Lycéens mutilés : le foutage de gueule de Nuñez
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Chapitres
Répartition du ton (temps de parole politique)
Propositif 10 %Attaque 70 %Défensif 20 %
Questions et réponses
Taux de réponse directe : 70 % (directe = 1, partielle = 0,5, éludée = 0)
- 0:06OuverteÉludée
Pourquoi le gouvernement parle-t-il de confusion sur les armes utilisées ?
- 0:49OuverteRéponse directe
Quelle action de police interroge le ministère de l'Intérieur ?
- 2:16OuverteRéponse directe
Pourquoi le ministre de l'Intérieur a-t-il réagi après la mutilation à Lens ?
- 10:40RelanceRéponse partielle
Quelles sont vos instructions aux forces de sécurité intérieure ?
- 12:58OuverteRéponse directe
Pourquoi la proposition de loi du PS vise-t-elle les armes mutilantes ?
Affirmations vérifiables (citations exactes)
- 0:24PrésentateurFait
« Le ministre de l'Intérieur multiplie les déclarations pour se donner le beau rôle. »
- 2:21Invité politiqueFait
« Les choses se passent sans dégâts majeurs. Il y a eu ces 10 affaires que je regrette, que je déplore. »
- 2:44Invité politiqueChiffre
« J'adresse un message de soutien à l'ensemble des membres de la Sécurité Intérieure qui sont blessés, 715 depuis le début. »
- 11:06Invité politiqueFait
« Quand vous dites que les forces de sécurité intérieure utilisent des armes de guerre, c'est n'importe quoi. »
- 11:13Invité politiqueFait
« Ce sont des armes intermédiaires qui sont non létales, M. le député. »
- 12:13InvitéPromesse
« Le groupe socialiste déposera aujourd'hui une proposition de loi visant à interdire l'usage des armes mutilantes et des techniques d'immobilisation létales lors des manifestations lycéennes. »
Temps de parole
- Présentateur75 %
- Laurent Nuñez7 %
- Invité6 %
- Invité 24 %
- ?3 %
- Invité 33 %
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Bonjour
et bienvenue dans le récap. Nous sommes le jeudi 8 octobre et le gouvernement nous en fume. Depuis qu'un adolescent de 15 ans a été mutilé de la main jusqu'au coude par une grenade à lance dans le cadre du mouvement lycéen, tout le monde parle des armes utilisées pour le maintien de l'ordre. Souvent d'ailleurs très approximativement, le sujet étant pour le moins technique. Et Laurent Nunez a bien compris l'intérêt de cette confusion. Le ministre de l'Intérieur multiplie les déclarations pour se donner le beau rôle. Celui du ministre responsable qui encadre les forces de l'ordre et veille à ce qu'elle ne puisse pas réprimer la jeunesse, les mains complètement libres.
Pour la faire simple, le premier flic de France veut nous faire croire qu'il tient la laisse. Il a donc annoncé en grande pompe la suspension des grenades assourdissantes provisoirement.
Il
y
a
une action de police qui nous interroge tous évidemment au sein du ministère de l'Intérieur, à commencer par le ministre de l'Intérieur lui-même. C'est évidemment ce qui s'est passé à Lens, avec une
possibilité
forte que ce soit une grenade assourdissante.
Pas de
désencerclement.
Non,
une grenade assourdissante. Donc j'ai demandé d'ailleurs dès hier que cette grenade ne soit plus utilisée dans le cadre du mouvement lycéen provisoire.
Sauf que derrière les grands discours et les stratégies de communication, la réalité des faits est un temps soit peu différente. Bougez pas, je vous explique. Et avant de continuer cette chronique, je vous rappelle que Le Média doit rapidement réunir 10 000 donateurs mensuels pour pouvoir continuer à vous informer. C'est à partir de 3 euros par mois. C'est vous qui choisissez le montant de votre contribution selon vos moyens et vos envies. Et puis c'est déductible des impôts. Toutes les infos sont à retrouver sur capsurdica.lemédiatv.fr. On retourne au récap.
