À l'air libre (176) Anasse Kazib face à Mediapart
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Bonsoir à tous, bonsoir à tous. Nous sommes le lundi 13 décembre 2021. Vous êtes bien sûr à l'air libre, l'émission quotidienne de Mediapart. Une soirée spéciale aujourd'hui puisque nous recevons Anas Casib, le candidat à la présidentielle soutenu par Révolution Permanente. Et pour cette dernière semaine d'émission avant la pause, n'oubliez pas, nous ne vivons que grâce à vos abonnements. Nos offres du mois de décembre s'affichent ci-dessous. Profitez-en. Et n'hésitez pas à vous abonner aussi à notre chaîne YouTube à l'air libre. C'est parti. Bonsoir Anas Casib. Bonsoir Christophe. Avec moi, pour vous interroger, Mathilde Gouanec du service politique de Mediapart. Salut Mathilde. Salut.
Alors Anas Casib, vous avez 34 ans. Vous êtes aiguilleur à la SNCF, membre du syndicat Sudrail. Vous vous êtes fait connaître en 2018 lors du vaste mouvement de mobilisation contre la réforme de la SNCF. Et c'est à la suite de ce mouvement que vous avez pris une stature médiatique, finissant par devenir un habitué des chaînes d'infos et notamment des grandes gueules sur RMC. Et vous êtes donc candidat à l'élection présidentielle de 2022, soutenu par Révolution Permanente, un courant qui ne fait plus partie du NPA, le nouveau parti anticapitaliste. Peut-être première question d'abord sur un peu votre trajectoire personnelle. Comment vous êtes venu au syndicalisme ?
Puis comment vous êtes venu à la politique ? Et comment vous en êtes venu à vous présenter ?
Très simplement, moi, je n'avais rien à faire avec le mouvement syndical. De manière générale, je ne connaissais quasiment rien du syndicalisme ni des batailles politiques. Je suis rentré à la SNCF avec un Bac plus 2. Et en fait, c'est suite à des problématiques en interne où j'ai vu pour la première fois ce qu'était le terme répression patronale.
Et à ce moment-là, j'étais content, j'étais heureux d'avoir mes premiers camarades que je ne connaissais pas à l'époque, mais qui sont devenus mes camarades de Sudrail sur la région de Paris Nord, qui sont venus m'aider dans un moment où, très sincèrement, je le dis, j'étais dans, limite, pas dépressif, mais j'étais vraiment mal, j'étais à deux doigts de démissionner de la SNCF. Et je trouvais qu'il n'y avait rien de plus beau, en fait, que des personnes qui avaient fait le déplacement. À l'époque, c'était des camarades qui étaient notamment sur la région Picarde et qui étaient venus de Picardie, d'Amiens, pour venir m'aider sur mon secteur au Bourget.
Et de la même manière, je me suis dit, je ne sais pas, instinctivement, je me suis dit, bon, quand j'ai eu besoin, il y a des gens qui sont venus m'aider. Et peut-être qu'il y a d'autres, entre guillemets, d'Otanas, Casib, qui ont des problématiques aussi avec l'entreprise. Et c'est comme ça que j'ai commencé à adhérer, à me syndiquer. Et puis, sans vouloir être militant particulièrement, je ne connaissais pas grand-chose. C'était plus par remerciement.
Et puis, mon expérience véritable, c'est au moment de 2016, c'est au moment de la loi travail, ou pour le syndicaliste que j'étais à l'époque, et notamment pour le jeune ouvrier que j'étais à l'époque, qui avait voté en 2012 François Hollande au deuxième tour. Je ne m'en cache pas, parce que c'est aussi un marqueur important de ma trajectoire aussi politique aujourd'hui.
Et à un moment donné, cette loi El Khomri, elle m'a donné envie de sortir, de me battre, et de ne pas être juste un adhérent, pas être juste un syndiqué, mais d'essayer de voir comment je pouvais contribuer avec mes petits bras, si je peux dire de cette manière-là, à essayer de faire en sorte que la lutte puisse se généraliser, etc. J'ai fait mes premières armes en 2016, et c'est là où j'ai commencé à ouvrir l'esprit, comme je dis, sur l'importance politique, parce que je pensais un petit peu que le syndicalisme pouvait être l'alpha et l'oméga, que c'était à travers ça qu'on allait transformer la société et autres.
Et puis moi, comme je dis, j'ai compris deux choses au moment de la loi El Khomri, c'est le rôle de la social-démocratie, le rôle politique de la social-démocratie, mais de la gauche institutionnelle de manière générale. Et c'est la première fois où je me rends compte de ce que veut dire la bureaucratie syndicale. Je me souviens de Philippe Martinez, qu'on présentait à l'époque comme celui qui venait frapper du poing sur la table après les affaires Le Pan, etc., dans la CGT et autres. Et quand je vois Philippe Martinez qui, à Nuit Debout, un jour où j'étais là, on crie « Grève générale, grève générale ! » et qui dit « J'ai pas le bouton pour la grève générale !
» et que c'était ces fameuses journées de grève saute-mouton, où nous, à la SNCF, on était déjà en grève reconductible, et je ne comprenais pas, je me disais « Je ne comprends pas, en fait. » On a au pouvoir des gens qui, je pensais, à l'époque, étaient de gauche et faisaient de la politique pour nous, pour les classes populaires, les ouvriers.
Et de l'autre côté, j'ai des directions syndicales qui, plutôt que d'essayer de battre le fer pendant qu'il est chaud, pendant qu'il y a des places qui sont occupées, pendant qu'il y a des gens qui tiennent des piquets de grève, et ils expliquent qu'ils ne peuvent pas essayer de généraliser, ils ne peuvent pas essayer de donner de l'ampleur, et c'est ce qui fait la transition entre mon rôle dans le syndicalisme et la transition avec le milieu politique.
Alors, vous portez, je cite, un programme révolutionnaire pour les travailleurs de la jeunesse et les quartiers populaires. Est-ce qu'il n'y avait vraiment personne qui portait ces thèmes avant et qui s'adressait à ces publics-là ?
Je ne sais pas, pas de ma vision, en tout cas. Pas de ma vision. Moi, j'ai 34 ans, j'ai connu trois élections présidentielles, j'ai connu Ségolène et Sarkozy. Après, j'ai connu Hollande et Sarkozy.
Ségolène Royal et Nicolas Sarkozy.
Voilà, Ségolène Royal et Nicolas Sarkozy. Ensuite, il y avait François Hollande et Nicolas Sarkozy. Et la dernière, Emmanuel Macron et Marine Le Pen.
