Aller au contenu
Tous les transcripts
Discours / meetingSébastien Gobert· 29 mai 2026 38 minAutoproduitActualité / polémiqueNumériqueEurope & internationalInstitutions & électionsSécurité

Conférence: "la désinformation russe et les guerres du Kremlin"

Transcription youtube_captions. À recouper avec la source d'origine.

Analyse automatique

Générée par IA — peut contenir des erreurs. Méthodologie

Chapitres

Répartition du ton (temps de parole politique)

Propositif 30 %Attaque 50 %Défensif 20 %

Affirmations vérifiables (citations exactes)

  • 3:00Sébastien GobertFait
    « Je suis un journaliste français établi en Ukraine depuis 15 ans, à l'exception de 2 ans où j'ai habité à Bruxelles entre 2021 et 2023. »
  • 4:00Sébastien GobertFait
    « En Crimé, je me suis retrouvé confronté à une réalité parallèle, à une réalité alternative dans laquelle la réalité sur laquelle j'avais travaillé n'existait plus. »
  • 7:00Sébastien GobertFait
    « Il ne s'agissait plus de constater les faits et d'en interpréter sa vérité, de savoir s'il en était pour ou contre la révolution à Kief ou l'impérialisme russe. Il s'agissait plutôt de réécrire totalement les faits pour qu'il correspondent à une vérité préétablie. »
  • 9:00Sébastien GobertFait
    « Vladimir Poutine n'a reconnu le déploiement de ces troupes en Crimé qu'en novembre 2014. »
  • 10:00Sébastien GobertFait
    « On peut dire à Moscou qu'il y avait des radicaux et des néonazis sur Maidane. C'était vrai, mais ça ne fait pas de la révolution de la dignité un coup d'état fasciste. »
  • 12:00Sébastien GobertFait
    « La Russie a le temps, en tout cas, elle a la perception d'avoir le temps pour elle et donc elle travaille dans le temps long. »
  • 14:00Sébastien GobertChiffre
    « En 1991, la Communauté européenne concentrait 28 % de la richesse mondiale. Aujourd'hui, c'est 13 %. »

Modèle mistral-small-latest · prompt v1 · les citations sont vérifiées mot pour mot dans le transcript ; le taux de réponse directe est calculé à partir des verdicts question par question. Aucun label idéologique n'est produit.

Bonjour à tous. Le 23 mai, j'ai participé à une conférence à l'invitation de la maison de l'Europe de Nant et le thème c'était la désinformation russe. Alors, je voudrais maintenant vous livrer ma présentation que je réenregistre pour pouvoir la publier sur ma chaîne.

Avant de commencer, je veux juste citer un livre qui m'a beaucoup inspiré. C'est Propagande, l'arme de guerre de Vladimir Poutine. C'est signé Helena Volochine et publié aux éditions Autrement.

Et aussi avant de commencer, je tiens encore une fois à remercier les organisateurs de la conférence euh pour leur invitation, pour leur intérêt pour mon travail et pour leurs questions particulièrement intéressantes à la fin de mon intervention. Donc voilà, c'est parti. Là, c'est une présentation que je vous livre sans images.

Donc ça va être uniquement de l'audio. J'ai commencé ma conférence sur la désinformation en partant de mon expérience personnelle. Je suis un journaliste français établi en Ukraine depuis 15 ans, à l'exception de 2 ans où j'ai habité à Bruxelles entre 2021 et 2023.

Mais je suis avant tout un enfant des années 1990 puisque je suis né en 1985 et d'ici à ce que j'ai une certaine perception du monde et bien le mur de Berlin était tombé, la guerre froide était finie. On parlait de la fin de l'histoire, du triomphe de la liberté et de la démocratie à l'échelle de la planète. C'était aussi l'âge d'or de l'ONU.

Les États-Unis étaient auréolés de leur rôle victorieux dans la guerre froide et ils étaient globalement perçus comme une hyperpuissance bienveillante. On multipliait les traités de libre échange. Ici en Europe, on préparait l'euro, les élargissements successifs, l'approfondissement de l'intégration européenne.

On se posait même la question d'une adhésion de la Russie à la Communauté européenne et à l'OTAN, en tout cas d'un partenariat approfondi et les Russes étaient pour. Rien n'était parfait et je ne veux vraiment pas donner l'illusion d'une naïveté de jeunesse. La Yougoslavie nous avait déjà tous beaucoup marqué comme le Rwanda, comme la Somalie.

Chez nous, la désindustrialisation faisait des ravages. Les thématiques identitaires et sécuritaires étaient en train de monter. Le paysage politique commençait à se fragmenter et à rompre avec l'héritage de l'après-gerre mondiale.

Mais il y avait quand même un vent nouveau qui soufflait et collectivement, même au-delà de l'Europe et de l'Amérique du Nord, on y a vraiment cru donc non pas à une fin de l'histoire, titre de l'ouvrage de Francis Fukoyama qui a été galvodé mais bien à une espèce de rupture dans le cycle historique d'affrontement entre différentes puissances. Dans ce contexte-là et en particulier dans le contexte de l'arrivée d'Internet et de la téléphonie mobile, la communication était censée s'intensifier, la compréhension entre les peuples aussi et le journalisme d'information avait un rôle crucial à jouer pour accompagner cette mondialisation des échanges et cette démocratisation des rapports intérêtatiques. Comme on le sait aujourd'hui, ça n'a pas duré.

