L'influence américaine dans les organisations internationales
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- 2:52Invité politiqueFait
« « La France ne le sait pas mais nous sommes en guerre avec l'Amérique. Oui, une guerre permanente, une guerre vitale, une guerre économique, une guerre sans mort apparemment. » »
- 9:20Invité politiqueFait
« « Des documents déclassifiés du gouvernement américain montrent que la communauté du renseignement des États-Unis a mené une campagne dans les années 1950 et 1960 pour favoriser l'unification européenne. » »
- 10:47Invité politiqueFait
« « L'argent de l'ACUE provenait des fondations Ford et Rockefeller, ainsi que de milieux d'affaires ayant des liens étroits avec le gouvernement américain. » »
- 11:30Invité politiqueFait
« « Elle recommande d'empêcher tout débat, jusqu'au moment où l'adoption de telles propositions serait devenue pratiquement inévitable ». »
- 17:01Invité politiqueFait
« « Rien ne pourrait nous être plus agréable que d'apprendre que les États d'Europe occidentale ont décidé de se réunir dans une ville d'Europe, disons à Luxembourg, des délégués responsables avec le mandat de rédiger l'acte constitutionnel de l'Europe. » »
- 19:46Invité politiqueFait
« « Vous êtes un conspirationniste. Désormais le mot conspirationnisme est devenu une espèce de fatwa. » »
- 20:23Invité politiqueFait
« « Je suis ferme dans mon soutien à la candidature de la Turquie. Je crois très fermement que l'une des quatre ou cinq questions pour cette partie du monde est de savoir si la Turquie deviendra un partenaire de plein droit de l'Union Européenne ». »
- 24:00Invité politiqueFait
« « les États-Unis d'Amérique veulent faire coïncider le périmètre de l'UE avec celui de l'OTAN. Il s'agit d'une entreprise de vassalisation dont les deux faces sont militaire et civile. » »
- 24:40Invité politiqueFait
« « Nous faisons bon accueil à une Europe vraiment unie ». » »
- 27:11Invité politiqueFait
« « Nous avons fermement soutenu le projet européen, son achèvement, ainsi que l'Union Européenne. De notre point de vue, la poursuite du succès de la construction européenne est importante ». »
- 57:55Invité politiqueFait
« Ce n'est pas la question. Arrêtez de vous payer nos têtes. Nous on parle de choses qui sont très concrètes. »
- 58:10Invité politiqueFait
« Très concrètement, on voit comment les différents cercles de pouvoir aux États-Unis ont mis la main sur l'Europe. »
- 58:26Invité politiqueFait
« On voit comment les différents cercles de pouvoir aux États-Unis ont mis la main sur l'Europe. Alors, j'ajoute que si j'enlève quelques-uns d'entre eux, il nous reste Goldman Sachs et JPMorgan par exemple. »
- 58:40Invité politiqueFait
« Je vous assure que Goldman Sachs et JPMorgan ne sont pas vraiment des entreprises philanthropiques. »
- 59:09Invité politiqueFait
« Et d'ailleurs, c'est pas nous qui le disons, c'est la Commission qui lui impose, en vertu notamment de l'article 121, sur les grandes orientations de politiques économiques. »
- 1:00:30Invité politiqueFait
« Mario Draghi, qui était l'ancien vice-président de Goldman Sachs Europe. »
- 1:01:57Invité politiqueFait
« Ces comptes ont été falsifiés par Goldman Sachs, et par ce M. Papadímos. »
- 1:02:40Invité politiqueFait
« Les élites du monde économique et financier allemand, ne veulent plus de l'euro. »
- 1:04:02Invité politiqueChiffre
« Les informations trouvées suggèrent une implication constante et très active de l'administration Obama dans la recherche de solutions à la crise de l'euro. »
- 1:19:58Invité politiqueFait
« Le capital est souscrit. Le capital, c'est-à-dire l'argent a été apporté par des quasi-actionnaires, ce sont des États. Et les États se répartissent donc le capital du FMI, selon la clé de répartition que je vous ai présentée ici. »
- 1:20:42Invité politiqueChiffre
« L'actionnaire n°1 du FMI, ce sont les États-Unis, avec 16,75%. »
- 1:21:27Invité politiqueChiffre
« Les 9 premiers États ont 50,19% du PIB, des droits de vote, alors que le FMI compte 185 pays membres. »
- 2:01:05Invité politiqueFait
« Les États-Unis établissent des accords bilatéraux avec les États signataires, garantissant que les Américains qui seraient amenés à répondre de leurs actes devant la CPI soient rapatriés aux États-Unis. »
- 2:58:24Invité politiqueFait
« tout empire périra »
- 2:59:09Invité politiqueFait
« nous sommes des collabos de l'empire américain »
- 2:59:50Invité politiqueFait
« En 1940, les Gaulois, les Français, qui ont pris le parti de l'étranger, qui ont cru dans ce que disait Adolf Hitler »
- 3:01:16Invité politiqueFait
« dans combien de temps la « guerre inconnue » que dénonçait François Mitterrand se terminera-t-elle par l'effondrement de l'Empire américain ? »
Temps de parole
- François Asselineau100 %
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Je me félicite du grand nombre d'entre vous qui êtes là, puisque nous ne sommes pas en campagne électorale. Il s'agit d'un après-midi, d'un dimanche. Vous pourriez être chez vous à regarder une série américaine sur TF1. Eh bien non ! Vous avez préféré venir, écouter une conférence, de nature politique, qui, par ailleurs, va s'attaquer à un certain nombre de tabous de la pensée.
En ces jours où tout le monde n'a plus à la bouche que le mot de liberté d'expression, je vais ici faire une conférence qui a plusieurs chapitres, sept ou huit ou neuf je ne sais plus, et qui va, vous allez voir, traiter de sujets qui ne sont jamais abordés, ou pratiquement jamais sur justement les télévisions, les grands médias, les grandes radios, les grands journaux. Un petit peu sur certains journaux, par exemple des journaux du style Le Monde diplomatique. Mais les grandes télévisions, celles qui formatent l'opinion publique française, les grandes radios, ceci n'y a jamais, jamais accès.
Et lorsque vous commencez à formuler des questionnements, ce qui a été, je rappelle quand même, la quintessence de la civilisation européenne, car si l'Europe a apporté quelque chose au monde, à partir de la Renaissance, à partir de la découverte de l'esprit scientifique qui s'est opposé aux dogmes, à l'esprit dogmatique, c'est la faculté de se remettre en cause et de formuler des doutes sur tout ce qui est annoncé. C'est la quintessence même de l'esprit européen.
Ça a été la grande innovation de cette civilisation, de l'Europe, à partir du XVIe siècle, à partir de la révolution copernico-galiléenne comme on a dit, c'est-à-dire : être capable, quoi qu'il puisse en coûter, de remettre en cause ce que l'on vous dit pour poser des bonnes questions. C'est ça. Eh bien justement c'est ce que nous essayons de faire, et je conclurai cette petite introduction en vous rappelant cette belle citation du philosophe allemand Emmanuel Kant qui disait : « Si tu te comportes comme un ver de terre, ne t'étonne pas que l'on t'écrase ». Donc nous, nous ne sommes pas là pour nous comporter comme des vers de terre.
On est là pour se comporter comme des femmes et des hommes citoyens d'un pays libre. La France c'est le pays des hommes libres, des hommes et des femmes libres : France. Eh bien on va essayer de s'en tenir à cette vocation de notre pays quoi qu'il puisse nous en coûter, et même si cela ne plaît pas, et on va d'ailleurs prendre au mot, eh bien, ceux qui nous parlent de liberté d'expression. Alors l'influence américaine dans les organisations internationales. Après 14 années passées à l'Élysée, quelques semaines avant de mourir, François Mitterrand livra son testament politique aux Français.
C'est une citation que je cite souvent dans un certain nombre de mes conférences, et dont je ne me lasse pas, à vrai dire : « La France ne le sait pas mais nous sommes en guerre avec l'Amérique. Oui, une guerre permanente, une guerre vitale, une guerre économique, une guerre sans mort apparemment. Oui, ils sont très durs les Américains, ils sont voraces, ils veulent un pouvoir sans partage sur le monde... C'est une guerre inconnue, Une guerre permanente, sans mort apparemment, et pourtant une guerre à mort ». Cette phrase tirée des propos de Mitterrand a été prononcée par l'ancien président de la République quelques semaines avant qu'il meure.
Il avait passé 14 années à la tête de l'Etat à l'Élysée. Aucun président de la République française avant lui, et sans doute aucun après lui, n'a réalisé cette performance de rester 14 ans à l'Élysée. Ça n'était jamais arrivé dans l'Histoire. Il y est arrivé. Donc, au bout de 14 ans, il savait quand même a priori de quoi il parlait. Ou alors il était bon à mettre au cabanon. C'est dommage pour quelqu'un qui avait le feu nucléaire sous les doigts et qui pouvait envoyer une bombe nucléaire. Il a fait ces confidences à Georges-Marc Benamou, journaliste au Nouvel Observateur à l'époque.
Et ça a été publié dans un livre qui s'appelle « Le dernier Mitterrand » chez Plon qui a été publié en janvier 1997. Nous serions dans une démocratie normale, dans un pays normal, on devrait à ce moment-là avoir des colloques, des débats sur cette espèce de testament politique, comme il y a eu, vous savez peut-être, le testament politique de Colbert, etc. Quand il y a un homme qui, au seuil de la mort, un peu comme si finalement il n'avait plus peur, de dire la vérité, la quintessence de ce qu'il avait appris étant arrivé à la tête de l'État. Il n'avait plus peur, puisqu'il était atteint, comme vous le savez, d'une maladie incurable. Il était tout à fait dans ses derniers instants.
Il nous a livré ceci pour le méditer. Alors on va voir un peu en quoi consiste cette guerre économique, cette guerre permanente, cette guerre vitale, cette guerre inconnue. Il a utilisé d'ailleurs toute une série d'adjectifs, pour essayer de cerner un phénomène qui n'est pas clair. Ce dont nous pensons toujours, nous, quand on parle de la guerre, on pense toujours à ce qu'a été la guerre échafaudée, le droit de la guerre, à partir du Moyen Âge. Vous savez qu'au Moyen Âge, il y avait ce que l'on appelait l'esprit chevaleresque. C'était pas tout le monde qui faisait la guerre, et la guerre obéissait à des règles.
L'Église, d'ailleurs, avait progressivement interdit toute une série de jours où on n'avait pas le droit de faire la guerre : on n'avait pas droit de faire la guerre le samedi, le dimanche, on n'avait pas le droit de faire la guerre pendant l'Avent. Avant Noël. On n'avait pas le droit de faire la guerre pendant le Carême, pas pendant Pâques, et puis à un moment, on n'avait plus droit faire la guerre le lundi ni le vendredi, donc finalement la guerre ce n'était plus que le mardi, mercredi, jeudi. Eh oui, mais faut le savoir. Et puis la guerre ça se déclarait, et puis avec des mois entiers où l'on ne pouvait pas faire la guerre.
Parfois on vous parle de la guerre de Cent Ans, mais les gens oublient qu'il y avait des périodes de guerre et des périodes de paix, dans cette période. Et puis il y avait aussi ces précisions. C'est que l'on ne faisait pas la guerre par traîtrise. On respectait une déontologie, une éthique, fondée notamment sur les évangiles. Donc c'était un mélange à la fois de cruauté et de foi, et de croyance, donc la guerre ça se déclarait. On ne prenait jamais les gens en traître. On savait qu'on était ou non en état de belligérance.
Alors tout ceci a été codifié, comme vous le savez, à partir du XVIIe siècle notamment par un juriste néerlandais, Hugo van Groot, qui écrivait en latin donc on l'a appelé Grotius, et qui a été le père fondateur du droit international, qui est un droit où, progressivement, les nations développées, les nations civilisées, et c'est-à-dire en fait les nations d'Europe qui, pour les raisons que je vous ai indiquées à l'instant même, se posaient des questions, remettaient en cause, doutaient de ce qu'elles devaient faire... Eh bien progressivement ces nations ont échafaudé un droit international qui s'imposerait aux nations, qu'elles devraient respecter en toute circonstance.
Évidemment un sujet très compliqué puisque, à la différence du droit pénal ou du droit civil ou des droits dans une nation, il y a une autorité. C'est l'État qui fait obéir les gens, normalement, qui les fait respecter la loi. Mais là il s'agit de bâtir une loi internationale. Mais qui va faire respecter une loi entre les nations ? Puisqu'il n'y a pas un État au-dessus. Donc ça a été un des grands questionnements, avec l'élaboration d'un droit international, avec l'élaboration du droit des traités, et puis on va le voir au XXe siècle avec l'essai de faire des organisations supranationales. L'Organisation des Nations Unies qui essaye tant bien que mal de faire respecter le droit.
Mais dans la charte des Nations Unies, on y reviendra à tout à l'heure, il est précisé que ceci ne peut fonctionner qu'à la condition que les pays agissent de bonne foi. Alors, la question bête : qu'a donc découvert François Mitterrand après les 14 années passées à la tête de la France ? On va essayer d'en voir un certain nombre de chapitres, avec vous, pour cette conférence. La première chose c'est l'influence américaine sur la construction européenne. J'envoie ceux qui sont intéressés par le sujet sur ma conférence qui s'appelle « Qui gouverne la France ? » dont j'ai extrait ici quelques planches.
Également sur une autre qui n'est pas encore enregistrée dans sa dernière version mais qui s'appelle : « Les origines cachées de la construction européenne ». Sur lesquelles je pense que, si le sujet vous intéresse, vous devriez vous contacter. Donc j'en reviens à cet article du Daily Telegraph, un grand journal britannique conservateur, mais un des journaux les plus sérieux du monde, qui dans son article du 19 septembre 2000, un article du journaliste britannique d'investigation Ambrose Evans-Pritchard, a appris que des documents déclassifiés par l'administration américaine avaient été à l'été 2000 rendus publics.
Car comme vous le savez il y a des lois aux États-Unis qui imposent notamment que les documents secret défense, pas les très très secrets, qui eux peuvent rester encore plus secrets, mais les documents confidentiels ou secret défense doivent être rendus publics à peu près 30 ans après les événements. Donc, il y a eu un journaliste d'investigation britannique, Ambrose Evans-Pritchard, qui a fait cet article, en disant : « Des documents déclassifiés du gouvernement américain montrent que la communauté du renseignement des États-Unis a mené une campagne dans les années 1950 et 1960 pour favoriser l'unification européenne. Celle-ci finança et dirigea le Mouvement fédéraliste européen.
Les dirigeants du Mouvement européen : Retinger, le visionnaire Robert Schuman, l'ancien Premier ministre belge Paul-Henri Spaak — il l'a trouvé nommément cité dans les documents déclassifiés — étaient tous traités comme des employés par leurs parrains américains. Le rôle des États-Unis fut tenu secret.
Et l'argent de l'ACUE, c'est-à-dire American Committee for United Europe, le Comité Américain pour une Europe Unie — nous, il faudrait qu'on fasse un comité européen pour l'ensemble des Amériques unies puis demander que le Mexique, que Cuba, le Venezuela fusionnent avec les États-Unis — L'argent de l'ACUE provenait des fondations Ford et Rockefeller, ainsi que de milieux d'affaires ayant des liens étroits avec le gouvernement américain. Paul Hoffman, directeur de la Fondation Ford et ex-officier de l'OSS, — L'OSS c'est le prédécesseur de la CIA. Vous savez que le nom a changé après la Seconde Guerre mondiale — fut également à la tête de l'ACUE à la fin des années 1950.
Le Département d'État jouait aussi un rôle. Une note émanant de la Direction Europe datée du 11 juin 1965, conseille au vice-président de la Communauté Économique Européenne, Robert Marjolin, de poursuivre de façon subreptice, — c'est-à-dire en catimini — l'objectif d'une union monétaire. Elle recommande d'empêcher tout débat, jusqu'au moment où l'adoption de telles propositions serait devenue pratiquement inévitable ». Alors ça si c'est pas une influence, si c'est pas un complot, si ça n'est pas une organisation délibérée, voulue par un État, pour organiser ça pour le compte de l'Europe, qu'est ce que c'est ?
Alors ça fait un certain nombre d'années que je parcours la France en montrant ceci, alors dans un premier temps les gens n'ont pas réagi. Enfin « les gens »... Les services de renseignement qui nous suivent... D'ailleurs je souhaite la bienvenue à celui qui doit être ici en ce moment, en train de prendre des notes. J'espère que ça lui ça lui servira pour sa carrière de citoyen personnel. Mais il y a des gens quand même qui sont venus, et qui m'ont dit : « Oui mais finalement, Ambrose Evans-Pritchard c'est pas très sérieux ». C'est pas vrai, c'est l'un des journalistes les plus sérieux du Royaume-Uni, donc du monde, puisque, la presse britannique...
Les journalistes britanniques ont une autre déontologie que les pays d'Europe du Sud. Bien. Donc des gens ont dit : « Finalement, qu'est-ce que vous en savez de tout ça ? » Évidemment, parce que ça c'est une façon toujours de récuser. « D'où est-ce que vous nous dites là ? (Grommellements) » Alors, eh bien qu'est-ce qu'on a fait ? On a pris notre canne et notre chapeau et on s'est adressé aux États-Unis d'Amérique, au Département d'État, on a dit : « On voudrait avoir la note du 11 juin 1965 ». Les gens m'ont dit : « On l'a cherchée. Ça n'existe pas ». J'ai même eu ça. On a vu des gens qui nous ont attaqués : « Cette note n'existe pas ». Elle n'existe tellement pas que la voici !
Nous l'avons obtenue du Département d'État américain. Ça c'est le scan de l'original en anglais. Vous pourrez aller trouver tout ceci sur notre site internet : upr.fr, j'en profite. Faut bien chercher, vous tapperez « Marjolin », etc. C'est effectivement une réunion qui s'est tenue le 11 juin 1965, dont voici en effet le scan. Qui a été rendue publique, avec ici, un des passages intéressants, et qui est en anglais, tout ça figure sur notre site, et on y voit que M. Mann, y avait Robert Marjolin qui était le vice-président de la CEE de l'époque. Et il est là seul, et il parle devant quatre personnes.
Il y a le responsable, une espèce de sous-secretaire d'État, de mémoire, il y a le responsable Europe, il y a le responsable France, et puis un quatrième personnage, donc il est qui là, et, toute la lecture de cette note est assez pénible parce qu'on voit, Robert Marjolin c'est un français hein ; il est à l'époque vice-président de la CEE, on est en 1965, on voit qu'il est là, et qu'il est à peu près convoqué ! Et obligé de rendre des comptes à ses mentors. « M. Mann pose la question de l'union monétaire dans le marché commun. — Ça, c'est donc l'américain. — M.
Marjolin déclare qu'on l'envisageait mais il fait remarquer qu'une fois que la communauté aura une politique agricole commune, les six formeront une union monétaire à des fins pratiques. M. Mann fait observer que bien sûr ces politiques, ainsi que l'harmonisation fiscale, contribueront à ce développement.» On croit rêver... C'est quand même un type qui donne des ordres, c'est un donneur d'ordres. M. Marjolin est un Français, et il répond à un chef de bureau qui s'occupe des questions françaises. «M. Marjolin fait référence à l'unité de compte, qui sera utilisée dans les prix agricoles et qui maintiendra la stabilité des prix dans les États de la Communauté.
[...] C'est pourquoi la question est de savoir s'il doit y avoir des propositions monétaires ou si l'on doit attendre jusqu'à ce que les autres politiques entrent en vigueur. Il dit craindre qu'il n'y ait des résistances... ». Il vient de rendre compte à ses commanditaires, hein ! M. Marjolin le Français vient rendre compte aux Américains en disant : «Je crains qu'il y ait des résistances pour cette monnaie européenne. Qu'il y ait des résistances aux propositions monétaires à présent. C'est pourquoi il lui paraît préférable d'attendre que l'adoption de ces propositions devienne pratiquement inéluctable». On retrouve effectivement les termes mêmes de l'article d'Ambrose Evans-Pritchard.
« M.Schaetzel [qui est un autre Américain] évoque un document qui avait été émis par le centre de Bologne, dont la thèse était que l'union monétaire arriverait dans le droit fil de la dynamique inhérente au traité de Rome. De ce fait, en accord ce qui semble avoir été la politique des rédacteurs du traité de Rome, ces décisions pourraient être reportées jusqu'à ce qu'elle soient devenues inévitables." J'ajoute par ailleurs que tout ceci a été rédigé, tapé, et que très probablement, parce que je connais la musique, j'ai été aussi dans les ministères, quand il y a ce genre de réunion très confidentielle, on évite quand même de mettre des traces trop précises. Hein donc on fait des...
On dit pas : « Voilà ! M. Mann a donné instruction à ». On va pas écrire les choses comme ceci. Donc vous voyez l'instruction qui est claire des États-Unis d'Amérique de pousser les Européens à avoir une union monétaire. Et, comme je l'ai dit souvent il n'y a pas besoin d'aller rechercher d'ailleurs les documents confidentiel défense déclassifiés de l'administration américaine pour savoir ce qu'il en est quant à la constitution européenne par exemple. Qui est-ce qui a eu le premier l'idée d'une constitution européenne ?
Eh bien je vous renvoie au numéro 136 de Paris Match du 27 octobre 1951, page 18, où vous avez un entretien, en exclusivité mondiale s'il vous plaît, du général Eisenhower, à l'époque il est à la tête du chef, c'est-à-dire prédécesseur de l'OTAN, Nous sommes en 1951. Eisenhower sera élu président des États-Unis d'Amérique en 1952. Et donc vous avez ce document que voici : l'entretien avec le général Eisenhower dont je vous ai fait un scan. Question du journaliste français de Paris Match : « Que pensez-vous de la fédération européenne ? ».
Réponse du type à la tête de l'OTAN, des armées américaines en Europe occidentale : «Rien ne pourrait nous être plus agréable que d'apprendre que les États d'Europe occidentale ont décidé de se réunir dans une ville d'Europe, disons à Luxembourg, des délégués responsables avec le mandat de rédiger l'acte constitutionnel de l'Europe, de désigner la capitale et cetera, et qu'à partir du 1e janvier l'Europe occidentale fonctionnera comme une fédération. Aucune décision ne pourrait mieux nous aider dans la tâche que nous poursuivons ».