Donc, de ces trois événements récents de la politique institutionnelle, je n'ai pas souvenir de candidature qui ait fait le choix de s'adresser non pas qu'à la classe ouvrière, parce que mes camarades, que ce soit Philippe Poutou ou Nathalie Arthaud, le font également, mais avec la compréhension qu'il faut aussi s'adresser au secteur que moi j'appelle au secteur opprimé de notre classe, que ce soit dans les quartiers populaires, mais je pense aussi à un certain nombre de fronts de lutte, comme peut être le mouvement LGBT, etc., les mouvements contre le patriarcat, contre les violences sexistes et sexuelles faites aux femmes, un mouvement comme celui des Gilets jaunes, qui n'est pas le mouvement ouvrier en bleu de travail, comme on peut dire de cette manière-là.
Et je pense qu'il y a la nécessité aujourd'hui, par rapport à tous ces phénomènes de lutte qui ont émergé dans les cinq dernières années, depuis 2016, d'avoir une incarnation politique importante vis-à-vis de ces secteurs-là et qui, quand on le voit dans les sondages et les enquêtes, montrent que c'est les secteurs les plus, d'une part, les plus exploités, les plus opprimés, mais surtout qui se désintéressent, en fait, de la politique et qui sont en grande majorité abstentionnistes.
Donc c'est comment, aujourd'hui, en tant que candidat de l'extrême-gauche à cette présidentielle, comment on essaye de porter un discours vis-à-vis de ces classes populaires, pour le dire de manière la plus large. Mathieu ?
Et votre candidature et le programme que vous portez, sur lequel on va revenir, s'inscrit dans un contexte un peu particulier. On a, pour 2022, au moins quatre candidats à l'extrême-droite. La primaire LR, elle-même, s'est jouée quand même très à droite. Le gouvernement et le président ont quand même parlé beaucoup, laïcité, séparatisme, et maintenant, l'immigration, depuis le début du quinquennat. Est-ce que vous considérez que c'est la menace fasciste ou préfasciste, en tout cas la menace que représente l'extrême-droite aujourd'hui, est importante ? Est-ce que c'est aussi un signe de réponse, votre candidature aujourd'hui ?
Je pense qu'il ne faut pas nier qu'il y a une forme de radicalisation vers la droite d'un certain secteur de la bourgeoisie, notamment du fait, en réponse à ces phénomènes de lutte qui ont émergé. Ce n'est pas anodin lorsqu'on parle d'islamo-gauchisme, lorsqu'on dit « vous êtes les wokistes », etc.
Lorsqu'on cible un camp bien défini par rapport aux luttes qui ont émergé dans le passé, c'est normal qu'il y ait, enfin, je ne sais pas si c'est normal, mais bon, on se comprend dans le sens où il y a une partie de la bourgeoisie, de secteur de la bourgeoisie, qui ont envie aussi d'en découdre, qui se radicalisent, qui, je pense, pour le dire d'une certaine manière, lorsqu'ils voient des camarades militants de SOS Racisme qui se mangent des pains dans la gueule, je pense qu'ils sont plutôt satisfaits.
Il n'y a qu'à voir le soir même quand vous avez des personnages comme Geoffroy Lejeune, Jean Messia ou d'autres qui, limite, disent « s'ils étaient là, c'est qu'ils l'ont bien cherché, ils le méritent », c'est-à-dire ils légitiment la violence vis-à-vis de gens qui avaient simplement un t-shirt non au racisme. C'est assez incroyable de voir ces scènes-là, ces séquences-là de la vie politique. Il ne faut pas le nier, il ne faut pas nier le danger de l'extrême droite, il ne faut pas nier ce que peut être aussi le basculement vers une société fasciste.
Après, je pense que s'ils en sont là, c'est aussi en grande partie grâce à ce qu'a été le macronisme, parce qu'Emmanuel Macron, c'est aussi celui qui a été un tremplin à toutes ces idées-là, que ce soit à travers les lois séparatistes, séparatisme, les lois sécurité globale, tout le tournant aussi un peu autoritaire dont on a beaucoup parlé au moment de la répression du mouvement des Gilets jaunes et des autres mobilisations qui ont été notamment parfois jusqu'à des manifestations qui ont été interdites.
Donc oui, le moment où on permet une forme de banalisation, en fait, et une radicalisation des idées xénophobes, racistes et autres, aujourd'hui, c'est normal que l'extrême droite prend à le vent en poupe, comme on dit. Après, je pense qu'il ne faut pas...
Si je vous pose la question, c'est justement parce que je pense que, contrairement à d'autres personnalités à gauche et d'autres parties à gauche, vous considérez peut-être qu'on surestime un peu ce péril, quitte à écraser un peu le reste. Or, c'est vrai que quand on regarde ça en tant qu'observateur, on se dit quand même qu'il y a un peu péril dans la demeure.
J'allais y venir. Moi, je pense qu'on est contrasté par rapport à la situation. C'est vrai qu'on voit qu'il y a une forme de droitisation par en haut. On le dit aussi, au sein même des classes populaires, enfin, il peut y avoir une forme de porosité, en fait, entre ces discours-là, du fait que le moment où vous martelez au quotidien, en fait, quand ils entendent parfois même, et moi, je ne les oublie pas, de cette gauche institutionnelle comme Arnaud Montebourg qui va jusqu'à piocher dans les idées de Zemmour et de Marine Le Pen, notamment, je parle de cette séquence autour des transferts d'argent pour les personnes en situation d'OQTF, en fait.
C'est assez terrible de voir qu'une Anne Hidalgo va dire « moi, je vais faire une politique anti-wokiste ». Enfin, moi, je rappelle simplement que le wokisme, ça vient de l'anglais wake, c'est d'être éveillé, en fait. C'est-à-dire qu'elle est contre l'éveil, en fait. Elle est contre l'éveil des consciences par rapport à ce que peut être le racisme que subissent les gens, que ça soit le patriarcat, etc., etc., ou encore les phénomènes, parce qu'ils mettent aussi le phénomène écologiste, etc., la jeunesse qui se bat pour son avenir, pour le climat. Ils mettent tout ça, ils font un package et ils le jettent à la figure des gens comme si c'était l'ennemi à abattre.
Donc, lorsqu'on a ces phénomènes-là, politiques, réels, dans les médias, lorsqu'on a des chaînes, et c'est démontré, notamment, il y a eu Claire Sekaï qui était venue par rapport à toutes ses analyses sur ce que peut être « Touche pas à mon poste ou CNews », lorsqu'on a un patron comme Bolloré qui aussi participe à ça, c'est normal qu'une partie des classes populaires puisse être prise par ça. Mais nous, on dit « Attention, il ne faut pas crier au loup trop vite et frapper du saut de la démoralisation, de l'échec, de la peur, etc. » parce que ces phénomènes de lutte, ils ont existé. Parce que, moi, je rappelle souvent, le comité Adama, c'est une famille de victimes de violences policières.