En 2001, c'était le 11 septembre. En 2002, l'arrivée de Jean-Marie Le Pen au second tour, en 2003, l'invasion de l'Irak, entre autres événements. Ça a vraiment douché l'optimisme ambiant, ça a fait réapparaître des malaises et des conflictualités.

Alors, évidemment, il s'agit d'événements qui n'étaient pas forcément connectés entre eux, mais qui rétrospectivement participaient à un glissement dont on subit encore les conséquences aujourd'hui. Et ça c'était à mon échelle de jeunes français, de jeunes européens. Bien sûr, on pourrait rajouter d'autres éléments tels que les guerres de Tcheni.

Ça a été suivi ensuite en 2008 avec la guerre contre la Geéorgie, ensuite à partir de 2011 la Syrie et évidemment en 2014 en Crimée. Moi, j'étais en Ukraine depuis déjà 3 ans. Je venais tout juste de couvrir la révolution de la dignité, donc le Maidan de novembre 2013 à février 2014.

Dans un climat très tendu avec de gros enjeux politiques et sécuritaires par moment, mon travail de journaliste consistait à rapporter les fait, à analyser les déclarations politiques, à identifier les mensonges des uns et des autres en les confrontant à la réalité, à démêler les rumeurs et les ondi. Mais 5 jours après la fuite et la destitution de Victor Yanukovic en Ukraine, j'ai pris un avion pour Simferopol et là, je me suis retrouvé dans un univers radicalement différent puisque en Crimé, je me suis retrouvé confronté à une réalité parallèle, à une réalité alternative dans laquelle la réalité sur laquelle j'avais travaillé n'existait plus puisque une grande partie de la population était persuadé que des fascistes étaient arrivés au pouvoir à Kief, étaient persuadés que l'armée russe n'était pas en train d'envahir leur péninsule, même si elle était clairement en train d'envahir leur péninsule. Ils étaient aussi persuadés que le référendum qui avait été monté en l'espace de 2 semaines et demi pour justifier une annexion illégale de leur crimé était tout à fait légal et même tout à fait légitime.

Et c'est vraiment à partir de ce moment-là que je me suis confronté à l'impact d'une désinformation généralisée et instrumentalisée, en l'occurrence par la Russie avec des méthodes auxquelles mon éducation d'Européens cartésien ne m'avait pas préparé. parce que les fakes, les fausses nouvelles sont identifiables, même si à partir des années 2010, cette tâche a été compliquée par euh les dérives d'Internet, les Fermatroll, les bottes, les sites clonés, mais on a appris progressivement quand même à y parer avec du fact checking, des protections en ligne, des réponses institutionnelles. Mais le basculement que j'ai vécu en Crimé, c'était une déconnexion des faits, une déconnexion de la réalité.

Nous sommes tous d'accord pour dire qu'une même réalité peut produire plusieurs vérités. C'est le propre de la nature humaine et de nos différences de perception. Je vous parle aujourd'hui par écran et par micro interposé.

Et à partir de cette réalité sur laquelle j'espère nous sommes tous d'accord, et bien il est évident que les perceptions de cet événement seront différents entre ce que moi je ressens et ce que vous allez ressentir à l'écoute. Mais au moins, nous serons unis, en tout cas je l'espère, par une même réalité. Et à partir de là, nous pourrons discuter pour savoir si cette réalité était intéressante, audible, divertissante, barbante ou encore un autre qualitatif.

En Crimé par contre en 2014, il ne s'agissait plus de constater les faits et d'en interpréter sa vérité, de savoir s'il en était pour ou contre la révolution à Kief ou l'impérialisme russe. Il s'agissait plutôt de réécrire totalement les faits pour qu'il correspondent à une vérité préétablie, à une opinion, en l'occurrence à une opinion concoctée au préalable par le créelin. Et donc pour employer une métaphore de la vie courante, il ne s'agissait plus de savoir si on aimait ou non la glace au chocolat, mais plutôt de prétendre que cette glace était en fait à la vanille, de ne plus partir du fait que 2 + 2 font 4, mais de convaincre son public que le résultat qu'on a décrité est le seuil qui vaille, qu'il s'agisse de 4 mais tout aussi bien de 3 ou de 5.

Cette manipulation de l'information, elle s'est opérée à travers une inversion du langage pour transformer les agresseurs en protecteur, les envahisseurs en libérateurs, les victimes en torsionnaires, les révolutionnaires qui avaient rétabli un régime démocratique à Kief en fasciste tyrannique. On insistait sur les biscuits distribués par Victoria Holland, la sous-se d'État américaine, pour en faire l'arme d'une ingérence extérieur, mais tout en niant l'identité des petits hommes verts qui avaient pris le contrôle de la Crimée, ce qui était là pour le coup une ingérence bien plus dramatique. Et je rappelle que Vladimir Poutine n'a reconnu le déploiement de ces troupes en Crimé qu'en novembre 2014.

Je rappelle juste queil l'avait nié fermement pendant des mois avant d'affirmer que oui, évidemment, bien sûr, il avait lui-même envoyé ses troupes, que ça n'était pas un secret et que il en était fier. Mais pendant toute la durée de l'opération d'annexion et pendant les 6 mois qui ont suivi, cette inversion du langage et ce brouillage des lignes lui a permis d'arriver à ses fins, d'entretenir le doute et de limiter la réaction occidentale à un minimum. J'ai assisté à ma petite échelle à cette inversion du langage, cette inversion des normes qui s'est aussi accompagné d'arguments paralogiques qui ont visé et qui vise toujours à perturber le débat, à susciter le doute, à brouiller les lignes entre la réalité et la vérité.

