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interviewRTL — L'invité de 7h40· 15 avril 2026 10 min

Bally Bagayoko reconnaît qu'Emmanuel Macron n'est "pas raciste" mais a trouvé sa réaction trop tardive

Audio original de l'émission.

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

0:00
Présentateur

Il est le nouveau maire LFI de Saint-Denis, Pierrefitte en Seine-Saint-Denis, Bali Bagayoko, l'invité d'RTL Matin. Bonjour et bienvenue sur RTL Bali Bagayoko. Bonjour. Alors vous avez passé la soirée avec Emmanuel Macron hier soir, le chef de l'Etat qui est venu assister à Saint-Denis au concert annuel des élèves des maisons d'éducation de la Légion d'honneur. Vous aviez dénoncé son silence lorsque vous avez été la cible d'attaques racistes, notamment sur les plateaux de CNews. Que vous a dit le chef de l'Etat hier soir ? Comment ça s'est passé ?

0:26
Bally Bagayoko

D'abord, le président de la République a été très chaleureux et puis du coup a bien précisé qu'il avait un soutien total en fin de compte aux actes de gestion des victimes et que je pouvais compter sur lui pour pouvoir agir sans relâche sur cette question. Donc ça vous a rassuré ? Ensuite, ça m'a rassuré, en tout cas sur le fait que par rapport aux propos de l'inition au comité des miens, qui était dans un contexte qui était entre guillemets un contexte très clair, il était important, et je vais répéter, que le président de la République précise en fin de compte sa pensée sur le sujet à cet instant précis.

0:55
Présentateur

Il paraît que vous lui avez remis un t-shirt, c'est vrai ?

0:57
Bally Bagayoko

Alors j'ai remis un t-shirt qui s'appelle le t-shirt qui avait été réalisé par un artiste d'ailleurs de Saint-Denis, Warkus, et qui s'appelle Stop au Racisme, qui faisait écho au 4 avril, et donc je l'ai même, dans le courrier qui lui a été remis, invité pour le 3 mai.

1:10
Présentateur

Pour le 3 mai qui est une manifestation ?

1:12
Bally Bagayoko

C'est une manifestation aussi donc sur Paris.

1:13
Présentateur

À Paris, absolument. Alors c'est à 10, qu'on peut se demander quand même, parce qu'à l'époque, Laurent Nouniès avait réagi, Aurore Berger avait réagi, le Premier ministre avait réagi, et vous, invité d'Anne-Sophie Lapique sur M6 le 5 avril, vous aviez reproché à Emmanuel Macron d'avoir eu un réflexe clanique, le suspectant d'être en partie d'accord avec les propos racistes qui vous ont visé. Est-ce que vous n'êtes pas un peu emballé ? Est-ce que vous regrettez ces propos ?

1:35
Bally Bagayoko

Non, je ne regrette pas, parce que moi je suis issu des quartiers populaires, et il est vrai qu'il y a toujours un traitement particulier, c'est-à-dire que les mêmes actes commis sur une personne normale, le niveau, le temps de réaction n'est pas les mêmes, y compris pour celle-ci. Mais là, il y a eu réaction, il y a eu réaction des ministres de l'Intérieur, ici même dans ce studio, encore une fois du Premier ministre. Oui, mais moi, ma réaction attendue était celle du Président de la République. Donc mon propos, il concernait le Président de la République.

Parce qu'autant, ils ont été très rapides, par exemple, pour condamner l'arrêté que j'ai pris, parce que le préfet, l'arrêté anti-expulsion, que j'ai pris, a été immédiatement...

2:05
Présentateur

Ça, c'est le tribunal administratif, c'est un autre sujet, vous avez pris un arrêté anti-expulsion, qui, comme d'autres, qui avait été pris par d'autres maires, a été retoqué par la justice administrative.

2:13
Bally Bagayoko

Assez rapidement, c'est quasi, même pas moins de 24 heures.

2:15
Présentateur

C'est pas sur le fond, c'est suspendu sur la forme, et ça sera examiné sur le fond plus tard. Ça, c'est le fonctionnement de la justice.

2:20
Bally Bagayoko

Clairement, mais je souhaite que, par exemple, sur des sujets aussi importants, que le fonctionnement de l'État soit aussi réactif.