Quand vous dites ça, — l'autre fois j'étais invité, bon une fois, comme vous le savez, j'avais été invité à "On n'est pas couché" — je répondrai aux questions pour ceux d'entre vous, tout à l'heure, qui souhaitent avoir le dessous des cartes, je signale quand même que dans cette émission, 60% de ce que j'ai dit a été supprimé au montage. Car c'était une émission qui était enregistrée, ce n'était pas du direct... Après il y a des gens qui m'ont dit : « Alors, Président, vous n'aviez pas la forme. Pourquoi vous n'avez pas répondu ? » Je leur ai dit : "Si, j'ai répondu, mais ça a été coupé !" C'est ça la liberté d'expression quand on fait défiler les gens dans les rues.
Moi on m'avait dit que c'était enregistré dans les conditions du direct, mais on ne m'avait pas dit que c'était pas diffusé dans les conditions du direct. Bref, vous avez vu que j'avais été attaqué par Mme Léa Salamé qui me traitait bien entendu de conspirationniste. C'est-à-dire que sortir les preuves, absolument matérielles, tangibles... Vous êtes un conspirationniste. Désormais le mot conspirationnisme est devenu une espèce de fatwa. On fulmine une excommunication pour rester dans le monde du christianisme. Et vous êtes tétanisé, vous n'avez plus le droit de rien dire. Maintenant, et c'est depuis ce plus en plus grave. Vous voyez d'ailleurs que ça devient de plus en plus grave.
On aura peut-être l'occasion au moment des questions de parler des événements tragiques qui se sont déroulés en France, mais on ne peut même plus évoquer la moindre interrogation si on sort de la pensée obligatoire, du slogan obligatoire, c'est que vous êtes quelqu'un de suspect, et je reviendrai d'ailleurs là-dessus à la fin de cette présentation, puisque c'est une véritable stratégie développée par les États-Unis d'Amérique. Bon alors, il n'y a pas que Eisenhower... Qui a demandé fermement l'entrée de la Turquie dans l'Union Européenne ? Qui a dit : «Je suis ferme dans mon soutien à la candidature de la Turquie.
Je crois très fermement que l'une des quatre ou cinq questions pour cette partie du monde est de savoir si la Turquie deviendra un partenaire de plein droit de l'Union Européenne » ? La réponse : il s'agit du président américain William Clinton, Bill pour les intimes dont vous êtes... Ça c'est une présentation des médias, ça fait partie du décorum. Le président des États-Unis dans une conférence de presse à Ankara, le 15 novembre 99, à l'issue de son entretien avec le président de Turquie, Süleyman Demirel. C'est la dépêche AFP du 15 novembre 1999, 15h35 pour ceux d'entre vous qui voudraient faire des recherches, ce à quoi je les invite ! Je suis là pour montrer mes sources.
Et d'ailleurs le président Clinton disant : «Je continuerai à m'en faire l'avocat». Nous nous sommes — je fais ici un petit aparté — notre mouvement politique, quand on nous interroge sur l'entrée de la Turquie dans l'UE, — vous savez, c'est d'ailleurs une espèce de brûlot qu'on agite dans la population. Il y a ceux qui disent : « Ah non ! On va pas avoir des Arabes dans l'Union Européenne ! ». Ils ne savent d'ailleurs même pas que les Turcs sont pas des Arabes. Pour eux les Arabes, c'est les musulmans. « Surtout pas ! ». Vous voyez qui je vise. Vous avez la droite, l'extrême-droite. Vous avez le Front National.
Vous avez alors la gauche qui dit : "ah si si c'est très bien, ça va favoriser une espèce d'islam laïc", etc. Nous on ne dit pas ça. Nous on dit : pourquoi est-ce que la Turquie devrait-elle entrer dans l'Union Européenne et pas la Russie ? Qui en a décidé ? À quoi ça correspond ? Quel est l'objectif poursuivi ? Alors là, y a plus personne. Tout le monde aux abris ! La famille Le Pen, le père, la grand-mère, la petite-fille etc, les premiers ! Eh oui, parce que se poser cette question, c'est poser la quintessence de la construction européenne. Je rappelle que la Turquie fait partie de l'OTAN depuis 1955.
Nous, nous disons que la construction européenne vise à faire coïncider autant que faire se peut, si on excepte les quelques pays neutres, comme la Suède, ou l'Autriche depuis les années 50, mais à part les quelques pays neutres, les États-Unis d'Amérique veulent faire coïncider le périmètre de l'UE avec celui de l'OTAN. Il s'agit d'une entreprise de vassalisation dont les deux faces sont militaire et civile. Que l'objectif est de repousser la Russie au plus profond de l'Eurasie. Que l'objectif est également de surveiller le Moyen-Orient. Voilà pourquoi les États-Unis veulent faire entrer la Turquie dans l'UE et qu'il n'est absolument pas question que la Russie puisse y entrer.
Donc nous disons : « Ça ne nous concerne pas. Ça nous concerne quand même parce que, depuis maintenant sept ou huit ans, l'Union Européenne a versé 6 milliards d'euros de fonds, dits de mise à niveau, à la Turquie pour son entrée dans l'Union et comme les Français en paient un sixième, en gros, ça veut dire que les Français ont été taxés de 1 milliard ! 1 milliard d'euros qui ont été versés à la Turquie ! Pourquoi pas me direz-vous... Moi je préférerais qu'ils fussent versés à des pays dont nous sommes plus proches, et qui sont plus pauvres, et je pense en particulier aux pays de la francophonie.
Mais ce que je note c'est que les Turcs ne savent pas plus que les Français, que la France [FA voulait dire UE AMHA] a versé 6 milliards d'euros. Puisque les Français ne le savent pas et les Turcs non plus. Les Turcs on leur présente que c'est l'Europe avec le drapeau de la sainte vierge, bleu aux étoiles d'or, qui va les accueillir. Donc c'est fait pour, il a été monté une mécanique qui permet de prendre de l'argent aux peuples d'Europe. Et ils n'en sont même pas bénéficiaires, de leur générosité. Ils font ça pour compte d'autrui. C'est-à-dire pour une puissance qui tire les ficelles par-derrière, et dont l'objectif est de faire coïncider le périmètre de l'Union et celui de l'OTAN.
Qui a invité officiellement l'ensemble des pays de la Baltique à la mer Noire à rejoindre l'OTAN et l'UE ? Qui a dit : « Toutes les nouvelles démocraties de l'Europe, de la Baltique à la mer Noire, et toutes celles qui se trouvent situées entre les deux doivent avoir la même chance pour la sécurité, la liberté, et la même chance de rejoindre les institutions européennes. Toutes les nations devraient comprendre qu'il n'y a aucun conflit entre l'appartenance à l'OTAN et l'appartenance à l'UE » ? Est-ce que c'est le chancelier allemand, est-ce que c'est le président de la République française ?
Eh bien non pas du tout, comme vous le savez peut-être si vous avez déjà vu une partie de cette conférence dans d'autres, eh bien, il s'agit du président George W. Bush, président des États-Unis, dans son discours à l'université de Varsovie le 15 juin 2001, où il disait : « Nous faisons bon accueil à une Europe vraiment unie ». Normalement, on serait un état normal, un état souverain, on aurait rappelé notre ambassadeur à Washington, pour consultation comme on dit. On aurait émis une protestation en disant : « En quoi est-ce que ça vous regarde ? » Imaginez ce qu'aurait fait De Gaulle !
Mais tous les pays de l'UE en question sont tellement soumis et vassalisés que, lorsque vous avez le patron qui dit : « Voilà ! Il va falloir vous marier maintenant avec dix États de l'est », personne ne moufte. Je ne suis pas plus hostile aux pays de l'Est que je l'étais à l'instant avec la Turquie. Mais quel est l'objectif ? Toujours le même ! D'ailleurs, tous ces pays sont entrés dans l'OTAN avant d'entrer dans l'UE, toujours dans cet objectif de refouler la puissance russe.
Alors je l'ai déjà expliqué ailleurs, je ne vais pas ici m'y étendre, il s'agit de la stratégie qui a été élaborée par les États-Unis d'Amérique et notamment qui a été théorisée par Zbigniew Brzezinski et qui est un Américain d'origine polonaise, qui a été conseiller diplomatique du président Carter, puis du président Obama. — il est insubmersible — et, qui a écrit un ouvrage qui s'appelle « Le grand échiquier », « The great chessboard » en américain, que vous pouvez aller lire en traduction française, où il explique très exactement quelle est la stratégie des États-Unis, pour refouler... D'ailleurs on ne peut pas comprendre la crise ukrainienne en ce moment si on ne comprend pas ça.
C'est la même chose. l'Ukraine va entrer dans l'OTAN et dans l'Union Européenne — c'est ça qu'ils veulent — pour progressivement empêcher quoi ? Empêcher qu'il puisse y avoir une grande puissance qui puisse empêcher les États-Unis de dominer le monde. C'est ça le truc. De la même façon, on verra tout à l'heure pourquoi ils s'attaquent à la Chine, pourquoi à la Russie. C'est parce qu'il s'agit d'être le premier, de diriger la planète entière ! Qui a appelé les Français à voter oui à la constitution européenne en 2005 ? Qui a dit : « Nous avons fermement soutenu le projet européen, son achèvement, ainsi que l'Union Européenne.
De notre point de vue, la poursuite du succès de la construction européenne est importante » ? La réponse : c'est Mme Condoleeza Rice, votre amie, qui était à l'époque secrétaire d'État américaine. Elle était à Vilnius, elle rencontrait le président Valdas Adamkus, président de la république de Lituanie, à Vilnius. Et, c'était le 21 avril 2005. Allez voir la dépêche AFP. Ça contrevient à toutes les règles diplomatiques. C'est de l'ingérence dans les affaires intérieures d'un État, qui plus est, dans un État tiers... On croit rêver. Là aussi personne n'a protesté en disant à Mme Condelooza Rice qu'elle se mêle de ce qui la regardait. Elle aurait répondu : « Bien c'est justement ça ! ».
En attendant, Peut-être que parmi vous, certainement, il y a des gens qui pensent peut-être que j'exagère, des gens qui ont peut-être voté oui à la constitution européenne en 2005, comme ils avaient peut-être voté oui en 1992. D'ailleurs, dans notre mouvement politique, nous en avons pas mal ! Des gens qui ont voté oui en étant victimes des slogans, c'est-à-dire en se disant : « je vais construire l'Europe pour faire contrepoids aux États-Unis », c'est ce qu'on nous a expliqué... Mais nom d'une pipe !
Si la vocation de l'UE était de s'opposer aux États-Unis, de leur faire contrepoids, on se demande vraiment pourquoi ils auraient à la tête, que ce soit le président Clinton le général Eisenhower, Clinton, Bush, Mme Condoleeza Rice, etc. — je pourrais vous citer des citations toute la journée, jusqu'à la nuit basse tombée — On se demande vraiment bien pourquoi ils soutiendraient un projet qui aurait vocation à les affaiblir... Je vous renvoie — je n'ai pas le temps ici — à l'explication de ce mystère dans ma conférence : « Qui gouverne la France ? ».
0:29:01.320,0:29:06.620 Je voudrais quand même insister sur le fait que, comme on n'est jamais aussi bien servi que par soi-même, les États-Unis ont infiltré la Commission européenne, par des relais d'influence. Je vais présenter ici, parce que honnêtement, j'ai pas eu le temps de mettre à jour avec la nouvelle Commission qui a été installée il y a quelques semaines, l'ancienne Commission sortante : José Manuel Barroso, le président de la Commission européenne qui a été maintenant remplacé par Jean-Claude Juncker, le Luxembourgeois. Il a commencé sa jeunesse en étant président des étudiants maoïstes, au Portugal, après la révolution des Œillets d'avril 1974.
Issu de la petite bourgeoise de Lisbonne, il était le président de l'Union des étudiants maoïstes. C'était l'époque, en 74, vous savez peut-être, c'était la fin du régime de Salazar. En l'espèce de Marcelo Caetano d'ailleurs, qui était à la tête du Portugal. C'était un régime autoritaire, de droite assez dure, catholique, intégriste, etc. Et qui se livrait dans une guerre qui ravageait les finances du pays, pour essayer de maintenir, contre le cours de l'histoire, l'Angola et le Mozambique notamment, parmi les possessions coloniales portugaises.
Et donc il y a eu un coup d'État qui a été fait le 25 avril 1974 par des jeunes officiers de l'armée portugaise, et qui ont voulu reprendre le pouvoir. D'un seul coup d'un seul, ça a été la révolution dite des Œillets. Et puis il y a eu une très grande libération de la parole sur place, avec des mouvements politiques divers et variés. Il a notamment été autorisé de nouveau le Parti communiste portugais, le PCP, qui était clandestin, et qui était resté alors lui, un des mouvements communistes les plus paléo-staliniens de l'Europe occidentale. Et qui était essentiellement comme le Parti communiste espagnol, et un peu moins mais pas mal aussi comme le Parti communiste français.
Mais c'était surtout le parti très tenu par Moscou. Et puis les choses ont un peu dégénéré... Et puis les États-Unis ont eu peur que le Portugal bascule dans l'orbite soviétique. En 1974-1975, c'est l'époque où, justement, le camp socialiste marque de nombreux points. Notamment, il y a l'effondrement du Cambodge, le 17 avril 1975. Ensuite il y a l'effondrement du Viêt Nam, qui bascule dans la sphère socialiste. Le Laos, et puis, justement, l'Angola, le Mozambique, etc. C'est une époque où les États-Unis voient leur sphère d'influence rétrécir rapidement. Et donc ils craignent que le Portugal ne bascule dans le camp socialiste.
Or le Portugal, c'est les Açores, et les Açores l'une des toutes principales bases américaines en dehors des États-Unis. Les îles des Açores c'est une base américaine. Entre autres choses. Évidemment ça aurait eu un effet de domino, puisqu'en France c'était la période de l'Union de la gauche. Puisque, l'Espagne elle-même allait bientôt se libéraliser donc il y avait un effet d'exemplarité que les Américains ne pouvaient pas tolérer. Ils ont donc envoyé un nouvel ambassadeur à Lisbonne, qui s'appelait Frank Carlucci. Qui est américain, même si son nom fait penser un peu à Caltanissetta, vous savez. Vous connaissez, c'est le centre de la Sicile. D'où est originaire la mafia.
Je ne dis pas ça pour être offensant à nos compatriotes d'origine italienne. J'aime beaucoup l'Italie. Frank Carlucci est un agent de la CIA. On le sait de source certaine, puisqu'il est devenu ensuite directeur-adjoint de la CIA. Et donc, Frank Carlucci est envoyé à Lisbonne pour essayer de tout faire pour empêcher la prise du pouvoir par le PCP, par le Parti communiste portugais. Et sur la base « les ennemis de nos ennemis sont nos amis », mais aussi sur le fait qu'il est de notoriété publique, enfin il devrait l'être, que les mouvements gauchistes, maoïstes, trotskistes, ont très largement été de tout temps financés, en Europe occidentale, par la CIA, par les États-Unis.
Comme par hasard, il trouve que le président des étudiants maoïstes, M. Barosso, est un type formidable. Donc d'un seul coup paf ! Voici que notre José Barroso part à Genève, bénéficie de fonds de la fondation Volkswagen-Werk, pour faire des études à Genève dans une institution huppée. Et puis ensuite, il devient boursier de l'OTAN, pour aller faire des études à Georgetown University, à Washington. Il faut quand même avoir une sacrée souplesse d'échine, pour passer du stade de président de l'Union des étudiants maoïstes, et un an et demi après être à Washington DC à Georgetown University, aux frais de l'OTAN ! C'est quand même pas mal.
Je signale (âmes sensibles s'abstenir) que Georgetown University est un peu l'équivalent de l'ENA en France, mais plus que l'ENA, puisqu'on y forme notamment tous les cadres des services de renseignement. Alors je peux vous assurer que c'est pas du tout le cas à l'ENA. Bref ! Donc, à Georgetown University, qu'est-ce qu'il y fait ? On n'en sait rien. Ça se passe certainement très très bien puisqu'on le retrouve quelques années après, au congrès de Davos. Et d'un seul coup d'un seul, les journalistes découvrent un type absolument génial ! Toute la presse nationale portugaise et internationale explique que... une star is born. Une nouvelle étoile est née.
Il y a un type absolument fantastique qui a vocation à devenir Premier ministre du Portugal, sinon président. C'est sûr ! Le type est absolument extraordinaire ! On entretient un bruit de fond. Ça fait partie de ce que les Américains appellent les « self-fulfilling prophecies », les prophéties autoréalisatrices. Eh oui ! À force de dire : « Il est bien »... Quelqu'un était pas mal dans ce genre-là. Vous vous rappelez peut-être. C'était y a quelques années, dès que vous disiez : « Dominique Strauss-Kahn », tout le monde : « Ah ! Il est bien ! », « Ah ! Il est bien ! Oui, vraiment, il est bien ! ». On ne savait pas pourquoi il était bien, d'ailleurs.
Il avait fait une catastrophe lorsqu'il était au ministère des Finances, quand ensuite il était au Fonds monétaire international, il n'avait pas non plus brillé... Bon. Mais là, il y avait une espèce de bruit de fond – tout ça est parfaitement ciselé – qui avait été orchestré. Eh bien c'est ce qui s'est passé. Et donc, les Portugais, on leur a mis dans le ciboulot. Ils ont entendu, semaine après semaine, qu'il y avait un type formidable qui s'appelle José Manuel Barroso, qui allait devenir Premier ministre... Bien, effectivement, c'est ce qu'il est devenu ! Ah oui ! Ça marche ! Si les Américains font ça, c'est que ça marche.
C'est le fruit vénéneux du progrès des sciences cognitives et des sciences humaines, tout au long du XXe siècle. Vous savez que les Américains ont recueilli Edward Bernays, qui était le neveu de Freud, que Bernays est l'inventeur d'un livre fondamental du XXe siècle, qui s'appelle « Propaganda ». D'ailleurs, paraît-il que c'était le livre de chevet d'Adolf Hitler, enfin, de Goebbels. Les États-Unis ont découvert la façon de manipuler les foules, la façon de leur faire prendre des vessies pour des lanternes.
Donc, les Portugais se sont retrouvés avec José Barroso, qui est donc devenu Premier ministre, et puis qui est resté célèbre dans son pays pour un gros scandale, alors qu'il était Premier ministre. Il a voulu, en 2003, voyez que je ne remonte pas à l'âge, comment dirais-je, du néolithique. C'était il n'y a pas si longtemps. Il a voulu vendre de gré à gré la société nationale de pétrole du Portugal. Un des grands fleurons du patrimoine public portugais ! Un peu l'équivalent de Total, si Total était entièrement une entreprise publique par exemple, ou EDF. Il a voulu cela vendre de gré à gré, vous savez ce que ça veut dire, de gré à gré : sans appel d'offres. « Tiens ! Je te file ça !
» En général, quand vous avez un joyau, et que vous voulez le vendre le meilleur prix, vous faites quoi ? Vous faites de la publicité, vous dites : « Voilà ! Ça va passer en salle des ventes chez Sotheby's, chez Christie's, à New York, à Hong Kong ou à Londres ». Et vous faites tout un foin, et vous êtes sûr de faire venir un maximum de gens pour faire monter les enchères. Donc là, c'était vendu de gré à gré, et c'était vendu où ? Au Groupe Carlyle ! Le Groupe Carlyle dont le directeur général se trouvait être, – oh ! – le monde étant vraiment petit, Frank Carlucci.
Lequel Frank Carlucci, ayant été ambassadeur des États-Unis à Lisbonne en 1975, ayant lancé la carrière de José Barroso, était ensuite revenu dans ses pénates, comme directeur général adjoint de la centrale de Langley, la Central Intelligence Agency. Puis, ensuite, avait pantouflé comme directeur général du Groupe Carlyle qui se trouve être le groupe qui gère les fonds privés, qui se chiffrent en milliards de dollars, d'une famille que vous connaissez peut-être, je ne sais pas, c'est la famille Buisson... Famille américaine qui s'appelle Buisson. Georges Buisson. Il y a le père et le fils. George Buisson : George Bush. Et puis qui gère aussi ses copains, la famille ben Laden.
Non, vous connaissez pas ? Bon. C'est une famille... une famille saoudienne... Alors à ce moment là il y avait quand même le Parti communiste portugais qui était toujours là, qui était dans l'opposition, et qui a dit : « De quoi, de quoi ? », qui a fait un foin. C'était en 2003. Malheureusement, au Portugal comme en France, on n'est pas allé vers plus de liberté d'expression dans la presse. On est plutôt allé vers de moins en moins. En 2003, il y a quand même eu encore un petit sursaut, il y a eu un énorme scandale. Donc du coup, l'affaire ne s'est pas faite. Barosso a été prié de regagner ses chères études.
Et c'est à ce moment-là que d'un seul coup, les européistes se sont dit : « Il ferait un formidable président de la Commission européenne ! ». Chassé par les Portugais, il s'est retrouvé, donc, à la tête de la Commission. Il vient de quitter la Commission après dix années, mais Barroso était un homme qui était extrêmement proche des Américains. Je vais avancer, parce que je voudrais pas quand même m'éterniser, je ne parle que trop longuement.
Dans cette même Commission, nous avons eu le regret de voir partir, après dix ans de mauvais et déloyaux services, Mme Neelie Kroes, qui était commissaire chargée de la société numérique, et vice-présidente de la Commission, quand même, dans la Commission Barroso II. Mais qui, dans la Commission européenne Barroso I, qui l'avait précédée, était responsable de la concurrence. Mme Kroes s'était fait remarquer en 2005 lorsque – vous vous rappelez peut-être – il y avait eu l'affaire du rachat de la sidérurgie Arcelor par des intérêts anglo-indiens, par Mittal. Ça avait fait un tollé en France.