Par exemple, on peut dire à Moscou qu'il y avait des radicaux et des néonazis sur Maidane. C'était vrai, mais ça ne fait pas de la révolution de la dignité un coup d'état fasciste. On peut dire que ceux qui avaient pris le pouvoir en 2014 avaient leur propre problème de corruption.

C'était vrai, mais cela ne voulait absolument pas dire que leur corruption était à l'échelle de la kleptomanie de Victor Yanovic, ni que les réformes qui ont suivi et qu'ils ont eux-mêmes mis en place n'ont pas permis de réduction de cette corruption. On peut dire que des lois d'ukrainisation ont augmenté la place de la langue ukrainienne dans l'espace public et réduit celle du Russe. C'est vrai, mais ça ne veut pas du tout dire qu'on a interdit la pratique du russe ou la culture russe en Ukraine.

Ces arguments paralogiques, ils ont aussi été utilisés et ils le sont toujours comme autant de relativisation d'une situation qui ouvrait la voie au wataboutisme et à un changement de sujet et que tout de suite l'interlocuteur tente d'en changer. Par exemple, on dénonce l'annexion de la Crimée, Quid du Kosovo. On remet en cause la révolution à Kief.

Quid du coût d'état faé par la CIA contre Aliend au Chili. On condamne les crimes de guerre en Crimé ou dans le Donbas. Regardez ce qu'a fait l'armée américaine en Irak, notamment ce scandale de la prison d'Abou Ghaïb ou encore ce que l'armée française a fait pendant la guerre d'Algérie.

Ce tourbillon dans le traitement de l'information et dans la transmission de faits a mis à rue d'épreuve les règles sur lesquelles le journalisme moderne semblait solidement édifié. En tout cas, moi quand j'ai commencé ma carrière. Une image très parlante qu'on emploie pour définir le journalisme, c'est une situation où une personne dit qu'il pleut dehors alors qu'une autre assure qu'il fait beau.

Et là, le travail du journaliste ne consiste pas à décider qui a raison ou tort, ni même à se contenter de rapporter la conversation d'un point de vue neutre en exposant les deux points de vue. Le travail du journaliste consiste à aller lui-même à la fenêtre pour constater l'état de la météo, c'est-à-dire s'encrer dans la réalité beaucoup plus que dans les opinions des uns et des autres. Et ça, cet ancrage dans les faits et cette ambition de contribuer à un débat citoyen apaisé, et bien vous vous imaginez à quel point elle s'est compliqué dans un contexte d'inversion du langage, d'arguments paralogiques, de boîte à boutisme, de relativisation et de manipulation à grande échelle.

En plus de ça, amplifié par des fermes de troll et des armées de bottes. Ce que j'ai découvert en Crimé s'est amplifié dans le Donbasse et a débouché sur un conflit armé meurtrier. Les manipulations se sont multipliées concernant les bataillons de néonazie, les bombardements qui ne venaient que de l'armée ukrainienne, le petit enfant russophone crucifié par des volontaires ukrainiens à Slaviansk, le MH17 abattu par un missile, un avion ou peut-être même deux missiles ukrainiens et cetera et cetera, et cetera.

J'ai tout entendu, j'ai tout lu. Moi et mes collègues nous sommes efforcés de rétablir les faits dans la mesure de nos moyens et avec toujours malheureusement un train de retard. et peu de résultats. [grognement] Et c'est là que j'ai compris à quel point cette guerre de désinformation, cette guerre contre l'information, cette guerre contre la réalité pouvait non seulement déstabiliser un état, une société, mais pouvait aussi déboucher sur un cycle de destruction et de mort.

Alors, en disant cela, je ne veux absolument pas prétendre que ces phénomènes étaient entièrement nouveaux en 2014 ou que la Russie est l'unique source de tous les mots de la planète. Là-dessus, je veux dire trois choses. Premièrement, ces pratiques ne sont pas l'apanage de la seule Russie et elles ne sont pas nées en 2014.

L'Allemagne nazie, on le rappelle, ne voulait que la paix jusqu'à septembre 1939. La Chine communiste a elle brillamment réussi sa révolution culturelle. Elle n'a fait fondamentalement que passer le balai pour dépoussiérer la plastienne anmaine au printemps 1989. circulit, il y avait rien à voir et elle a aussi très bien géré la pandémie de Covid-19 qui était née sur son territoire.

Ce brouillage des lignes existe depuis longtemps, depuis très longtemps et pour ne pas le citer, un certain George Orwell en a publié quelques bestscellaires en son temps. J'ai aussi retrouvé un enregistrement du dîner des correspondants à la Maison Blanche en 2006 où l'humoriste Steven Colbert accusait justement George de Bibush de nier les faits et de prendre des libertés avec la science. Et ça c'était en 2006.

