. On l'a appris il y a quelques minutes. Le secrétaire général de l'Elysée va quitter son poste au mois d'avril. Quelle est votre réaction ?

0:51
Éric Coquerel

C'était attendu, donc je n'ai pas vraiment une surprise. C'était murmuré depuis longtemps. Très clairement, c'est une sorte de vice-président qui s'en va quelque part et qui a eu un rôle de directeur de cabinet très interventionniste, y compris, c'est ce que la commission d'enquête que je préside a montré vis-à-vis des affaires gouvernementales.

1:13
Présentateur

Je rappelle, la commission d'enquête sur le dérapage des comptes publics.

1:15
Éric Coquerel

Voilà. Donc on voit qu'il est intervenu souvent sur la politique budgétaire qui normalement est la prérogative du gouvernement, responsable devant le Parlement. Voilà. On sait qu'il a eu une place très importante et donc une grande responsabilité aussi dans la politique menée que je juge négative.

1:34
Présentateur

Oui. Non, mais ça, c'est un secret pour personne. Effectivement, Alexis Collère, c'est le numéro 2 de l'Elysée. Est-ce que du coup, avec son départ, vous considérez qu'il peut y avoir un changement de cap économique ?

1:45
Éric Coquerel

Non. Aucun. D'ailleurs, celui qu'il remplace quelque part est dans les clous depuis longtemps. Emmanuel Moulin. Voilà.

1:51
Présentateur

Ce n'est pas encore officiel, mais effectivement, c'est le nom qui est sur la table.

1:54
Éric Coquerel

Oui, c'est le... Qui a été... Qui est un haut fonctionnaire et qui a servi les différents ministres de M. Macron. Donc non, ça sera la même politique de l'offre et de la compétitivité qu'on subit depuis 2017. Donc je pense qu'il n'y aura aucune surprise. Je crois d'ailleurs qu'ils sont assez proches de M. Collère. Alors j'ai cru comprendre que M. Collère partira peut-être vers une banque. Oui, tout à fait, la Société Générale, en l'occurrence. Moi, je ne suis vraiment pas très adepte des questions de pantouflage et d'aller-retour entre le privé et le public. Surtout quand après vous...

2:25
Présentateur

Ça vous poserait problème qu'Alexis Collère aille rejoindre la Société Générale ?

2:27
Éric Coquerel

Moi, je préfère très clairement qu'on soit dans la haute fonction publique. Je ne vois pas, contrairement à certains, l'avantage d'aller voir dans le privé. Surtout qu'en plus, en général, ces gens-là reviennent après dans le public avec un carnet d'adresses fait dans le privé. Voilà, donc bon. Mais ça, j'allais dire, c'est annexe. M. Collère part et je pense qu'il est, je vous le dis, pleinement responsable de la politique économique menée dans ce pays depuis maintenant 2017. Alors je vous ai dit vice-président. On pourrait peut-être aussi dire vice-premier ministre quelque part. Donc voilà, c'est évidemment un pion important de la politique de M. Macron qui s'en va.

3:06
Présentateur

Et donc son remplacement attendu par Emmanuel Moulin, là aussi un proche de la Macronie. Je rappelle, ancien directeur de cabinet de Bruno Le Maire, ancien directeur de cabinet de Gabriel Attal. Il a été patron du Trésor. C'est peut-être quelqu'un que vous avez un peu plus côtoyé.

3:18
Éric Coquerel

Je l'ai côtoyé, notamment il est venu à la commission d'enquête que je préside en ce moment. Donc je ne le connais pas plus que ça. Ce que je constate simplement, c'est qu'on en parlera peut-être tout à l'heure, mais vous savez qu'à la commission d'enquête, il y a différents débats pour juger des écarts de déficit. Ah oui, on va en parler. Notamment ceux qui en gros disent, ce n'est pas du tout la responsabilité des politiques n'est pas engagée, des gouvernements, c'est des problèmes de méthode technique, ce qui est pratique.

Mais on s'aperçoit qu'à la tête de ces administrations, finalement, c'est des gens qui sont très politiques et très liés politiquement, en termes de politique menée, à leurs ministres. Donc il n'y a pas comme ça... Là, vous parlez d'Emmanuel Moulin en l'occurrence. On parle d'Emmanuel Moulin, mais qui a eu un rôle important par rapport au... Oui, patron du Trésor. Voilà, par rapport au service dont nous parlons. Donc en fait, il n'y a pas comme ça une déconnexion. C'est-à-dire que, voilà, Moulin agit sur une politique qu'il partage. Et de ce point de vue-là, je n'ai pas pour moi de dissociation entre les souhaits des ministres politiques et puis ceux qui...

