Présidentielle : LA GAUCHE DOIT-ELLE SE RANGER DERRIÈRE MÉLENCHON ?
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« Il y a un passage dans leur texte d'orientation qui nous vise, qui est extrêmement grossier et insultant et que 60 % des mandats présents décident de voter. »
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« Ils nous traitent d'antisémites et du reste. »
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« l'effacement du Parti communiste, le plus grand danger qui le guette, c'est sa disparition de l'Assemblée nationale »
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Nous ne censurerons donc pas, aujourd'hui, votre gouvernement. La majorité requise n'étant pas atteinte, la motion de censure n'est pas adoptée. Personne n'est parti pour gouverner. Parce que les luttes fratricides des uns et des autres emmène tout notre camp politique dans le mur. Je veux bien qu'on critique non-stop Jean-Luc Mélenchon. Je vais vous dire, c'est un programme de rupture. Voilà. Il est le mieux placé aujourd'hui à gauche. Je le dis, chez nous aussi c'est carré, mais en plus c'est démocratique. Il y a un passage dans leur texte d'orientation qui nous vise, qui est extrêmement grossier et insultant et que 60 % des mandats présents décident de voter. Réfléchissez bien. Mais l'effacement du Parti communiste, le plus grand danger qui le guette,
c'est sa disparition de l'Assemblée nationale, et donc du Parlement et de ne plus être une force politique nationale. Dans toutes les familles de la gauche non mélenchoniste, on commence à s’inquiéter. La primaire est en train de faire naufrage et aucun candidat n’émerge à l’exception du fondateur de la France insoumise. La tentation de se rallier grandit. C’est ce qu’on regarde dans ce numéro 200 de Pol’Express.
C’était il y a tout juste un an. Réunie à Bagneux, la gauche non mélenchoniste voulait faire émerger un candidat alternatif au chef de la France insoumise pour l’élection présidentielle. Une primaire permettrait de départager les candidatures. Mais dès le départ, le projet prenait l’eau. Ni Raphaël Glucksmann ni Jean-Luc Mélenchon n’entendaient se soumettre à ce mode de désignation. Le premier, parce qu’il refusait de se ranger derrière l’insoumis Mélenchon dans l’hypothèse où celui-ci l’aurait emporté. Le second, parce qu’il estimait que ses précédents scores aux présidentielles de 2017 et surtout 2022 le qualifiaient d’office pour être le candidat de toute la gauche.
Réduite à un pas de deux entre Marine Tondelier et Olivier Faure, la primaire s’est rapidement transformée en chimère. Au PS, les éternels opposants à Olivier Faure se sont ligués contre le Premier secrétaire. Au point que ces dernières semaines, il suffisait que le chef du parti dise blanc pour que le patron des députés, Boris Vallaud, dise noir. La comédie de ce lundi à l’Assemblée nationale autour de la motion de censure en a offert le pathétique spectacle. Dimanche, dans Le Parisien, Olivier Faure annonçait qu’il voterait la motion de censure déposée par les écologistes et la France insoumise. Mais au même moment, les députés du groupe se prononçaient sur leur vote. Résultat, il ne s’est trouvé qu’un tiers des députés
pour s’aligner sur la position du Premier secrétaire. Le reste s’est dégonflé. La censure ne doit pas être animée ni par l'émotion, ni par la tactique politicienne, ni par le qu'en dira-t-on. Les socialistes ont pris le temps de la réflexion et de la délibération collective. Censurer, c'est aussi prendre la responsabilité de ce qui vient après. Notre responsabilité n'est pas d'ajouter de l'instabilité à l'inaction. Le changement climatique n'attend pas les élections et nul ne peut raisonnablement penser que la nouvelle canicule qui débute sera mieux gérée par un gouvernement démissionnaire.
Nous ne censurerons donc pas, aujourd'hui, votre gouvernement. Face à l'urgence, notre responsabilité, à nous, socialistes, est de construire l'alternative, de proposer et d'être utiles maintenant. Au final, la motion n’a pas fait le plein des voix de la gauche. Il ne s’est trouvé que 20 socialistes sur 68 pour la voter et 32 écologistes sur 38. Majorité requise pour l'adoption de la motion de censure sur la majorité absolue des membres composant l'Assemblée : 289. Pour l'adoption : 132. La majorité requise n'étant pas atteinte, la motion de censure n'est pas adoptée. Si toute la gauche avait voté en faveur de la motion de censure, le gouvernement ne serait pas tombé pour autant.
Il aurait fallu pour cela que le Rassemblement national apporte ses voix. Mercredi de la semaine passée, Sébastien Chenu avait annoncé la couleur. Son parti ne censurerait pas Sébastien Lecornu. Cette motion de censure était donc symbolique. En indiquant qu’il la voterait, Faure entendait réaffirmer que les gauches irréconciliables n’existaient pas. Mais ses opposants internes n’ont pas voulu lui faire ce cadeau. Entre eux et les insoumis, c’est désormais le mur de Berlin. La suite va se jouer ce 9 juillet avec le vote interne du PS sur les modalités de désignation du candidat socialiste à l’élection présidentielle. Le Premier secrétaire propose un vote ouvert
aux militants du Parti socialiste et de Place publique et à leurs sympathisants, moyennant pour ces derniers une participation de 2 euros. Boris Vallaud et les opposants à Olivier Faure proposent une primaire réservée aux seuls militants du Parti socialiste et des organisations politiques se reconnaissant comme appartenant au pôle socialiste. Entendez par là Place publique de Raphaël Glucksmann et la Convention de Bernard Cazeneuve. Désavoué cet après-midi, le Premier secrétaire doit absolument voir sa proposition l’emporter s’il veut rester à la tête de son parti. Un deuxième camouflet lui serait fatal.
