GAUCHE, DROITE : LA DESCENTE AUX ENFERS S'ACCÉLÈRE - UN BOURBON SINON RIEN #7
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« Qu’en est-il des peines planchers, protectrices de nos forces de l’ordre, que vous refusez ? »
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« Le texte adopté en première lecture par l’Assemblée multiplie les gestes en direction des policiers. »
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« La captation vidéo des audiences, censée réconcilier les citoyens avec la justice. »
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« Un procès, ce n’est pas un spectacle. »
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« Cette appréciation n’a rien de diffamatoire. »
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« La gauche ne représente plus qu’un quart de l’électorat. »
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Qu’en est-il des peines planchers, protectrices de nos forces de l’ordre, que vous refusez ? Moi je veux que les Français voient comment on juge, par exemple, oui, le meurtrier d’un policier. Un procès, ce n’est pas un spectacle.
Nous sommes des amoureux de la Cour d’assises, et, plus précisément, des jurés populaires. La gauche n’avait rien à faire là. Le problème de ce qu’on appelle “la gauche” au sens large, aujourd’hui, ce n’est pas sa division, c’est sa faiblesse.
La manifestation des policiers n’en finit pas de faire des vagues, à gauche comme à droite. On en parle tout de suite dans le numéro 7 d’un Bourbon Sinon Rien. C’était la semaine dernière.
Devant l’Assemblée nationale, le secrétaire général du syndicat Alliance Police Nationale accusait la justice. Le problème de la police, c’est la justice ! Par un étrange télescopage de calendrier, les députés lui ont répondu ce mardi.
Ils ont adopté le projet de loi pour la confiance dans l’institution judiciaire. Le texte a recueilli 342 voix, celles de la majorité présidentielle, LREM, MoDem et Agir. La droite s’est abstenue ou a voté contre.
Elle reproche au gouvernement de ne pas avoir pris en compte les revendications des syndicats policiers. Qu’en est-il des peines planchers, protectrices de nos forces de l’ordre, que vous refusez avec une obstination coupable ? Ce débat, vous n’en n’avez pas voulu, alors que devant l’Assemblée nationale, la colère légitime des policiers s’exprimait.
Si les peines planchers ont été écartées, le texte adopté en première lecture par l’Assemblée multiplie les gestes en direction des policiers. Ainsi sont prévues une peine de sûreté de 30 ans pour les condamnés à perpétuité pour un crime contre un policier ou un gendarme, la limitation des réductions de peine pour les agresseurs des forces de l’ordre, et la suppression des rappels à la loi jugés inefficaces. Ces trois dispositions ont été introduites après le meurtre d’un policier à Avignon, début mai.
Mais ces mesures n’ont pas été les plus discutées, sans doute parce qu’elles ne concernent que peu d’individus au final, rappels à la loi exceptés. En revanche, deux dispositions novatrices du projet de loi divisent les députés. D’abord, la captation vidéo des audiences, censée réconcilier les citoyens avec la justice.
Moi je veux que les Français voient comment on juge, par exemple, oui, le meurtrier d’un policier ou une autre affaire. Le divorce, ça intéresse nos compatriotes, les affaires civiles, les affaires commerciales. La seule façon de faire connaître la justice, c’est de la montrer à voir.
Elle ne doit avoir rien à craindre. Mais certains députés redoutent que la justice vire au spectacle. Un procès, ce n’est pas un spectacle.
Et forcément, quand on fait de la télévision, on a besoin de vendre à l’audience, et donc on va transformer un procès en spectacle, dans les coupes, dans les montages, etc. À ce moment-là, l’avocat, pour se faire de la publicité, le procureur pour avoir de la promotion, le prévenu, pour faire croire qu’il était innocent alors qu’il était peut-être coupable finalement, vont faire un spectacle au lieu d’avoir un vrai débat comme il y a normalement dans un procès judiciaire. Ça, c’est une dérive dangereuse.
Pour le député Philippe Gosselin, professeur de droit, le risque de sombrer dans la télé-réalité reste limité. C’est un peu un gadget. Il faut que l’ensemble des parties donne son accord pour être filmé, pour qu’il puisse y avoir diffusion.