Enfin, une partie de ceux, en tout cas, parce que ce n'est pas vrai de tous les fonctionnaires et tous les administrateurs, loin de là. Moi, je le constate tous les jours dans ma commission des finances, mais ceux qui, comme lui, ont en réalité une place politique.

4:30
Présentateur

Oui. Alors, on va revenir, évidemment, sur ce sujet, enfin, sur votre commission d'enquête. Mais d'abord, ce chiffre de l'INSEE, c'était la raison pour laquelle je vous ai invité ce soir. Finalement, l'INSEE nous dit, et les ministres l'avaient laissé sous-entendre la semaine dernière dans une audition au Sénat, c'est un petit peu moins catastrophique que prévu. On attendait 6%. Finalement, c'est 5,8% de déficit cette année. Enfin, l'an dernier, pardon, 2024. Est-ce que, pour vous, c'est le signe timide que les nouveaux patrons de Bercy reprennent un petit peu la main sur nos comptes ? Non, parce que là, on parle de 2024. Oui. Donc, les patrons de Bercy...

Oui, mais Bruno Le Maire est parti à l'été. Après, il y a eu... Non, non, je crois que ça n'a...

5:04
Éric Coquerel

Michel Barnier, il y a eu... Non, non, non, ça n'a pas de rapport. La question, elle est assez simple. C'est qu'on passe, donc, de 42 milliards, de 48 à 42 milliards d'euros. Et, en fait, vous savez d'où vient la différence, et c'est documenté. La différence vient notamment du fait que les dépenses des collectivités ont moins augmenté que ce qui était dans les prévisions de juillet. Donc, en fait, au moment où on a annoncé le 6%, alors il y a aussi les recettes de la Sécu qui ont été un peu meilleures. Mais ce que ça montre simplement, c'est que les prévisions pour essayer de pointer du doigt la responsabilité des collectivités, elles étaient totalement surgonflées.

5:38
Présentateur

Ça n'a pas empêché une croissance des dépenses des collectivités largement supérieure à toutes les autres sphères et à l'inflation. Non, non. Quasiment 5% de hausse des dépenses.

5:46
Éric Coquerel

Oui, mais sur des... Alors, en termes de fonctionnement, vous savez très bien que les collectivités ne peuvent pas faire de déficit, contrairement à l'État, vous savez. Et que la plupart des augmentations en réalité de ces dépenses sont des dépenses contraintes. Par exemple, relative au point d'indice des fonctionnaires qui est décidé par l'État, par rapport, par exemple, à certaines choses qu'ils ont à traiter, mais qui n'est pas décidé par eux. Donc, il y a de plus en plus dans leur fonctionnement en réalité de dépenses contraintes qui ne dépendent pas de leur bon vouloir. Autrement dit, c'est une manière pour l'État de sous-traiter son austérité.

Voilà, c'est-à-dire qu'il prend des décisions pour les collectivités, les collectivités les appliquent, et évidemment, elles dépensent plus puisque ce qui a été prévu par l'État va dans ce sens. Et je vous ferai remarquer que la dette des collectivités depuis 1995, elle est de 9%. Elle n'a pas varié. Donc, je trouve que les collectivités ont bon dos. Ce que je sais, c'est que pour les départements, la situation est catastrophique, parce qu'en réalité, justement pour supplé, notamment la baisse des dotations globales de l'État, mais aussi la baisse des DTO qui sont sur les transactions financières, elles ont quasiment mangé toute leur épargne.

Ce qui fait qu'il n'y a pas très longtemps, on a auditionné départements de France dans ma commission, au moment de la commission d'enquête, qui prévoient d'ici 2027, si rien n'est fait en termes de recettes, des départements qui seront en cessation de paiement, c'est ça qui est risqué. Donc, du côté des départements, ce qui était écrit est faux. Et du côté des... Alors d'abord, il ne faut pas globaliser, parce que toutes les communes ne sont pas sur le même niveau, mais pour le coup, leur dette n'est pas très importante. Pour le coup, je vous ferai remarquer que dans cette augmentation, fort heureusement, il y a une grande part d'investissement.