Les Français se sont dit : « Si on vend notre sidérurgie aux Indiens, est-ce qu'on va bientôt vendre La Joconde au Bangladesh, quoi ? ». C'était un peu ça la réaction. Donc Dominique de Villepin avait dit : « Je veux un certain patriotisme économique. J'ai décidé de prendre un décret anti-OPA pour protéger les secteurs les plus sensibles des achats étrangers ». C'était il y a dix ans ! Eh bien Mme Neelie Kroes, qui était à l'époque à Londres, a dit : « Il n'en est pas question ! ». Elle est intervenue et elle a fait cette déclaration : « Confrontés à l'insécurité et à une perte de confiance collective, certains politiques sont prompts à rechercher des politiques régressives de repli sur soi.
Ils veulent protéger des champions et des marques nationaux – ou même européens – ». Vous vous rendez compte le scandale ? Le Premier ministre français veut protéger une entreprise française. Et même européenne ça ne marche pas. « des assauts du marché mondial pour relancer les canards boiteux de l'industrie. Nous ne pouvons pas nous permettre d'être complaisants face à la résurgence actuelle de la rhétorique protectionniste. Le risque est à la fois réel et urgent. » C'était le 14 septembre 2005. Jour de mon anniversaire, ça n'a rien à voir. Devant la presse, après l'annonce de Dominique de Villepin. De Londres, où elle a fait cette déclaration dans la presse, elle est venue à Paris.
Moi j'étais à l'époque dans les services théoriquement chargés d'intelligence économique, on m'avait demandé de participer à l'élaboration du décret. Je peux vous dire que ça n'est pas allé très loin, puisque ça s'est terminé tout de suite. Elle s'est invitée à l'hôtel de Matignon et elle a dit : « Pas question ! ». Après il y a eu un vague décret qui a été pris ultérieurement, mais qui n'a eu absolument aucun effet. Uniquement pour sauver la face. Donc, cette femme a été beaucoup plus puissante que le Premier ministre français, à qui d'ailleurs, à cette période-là, les sondages donnaient 75 % d'approbrobation des Français.
Je crois même que ça frôlait les 80 % de Français qui voulaient que l'État intervienne pour protéger l'industrie française, justement dans les cas où c'était nécessaire. Donc quelle était cette dame ? Eh bien cette dame, il faut savoir d'où elle vient, quel est son pedigree. Elle était dans 40 conseils d'administration, avant d'être nommée commissaire européenne de nationalité batave, néerlandaise. Sur les 40 conseils d'administration où elle siégeait, à peu près 37 étaient d'entreprises américaines. McDonald's, je ne sais pas si vous connaissez cette entreprise. PricewaterhouseCoopers.
C'est un cabinet de consultance, dont certaines méchantes langues disent, dans certains services de renseignement, que c'est, parfois, une couverture des services de renseignement américains. Lockheed Martin. Ça fait partie du lobby militaro-industriel américain. Lockheed Martin fabrique des avions. Lockheed Martin c'était quand même ceux qui ont gagné le marché des chasseurs en Pologne, contre Dassault. Lockheed Martin utilisait par ailleurs les bons services de Mme Lagarde. Christine Lagarde, si vous voyez qui c'est. Christine Lagarde qui travaillait donc pour les intérêts de Lockheed Martin, contre les intérêts de Dassault.
C'est une des raisons d'ailleurs pour lesquelles on a perdu les F-15, ou les F/A-18. C'est d'ailleurs la raison pour laquelle Mme Lagarde ensuite est devenue ministre du Commerce extérieur en France, sans doute compte tenu du fait qu'elle avait fait capoter ce projet de vente de produits français. Lockheed Martin, dont le baseline comme on dit, c'est-à-dire le slogan en américain, c'est : « We never forget who we're working for », « Nous n'oublions jamais pour qui nous travaillons ». Et puis Lucent Technologies, c'est aussi du complexe militaro-industriel. Vous savez ce que c'est quand vous êtes dans un conseil d'administration ? Vous touchez ce que l'on appelle des jetons de présence.
C'est-à-dire, à l'origine, au XVIIIe siècle, c'était des jetons en argent, des choses comme ça. Maintenant, jeton de présence, ça veut dire que l'on vous fait un chèque, enfin, un virement. Vous recevez un virement. Donc en gros, pour des grandes grandes entreprises de cette nature, ça va peut-être aller chercher du style 2 000 ou 3 000 euros la participation à un conseil d'administration. S'il y en a 3 ou 4 dans l'année, disons que ça fait quelque chose peut-être de 10 000 euros, 10 000 dollars. En jetons de présence, pour aller 3 ou 4 fois dans un conseil d'administration. Vous multipliez ça par 40, ça fait 400 000 dollars.
Je ne suis pas sûr qu'elle avait des compétences ahurissantes, et que toutes les entreprises américaines avaient besoin de cette néerlandaise. En attendant, elle était devenue ensuite conseiller à la concurrence. Voilà. Alors pour aller plus vite, le commissaire chargé des relations inter-institutionnelles et de l'Administration, c'était un commissaire slovaque, repris d'ailleurs dans la nouvelle Commission. Donc lui, sa formation : l'université de Stanford, la Hoover Institution en Californie aux États-Unis, et formé par Dale Carnegie. En Finlande, Olli Rehn, qui a été responsable d'abord de l'élargissement, puis des Affaires économiques et monétaires.
Olli Rehn, lui, était finlandais mais diplômé de l'université de Berkeley, et auparavant du collège de Saint-Paul, Minnesota. Le commissaire estonien chargé des transports, M. Siim Kallas, lui ça valait trois étoiles dans le Michelin, « vaut le voyage », puisque c'est un homme qui avait été, dans sa jeunesse, membre du Parti communiste de l'Union soviétique. Et ce pendant un grand nombre d'années, de 1972 à 1990. Il avait d'ailleurs été ministre des Finances de la République soviétique d'Estonie de 1975 à 1979. Et après, il s'est retrouvé vice-président de la Commission européenne.
Je n'ai jamais vu un seul Français, à part ceux qui ont vu mes conférences, qui savait que l'un des vice-présidents de la Commission européenne était un ancien ministre de Brejnev. C'est quand même le cas. Entre-temps, il était devenu président de la banque centrale d'Estonie. Lorsque l'Union soviétique s'est désintégrée, il a été mêlé à un scandale. En gros, on a perdu la trace d'à peu près 30 millions de dollars, dans le bilan de la banque. Alors ça a fait mauvais genre. Ils ont envoyé des experts. Il y a eu des cabinets. Ils ont regardé. « On trouve pas 30 millions de dollars ».
Finalement, tous les regards se sont tournés vers le président : « Vous n'auriez pas vu passer 30 millions de dollars ? ». Il a répondu : « Non, non, pas du tout ». Ça s'est arrêté là, parce qu'entre-temps, – c'est pas du saxo, c'est du pipeau qu'il devrait jouer – il est devenu d'un seul coup très pro-américain. L'ancien ministre de Brejnev a négocié l'entrée de son pays dans l'OTAN et dans l'UE. Il est devenu vice-président de la Commission européenne, et il était également devenu, comme Barroso, un très grand ami du président Buisson, des États-Unis. En Espagne, le commissaire chargé de la Concurrence a lui suivi le programme « Senior managers in Government » de la John F.
Kennedy School of Government à Harvard, Massachusetts. Le commissaire polonais M. Lewandowski, chargé du Budget était, lui, diplômé de Harvard. Le commissaire chargé de l'Emploi, des Affaires sociales et de l'Insertion, M. Andor, ce qui est bien pour recevoir des syndicats, M. László Andor, lui, était diplômé de l'Université du Wisconsin. Etc, etc. Je me suis amusé un jour à faire un camembert. Camembert des influences, au sein de la Commission européenne Barroso I. Ça vaut ce que ça vaut, parce que les commissaires représentent, bon, des intérêts divers et variés. En gros la France, c'était un commissaire sur 28, donc 3,7 %.
En gros, deux, trois commissaires européens qui, souvent, soutiennent la position française. Ça peut être le cas de l'Espagnol, du Portugais, de l'Italien. Les sœurs latines, on a un petit peu la même vision des choses. La Belgique. On a assez souvent la même vision des choses, les mêmes intérêts, défendre quand même un niveau de vie, etc. Il y a l'allemand avec lequel on est pratiquement tout le temps en désaccord, en dépit du couple franco-allemand dont on nous rebat les oreilles depuis des décennies. Avec tout ceci en jaune, vous aviez tous les pays de l'Est avec lesquels, en gros, nous sommes toujours en opposition de phase.
Puisqu'eux sont entrés dans l'UE pour avoir le maximum d'argent, donc ils demandent une augmentation du budget de l'UE, c'est-à-dire qu'on paie plus pour eux. Et puis ils demandent également toujours qu'il y ait le moins de contraintes possibles pour les délocalisations vers les pays de l'Est. Ils refusent toute harmonisation salariale et sociale. Et puis il fallait y ajouter ensuite tous les commissaires qui avaient travaillé aux États-Unis, c'est en rouge. Tous ceux qui avaient travaillé pour des entreprises américaines en plus, c'est en rose. Ceux qui étaient anglophones de naissance. Tous les commissaires ayant suivi des études au Royaume-Uni.
Alors, comme vous l'avez compris, tout ça, c'est pas aussi simple que ce que je présente. On peut ergoter, à juste titre d'ailleurs : « Oui mais là, vous exagérez sur tel ou tel dossier ». C'est vrai, mais c'est pour faire ressentir un état d'esprit. Quelqu'un qui est un commissaire, comme le commissaire finlandais, qui a passé des décennies aux États-Unis, qui a été diplômé du secondaire à Saint-Louis dans le Missouri, et puis ensuite a été, comment dirais-je, en Californie. C'est quelqu'un qui est pénétré d'une pensée tout à fait anglo-saxonne, nord-américaine. Qui n'est pas la nôtre. Pareil pour des commissaires venus des pays de l'Est.
Donc en gros, les commissaires européens qui partageaient le point de vue américain représentaient, à peu près, 80% du total. Je suis désolé d'entrer dans ce genre de choses. Je vous ai épargné le reste, allez voir ma conférence : « Qui gouverne la France ? ». Parce qu'après, il faudrait aussi aller au niveau des fonctionnaires. Mais enfin, on voit ce que c'est qu'un phénomène d'infiltration d'une structure, c'est-à-dire que, en gros, les décisionnaires sont à peu près tous formatés à la même à la même aune. Quand vous voyez d'ailleurs que notre commissaire, maintenant, est M. Moscovici, bon, bah M. Moscovici, c'est quand même pas non plus quelqu'un de farouchement anti-américain.
Donc malheureusement l'exception française a disparu également de la scène. Il n'y a pas seulement que les commissaires européens, il y a également tous les think-tanks. Toutes les organisations qui sont là pour influer à la place des peuples. Comme les Français, mais pas plus les Portugais, pas plus les Danois, pas plus les Irlandais ne s'investissent à Bruxelles. Personne n'a jamais eu envie d'aller à Bruxelles manifester. De temps en temps il y a quelques syndicats qui essaient de le faire, mais alors c'est contraint et forcé. Ils font venir des permanents depuis Montauban pour aller à Bruxelles, aux frais de la princesse. Mais en gros, il n'y a pas de manifestation à Bruxelles.
D'ailleurs, c'est fait pour ! On n'a jamais expliqué aux peuples où se trouvait le vrai pouvoir. Donc la CGT, la CFDT, FO, font défiler les Français en France. Et leur font taper sur le ministre des Finances. Moi je suis celui qui montre la Lune. Vous savez comme on dit en chinois : « Quand le sage montre la Lune, l'imbécile regarde le doigt ». Donc on dit aux Français : « Regardez le doigt ! Oui, c'est de la faute de Sarkozy, c'est de la faute de Hollande ! ». Loin de moi l'idée d'exonérer Sarkozy et Hollande de leurs responsabilités qui sont écrasantes, bien entendu, mais ceux qui décident pour de bon se situent ailleurs ! Ils se situent notamment à Bruxelles.
Et à Bruxelles, comme les peuples n'y vont pas, eh bien ceux qui font le siège des bureaux bruxellois, là où s'élaborent les directives européennes, les réglementations européennes, eh bien ce sont des think-tanks qui s'auto-propulsent représentants des peuples. Et il y a donc tous ces think-tanks qui viennent ici défiler. Vous avez par exemple la Ludwig Von Mises Institute, un truc allemand. Vous avez l'Instituto Bruno Leoni, c'est un truc italien. Vous avez NDA, c'est New Defense Agenda, c'est un truc américain. Tout ça, c'est financé notamment par des grandes entreprises. J'en ai pris un en particulier, important, c'est le Center for European Reform.
Un des lobbies les plus importants à Bruxelles. Le CER dont le journal The Economist a dit : « Un think-tank qui s'arrange pour être à la fois atlantiste et europhile ». Je vois pas pourquoi c'est un problème, puisque c'est la même chose, mais bref. Le Financial Times a dit : « Un think-tank avec un rôle d'influence croissant dans la formation des politiques officielles ». Donc ça, c'est un think-tank qui vient voir les commissaires européens, qui vient voir les chefs de bureau, les chefs de sous-direction, etc, en leur disant : « Voilà ce que veut le peuple européen ! ». Il parle en votre nom ! En disant : « Voilà ce que nous voulons ! ».
« Nous voulons absolument l'entrée de la Turquie dans l'Union. Nous voulons absolument les OGM. Nous voulons absolument qu'il y ait une meilleure réglementation des ascenseurs ». Ça c'est les ascenceurs, c'est Otis et Schindler qui ont graissé la patte à des organismes de lobbying qu'ils vont voir. Pourquoi d'un seul coup dans toute l'Europe il faut refaire les ascenseurs ? C'est une directive européenne. C'est assez pratique !
Si vous voulez faire fortune, je vous l'ai toujours dit, suivez l'exemple de ces gens qui ont découvert un moyen d'avoir des petits gilets jaune fluo achetés en Chine pour pas grand-chose, qu'ils importent ensuite en Europe, où ils disent : « Il faut absolument que tous les Européens aient un gilet jaune fluo dans leur voiture ». Ah oui c'est très important ! Ça fait avancer la cause de l'Europe. Donc d'un seul coup, évidemment, si vous avez le monopole d'importation des gilets jaunes fluo fabriqués en Chine, c'est le pactole.
Je dis ça pour les ambitieux parmi vous, qui veulent faire fortune, et qui, en attendant que l'UPR arrive au pouvoir, se disent qu'il y a encore peut-être un peu de grain à moudre. Donc réfléchissez par exemple à un projet de directive sur les presse-purée à roulettes, qui serait un grand progrès au niveau de la construction européenne. Si tant est qu'elles obéissent à des normes précises. Alors, vous négociez ça avec un fabricant de Shanghai ou de Zhuhai. Et puis vous avez le monopole, et puis fortune est faite. Donnez-moi une petite commission à la fin. Alors je vous dis tout ça parce que le CER, c'est un think-tank qui est au Royaume-Uni.
Et, si vous allez sur le site du CER, vous voyez ceux qui les financent. Ce ne sont que des entreprises ! Et pas rien, que des grands groupes ! C'est un peu comme les sponsors de Mme Neelie Kroes. C'est-à-dire que les entreprises en question, eh bien c'est ça, c'est Apax Partners, entreprise américaine, German Marshall Fund of the United States, une entreprise germano-américaine qui, en fait, gère les reliquats des fonds marcheurs, c'est-à-dire l'agent direct de la CIA. Vous avez Goldman Sachs, je sais pas si vous savez, Goldman Sachs, ce que c'est ? C'est une petite banque d'affaires, qui est américaine. United Parcel Service, c'est américain. Boeing c'est américain.
Rolls Royce, comme son nom l'indique, c'est allemand. Ça a été racheté par Bentley. United technologies, c'est américain. Morgan Stanley, américain. Time Warner, américain. Unilever c'est anglo-néerlandais. Lockheed Martin, tiens les revoilà ! « We never forget who we're working for ». Ils sont là, ils financent le CER. Le Citigroup, américain. The Economist, un journal britannique. JPMorgan, banque américaine. British Bankers' Association, l'association des banquiers britanniques. La British Petroleum, c'est britannique. Merrill Lynch, américain. Deutsche Bank c'est allemand. Une fois quelqu'un m'a dit : « Oui vous exagérez parce qu'il y a Thales ! ». Ah oui, il y a Thales.
C'est une entreprise française qui met un peu d'argent là-dedans, mais enfin c'est ce qu'on appelle la recette du pâté de cheval et d'alouette. Vous mettez, pour faire le pâté de cheval et d'alouette, une alouette et un cheval. Vous avez un cheval américain dans le pâté, et puis là une alouette française qui défend les intérêts francais. Vous voyez ce que ça donne. C'est quand même étonnant de voir que – Je prends cet exemple. Il y en a des dizaines d'autres, mais celui-là est l'un des plus significatifs – cet institut de lobbying, ce think-tank, qui fait donc le siège permanent de la Commission européenne, est presque entièrement financé par des intérêts américains.
Ici je rentre un peu dans le détail, mais c'est important d'entrer dans le détail. Comme disent les Allemands : « Der Teufel liegt im Detail ». Le diable réside dans les détails, justement. Parce que, quand on vous parle, « Oui, l'Europe, etc. Comment ? Vous êtes contre l'Europe ? Mais enfin Cervantes ! Dante ! Goethe ! Mozart ! Ça ne vous dit rien ? » Ce n'est pas la question. Arrêtez de vous payer nos têtes. Nous on parle de choses qui sont très concrètes. Très concrètement, on voit comment les différents cercles de pouvoir aux États-Unis ont mis la main sur l'Europe. Alors, j'ajoute que si j'enlève quelques-uns d'entre eux, il nous reste Goldman Sachs et JPMorgan par exemple.
Je note que l'une des dernières forfaitures faites par le gouvernement Fillon – avant qu'il ne cède la place au brillant gouvernement Ayrault, enfin ce ne sont que des hérauts – a été d'ouvrir le marché du gaz en France à Goldman Sachs et JPMorgan. Je vous assure que Goldman Sachs et JPMorgan ne sont pas vraiment des entreprises philanthropiques. Elles se moquent éperdument de servir du gaz à une personne retraitée, qui est au RSA à Romorantin. C'est pas ça leur truc. Leur truc, c'est de mettre la main sur les services publics. Dans un premier temps on dit : « Ces services publics sont gérés n'importe comment ! Il faut absolument les privatiser ».
Et d'ailleurs, c'est pas nous qui le disons, c'est la Commission qui lui impose, en vertu notamment de l'article 121, sur les grandes orientations de politiques économiques. Bien. On privatise, et puis trois mois après, les mêmes. Orchestration médiatique : « Qu'est-ce que c'était mal géré ! Vous ne connaissiez pas vos prix. En fait vous devez payer beaucoup plus cher, que ce que vous payez ». Avant, on nous explique qu'on va ouvrir la concurrence, parce que ça va faire baisser les prix. Et après, on nous dit : « Il faut augmenter considérablement les prix ». On a vu ça à peu près partout, sauf sur la téléphonie, parce que c'est pas le même modèle économique.
Mais on l'a vu pour les réseaux d'eau, les réseaux autoroutiers, l'énergie, etc. Et donc c'est l'ouverture de ça. Puis si vous séparez encore Goldman Sachs, je vous rappelle, pour ceux qui l'auraient oublié, que Goldman Sachs a à sa tête un Américain. Mais je ne l'ai pas mentionné ici. J'ai préféré mentionné Peter Sutherland, un Irlandais, président de Goldman Sachs International, et qui se trouve être par ailleurs le président pour l'Union européenne du Transatlantic Policy Network, ceux qui nous concoctent aux oignons le TAFTA, le traité Transatlantique, que vous connaissez peut-être. Puis également ses répliques, comme on dit en termes sismiques.
Sous ses ordres, Peter Sutherland avait un petit jeune prometteur, et qui s'appelait Mario Draghi. Mario Draghi, qui était l'ancien vice-président de Goldman Sachs Europe. C'était donc un junior. Lui, il était président de Goldman Sachs International. Peter Sutherland avait donc sous sa coupe les vice-présidents de l'Europe, de l'Amérique du Nord, du Moyen-Orient, Asie du Sud, Extrême-Orient, etc. Donc ce M. Mario Draghi est devenu le président de la Banque Centrale Européenne en décembre 2011. C'est-à-dire un homme qui a beaucoup beaucoup beaucoup beaucoup plus de pouvoir que M. Hollande. Je parle même pas du ministre actuel des Finances : M. Sapin. Ni non plus du ministre de l'Économie M.
Macron. C'était également Goldman Sachs qui avait organisé la falsification des comptes pour que la Grèce entre dans l'UE. Donc lorsque le Premier ministre grec Papandréou a été viré, car il s'était avisé de faire un référendum pour demander aux Grecs s'ils étaient d'accord pour se faire entièrement piller le patrimoine national accumulé depuis 2500 ans. On a dit : « Ça va, c'est bon », on l'a viré. Enfin, « on » : pas vous, pas moi. Il a été remplacé par M. Papadímos, qui était justement le type qui avait organisé avec Goldman Sachs la falsification des comptes publics de la Grèce pour qu'elle se qualifie pour l'euro. Et c'est pas du baratin, hein.
Allez voir, on a toutes les informations nécessaires. C'est sorti dans le Wall Street Journal, le Financial Times. Ce sont des choses de toute première certitude que je vous dis. Ces comptes ont été falsifiés par Goldman Sachs, et par ce M. Papadímos. Et puis Mario Monti, vous vous rappelez, a été consultant de Goldman Sachs, ancien commissaire européen. C'est lui qui a été nommé président du Conseil italien en novembre 2011, lorsque, pareil, l'oligarchie a viré Berlusconi. Ils ont mis ce M. Mario Monti, qui a eu quand même la chance, ce qui est finalement assez rare dans une démocratie, de devenir chef du gouvernement, sans jamais passer devant les urnes.
Sans jamais avoir fait de politique. Il est passé directement de la case banquier, à la case dirigeant du gouvernement italien. Puisque nous parlons d'économie, je voudrais attirer votre attention sur l'influence américaine sur le sauvetage de l'euro en 2011. Certains d'entre vous croient peut-être encore que les États-Unis voudraient la peau de l'euro. Je me rappelle avoir eu une prise de bec avec cette charmante Myret Zaki à l'Université d'automne en 2011. Elle est rédactrice en chef d'un journal suisse. Elle assurait que les États-Unis voulaient la peau de l'euro. En réalité, les États-Unis ne veulent pas la peau de l'euro.