2:25
Présentateur

Bon, revenons, on va venir après sur votre méthode de gouvernement et de gouvernance à Saint-Denis, mais quand même, on peut sans doute reprocher beaucoup de choses à Emmanuel Macron, mais depuis 9 ans qu'il dirige la France, il n'a jamais été pris en flagrant délit de racisme, non ?

2:38
Bally Bagayoko

Ah, je ne dis pas qu'il ait pris la main en flagrant de racisme. Je dis juste que, dans une séquence particulière comme celui-ci, il aurait dû réagir. Je suis le maire d'une ville la plus importante du département de Saint-Denis, et l'île deuxième ville de l'île de France. Je dis juste une chose, c'est que cette réaction, qui d'ailleurs est attendue pas par le maire en tant que tel, mais par la population, en fin de compte, c'est ça le sujet.

3:02
Présentateur

Il est raciste ou il n'est pas raciste ?

3:03
Bally Bagayoko

Ah non, je ne dis pas, moi, qu'il est raciste. Il n'est pas raciste ? Non, je ne dis pas qu'il est raciste. Mais vous dites qu'il n'est pas raciste ? Je ne dis pas qu'il est raciste. Est-ce que vous dites qu'il n'est pas raciste ? Je vous répète une chose, je ne dis pas qu'il est raciste, je dis juste que son silence interroge dans une séquence qui était une séquence extrêmement importante.

3:16
Présentateur

Et du coup, est-ce que vous avez raccroché son portrait dans votre bureau de maire ? Parce qu'il paraît qu'il était à terre dans votre bureau.

3:20
Bally Bagayoko

Il est toujours à terre, pour un moment, parce que je ne suis pas adepte de ce type de portrait. Alors c'est lui, mais comme tous les autres présidents de la République en tant que tel.

3:30
Présentateur

Mais ce n'est pas très républicain, c'est le chef de l'État. On ne vous demande pas de l'aimer lui, mais c'est le respect de l'institution.

3:35
Bally Bagayoko

Le respect de l'institution, c'est quand un maire comme moi, je suis élu, ce n'est pas de recevoir de la part, par exemple, de David Amiel, qui est le ministre des Comptes Publics, des propos qui sont discourtois sur la manière dont je dois m'adresser au personnel communal. Donc c'est ça. Moi, je suis républicain, en fin de compte. Je porte la République en réalité.

3:54
Présentateur

Vous avez organisé, vous l'évoquiez, le 4 avril d'une manifestation à Saint-Denis contre le racisme. Vous savez mieux que personne que les mots ont un sens, Balibagayoko. Pourquoi avez-vous appelé à marcher contre le racisme et pas contre le racisme et l'antisémitisme ?

4:08
Bally Bagayoko

En réalité, pour être totalement transparent, cette marche était pour être complète. Marche contre le racisme, l'antisémisme, l'islamophobie. C'était ça le terme complet.

4:17
Présentateur

C'était ça le terme complet ? Moi, je pensais que c'était rassemblement citoyen contre le racisme, point.

4:20
Bally Bagayoko

Le terme complet, c'était celui-ci. D'ailleurs, j'ai eu l'occasion de préciser les pensées chaleureuses du rabbin Belinov, qui m'a publiquement fait une vidéo pour lui témoigner. Le rabbin de Saint-Munis. Il ne pouvait pas être là, d'ailleurs, parce que c'était Shabbat à ce moment-là. Donc, il n'y a aucun sujet sur ce problème.

4:35
Présentateur

Alors, il y aura un sujet demain à l'Assemblée nationale, puisque les députés vont examiner une proposition de loi qui a fait beaucoup réagir. La proposition de loi déposée par la députée Caroline Yadant, on en parlait tout à l'heure dans le journal, pour lutter contre les nouvelles formes d'antisémitisme. Ça, c'est l'intitulé. Vous faites partie de ceux qui soutiennent cette proposition de loi ou de ceux qui ont signé la pétition contre ce texte ? Pétition, notons-le, qui a déjà recueilli plus de 700 000 signatures. Un million.

4:56
Bally Bagayoko

Non, 700 000. 702 000. Moi, j'ai un million, un million cent. On va vérifier tout de suite sur le site de l'Assemblée,

5:01
Présentateur

mais ce matin, c'était 702 000.