Cela étant dit, et c'est mon second point, la Russie occupe une place de choix dans cette lutte contre la réalité dans la mesure où elle a été un faire de lance du développement des techniques que j'ai énoncé tout au long du 20e siècle. Ce que l'on voit aujourd'hui sous le règne de Vladimir Poutine et de ses silovikis, donc de ses représentants des organes de sécurité, ce n'est que le renouveau de l'héritage du KGB qui lui-même faisait suite aux pratiques du NKVD, qui lui-même faisait suite aux pratiques de la TEKA qui s'était en partie basée sur leur handcatariste. Il y a une continuité dans cette tradition qui est tout à fait russe.

Il est aussi intéressant de remarquer que les Ukrainiens ont beau être des postes-sovviétiques qui ont été intimement liés à l'héritage tsariste russe pendant des centaines d'années, ils n'ont pas en tant qu'état indépendant repris à leur compte ces pratiques de désinformation et de négation de la réalité alors que les Russes eux ils sont pas sés maîtrrainiens ont leurs propres défauts et leur tort. Ils ont leurs propres biais et leur propre travers de communication, mais ils restent ancrés dans le réel. Au contraire du crémelin qui s'est bâtis sa propre réalité alternative.

On n'attaque pas, on se défend. On n'envahit pas, on libère. On ne tue pas, on fait des frappes chirurgicales.

On ne s'ingère jamais dans les affaires intérieures d'un pays, mais on dénonce les interventions systématiques des autres puissances. Troisièmement, ce qu'il s'est passé en 2014 a marqué beaucoup plus que d'autres événements, d'autres guerres, le retour d'une conflictualité euh qui avait un potentiel de destruction systémique. Le Rwanda, lagoslavie, la Somalie, la Syrie, c'était des conflits tout à fait tragiques mais qui n'avaient pas le potentiel de remettre en cause la marge du monde.

L'Irak, c'était une aventure états-unienne qui n'avait pas pour vocation de briser l'ordre international établi ou de faire imploser l'alliance atlantique. Les mensonges de l'administration Bush étaient évidemment une insulte au bon sens qui ont provoqué des catastrophes en série au Moyen-Orient dont on paye aujourd'hui encore les cassés. Mais il n'était pas directement dirigé contre l'équilibre des puissances de l'époque.

Et d'ailleurs, c'est auprès de l'ONU que l'administration Bush avait désespérément tenté de nous faire avaler ses bobars. Preuve qu'elle respectait encore suffisamment l'institution pour se plier à ces exercices humiliants. 14.

L'annexion de la Crimée, le début de la guerre dans le Donbas, ça a marqué la mise en place d'un projet de déstabilisation de l'ordre international établi pour mener au final à sa remise en cause et à sa destruction. Là, il ne s'agissait pas seulement de mener une guerre, de conquérir des territoires, de massacrer une population ennemie, d'accroître son influence, il s'agissait de renverser la table. Et ça en dehors des attentats du djihad international, aucun acteur sur terre n'avait tenté de telles remise en cause globale depuis 1991.

Mais en 2014, ça y est, on y était revenu. Et non seulement la Russie était à l'initiative de cette grande offensive civilisationnel, mais elle sait peu à peu attirer le soutien d'autres acteurs, l'Iran, la Corée du Nord, le Venezuela, Cuba et bien évidemment la Chine. Ce qui a encore plus renforcé ces dernières années l'amplitude de destruction systémique de cette politique menée par ses États.

Les années 1990 dans lesquelles j'avais grandi n'étaient certainement pas la fin de l'histoire, pas plus qu'une rupture avec un cycle historique d'affrontement entre puissances. Ce n'était qu'une parenthèse. Et à cause de cette parenthèse, entre autres facteurs, nous n'étions collectivement plus préparés au retour d'une telle conflictualité.

Nous étions désarmés face à cette inversion du langage, ce paralogisme, cette relativisation, ce wataboutisme qui n'était pas utilisé simplement comme des formules dialectiques, mais pour mener des guerres, pour détruire l'ordre international établi, pour exploiter nos tensions internes et nos fractures et pour déstabiliser nos systèmes politiques et sociaux. Aussi, je ne vous cache pas mon effroi quand dès 2014-215 lors de voyage en France, je me suis rendu compte que malgré mon travail, malgré celui de mes collègues, ce brouillard informationnel avait déjà pénétré nos sociétés et que cette guerre de désinformation avait pris pied parmi les Européens concernant l'agression de l'Ukraine évidemment, mais plus généralement concernant l'agression qui nous visait de plus en plus directement. Dès 2015, la campagne du Brexit nous frappait par ses mensonges, ses manipulations et la déconnexion des réalités de la Grande-Bretagne.

En 2016, sur cette base, le dictionnaire d'Oxford de consacrer le mot post tru donc post vérité, comme le mot de l'année 2016. et 2016 comme vous le savez ça n'était que le début du trumpisme avec lequel nous vivons encore aujourd'hui. 10 ans plus tard, le travail de SAP de cette entreprise de désinformation qui encore une fois n'est pas exclusive à la Russie mais qui s'en inspire grandement.

Et bien 10 ans plus tard, le président de la première puissance mondiale a sur cligner de l'œil qu'il a mis fin à des guerres qui n'en étaient pas réellement ou qui ne sont pas réellement terminées. Qu'il a lui-même gagné une guerre contre l'Iran que la plupart des observateurs estiment plutôt être un revers, qu'il a gagné l'élection présidentielle de 2020 alors qu'il l'a perdu, qu'il y avait plus de monde à son investiture en 2017 qu'à celle de Barack Obama en 2009 malgré l'épreuve en image. ou encore qu'une hausse des prix de 600 % des médicaments et bien serait exactement la même chose qu'une baisse des prix de 600 %. 1 + 1 = 3, 4 ou 5 et finalement pourquoi pas.

