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InterviewFrance Inter (sur YouTube)· 10 août 2023 10 minContradictoireActualité / polémiqueSécuritéLogementSolidarités & familleImmigration & asile

Catherine Vautrin : "La sécurité dans les quartiers est un enjeu majeur"

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

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Chapitres

Répartition du ton (temps de parole politique)

Propositif 35 %Attaque 15 %Défensif 50 %

Questions et réponses

Taux de réponse directe : 73 % (directe = 1, partielle = 0,5, éludée = 0)

  • 0:51OuverteRéponse partielle

    Comment recevez-vous ces critiques en cascade sur l'ANRU ?

  • 1:26FerméeRéponse directe

    C'est un des volets de la politique de la ville ?

  • 2:58OuverteRéponse directe

    Est-ce qu'il y a eu ou est-ce qu'il y a une politique des chéquiers pour les quartiers ?

  • 4:11FerméeRéponse directe

    Donc la politique du chéquier dont parle la secrétaire d'État, ça n'existe pas ?

  • 4:44OuverteRéponse directe

    On s'est trop concentré sur les bâtiments, sur la rénovation urbaine, sur le logement, on a cru que ça réglerait tous les problèmes ?

  • 5:49OuverteRéponse directe

    Est-ce que vous comprenez les hésitations des maires à reconstruire immédiatement ?

Affirmations vérifiables (citations exactes)

  • 0:13Invité politiqueFait
    « L'ANRU a été créée par la loi il y a quasiment 20 ans, jour pour jour. »
  • 0:22Invité politiqueFait
    « Plusieurs députés de la France Insoumise parlent de promesses non tenues. »
  • 0:32Invité politiqueFait
    « Marine Le Pen, pour le RN, dénonce des milliards déversés, je cite, dans la politique de la ville avec zéro résultat. »
  • 0:44Invité politiqueFait
    « « La politique du chéquier, c'est fini, ça ne marche pas ». »
  • 2:25PrésentateurChiffre
    « plus de 50% des financements de l'ANRU viennent de ce qu'on appelle le 20% logement, l'argent de la PEC. »
  • 2:28PrésentateurChiffre
    « l'État intervient pour 10% de ces financements. »
  • 3:01PrésentateurChiffre
    « les émeutiers, ce sont 10 000 émeutiers sur plus de 5 millions d'habitants dans les quartiers. »
  • 3:20PrésentateurChiffre
    « Ailleurs en métropole, dans d'autres quartiers, on est à 6800 euros. »
  • 3:32PrésentateurFait
    « Le département de Seine-Saint-Denis est le troisième département le plus pauvre de France. »
  • 3:35PrésentateurFait
    « Il est le huitième département contributeur en matière de cotisation sociale. »
  • 3:53PrésentateurChiffre
    « 48 milliards d'euros de travaux, 4 milliards de TVA, 6 milliards de cotisations sociales. »
  • 8:43PrésentateurChiffre
    « le revenu médian est à 13 000 euros par an. »
  • 8:49PrésentateurChiffre
    « vous avez pratiquement le double de nombre de familles monoparentales. »

Temps de parole

  • Présentateur72 %
  • Catherine Vautrin28 %

2 interruption / 10 min (chevauchements et interjections détectés).

Modèle mistral-small-latest · prompt v1· les citations sont vérifiées mot pour mot dans le transcript ; le taux de réponse directe est calculé à partir des verdicts question par question. Aucun label idéologique n'est produit.

0:00
Catherine Vautrin

Bonjour Catherine Vautrin.

0:02
Présentateur

Bonjour Jérôme Cadet.

0:03
Catherine Vautrin

Vous êtes la présidente de l'ANRU, l'Agence Nationale pour la Rénovation Urbaine, également présidente de la Communauté Urbaine du Grand Reims. Merci d'être en ligne avec nous ce matin. L'ANRU a été créée par la loi il y a quasiment 20 ans, jour pour jour. C'était début août 2003 pour rénover les quartiers les plus vulnérables de notre pays. Mais elle fait face à de nombreuses critiques depuis les émeutes de début juillet qui ont touché ces quartiers. Plusieurs députés de la France Insoumise parlent de promesses non tenues. Marine Le Pen, pour le RN, dénonce des milliards déversés, je cite, dans la politique de la ville avec zéro résultat.

Jusqu'à la toute nouvelle secrétaire d'État chargée de la ville, Sabrina Agresti-Roubache, qui dans le journal du dimanche ce week-end prévient, je cite, « La politique du chéquier, c'est fini, ça ne marche pas ». Comment est-ce que vous recevez ces critiques en cascade, Catherine Vautrin ?