D'ailleurs, je vous ai montré tout à l'heure qu'ils en sont à l'origine. Entre autres, il y a beaucoup d'autres sources mais, la fameuse note confidentielle de cette réunion du 11 juin 1965, que l'on voyait tout à l'heure, où c'étaient les États-Unis qui justement, au contraire, poussaient à la roue pour que Marjolin fasse fissa, pour accélérer la construction d'une monnaie européenne. Mais là c'est quand même intéressant de vous montrer, toutes preuves à l'appui, toute une série d'événements, que chacun peut voir, à condition qu'il regarde minutieusement la presse.
D'ailleurs nous avons mis en ligne, hier, sur notre site et sur notre page Facebook un article qui a été cosigné par Vincent Brousseau. Il est responsable des questions monétaires à l'UPR et est un ancien économiste de la BCE, où il a passé 15 ans. Donc il sait de quoi il parle. Ça a été coécrit avec moi-même, nous avons publié un article qui s'appelle : « À quoi joue Mme Merkel ? ». Dont je vous conseille la lecture, si vous avez des insomnies, puisque vous y comprendrez ce qui se passe. Mais ce que nous, nous expliquons, et nous sommes les seuls, je crois, à le dire, c'est que les élites du monde économique et financier allemand, ne veulent plus de l'euro.
Pour toute une série de raisons que j'explique dans une conférence : « La tragédie de l'euro », et dont je pourrai vous parler tout à l'heure au moment des questions. Et ça il faut bien le comprendre. Il faut bien comprendre que les Allemands, ils sont comme nous. On leur a imposé l'euro, et eux, ils voudraient s'en aller. Sauf qu'ils ne le peuvent pas. Ils ont peur que tout ceci leur retombe sur le nez, avec un coût absolument prohibitif. Le 30 avril 2011, Axel Weber a démissionné de la présidence de la Bundesbank pour protester contre la politique de la Banque centrale européenne qui entraîne selon lui l'Allemagne dans le gouffre. C'était le 30 avril 2011.
Ensuite, le 9 septembre 2011, c'est Jürgen Stark, le chef économiste allemand de la Banque centrale européenne, le grand manitou des économistes de la Banque centrale européenne, un Allemand, qui démissionne avec fracas, à son tour, pour protester contre la politique de la Banque centrale européenne qui entraîne, selon lui, toute la zone euro dans le désastre. Et puis, ce sont les États-Unis qui exigent le sauvetage de l'euro. Quelques jours après le 16 septembre 2011, Il y a eu une réunion de l'Eurogroupe, c'est-à-dire les ministres des Finances. Ça se tient à Wroclaw, en Pologne. Eh bien, les Américains font la leçon aux Européens. Vous voyez cet article tiré de La Tribune, je crois.
C'est Timothy Geithner que l'on voit ici à gauche, qui est à l'époque le secrétaire au Trésor américain. Il s'invite à l'Eurogroupe pour faire la leçon aux Européens. – Ici on voit Juncker, qui maintenant est devenu président de la Commission européenne – en leur intimant l'ordre de sauver l'euro. Et vous voyez d'ailleurs ici dans l'encadré une dame, dont je vais reparler dans quelques secondes qui est Mme Lael Brainard, qui est une haut fonctionnaire américaine, qui va être la cheville ouvrière de la mainmise américaine, pour faire tout le possible pour maintenir de force la Grèce dans l'euro, et que l'Allemagne reste dans l'euro.
Ça, c'était le 4 novembre 2011 : « Au sommet du G20 de Cannes, le président Obama « exhorte les dirigeants européens à résoudre la crise de l'euro, « qu'il voit comme étant la principale menace pour l'économie américaine et pour sa réélection. » Ici, il a Mme Merkel pour... compagne. Oui, on peut dire les choses comme ça. Voilà Mme Lael Brainard. Vous savez, celle qui était dans l'encadré, le 26 janvier 2012. Le New York Times – encore une fois c'est pas des canards – révèle le rôle joué dans les coulisses par Mme Lael Brainard, sous-secrétaire du Trésor pour les affaires internationales, afin de sauver l'euro, qu'il qualifie, c'est dans l'article même, de « arm-twister ».
Arm c'est le bras, twist c'est la danse. Ça veut dire tordre. Arm-twister, tordeur de bras. Mme Lael Brainard est venue faire une partie de bras de fer auprès des ministres des Finances européens. « Derrière la scène – c'est dans l'article – elle a fait 17 voyages discrets en Europe au cours des années 2010 et 2011, pour la préservation de la zone euro et de sa monnaie ». C'est un intérêt stratégique fondamental pour les États-Unis que l'euro soit maintenu. Parce qu'ils ont bien compris que si l'euro se défait, c'est le phénomène du château de cartes. C'est l'ensemble du glacis géopolitique qui s'est constitué après 1945 qui va se défaire.
D'où l'importance fondamentale que les Américains portent à la survie de l'euro. Ensuite, le 19 mai 2012, au sommet du G8 de Camp David. Alors là, M. Hollande vient d'être élu, vous savez c'est là où il était là et... comme ça. À un moment, il lève la main : « Est-ce que je peux aller faire pipi ? ». Vous avez vu la photo. Donc au sommet du G8 de Camp David, « Obama et Cameron se sont affrontés avec la chancelière [allemande] lors du sommet du G8 à Camp David, exigeant qu'elle dresse un chemin clair pour sortir l'Europe de sa crise actuelle ».
Ce qui est fort de café quand même, c'est que non seulement Obama est américain, n'est pas dans l'euro, mais que Cameron au Royaume-Uni est dans l'UE, mais n'est pas dans l'euro ! Parce que les Anglais, bien entendu, ont appliqué la politique du wait and see. Sachant que c'était un truc pourri, et qui allait mener au désastre, ils se sont bien gardés d'y entrer. Mais ils disent aux autres : « Continuez ! ». Donc, « La dirigeante allemande a résisté à leur pression pour de nouvelles mesures qui incluraient une politique monétaire plus souple de la BCE, ce qui permettrait un assouplissement quantitatif similaire à celui déployé par la Réserve fédérale et la Banque d'Angleterre.
» Allez lire l'article dont je vous parlais : « À quoi joue Mme Merkel ? » C'est actuellement le grand débat dans les coulisses. Pendant qu'on dit aux Français que la menace number one c'est le terrorisme djihadiste, ce qui se passe en ce moment dans les coulisses c'est que la BCE est en train de préparer un assouplissement quantitatif. C'est-à-dire d'ouvrir les vannes avec quantité d'argent. Ce qui aura pour effet, au bout du compte, potentiellement, de ruiner complètement l'Allemagne. Donc en ce moment, c'est de la très très haute partie de bras de fer.
Le 31 mai 2012 : « À l'occasion d'une vidéoconférence, le président Obama incite une fois de plus ses homologues allemands, français, et italiens, à trouver des solutions à la crise de l'euro. Ça, c'est dans le Figaro. Ensuite, c'est dans le JDD du 6 juin 2012 : « Obama appelle David Cameron, Mario Monti et Angela Merkel pour leur rappeler la nécessité de renforcer la zone euro et stimuler la croissance. Obama et Cameron exigent une stratégie à long terme pour assurer l'existence d'une monnaie unique forte ». Après ça, il y a encore des gens qui me disent : « Ah non non non ! Les États-Unis veulent torpiller l'euro ! ». Il y a quand même des limites à l'aveuglement.
Alors ça continue – je vous en ai mis un paquet –. Le 6 juin 2012, la presse britannique le confirme, ici le Guardian : « Obama et Cameron exigent un plan immédiat pour résoudre la crise de l'euro ». Le 15 juin 2012 : Washington dépêche de nouveau en Europe votre amie, Lael Brainard, qui est toujours là. À Paris, elle s'est entretenue avec le ministre de l'Économie Pierre Moscovici et le directeur général du Trésor Ramon Fernandez. Elle s'est également rendue au siège de la BCE, à Francfort puis à Madrid puis à Berlin. Elle y va pour donner ses instructions, hein ! « Il faut que ça soit ça, ça, ça et ça ! » « Pas question de sortir de l'euro !
» Vous comprenez pourquoi, moi, quand je viens avec ma bouche en coeur pour dire, sur TF1 : « Est-ce que je peux parler de la sortie de l'euro ? », je ne suis pas le bienvenu. D'autant plus que TF1 est possédée par Bouygues, mais que dans le groupe Bouygues, y a au moins 15 à 20% du capital détenu par American Funds. Des fonds de pension américains des retraités de Californie. Alors, les élites du monde économique et financier ne veulent toujours pas de ça. Ça, c'est toutes les parties de bras de fer qu'il y a eu entre 2011 et 2012.
Malgré tout ce que je viens de vous présenter, 25 juin 2012 : Dans une interview à la télévision ZDF, le ministre allemand des Finances, Wolfgang Schäuble s'insurge contre les demandes d'Obama pour forcer l'Allemagne à sauver l'euro. Ça, c'est très rare, hein. Dans la bouche d'un dirigeant occidental en général, d'un allemand en particulier. Le ministre des Finances allemand a dit : « M. Obama devrait avant tout s'occuper de la réduction du déficit américain qui est plus élevé que dans la zone euro. Il est facile de donner des conseils aux autres ! » Ça c'est rare. Ce qui prouve à quel point c'est fondamental. les Allemands voient la corde se resserrer autour de leur cou. Dans l'interview M.
Schaüble a également réitéré son opposition à des euro-obligations, en précisant que « chaque pays doit rester individuellement responsable de sa dette publique ». Puisqu'en réalité, ce qui se cache derrière tout ça, c'est qu'on communautarise les dettes de tous les États. C'est comme si vous habitiez par exemple dans un immeuble avec 28 locataires. Puis vous vous avez pas grand-chose en banque, mais vous n'avez pas de dette. Et puis on dit : « Allez, on est tous copains ! On met toutes les dettes ensemble. » Puis vous avez la voisine du dessus. Elle, elle s'est achetée un trois pièces. Elle a 180 000 euros de dette. Le voisin d'en face, lui, il a 57 000 euros de dette.
Puis on va partager tout ça et diviser par 28. Bah vous dites : « Non, excusez-moi. Pas d'accord ». Ça, c'était le 27 juin 2012. Alors ensuite, 31 août 2012. Cette fois-ci, c'est le successeur d'Axel Weber, le nouveau président de la Bundesbank, M. Jens Weidmann qui, un an et trois mois après son prédécesseur, rumeurs de démission à son tour. Lui aussi pour protester contre la politique de la BCE, qui entraîne selon lui l'Allemagne dans le gouffre. On est toujours là, hein ! Le problème n'est toujours pas réglé. Il va d'ailleurs probablement exploser dans les semaines, ou dans les mois qui viennent. Et puis, août-septembre 2012 : la presse allemande, la presse allemande de caniveau, hein.
Voyez ici, ça doit être Bild. La presse allemande s'indigne du chèque en blanc de la BCE pour les dettes des États. « Blanko-Scheck für Schulden-Staaten » « Le chèque en blanc de la BCE pour les dettes des États », c'est exactement ça que ça veut dire. Parce que tout le peuple allemand est vent debout derrière ces histoires. Le 11 septembre 2012, Jürgen Stark, celui qui avait démissionné, l'ancien chef économiste allemand de la BCE, qui vole au secours de Weidmann et dénonce « le comportement incompréhensible de la BCE ». Et puis de nouveau l'oligarchie qui impose, qui impose, qui impose.
Et finalement, le 11 septembre 2012, le milliardaire américain George Soros – On se demande pourquoi, d'un seul coup, ça le concerne – pense qu'une solution à la crise de l'euro est proche, et est content de noter que le débat politique en Allemagne a penché en faveur d'un sauvetage de l'euro. Donc derrière George Soros, c'est évidemment – comme vous le savez – Rockefeller. C'est évidemment la très très très haute finance mondiale. Et qui a donc tapé du poing sur la table. Et Mme Merkel, elle a été obligée de filer doux. Pas tout à fait quand même, puisque ça revient. Le 18 septembre, M. Axel Weber, l'ancien président de la BCE, vole à son tour au secours de son successeur, Jens Weidmann.
Il critique durement la BCE, et est convaincu que les achats d'obligations ne seront pas la solution, mais la source de nouveaux problèmes. Et puis ensuite, et puis ensuite, quoi ? Et puis ensuite, voilà. J'arrête là mon propos. Je pourrais vous en montrer. C'est une partie constante de bras de fer. Ce qui est intéressant, c'est que le 5 novembre 2012, l'analyse du think-tank Breugel, avec à sa tête quelqu'un qui s'appelle Pisani-Ferry, avec lequel j'avais débattu sur France 24. Il est à la tête d'un think-tank, qui est en partie financé par Goldman Sachs. D'ailleurs, une petite anecdote cocasse, vous pourrez le retrouver.
À un moment je dis, sur France 24 – c'était il y a deux, trois ans – je dis à M. Pisani-Ferry devant les caméras : « Très bien, mais moi, je représente un mouvement politique, et vous, vous représentez un think-tank financé par Goldman Sachs ». Notamment. Il y en a d'autres mais à ce moment-là, la journaliste, qui se met en colère : « Et alors ? C'est normal ! Il faut bien être financé par quelqu'un ! ». Ça, c'était une petite anecdote. Comment le journaliste prenait fait et cause, et ne trouvait rien à redire au fait que ce think-tank soit invité, et financé par Goldman Sachs, par JP, etc. Comme si c'était un porte-parole des intérêts du peuple français.
En attendant, ce think-tank basé à Bruxelles s'est procuré l'agenda officiel du chef du Trésor américain, du secrétaire au Trésor Tim Geithner, de janvier 2010 à juin 2012, sur 30 mois. Ça a été publié sur un site qui s'appelle EUobserver, et c'est quand même tout à fait intéressant. Le Timothey Geithner en question, il a eu pendant les 30 mois 114 réunions ou coups de fil avec le FMI, dont la plupart liée à la crise de l'euro. 168 contacts avec les institutions de l'UE, ou les ministères des Finances. Je cite ce think-tank, très européiste par ailleurs, qu'on peut pas soupçonner d'être hostile.
Indiquant une application directe de l'administration américaine dans les discussions des politiques européennes. 5,6 fois par mois, c'est-à-dire une conversation importante tous les 4 jours ouvrables. 58 fois avec les dirigeants de la BCE. Timothy Geithner a appelé une fois toutes les deux semaines Jean-Claude Trichet, Mario Draghi pendant deux ans et demi. Tous les quinze jours un coup de fil du secrétaire au Trésor américain. 36 fois avec le ministre des Finances allemand, 32 fois avec le ministre des Finances anglais. Comme l'a conclu Jean Pisani-Ferry : « Les informations trouvées suggèrent une implication constante... » [Réactions du public, étonné de « suggèrent »] Oui, « suggèrent ».
C'est ce que j'ai dit. Oui. Je vous ai dit que monsieur Pisani-Ferry, c'est un type qui est un ultra-européiste. Je n'ai d'ailleurs pas très bien compris pourquoi il a publié ce truc-là qui ne va pas dans le sens selon lequel l'Europe a vocation à faire contrepoids aux États-Unis. « Les informations trouvées suggèrent une implication constante et très active de l'administration Obama dans la recherche de solutions à la crise de l'euro. » Qu'en termes galants ces choses-là sont dites. Ça devrait dire, en termes plus précis : « Les informations trouvées prouvent que l'administration Obama pilote directement ce qu'elle veut, dans la zone euro. Voilà. C'est ça que ça veut dire, très exactement.
La réalité actuelle de la zone euro, c'est très exactement ça. Je vous renvoie à l'article dont je vous parlais tout à l'heure. Pour terminer sur ces affaires de l'euro, je signale ici que nous avons, de 1995 à 2011, la part dans les réserves planétaires des différentes monnaies du monde. Vous voyez que le dollar, en 1995, représentait 59% de la part des réserves mondiales de monnaies, à travers le monde. Eh bien en 2011, il est passé à 62,1%. Donc vous voyez que la création de l'euro qui, prétendument, avait vocation à s'opposer au triomphe du dollar, n'a rien fait du tout puisqu'au contraire, on est passé de 59 à 62,1%.
En revanche, ce qui est intéressant, c'est de constater que le Deutsche Mark et le franc, si on regarde bien les choses, en définitive, l'euro n'a fait que reprendre à peu près la part qu'il y avait pour les différentes monnaies qui le constituaient. C'est même d'ailleurs, je pense, un petit peu moins. Ah non, pas tout à fait, un petit peu plus. Mais, ceux qui ont beaucoup baissé, c'est plutôt le franc suisse. Mais tout ça est à revoir avec les évolutions actuelles. En d'autres termes, l'introduction de l'euro n'a pas du tout menacé, ni remis en cause la suprématie du dollar. Elle a en revanche tendance à évincer les « autres monnaies » et cela ça se termine à la crise de l'euro.
Parce qu'effectivement, mon tableau n'est pas à jour. Puisque depuis la crise de l'euro, au contraire, justement, les banques ne veulent plus avoir d'euros. C'est la raison pour laquelle la Banque nationale suisse, le 15 janvier, donc il y a quelques jours, a décidé d'arrêter d'assurer un cours plancher pour l'euro. Et donc la BNS, comme une grande, a accepté de perdre 40 milliards d'euros, en arrêtant d'acheter des euros. Parce qu'elle en a. Elle ne sait plus où les mettre. Donc elle a arrêté d'acheter des euros. 1:19:53.220,1:19:58.020 iL'influence américaine sur le Fonds monétaire international.
Donc, le FMI, comme vous le savez peut-être, est un des organismes suprêmes du système financier international, issu des accords de Bretton Woods de 1944. C'est une institution qui est située à Washington, et qui est très largement sous influence américaine. Je ne sais pas si vous le savez, mais c'est un élément absolument décisif du FMI. C'est qu'en réalité, c'est comme une entreprise avec un capital. Et le capital est souscrit. Le capital, c'est-à-dire l'argent a été apporté par des quasi-actionnaires, ce sont des États. Et les États se répartissent donc le capital du FMI, selon la clé de répartition que je vous ai présentée ici.
L'actionnaire n°1 du FMI, ce sont les États-Unis, avec 16,75%. Suivis du Japon avec 6,23%, de l'Allemagne avec 5,81%, de la France et du Royaume-Uni avec chacun 4,29%, de l'Italie avec 3,81%, de la Chine avec 3,65%, l'Arabie saoudite 2,80%, le Canada 2,56%, la Russie 2,39%, l'Inde 2,34%, les Pays-Bas 2,08%. Et puis en dessous, ça tombe sous les 2%. Au total, j'ai mis les 20 premiers pays, qui se terminent avec le Vénézuela, avec 1,08%. Les 166 autres États du monde qui sont au FMI se partagent les 28,4% restants du capital. Les 9 premiers États ont 50,19% du PIB, des droits de vote, alors que le FMI compte 185 pays membres.
Donc les 9 premiers États ont la majorité à eux seuls, dont je rappelle que ce sont États-Unis, Japon, Allemagne, France, Royaume-Uni, Italie, Chine, Arabie saoudite, Canada. Et ça s'arrête là. C'est-à-dire qu'à part la Chine et l'Arabie saoudite, ce sont les États-Unis et leurs affidés. Les États-Unis plus les pays de l'Union européenne par ailleurs, représentent 48,9% des droits de vote. C'est-à-dire la quasi-majorité. Je signale que ces clés de répartition ne sont pas intangibles, elles ont évolué depuis 1944 La part des États-Unis a eu tendance à diminuer, la part également de la France et du Royaume-Uni.
Et puis il y a eu une tendance à l'augmentation des parts, notamment de la Chine, de l'Arabie saoudite, de la Russie, etc. Mais, nous sommes encore loin du compte, puisque vous savez que le 8 décembre dernier, c'est-à-dire il y a un petit peu plus d'un mois, on a appris officiellement que l'économie chinoise venait de devenir la première économie mondiale, du moins en parité de pouvoir d'achat. Vous connaissez ces calculs de parité de pouvoir d'achat, c'est pas exactement les calculs au taux de change. En volume, l'économie chinoise est devenue désormais la première mondiale.
Et si on regardait en plus en composition du PIB, il n'y aurait pas photo, puisque le PIB des États-Unis est de plus en plus virtuel, avec des activités financières notamment. Qui sont des activités totalement virtuelles, enfin, s'il y a une crise... Lorsque Lehman Brothers a fermé boutique, il ne restait plus rien. Alors que le contenu du PIB de la Chine, est un contenu avec beaucoup de production, notamment de matières premières, et de productions industrielles. C'est un contenu autrement plus solide que celui des États-Unis. Néanmoins la Chine en est à 3,65%. Et donc ça fait une partie de ce qu'un certain nombre de pays réclament : avoir une meilleure répartition au sein du FMI.
Et qui réclament d'avoir d'ailleurs, notamment, un directeur général qui soit parfois latino-américain, ou asiatique. Puisque le FMI est en fait un instrument au service des grands pays occidentaux, qui financent le FMI pour imposer les vues économiques de l'organisation aux pays qui choisissent d'avoir recours à ses financements. Il y a une espèce de gentlemen's agreement qui a été défini par les Occidentaux depuis belle lurette : en règle générale, le directeur général du FMI a toujours été un européen, presque toujours, et est très souvent un Français. C'était d'ailleurs le cas avec M.
Strauss-Kahn, qui a dû démissionner pour des raisons qui n'avaient rien à avoir avec ses activités professionnelles. Et il a été ensuite remplacé par votre amie Mme Lagarde, dont on parlait tout à l'heure. En revanche — comme on le verra dans un instant — la Banque mondiale, elle, est, en général, dirigée par un Américain. Donc, bien les Chinois, les Indiens, les Brésiliens : « faudrait qu'un peu ça soit nous qui dirigions cette instance. » Le directeur du FMI est un Européen, c'est une règle tacite. Ça n'a jamais été écrit nulle part, c'est une espèce de règle coutumière à l'ango-saxonne. Alors que le président de la Banque mondiale est un Américain. Voilà.