Et je vous rappelle que dans l'augmentation de l'investissement depuis 2017 en France, c'est surtout l'investissement public qui augmente. L'investissement privé baisse, contrairement à ce que peut dire le gouvernement. Et dans l'investissement public, c'est 70% des collectivités qui l'assurent. Donc, si on pense qu'elles dépensent trop au niveau de l'investissement, notamment en matière écologique, tout ça va nous amener une catastrophe, parce que c'est elles qui sous-tendent l'investissement. Donc, je ne partage pas du tout la responsabilité. Et pour revenir au début de ma discussion, on avait dit que c'était 16 milliards en plus. En fait, ces chiffres, c'était n'importe quoi.

Et la baisse... 16 milliards en plus de hausse de dépenses ? Oui, c'était en juillet. On avait dit... Le gouvernement avait dit... Ils sont responsables pour 16 milliards de plus que nous avions prévus de dépenses. Alors, on s'aperçoit que... D'abord, les prévisions ne voulaient rien dire. Mais on s'aperçoit qu'avec ces chiffres-là, en réalité, ce n'était pas vrai.

8:14
Présentateur

Donc, ce n'est pas étonnant que ça baisse, du coup. Alors là, c'est une nouvelle illustration, effectivement, de la bataille des chiffres et du fait que tout le monde s'y perde dans les prévisions. Vous en parliez tout à l'heure. Il y a une polémique assez forte qui vous oppose depuis quelques heures au rapporteur du budget, Charles de Courson, au député macroniste aussi, en tout cas, ensemble pour la République, Mathieu Lefebvre, là-dessus, puisqu'une commission d'enquête est en cours, et même a fini ses travaux, a bientôt rendu ses conclusions. Eux disent, l'un comme l'autre, que c'est une faute technique, une lourde faute technique qui fait qu'on a eu ces dérapages.

Vous, visiblement, ce n'est pas votre point de vue. Votre point de vue, c'est que la responsabilité, elle est politique.

8:43
Éric Coquerel

Non, non, mais la polémique n'est pas là-dessus. La polémique n'est pas sur le fait, leur version des choses.

8:46
Présentateur

Oui, je vous la reprochais d'avoir déjà commencé à parler.

8:49
Éric Coquerel

Oui, et pour le co-rapporteur, normalement, c'est un problème, parce que, figurez-vous, ce n'est pas des usages, c'est des règles qui font qu'il y a une confidentialité totale, et notamment un co-rapporteur s'y engage, sur les éléments, notamment ce qui est l'élément de contenu de la commission, du rapport qui peut être fait, et puis aussi des propositions qui peuvent en découler. Voilà, donc la polémique est là-dessus. Je pense qu'il ne fallait pas le faire. J'ai bien compris que ça a été fait pour, justement, imposer une version avant que la commission décide de valider ou pas la commission d'enquête.

9:21
Présentateur

Donc, sur le fait explicite, vous vous faites bien comprendre que, vous, vos conclusions, elles sont du fait que la responsabilité allait du côté des ministres.

9:30
Éric Coquerel

Oui, mais en fait, en réalité, si vous voulez, depuis le début de la commission d'enquête, raison pour laquelle, d'ailleurs, les députés macronistes l'ont prise, parce qu'ils étaient un peu obligés de le faire, mais ce n'était pas vraiment de gaieté de cœur, mais leur version, ça n'a rien à voir avec la politique économique menée. C'est technique, c'est des problèmes de prévision, c'est le problème des fonctionnaires, etc. Ce n'est pas la responsabilité des politiques, ce qui permet de ne pas interroger, justement, la politique économique menée. C'est une version, mais c'est une seule version de la question. Il y en a d'autres.

Il y a notamment le fait que, par exemple, des problématiques d'insincérité, c'est-à-dire que Bercy avait des chiffres et a fait voter des budgets qui ne correspondaient pas du tout aux chiffres qu'ils avaient. Ça, c'est un problème qu'on ne voit pas et qui va, évidemment, être clairement affiché dans la commission d'enquête.

10:19
Présentateur

Quand est-ce que vous rendez vos conclusions ?

10:21
Éric Coquerel

Vers le 9 avril. Et troisième chose, donc plus importante pour moi, c'est que je pense que principalement, mais on le voit quelque part à travers les collectivités, c'est-à-dire que ces gens-là ont tellement cru aux résultats de leur politique en matière notamment de recettes fiscales... Vous parlez des ministres. Voilà, des ministres, du gouvernement, qu'ils ont annoncé des chiffres qui ont été contredits par les faits, mais parce qu'ils se sont trompés sur leur politique. Je vous donne un exemple. Quand vous baissez les seuils des impôts, de tous les impôts, pendant des années, comme l'a fait le gouvernement, les gouvernements de M.