Fin
de la réclame. Depuis le début du mouvement des lycéens, la répression policière est sans précédent. On en a parlé déjà plusieurs fois dans le récap ces derniers jours. À ce stade, au moins 18 enquêtes de l'IGPN seraient ouvertes selon les chiffres donnés par les autorités. Et si les images de violences policières toutes plus terribles les unes que les autres nous arrivent sans cesse chaque jour, c'est visiblement le cas de Lens avec ce jeune de 15 ans qui s'est fait arracher une main, qui a réussi à émouvoir, un temps soit peu, le ministre de l'Intérieur. Et autant vous dire que ce n'était pas gagné. Voilà ce qu'il disait encore mardi matin sur France Inter.
Les choses se passent sans dégâts majeurs. Il y
a
eu ces 10 affaires que je regrette, que je déplore, pour lesquelles
l'IGPN et l'IGPN.
Les responsabilités sont établies ou pas. En revanche, Benjamin Diabelle, je peux vous assurer, j'adresse un message de soutien à l'ensemble des membres de la Sécurité Intérieure qui sont blessés, 715 depuis le début. Pour ce qui est des familles, il y
a
des enquêtes judiciaires en cours. Je n'ai pas à m'en mêler.
Précisons tout de même que cette déclaration du ministre intervient au lendemain de la mutilation à Lens. Laurent Nunez, au moment où il s'exprime, est donc parfaitement au courant de ce qui s'est passé. Mais ça ne l'empêche pas de mépriser les familles et de renouveler son soutien aux forces de l'ordre. Ce qu'il n'avait pas anticipé, en revanche, c'est la force des images sur l'opinion publique. Cette fois, un sursaut a eu lieu. Il aurait dû évidemment intervenir à la première image de mutilation, surtout lorsque des mineurs sont touchés. Mais c'est ce cas à Lens qui a enfin réveillé les consciences et poussé à interroger l'armement policier.
Et forcément, dans ce contexte, le soutien inconditionnel du pouvoir aux forces de l'ordre et la ritournelle sur la proportionnalité de la violence employée, ne passent pas très bien. Alors Nunez a rectifié le tir, ou plutôt, il a tenté son coup de com' pour le laisser penser. Ce mercredi 7 octobre, le ministre de l'Intérieur a donc annoncé dans les médias la suspension des grenades assourdissantes, le temps que les circonstances de la blessure du jeune homme à Lens soient établies, sans davantage de précision, vous le noterez. Et c'est justement là que ça devient intéressant.
Parce que lorsqu'on jette un coup d'œil au télégramme envoyé la veille par le directeur de la police nationale à toutes ses unités, on comprend qu'il s'agit en fait que d'un seul type de grenade assourdissante, parmi l'arsenal relativement fourni des policiers, qui est concerné la grenade à SSD projetée par lanceurs. Donc au moins 4 autres types de grenades assourdissantes, ces grenades qui mutilent à tour de bras depuis des années, sont toujours parfaitement utilisables par les forces de l'ordre dans les manifs lycéennes et les autres évidemment. Sans parler du reste, on y reviendra.
Attardons-nous d'abord sur la fameuse grenade interdite par Nunez, en tout cas celle qui est mentionnée dans le télégramme. Elle ressemble à ça.
Et
voilà ce que ça donne lorsqu'elle explose. Eh ben oui, parfois les policiers se blessent eux-mêmes avec leurs propres armes, ça arrive. Ces images, elles datent du 1er mai 2023. Un gendarme mobile avait raté son lancé et envoyé directement sa grenade à SSD dans la nuque d'un de ses collègues. Malgré ses multiples protections, il avait eu des vertèbres cassés. Alors je vous laisse imaginer les dégâts sur des manifestants à qui on interdit jusqu'aux lunettes de piscine pour se protéger. D'ailleurs, pas besoin d'imaginer, les précédents sont nombreux. Elles mutilent et arrachent des membres.
Cette affreuse grenade explosif, elle nous vient de la tout aussi affreuse entreprise Alcetex, des armes donc made in France, Cocorico. Elle a été mise en service en 2022. Merci Macron. A cette date, hormis les grenades de désencerclement, logiquement réservées à certains usages très précis, bien qu'ils ne soient que rarement respectés,
il
faut le dire, les policiers et les gendarmes ne disposaient plus que de grenades à main suite à l'interdiction de la GM2L, aussi fabriquée par Alcetex, merci encore, responsable d'au moins deux mains arrachées en décembre 2020 à Paris et en juin 2021 lors d'une rêve partie à Redon, sauvagement réprimée. Cette grenade interdite, elle remplaçait déjà la Gli F4, qui elle aussi, aux surprises, avait mutilé des corps lors des gilets jaunes cette fois. Bref, vous avez compris la mécanique, à chaque drame trop médiatisé, le pouvoir fait mime de calmer le jeu en interdisant certaines armes, tout en demandant aux fabricants d'en inventer de nouvelles, qui au final mutilent comme les précédentes.