Vous savez, quand les chaînes de télévision seront déplacées dix fois pour filmer et qu’il y aura eu un refus d’être filmé, je pense qu’on verra vite les limites de l’exercice. Autrement dit, la justice ne pénètrera que rarement dans le salon des Français. Ce qui est regrettable, car le divorce entre les citoyens et la justice pourrait bien s’aggraver à la faveur d’une autre disposition du projet de loi.
Le texte généralise l’instauration de Cours criminelles départementales qui jugeront les crimes punis de 15 ou 20 ans de prison. À la différence des Cours d’assises, qui font appel à un jury populaire, les Cours criminelles sont exclusivement composées de magistrats professionnels. Le peuple français, au nom duquel est rendue la justice, se retrouve ainsi dépossédé d’une partie de ses prérogatives.
Nous sommes des amoureux de la Cour d’assises, et plus précisément des jurés populaires. Car c’est là la quintessence de la justice, l’idéal de justice, avec ces citoyens qui participent directement à la prise de décision. Pour faire œuvre de pédagogie, comme c’était dit, mais surtout pour avoir une conscience collective de l’idée de justice, de l’impératif de justice, et de la manière dont on rend la justice.
Incontestablement, les syndicats policiers ont réussi à déstabiliser la classe politique au-delà de leurs espérances. Depuis la manifestation, les rebondissements se multiplient. Ainsi Gérald Darmanin, sifflé par les policiers au cours du rassemblement, a cru reprendre la main en annonçant qu’il allait poursuivre la socialiste Audrey Pulvar devant les tribunaux.
Le ministre de l’Intérieur reprochait à la candidate d’avoir déclaré sur France Info qu’elle trouvait “glaçante” l’image de la manifestation. Une manifestation à l’appel de policiers en colère, soutenue par l'extrême-droite, à laquelle participe un ministre de l’Intérieur, qui marche sur l’Assemblée nationale pour faire pression sur les députés, sur la représentation nationale en train d’examiner un texte de loi concernant la justice, c’est une image qui, pour moi, était assez glaçante. Le problème, c’est que cette appréciation n’a rien de diffamatoire.
Elle ne comporte aucune allégation ou imputation de faits portant atteinte à l'honneur ou à la considération de qui que ce soit. D’évidence, Gérald Darmanin courait le risque d’être débouté par la justice. Mardi, le ministre a donc enclenché la marche arrière.
Attitude prudente, car le ministre de l’Intérieur se serait également retrouvé en porte-à-faux au regard de ses attributions. Il lui revient, en effet, de garantir la sincérité des élections régionales, et donc, l’égalité des candidats. S’il poursuit en justice une candidate, il sort de son rôle.
Ça dit quand même quelque chose de la façon de gouverner du ministre de l’Intérieur, qui est chargé des élections, de l’organisation des élections, mais qui ne s’interdit pas d’intimider une candidate aux élections régionales. C’est un fait qui est un fait grave. Au final, Gérald Darmanin n’aura réussi qu’à relancer la campagne d’Audrey Pulvar en rassemblant derrière elle, dans un réflexe de solidarité, toutes les familles de la gauche.
Piteux bilan que voilà ! Mais à gauche aussi, la manif des policiers a provoqué de sérieux dégâts. Le premier secrétaire du PS, Olivier Faure, qui avait défendu un droit de regard des policiers sur les décisions de la Justice, a été contraint de revenir sur ses propos : C’est ensuite Julien Bayou, le patron d’Europe Écologie Les Verts, qui a donné de la voix en s’en prenant à Yannick Jadot.
C’est une erreur mais je comprends, je comprends que des personnes… Mais c’est une erreur pour vous ? Oui. Donc on en reste là ?
Et Benoît Hamon en a remis une louche sur toute la gauche. Ce que moi je constate, c’est que la gauche n’avait rien à faire là. Mais absolument rien à faire là.
Aucun des mots d’ordre qui sont là ne sont des mots d’ordre de gauche. Bien évidemment, la présence d’Olivier Faure, de Yannick Jadot, l’eurodéputé écologiste, de Fabien Roussel, le secrétaire national du Parti communiste ou d’Anne Hidalgo, la maire de Paris, à la manifestation des policiers a plombé la réunion des gauches, lundi. C’était la deuxième rencontre du genre.