0:55
Présentateur

Alors d'abord, je crois qu'il faut que l'on précise que les éléments que vous mettez en avant ne concernent pas que l'ANRU. L'Agence nationale de rénovation urbaine a été créée, vous avez raison, par la loi du 1er août 2003, donc il y a juste 20 ans, et mise en place en 2004. Je crois que ce qu'il faut qu'on rappelle bien, c'est quelles sont les missions de l'ANRU pour ne pas faire d'amalgame. La responsabilité de l'ANRU, c'est clairement l'urbanisme et le logement, exclusivement l'urbanisme et le logement. C'est donc un des outils qui concernent la politique de la ville.

1:26
Catherine Vautrin

C'est un des volets de la politique de la ville ?

1:28
Présentateur

C'est surtout un volet logement. D'ailleurs, la tutelle est bien celle du ministre Christophe Bichu. Nous travaillons évidemment avec le ministre en charge du logement, et nous contribuons à améliorer les conditions de vie de 5 millions d'habitants dans les quartiers. Maintenant, les commentaires des LFI étaient bien avant les éleutes, et si je reprends ce qui s'est passé grâce à l'ANRU, il faut quand même d'abord rappeler que l'ANRU, c'est un guichet unique dédié aux élus pour améliorer la qualité de vie des habitants dans les quartiers. Ça, ça a été la vision de Jean-Louis Borloo sous la présidence de Jacques Chirac, parce qu'on avait un parc de logement des années 60 totalement dégradé.

20 ans après, qu'est-ce qui s'est passé ? Il y a effectivement des habitants, des millions d'habitants, qui ont vu leur logement changer, des quartiers qui ont bougé, et des financements, et je crois que c'est important de le rappeler, qui sont des financements qui ne viennent pas de l'État, puisque plus de 50% des financements de l'ANRU viennent de ce qu'on appelle le 20% logement, l'argent de la PEC. Donc on a un investissement des bailleurs, et l'État intervient pour 10% de ces financements. Donc on voit bien que c'est une stratégie d'investissement qui apporte des réponses à des habitants, dont les logements...

2:48
Catherine Vautrin

Malgré tout, Catherine Vautrin, les émeutes le mois dernier, et je reviens sur les propos de la secrétaire d'État, la politique du chéquier, c'est fini, ça ne marche pas. Est-ce qu'il y a eu ou est-ce qu'il y a une politique des chékiers pour les quartiers ?

3:01
Présentateur

Alors, on va d'abord se rappeler que les émeutiers, ce sont 10 000 émeutiers sur plus de 5 millions d'habitants dans les quartiers. Si on regarde la notion de trop d'argent dans les quartiers, je vais prendre un seul chiffre, celui des transferts sociaux. En moyenne, dans les quartiers politiques de la ville, dans lesquels vivent 7% de la population, les transferts sociaux représentent 6100 euros par an en moyenne. Ailleurs en métropole, dans d'autres quartiers, on est à 6800 euros. Je prends un autre exemple. Le département de Seine-Saint-Denis est le troisième département le plus pauvre de France. Il est le huitième département contributeur en matière de cotisation sociale.

Donc, très concrètement, ces quartiers génèrent également de l'activité et c'est important de le redire. Quand on prend le premier programme de rénovation urbaine, qui s'est terminé en 2022, il a généré pour 12 milliards d'euros de subventions de l'ANRU, 48 milliards d'euros de travaux, 4 milliards de TVA, 6 milliards de cotisations sociales. Et il a employé, et ça aussi, c'est un point extrêmement important, 40 000 personnes pendant 10 ans.

4:11
Catherine Vautrin

Donc la politique du chéquier dont parle la secrétaire d'État, ça n'existe pas ?

4:15
Présentateur

La politique... Je pense qu'on ne peut pas faire d'amalgame entre la rénovation urbaine et les sujets de politique de la ville, qui sont des sujets d'accompagnement, d'association, qui sont des sujets qui sont différents de ceux de la rénovation urbaine. Il y avait hier un papier très intéressant. Et le sociologue El Kaori disait qu'il faut avoir pour les habitants ce qu'on a eu avec les bâtiments, c'est-à-dire une vision à long terme.

4:39
Catherine Vautrin

On s'est trop concentré sur les bâtiments, sur la rénovation urbaine, sur le logement, on a cru que ça réglerait tous les problèmes ?