5:03
Bally Bagayoko

D'accord. En tout cas, ce que j'observe, c'est que... Vous l'avez signé, vous ? Je l'ai signé.

5:06
Présentateur

Pourquoi ?

5:06
Bally Bagayoko

Je l'ai signé parce que je considère que ce projet de loi est une atteinte, pas pour le coup, aux valeurs de la République en tant que telle. Et donc, c'est la raison pour laquelle nous appelons l'ensemble, d'ailleurs, des citoyens à se lever pour, justement, condamner ce type de projet de loi qui... Mais pourquoi ?

5:21
Présentateur

Les actes antisémites explosent dans le pays, c'est du racisme aussi. La lutte contre l'antisémitisme ne vaut pas un texte de loi ?

5:27
Bally Bagayoko

Non, non, c'est pas... Derrière ce texte-là, c'est pas ça dont il s'agit. Il s'agit précisément d'empêcher, en fin de compte, toutes celles et ceux qui auront un avis, un avis sur la manière dont, y compris, par exemple, le peuple palestinien est actuellement, je veux dire, tué chaque jour avec des milliers et des milliers de morts. Et donc, c'est ça dont il s'agit. Et c'est ça, en fait, précisément, cette condamnation qui vaudrait que l'on puisse être coupable, en fait, d'antisémitisme. C'est ça, le sujet derrière, principalement. Et c'est la raison pour laquelle, moi, je l'ai signé parce que c'est ce sentiment profond, en fait, qui transpire dans le sel. Voilà.

Donc, je trouve que le sujet est extrêmement sérieux pour pas rentrer dans quelque chose, en fait, qui viserait quasiment à englober, en fait, cette approche-là pour, justement, discréditer tous ceux qui auront un avis.

6:08
Présentateur

On vient de vérifier ces 703 000 signatures. Alors, on se parle à 7h48. De la même manière que vous êtes victime de racisme, de manière insupportable, elle est l'objet d'une vague de cyber-harcèlement et d'attaques antisémites. Est-ce que vous la soutenez, Caroline ? Je la soutiens, je condamne, bien sûr.

6:22
Bally Bagayoko

Et ça, ça n'a aucune difficulté pour le faire. Et donc, nous ne donnons pas d'indignation à gémotrie variable. Donc, c'est très clair. C'est-à-dire que celles et ceux qui sont nos frères et soeurs en humanité reçoivent la même sympathie et la même détermination pour nous pour agir sur ces questions-là. Mais ce qui n'enlève en rien, le projet de loi qu'elle porte.

6:40
Présentateur

On va revenir à la méthode Bagayoko qu'on est en train de découvrir, qui ne s'embarrasse pas de fioritures. Cite aux élus, vous aviez annoncé que vous désarmeriez la police municipale, que vous retireriez aux policiers leur LBD, lanceur de balles de défense. Est-ce que vous l'avez fait ?

6:53
Bally Bagayoko

Oui, c'est-à-dire que le LBD en tant que tel est l'arme, en fait, qui est très peu utilisée. Ce qui a été précisément indiqué à la police municipale de Saint-Denis. D'ailleurs, ils sont toujours là, pour beaucoup d'entre eux, notamment les fake news. Combien sont partis ? Non, non, non, oui, justement. Éric Ciutti indique qu'il en a reçu cinq. Bon, j'apprends un moment, ce n'est pas vérifiable. 90 qui avaient été annoncés, je ne sais plus par quel média, ce qui est faux, et 30 qui avaient été annoncés par je ne sais plus quel autre média. Donc, c'est faux. Aujourd'hui, nous avons objectivement deux personnes qui sont parties. Deux personnes qui sont parties ? 135.

7:23
Présentateur

Vous avez assez de policiers ou pas ?

7:25
Bally Bagayoko

Nous avons, nous, disons, pour la police municipale, nous avons vocation à maintenir les effectifs. En revanche, la police nationale, parce que c'est ça dont il s'agit, on parle beaucoup de la police municipale, mais il est intéressant de voir quelle est l'offre de la police nationale sur le territoire. Donc, c'est le sens, en fait, du courrier aussi qui a été remis au président de la République, où je souhaite qu'on puisse réinterroger à la fois la dotation en matière de moyens humains par la police nationale et les moyens consacrés à la prévention.

7:47
Présentateur

Donc, vous demandez au ministre de l'Intérieur d'envoyer davantage de policiers nationaux à ce lieu ?