Le problème principal ici, ce n'est pas que cet homme débite ses énormités. Il y a eu d'autres personnes comme lui avant, il y en aura d'autres après, mais que grâce à ces énormités, il soit devenu le chef de la première puissance mondiale et que une partie importante de l'opinion est prête à le croire sur parole ou en tout cas se trouve totalement inhibé par cette avalanche d'absurdité qui ne font absolument aucun sens. Ce brouillard et cette avalanche d'absurdité a été théorisé.

On se rappelle de la formule de Steve Bannon, un des rares idéologues autour de Donald Trump affilié aux mouvances d'extrême droite. Lui, il avait employé cette expression : "Il faut inonder la zone to flotte zone." Et lui avait rajouté avec des excréments pour rester poli afin de faire perdre au public le sens du réel et de le décourager peu à peu de s'intéresser à la chose publique et de s'intéresser de manière générale à des choses sérieuses.

Encore une fois, c'est une recette ancienne et ça fait partie justement de cette stratégie du brouillage des lignes. Le journal officiel du Parti communiste soviétique, c'était la PAVDA, la vérité. Le réseau social de Donald Trump s'appelle Trucial, c'est-à-dire le réseau de la vérité.

Et un des slogans de l'opération militaire spéciale que Vladimir Poutine a lancé le 24 février 2022, c'est notre force. C'est la vérité. Cette opération militaire spéciale, donc je reviens à ma région, cette invasion nous a rendu un grand service.

Ce que je veux dire par là. non obstant les souffrances des victimes, c'est que en tant que journaliste, en tant qu'observateur et justement en tant que personne qui s'inquiète énormément du brouillage des lignes entre réalité et vérité, entre fait et opinion, et bien pour quelqu'un comme moi, cette invasion a marqué un moment unique du déchirement de ce rideau, de ce brouillard informationnel. L'invasion nous a offert un moment de manikéisme rare dans lequel l'agresseur était bel et bien identifié la Russie et la victime était bel et bien identifiée l'Ukraine.

Et par extension en 2022, il était clair que c'était toute l'Europe qui était visée. Pendant de très nombreux mois, les opinions publiques de par le monde et en Europe ont relevé leur garde, ont réparé leur dig et les contreisours russes n'étaient plus acceptés car plus acceptables. Et dans le cas de l'invasion de l'Ukraine, ça n'a pas non plus duré éternellement.

Et si la Russie n'avait certainement pas capitalisé sur un conflit d' aussi longue durée, et bien elle s'est quand même adaptée en continuant son œuvre de brouillage, son entreprise de désinformation et son travail de SAP. La Russie a le temps, en tout cas, elle a la perception d'avoir le temps pour elle et donc elle travaille dans le temps long. Et ça marche puisque on voit qu'avec les années qui passent et aussi avec le reste du monde qui continue à tourner avec évidemment Gaza, Israël mais aussi le Venézuela, l'Iran, la Chine, Taiwan, Cuba avec la salle de balle de Trump ou encore tout simplement avec notre propre élection présidentielle française qui s'annonce.

Notre attention se détourne, notre garde s'abaisse, nos gardes fous nous semblent moins pertinents, tout semble moins vif, moins dangereux. Alors que ce qui était vrai en 2022 reste tout à fait vrai. Aujourd'hui, la situation n'a pas changé.

C'est notre perception qui a changé. Et la Russie commence d'ors et déjà à en retirer les fruits puisque comme on l'a vu très récemment, elle a été réintégrée aux Jeux Paralympiques. Elle a été réintégrée à la Fédération des échecs internationales.

Elle a été réintégrée à la bienénale de Venise qui vient tout juste de se terminer. Et dernièrement, c'est le BRUS que le comité olympique veut réintégrer dans les prochains Jeux Olympiques parce que selon ce CO, il n'y a plus de raison pour disqualifier les athlètes belarusses ou en tout cas pour exiger d'eux qu'il concourent sous une bannière neutre. Comme si Alexander Lukachenko, le dictateur de Minsk, n'était plus le complice de Vladimir Poutine qui l'a été depuis 2022, voire même avant ça.

Encore une fois, la situation n'a pas changé. C'est notre perception de cette situation et notre attitude, nos réactions qui ont changé. Et on voit aussi que ces changements mènent aussi à des remise en cause progressive de l'aide à l'Ukraine, notamment le soutien militaire financier mais aussi politique.

Et on voit que sur des questions évidemment de soutien financier ou encore d'intégration de l'Ukraine à l'Union européenne, le front uni américains de leur côté de l'Atlantique et bien il est beaucoup moins résistant et beaucoup moins cohérent qu'auparavant. C'est aussi intéressant d'ailleurs de noter que cet affaiblissement de la cohérence de la position européenne intervient à un moment où au contraire la position militaire de l'Ukraine se renforce et donc il y a là vraiment une contradiction en soi. J'insiste vraiment sur cet affaiblissement de la cohérence de nos positions dans le temps.