Mais comme elle ne s'appelle plus pareil, le tour est joué, c'est quand même formidable, la communication. Et puis,
il
y
a
un autre point sur lequel joue sans cesse le gouvernement, c'est les modalités d'envoi de ces grenades décriées. Par exemple, la GM2L, elle avait été interdite au lancer à main, mais pas dans sa version utilisable avec un lance-grenade. Preuve en est, à Sainte-Soline, en mars 2023, 1375 GM2L avaient été utilisées en l'espace de quelques heures à peine, faisant de nombreux blessés, dont certains très graves, comme toujours. En l'occurrence, le télégramme envoyé aux forces de police n'est justement pas très clair, parce qu'il parle de la grenade à SSD tirée au moyen d'un lanceur. Or, cette grenade à SSD, elle a précisément été créée pour être lancée à la main.
On ne sait donc pas bien si c'est la SSD à la main qui est suspendue par décision ministérielle, ou le F-SON, son équivalent, apparu l'an dernier, qui, elle, est compatible avec un lanceur de type Cobra, à double canon, avec une portée de 80 mètres. Maxime Cervins, journaliste spécialiste de ces questions chez Politis, et à l'origine du site maintien-de-l'ordre.fr, que je vous invite vivement à consulter, précise que ce lanceur Cobra et que cette grenade ne sont en dotation que chez certains CRS.
Une minorité, donc, des agents en charge du maintien de l'ordre, et qu'il s'agisse de la EF-SON ou de la SSD, reste toujours que le pouvoir n'a interdit momentanément qu'un seul type de grenade assourdissante, et que les forces de l'ordre disposent toujours d'au moins quatre modèles du même type, tout aussi dangereuses, mais qui restent autorisés, donc, pour réprimer le mouvement lycéen et toute autre forme de mobilisation sociale dans ce pays.
Sans compter, évidemment, sur le reste de l'arsenal, notamment les fameux lanceurs de balles de défense, les LBD, qui, eux aussi, sont responsables d'un nombre considérable de mutilations, notamment aux yeux et dans les parties génitales, alors même que le règlement interdit, évidemment, de viser ces zones. Mais vous savez ce que c'est, c'est pas les policiers qui visent délibérément toujours les zones interdites, ce sont les victimes qui bougent toujours au dernier moment, évidemment. Et rappelons que tout cet arsenal que la France déploie contre son peuple est un choix politique, celui d'un maintien de l'ordre qui réprime durement, plutôt que de viser à la désescalade.
Et ce n'est pas une fatalité, c'est un choix, comme le rappelle justement une ancienne juge, Evelyne Sirmarin, sur le plateau de LCI.
Dans d'autres pays d'Europe, on n'utilise pas cette arme, qui est le LBD, ou des grenades de désencerclement, ou des grenades assourdissantes. On n'utilise pas ces armes qui sont dangereuses contre des manifestants. Et ça, il y a plein de pays d'Europe où c'est le cas. C'est le cas de l'Irlande, de la Grande-Bretagne, de l'Allemagne, de tous les pays nordiques, etc. Alors, ce que dit Reda Bellach, c'est que ce n'était pas contre des manifestants, c'est-à-dire qu'eux recevaient des cocktails Molotov ou des pavés. Oui, mais bien sûr. Bien sûr, on déborde un peu du cadre de la manifestation.
Je
voudrais en venir, si vous voulez, à cette technique du maintien de l'ordre, qui a été d'emblée une technique confrontationnelle. Et on peut faire autrement. Les policiers le savent très bien. Lorsqu'il y a des mouvements d'agriculteurs, comme il y a eu en 2024, par exemple, qu'a dit M. Darmanin, qui n'est pas un gauchiste, je crois ? Il était ministre de l'Intérieur, je termine. M. Darmanin a dit, on ne va pas ajouter des CRS
à
leur souffrance. Et je pense que, d'emblée, c'est tout à fait regrettable qu'on ait pris cette affaire comme véritablement, comme si c'était des émeutes, alors que c'est un mouvement social.