Macron, jusqu'à ce qu'en 2023, on soit à 60 milliards de moins de recettes pour l'État, et que l'année de 2022, c'est-à-dire celle du rebond du Covid, qui est évidemment une année où ça a produit beaucoup de recettes fiscales, puisque l'économie a redémarré, vous dites, à partir de cette année 2022, « Ah, notre politique économique marche, plus on baisse les impôts, plus il y a une rentrée d'impôts », vous êtes après dans la difficulté, quand on revient à des situations économiques plus classiques, pour justement prévoir ces impôts. Et le problème, évidemment, quand ils sont revenus à la situation plus classique, 2023-2024, il y a eu moins de recettes.

Parce que quand vous baissez les seuils des impôts,

11:34
Présentateur

il y a moins de recettes. Et alors, beaucoup de responsables disent que pour ne plus revivre ça, il faut confier plus de responsabilité de pouvoir au Conseil des finances publiques. C'est votre avis aussi ?

11:41
Éric Coquerel

Je ne crois pas que ça résoudra la question. Qu'on donne plus de responsabilités au commissariat de finances publiques, moi, ça ne me pose pas de problème. Notamment, par exemple, pour réagir, réagir, j'allais dire, de corriger les choses. Mais je vous ferai remarquer que, et Pierre Moscovici l'a très bien dit, déjà en octobre dernier, il l'a redit en commission, le commissariat de finances publiques avait jugé qu'il y avait un problème de crédibilité dans les annonces. Bon, ça n'a pas empêché que ces annonces sont faites. Après, c'est ce qu'il a dit

12:10
Présentateur

dans votre commission. Il a dit, moi, je ne peux que parler.

12:12
Éric Coquerel

Donc, vous voyez bien que la solution, la question, ce n'est pas tant de savoir que de multiplier les thermomètres. C'est que si on a des gouvernements qui ne se soucient pas des thermomètres et qui continuent une politique qui est en train d'échouer à tout niveau, en termes de déficit, qui était quand même l'objectif majeur de ces gouvernements, c'était de réduire les déficits. Le constat, c'est qu'ils ont échoué. Mais ils ont échoué aussi en manière de réindustrialisation, ils ont échoué en matière d'emploi, ils ont échoué en matière d'investissement en France. Donc, vous pouvez mettre tous les thermomètres que vous voulez.

S'ils veulent continuer à maintenir leur politique, malgré d'ailleurs des défaites électorales, ça ne changera pas grand-chose. Au-delà de ça, moi, je suis circonspect sur le fait de complètement externaliser, je crois que c'est la proposition de Mathieu Lefebvre, Bercy, et donc l'administration, parce que je ne suis pas pour externaliser, mais ça, ça renvoie aussi à un autre débat actuel avec le gouvernement, que M. Béouagite, je ne suis pas pour externaliser les services de l'État de manière trop forte.

Et puis, si quelqu'un devait avoir aussi un peu plus de moyens, c'est peut-être l'Assemblée, puisque l'Assemblée, je vous remercie, nous contrôlons justement les budgets et que je serai assez pour qu'on ait plus de moyens, y compris en termes de prévision.

13:20
Présentateur

C'est vrai. Alors, la prévision maintenant pour cette année, après les 5,8 de l'an dernier, c'est 5,4. La marche est peut-être un peu moins rude à descendre, on va y arriver, vous pensez ? Cet objectif est réel.

13:29
Éric Coquerel

Écoutez, le 5,4, pour l'atteindre, il faut 35 milliards d'économies en plus l'an prochain, c'est-à-dire une culture d'austérité encore plus importante que celle qu'on vient de subir. Cette année, pardon, cette année, 35 milliards.

13:41
Présentateur

Non, non. Parce que c'est pour 2025, il faut faire 5,4 cette année. Pour les tenir, il faut qu'on ait 35. Oui, alors 5,4% cette année. Bon, alors, excusez-moi, je reviens sur ça. Vous êtes déjà à 2026. Vous avez raison, parce qu'on bosse aussi sur le budget de l'an dernier.

13:52
Éric Coquerel

Je suis parti sur 2026, exactement. C'est pour ça que je veux dire. Écoutez, là, non, ça ne va pas tenir. Moi, je ne crois pas. Pourquoi ? Mais parce que, déjà, ce gouvernement annonce le fait qu'il va y avoir à priori 5 milliards de moins de recettes puisque la croissance sur laquelle ils avaient basé tous leurs travaux, une fois de plus, c'était une croissance complètement surestimée. On était à 0,9. La Banque de France, 0,7. Donc, ça va faire moins de recettes quand vous avez moins de croissance. Donc, déjà... Les 0,9, vous n'y croyez pas ?