Nous avons été collectivement très vigilants sur des opérations de déstabilisation informationnelle les plus évidentes. les mains rouges, les étoiles de David, les cercueils sous la torfel, les têtes de port devant des mosquées. Mais le sommes-nous tout autant, quelques années après le début de cette invasion, quand il est plus difficile de relier les différents facteurs à cette agression généralisée perpétrée par la Russie, évidemment à l'encontre de l'Ukraine mais à l'encontre de l'Europe en règle générale ou quand ces opérations jouent sur nos fantasmes, nos frustrations, nos divisions internes.

A-ton condamné de manière aussi ferme que ces opérations que j'ai mentionné la campagne de diffamation à l'encontre de Brigitte Macron étant donné que la première dame est majoritairement impopulaire dans l'opinion. Il en va de même pour notre résistance face au discours alternatifs qui touchent à des questions liées à l'immigration, à la sécurité, à l'inflation ou encore évidemment à la question des vaccins. Encore un autre exemple.

Pourquoi est-ce que Serge Lavrov est apparu sur France 2 en mars 2026 ? Pourquoi est-ce qu'il n'a pas été invité auparavant ? Parce que collectivement, nous avions conscience que ce n'était pas acceptable dans la mesure où il est ministre des affaires étrangères d'un état agresseur, que son discours ne pouvait être audible dans le cadre de la guerre, que l'invité ne ferait que de lui offrir un boulevard pour dérouler ses arguments falaux et justifier l'injustifiable.

Là, je parle au passé, mais est-ce que les fondamentaux de cette posture russe ont changé par rapport à 2022 ? Bien sûr que non. C'est notre attitude qui a changé.

Ce sont nos gardes fous qui se sont abaissés par rapport à 2022. Je fais encore une apartée ici. Il est très important de comprendre cette stratégie de communication du Kremelin puisque avoir une plateforme de communication est une fin en soi.

À partir du moment où on a ce canal, on peut diffuser ses messages et ses idées. Que ça se fasse dans un contexte de discussion contradictoire, que ça se fasse avec des critiques ou des insultes, cela n'est vraiment pas important. L'essentiel, c'est d'avoir le micro et donc l'essentiel, c'est de pouvoir diffuser sa désinformation et véhiculer ses messages.

En plus de cela, si ça se fait sur une des principales chaînes de télévision françaises à une heure de grande écoute, ce qui donne de la légitimité au discours de Serge Lavrov. Et si 100 personnes écoutent mais une seule personne ressort convaincu par le discours de Serge Lavrov, et bien c'est déjà une victoire pour la Russie. Encore un autre exemple.

On a été euh très soulagé quand le porte-parole officiel de l'ambassade de Russie en France, Alexander Mogonov, a été renvoyé à Moscou en septembre 2024. Il avait bien fait depuis 2022 le tour des plateaux de télé pour marteler les messages de ses patrons, pour nier les crimes de guerre de son armée. Mais par contre, on voit beaucoup moins de réactions officielles et institutionnelles face à la montée en puissance de Xenia Fedova au sein de l'empire médiatique de Boloré.

Alors que c'est aussi une agente d'influence qui véhicule des messages visant à miner, visant à saper l'intégrité de nos systèmes politiques et sociaux. En plus de cela, Xen Federova manie le paralogisme avec Brio. Elle qui se plaint de censure ne l'est en faite pas du tout.

Elle a vraiment pignon sur eux. Elle dénonce des pressions quand on s'écarterait d'un discours dominant et officiel, mais par contre, elle ne s'écarte jamais du discours officiel du Kremelin. Elle se présente comme journaliste, mais c'est l'ancienne patronne de Russia Today en France qui a été reconnue comme un organe de propagande du Krémelin par des décisions de justice qui ont mené à son interdiction.

Elle défend ouvertement les intérêts d'une puissance étrangère agresseur, pas seulement de l'Ukraine, mais aussi de notre Europe. Et elle monte en puissance au sein d'un empire médiatique qui se prétend souverainiste. Dans tous ces exemples, les lignes sont brouillées, le langage est inversé, les normes et les valeurs sont instrumentalisées pour servir un discours alternatif pour réécrire les faits afin d'édifier une nouvelle réalité pour rompre le consensus social autour des faits et d'exacerber des tensions parfois préexistantes.

Ces exemples ont trait à la Russie que je traite tout particulièrement, mais ils s'inscrivent clairement dans une déconstruction généralisée du réel qui est portée par plusieurs acteurs. le mouvement des antivax ou encore le mouvement des personnes qui croient que la Terre est plate et non pas ronde participe évidemment à cette déconstruction du réel. Mais dans ce mouvement-là, la Russie est un acteur clé et elle est un acteur clé pour des raisons historiques que j'ai évoqué, pour des raisons idéologique que j'ai aussi évoqué pour des raisons économiques et énergétiques d'une certaine manière, mais aussi par ce jeu d'alliance qui l'unit à des acteurs comme la Corée du Nord, l'Iran, le BRus et bien sûr la Chine qui ont clairement juré notre perte en tant que Occident, libéral, cohérent et intégré.

Dans cette perspective, pour terminer, je vais me permettre de vous proposer quelques éléments de réflexion sur des solutions concrètes ou en tout cas sur des mécanismes de défense et de lutte contre cette guerre de désinformation. Alors, d'abord évidemment tout commence avec l'éducation. Les initiatives de socialisation aux nouvelles technologies de l'information et aux réseaux sociaux fleurissent ici et là.