Alors, sur ces questions de FMI, je ne vais pas être trop long, parce que je l'ai déjà assez été. Vous pouvez imaginer que je pourrais parler de l'infiltration du FMI, par exemple, comme je l'ai déjà fait à propos des institutions européennes. Soulignons quand même l'ouvrage de Joseph Stiglitz, qui est un prix Nobel d'économie américain... Enfin, vous savez que ce prix Nobel n'en est pas vraiment un, ça n'existe pas le prix Nobel d'économie. C'est le prix d'économie attribué par la Banque de Suède, la Riksbank, en mémoire d'Alfred Nobel. Mais enfin, c'est généralement appelé « prix Nobel d'économie ».
L'économiste Joseph Stiglitz, dans un ouvrage intitulé La Grande Désilusion — dont je recommande la lecture pour ceux qui sont intéressés par ces sujets — il a fait par exemple du FMI une institution au service de son principal actionnaire, les États-Unis. Et également d'ailleurs, lui a donné une responsabilité majeure, dans un certain nombre de crises. De même que la Banque mondiale. C'est un véritable réquisitoire qu'il fait contre les politiques du FMI, qui d'ailleurs n'ont jamais sauvé qui que ce soit, ou à peu près. Il y a eu M. Rafael Correa, président de l'Équateur, qui est passé il y a quelques mois à Paris. Il n'a d'ailleurs été reçu par personne, évidemment.
C'est un chef d'État, vous imaginez qu'on n'allait pas le faire recevoir par qui que ce soit. Donc M. Correa a été assez marri de ne pas être reçu. Il fait un discours à la Sorbonne, que je vous suggère d'aller écouter, parce que c'est intéressant. Il a expliqué notamment qu'il avait sauvé l'Équateur, justement parce qu'il avait refusé d'appliquer les méthodes du FMI.
En tout cas, dans cet ouvrage, Joseph Stiglitz dit : « Si l'analyse des déséquilibres mondiaux par le FMI n'est pas équitable », ce qui est le cas, « si le Fonds n'identifie pas les États-Unis comme étant le principal coupable, s'il ne concentre pas son attention sur la nécessité de réduire le déficit budgétaire américain par des impôts plus élevés pour les citoyens les plus riches et des dépenses plus faibles en matière de défense, la pertinence du FMI risque fort de décliner au cours du XXIe siècle ». Ce qui sera très probablement le cas. L'influence des États-Unis sur le FMI, n'a d'égal, ou à peu près, que l'influence américaine sur la Banque mondiale.
La Banque mondiale et ses institutions rattachées sont également situées à Washington, et très largement elles aussi sous influence américaine. L'appellation Groupe de la Banque mondiale désigne d'ailleurs 5 institutions. La plus importante est la Banque internationale pour la reconstruction et le développement, la BIRD. Reconstruction après la Seconde Guerre mondiale. Son fonctionnement est assuré par le versement d'une cotisation, qui est réglée par les États membres, et là aussi, les États-Unis sont le principal bailleur de fonds. L'Association internationale de développement (AID) est fondée en 1960, avec des prêts réservés aux pays les moins développés.
La Société financière internationale (SFI), qui elle a été fondée en 1956 pour financer les prêts et les investissements réalisés par les entreprises – notamment les entreprises occidentales –, dans les pays dits à risque. le Centre international pour le règlement des différends relatifs aux investissements (CIRDI), fondé en 1965 ayant pour objectif, notamment, de garantir les investisseurs internationaux pour qu'ils ne soient pas victimes de politiques nouvelles, adoptées dans les États dans lesquels ils investissent.
Ce sont les prémices de ce que l'on constate avec le TAFTA, c'est-à-dire la volonté des États-Unis, et évidemment des grands groupes industriels, économiques et financiers qui sont derrière, de retirer progressivement aux peuples leur pouvoir souverain, d'orienter leur politique économique et sociale comme ils l'entendent. Et de verrouiller dans le marbre une espèce d'ultra-libéralisme économique, avec la menace d'être déféré devant des institutions supranationales qui pourraient faire condamner les États. C'est l'une des logiques essentielles qui se cachent avec le TAFTA. Et puis enfin l'Agence multilatérale de garantie des investissements, qui a été fondée en 1988.
Ce qui est intéressant, c'est que selon la charte fondatrice de la Banque mondiale, les prêts de la Banque mondiale devaient être versés aux pays bénéficiaires en fonction de considérations purement économiques, le régime politique n'étant pas pris en compte. Ça, c'était l'esprit qui prévalait à la fin de la Seconde Guerre Mondiale. Je vous suggère d'ailleurs d'aller regarder la charte de l'ONU, c'est un peu le même état d'esprit. Nous, notre mouvement politique, dit qu'il faut redonner à l'ONU tout son poids, toute sa pertinence. Il y a des gens qui me disent : « Comment pouvez-vous soutenir ça ? C'est un gouvernement mondial. » Non ! Ce n'est pas du tout un gouvernement mondial l'ONU.
Si vous prenez la charte de l'ONU, il est bien précisé le droit inaliénable des peuples à disposer d'eux-mêmes, l'interdiction d'ingérences dans les affaires intérieures d'autres États, et également que chaque peuple a le droit de définir sa propre voie vers le développement. Le droit d'ingérence est une hérésie au niveau du droit international. Toujours interdit par le droit international positif, le droit d'ingérence a été inventé à la fin du XXe siècle, par vos amis Bernard-Henri Lévy, ou Bernard Kouchner, etc. C'est en fait une hérésie au niveau du droit international. Ça n'existe pas.
Je parlais tout à l'heure, en introduction, de Grotius, ce juriste néerlandais du XVIIe siècle, qui avait voulu bâtir un ordre international, avec une structure qui permettait d'organiser ça. C'est ce qu'a essayé d'être la SDN, dans l'entre-deux-guerres, dans les années 30, et qui — comme vous le savez — a fait fiasco. C'est ce qu'a essayé de faire également l'ONU, mais qui en ce moment, a largement été vidée de sa substance, Notamment par les États-Unis d'Amérique. Alors, c'était la même chose, la charte fondatrice de la Banque mondiale s'inspirait de cet esprit du milieu des années 40. C'est-à-dire : on ne tient pas compte du régime politique, on finance les prêts.
Ce dernier point a été complètement battu en brèche depuis les années 2000. Tout spécialement sous l'influence de l'administration Bush. Désormais, l'idée prévaut selon laquelle des aides doivent être accordées à un pays en difficulté que sous certaines conditions relatives à l'utilisation de cette aide. Les deux principales conditions étant dites de « bonne gestion », cela implique donc des recettes ultralibérales : la privatisation des services publics, etc. Tout ça est imposé aux États qui veulent bénéficier de ces prêts.
Alors évidemment, vous comprenez bien qu'il y a eu des prêts, dans un certain nombre de pays que je ne citerai pas, dans les années 60, 70, 80, qui ont été entièrement dilapidés. Ou réservés, dans un certain nombre de pays dictatoriaux, pour le président de la République ou bien ses proches. Donc on peut concevoir, c'est même de bonne gestion en effet, que de considérer qu'il faut subordonner l'octroi de ces prêts à des contraintes de bonne gestion. Mais la bonne gestion, c'est-à-dire la non-corruption, le non-détournement au profit du chef d'État et de sa famille est une chose. Le fait d'imposer par ailleurs un régime politique, économique, et social, en est une autre.
Et désormais, ces prêts sont devenus un véhicule, pour imposer une espèce de politique unique mondiale. L'autre aspect concerne le « respect des droits de l'homme ». Alors c'est comme pour la bonne gestion : qui peut être contre ? Le problème c'est que, au nom du respect des droits de l'homme tels qu'ils sont perçus en Occident, ça implique notamment l'ouverture à des ONG, des organisations non gouvernmentales, souvent financées et pilotées par des institutions américaines. Le plus bel exemple étant celles qui sont financées par le National Endowment for Democracy.
Cette institution américaine publique est très largement financée sur les fonds de la CIA, ou les fonds du département d'État, qui finance des quantités d'ONG. Donc ça c'est un point très important. Voici des exemples d'ONG financées et pilotées par la National Endowment for Democracy, dont la plupart des fonds viennent du département d'État ou des services de renseignement : en Afrique : IHRDA, pour les droits de l'homme, en Tunisie : l'ONG Al Bawsala, en Chine : la Fondation pour la recherche sur le Laogaï, c.-à-d. le goulag chinois.
– à Hong Kong : le National Democratic Institute for International Affairs, et le Center for Comparative and Public Law, dont Benny Tai et Martin Lee, qui sont les principaux dirigeants du récent mouvement Occupy Central Hong Kong. Vous l'avez peut-être suivi dans la presse au cours des mois écoulés. En réalité, derrière ce mouvement Occupy Hong Kong, qui était un peu le copié collé de Occupy Wall Street, derrière, se cachaient les financements du département d'État américain, et de la CIA. Inde/Tibet : le Tibetan Center for Human Rights and Democracy, et l'Association des femmes tibétaines en exil.
Aux États-Unis, le Centre pour la justice au Tibet et Students for a Free Tibet, en Europe orientale dont la Pologne, dans les années 90, le NED a investi au moins 9 millions de dollars, afin de soutenir les partisans de l'économie libérale. En Russie – ce sont toute une série d'exemples qui sont sourcés –, le blogueur Alexeï Navalny a reconnu avoir reçu des fonds de la NED. En Ukraine : la NED aide en ce moment de nombreuses structures qui lui sont associées, liées à la « révolution orange ».
Le National Democratic Institute for International Affairs, la branche ukrainienne de l'Open Society Foundation, l'OSF, qui est lié au financier George Soros qui a reconnu être impliqué dans le renversement du pouvoir aux manifestations « Euromaïdan ». Il l'a reconnu explicitement. En Serbie : le groupe Otpor, entraîné par l'Albert Einstein Institution, et toutes deux financées par la NED a servi au renversement du gouvernement de Slobodan Milosevic. Au Vénézuela : des documents rendus publics montrent que la NED a attribué plus d'un million de dollars à des projets liés au référendum anti-Chávez et à des groupes d'opposition.
En 2002, il y a eu une tentative de coup d'État contre Chávez, qu'on voit d'ailleurs en direct sur Internet. C'est assez extraordinaire de voir cette affaire. Un rapport du ministère des Affaires étrangères américain, lui-même, déclairait que la NED et le Pentagone avaient apporté leur aide aux particuliers et aux organismes ayant joué un rôle actif dans le coup d'État avorté contre Hugo Chavez en avril 2002. Honduras : l'association Hagamos Democracia. À Cuba : le Center for a Free Cuba. Etc.
Vous savez peut-être si vous suivez minutieusement l'actualité internationale, que notamment le président russe, Poutine, a décidé de déclarer persona non grata toute une série d'ONG, en demandant qu'on publie leurs financements, et de les interdire d'activité. Donc là on voit, du doigt, comment il y a une espèce de service après-vente, entre le FMI et la Banque mondiale, où les intérêts américains, dans ces grandes institutions issues de Bretton Woods, ainsi que dans des associations d'aide au développement, pilotent la finance mondiale. En subordonnant les pays à des mesures dites de bonne gestion ou de respect des droits de l'homme. « Pour les droits de l'homme, comment on fait ? Voilà !
On a justement ce qu'il vous faut. Laissez travailler ces ONG qui sont là en fait pour déstabiliser les gouvernements qui ne conviennent pas à Washington. J'ai parlé du FMI, j'ai parlé de la Banque mondiale, nous en arrivons à parler de l'ONU, et de l'influence américaine à l'ONU. Alors comme vous le savez, déjà, l'ONU se situe à New York, sur un terrain qui n'appartient à personne, c'est un terrain international. Enfin, qui est quasiment à Manhattan, comme vous le savez. Que les États-Unis partagent un privilège, avec 4 autres nations du monde qui sont la Russie, la Chine, le Royaume-Uni et la France : d'être membre permanent du Conseil de sécurité de l'ONU.
Membres permanents, c'est-à-dire qu'ils sont tout le temps au Conseil de sécurité, avec droit de veto. Le Conseil de sécurité étant l'instance suprême, décisionnaire de l'ONU. Puisqu'à l'ONU, il y a, en gros, stricto sensu, je ne parle pas de toutes les agences par ailleurs, mais il y a deux instances éminentes : l'Assemblée générale, où sont représentés tous les États du monde, du moins les membres de l'ONU. Presque tous le sont, il y en a quelques-uns qui ne le sont pas encore : le Kosovo, la Palestine qui a un statut d'observateur. Donc il y a quelques États très très rares qui ne sont pas à l'ONU. Le Vatican, je crois, n'a qu'un statut d'observateur.
Mais, sinon, il y a à peu près 195 États qui sont à l'ONU, qui sont à l'Assemblée générale. Et dans cette Assemblée générale, chaque État a une voix. Ce qui est un principe, je trouve personnellement, de civilisation. La civilisation, c'est quand le droit protège le faible par rapport au fort. La barbarie, c'est quand il n'y a plus de droit, et que c'est la loi du plus fort. Une de mes définitions en tout cas. Donc, à l'Assemblée générale des Nations Unies, vous avez des pays comme Antigua-et-Barbuda, deux petites îles des Antilles.
Ou bien le royaume de Tonga, perdu dans le Pacifique Sud, qui ont la même voix, une voix comme la république populaire de Chine, la Fédération de Russie ou les États-Unis. Mais ça, c'est à l'Assemblée générale. En revanche, l'assemblée décisionnaire, celle qui en vertu du chapitre 7 de la Charte des Nations unies, a le pouvoir d'envoyer des Casques bleus, et éventuellement de faire la guerre à un pays qui ne respecterait pas la charte. — C'est comme ça que ça devrait fonctionner. Ça c'est le Conseil de sécurité, où il y a donc un nombre fixe de membres, dont 5 sont permanents, et disposent d'un droit de veto. Donc, ils peuvent s'opposer à une résolution.
Et tous les autres, une quinzaine, eux sont élus, pour des mandats de 2 ans. Ils sont élus de façon équirépartie entre les continents. Alors d'emblée, l'influence américaine, c'est déjà un pays qui a le droit de veto. Vous me direz « comme la France ». C'est issu de la Seconde Guerre mondiale. C'est vrai. Sauf que la France est un peu gênée aux entournures pour utiliser le droit de veto, parce qu'elle a quand même beaucoup perdu en prestige. Pareil pour le Royaume-Uni.
Et justement ce droit est de plus en plus remis en question, quand vous voyez que des pays comme l'Inde, comme le Brésil, comme le Nigéria, enfin, des zones géoculturelles de la planète qui ne sont pas du tout représentées au Conseil de sécurité des Nations Unies. Et qui donc voient ça d'un mauvais œil. En revanche les États-Unis, eux, ne se gênent pas pour utiliser en veux-tu en voilà leur droit de veto de façon pratiquement systématique, dès que quelque chose ne leur convient pas. C'est un peu ce qui était le cas de l'URSS à la grande époque : entre 1945 et puis l'écroulement de 1991. La Russie s'est substituée à l'URSS. Mais l'URSS utilisait systématiquement son droit de veto.
Parmi les exemples célèbres, je citerai les 34 résolutions de l'ONU, non respectées par Israël, de 1947 à 2009. Ça s'arrête à 2009. Et ceci essentiellement parce que les trois premières résolutions ont été prises par l'Assemblée générale, avant la constitution du Conseil de sécurité. Les suivantes, toutes par le Conseil de sécurité de l'ONU. Et, en fait, n'ont jamais été suivies d'effet, parce qu'Israël a bénéficié du soutien systématique des États-Unis.
On citera en vrac : la résolution 181 du 29 novembre 1947, sur le plan de partage de la Palestine : non suivie, la résolution 194 du 11 décembre 1948 : idem, la résolution 302 du 8 décembre 1949, sur la création de l'Office de secours et de travaux des Nations unies pour les réfugiés palestiniens : tout ceci n'a jamais été suivi d'effet. Ça, ça a été pris par l'Assemblée générale. Et les 31 autres résolutions par le Conseil de sécurité, et n'ont jamais été suivies des faits. Encore une fois parce qu'Israël bénéficie de la protection des États-Unis.
C'est la résolution 236 du 11 juin 1967, après la guerre des Six Jours, la résolution 237, la résolution, la fameuse, 242, du 22 novembre 1967, que vous connaissez certainement puisqu'on y fait toujours référence, pour trouver un processus de paix qui tarde à venir – c'est le moins que l'on puisse dire – entre Israël et la Palestine. La résolution 250, du 27 avril 1968. 251 du 2 mai 68. 252 du 21 mai 68. 265 du 3 juillet 69. 340 du 25 octobre 73. 446 du 22 mars 79. 468 du 8 mai 1980. 592 du 8 décembre 86. 605 du 22 décembre 1987. 607 du 5 janvier 88. 608 du 14 janvier 88. 636 du 6 juillet 89. 641 du 30 août 89. 672 du 12 octobre 1990. 673 du 24 octobre 1990. La 681 de décembre 90.
La 684 de mai 91. La 799 de décembre 92. la 904 du 18 mars 94. La 1322 du 7 octobre 2000. La 1397 du 12 mars 2002. La 1402 du 30 mars 2002. La 1405 du 19 avril 2002. Enfin, etc, etc, vous avez compris. Bon, tout ça, ça fait quand même 34 résolutions. Ce qui évidemment vide de sens – c'est un problème – le fonctionnement de l'ONU. Et les États-Unis ont évidemment une responsabilité écrasante dans le maintien de ce conflit qui a maintenant un certain nombre de décennies. C'est pas l'unique rôle des États-Unis.
On a vu dans un autre domaine, le 5 février 2003, ce moment – qui est un des grands moments de l'histoire de l'ONU – lorsque le secrétaire d'État américain Colin Powell ment effrontément au Conseil de sécurité de l'ONU, en brandissant une fiole, censée contenir le virus de l'anthrax. Cela comme preuve de la présence d'armes de destruction massive en Irak, justifiant une intervention militaire. S'il y avait eu de l'anthrax dans cette fiole, potentiellement, tous les gens seraient morts dans un rayon de 3 km autour du Palais de Verre de l'ONU à New York. On aurait eu quelques centaines de milliers de morts. Ça reste un des grands moments de l'histoire contemporaine.
Ça montre à quel point les États-Unis, encore une fois, ne se gênent pas, c'est le moins que l'on puisse dire, pour mentir effrontément. Et on est sûr que c'est un mensonge, puisque Colin Powell lui-même l'a reconnu en 2005. En disant que tout cela, c'était du pipeau, que d'ailleurs on n'avait jamais trouvé d'arme de destruction massive. Alors c'est quand même un vrai problème, parce que, outre le fait qu'à l'époque la France s'était opposée à l'aggression contre l'Irak. Et je ne suis pas là pour défendre le régime de Saddam Hussein, bien entendu. Enfin c'était quand même moins pire, si j'ose dire, que ce que c'est devenu. Ce qui s'est passé entre-temps, c'est à peu près un million de morts.
Plus, ou moins, 500 000, voilà. On voit ici que les États-Unis violent ouvertement la charte de l'ONU, dans ce que je disais tout à l'heure, c'est-à-dire, les pays normalement s'engagent à appliquer cette charte de bonne foi. Or, là, nous avons affaire à quelque chose qui est fait de mauvaise foi. Ça, c'est au cas où vous ne l'auriez pas bien vu... Je pourrais parler de bien d'autres cas de sujets qui sont constamment, également, écartés par les États-Unis. Et ce même s'ils ne font pas la une des journaux. Par exemple, la situation absolument dramatique qui existe actuellement dans la partie orientale de la République du Congo.
Où les États-Unis protègent de façon éhontée le régime de Paul Kagame, du Rwanda, juste à côté pour le profit, en fait, de grandes entreprises multinationales. C'est un des grands grands scandales de la politique mondiale actuelle. Il y a des exactions sans nombre qui sont commises dans ce pauvre pays ! Et dont, finalement, tout le monde se désintéresse. En tout cas, dans le monde occidental, on fait comme si ça n'existait pas. Et le rôle là aussi des États-Unis pour évacuer tous les sujets qui ne leur conviennent pas est tout à fait significatif.
De même que, à l'inverse, cette poussée d'adrénaline sur la Corée du Nord — qui est une tyrannie absolue, ça tout le monde est au courant, mais on ne l'a pas découvert hier. Donc là, y a un truc qui est nouveau, c'est que les États-Unis ont sans doute décidé de se payer la Corée du Nord. C'est tout à fait nouveau, par rapport à des décennies où ça n'a pas été le cas. Voilà. Je signale également que, à l'ONU, il y a ce scandale, qui est apparu maintenant depuis quelques années : le soutien apporté ouvertement par les États-Unis, aux mouvement néo-nazis en Europe de l'Est. Ici nous avons, par exemple, les manifestations qui ont eu lieu en novembre 2012.
Survivants de Waffen SS lettons, qui commémorent la lutte de l'Allemagne nazie contre l'URSS, devant le Monument de la Liberté à Riga. (apparemment il s'est trompé de ville) On voit ici tout ce que l'on trouve en Lettonie, on trouve à peu près la même chose en Estonie. Je rappelle à ceux d'entre vous qui ne le sauraient pas ou l'auraient oublié, que tout ceci se passe sur le territoire de l'UE. De l'Estonie et de la Lettonie, qui font partie des pays membres de l'UE, depuis maintenant dix ans. Depuis 2004. (apparemment il s'est trompé de date) Alors ça, ça concerne la Lettonie et l'Estonie. Je ne parle même pes des évènements récents en Ukraine.
Vous savez que le président Porochenko actuellement, mis en place par les États-Unis, s'appuie sur une coalition, notamment le mouvement Svoboda, qui est une coalition carrément néo-nazie. Tout ceci est ardemment soutenu par les États-Unis. La Russie, n'étant plus l'URSS, a pris de la distance par rapport aux régimes soviétiques. Mais néanmoins, la Russie, quand même, tord le nez quand elle voit que les monuments aux morts des libérateurs de l'Allemagne nazie sont remplacés, démolis, détruits. Et qu'en revanche, dans ses régimes, on fleurit les tombes des Waffen SS, les monuments aux morts.