14:21
Présentateur

On ne fera pas 0,9% de croissance cette année, non ?

14:23
Éric Coquerel

Non, non. Vous n'y croyez pas ? L'INSEE, pour les deux premiers trimestres, indique 0,3. Voilà. Donc, je pense que le chiffre de la Banque de France de 0,7 ne semble plus près de la vérité. Et donc, c'est moins de recettes. D'ailleurs, la note du Trésor qui est sortie en décembre, c'est-à-dire l'indique très clairement, elle indique 5 milliards de recettes en moins. Donc, déjà 5 milliards. Vous allez avoir, en réalité, en plus, la situation économique, notamment avec la politique menée par M. Trump. Donc, on ne connaît pas les résultats. Donc, je vous le dis à l'avance, je pense que le budget que nous avons voté va être révisé comme il a été révisé les autres années.

Alors, je ne sais pas s'ils vont le faire par un projet de loi de finances rectificative qui a au moins l'avantage d'interpeller le gouvernement et d'être plus démocratique. Mais le désavantage pour eux, c'est qu'ils n'ont pas de majorité ou s'ils ne l'ont pas fait l'an dernier. Mais d'une manière ou d'une autre, vous verrez qu'ils vont rectifier leur budget, ce qui est évidemment le problème.

15:09
Présentateur

Mais alors, justement, pour corriger le budget un peu au fil de l'eau et en temps réel, ce qu'ont annoncé Éric Lombard et Amélie de Montchalin, c'est que dorénavant, ils allaient vous convoquer assez régulièrement pour faire le point. C'est ce qu'ils appellent d'un comité d'alerte sur les comptes publics. La première réunion, ce sera le 10 avril. Est-ce que déjà, vous saluez, enfin, sur le principe, vous saluez cette initiative de Bercy ? Non. Pourquoi ? Parce que...

15:31
Éric Coquerel

Ils veulent faire un point régulier avec vous tous les trois mois. Voilà. C'est bien, ils ne veulent faire pas avec nous.

15:36
Présentateur

Vous êtes conviés.

15:37
Éric Coquerel

Si, si, vous êtes conviés. On est conviés. Comme vous dites, les parlementaires, c'est-à-dire le parlement qui est censé contrôler et voter sur le budget, fera partie d'une espèce d'aéropage assez important. On aura la cour des comptes, on aura les collectivités territoriales, on aura la sécurité sociale, tout le monde. C'est une espèce de grand messe. Vous imaginez bien que ça, ce n'est pas des réunions de travail. Ça, c'est des réunions où on va vous donner des informations, mais je ne vois pas où est le côté, j'allais dire, interactif et qui puisse réagir par rapport à ce qui est lancé. Donc, c'est pour ça que je vous dis, à mon avis, on est loin du compte de ce qu'il faudrait faire.

Moi, je ne suis pas contre des réunions fréquentes, mais à ce moment-là, avec les parlementaires qui ont un rôle spécifique qui est de voter le budget, même si on n'a plus le droit de le voter depuis deux ans puisque ça passe par 49-3. Et puis, peut-être aussi nous donner au niveau de la commission des finances, moi, je les réclame, par exemple, les notes du Trésor qui sont des notes qui commencent un peu à filtrer tellement on pousse à les avoir, mais qui permettent des fois

16:35
Présentateur

de corriger les annonces. Ils vont peut-être plus partager des choses avec vous, c'est l'objet de ces réunions. Mais je ne suis pas sûr

16:39
Éric Coquerel

que ces informations-là vont être corrigées. Pour résumer cette réunion, ça ne me pose pas de problème, j'irai, etc. Vous irai ? Mais je pense, oui, moi, je suis président de la commission des finances, donc je suis républicain, je vais, quand Bercy me demande de venir, et l'inverse est vrai, quand Bercy, nous demandons qu'ils viennent, ils viennent, et d'ailleurs, ils seront là le 15 avril en audition pour justement, sur à la fois les conclusions de la commission d'enquête et puis... Le 15 avril ? Oui, le 15 avril.

17:04
Présentateur

Parce que c'est aussi le jour de la conférence des finances publiques de François Bayreau.