Les programmes d'éducation aussi. Donc, il y a une réponse institutionnelle là-dessus. La Finlande est un exemple très envieux en ce moment en généralisant son éducation aux médias, à l'intelligence artificielle, aux réseaux sociaux auprès des plus jeunes générations.

Helsinki il lou des moyens forme ses enseignants, met à jour ses programmes en fonction des innovations technologiques et articule aussi ses programmes dans la cohérence de l'éducation civile de ses citoyens et de sa politique publique vis-à-vis de la Russie voisine et d'autres menaces. C'est-à-dire que cette socialisation aux nouveaux moyens de communication et de transmission de l'information s'inscrit dans un tour. En France, les initiatives institutionnelles se sont aussi multipliées.

Viginum est une agence qui identifie, analyse, cherche à contrer les ingérences étrangères et la désinformation. On peut aussi citer le ministère des affaires étrangères qui a lancé un compte sur Twitter, donc sur X, French Response, qui reprend les codes de cette désinformation pour mieux lutter contre ces acteurs qui nous volent du mal. Un autre exemple particulièrement intéressant, c'est celui de la Moldavie.

Donc là, pour le coup, dans ma région de prédilection, comme on le sait, le pays a dû faire face à un cycle électoral particulièrement tendu ces deux dernières années. D'abord un référendum, ensuite une élection présidentielle, ensuite des législatives et le niveau d'engagement de la Russie pour tenter de faire pencher la balance de ces élections en sa faveur a été sans précédent a été sans précédent à l'échelle de ce petit pays d'environ 2 millions d'habitants. Mais la Moldavie envers et contre tout a réussi à résister à cette avalanche de désinformation et de manipulation à travers entre autres des mesures strictes qui ont d'une certaine manière tordu le coût aux règles de droit d'un état démocratique afin de mieux préserver la démocratie.

Maya Sandou, la présidente et son gouvernement se sont là retrouvés dans une zone grise qui est critiquable sur le principe et qui a été très critiqué mais qui a permis de résister aux ingérences russes orchestrées notamment par l'oligarque Ilanchor. Les scrutins se sont déroulés dans le calme sans des manipulations qui auraient pu en remettre en cause leur légitimité. Les résultats n'ont pas été contestés.

Ces mesures strictes, c'est notamment des restrictions imposées aux activités de certains médias en fonction du discours mettant en danger l'intégrité de l'État. On peut aussi citer une surveillance accrue des réseaux financiers en amont de l'élection ou encore à l'interdiction d'entrer sur le territoire d'une série de personnes notamment des propagandistes russes. Xenia Federova ne serait pas accepté en Moldavie, ce qui sur le papier serait une entrave à la liberté d'expression.

Mais pourtant, la Moldavie resterait un pays qui garantirait la liberté d'expression et la pluralité médiatique. C'est juste qu'elle a choisi de l'encadrer par une série de mesures qui empêchent les agents d'influence de pays hostiles d'être prééminents dans le paysage médiatique national. Là-dessus, je n'ai pas envie d'être accusé de deux poids de mesure puisque un pays comme la Russie, on peut considérer qu'il fait de même en établissant des catégories, des organisation et des médias comme agent de l'étranger et en interdisant certains.

Mais la différence, c'est que la Russie agit ainsi vis-à-vis de représentants d'État qui ne lui ont pas déclaré la guerre, qui n'ont aucune intention de la faire imploser de l'extérieur ou de réduire la Russie à une position marginale qui faciliterait sa prise de contrôle. Ça c'est la politique de la Russie vis-à-vis de la Moldavie, de l'Ukraine et de l'Union européenne entre autres. Mais depuis 1991, ça n'a pas été la politique ni des Européens ni des États-Unis.

Il y a ici une différence nette dans la justification de ces mesures qui tordent le coût aux règles de fonctionnement d'un état démocratique et l'agresseur est bel et bien identifié. Ce texte de réflexion, c'est évidemment au niveau personnel, il y a beaucoup de réflexes importants pour lutter contre la désinformation. se renseigner, diversifier ses sources, faire son propre facting, redoubler de vigilance par rapport à des sites clones et ainsi de suite.

Mais je vais terminer en essayant de prendre un peu de hauteur en inscrivant euh ses réponses institutionnelles et ses réflexes individuels dans un discours un peu plus global, ce qu'on peut appeler un discours méta puisque il est important de définir son cadre de pensée. La guerre contre la réalité menée par un certain nombre d'acteurs dont la Russie est grandement facilité par ce cadre de pensée ouest- européen des années 1990. Celui d'un monde ouvert, d'un ordre international multilatéral, d'un monde où les conflits peuvent se régler par la négociation et les échanges.

Il me semble que beaucoup d'Européens évoluent encore dans ce cadre de pensée alors que nous n'y sommes plus du tout. Nous sommes non seulement de retour dans un monde de conflictualité et de rapports de force brutaux, mais en plus nous sommes moins préparés et moins fort pour y faire face puisque la position relative des Européens est moindre qu'auparavant. Pour ne citer qu'un seul chiffre, en 1991, la Communauté européenne concentrait 28 % de la richesse mondiale.

Aujourd'hui, c'est 13 %. Et cela, ça n'est pas parce que l'Europe s'est appauvri, c'est parce que le reste du monde a prospéré. Mais cela réduit de facto l'influence et les marges de manœuvre des Européens sur la marche du monde.