Ce n'est pas SOS Racisme, parce que des fois, on a eu tendance à comparer avec la marge des libertés. Et on oublie, en fait, ce qu'a été aussi l'appareil à ce moment-là, que c'était le Parti Socialiste, c'était Mitterrand, qui était à l'époque au pouvoir, etc., qui avait un certain appareil politique autour.
Quand on voit ce que le comité Adama a réussi à faire entre le 2 juin et le 13 juin, c'est-à-dire en deux dates, tribunal de grande instance et place de la République, mais de près de 200 000 jeunes, notamment en grande majorité, issus des quartiers populaires, ce qu'a été la manifestation, nous toutes, il y a encore trois semaines à Paris, où il y a eu plus de 50 000 personnes, ce qu'a été le 5 décembre, un million et demi de personnes qui ont lutté quand on a encore parfois en tête les Sarkozy et compagnie qui nous disaient que lorsque il y a des grèves, ça ne se voit plus. Et qu'est-ce qu'a été le mouvement des Gilets jaunes dans tout ça ?
Qu'est-ce qu'a été ce mouvement où, parfois, dans Le Parisien, il y avait des membres du cabinet de Macron qui disaient qu'il a vieilli tellement il a été impacté par ça lorsqu'on apprend qu'il y a un hélicoptère le 8 décembre dans la cour de l'Élysée prêt à l'exfiltrer. Donc je dis attention, c'est-à-dire que, est-ce que le fascisme est possible ? Oui, le fascisme est toujours possible. Mais généralement, quand le fascisme est possible, c'est aussi parce qu'il y a une situation révolutionnaire à l'inverse qui a été possible. Et je pense qu'au-delà même de ça, ce n'est pas nous qui pouvons décider.
Ce ne sont pas les militants politiques ou autres qui peuvent décider de ce que peut devenir une situation, qu'elle soit révolutionnaire. Ce ne sont pas les révolutionnaires qui font les révolutions. Et si demain, il peut y avoir le fascisme, ce ne sont pas les révolutionnaires qui vont le dire ou quoi. Mais c'est quelles sont nos tâches aujourd'hui ?
Et je pense que si ces camarades-là, en l'occurrence, considèrent qu'on est dans une situation pré-fasciste ou fascisante ou autre, qu'ils essayent un peu d'avancer quelques arguments, parce que je trouve que la situation, pour moi, est quand même assez grave et qu'il y a peu de mobilisation, il y a peu de choses qui sont organisées, il y a peu d'événements. Enfin, moi, quand je vois qu'on tac au labo sur le siège du PCF à l'époque, lorsqu'il y a un listing français de souche dont je fais partie également, dans ce listing-là, où on est plus d'un millier et qu'il n'y a pas un rassemblement qui est effectué à ce moment-là, je trouve qu'on devrait s'inquiéter.
En plus de ça, quand à Villepinte, dans le 93, en Seine-Saint-Denis, il y a un nouveau candidat à la présidentielle qui s'appelle Éric Zemmour, qui a été condamné pour haine raciale et haine religieuse à deux reprises et arrive à mettre plus de 10 000 personnes au parc des expositions. Je pense qu'on devrait plutôt se dire qu'est-ce qu'on fait, comment on s'organise par rapport à ça, comment on fait front par rapport à ça, plutôt que de se poser la question. Et juste pour dire un petit mot, Mathilde, vous disiez que peut-être je pouvais être aussi la réponse. Je pense que... Pas la réponse, mais d'avoir un lien aussi avec ces phénomènes-là.
Moi, je vois le nombre de menaces et d'insultes racistes que j'ai prises jusqu'à un moment donné sur une offensive réactionnaire, sur le drapeau bleu-blanc-rouge. En fait, comme si la gauche révolutionnaire a toujours mis le drapeau rouge. On vient demander à Anas Kazib parce qu'il est aussi de l'immigration si ce n'est pas en fait quelqu'un qui mériterait de re-rentrer chez lui. On met des hashtags et autres en place. Et moi, j'ai vu notamment à ce moment-là, je le dis aussi très clairement, j'ai eu beaucoup de soutien par en bas, j'ai eu peu de soutien par en haut. Voilà. Il y a peu de...
Il y a eu une tribune, je crois, un soutien publié dans le... Heureusement, oui. Le club de médias. Oui, oui, mais quand je dis par en haut,
je parle de militants politiques qui parfois définissent qu'il y a le pré-fascisme ou que le fascisme serait à nos portes, comme on dit minuit dans le siècle, mais qui derrière, lorsqu'il y a un camarade qui est candidat ouvrier issu de l'immigration dont le hashtag, il est Anascazib Rémigration en top tendance pendant presque une nuit complète, ça ne s'est pas bousculé.
Vous avez dit à l'instant que vous vous étonniez qu'on fasse plus front, en fait, face à l'extrême droite. En même temps, l'extrême gauche part dispersée avec trois candidatures. Il y a la vôtre, celle de l'hôte ouvrière, Nathalie Arthaud, et du NPA Philippe Poutou. C'est quoi vos différences, à grands traits ?
C'est quoi nos différences ? Bon, après, c'est vrai que sur les questions de programme, on peut avoir pas mal de... C'est assez proche. Il faut le reconnaître. Après, nous, on n'est pas pour spécialement la division de l'extrême gauche. Ce n'est pas, de manière générale, l'être humain a envie d'union et encore plus quand il milite, quand il est face à toutes ces difficultés-là, il a envie de se rassembler. Vous le savez, nous, on a porté à la base ma candidature. Révolution permanente était une tendance au sein du NPA. On avait porté ma candidature au sein du NPA. Enfin, c'était eux-mêmes qui expliquaient comme ça. C'était deux candidatures au NPA. Ce n'était pas trois.
Philippe Poutou, même sur votre plateau, il l'a expliqué encore récemment en expliquant qu'il a l'impression qu'il prend la place à quelqu'un, etc. Souvent, on lui posait déjà la question en amont pourquoi ? Est-ce que vous allez encore être candidat ? Il disait non, non, non, de toute façon, ces deux maximums. Et la seule raison qu'il avait donnée à l'époque, c'était de vous expliquer autour des parrainages, de dire que c'est difficile parce qu'il faut une figure publique connue, etc. pour les parrainages. C'est vrai, c'est très difficile les parrainages. Peut-être qu'on reviendra après plus là-dessus en détail.
C'est profondément antidémocratique, mais une petite organisation comme la nôtre qui vient à peine d'être indépendante depuis le mois de juillet. Aujourd'hui, pour savoir, sur votre plateau, aujourd'hui, on a 175 parrainages et puis le NPA n'est pas très loin. C'est-à-dire qu'à un moment donné, toutes ces raisons-là expliquent que les raisons pour lesquelles il y a une troisième candidature n'est pas de notre ressort. Maintenant, sur les vrais différents...