17:07
Éric Coquerel

Ah ben écoutez, c'est très bien, mais le 15 avril, ils seront dans notre commission et le 16 avril aussi, puisqu'il y a le programme de stabilité qui est présenté, qui va aussi fixer pour les années à venir les budgets. Voilà, donc on va beaucoup les voir et moi, je crois plus, je crois plus à cet élément, j'allais dire, de débat, parfois de confrontation, c'est normal, c'est la démocratie, avec l'Assemblée nationale que des aéropages un peu larges où vous donnez les informations sans être souvent contredit. Bon,

17:34
Présentateur

vous parliez tout à l'heure du budget 2026 parce qu'effectivement, là aussi, le gouvernement bosse dessus, Sophie Prima, hier, a expliqué que la préparation de ce budget est un cauchemar. Est-ce qu'elle a trouvé le bon mot

17:45
Éric Coquerel

pour parler de... Je trouve que ça s'est hérité et c'est un cauchemar pour les citoyens, ça c'est clair. Pourquoi c'est un cauchemar ? Parce qu'ils annoncent 35 milliards de plus de dépenses en moins. Nouvelles économies. Voilà. Principalement, manifestement, sur la sécurité sociale, principalement, sur les collectivités territoriales, ce qui explique pourquoi il y a toute cette discussion... On ne sait pas, pour l'instant.

En tout cas, c'est les informations qui sont données dans les différents interviews par Bercy et je pense que c'est pour ça, d'ailleurs, que Jean-René Casdov a fait un rapport sur cette question pour montrer qu'il dépensait trop et que là, il y avait de l'argent à récupérer. Bon, donc, 35 milliards de moins, c'est absolument catastrophique. D'abord parce qu'en réalité, quand vous baissez les dépenses publiques, ça a un effet récessif. Voilà. Qui est clair sur l'économie. Donc, j'allais dire, c'est contre-intuitif par rapport à ce qui serait nécessaire. Mais pardon,

18:33
Présentateur

quand on a 5,8% de déficit, il faut bien faire des économies quelque part. Oui, non, il faut... Vous avez vu, pardon, vous avez vu ce matin ce qu'a dit l'Espagne, eux, ils sont à 2,8%. J'ai pas de soucis, je vous réponds. L'Italie, ils sont passés de 7,2% à 3,4% et le Portugal, ça fait 3 ans qu'ils sont en excédent budgétaire.

18:48
Éric Coquerel

D'accord, et vous savez d'où viennent principalement les déficits en France ? Vous savez d'où ils viennent ? Ça a même été dans la commission d'enquête, Gabriel Attal nous l'a redit. Non, mais ce que je veux dire, c'est que nos voisins ont fait des économies. Le dérapage du déficit depuis deux ans révèle le plein effet de la poursuite jusqu'en 2023 de baisse de prélèvements obligatoires non financés. Autrement dit, contrairement à ce qui peut être dit sans arrêt, c'est pas les dépenses publiques qui auraient augmenté et fait déraper les déficits, c'est la baisse des recettes, c'est la baisse des impôts et qui a privilégié surtout et qui a favorisé surtout les plus riches et les plus riches.

Mais il y a peut-être de le dire,

19:30
Présentateur

Éric Coquerel, c'est ce qu'avait voulu faire Michel Barnier pour augmenter les impôts et réduire les dépenses.

19:33
Éric Coquerel

Il voulait actionner les deux leviers. Je suis d'accord que c'est le porte-parole de M. Barnier. Il touchait de manière

19:42
Présentateur

homéopathique sa copie, c'était 40 milliards d'économie

19:44
Éric Coquerel

et 20 milliards d'ausses d'impôts. Il touchait de manière homéopathique la question des taxes pour les ultra-riches qui ont gagné de l'argent comme jamais depuis 2017 qui nous coûtent trop cher pour aller vite. Et en plus de ça, M. Lombard a fait en sorte que ce qui était prévu pour deux ans ne le soit plus que pour un an l'année prochaine, ça saute.

Donc je vous le répète, la question en France du déficit vient principalement du fait qu'on a abaissé de 60 milliards les moyens de l'État, que ces 60 milliards viennent surtout au service des plus riches, vraiment des ultra-riches mais à hauteur de plusieurs dizaines de milliards pour ceci et que si on veut réduire le déficit et en plus dégager des marges par exemple pour la transition écologique, on veut le faire surtout pour les dépenses militaires, on va en parler, eh bien il faut faire en sorte que l'État retrouve ses marges en matière de recettes principalement.

20:37
Présentateur

Alors vous parlez de la défense, on s'est vu la semaine dernière, c'était pile il y a une semaine justement à jeudi au Grand Raoult organisé entre les investisseurs à la place de Paris et les industriels de la défense qui ont besoin de relancer leur activité pour faire en sorte que le pays se réarme. Est-ce que, et Sébastien Lecornu vous a dit à vous et à toutes les personnes présentes, si il y a un sujet qui doit faire consensus dans le pays, c'est celui-là.