Et évidemment, cet indicateur économique peut-être décliné sur d'autres secteurs financiers, sociaux ou encore militaires. Dans ce contexte où nous sommes moins forts et moins préparés pour faire face à des adversaires systémiques qui nous veulent du mal, il faut se poser la question du modèle politique et social que l'on souhaite défendre et à partir de là en tirer les conséquences. Un des principaux enseignements de mes années en Ukraine, c'est que ce qui nous est cher doit être défendu.

Il n'y a vraiment rien d'acquis. Et considérer que quelque chose nous est acquis comme par exemple nos systèmes politiques et sociaux, nos libertés individuelles ou encore la pluralité de notre paysage médiatique, et bien c'est s'exposer au risque de tout perdre. pour accentuer sur l'information et sur le paysage médiatique si l'on considère cette pluralité et si l'on considère cette liberté d'expression comme acquis, et bien c'est courir le risque de ne pas remettre en question des discours de désinformation, de tout prendre pour argent comptant, de considérer que toutes les voies se valent et cela ne peut plus être le cas dans un contexte de conflictualité.

Il faut exercer une prudence accrue face à des acteurs qui cherchent ouvertement à nous nuire. collectivement. Le dernier élément et j'en terminerai par là, c'est de replacer cette lutte dans un discours positif, dans une démarche qui n'est pas uniquement de défense ou de protection, mais aussi de construction et de projection sur l'avenir.

Ça aussi, c'est une autre leçon que j'ai tiré de l'Ukraine, c'est que les Ukrainiens ici se battent pour leur avenir, pas pour leur passé. Ils luttent pour le futur de leur pays, pour le futur de leurs enfants, pour leur développement, pour leur modernisation, pour leur prospérité et aussi pour mettre un terme à l'affrontement séculaire qui les oppose à la Russie. Les Ukrainiens peuvent avoir peur l'heure de bombardement évidemment, mais la peur avec un grand paix ne domine pas ce pays.

Alors que la peur, elle est plutôt en Europe. Là où les objectifs du soutien à l'Ukraine sont mal définis, où l'on se méfie d'une défaite de la Russie de la même manière que les conséquences de la chute de l'URSS il y a 35 ans étaient perçues comme imprévisible et non souhaitable. Les Européens ont peur de perdre quelque chose, quelque chose qu'ils ont, quelque chose qu'ils veulent préserver, peut-être quelque chose qu'ils ont déjà perdu mais dont ils n'ont pas encore accepté la perte.

étant donné que les objectifs de ce soutien à l'Ukraine, les objectifs de guerre sont mal définis, et bien il est difficile de justifier cet effort collectif, de justifier cet effort de défense par un projet d'avenir. Et pourtant pour les Européens aussi, la perspective d'une victoire de l'Ukraine ou d'une défaite de la Russie, si tentez que ces concepts aient encore une validité après tant de souffrance et de destruction, et bien cette perspective, elle est porteuse d'un projet d'avenir. C'est une chance d'affaiblir un régime poutinien dont les crimes vont créchendo depuis 25 ans.

C'est une chance de régler des conflits gelés depuis les années 1990 en Transinstri, en Apcha, en Oétique du Sud. C'est une chance de rouvrir la mer noire, d'intensifier les échanges commerciaux pour y ramener une certaine prospérité, d'intégrer le Caucas aux échanges mondiaux. C'est une opportunité de construire une région plus forte où les relations politiques seraient apaisées.

C'est une chance pour une autre Russie. C'est une opportunité de construire une Europe plus forte, plus unifiée, plus cohérente, plus respectée sur la scène mondiale, qui soit dans une meilleure position pour défendre non seulement nos valeurs, mais aussi nos intérêts, qui soient capable de redonner confiance dans le multilatéralisme, dans le dialogue et la coopération entre les États pour lutter ensemble à l'échelle planétaire contre les véritables défis de notre époque. puisque au-delà des conflits stériles auxquels on assiste en ce moment, on est tous bien conscients que les véritables enjeux sont le dérèglement climatique, la transition énergétique, la pauvreté ou encore la fin dans le monde.

Ce que je viens de dire, ça doit vous paraître naïf, j'en suis à peu près sûr. Mais c'est naïf à dessin car c'est un projet d'avenir que je m'écris dans ma tête à partir de mes analyses, à partir de mes observations, à partir du réel. Et c'est pour cela, et ça va être ma conclusion, qu'il est essentiel de lutter contre cette vaste entreprise de désinformation, de brouillage des lignes, de paralogisme, de wataboutisme, de déconnexion du réel.

Si l'on perd le contact avec les faits pour se retrancher dans une réalité alternative, dans un monde d'opinion concocté par des puissances étrangères ou par des acteurs qui cherchent à nuire à la cohérence et à la solidité de nos systèmes politiques, économiques et sociaux, alors nous perdons notre capacité à agir sur le réel. Nous perdons notre capacité à écrire notre propre récit. Nous perdons notre capacité à écrire notre propre futur.

Je remercie encore une fois les organisateurs de cette conférence à la maison de l'Europe à Nant et je vous remercie vous mes abonnés, mes téléspectateurs et mes auditeurs sur YouTube. Merci d'avoir écouté cette vidéo jusqu'au bout. Je file et je vous retrouve très vite.