Et ce avec l'approbation des autorités gouvernementales, et notamment des plus hautes autorités de l'État. Donc du coup, la Russie a proposé à l'ONU des propositions, pour condamner ces manifestations. Donc à l'ONU, les États-Unis refusent de condamner la glorification du nazisme. Puisque la Russie a demandé qu'on condamne ces manifestations. Et a entraîné les pays de l'UE dans l'abstention. Ça a été le cas à plusieurs reprises : le 27 novembre 2012 par exemple, l'Assemblée générale de l'ONU a adopté le lundi 26 au soir une résolution qui condamnait la glorification du nazisme. Il y a eu 120 voix pour, c'était dans l'Assemblée générale, donc sur l'ensemble des pays du monde.
Donc il y a eu tous les pays du monde arabe, tous les pays d'Afrique, tous les pays latino-américains, tous les pays d'Asie. Y a eu 3 voix contre : les États-Unis, le Canada et les îles Marshall. Les îles Marshall étant une espèce de colonie qui ne dit pas son nom des États-Unis dans le Pacifique. Et y a eu 57 abstentions. Notamment tous les pays de l'UE par « solidarité » avec la Lettonie. C'est-à-dire que la France a refusé d'approuver une résolution qui avait été déposée par la Russie, évidemment, non sans calcul diplomatique. C'est bien entendu que la Russie essaie d'isoler les États-Unis dans cette politique de soutien à ces mouvements néo-nazis.
Mais il n'en demeure pas moins que la France, par solidarité avec la Lettonie et avec l'Estonie, a refusé d'approuver cette résolution. Alors tout ceci a recommencé encore, il y a quelques jours. C'était en décembre 2014. Toujours la même histoire. Chaque année désormais, la Russie fait une demande de condamnation de la glorification du nazisme. Et chaque année, le même scénario se reproduit. Vous le voyez ici par exemple. C'était donc le 19 décembre 2014. C'était il y a moins d'un mois. « l'Assemblée générale de l'ONU a adopté jeudi une résolution condamnant la glorification du nazisme proposée par la Russie.
Le texte était intitulé : « Lutte contre glorification du nazisme, le néonazisme et toutes les pratiques contribuant à alimenter les formes contemporaines de racisme, de discrimination raciale, de xénophobie et d'intolérance qui y sont associées » Eh bien ce texte a été adopté par 133 voix à l'Assemblée générale. Donc, de façon écrasante. Ça fait plus des deux tiers de tous les pays du monde. 133 voix pour. Il y a eu 4 voix contre : les États-Unis, le Canada, la République des Palaos — c'est un micro-État du Pacifique Sud, à l'est des Philippines — et l'Ukraine... qui a voté contre. Et puis 51 abstentions, dont la France de François Hollande, de Laurent Fabius et de Manuel Valls.
Ça fait maintenant plusieurs années que ça dure. Nous ne sommes pas tout à fait les seuls à la faire, il y a quelques autres mouvements... Nous on publie à chaque fois un communiqué de presse, et maheureusement il n'y a jamais le moindre espace dans le moindre journal, télévision et radio de France pour qu'on parle de ça. Jamais. Ça ne passe absolument jamais nulle part pour parler de ça. Parce que je pense quand même que nos compatriotes, que l'on a fait défiler par millions pour défendre la liberté d'expression, seraient surpris de voir que le même gouvernement prend ce genre de position à l'ONU. En tout cas ceci montre l'influence énorme des États-Unis d'Amérique à l'ONU.
L'influence américaine — maintenant — à la Cour Pénale Internationale (CPI). Alors la Cour Pénale Internationale, comme vous le savez sans doute, a fixé, avec le Statut de Rome, un moyen pour avoir une espèce de pérennisation — c'était dans les années 90-2000 — une espèce de pérennisation du tribunal de Nuremberg au niveau planétaire. Alors, comme vous le savez... — j'ai l'impression toujours de donner des cours de droit international, mais ce n'est pas si compliqué que ça, d'une certaine façon. C'est que, quand il y a un traité, pour qu'il rentre en fonctionnement, il faut d'abord qu'un État le signe.
C'est signé en général par le chef d'État, le chef de gouvernement, ou le responsable de la diplomatie. C'est le stade 1. Ensuite y a le stade 2, c'est la ratification. La ratification, ça veut dire que, ensuite, c'est transféré au peuple du pays. Enfin, ça dépend des pays. Y a des pays très autocratiques, où c'est l'autocrate qui ratifie. Mais en règle générale, même dans les pays dictatoriaux, C'est très généralement l'Assemblée nationale, le Sénat ou les deux. C'est-à-dire les représentants du peuple — le Sénat quand il y a un système bicaméral — qui ratifient le traité international. Et parfois ça peut être fait par référendum.
On en sait quelque chose, par exemple pour le traité de Maastricht, ou pour la constitution européenne C'était le référendum qui avait été choisi. Mais y a énormément de traités internationaux qui sont tout simplement ratifiés par la représentation nationale sans que vous n'en sachiez rien. Car les traités internationaux ne portent pas toujours sur des sujets d'une ampleur colossale. Ça peut être par exemple une convention de non double imposition avec la République de Panama. Y a des traités, ça passe comme ça assez souvent. Je renvoie d'ailleurs à ma conférence : « Le jour d'après » Où j'explique ce qui se passera lorsque la France sera sortie de l'UE et de l'euro et de l'OTAN.
Et où je montre que, contrairement à ce qu'on veut vous faire croire, la France ne sera pas du tout isolée. Puisque nous serons toujours liés au reste du monde par 6336 traités bilatéraux et multilatéraux. Et que nous aurons toujours le deuxième réseau diplomatique du monde. Ça c'est très très important à comprendre, mais ça c'est dans une autre conférence. Signature, ratification, et ensuite ce n'est pas la seule chose. Pour qu'un nouvel organisme international — comme la Cour Pénale Internationale — entre en vigueur, ou que le traité entre vigueur, en général il est prévu dans le corps du traité, qu'il doit y avoir un nombre minimum de ratifications. Il ne suffit pas qu'il y ait 3 États...
Là par exemple on crée un espèce de tribunal de Nuremberg permanent, en gros c'est ça. C'est ouvert à la signature de tous les États du monde. Ensuite, les États ayant signé doivent ratifier. Mais si vous avez 2 États qui ont ratifié, est-ce que déjà on crée la Cour ? Non. Ce qui avait été défini, c'est qu'il fallait qu'il y ait 60 États ayant ratifié la CPI pour qu'on la crée en effet. Et qu'elle commence à fonctionner. Je ne sais pas si vous m'avez suivi. Alors, ce qu'il s'est passé c'est que vous avez 4 types de pays. Vous avez les pays, qui ici sont en gris, qui n'ont pas signé la Statut de Rome. Et donc qui a fortiori l'ont pas ratifié.
Parce qu'il faut d'abord que le chef d'État, et le ministre des Affaires étrangères aient signé pour qu'ensuite ça soit soumis à ratification. Donc y a des pays qui n'ont ni signé, ni ratifié le Statut de Rome. Vous verrez notamment : La Libye, l'Arabie saoudite, la Turquie, mais également la Chine, la Corée du Nord, l'Inde, une partie de l'Afrique de l'Est, et l'Indonésie. Vous avez après ça les pays qui ont signé le Statut de Rome, mais qui ne l'ont pas fait ratifier. Qu'ils ne l'ont pas fait ratifier parce qu'il y a eu un obstacle. Parce qu'à l'intérieur de pays, y a des gens qui n'ont pas été d'accord. Les deux exemples majeurs, c'est la Russie, et les États-Unis d'Amérique.
Les États-Unis : Bill Clinton — William Clinton, pardon, je ne suis pas si intime que ça de lui. Williamn Clinton, juste avant de quitter la présidence, avait signé le Statut de Rome, Mais après, sous les Républicains, ça a été rejeté. La requête a été rejetée par le Sénat. Car aux États-Unis, c'est le Sénat qui ratifie. Pareil pour la Russie qui s'est limitée au stade de la signature. Après ça il y a des États, en jaune, qui ont signé, mais dont la ratification n'est pas encore en vigueur. Il doit y en avoir un ou deux, on ne les voit pas apparaître. Et puis le reste, en vert, ce sont les pays qui ont signé, puis ratifié. Donc vous avez à peu près toute l'Amérique latine, sauf le Nicaragua.
Et puis vous avez le Canada. En fait, vous avez pratiquement toute l'Amérique, sauf le Nicaragua et Cuba. Vous avez la plupart des pays d'Europe, dont la France, l'Allemagne, l'Italie, le Royaume-Uni. Vous avez un certain nombre d'Afrique de l'Ouest, d'Afrique Centrale, et puis d'Afrique australe, l'Australie et la Nouvelle-Zélande, et puis Japon, Corée du Sud, Bangladesh, Cambodge, Philippines. Voilà. Alors ce qui est intéressant à savoir là-dedans, c'est que la Cour Pénale Internationale est entrée en effet en vigueur puisqu'il y a eu plus de 60 États qui ont ratifié. Donc, à ce moment-là, elle s'est en effet constituée.
Et on se trouve devant cette situation assez baroque, pour ne pas dire plus, que les États-Unis imposent, tapent du poing sur la table pour que, par exemple, en Côte d'Ivoire, ou en Serbie, où ont été commises des exactions, pour que l'on défère des responsables devant la CPI. Pour crime de guerre, et cetera. Alors qu'eux ne peuvent pas être déférés. C'est quand même pas mal. Il fallait l'inventer. Au 2 avril 2012, parmi les 121 États ayant signé le Statut de Rome, 32 États ne l'ont pas ratifié. Il y a 4 qui ont signé la Convention de Rome mais qui ne l'ont pas ratifiée : la Russie, les États-Unis, Monaco — le prince Albert a peut-être commis des péchés — et puis Israël.
Et puis aucun des pays arabes n'a ratifié le Statut de Rome, à l'exception de la Jordanie et de la Tunisie, et très récemment, dans les derniers jours, de la Palestine. Je vais y revenir dans un instant. Mais la Palestine n'a pas le statut de membre de l'ONU. Seulement le statut d'observateur. La Chine et l'Inde, comme presque tous les États d'Asie, n'ont pas même pas signé le Statut de Rome. les États-Unis ont donc signé le Statut de Rome, mais ne l'ont pas ratifié. Ils ont par ailleurs retiré leur signature en 2002. Avant que le quota de 60 États ait été atteint, c'était le quota nécessaire pour que la CPI entre en fonctionnement.
Les États-Unis ont exercé des pressions très importantes, notamment en sucrant l'aide économique, en supprimant des avantages douaniers, auprès d'un certain nombre d'États pauvres pour les obliger à ne pas ratifier le Statut. Eh bien oui, parce que les États-Unis craignent, évidemment... ... alors, depuis, la CPI s'est mise en œuvre, les 60 États de mémoire, ont été dépassés en 2002. Donc la CPI a été créée en 2002. Et il faut savoir qu'aux termes mêmes du Statut de Rome, les crimes de guerre, crimes contre l'humanité et cetera, peuvent être poursuivis à partir de l'établissement de la CPI. Donc à partir de 2002.
Ce qui veut donc dire, que si les États-Unis d'Amérique ratifiaient la CPI, eh bien, les responsables notamment de la guerre en Irak, aux États-Unis, pourraient être déférés devant la CPI. Eh oui. Donc évidemment c'est un peu fâcheux, pour, toujours, M. Buisson, que je vous ai montré tout à l'heure. — buisson ardent — La création de la CPI, donc, n'a pas changé la donne, les pressions continuent. Par ailleurs les États-Unis établissent des accords bilatéraux avec les États signataires, garantissant que les Américains qui seraient amenés à repondre de leurs actes devant la CPI, soient rapatriés aux États-Unis.
Parce que les États-Unis se disent qu'ils sera sans doute difficile que, à terme, peut-être dans 10 ans, dans 15 ans, que tous les États du monde, ou peu s'en faut, aient ratifié, soient membre de la CPI. Et que y ait guère que... Israël, la Corée du Nord, et les États-Unis eux-même qui ne l'aient pas ratifiée. Ça fait quand même un peu mauvais genre. Donc à ce moment-là, ils seraient peut-être obligés de ratifier. Mais ils sont en train de prévoir un contre-feu, qui est celui que je viens de vous dire, c.-à-d., que désormais, leur Milosevic à eux ne serait pas jugé, on le redonnerait aux États-Unis. Voilà.
Le changement d'administration et l'arrivée de Barack Obama a mis un terme à une relation qui était un peu acrimonieuse entre les deux. Mais tout ça n'a rien réglé du tout au problème. Et en réalité les États-Unis restent fermement en dehors de la CPI. Tout en exigeant que les autres États, notamment africains... Puisqu'en définitive ce truc est en train de fonctionner contre les pays des Balkans et contre les pays d'Afrique. C'est pratiquement maintenant que des africains qui sont déférés. Quant à la Palestine, il y a du nouveau, puisqu'elle a obtenu le 29 novembre 2012 le statut d'État observateur non-membre à l'ONU. Donc ça avait été une semi-victoire diplomatique de la Palestine.
L'Autorité palestinienne avait fait une déclaration en 2009, à l'effet d'accepter la juridiction de la CPI. Mais à ce moment-là la Palestine n'avait pas le statut nécessaire pour être un membre du Statut de Rome. Puisqu'aucune demande n'a été faite par la Palestine après 2012, la CPI n'avait pas juridiction sur la Palestine avant le 31 décembre 2014. Mais justement, le 31 décembre 2014, l'Autorité palestinienne a signe le Statut de Rome. Et maintenant il y a un délai nécessaire de 60 jours avant de loger, comme on dit en termes diplomatiques, une plainte à la CPI.
Alors ça a été, vous l'avez vu au cours des tous derniers jours un motif de scandale pour les États-Unis et Israël, qui ont indiqué leur volonté de réagir avec des mesures de rétorsion économique. C'est quand même invraisemblable d'agir de cette façon, ils pourraient au moins se taire. Mais les sanctions économiques, c'est quand même un peu fort, d'autant plus que eux-mêmes ne sont pas, ni l'un ni l'autre membres de la Cour Pénale Internationale. L'influence américaine sur les opinions publiques occidentales. Alors là, on arrive à la fin de cette conférence — enfin pas tout à fait... On sort un petit peu du cadre des organisations internationales.
Mais c'est quand même important, parce que ça fait partie de l'ambiance générale. Il y a quelque chose qu'il faut que vous sachiez, qui est un point important dans l'histoire du monde, depuis maintenant quelques années. Disons depuis la présidence Reagan. C'est l'invention par les États-Unis d'une nouvelle discipline : « perception management », la « gestion de la perception ». Alors c'est vraiment une phrase typiquement orwelienne.
Ce qui se cache derrière ce « perception management », on devrait appeler ça : « manipulations et mensonges des opinions publiques mondiales » C'est pour ça qu'il y a eu un vrai vrai changement, j'allais dire épistémologique, pour prendre un mot un peu précieux, compliqué. Un vrai changement de mentalité et d'éthique, pour faire plus simple, du monde occidental et notamment des États-Unis, je dirais au tournant des années 80-90. Certes avant les États-Unis n'étaient pas des petits saints, ça c'est c'est bien sûr. Mais enfin, il n'y avait pas ce sentiment d'être désormais devenus ce qu'était un peu...
Enfin, là je livre mes pensées, moi quand j'étais jeune, le pays qui mentait constamment, qui était cynique tout le temps, c'était l'URSS. Les États-Unis paraissaient globalement... Maintenant c'est l'inverse. En tout cas c'est mon sentiment. On a l'impression que la situation s'est complètement renversée. Que désormais la Russie, pas un petit saint non plus, défend globalement une certaine éthique, recherche la vérité des faits. Alors qu'on a l'impression que les États-Unis c'est tout l'inverse. Alors, le département de la Défense des États-Unis a défini le perception management.
C'est une technique qui recouvre les actions consistant : – à fournir et/ou à camoufler une information sélectionnée et des indices. Ce qui est important, c'est les deux verbes « fournir » et « camoufler ». Et ce qui est important également c'est le terme d' « information sélectionnée ». On va choisir un certain type d'information. Les autres ne vont pas être utilisés. On va le fournir à des audiences étrangères, de façon à influencer leurs émotions, leurs motivations, et leurs raisonnements objectifs. Alors, au risque de passer pour un complotisite, l'affaire par exemple, qui est toujours pendante, de l'avion de la Malaysia Airlines, le vol MH17.
Qui a été abattu au-dessus de l'Est de l'Ukraine. Outre le drame humain qu'il y a derrière, je trouve que c'est absolument fascinant du simple point de vue de la logique. Je rappelle quand même que lorsqu'un avion s'acrase, il y a les fameuses boîtes noires. Vous savez, il y a le Cockpit Voice Recorder (CVR), et le Flight Data Recorder (FDR). Ces boîtes ne sont pas noires, elles sont oranges. Quand on les repêche, comme ça a été le cas pour le vol Air France 447. Le Rio-Paris qui s'est abîmé dans l'océan Atlantique. On a retrouvé les boîtes oranges en question — j'ai repris toute la chronologie. Elles avaient passé un mois dans de l'eau salée, sous haute pression.
Elles ont été analysées tout de suite, et la presse internationale a eu les premières informations dans les jours qui ont suivi. C'était très très rapide. C'était moins d'une semaine après. Il en est d'ailleurs en général la même chose à chaque fois qu'il y a un accident d'avion. Là nous avons à faire, avec le MH17, à un appareil qui s'est écrasé le 17 juillet 2014. Les boîtes noires, en fait oranges, ont été retrouvées le 30 juillet, 13 jours après dans des champs. Et nous voici maintenant le 18 janvier 2015, et on ne sait toujours pas ce qu'il y a dans ces boîtes noires. C'est quand même extraordinaire.
C'est d'autant plus extraordinaire qu'il y a également l'enquête qui est menée par les Néerlandais, car elle est internationale, dont ils ont décidé que toute une partie serait confidentiel défense, et qu'on ne saura pas. Alors tout ceci est quand même d'une très grande importance, parce que je vous rappelle quand même, que c'est un accident qui est quasiment à l'origine des mesures de rétorsion prises par les États-Unis, qui ont imposé à l'Union européenne de prendre des sanctions à l'égard de la Russie. Ils avaient commencé avec l'affaire du référendum en Ukraine, mais là ils sont allés bien au-delà.
Ces mesures d'ailleurs de rétorsion contre la Russie sont en train de se retourner contre nous, et pas contre les États-Unis. Puisque les circuits commerciaux sont ainsi faits, que les États-Unis sont très peu touchés par cette affaire. En revanche, ce sont les pays de l'UE qui prennent ça plein pot, en particulier la France. C'est pas moi qui le dis, c'est le président du la FNSEA, M. Xavier Beulin, qui a chiffré ça à 1 milliard d'euros de perte pour l'agriculture française, rien que cette année. D'ailleurs le président Russe, le président Poutine, a fait une déclaration il y a quelques jours, qui était assez croquignolette.
Puisqu'il a joué un peu Saint Jean bouche d’or, en disant qu'il ne comprenait pas très bien, qu'il était obligé de constater que c'était les pays d'Europe qui souffraient de ces décisions, beaucoup plus que les États-Unis. Il faisait cette remarque en passant. En attendant, vous voyez bien que sur ce sujet, on a exactement l'application de « fournir et camoufler » une information sélectionnée. Vous avez vu ce qui circule sur internet, vous avez vu cet appareil qui semble-t-il a reçu de très très nombreuses mitrailles de petit calibre, et cetera. Vous avez vu aussi la position de la Russie... Moi je ne prends pas parti là-dessus parce que je n'y connais rien.
Je suis quand même obligé de constater que d'un côté on a la Russie qui met sur le tapis des quantités d'informations qui ont l'air très sourcées et cetera. Et puis de l'autre côté, les autres pays disent : « y a rien, y a rien à voir. » J'ajoute d'ailleurs au passage qu'il y a eu un rapport fait par des anciens des services secrets américains. J'avais fait un article là-dessus. Le rapport mettait en garde sur les conclusions trop hâtives prises par les États-Unis. Alors, si vous allez, tout simplement, rechercher un tout petit peu d'informations sur ce que c'est que la gestion de la perception.
Un tout petit peu d'information, c'est tout simplement que je suis allé — benoîtement — sur la page Wikipedia en américain, de la gestion de la perception. Mes sources ne sont pas à tomber à la renverse, c'est la page Wikipedia. Bon. Eh bien qu'est-ce qu'on voit là-dessus ? C'est écrit en anglais : il y a 9 volets. Qui méritent quand même d'aller regarder ça d'un peu plus près. Bien entendu, la page française, il n'y a rien dedans. Wikipedia français a des pudeurs. Il y a un certain nombre de personnalités qui ne peuvent pas avoir de fiches notamment...
Alors, la gestion de la perception, définie par le ministère de la Défense des États-Unis : « There are nine strategies for perception management : this include »... Donc on va mettre ça en français : 1. La préparation : « Avoir des objectifs clairs et savoir l'opinion idéale que vous voulez que les gens se fassent. » On n'en est donc pas du tout, à ce qui a fait la grandeur du monde occidental, dont je parlais, à partir de la Rennaissance et de l'âge classique. C'est-à-dire la recherche de la vérité quoi qu'il en coûte. C'est ça qui a fait la grandeur de l'Occident. C'est la capacité... Je citais tout à l'heure Kant. Là c'est plus du tout ça.
Là c'est désormais avoir des objectifs clairs sur ce qu'on veut que l'opinion croie. Ça c'est la phase 1, préparation. Deuxièmement, crédibilité : « S'assurer que toutes vos informations sont cohérentes, et utiliser aussi souvent que nécessaire les préjugés ou les attentes du public afin d'accroître la crédibilité de vos informations. » Ça c'est terrible. C'est-à-dire qu'on ne va pas dire les faits. On va utiliser des informations qui vont dans le sens des préjugés des gens. Pour assurer la crédibilité. Troisième volet, le support multicanal : « Disposer d'arguments multiples et utiliser des faits fabriqués pour renforcer vos informations.
» Quatrièmement, contrôle centralisé : « disposer d'entités telles qu'un ministère ou un bureau en charge de la propagande. » Cinquièmement, sécurité : « La vraie nature de l'opération de tromperie — deception campaign, en américain, campagne de tromperie — ne doit être connue que par quelques personnes. » Sixièmement, fléxibilité : « L'opération de tromperie doit s'adapter et évoluer au fil du temps, au et à mesure des besoins. » Septièmement, coordination : « L'organisation ou le ministère en charge de la propagande doit être organisé selon un modèle hiérarchique afin de conserver une distribution cohérente et synchronisée de l'information.