Mais le pouvoir,
il
y tient, à ces armes qui mutilent et blessent les chaires, voire qui tuent d'ailleurs, bien qu'elles soient estampillées non létales, comme aime le rappeler l'exécutif. Et les forces de l'ordre aussi, elles y tiennent, malgré la pseudo-suspension d'un type de grenade en cours, dont on a exposé ici les limites. Elles sont déjà montées au créneau pour se plaindre de devoir s'en passer. Alors Nunez s'emploie, lui, à noyer le poisson, à enfumer le débat et à multiplier les diversions, quitte à mentir devant la représentation nationale.
M. le député, mes instructions aux forces de sécurité intérieure, ce n
'est
pas aux 20 heures de TF1 que je les donne. C'est dans des instructions écrites qu'a cité le Premier ministre et qui en appellent, et qui en appellent effectivement quand il y a des violences,
des
dégradations, des atteintes au personnel enseignant, systématiquement des interventions, effectivement, mais toujours avec proportionnalité. Toujours avec proportionnalité. Alors quand vous dites, je vais vous dire quelque chose, quand vous dites que les forces de sécurité intérieure utilisent des armes de guerre, c'est n'importe quoi. Ce sont des armes intermédiaires qui sont non létales, M. le député. Arrêtez de faire croire à notre jeunesse, n'importe quoi. On va continuer à faire ce que nous faisons, à maintenir l'ordre.
Pas d'armes de guerre, vous dites, M. le ministre de l'Intérieur
?
Eh bien, ce n'est pas tout à fait ce que raconte le Code de la Sécurité Intérieure qui classe en catégorie A2 les armes relevantes des matériels de guerre. C'est écrit noir sur blanc et ça concerne notamment les grenades EFSON, GM2L ou encore celles de désencerclement pour ne citer qu'elles. Alors après, on comprend que ce soit embarrassant dit comme ça, des armes de guerre, ce n
'est
pas super. Et puis assumer qu'on les balance sur des lycéens mineurs qui réclament des profs dans leur salle de classe, forcément, ça la fout un peu mal. Mardi 6 octobre, le chef des députés socialistes à l'Assemblée nationale, Boris Vallaud, a annoncé que son groupe allait déposer une proposition de loi pour que face à des manifestations impliquant des mineurs, les forces de l'ordre ne puissent plus utiliser d'armes mutilantes ou de pratiques brutales. Une pétition est également en cours.
Par
ailleurs,
nous souhaitons vous l'annoncer ce matin, le groupe socialiste déposera aujourd'hui une proposition de loi visant à interdire l'usage des armes mutilantes et des techniques d'immobilisation létales lors des manifestations lycéennes.
On
ne peut pas traiter des enfants, en l'occurrence nos jeunes, comme on traite des adultes
dans
le courant de ces manifestations.
Nous
appelons ainsi chacune et chacun à signer la pétition qui est d'ores et déjà en ligne sur ce sujet, sur le site de l'Assemblée nationale. C'est une revendication qui est également portée par SOS Racisme. Je vous remercie.
Le député et coordinateur national de la France Insoumise, Manuel Bompard, a dit soutenir ce texte du PS, mais appelle à aller encore plus loin. On l'écoute.
Je vous rappelle, juste pour quand même la discussion, qu'on est en train de parler d'enfants. Mais
lui, il parlait de
violences urbaines.
De 15 ans.
Il
parlait de violences
urbaines, Manuel Bompard.
Oui, mais c'est de ces gens-là. Il ne parlait pas
d'utiliser ses armes contre des lycéens qui manifestent pacifiquement.
Vous pensez que le jeune homme qui a perdu son oeil, le jeune homme qui a perdu sa main, vous pensez qu'ils étaient en train de faire quoi d'autre que de participer à un mouvement lycéen ? Donc
vous avez soutenu la proposition du chef des
députés socialistes, Boris Vallot ?
Mais moi, je suis pour interdit.