Pas de notre ressort, mais en tout cas, ce qui est sûr, c'est que là, trois candidatures, ça veut dire trois recherches de parrainages, ça veut dire qu'à la fin des fins, je mets Hello un peu à Barck
qui est une forme d'expérience
et de savoir-faire et qui donc aura, je pense, une candidate. mais il y a quand même une responsabilité, c'est-à-dire la question que l'on pose à la gauche institutionnelle qui est de se diviser pour de bonnes et de mauvaises raisons, elle se pose aussi à vous. C'est-à-dire, le camp ne pas désespérer, c'est aussi avoir un champ politique et des personnalités politiques qui arrivent à affronter leurs différences.
Non, c'est normal. Moi, je le dis très simplement. Je pense qu'il y a des désaccords, déjà d'une part, sur l'analyse de la situation politique. Vous comprenez que pour venir à Mediapart, j'avais déjà regardé et je savais qu'on allait aborder les questions autour de Philippe Poutou et autres. Et du coup, j'ai regardé hier l'interview qu'il a fait chez vous. Moi, je ne partage pas son constat de classe ouvrière démoralisée. Il vous a dit ça. Il vous a dit que la classe ouvrière est démoralisée, elle est abattue, elle est écrasée, etc., que l'on est petit, etc. Moi, cette vision-là, ce n'est pas la mienne. Je ne partage pas ça.
Je ne dis pas non plus que la classe ouvrière, elle est à deux doigts de monter des barricades demain matin dans les rues. Mais à un moment donné, je suis pour une nuance, je suis pour dire qu'il y a des phénomènes nouveaux. Il y a une nouvelle génération qui a émergé, comme je vous l'ai dit tout à l'heure en introduction et que le bilan de cette extrême gauche, il devrait être fait aussi par rapport à son expérience dans les événements qui viennent de s'écouler. Et je pense que c'est un échec, que ce soit pour Lutte ouvrière ou que ce soit pour le NPA. Je pense que c'est un échec.
Je pense qu'également sur le désaccord qu'on avait au sein du NPA, c'est parce que le problème n'est pas Poutou. Poutou, on lui a demandé est-ce qu'il voulait bien rempiler une troisième candidature parce que la volonté de la direction historique du NPA, c'était de maintenir l'appareil avec une position très centriste et d'alliance aussi avec la gauche institutionnelle. Il ne faut pas oublier que juste avant, maintenant qu'ils expliquent que Mélenchon est leur ennemi, etc. Ils ont quand même fait avec la France insoumise en Occitanie et en Aquitaine des accords, etc. Il y avait Loïc Prudhomme qui était avec Philippe.
C'est-à-dire que nous, on vient avec une ligne aussi d'une part pour montrer la rage et la colère aussi d'une nouvelle génération qui est là, qui est prête aussi à lutter, qui a besoin aussi d'avoir une boussole politique par rapport à ça et notamment lorsqu'on dit qu'il y a de l'extrême droite qui est en train de monter, que les idées réactionnaires sont en train de monter. Je pense qu'il y a une grande partie des classes populaires aujourd'hui, de la jeunesse, des quartiers populaires et de la classe ouvrière qui a besoin d'une boussole mais aussi on a besoin d'un projet en positif. Nous, c'est ce qu'on voulait aussi incarner en tant que tendance dans le NPA.
C'est-à-dire qu'eux-mêmes ont du mal à définir quel est leur projet. Ils ne parlent même pas par exemple de communisme, ils parlent d'éco-socialisme, ils parlent d'anticapitalisme mais il n'y a pas de projet par la positive. C'est-à-dire que c'est plutôt à eux de se poser la question de la troisième candidature Philippe Poutou. Moi, je ne sais pas. Je ne dis pas ça pour moi. Je pense que le NPA aurait pu proposer par exemple une femme ou une autre candidate ou essayer de proposer un visage nouveau. Moi, j'ai beaucoup, beaucoup de respect. J'ai voté Philippe Poutou en 2017. J'étais à Paris 8, j'étais un militant du NPA. J'ai fait la campagne moi à Philippe Poutou.
J'ai aidé, j'ai participé parce que je pense que la candidature de Philippe Poutou voulait dire quelque chose à une certaine période, notamment si vous vous souvenez où il y avait après 2008, l'émergence de batailles importantes dans la métallurgie chez les Goodyear, chez les Conti, chez Fort Blancfort, etc. Et je pense que Philippe Poutou représentait aussi cela. Et aujourd'hui, personnellement, c'est très bien, il a fait 2012, 2017. Je ne sais pas en fait quelle est l'utilité si c'est juste la question des parrainages et qu'aujourd'hui, on va dire, on est au coude à coude.
Si c'était juste une question de parrainage, moi, je dis fraternellement et en toute camaraderie aux camarades du NPA, si c'est juste votre problème des parrainages, rassurez-vous, on a quasiment autant de parrainages que vous et si vous voulez donner vos parrainages pour que je puisse être candidat et incarner ça, si ce n'est pas ce qui vous dérange, allons-y. Je pense que vos désaccords
stratégiques sont trop importants et autres sont trop importants.
Pas tant que ça. Mais en tout cas,
très clairement, vous avez des désaccords stratégiques et autres. Mais par ailleurs, au-delà du NPA, dans votre programme, et je rebondis sur ce que vous venez de dire, de construire en positif, il est dit que votre candidature cherche, je cite, à exprimer la radicalité d'une nouvelle génération ouvrière, la politisation croissante de la France d'en bas et sert aussi à unifier ce camp. Notre collègue, Radija Zerouali, vient de publier un tour de France des conflits sociaux en cours qui porte pour beaucoup sur les bas salaires. On n'est pas sur la métallurgie, on n'est pas sur les comptiers, sur les goudieurs, on est sur l'euro à Merlin, Sephora, etc. Donc c'est un autre type de public aussi.
en général, souvent hors des structures syndicales et pour 30-70 euros d'augmentation. Ça, c'est une constellation de conflits sociaux et pourtant, et c'est de la danse ce qu'elle fait, ça ne fait pas mouvement, ça ne fait pas mouvement et ça ne fait pas masse. Donc comment vous expliquez ça aujourd'hui et pourquoi vous, en tout cas, pourquoi le programme que vous portez pourrait servir de base d'une certaine manière à créer ce mouvement ?