» L'information ne doit pas partir dans tous les sens, ça doit être absolument centralisé selon une hiérarchie. Huitèmement, dissimulation : « Toute information contredisant la version officielle doit être détruite. » Et enfin le neuvième volet, déclarations mensongères : « Fabriquer la vérité. » J'insiste, vous êtes rentré chez vous, vous allez sur « Perception management » sur Wikipedia en anglais. C'est lu par des millions de personnes. Et c'est ce que vous trouvez. Tout ça est sourcé. Après ça Mme Léa Salamé me dit que je fais de l'anti-américanisme primaire, et du complotisme.
Malheureusement — je ne vais pas ici entrer dans des polémiques stériles — mais chacun a bien à l'esprit, quand j'ai énoncé ces 9 volets, un certain nombre de faits survenus au cours des dernières années, et qui malheureusment ne correspondent que trop bien à toute cette affaire. En attendant, voici un petit dessin, pour faire comprendre ce qu'il se passe. Y a qu'un truc qui échappe à tout ça pour l'instant, c'est le bouche-à-oreille. Ça a toujours échappé à toutes les dictatures. Et puis il y a internet. Mais évidemment internet est sous le feu de l'actualité, puisqu'on utilise de plus en plus des évènements dramatiques pour expliquer qu'il faut surveiller internet.
Je trouve ça assez extraordinaire. 2:15:22.680,2:15:26.340 Je terminerai avec mon dernier chapitre... C'est un exemple de ce genre de perception management qui est utilisé par les États-Unis d'Amérique. C'est notamment sur l'attribution du prix Nobel de la paix. Vous savez que dans l'esprit public, le prix Nobel de la paix, c'est la plus haute distinction morale. En tout cas dans le public occidental. Ça a pris un sacré coup dans l'aile dans toute une série de zones du monde. Mais dans le monde occidental, quand vous dites que Tartemuche ou Barbemolle a obtenu le prix Nobel de la paix, tout le monde est quasiment...
Alors je présente ici une petite analyse de la façon dont ça fonctionne, le prix Nobel de la paix. Le 12 octobre 2012, ça a été une stupéfaction mondiale : le prix Nobel de la paix a été décerné à l'UE, pour avoir contribué pendant plus de 6 décennies à promouvoir la paix et la réconciliation, la démocratie et les droits de l'Homme en Europe. C'est intervenu évidemment au moment où il y avait la crise de l'euro. Donc ça a été un argument pour dire : « Vous vous rendez compte ? l'UE a eu le prix Nobel de la paix, vous ne pouvez pas vouloir démanteler cette œuvre ». C'est comme si je voulais violer mère Teresa... C'est vraiment ça !
D'un seul coup vous êtes intimidé parce que si l'UE a obtennu le prix Nobel de la paix, circulez, il n'y a plus rien à voir. On notera au passage un petit truc rigolo. C'est que « l'UE a contribué pendant plus de 6 décennies à promouvoir la paix et la réconciliation ». Mais l'UE, je le rappelle, a été créée en 1992, enfin le 1e janvier 1993, par le traité de Maastricht. qu'ils aient dit que ça avait été décerné à la construction européenne, d'accord. Mais l'UE n'existe que depuis 1993. Ils lui ont attribué 40 ans de bonus de promotion de la paix et de la réconciliation.
Je me demande d'ailleurs ce que l'on pense des œuvres de paix et de réconciliation de l'UE quand on habite en Libye, en Syrie, dans la partie orientale de l'Ukraine... Je me demande ce que l'on en pense. En attendant, ça a été évidemment quelque chose de très impressionnant. Parce que vous avez eu aussitôt le regretté Jacques Barrot qui, sur I-Télé, s'est mis à pleurer de bonheur et d'émotion. Mais c'est vrai... Enfin bon, je vais peut-être retirer ça, parce que le pauvre est décédé entre-temps. M.
José Manuel Barroso, président de la Commission, qui n'a plus de secret pour vous, puisque vous connaissez son pédigrée, a dit : « Le prix Nobel de la paix est un grand honneur pour l'ensemble de l'UE, pour ses 500 millions de citoyens ». M. von Rompuy, président du Conseil européen à l'époque, a dit : « Nous sommes tous très fiers que les efforts de l'UE en faveur de la paix en Europe soient récompensés. » Mme Clinton, secrétaire d'État américaine, a dit : « Nous félicitons l'UE pour l'attribution de son prix Nobel. Il est remarquable de voir comment l'Europe du XXIe siècle est unie et en paix et cela n'est pas le fruit d'une coïncidence. » M. François Hollande...
NDLR : il est président de la République française : « L'UE est sans doute la plus grande aventure humaine du XXe siècle après les deux conflits qui ont ravagé l'Europe et le monde. Alors soyons-en dignes ». Enfin bon, « l'Europe, c'est la paix », vous connaissez. J'ai d'ailleurs fait une conférence spéciale : « L'Europe c'est la guerre ». Je vous suggère d'aller voir sur Internet si vous ne l'avez pas déjà vue. J'en ai fait une autre : « l'Europe c'est la paie », parce qu'il y a beaucoup de gens qui s'en... Mme Angela Merkel, chancelière d'Allemagne : « C'est une décision formidable ». Alors vous allez voir comment on en arrive à l'objectif. Mme Merkel : « Je dis souvent que l'euro »...
Tout ça se passe au moment où l'on parlait de l'explosion de l'euro ! « Je dis souvent que l'euro est plus qu'une monnaie et nous devrions ne pas oublier cela, justement durant ces semaines et ces mois où nous travaillons au renforcement de l'euro ». Voyez le cynisme. Puisque je vous ai montré tout à l'heure que les Allemands n'en veulent plus. Et qu'elle s'est fait taper sur les doigts par Obama, par Timothy Geithner. Tout le monde lui... Elle a servi de punching ball, elle et les dirigeants de la Bundesbank, et ils voudraient... Voilà. Mais en public, elle est obligée de tenir ces paroles.
« L'euro est plus qu'une monnaie car il s'agit de l'idée de l'Europe en tant que communauté de paix et de valeurs ». Voilà. Et puis Jacques Delors, ancien vice-président de la Commission européenne : « Tous les chefs de gouvernement, et toutes les populations qui s'intéressent à l'Europe vont prendre cela pour un encouragement. C'est une grande émotion pour moi car les trois dernières années ont été extrêmement difficiles. Moi, je ne suis plus aux affaires. Mais j'avais prévenu que, faute d'avancer la coopération entre eux, l'Union économique et monétaire ne tiendrait pas. [...] Ce prix montre que les valeurs de solidarité, de confiance peuvent amener à un monde meilleur ! ».
Donc on a vraiment ici affaire à une opération de « perception management », de gestion de la perception. C'est-à-dire : il y a une crise très grave sur l'euro avec la Grèce, qui a rebondi ensuite avec Chypre. Qui en ce moment couve, mais je vous rassure, ou je vous inquiète : Toutes les monnaies plurinationales de l'Histoire ont toujours explosé. Terminé. Donc pour l'euro, je vous envoie à ma conférence « La tragédie de l'euro ». Donc, ça arrive au bon moment que d'un seul coup, les gens aient peur, et se disent : « Je ne peux pas quand même taper sur cette œuvre de paix extraodinaire. Il faut que chacun prenne sur soi.
» Alors que la situation économique, sociale, monétaire et financière de l'Europe prend des proportions de désastre historique dans tous les pays de la zone euro – ça n'a fait d'ailleurs que s'aggraver depuis 2012 –, cette soudaine attribution du prix Nobel de la paix à l'UE revêt une importance politique majeure. Il s'agit d'une décision hautement politique, destinée à tenter de contrecarrer l'explosion de l'euro et de l'UE. Ça fait partie de ces décisions symboliques, jouant sur l'émotivité des populations. Alors, au fait – question que je pose –, qui donc attribue le prix Nobel de la paix ? Parce qu'on vous dit toujours : « Le prix Nobel de la paix a été attribué à... ».
Mais moi, j'aimerais savoir qui a attribué le prix Nobel de la paix à... Est-ce que ce sont 600 délégués du monde entier, représentant toutes les civilisations du monde ? Compte tenu de ce que c'est la plus haute distinction morale mondiale. Normalement, on pourrait concevoir qu'il y ait 600 ou 800 délégués venus de la planète entière qui seraient appelés à départager des lauréats. La réponse est non !
Est-ce que ce sont par hasard – réduisons un peu la voilure –, 120, 130 ou 140 professeurs experts, spécialistes de droit international, qui à l'issue d'un examen extrêmement minutieux du CV, des actions menées viendraient dire : « Eh bien voilà, c'est la personne qui a le plus œuvré pour la paix dans le monde. Incontestablement. » La réponse est non. Est-ce que ce serait par hasard 50 savants émérites sélectionnés pour leurs compétences scientifiques, qui, avec l'honnêteté intellectuelle d'un scientifique de haut niveau, se diraient : « Effectivement, il faut donner ça à ce monsieur, à cette dame ou à cette organisation qui a le plus œuvré pour la paix » ? La réponse est non.
Alors, finalement, qui attribue le prix Nobel de la paix ? Est-ce que c'est 20 militants pacifistes connus pour leur neutralité, qui viendraient de 20 pays différents ? Ce n'est toujours pas eux. Qui attribue ce prix considéré comme la plus haute distinction morale de la planète ? Eh bien, c'est ça. C'est Det norske Nobelinstitut : le Comité Nobel norvégien. Vous savez qu'Alfred Nobel avait créé des prix Nobel de chimie, de physique, de médecine, qui sont attribués à Stockholm en Suède. Ultérieurement il a créé un prix Nobel de la paix, à la demande d'une de ses amies qui lui a dit : « Vous avez inventé la dynamite, ça serait sympa de faire quand même un prix pour ceux qui sont morts ».
Et donc il a dit : « Bien je vais faire le prix Nobel de la paix. Ça sera attribué en Norvège ». Donc c'est le Comité Nobel norvégien, et en fait ce sont 5 personnes. Ce sont 5 personnes qui attribuent ce prix Nobel de la paix, qui a une telle importance planétaire ! On les voit ici rassemblés dans cette chambre, avec une espèce de tapisserie sortie de 1890 d'une maison de campagne. Ce sont les 5 membres du Comité Nobel norvégien. On va les passer en revue rapidement. Le premier, c'est le président : Thorbjørn Jagland. Jørn je crois que ça veut dire l'ours... Thorb, ça veut dire je sais pas quoi. Thorbjørn Jagland, c'est lui. Il est en train de regarder un livre à sa gloire.
Il est né en 1950. C'est un autodidacte, membre du Parti du travail, c'est-à-dire de la gauche norvégienne. En 1990, il a publié un livre : « Min europeiske drøm ». Mon norvégien n'est peut-être pas terrible. C'est en français « Mon rêve européen ». Je rappelle que le peuple norvégien à deux reprises a dit non à l'entrée dans l'UE. On leur a dit : « Vous vous êtes trompés. On va revoter ». Ils ont voté une deuxième fois. Et ce fut toujours non. On leur a dit : « Vous vous êtes trompés. On va voter pour la troisième fois. » Puis est arrivée la crise. Alors, pour l'instant, les Norvégiens ne sont pas dans l'UE.
Alors ensuite, en 1996, il est devenu ministre d'État, l'équivalent du Premier ministre en France. En 2000, il a été nommé ministre des Affaires étrangères. Il est redescendu. En 2005 : président du Storting, le Parlement d'Oslo. 1er janvier 2009 : il a été élu par le Storting président du Comité Nobel norvégien. Parce que les 5 personnes dont je vais vous parler sont en fait élues par le Parlement d'Oslo. Et ce sont des responsables de partis politiques. Le 30 septembre 2009, il a été élu secrétaire général du Conseil de l'Europe, dont je vous rappelle que ça n'a rien à voir avec la Commission européenne.
D'ailleurs, ça a valu à partir de ce moment-là un certain nombre de polémiques sur ces deux évènements concomitants. Les principaux partis d'opposition, Parti du progrès et le Parti conservateur ainsi que des membres de son propre parti exigeant sa démission de la présidence du Comité Nobel, en soulignant le risque de perte d'indépendance du Comité Nobel. Parce qu'il est à la fois président du Comité Nobel, et secrétaire général du Conseil de l'Europe. Et c'est un ardent européen, puisqu'il a écrit « Mon rêve européen ». C'est lui à la tête du Comité Nobel norvégien, qui attribue le prix Nobel de la paix à l'UE.
Alors que l'UE est un vrai sujet de débat au sein du peuple norvégien, puisqu'en gros, 60% des Norvégiens n'en veulent pas. Donc cette affaire a pris une mauvaise tournure en Norvège, mine de rien. Il se fait prendre ici en photo devant le Conseil de l'Europe, qui se trouve avoir à peu près le même drapeau que celui de l'UE. Ce M. Jagland, vous l'avez peut-être vu récemment, car voici une photo datant du 11 janvier dernier, à Paris. Où vous avez eu les grands de ce monde – du monde occidental – qui sont venus manifester à Paris. Vous avez vu d'ailleurs que cette photo était truquée. Ça a circulé sur Internet.
Puisqu'en fait, on n'a pas mis les chefs d'État et de gouvernement à manifester au même endroit que les manifestants. On était – on est toujours d'ailleurs – en vigilance rouge écarlate. Donc, normalement, il n'y a pas de rassemblement humain. Donc l'appareil d'État français a appelé des millions de Français à descendre dans les rues, en période de vigilance rouge écarlate. En attendant donc, ces chefs d'État et de gouvernement ont été mis, comme on le voit ici, dans un coin pour... Et, regardez ici, vous avez notre ami, qui est quand même au premier rang, qui tient le bras à cette chère Anne Hidalgo. Qui elle-même tient le bras à Jean-Claude Juncker.
Qui lui-même ne tient pas le bras, parce que c'est le gorille, de Netanyahou. Il lui aurait retourné une... Netanyahou est au centre. Après ça, il y a le président du Mali qui tient le bras à François Hollande. Lequel tient le bras à Angela. Laquelle tient le bras à Donald Tusk. Qui tient le bras à Mahmoud Abbas. À côté duquel se trouve la reine de Jordanie. Voilà. Eh bien ici, donc nous retrouvons notre M. Jagland, qui était quand même au premier rang de cette manifestation. Et qui a été l'un des principaux responsables de l'attribution à Obama du prix Nobel de la paix. J'y reviendrai dans un instant.
Donc les autres membres du Comité Nobel norvégien : vous avez cette dame, Mme Kaci Kullmann Five. On la voit à droite sur cette photo... Elle est née en 1951, elle est membre du Parti conservateur, ancienne parlementaire jusqu'en 1997. Elle a travaillé ensuite dans différentes entreprises publiques et privées, notamment à la télévision. Elle a été élue par le Storting en 2003 au Comité Nobel norvégien, puis réélue en 2008. Elle en est la vice-présidente. La n°3 de ce truc, c'est Mme Berit Reiss-Andersen. Née en 1954. Avocate et juriste. Ancien membre du Parti du travail, parti de Jagland. Présidente du Barreau de Norvège. Élue au Comité Nobel norvégien sur présentation du Parti du travail.
La quatrième, c'est cette dame – il y a beaucoup de dames – : Mme Inger-Marie Ytterhorn. Qui est née en 1941. Membre du Parti du progrès : un parti conservateur, très à droite. Élue au Comité Nobel norvégien en 2000, réélue en 2005 et 2010. Et puis enfin, le cinquième membre, c'est Mme Ågot Valle. Alors ça c'est deux étoiles dans le Michelin, « vaut le détour ». Mme Ågot Valle est née en 1945. Elle est membre du Parti de la gauche socialiste. Elle a été élue parlementaire en 1997. Elle a été l'une des responsables de l'organisation « Nei til EU », « Non à l'UE ».
Elle a été à la pointe du combat pour refuser lors des référendums notamment du dernier qui a eu lieu en Norvège, l'entrée de la Norvège dans l'UE. Elle a été élue par le Storting en 2009, au Comité Nobel. C'est comme les trois Mousquetaires, qui étaient quatre. Les cinq membres du Comité Nobel norvégien, en fait, sont six. Il y a ce monsieur, que vous avez peut-être vu tout à l'heure, d'ailleurs, lors de la photo de l'annonce de l'attribution du prix à l'UE. Ce sixième membre... Moi j'aime bien regarder dans les photos. Il y a ceux qu'on connaît, puis ceux qu'on connaît pas. C'est comme tout à l'heure Mme Lael Brainard.
Parce que moi, j'ai été souvent dans ces fonctions de haut-fonctionnaire... Alors, il y a le ministre qui est là. Mais en fait, le ministre, il dit ce qu'on lui dit de dire. Du moins les mauvais ministres. Ce monsieur, comme vous le voyez, est en fait à peu près sur toutes les photos. Ici, à côté de Jagland. On le voit aussi ici. Là, c'est lorsque Jagland annonce l'attribution du prix Nobel de la paix à l'UE. Ici on le voit. Et, vous voyez, on a l'impression que le président Obama lui porte plus d'intérêt qu'au président soi-même, Michelle Obama serrant la main de M. Jagland. Alors c'est qui, ce type ?
C'est l'homme de l'ombre, c'est Geir Lundestad, directeur de l'Institut Nobel et secrétaire du Comité Nobel norvégien. Né en 1945. Chercheur à l'Université de Harvard aux États-Unis. Il a ensuite été chercheur au Woodrow Wilson International Center de Washington D.C. Donc il a passé à peu près 12 ans de sa vie aux États-Unis. D'une part à Harvard et ensuite au Woodrow Wilson International Center qui est financé... Oui. J'aurais peut-être dû trouver une autre photo. Je vous prie de m'en excuser. Non... J'ai fait ça vite... Hillary Clinton soi-même, qui est à la tête de... C'est un truc – Woodrow Wilson International Center – qui est piloté par les plus hautes autorités de l'État.
Donc ce monsieur a travaillé pendant 12 ans aux États-Unis. Et notamment pendant deux ans, chercheur dans cet institut extrêmement select. Qui est en fait à l'époque sous la tutelle du département d'État des États-Unis... Et donc en 1990, après avoir passé douze ans aux États-Unis dont deux dans cet institut, il revient comme une fleur. Il est nommé directeur de l'Institut Nobel d'Oslo et secrétaire du Comité Nobel. C'est un expert en droit international. Alors que vous avez vu que les membres de ce Comité, qui sont des députés élus au Comité Nobel... Je vous ai montré leur pédigrée très vite. Eh bien M. Jagland, comme... Enfin lui a quand même été ministre des Affaires étrangères.
Mais les autres, les femmes qui sont avec lui sont des gens... Y en a une qui est responsable du barreau, l'autre qui s'est occupée des affaires sociales... Elles ne connaissent pas spécialement les questions internationales. Et d'un seul coup, elles vont être dans un comité où tout est instruit par ce type. Tous les dossiers sont instruits par toute une administration sous la houlette de cet homme. Cet homme seul est désormais secrétaire du Comité Nobel depuis 25 ans. Si vous ne savez pas quoi faire un jour où il pleut, je vous invite à aller faire un petit saut à Oslo. Et si vous n'avez pas les moyens de vous payer le billet d'avion, vous allez sur Google Maps. Vous allez sur Google Maps.
Vous tapez : « Comité Nobel Oslo », puis vous allez faire une descente progressivement. Donc on va se rapprocher progressivement de la ville d'Oslo, en Norvège. Ça me permet de boire un petit coup. Capitale norvégienne, destinée à le rester et qui se trouve au bord de la mer. Alors nous voici arrivés au Comité Nobel. Voilà. Donc ici nous avons le Comité Nobel, Det Norske Nobelinstitutt. En fait, je ne savais pas... Moi je suis allé une fois à Oslo du temps de ma grandeur, quand j'étais conseiller auprès d'un ministre. On avait été reçu par l'ambassadeur de France à Oslo. On avait vu un ministre norvégien. Puis après, je suis reparti. L'ambassadeur m'avait ramené en voiture.
Eh bien on était passés par là. Et c'est lui qui m'avait mis au parfum. Il m'avait dit : « Regardez ! ». J'ai demandé ce que c'était. Il m'a dit : « C'est le Comité Nobel. Regardez de l'autre côté ». L'autre côté, c'est ici. Et c'est l'ambassade des États-Unis. Il y a exactement 57 mètres – je n'ai pas compté les centimètres – qui séparent l'Institut Nobel... Qui attribue le prix Nobel de la paix, ce qui est quand même très très très important en terme symbolique. Il n'y a aucune récompense au monde qui émeut à ce point les gens. Et vous avez l'ambassade des États-Unis en Norvège... Qui d'ailleurs est un véritable Fort Chabrol, un truc énorme. C'est vrai que la Norvège est un pays important.
Mais enfin, on se demande ce qu'ils font tous là-dedans. Eh bien, à la vue de tout ça, on a parlé du prix Nobel de la paix de l'UE, mais regardons les prix Nobel attribués par le Comité Nobel. En 2009 c'est Barack Obama. Avec, comme vous le voyez ici, son ami Geir Lundestad. Celui qui a été formé au Woodrow Wilson International Center. Le prix Nobel de la paix a été attribué à Barack Obama. C'est quand même... Je pense qu'à part le président Johnson et le président Bush, il arrive en troisième position quant au nombre de morts qu'il a fait par des guerres illégales. Alors si vous allez dans la presse norvégienne, ce que j'ai fait.
Au moment de l'attribution du prix Nobel de la paix, il y a eu ce journal « Nyheter ». Où l'on voit la photo, toujours dans la chambre à coucher, avec le papier peint de 1890, la même photo que celle que je vous ai montrée. Et cet article nous explique quoi ? « Une majorité des Nobel étaient contre Obama ! » C'est-à-dire que les députés en question, les trois notamment entourées d'un cercle rouge... Je n'ai pas retouché la photo, c'est le montage du journal. Il y avait quand même 3 députées, sur les 5 membres, qui étaient contre, en disant : « On ne peut pas donner le prix Nobel de la paix à quelqu'un qui va bombarder les gens. Faut pas exagérer ». Eh bien si.