Son alter égo écologiste, Marine Tondelier, traverse également des moments difficiles. Dans le dernier Bourbon, je vous racontais comment la patronne des députés écolos, Cyrielle Châtelain, avait appelé son mouvement à sortir du tête-à-tête avec les écologistes pour entamer des discussions avec les communistes et les insoumis. Ce qui n’est pas vraiment le projet de Marine Tondelier. Est-ce que vous pourriez gouverner avec les insoumis ? Alors je veux bien qu'on fasse de la politique-fiction, mais aujourd'hui, le scénario à gauche, c'est plutôt que personne n'est parti pour gouverner. Parce que les luttes fratricides des uns et des autres emmène tout notre camp politique dans le mur. Au sein de son mouvement, certains ont cependant déjà choisi leur camp.
Ce pourrait être Jean-Luc Mélenchon ou cette seule candidature, lui qui a démarré sa campagne. Mais aujourd'hui, c'est le mieux placé. Moi, je veux bien qu'on critique non-stop Jean-Luc Mélenchon. Je vais vous dire, c'est un programme de rupture. Voilà. Il est le mieux placé aujourd'hui à gauche. Je voudrais au moins qu'on discute avec eux. Il n’empêche, le parti continue d’être derrière sa secrétaire nationale. Un vote interne vient de la confirmer comme candidate officielle du parti dans l’éventualité où la primaire ne se tiendrait pas, ce qui est fort probable. Jean-Luc Mélenchon devra donc compter, au premier tour, avec une candidature socialiste et une candidature écologiste. Mais aussi avec une candidature communiste.
Fabien Roussel a été reconduit à la tête du parti à l’occasion du congrès de Lille. Et il a proposé sa candidature à la présidentielle. Les communistes vont donc faire leur choix jusqu'au bout. Et ça se conclura par un vote le 6 septembre prochain sur le choix du candidat. J'ai dit que j'étais prêt, si vous le décidiez, à mener ce combat avec vous, à vos côtés, une nouvelle fois. Et dès le 6 septembre au soir, une fois que nous aurons voté le plus majoritairement possible pour le choix du candidat, tous ensemble, dès le 6 au soir, nous serons en campagne.
Oui, je le dis, chez nous aussi c'est carré, mais en plus c'est démocratique. Une perspective qui attriste Jean-Luc Mélenchon. Ça me déçoit. Pour moi, c'est de la tristesse. J'ai été le candidat du Parti communiste à deux élections présidentielles, 2012 et 2017. Qu’ai-je fait depuis qui me vaille une telle opprobre, autant de critiques ? Et je le dis avec douleur. Je n'ai pas accepté l'idée qu'il y a un passage dans leur texte d'orientation qui nous vise, qui est extrêmement grossier et insultant et que 60 % des mandats présents décident de voter ce passage, de refuser de le refuser. Un passage dans lequel… Ils nous traitent d'antisémites et du reste.
Le cavalier seul de Fabien Roussel à la présidentielle risque cependant d'avoir des conséquences lorsque viendra le moment des élections législatives. Sans accord avec les insoumis, les députés communistes iront à la défaite comme l’a rappelé Stéphane Peu, le président du groupe communiste à l’Assemblée. Moi, ma grande crainte, je suis militant communiste depuis 47 ans. J'ai toujours lutté contre l'effacement du Parti communiste et c'est ma grande crainte. Mais je vous assure, réfléchissez bien. Mais l'effacement du Parti communiste, le plus grand danger qui le guette, c'est sa disparition de l'Assemblée nationale et donc du Parlement,
et de ne plus être une force politique nationale reconnue comme telle. Dans chacune des composantes de la gauche, LFI exceptée, la crainte d’une catastrophe électorale travaille une partie des militants. Et si la multiplication des petites candidatures empêchaient la gauche d’être au second tour, fut-elle incarnée par Jean-Luc Mélenchon ? C’est exactement le trouble que voulait provoquer le candidat insoumis en démarrant sa campagne sur les chapeaux de roues. Mais pour l’heure, la dynamique annoncée tarde à se traduire dans les sondages. Jean-Luc Mélenchon oscille entre 13 % et 15 %. A l’évidence, le socle militant est bien au rendez-vous. Mais le reste de la gauche n’est pas encore convaincue
que l’insoumis soit le dernier recours possible. Même si elle ne l’exclut plus. Merci d’avoir regardé cette chronique. Si vous l’avez appréciée, partagez-la. Et mettez un pouce. Merci encore pour tous vos messages de bon rétablissement. Comme vous le constatez, ma voix est revenue, mais pas complètement. Comme me l’a dit avec humour quelqu’un dans les commentaires, faire de l’ASMR – c’est une technique de relaxation – avec la vie politique, il fallait oser. Pour nous soutenir financièrement, c’est toujours sur Donorbox que ça se passe. Merci à tous ceux qui nous accompagnent. C’est grâce à vous que nous restons indépendants. On se retrouve jeudi pour le Bourbon de Serge.
Et quelque chose me dit qu’on parlera du RN…
Jean-Luc Mélenchon