Pour que des manifestations impliquant des mineurs, les forces de l'ordre n'utilisent pas d'armes mutilantes ? Bien sûr, c'est une initiative qui a été lancée par l'association Attaque et que j'appuie absolument. Mais je vais vous dire, je pense qu'il faut aller plus loin. Il y a certaines formes d'armement qui, y compris en dehors des manifestations lycéennes, ne devraient pas être utilisées dans le cadre de ce qu'on appelle le maintien de l'ordre.
On rappelle au passage que la France est régulièrement condamnée, notamment par la Cour européenne des droits de l'homme, en raison de sa doctrine et de ses méthodes de maintien de l'ordre. Ça a été le cas, par exemple, à la suite de l'affaire Rémi Fraisse, un jeune écologiste tué par l'explosion d'une grenade lors des manifestations contre le projet de barrage de Sivins. Hier, Amnesty International France a d'ailleurs demandé l'interdiction définitive de toutes les grenades assourdissantes. Les manifestations ne doivent pas se transformer en champ de bataille, plaide l'ONG.
Les grenades assourdissantes sont conçues pour choquer, désorienter et semer la panique, souvent parmi des foules denses lors de manifestations. Certaines peuvent entraîner une perte d'audition irréversible, ainsi que des mutilations irrémédiables du fait du souffle et des éclats. Elle appelle aussi à une refonte complète de la réglementation relative à l'usage de la force à l'encontre des manifestants, afin de garantir que la France respecte ses obligations découlant du droit international relatif aux droits humains, notamment le droit de réunion pacifique.
Amnesty rappelle également qu'elle demande de longue date l'interdiction du LBD dont on vient de parler et plus généralement l'interdiction à échelle mondiale de l'utilisation des grenades incapacitantes dans les opérations de maintien de l'ordre lors de manifestations. Doit-on préciser que ces revendications sont restées lettres mortes ? Je ne crois pas. Alors à un moment, il va falloir arrêter de jouer avec les mots. Arme non létale, ça ne veut pas dire sans danger, ça ne veut pas dire qu'elle ne peut pas mutiler, handicaper, voire même tuer. Et surtout, ça ne transforme pas une arme dangereuse en outil anodin de maintien de l'ordre. Depuis des années, on assiste au même petit jeu.
Une arme provoque des blessures très graves. Le gouvernement annonce qu'il va revoir son usage, parfois suspend le modèle le plus embarrassant. Puis les forces de l'ordre continuent avec les autres. Souvent, on l'a dit, en s'affranchissant des règles élémentaires d'utilisation. Et quand un drame trop embarrassant arrive, c'est toujours la même poudre aux yeux. On fait mine de réagir. Mais au final, on se contente de mesures cosmétiques, des changements de nom, de légères évolutions techniques. Mais au final, le résultat est toujours le même. De nouveaux drames arrivent, avec les nouvelles grenades prétendument révolutionnaires et moins vulnérantes que les précédentes.
Parce que le problème, c'est qu'on ne change jamais la logique du maintien de l'ordre, ni même les consignes données sur le terrain. À Lens et ailleurs, ce n'est pas seulement une arme qui a fait des dégâts, c'est tout un système qui a considéré qu'il était acceptable de prendre ce risque face à des lycéens. Et j'en profite pour le dire clairement, parce qu'une petite musique commence déjà à monter autour du fait que ce jeune aurait ou non tenté de ramasser la grenade, comme si cela pouvait expliquer ou justifier ce qui lui est arrivé. C'est absolument indigne. C'est exactement la même logique que celle qui consiste à demander à une femme ce qu'elle portait au moment où elle a été agressée.
À quel moment un gamin de 15 ans, ou n'importe quel manifestant d'ailleurs, devient-il responsable d'avoir perdu un membre en manifestation ? Je vous le demande. Et après ça, venir nous expliquer qu'il faudrait mieux encadrer l'usage des grenades, c'est prendre les gens pour des cons. Le problème n'est pas qu'une arme ait été mal utilisée, le problème, c'est qu'on continue de considérer comme normal de sortir cet arsenal face à des manifestants, face au peuple français. Tant qu'on ne remettra pas ça en cause, on pourra bien changer les grenades, les noms et les modes d'emploi. On ne changera rien au problème de fond. Merci d'avoir regardé cette nouvelle édition du Récap.
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HOP CITATION DERIMENTEVATIVES
Laurent Nuñez