Elle s’est déroulée par visioconférence, signe qu’aucun des participants ne tenait vraiment à s’afficher avec ses petits camarades. D’ailleurs Anne Hidalgo, Fabien Roussel et Éric Piolle, le maire de Grenoble, ont brillé par leur absence. Représentant de la France insoumise, Éric Coquerel ne cachait pas une certaine lassitude.
Je l’ai interrogé sur l’ambiance de la réunion. Convenue. On n’a pas eu les réponses qu’on attendait, qu’on avait posées dans un courrier sur la question de la présence d’une partie, justement, de la gauche à une manifestation qu’on estimait être sur les bases de l’extrême-droite, je pense aux organisations policières.
On n’a pas eu de réponse sur les mauvaises manières qui nous sont faites dans plusieurs régions, notamment PACA. On n’a pas eu de réponse… Voilà, on n’a pas eu de réponse, donc je crois que c’est un cadre qui n’est pas très utile. Une façon de dire que, pour les amis de Jean-Luc Mélenchon, les réunions unitaires, c’est terminé.
Histoire d’avoir un autre son de cloche, j’ai demandé au Premier secrétaire du PS, Olivier Faure, comment s’était déroulée la réunion. Très bien. Que voulez-vous que je vous dise ?
On a auditionné d’abord les plateformes citoyennes. Parce que la gauche, ça n’est pas exclusivement des partis politiques. C’est d’abord des gens très différents qui vivent dans le monde syndical, associatif, les ONG, les collectifs citoyens, et qui espèrent avoir une alternative.
Vous sentez cet enthousiasme dans la voix ? On est transporté. Arrêtons l’hypocrisie.
Je veux dire, le Parti Socialiste et Europe Ecologie les Verts cherchent à présenter une candidature commune, c’est du moins le projet de certains. C’était déjà le cas en 2017 avec le résultat que l’on sait. Et veulent en quelque sorte coincer la France insoumise pour dire, parce que sur le fond du programme ils ont du mal à nous critiquer, que nous serions ceux qui refuseraient l’unité.
Nous, on est pour rassembler. Mais pour rassembler, encore faut-il avoir une dynamique politique qui permet le rassemblement. Le problème de ce qu’on appelle “la gauche” au sens large, aujourd’hui, ce n’est pas sa division, c’est sa faiblesse historique, jamais vue.
Quand on additionne selon les études d’opinions, aujourd'hui, on est à 26 à 27% tous les candidats de gauche, alors qu’il y a quelques années, ils étaient à 10 points de plus, voire même 20 points de plus il y a quelques années. Donc la question à se poser, c’est pas comment on assemble des petits bouts, qui par ailleurs, quand ils se rassemblent, ne créent pas nécessairement une dynamique, mais comment on recrée un discours politique qui va recréer de la conscience de gauche, républicaine, écologique. Alexis Corbière fait référence à ce sondage de l’IFOP.
La gauche ne représente plus qu’un quart de l’électorat. Comment espérer l’emporter en 2022 dans ces conditions ? Seule consolation, l’opposition de droite ne se porte pas mieux.
Le même sondage nous apprend que Xavier Bertrand est le seul qui puisse distancer nettement Marine Le Pen au second tour. Mais il y a un léger obstacle à cette performance : au premier tour de la présidentielle, Bertrand n’arrive qu’en troisième place. Donc il ne pourra pas participer au second tour.
Voilà comment s’envolent les espoirs… Alors, bien sûr, un événement imprévisible peut se produire. Les vestes de Fillon, le Sofitel de Dominique Strauss-Khan ou les confidences imprudentes de François Hollande à des journalistes nous ont montré qu’en politique, la victoire n’est jamais acquise avant l’heure. Mais cette fois, il en faudra davantage pour que les cartes soient rebattues… Si vous avez aimé cette chronique, si vous voulez nous soutenir, n’hésitez pas à vous abonner à notre chaîne Youtube.
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À la semaine prochaine pour un Bourbon sinon rien !