20:56
Éric Coquerel

Il n'a pas dit ça, il m'a cité sur la question du fait que la France ne soit dépendante de personne en matière d'armement.

21:05
Présentateur

C'est vrai, vous avez raison.

21:07
Éric Coquerel

Je précise, parce que sinon, derrière,

21:10
Présentateur

ça veut dire qu'il faut qu'on se réarme.

21:12
Éric Coquerel

Sur cet aspect-là, il n'y a pas de souci. C'est-à-dire, si l'idée, c'est que la France ne soit plus dépendante notamment des États-Unis pour sa force de dissuasion, ce qui est encore le cas, les catapultes sur le porte-avions et de technologies américaines. Donc, si c'est ça la question, oui, et dans ces cas-là, il faut regarder, j'allais dire de manière ligne par ligne, ce qui est nécessaire. Il faut regarder si la loi de programmation militaire, par exemple, qui a été adoptée, qui fait à peu près 3 milliards de plus d'augmentation militaire par an, est-ce que ça répond ou pas à ça ? Bien. Mais le problème que ce qui nous est mis sur la table, ce n'est pas ça.

C'est qu'on nous dit qu'on va augmenter les dépenses militaires. Alors, vous remarquerez qu'entre les annonces et ce qui est pour l'instant sur le papier, on en est loin, qu'on nous a dit qu'on va mettre 100 milliards en 2030, ce qui vaut à dire 10 milliards de plus que la loi de programmation militaire par an. Et en réalité, vous étiez comme moi à cette réunion à Bercy, pour l'instant, on en est à une augmentation seulement de 3 milliards d'ici 2030, donc à peu près même pas un milliard par an. Donc, on est loin de ce qui est annoncé. Je vais dire heureusement parce que je pense que ce n'est pas ça l'urgence pour le pays. Pour vous, il ne faut pas

22:20
Présentateur

une nouvelle loi de programmation militaire.

22:23
Éric Coquerel

Pour l'instant, ce n'est pas ce qui est annoncé. à Bercy, ce n'est pas ce qui est annoncé.

22:26
Présentateur

Il réfléchit justement

22:26
Éric Coquerel

à dire... Je ne sais pas. Pour l'instant... Mais vous, vous n'êtes pas favorable. Non, je ne suis pas favorable. Je suis pour un inventaire qui est que si la question, c'est de faire en sorte que la France soit indépendante totalement, oui, pour défendre son territoire sur toutes les mers du monde, oui, si c'est pour faire en sorte de développer une économie de guerre pour que la France rentre dans cette espèce d'affrontement entre des blocs économico-politiques qu'on assiste notamment pour en réalité développer l'industrie de l'armement. Ce que je vais revenir parce que je pense que derrière, c'est ça dont il est question.

C'est-à-dire qu'il est question que ce soit pour l'Allemagne ou la France de remplacer l'industrie automobile qui est en berne par une autre industrie militaire qui peut dégager des profits. Je pense que c'est de ça en réalité dont il est question. Là, je ne suis pas d'accord notamment pour plusieurs raisons. D'abord, parce que quand vous produisez beaucoup d'armes à un moment donné, comme tout capitalisme, il faut des débouchés. Les débouchés, c'est de s'en servir. Je suis très inquiet de ce point de vue-là pour l'effet d'entraînement que ça peut avoir sur la paix dans le monde. Je crois que dès lors que c'est entrepuissance nucléaire, vous voyez le problème que ça peut poser.

Deuxièmement, parce que je crois que la plus grande urgence que nous avons affrontée reste la question du climat et que produire plus d'armement sans servir, c'est antinomique avec la question climatique et en plus, c'est autant d'argent qui n'ira pas dans l'investissement climatique qui est absolument indispensable.

Voilà les raisons pour lesquelles je vous dis que tout ce qui va dans le sens de la dépendance de la France, oui, pour défendre nos territoires, oui, tout ce qui va dans la France participant à une économie de guerre qui nous entraîne en plus sur des possibles conflits qui sont assumés par le livre blanc européen face à des adversaires dans lesquels les USA contre tout contre absolument ce qui se passe actuellement puisque ceux-ci nous déclarent une guerre économique seraient l'allié traditionnel face à des adversaires qui seraient la Russie, l'Iran, la Corée, voire la Chine, je dis que non, ce ne sont pas les intérêts

24:16
Présentateur

Éric Coquerelle il ne nous reste plus que deux minutes, je voulais parler du projet de loi simplification puisqu'elle est débattue en ce moment à l'Assemblée, de manière générale est-ce que vous êtes favorable au texte qui est débattu en ce moment par les députés et par est-ce que la simplification doit devenir une priorité pour les politiques quel que soit leur parti ?