7:50
Bally Bagayoko

Nationaux et une action résolue à nos côtés sur la question de la prévention.

7:54
Présentateur

Mais est-ce que c'est bien raisonnable de désarmer votre police municipale dans une ville où les vols avec armes ont augmenté de 9% l'an dernier, où il y a eu 829 cambriolages ? Est-ce que, finalement, c'est la bonne méthode ou est-ce que c'est du dogmatisme ?

8:05
Bally Bagayoko

C'est qu'en même temps que l'on dit ça, il faut aussi mettre le baromètre en fait sociale où la première demande, en fait, de nos territoires, c'est la question de la réponse en fait sociale. Donc, je ne vous pose pas les deux, mais je dis juste que nous considérons qu'il faut prêter l'ensemble des différentes problématiques et la première agence, chez nous, c'est la question sociale. Donc, la police municipale, elle est maintenue dans ses effectifs, elle est maintenue, y compris en termes de vidéoprotection, puisque c'est 834 caméras. Ça, vous ne les débranchez pas ? Nous, on ne les débranchez pas.

En revanche, nous faisons un audit d'efficacité d'un certain de ces caméras, sur la doctrine en fait, parce que c'est principalement ça dont il s'agit. Puisque le LBD, c'est une arme parmi tant d'autres. Ils ont le 9 mm, ils ont la gazeuse, ils ont y compris le pistolet à impulsion électrique. Donc, ne donnons pas le sentiment, en fin de compte, que la police municipale de Saint-Denis et Pierre-Philippe-sur-Seine, en fait, auraient pu juste des pistolets à haut.

8:47
Présentateur

Et le LBD, il est dans le placard ou il est dans la voiture ?

8:49
Bally Bagayoko

Il est dans la voiture. Il reste dans la voiture. Il reste dans la voiture. Et le nombre, en fin de compte, sera réduit. Et combien de policiers nationaux, demandez-vous ? Vous n'avez pas été précis là-dessus ? Nous, nous avons, parce que la jauge, elle est à peu près à 350 policiers. Ils ont voulu combien supplémentaires ? Pour l'instant, je considère que si jamais l'État était capable déjà de faire un effort d'augmentation de 20% de ses effectifs, ça permettrait déjà de pouvoir traiter une partie des problématiques. Donc, plus de 20%. 20%. Plus de 20%.

9:14
Présentateur

Bali Bagayoko, on parlait de votre arrêté anti-expulsion qui a donc été retoquée par le tribunal de Montreuil hier. Il y a vos déclarations sur le désarmement en partie, vous l'avez expliqué, de la police municipale. C'est ça la méthode Bagayoko ? On fait feu de tout bois ? On fait du buzz, même quand on sait que ça ne passera pas ?

9:30
Bally Bagayoko

Non, ce n'est pas ça. C'est que moi, je suis maire d'une ville où il y a des questions sociales qui sont posées, mais il y a des réalités concrètes. Et donc, je fais juste de la politique, en réalité. Parce que prendre un acte anti-expulsion, c'est de dire, en fin de compte, que notre République va mal. Puisque, au-delà du fait qu'on peut avoir un certain nombre de locataires indélicats qui rencontrent parfois, pour certaines, des situations sociales compliquées, que la question de les mettre à la rue n'est pas un problème. C'est un aboutissement ou c'est un tremplin pour vous ? Parce que certains disent déjà, il est en orbite, Balibagayoko. Oui, mais ça, c'est grand classique.

Vous savez, moi, j'ai beaucoup été dans des chemins solitaires. Voilà. Les projecteurs n'étaient pas sur moi. Donc, je sais faire de ces moments-là une forme de modestie. Non, non. Moi, je suis maire à plein d'exercices de Pierre Pite et de St-Denis.

10:11
Présentateur

Vous serez dans la campagne de 2027 avec Jean-Luc Mélenchon ?

10:13
Bally Bagayoko

Forcément, une ville importante comme Saint-Denis, nous aurons une responsabilité particulière à agir pour faire en sorte déjà de faire reculer l'extrême droite et voire même de battre l'extrême droite dans les urnes.

10:21
Présentateur

Merci beaucoup, Balibagayoko, d'être venu sur RTL ce matin. Dans un instant, c'est...