Pour plusieurs raisons, c'est-à-dire que moi, avant même d'être... Enfin, moi, les gens ne connaissent pas en tant que politicien professionnel ou n'ont pas découvert mon visage au moment de la présidentielle 2022 pour le secteur, on va dire, militant et les gens qui me connaissent, vous l'avez dit Christophe tout à l'heure en introduction, les gens m'ont connu dans la lutte de classe à travers mon rôle dans la réforme ferroviaire et ensuite dans la réforme des retraites.
Dans ces deux événements et notamment entre deux, il y a eu un événement important, ça a été le mouvement des Gilets jaunes, j'ai systématiquement avec mes camarades essayé d'influencer le plus possible pour essayer d'unifier, en fait, pour faire des appels aussi à essayer de se coordonner. Moi, je disais que notamment, qu'est-ce qu'aurait pu être le mouvement des Gilets jaunes si on avait mis des raffineurs, des cheminots, la RATP, les dockeurs, l'énergie ? Il n'y a pas eu de tentative. Le 6 décembre 2018, il y a une intersyndicale qui sort un communiqué qui dénonce la violence des Gilets jaunes du 1er décembre.
Et moi, en interne, dans les syndicats, oui, 6 mois après, quand c'est déjà terminé. Mais au moment où il fallait frapper, il y a eu un cordon sanitaire hyper important autour du mouvement des Gilets jaunes parce que les bureaucraties syndicales détestent que le mouvement leur échappe des mains. Aujourd'hui, il y a énormément de phénomènes de lutte, mais elles ne vont pas se lier, elles ne vont pas faire masse, comme vous avez dit Mathilde, de manière chimiquement pure ou par le Saint-Esprit. S'il n'y a pas des forces politiques capables, en fait, d'influencer, c'est pas... Moi, je ne peux pas le faire. Je ne suis pas un parti de masse, je n'ai pas une influence de masse.
Mais quand on peut tirer quand même quelques bilans, on est dans une des pires périodes de l'histoire contemporaine. Il y a une crise sanitaire, il y a des crises économiques, etc. Tout augmente, comme on dit, le pouvoir d'achat, les denrées alimentaires, excusez-moi, pas le pouvoir d'achat, les denrées alimentaires, l'énergie haute, sauf nos salaires. Il y a l'assurance chômage qui vient d'être mis en place. Tout le monde, parfois même parmi les éditorialistes bourgeois, souvent je cite Dominique Seux, qui expliquait en plein cœur de la crise sanitaire que c'était celles et ceux qui avaient les salaires les plus dérisoires, en fait, qui étaient les plus utiles à l'humanité.
Mais je pense que s'il y a bien une période dans laquelle les directions syndicales auraient pu être audibles et donner le « là », comme on dit, c'était à ce moment-là. Mais comment ça se fait qu'il y a des phénomènes de lutte ? Tout le monde est en train de dire qu'on est à la gorge, qu'on ne va pas pouvoir se chauffer normalement et qu'on a des directions syndicales qui sont silencieuses. Elles sont silencieuses. Mis à part une journée le 5 octobre, elles sont silencieuses. Quand il y a le pass sanitaire, qu'on le veuille ou non, la question du pass sanitaire, ça aurait dû être pris à bras-le-corps par les directions du mouvement ouvrier.
Parce que lorsqu'on dit « pas de facho dans nos rues », on ne laisse pas des gens qui sont venus simplement parce que parfois certains demandaient « c'est quoi la différence entre AstraZeneca et Pfizer ? » Qu'ils avaient des doutes, qu'ils avaient des interrogations, etc. Et c'est normal. Parce que ceux qui leur ont dit « allez vous faire vacciner », c'est notamment ceux qui leur ont expliqué au début que le masque ne servait à rien. Et je pense que les dirigeants du mouvement ouvrier auraient dû être là. Et au-delà de ça, on a laissé les gens manifester avec Florian Philippot, etc. Et je pense qu'on doit tirer les bilans de cinq années de stratégie de la défaite.
Parce que moi, j'appelle ça comme ça. La grève perlait à la SNCF. Et je remercie énormément les camarades de la RATP parce que s'ils ont... Au moins, notre grève aura servi que durant la réforme des retraites. Et nous l'ont tous dit. Ah ben les gars, si vraiment il y a une stratégie qu'on ne va pas mettre en place, c'est bien votre truc de deux jours de grève, trois jours de boulot, etc. On ne fera jamais ça. Et je pense que nous, aujourd'hui, on se doit d'essayer de montrer ce qu'a été le bilan aussi de cette période-là. Mais de montrer aussi que la gauche institutionnelle, de manière générale, qu'elle soit politique ou syndicale, aujourd'hui, est profondément en crise.
Et que ce n'est pas anodin que ces phénomènes de lutte comme vous me les décrivez, on ne dit pas c'est la CGT, le roi Merlin. On ne dit pas c'est force ouvrière décathlon. Aujourd'hui, on dit les décathlon, les le roi Merlin, les séphora, etc. Parce que ce sont des phénomènes comme ont été les dernières grèves ou encore le mouvement des Gilets jaunes. Ça vient par en bas. Et nous, on a le devoir aujourd'hui de dire il faut tirer les conclusions et je pense que ne pas refaire les mêmes erreurs.
Et aujourd'hui, on voit qu'il y a beaucoup de Gilets jaunes qui disent c'est bien la spontanéité mais face à une bourgeoisie qui a sa police, sa justice, ses médias, qui a coordonné, qui a organisé, on se doit d'être organisé. Et nous, au-delà même de l'élection présidentielle parce que vous le comprenez, notre centre de gravité, il est celui de l'intervention dans la lutte de classe. Et nous, ce qu'on a envie, c'est qu'on puisse doter notre camp social en fait d'un véritable parti révolutionnaire capable en fait de confluer avec les éléments les plus progressistes, les plus importants en fait de cette classe.
Et le moins que l'on puisse dire, il faut être fraternel avec les camarades de l'extrême gauche mais aussi, il faut tirer les bilans. C'est-à-dire que quand on voit le NPA à sa fondation, ils étaient 9 000. Aujourd'hui, ils sont à peu près 1 000. Que lutte ouvrière n'a pas grossi, etc. Et qu'au final, on voit que dans les discours, il n'y a pas grand-chose qui a changé. Donc comment on fait avec tous ces phénomènes-là qui vont arriver ? Comment on fait ? Et nous, on considère qu'aujourd'hui, il y a la nécessité dans cette élection présidentielle d'essayer de frapper fort, d'essayer de marteler aussi nos idées, la possibilité en fait d'avancer.
Et puis, moi j'en sais rien, je ne sais pas ce que nous dira l'avenir. On verra petit à petit déjà si on a les 500 signatures et si on est sur les plateaux.