Alors, si 3 des 5 membres du Comité Nobel étaient contre l'attribution du prix à Barack Obama, pourquoi l'a-t-il obtenu ? Parce qu'à mon avis, à l'évidence, ils ne sont pas 5 mais 6. Il y en a un qui vote pratiquement, c'est forcément Geir Lundestad qui s'est octroyé un droit de vote implicite et qui prévaut en cas de partage des voix, avec la complicité de Thorbjørn Jagland. Alors ça, c'était le prix Nobel de la paix à Obama. Mais le prix Nobel de la paix en 2010 a été attribué au Chinois Liu Xiaobo. La présentation sur France Culture pour le public français relève de la gestion de la perception. Ça, ce sont les agences de presse. Qu'est-ce qu'on apprend ? On apprend : « 1989.
De retour des États-Unis... Il participe au Printemps de Pékin, place Tienanmen, où il y entame une grève de la faim ». Bon, qui pourrait être contre ? « Il tente une médiation avec l'armée pour négocier une évacuation ». « 1989-90 : emprisonné sans avoir été condamné. 1996 : il est envoyé dans un camp de rééducation par le travail après avoir réclamé une réforme politique. 1999 : libéré, il ne peut plus enseigner mais il publie plusieurs livres à Hong Kong. 2008 : il est l'un des auteurs de la Charte 2008 appelant au respect des droits de l'homme et à l'instauration d'élections en Chine. 2009 : Il est condamné à 11 ans de prison pour subversion au pouvoir de l'État.
7 octobre 2010 : le prix Nobel de la paix lui est décerné. Ça c'est la présentation que l'on fait pour le public occidental. Il a l'air très sympathique... En réalité, il faut regarder le revers de la médaille. Il a travaillé comme professeur à l'université d'Oslo en Norvège, justement, d'Hawaii et de Columbia à New York, aux États-Unis, pendant des années. Dans une interview en 1988 avec le magazine hongkongais Liberation Monthly, Lui Xiaobo a estimé que : « S'il a fallu 100 ans de colonisation à Hong Kong pour être ce qu'elle est, alors il faut 300 ans de colonisation à la Chine pour devenir comme Hong Kong mais je ne suis pas sûr que 300 ans suffiraient ».
Donc il veut la colonisation de son propre pays. C'est quand même fort ! Il déclare aussi que « la modernisation est synonyme d'occidentalisation totale », que « choisir de vivre signifie choisir le mode de vie occidental. La différence entre le mode de gouvernement occidental et le mode de gouvernement chinois, c'est la même que celle entre l'humain et le non humain, il n'y a pas de compromis. L'occidentalisation est le choix non pas de la nation mais de la race humaine ». Euh... Moi j'me suis dit : « Ouhhh ! » La notice présentée par France Culture était pour le moins synthétique ! Alors on continue.
En 1996, dans un article intitulé « Leçons de la guerre froide », il affirme : « Le monde libre, sous la direction des États-Unis, a lutté contre tous les régimes qui foulent aux pieds les droits de l'homme. Les guerres importantes menées par le gouvernement américain sont défendables sur le plan éthique ». Wouuh ! Et on continue. Selon Le Quotidien du Peuple – alors c'est vrai que c'est un journal chinois, mais enfin... –, il a commencé à travailler au milieu des années 90 pour le magazine Chine Démocratique, financé par la National Endowment for Democracy, la NED, dont je vous parlais tout à l'heure. Vous voyez que ma conférence, c'est un peu comme une symphonie.
Il y a des trucs qui reviennent... dont les fonds proviennent essentiellement du département d'État américain, et qui agit comme l'un des faux nez de la CIA ». Il en reçoit un salaire régulier, qui aurait été de 23 004 dollars américains en 1995. En 2004, il a publié un article intitulé « Victory to the Anglo-American Freedom Alliance » où il qualifie les guerres menées par les États-Unis après la guerre froide comme étant « le meilleur exemple de la façon dont les guerres doivent être menées dans une civilisation moderne ». il prédit qu' « un Iraq libre, démocratique et paisible va naître ». Il a été prix Nobel de la paix quand même ! Prix Nobel de la paix !
Et il dit : « le meilleur exemple de la façon dont les guerres doivent être menées », « un Iraq libre, démocratique et paisible va naître ». Il y a quand même eu un million de morts ! Je ne sais pas si vous vous rendez compte du problème. Pendant l'élection présidentielle américaine de 2004, il a félicité le président sortant George Buisson, de son effort de guerre en Iraq et reproché au candidat démocrate John Kerry de ne pas soutenir suffisamment les guerres américaines. Vous voyez comment John Kerry, effectivement, est un dangereux gauchiste.
Il a déclaré : « quelle que soit la gravité des risques encourus en abattant Saddam Hussein, l'inaction entraînerait des risques encore plus grands, comme le prouvent la Seconde Guerre mondiale et le 11 septembre ! ». À ses yeux, « la guerre contre Saddam Hussein est juste. La décision du président Bush est la bonne ». De 2003 à 2007, – alors ça c'est pas les informations chinoises, ce sont des faits avérés – il a présidé l'Independent Chinese Pen Center, un organisme basé en Suède et financé annuellement encore et toujours par la National Endowment for Democracy. Donc il existe un faisceau très important d'indices pour que ce soit un agent d'influence américain.
Quand je dis un faisceau très important, je me comprends... Le prix Nobel de la paix 2011, il y en a eu plusieurs. Il y a eu Ellen Johnson Sirleaf. Elle est du Liberia, et où a-t-elle effectué ses études ? Elle est là au World Economic Forum à Davos, vous voyez. Elle a effectué ses études aux États-Unis. Elle a été élue présidente du Liberia en 2005. Vous savez ce que c'est que le Liberia, c'est une espèce d'État avec des anciens esclaves noirs affranchis aux États-Unis qui sont allés se réinstaller au XIXe siècle, avec l'appui du gouvernement de Washington. Le 5 novembre 2007, le président américain George Bush lui a remis la médaille de la Liberté.
Il n'est pas en train de lui faire une mise en pli. J'ai trouvé la photo amusante... Il est en train de lui remettre la médaille de la Liberté. Le prix Nobel de la paix lui a été décerné en pleine campagne électorale pour sa réélection à la tête du Liberia. Peut-être qu'en novembre 2016, François Hollande va recevoir le prix Nobel de la paix... C'est ça qu'il s'est passé quand même ! Au moment où elle était en pleine campagne électorale, alors c'est un agent américain, elle a reçu le prix Nobel de la paix. Pas mal comme argument. Donc il existe un faisceau très important d'indices pour que ce soit un agent d'influence américain. On la voit lors d'une émission « Partners in democracy ».
Elle donne d'ailleurs l'impression de se faire suer... C'est possible. Le prix Nobel de la paix n'a pas été attribué uniquement à Ellen Johnson Sirleaf en 2011, mais également à Tawakkul Karman. C'est une Yéménite, une jeune femme, qui a été reçue par Hillary Clinton au département d'État à Washington le 28 octobre 2011. Elles ont l'air de très bien se connaître. Comme vous voyez, elles se font la bise. Alors, Tawakkul Karman, elle est de nationalité yéménite et turque. Elle est née en 1979. Elle a donc eu le prix Nobel de la paix à 32 ans, ce qui est un record dans l'histoire. Ce qui est quand même notable.
Elle a reçu en 2010 la récompense « Women of Courage », « Femmes de Courage » attribuée par le département d'État américain. Un an avant. Ils ont du flair. Non mais c'est vrai. Ils ont du flair. Son frère Tariq Karman, c'est un poète, l'a accusée publiquement de collaborer avec les Américains, dans un journal du Moyen-Orient. À quoi elle a répondu : – alors ça c'est vraiment trois étoiles dans le Michelin – « J'ai en effet des liens stratégiques avec des organisations américaines impliquées dans la défense des droits de l'homme, avec des ambassadeurs américains, et avec des officiels du département d'État américain. Mais ce sont des liens entre égaux. Je ne suis pas leur subordonnée ».
La nana, elle a 32 ans. Elle est yéménite. Et elle parle d'égal à égal avec les officiels du département d'État américain. Moi, je sais pas comment on fait, franchement. Vous savez, vous? Faudra qu'elle nous donne un mode d'emploi, parce qu'elle sait y faire quand même. Évidemment, elle a soutenu les révolutions du Printemps arabe. Vous pouviez vous en douter. C'est un agent d'influence américain. Le prix Nobel de la paix 2012 – voyez toujours Geir Lundestand – qui donc a été attribué en l'UE. Eh bien je reviens à Mme Ågot Valle dont je vous parlais tout à l'heure. C'était celle qui avait fait la campagne « Non à l'UE ! ».
Donc la presse norvégienne s'est demandée comment elle avait pu donner son accord pour l'attribution du prix à l'UE. Et voilà ce qu'elle a dit : « L'adversaire de l'UE au sein du Comité Nobel était malade lors de l'attribution du prix à l'UE ». C'est quand même pas de pot. Elle a un truc à faire par an. C'est de prendre la décision le jour d'attribution du prix Nobel. 364 jours (bruitage). Elle est tombée malade le jour de la décision. En congé de maladie au moment de l'attribution du prix, Ågot Valle a dit qu'elle n'aurait pas voté en faveur de l'UE.
Ça c'est dans le Aftenposten, c'est le grand grand journal norvégien, comme vous le savez, – vous le lisez certainement – le Aftenposten du 13 septembre 2012. Alors je terminerai, pour vous montrer le cynisme de toutes ces opérations, c'est que Geir Lunderstad, qui est vraiment l'homme des Américains. Ça fait 24 ans qu'il est là-dedans. Qui a suivi la carrière que vous avez vue. Eh bien il a été invité à un grand débat à l'université de Berkeley en Californie le 20 septembre 2005. Le débat portait sur le prix Nobel de la paix et les relations internationales.
Et à Berkeley, ils ont invité non pas le président du Comité Nobel, non pas des membres officiels du Comité Nobel, non pas d'anciens prix Nobel de la paix... Non, ils ont invité Geir Lundestad. C'est la preuve quand même qu'ils savent where is the beef, où c'est qu'il y a le truc concret. Et donc il y a eu un débat d'assez haut niveau d'ailleurs, il faut le reconnaître. Mais M. Geir Lundestand a dit des choses assez extraordinaires. Enfin, elles ne vont pas vous surprendre si vous savez ce que je dis moi-même, mais qui éclairent tout ça d'un jour étonnant. « The United States actually promoted European integration much more strongly than the Europeans did themselves ».
Ça ne vous dérange pas si on parle en européen maintenant. Je vais terminer cette conférence en européen. Sans rire, vous trouverez tout ça sur Internet. J'ai traduit en français. C'est Geir Lundestad qui parle en 2005, c'est-à-dire donc sept ans avant l'attribution du prix Nobel de la paix à l'UE : « Les États-Unis ont promu l'intégration européenne beaucoup plus fortement que les Européens ne l'ont fait eux-mêmes ». On dirait une conférence de François Asselineau. Il est très inhabituel pour une puissance hégémonique – pour user d'un terme de la science politique – d'essayer vraiment de bâtir un second centre, si vous voulez, à l'intérieur même de sa sphère d'influence.
Mais c'est clairement ce qu'ont fait les États-Unis depuis de nombreuses décennies. Les États-Unis avaient des raisons très puissantes pour promouvoir l'intégration européenne. Il s'agissait d'étendre le modèle américain. C'est la façon dont les États-Unis sont organisés. Et c'est donc la façon dont ils ont pensé que l'Europe devait être organisée : un système fédéral d'entités beaucoup plus importantes ». Vous voyez au passage que c'est un type très intelligent. C'est un type blanchi sous le harnais des relations internationales. Ce Geir Lundestad, il est clever, il a tout compris. Et il le dit devant un public américain de haut niveau puisque c'est à Berkeley que ça se passe.
Cette analyse confirme parfaitement que la construction européenne a bien été conçue et promue « depuis de nombreuses décennies », comme il le dit lui-même, par la « puissance hégémonique », comme il le dit lui-même, des États-Unis pour « étendre leur modèle » comme il le dit lui-même, « à l'intérieur de leur sphère d'influence » comme il le dit lui-même. Deuxièmement, le secrétaire général du Comité Nobel norvégien, l'homme qui a fait adopter le prix Nobel à l'UE par le Comité Nobel, est donc le premier à savoir que la prétendue « construction européenne » n'est pas une œuvre de « paix », mais une entreprise de domestication hégémonique décidée par les États-Unis.
Puisqu'il vient de le dire 7 ans avant. Donc vous voyez bien qu'il y a entre la réflexion personnelle du personnage et ses prises de position, il y a un gouffre énorme. Il sert en définitive des intérêts qui sont ceux des États-Unis. Je terminerai ce petit propos en tentant de prévoir ceux qui pourraient bien recevoir les prix Nobel de la paix en 2015, 2016, ou en 2017. Je propose par exemple l'Observatoire syrien des droits de l'Homme. Avec Rami Abulrahman, directeur de l'OSDH. Vous savez, cet organisme installé à Londres qui compte 2 personnes dont lui. Et qui nous ont abreuvés d'informations sur ce qu'il se passait en Syrie.
Ils ont largement contribué aux décisions prises notamment par la France, d'intervenir pour soutenir les « rebelles syriens » contre le régime de Bachar el-Assad. Là on est tout à fait dans la gestion de la perception, dans le perception management avec la fabrication de faits. On pourrait aussi avoir le groupe de musiciennes russes Pussy Riot comme prix Nobel de la paix 2016. Je les propose. On pourrait peut-être aussi avoir en 2017 les Femen. Là on voit effectivement le patriarche Cyrille qui arrive en Ukraine, d'ailleurs. C'est intéressant à savoir. Et il avait été accueilli à l'aéroport par une Femen qui était la poitrine à l'air. Et donc voilà.
Les Femen d'ailleurs qui ont une caractéristique tout à fait particulière, c'est d'être très très conformes à la pensée dominante du choc des civilisations, en s'attaquant tout particulièrement à l'islam. Ou également au christianisme. Ça c'est à Paris que ça se passe. Donc vous voyez qu'il y a de la liberté d'expression. Puisque j'ai fait le compte en regardant minutieusement cette photo, et en fait il y a 9 Femen, et il y a 21 journalistes. Pour passer sur toutes les chaînes de télévision. Pour faire croire qu'il s'agit d'un mouvement de très grande ampleur. Il y a 9 manifestants, 21 journalistes. Nous, on a eu 77 000 électeurs aux élections européennes, et nous n'existons pas.
C'est un peu décevant. J'ai envie pour le coup de me mettre torse nu. [Applaudissements] Et puis il y a ceux auxquels, je pense, le tout-puissant Geir Lundestand ne donnera jamais le prix Nobel de la paix. Julian Assange, que tout le monde connaît. Bradley Manning, qui n'aura pas non plus le prix Nobel de la paix. Je vais passer rapidement. Vous connaissez tout ça. Les prisonniers détenus depuis des années sans jugement sur la base américaine de Guantanamo en violation de toutes les règles du droit international, n'auront pas non plus le prix Nobel de la paix. Ce qui n'a pas empêché Liu Xiaobo, qui était en prison dans le laogaï chinois de recevoir le prix Nobel de la paix.
Et puis n'aura pas non plus le prix Nobel quelqu'un qui le mériterait, je pense, vraiment, qui est United for Peace and Justice. UFP est une coalition de plus de 1 300 organisations américaines. J'insiste parce qu'il y a des gens qui disent qu'on est anti-américains. Non, on n'est pas anti-américains. D'ailleurs moi je dis des choses sur les États-Unis beaucoup moins dures que ce que disent des gens comme Noam Chomsky, comme Paul Craig Roberts, comme William Blum... Il y a aussi des intellectuels Américains qui vont beaucoup plus loin, encore, que ce que je dis moi-même.
UFPJ est une coalition de plus de 1 300 organisations américaines et internationales qui sont opposées à la « politique du gouvernement américain de guerre permanente et de construction d'un empire ». Cette organisation a été fondée en octobre 2002 pendant que les États-Unis préparaient l'invasion de l'Iraq de 2003, par des dizaines de groupes et d'associations, y compris : – l'Organisation nationale des femmes, – le Conseil national des Églises, – Action pour la paix, – les voix noires pour la paix, – Pas en notre nom, – Les Familles du 11 septembre pour des Lendemains pacifiques, – Les Anciens Combattants pour la Paix. Ce sont toutes des organisations américaines !
Et qui se sont regroupées dans ce United for Peace and Justice. Leurs actions consistent à s'opposer aux guerres ou aux projets de guerre des États-Unis en Afghanistan, en Irak, en Iran, en Libye, en Syrie, en Ukraine. Alors évidemment, vous comprenez qu'ils ne peuvent pas avoir le prix Nobel de la paix. On les voit ici manifester, notamment à Washington D.C. « Abolish all nuclear weapons », « Pas de guerre pour l'Iran », « No wars ! ». Ils réclament – ce qui est évidemment de très mauvais effet – une zone non nucléaire dans tout le Moyen-Orient. Et pas seulement en Iran. Alors évidemment, ça fait très très mauvais effet de dire ça. Bref, ils n'auront pas le prix Nobel de la paix.
En conclusion : le prix Nobel de la paix, c'est une imposture. C'est une opération de désinformation, qui fait exactement partie du perception management – reprenez ce que je vous ai montré tout à l'heure. C'est de la gestion de la perception. Ça fait partie intégrante du dispositif hégémonique mondial des États-Unis. Voilà un exemple d'une organisation internationale, qui paraît-il était au-dessus de tout soupçon, le Comité Nobel pour la paix, et qui en fait a été complètement infiltré. Je termine ainsi ma conférence en donnant un petit mot d'espoir. C'est cette espèce de dicton, de Jean-Baptiste Duroselle, qui était un éminent professeur d'histoire français.
Et il avait écrit un ouvrage qui résumait l'histoire mondiale en trois mots : « Tout empire périra ». Et de fait, effectivement, toute l'histoire mondiale a montré que tous les empires ont toujours fini par périr. Les empires, c'est-à-dire des organisations supranationales qui nient l'existence des peuples et des nations. Et ce qui est en train actuellement de se passer... Je vous ai montré la mainmise extraordinaire des États-Unis sur de très nombreuses organisations internationales. Je n'ai volontairement pas parlé de l'OTAN. Il y en a plein d'autres dont j'aurais pu parler. Mais j'allais pas vous tenir jusqu'à la fin de la semaine. Tout empire périra.
On a parlé du FMI, de la Banque mondiale. Eh bien il faudrait parler de ça, ce qui est en train de se produire. C'est-à-dire les BRICS. Le sommet qui a eu lieu il y a quelques mois à Fortaleza, où l'on voit ici le président russe Poutine, le Premier ministre indien M. Modi, la présidente de la République du Brésil Dilma Rousseff, le président chinois Xi Jinping et puis M. Zuma, le président de la République d'Afrique du Sud. Vous savez qu'ils ont décidé d'essayer de bâtir une espèce de banque mondiale qui échapperait à la Banque mondiale à Washington. Qu'ils essaient de développer des relations qui se passeraient du dollar.
– Je n'ai pas voulu parler du rôle du dollar dans cette conférence, mais sans doute ça aurait été allé trop loin dans la compréhension du titre. Mais éventuellement de développer notamment entre la Russie et la Chine des formes de troc. Ou bien une acceptation mutuelle du rouble et du yuan, pour ne plus dépendre du dollar. Vous savez qu'ils ont convenu de développer progressivement des relations commerciales, financières entre eux. Alors, entre les propos, les propositions, les perspectives et les réalisations concrètes, ça ne va pas se faire du jour au lendemain. Et néanmoins, il y a quand même quelque chose qui est en train de se passer.
Qui est que tout empire périra, et une des grandes questions qu'il faut se poser c'est : où est-ce qu'on en est de l'empire américain ? La grande leçon de l'histoire universelle, – et je vous renvoie à ma conférence sur l'histoire de France, si vous ne l'avez pas vue – c'est qu'en effet, tous les empires périssent. C'est une leçon de l'Histoire qui mérite réflexion et que les « collabos » de toutes les époques, – il y en a toujours eu, et en France en particulier, puisque nous sommes des collabos de l'empire américain... Que les « collabos » de toutes les époques n'intègrent jamais dans leurs calculs.
En 52 avant J.-C, les élites gauloises qui ont pris le « parti romain », en particulier la tribu des Éduens, contre Vercingétorix, « grand roi des guerriers » en gaulois, je vous renvoie à ma conférence... Ces élites ne le savaient pas, mais elles avaient en fait 528 ans devant elles avant de voir s'effondrer l'Empire romain qui avait submergé la Gaule. Puisque l'Empire romain d'Occident disparaît en 476 avec Romulus Augustule qui est déposé par Odoacre, qui était le chef des Ostrogoths, qui prend les regalia de l'Empire et qui les envoie à Constantinople. Donc entre -52 et 476, ça faisait 528 ans.
Donc finalement, je parle ici en termes très très cyniques, ce sont les Gaulois qui ont pris le parti de Rome qui avaient raison. Mais si on prend un exemple beaucoup plus près de nous : En 1940, les Gaulois, les Français, qui ont pris le parti de l'étranger, qui ont cru dans ce que disait Adolf Hitler. C'est-à-dire que l'Empire, le Troisième Reich, allait être un empire millénaire, qui allait durer 1 000 ans. Comme l'Empire romain, même s'il n'avait pas tout à fait duré 1 000 ans ou comme le Saint-Empire romain germanique qui d'ailleurs lui non plus n'avait pas duré 1 000 ans.
Vous savez que le propos de l'Allemagne hitlérienne, c'était que le IIIe Reich, venant après le Saint-Empire romain germanique et après l'empire wilhelminien créé en 1871 dans la galerie des Glaces de Versailles après l'effondrement de Sedan en 1870... Que ce 3e Reich fondé par Adolf Hitler allait durer 1 000 ans. Or, en fait, il s'est effondré 5 ans après. Et donc la seule vraie bonne question que l'on doit avoir à l'esprit de nos jours : dans combien de temps la « guerre inconnue » que dénonçait François Mitterrand se terminera-t-elle par l'effondrement de l'Empire américain ? Est-ce que c'est dans 528 ans ? Ou est-ce que c'est dans 4 ans ? Je vous remercie de votre attention.
François Asselineau