24:34
Éric Coquerel

J'ai deux minutes je vais vous répondre sur le fond, je ne crois pas et je crois que ce dont il est question en ce moment en réalité c'est la même chose à laquelle on assiste on a assisté avec Thatcher avec le New Management voire avec de manière light on va le dire mais avec ce que fait l'administration Trump c'est-à-dire que il y a d'un côté M.

Bérou qui explique qu'il va demander à toutes les administrations centrales de demander l'état des travaux qui sont faits et de savoir si le privé peut les faire voilà c'est exactement le New Management et moi je pense que le privé n'est pas supérieur à l'état pour produire du service public et deuxièmement derrière la simplification le problème c'est que quand vous avez moins de normes en réalité ça veut dire que ce qui est du contrat se fait par le plus fort les normes protègent elles ne sont pas seulement des choses pour gêner les français c'est des normes écologiques sociales qui rapportent parce que la déréglementation coûte cher et je me méfie beaucoup d'espèces d'ultra-libéralisme qui entend en réalité tout déréguler qui entend faire en sorte qu'il y ait moins de normes qui entend faire en sorte qu'il y ait moins de normes je parle de la même chose je pense que c'est ça

25:33
Présentateur

déréguler et simplifier c'est toujours pareil mais je parle de la même chose par exemple le test PME qui est une mesure de bon sens que réclament les petits patrons depuis Mathusalem c'est la mesure la plus importante pour eux finalement elle a été retoquée notamment par LFI mais par tous les bords aujourd'hui à l'Assemblée

25:48
Éric Coquerel

oui mais je pense que je pense que par exemple quand on veut soi-disant simplifier la vie des entrepreneurs et qu'en réalité on s'aperçoit qu'on enlève des règles des normes qui protégeaient les salariés pour moi ça ne va pas dans le bon sens et c'est souvent malheureusement et c'est souvent par la raison pour laquelle le MEDEF pousse à fond l'équivalent de la simplification l'implification je vous dis à mon avis ce qui est derrière sur le fond c'est moins d'Etat moins de fonctionnaires alors qu'on a plutôt souffert de ça depuis quelques années et d'un de côté moins de régulation et c'est la règle du plus fort dans ce cas-là qui l'emporte comme je n'ai que deux minutes je vous réponds là-dessus

26:21
Présentateur

le message est passé il est très clair en 30 secondes même pas Eric Coquerel on se rapproche de la date anniversaire de la dissolution c'était en juin quel est votre cap politique à la France insoumise est-ce que vous voulez que le Président est-ce que vous voulez provoquer une nouvelle dissolution est-ce que vous voulez censurer d'ici là c'est quoi votre agenda tous les éléments

26:38
Éric Coquerel

qui lui ont permis d'éviter la censure c'est-à-dire à la fois le prix de l'électricité soi-disant qui allait être baissé le conclave des retraites qui pouvait peut-être aller sur la brogation nous on n'y a jamais cru mais c'est ce qu'ils avaient avancé le budget qui va être plus régressif que ce qui a été voté tout le monde qu'en réalité tout ça a été donc vous dites que le Président va être dissous dès que possible donc d'abord nous on va essayer de favoriser le fait qu'il y ait une censure le plus rapidement possible de ce gouvernement

27:06
Présentateur

le PS est toujours dans le jeu

27:08
Éric Coquerel

et qui est une arnaque ou les ponts seront plus avec eux écoutez on verra bien on verra la responsabilité du PS c'est importante on sait qu'on a besoin d'eux parce qu'on pose la question on sait qu'on a besoin d'eux on sait qu'on a besoin d'eux pour la censure on sait qu'on a besoin d'eux pour la censure c'est grâce à eux qu'il n'y a pas eu la censure c'est eux qui ont maintenant la responsabilité et on les interpelle de savoir s'ils voteraient une motion de censure si nous la déposions sur les éléments que je viens de vous donner la balle est dans leur camp

27:34
Présentateur

le message est passé merci merci beaucoup Eric Coquerel d'avoir été mon invité ce soir dans la grande interview président de la commission des finances de l'Assemblée Nationale allez on marque une courte pause et on se retrouve dans un instant pour les experts du soir à tout de suite la grande interview sur BFM Business