Vous avez parlé à l'instant de lutte des classes, mais comment on fait classe maintenant ? Puisqu'en fait, tout est un peu éclaté. Enfin, on en parlait tout à l'heure. Enfin, il y a des luttes très sectorielles ou alors même au sein de telles entreprises et tout ça. Et j'ai l'impression que l'esprit de classe n'existe plus pour des raisons déjà peut-être de matraquage idéologique, c'est sûr. mais aussi peut-être parce que celui qui conduit un Uber n'est pas du tout dans la même situation qu'un salarié, qui n'est pas du tout dans la même situation qu'une caissière qui est obligée de faire des temps partiels et tout ça. Comment on crée une classe ? Comment on donne une conscience de classe ?
Non mais ça, c'est une question à un milliard, même plus. Mais je pense que ça, c'est la question la plus importante et avec laquelle, je ne sais pas si c'est moi qui peux avoir la réponse, mais modestement, nous, ce qu'on considère, c'est d'essayer de voir que les phénomènes déjà révolutionnaires, comme je le disais de cette manière-là, mais aussi, ne seront pas chimiquement purs, c'est-à-dire que ça ne va pas être le prolétariat en bleu de travail qu'on considère va faire la révolution, mais ça va être aussi avec tous les secteurs opprimés de notre classe.
Nous, on considère notre classe, on va dire, au sens le plus large, c'est-à-dire de celles et ceux qui n'ont que leur force de travail pour pouvoir vivre, qui ne s'enrichissent pas de leur travail, qui n'interfèrent pas dans les décisions de direction, qui ne sont pas en train de licencier, faire la chasse à telle ou telle personne, mais des gens qui sont, s'ils ne travaillent pas, se retrouvent limite à la rue, ne sont pas rentiers ou autres. Donc, il faut voir que même dans ces phénomènes de lutte, par exemple, le mouvement antiraciste, moi, je suis un jeune des quartiers populaires aussi, la question du racisme me touche, mais la question aussi sociale est hyper importante aujourd'hui.
Quand vous demandez aux gens, en fait, leurs préoccupations dans les quartiers, ce n'est pas la violence policière en numéro un. La violence policière est importante, mais ils vont vous dire que c'est le mal-logement, c'est le fait qu'il n'y ait pas de travail, le fait que les salaires sont bloqués, etc. Donc, je pense qu'en réalité, c'est comment les militants révolutionnaires, comment les organisations qui se revendiquent, en tout cas révolutionnaires, qui ont envie de rompre avec ce système capitaliste, etc., par la lutte de classe, comment ils s'adressent aussi à ces phénomènes-là.
Et nous, notamment, il ne vous aura pas échappé que dans les six meetings qu'on a fait, qui ont rassemblé plus de 2 000 personnes entre les différentes villes qu'on a fait, on ne met pas uniquement à mes côtés, parfois même, les militants en révolution permanente, on est même minoritaire, on fait le choix volontaire de mettre des camarades comme Assa Traoré, comme Youssef Brackney récemment à Paris 8, il y avait un autre camarade, Mara Kanté, qui est un militant qui vit à Villiers-le-Bel et qui a fait 29 mois de détention, en fait, alors qu'il n'avait rien fait après les révoltes de Mouchine et Laramie, enfin, on essaye de montrer le visage de toute cette nouvelle génération, pas uniquement syndicale et ouvrière, mais aussi de tous ces nouveaux visages qui interviennent dans la lutte de classe, parfois avec un, on va dire, un penchant un peu plus important, ça va être le mouvement antiraciste, etc., et des quartiers populaires pour quelqu'un comme Youssef Brackney, mais une camarade comme Sacha Yarobolskaya qui est militante aussi transféministe du Média XY, la question sociale est importante, mais elle va parler aussi des droits aux personnes LGBTI, des oppressions, et donc c'est comment nous, on arrive à discuter et dialoguer plus largement avec les front, les mobilisations, les oppressions que vivent les gens, parce que moi, comme je dis, on ne peut pas aller dire à Assa Traoré, dont le frère Bagui Traoré a été incarcéré 5 ans, dont son frère a été mort sous le poids de trois gendarmes, comme elle dit, attends Assa Traoré, laisse de côté la justice et la vérité pour ton frère, viens de battre avec moi pour la dictature du prolétariat, ou viens de battre avec moi contre le système capitaliste.
Vous voyez ce que je veux dire ? Mais je ne pense pas qu'Assa Traoré, elle vit dans l'opulence, au contraire, c'est quelqu'un qui aujourd'hui est véritablement opprimé, qui a des procès, etc., qui vit dans la précarité aujourd'hui son combat, et je pense que toutes ces questions pour l'avenir aussi de ses enfants l'inquiètent. Vous parlez avec Assa Traoré en aparté, elle va vous parler d'écologie. Vous croyez que ça ne l'intéresse pas ? Ça ne l'intéresse pas à ses enfants ? Et donc c'est comment nous, nos organisations aussi, elles ne regardent pas de haut ce qu'ont été les mobilisations hautes.
Parce que comme le comité Adama, il y a 200 000 personnes, je ne sais pas moi, quand on est une organisation syndicale, quand on se dit antiraciste, etc., pas de fachos dans nos rues, on se doit d'essayer de mettre le maximum, de mettre des militants, je pense que ça aurait de la gueule. Je ne sais pas, moi devant le tribunal de grande instance, vous avez 2000 drapeaux de la CGT, 1000 drapeaux de solidaires, je ne sais quoi, mais les gens vont se dire ça fait plaisir, ça fait plaisir de voir que les directions syndicales, elles sont là, elles soutiennent, elles supportent aussi ces mobilisations et qu'elles ne les regardent pas de côté.
Et c'est tout ce discours-là que nous, on essaye aussi de transmettre, de donner. Pour l'instant, modestement, à la hauteur de ce qu'on est capable de faire, on arrive à voir que ça intéresse beaucoup dans ces secteurs. Non,
c'était simplement parce que quand on lit le programme, vous dites en gros d'abord faire le bilan un peu des échecs et aussi s'adresser à des formes de mobilisation qui sont éventuellement éloignées du milieu ouvrier traditionnel. Mais quand on regarde votre programme, alors il y a effectivement toute cette dimension-là qui est, mais il y a aussi la réactivation, toute une série de concepts et de dénominations marxistes, la bourgeoisie s'en prend en plein la tête, voilà, vous parlez d'expropriation, etc.
Et donc, je vois pourquoi, mais comment ça parle à un autre Anascazib du Bourget qui n'a jamais entendu parler ni de révolution et qui même, pour passer à l'étape et à la marche révolution, je veux dire, ça va lui prendre un gros effort conceptuel parce qu'il en est tellement loin dans ses conditions matérielles immédiates que ça paraît, voilà, la marche paraît un peu haute à franchir. Et je dis, c'est un Anascazib du Bourget ou un Stéphane Mathieu de Brest, quoi. Oui,
j'ai bien compris, enfin, après, le cas d'un autre Anascazib, je pense, se pose bien parce que, moi, comme je dis, il faut aussi avoir de l'auto-dérison, je dis, moi, je les ai piques sous magazine. Jamais, je n'étais pas destiné à lire Trotsky ou à lire Marx ou autre. J'étais loin de tout ça.
même la première fois, je le dis en rigolant, la première fois que les camarades de Révolution Permanente m'ont dit on est Trotskis, etc., je leur ai dit, éloignez-vous de moi, enfin, vos histoires de goulags, machin, parce que dans mon imaginaire, je dis souvent, on découvre, entre guillemets, le communisme, c'est un demi-paragraphe durant le brevet blanc, on ne sait pas de quoi on parle, on ne sait pas, même le terme, pour vous dire, même le terme prolétariat, la première fois qu'on m'a dit prolétaire, j'ai dit, que veut dire prolétaire ?
Donc, comment quelqu'un comme moi a pu passer de ça à aussi arriver aujourd'hui à être un candidat révolutionnaire, etc., avec un discours, une analyse aussi de classe, parce que je pense que ça n'a jamais été aussi vivant, je le dis très sincèrement, la question de la révolution, la question, je pouvais penser les choses un peu utopiques, mais très sincèrement, ce qui m'a beaucoup marqué, moi, ça a été le mouvement des Gilets jaunes.
Au début, j'ai commencé à militer politiquement fin 2017, je suis rentré au NPA fin 2017, je pouvais avoir une forme de, bon, on va voir, etc., en tout cas, pour l'instant, ça m'a l'air sympa, mais vraiment, le mouvement des Gilets jaunes m'a marqué et je me suis dit, en réalité, les phénomènes nouveaux peuvent se créer, qui aurait cru que des gens qui disaient, la police avec nous, trois semaines après, crierait, tout le monde déteste la police ?
Qui croirait que ces gens qu'on disait, c'était des petits patrons et des fachos, etc., chanterait pour l'honneur des travailleurs et pour un monde meilleur et qui après, derrière, manifesterait aux côtés du mouvement pour le climat et parfois même durant la réforme des retraites. Je pense qu'on peut marquer.
Ce que vous voulez dire, c'est qu'en fait, les Gilets jaunes ont été une éducation à la politique par le faire.
Ça a été une... Ça a concrétisé pour moi dans mon cerveau, en tout cas, la possibilité, parce que c'est normal lorsqu'on ne connaît que des grèves et autres, mais on peut voir qu'aujourd'hui, même notre génération, elle a été plutôt dans une période plutôt pacifique. Pendant les 30 dernières années, c'était plutôt assez tranquille. Les manifestations se déroulaient plutôt tranquillement et autres. C'est depuis 2016, notamment, depuis le moment où il y a une accélération des phénomènes de crise du système capitaliste, les crises politiques et autres, qu'il y a eu ces phénomènes de plus en plus autoritaires, de répression et autres, qui font que derrière, ça politise.
Moi, je suis un pur produit de 2016, mais je ne suis pas le seul. Je vous assure, le nombre de jeunes qui disent « Moi, je me suis politisé à travers le mouvement de la loi El Khomri, c'est phénoménal en fait. » Et ça montre que, oui, les phénomènes peuvent changer. Alors, on peut venir avec son petit livre de Marx et marteler comme ça, en fait, la révolution, etc., camarades et autres, mais je pense qu'il n'y a rien de mieux que l'expérience dans la lutte de classe. Et souvent, je cite parfois dans les meetings, l'expérience que j'ai eue avec une femme gilet jaune qui venait de Picardie et que j'avais rencontrée début décembre. Elle m'avait dit avec une lucidité incroyable.
Elle m'avait dit avant à Nas, parce qu'on était en live sur Révolution Permanente, elle m'a dit « J'étais raciste avant parce que je voyais à la télé, etc., j'étais raciste. » Et elle dit « Mais quand je vois aujourd'hui ce qu'ils font aux gilets jaunes en plein jour devant toutes les caméras du monde entier où ils n'hésitent pas à nous éborner, elle m'a dit avec une grande lucidité « J'ose même pas imaginer ce qu'ils font à 3h du matin dans les quartiers populaires.
» Et je trouve que c'est incroyable comment cette dame qui peut-être j'aurais rencontrée hors mouvement, peut-être elle aurait même pas voulu m'adresser la parole parce qu'elle considérait qu'elle était xénophobe et autre et qui dans l'expérience de la lutte de classe est capable d'avancer.
Et je pense que nous c'est comment dans ces moments-là on essaye de montrer et typiquement je vois moi par exemple dans la réforme des retraites lorsque je viens ferrailler comme je dis sur les plateaux télé et que c'est aussi un discours que déteste l'extrême droite parce que l'extrême droite quand on enlève tout l'appareillage et le maquillage raciste, xénophobe et autres c'est un maintien du néolibéralisme ni plus ni moins que ça soit Pécresse que ça soit Ciotti que ça soit Éric Zemmour ou Le Pen ils sont tous pour la même chose c'est-à-dire un projet néolibéral et du système capitaliste et la personne qui parfois peut être tentée par des idées réactionnaires et autres lorsqu'elle se dit mais je ne comprends pas en fait lui vous me dites les arabes etc c'est ceci c'est cela mais lui il est aussi issu de l'immigration et je vois qu'il défend il défend mes intérêts il est en train de parler pour moi il est en train de dénoncer le fait que mon entreprise elle ait pris tant de millions de CICE et que derrière elle me mette elle me mette sur le carreau et souvent je dis que l'extrême droite elle essaye d'expliquer que c'est Mamadou ou Karim qui est responsable de la fermeture de Whirlpool ou de Ford Blancfort pour éviter en fait de regarder Jeff Bezos qui va dans l'espace ou Bernard Arnault qui derrière licencie c'est ça la réalité je pense qu'on se doit aujourd'hui d'essayer d'influencer le maximum possible pour que justement cette classe qui ne se reconnaît pas et je l'entends de cette manière là parfois même des gens ils gagnent le SMIC ils disent moi je suis la classe moyenne etc mais qui essaye de voir au final que c'est elle qui a le pouvoir qui fait tourner la machine capitaliste et que lorsqu'elle est prise par l'envie de l'arrêter et bien à un moment donné les patrons même les plus intelligents et les Jeff Bezos qui arrivent à aller dans l'espace demandaient à Jeff Bezos de faire tourner les usines d'Amazon demandaient à Carlos Ghos quand il était un an et demi en prison de faire tourner Renault toutes les Renault sont sorties toutes les Renault ont été vendues pendant qu'il était en prison et à l'inverse comme je dis mettez les travailleurs de Renault en prison et mettez Carlos Ghos dans l'usine et on va voir combien de Twingo il est capable de produire
il faudrait déjà sortir de la valise mais peut-être parce que ça tourne un peu ouais une dernière question ok on voulait vous faire un peu réagir sur la la la la la la la la la la la la la la la c'est à du référendum en Nouvelle-Calédonie hier donc le référendum qui a été maintenu et qui a vu le nom l'emporter parce qu'en fait vous défendez dans le programme un modèle qui est anti-impérialisme enfin anti-impérialisme pardon résolument décolonial et donc qu'est-ce que vous comment vous considérez ces processus référendaires et plus largement comment vous appréhendez la question des autonomies et des indépendances de nos voilà des différents territoires français dans une logique où parfois le départ ou en tout cas l'effacement de la France peut provoquer des changements de vie et des conditions matérielles de vie difficiles
ça c'est une dépression qu'on essaie de leur mettre systématiquement voire même avec la question de la Chine etc en disant si plus la France ça sera la Chine qui aura le enfin moi je pense que déjà sur le référendum en Kanaki ça montre la gestion coloniale de la France une fois de plus alors que les indépendantistes appelaient justement un report par rapport à la situation sanitaire et autres ça aurait dû être reporté la preuve en est que dans les deux référendums précédents parce que c'était le troisième les deux référendums je crois le dernier c'est 53 pour le non et 47 pour le oui et qu'aujourd'hui en fait l'abstention record du fait que même les indépendantistes eux-mêmes se sont retirés etc ont boycotté ce référendum là c'est ce résultat là et je pense que même si le pouvoir essaie de créer victoire en réalité il est fort probable qu'il y ait des mobilisations nous on est pour soutenir toutes les formes d'autodétermination et c'est au canac eux-mêmes de se prononcer décider sur la forme d'autodétermination qu'eux ils souhaitent je pense que ça il faut le dire et nous c'est quelque chose effectivement comme vous avez dit Mathilde qu'on porte profondément tout un volet autour si je peux appeler de cette manière là autour de la question impérialiste en fait que ça soit la présence des bases militaires françaises etc.
dans les quatre coins dans les quatre coins du monde son passé colonial etc.
le fait qu'aujourd'hui même quand il y a des Guadeloupéens des Martiniquais qui se mobilisent parfois qui demandent des lits supplémentaires des respirateurs artificiels on leur dit d'aller se faire voir et puis par contre lorsqu'ils se réveillent et qu'ils luttent on leur envoie le GIGN et le RAID c'est tout ça qu'il faut essayer de dénoncer parfois même aussi les alliances militaires vous en avez parlé aussi profondément cette enquête de Odyssée qui a été aussi qui était présente je crois dans l'air libre l'alliance entre Al-Sissi qui au final est un dictateur qui fait un putsch qui tue plus de mille manifestants égyptiens et puis qui derrière est décoré par la Légion d'honneur par Jean-Yves Le Drian et qui profite des renseignements militaires de la France pour bombarder des contrebandiers parfois de riz et de tabac enfin à un moment donné si on ne dénonce pas toutes ces questions-là c'est pour nous en tout cas c'est central et si je peux me permettre sur la question de la Kanaki parce qu'au-delà de la question d'autodétermination et ça fait écho avec ce qui se passe en Guadeloupe c'est aussi pour nous de porter un volet social important autour des questions de salaire de partage du temps de travail et autres parce que ce sont des questions aussi qui sont liées notamment à ces aspects d'autodétermination quand vous avez les Guadeloupéens ils vous disent nous on a aussi des problèmes d'eau on a des problèmes de chômage de précarité c'est comment on essaye non pas de parler d'autodétermination on va dire uniquement de manière territoriale mais d'essayer aussi de montrer comment ils sont vus comme des sous-humains si je peux dire de cette manière là ils ont même parfois même pas le droit à l'eau potable et c'est dire à quel point on a une responsabilité ou je pense au chlordécone ça c'est peut-être l'un des pires scandales des temps modernes pour l'histoire française donc c'est comment nous on va essayer d'articuler un maximum de choses et qu'on puisse remettre en avant aussi ces questions d'impérialisme parce qu'elles manquent beaucoup au débat on parle beaucoup du pouvoir d'achat des questions sociales etc.
on va dire à gauche à extrême gauche parce que dans les médias ça n'en parle pas beaucoup mais c'est aussi comment on parle de ce qui se passe en Palestine on parle de ce qui se passe pour les Ouïghours etc.
qu'on parle de la présence de la France à l'international parce que quelqu'un comme Mélenchon on n'en a pas parlé depuis tout à l'heure mais j'ai eu un profond désaccord lorsqu'il est face à Zemmour et qu'il revendique la puissance maritime de la France en disant que la France la patrie est deuxième puissance maritime mondiale et qu'il ne dit jamais en fait comment elle est deuxième puissance maritime mondiale et que c'est quelque chose qui pour moi est une ligne aussi rouge avec parfois on nous dit pourquoi vous ne faites pas alliance avec Mélenchon on se dit qu'on a des projets diamétralement opposés sur beaucoup de questions et notamment sur la question impérialiste qui pour nous est un marqueur important des militants révolutionnaires merci beaucoup
je rappelle que vous êtes candidat à la présidentielle soutenue par Révolution Permanente merci Mathilde à très vite merci vous restez avec moi encore une petite minute c'est 24h de Mediapart si vous n'avez pas lu Mediapart depuis 24h petite séance de rattrapage Hélène Salvi revient sur le référendum de dimanche en Nouvelle-Calédonie on vient d'en parler le vote a largement l'a largement emporté mais dans un vote boycotté on l'a dit aussi par les indépendantistes l'exécutif se félicite du scrutin alors que ce scrutin ne veut donc rien dire pardon Mathieu Suc allendement interrogé Philippe Chadris ancien patron de la sous-direction antiterroriste chargé de l'enquête Ornum sur le 13 novembre un entretien à lire qui est très intéressant enfin on a appris aujourd'hui que Claude Guéant ancien ministre de l'Intérieur ancien secrétaire général de l'Elysée proche de Nicolas Sarkozy allait être incarcéré à la prison de la santé l'occasion de relire les enquêtes de Michel Deléant Fabrice Arfi et Karl Lasque sur cette intime de Nicolas Sarkozy à l'air libre c'est fini pour aujourd'hui n'oubliez pas nous ne vivons que grâce à vos abonnements à nos abonnements pardon nos offres du mois de décembre s'affichent ci-dessous profitez-en et n'hésitez pas aussi à vous abonner à notre chaîne YouTube à demain à la chaîne YouTube
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Anasse Kazib