4:46
Présentateur

Ce sont deux sujets. Le logement, c'est incontestablement, c'était la vision de Jean-Louis Borloo qui était de dire c'est le nid, c'est là où les familles élèvent leurs enfants, c'est le point de départ. Mais si derrière vous n'avez pas une stratégie en matière de sécurité, d'emploi, d'éducation, vous ne travaillez pas l'attractivité des quartiers et vous n'aidez surtout pas les habitants des quartiers à pouvoir évoluer. Moyennant quoi, quand on réussit, qu'est-ce qu'on fait ? On part du quartier et un précaire est remplacé par un plus précaire.

Et c'est là-dessus qu'il faut travailler, sur une stratégie de mixité, une politique qui est une politique incontestablement, je le répète, de sécurité, d'emploi, d'éducation. C'est comme cela qu'on pourra réussir à avoir une attractivité. Donc là, ce n'est pas du chéquier, c'est un choix de politique publique.

5:30
Catherine Vautrin

Catherine Vautrin, vous présidez la communauté urbaine du Grand Reims. Les dégâts des émeutes ont été très lourds dans le pays. Plus de 800 bâtiments publics dégradés. Un projet de loi d'urgence a été adopté pour accélérer la reconstruction. Mais plusieurs maires hésitent à reconstruire immédiatement, reconstruire comme si de rien n'était, comme s'il s'agissait au fond de destructions accidentelles. Est-ce que vous le comprenez ?

5:51
Présentateur

Alors, vous savez, Reims fait partie des villes qui, d'habitude, n'ont pas de difficultés. Et nous avons assisté dans quatre quartiers à des destructions. Et pour être très clair avec vous, je voudrais préciser que la sécurité dans les quartiers, c'est un enjeu absolument majeur, qui repose à la fois sur la prévention, mais aussi sur la répression. Et quelque part, moi, je voudrais rendre hommage au travail des forces de l'ordre, police nationale, police municipale, mais aussi à la nécessité de la réponse pénale. Nous avons eu des actes qui ont été des actes de délinquance. Il y a eu des pillages. Un pillage, c'est un vol. Et il faut mettre des noms.

Et il faut apporter clairement des réponses.

6:27
Catherine Vautrin

Il y a eu des condamnations hier pour des faits à plaisir. Il y a eu de la prison ferme de prononcer hier.

6:32
Présentateur

Mais d'autant plus que ce qu'il faut avoir en tête, c'est que les 10 000 émeutiers, globalement, partout en France, sur les 5 millions d'habitants, sont ceux dont les premières victimes sont les habitants des quartiers. Qu'est-ce qui a été pillé ? Vous venez de le dire. Les bureaux de poste, les distributeurs de billets, les mairies annexes. Et donc, les premières victimes, ce sont les habitants des quartiers.

6:50
Catherine Vautrin

Sur le fait de reconstruire le plus vite possible, ou bien, tout de même, de se poser, parce que ce n'est pas accidentel, ce qui s'est posé sur ces hésitations des maires, Catherine Vautrin.

7:03
Présentateur

Moi, je pense que c'est un acte, ce qui s'est passé est un acte de délinquance qui nécessite une réponse pénale. Après, chaque maire, en fonction de la situation dans sa ville, doit prendre les décisions qui lui paraissent les plus appropriées. Je vous rappelle que si on revient à la rénovation urbaine, il n'y a pas un projet dans un quartier qui se fait sans un maire, sans un établissement, sans une métropole ou un EPCI. Et là-dessus, je pense qu'il faut qu'on mette en avant l'engagement, la volonté des maires.

Regardez comment certaines communes, je vais prendre l'exemple de Chanteloup, regardez comment Catherine Arrénoux à Chanteloup a fait bouger sa ville, combien les conditions ont changé, parce que quelque part, ce à quoi il faut également que nous réfléchissions, c'est que dès lors qu'on revoit l'urbanisme, dès lors qu'on met en place les constructions d'équipements sociaux, culturels, des écoles, on commence à amener des outils qui permettent de renforcer l'attractivité, qui permettent d'avancer sur la mixité. Donc la répression des délinquants et l'accompagnement pour tirer les uns et les autres vers le haut.

8:01
Catherine Vautrin

Catherine Vautrin, plusieurs responsables des Républicains, votre ancien parti que vous avez quitté, ont expliqué ces émeutes, notamment, c'était l'un des éléments d'explication selon eux, par l'immigration, Éric Ciotti ou Bruno Retailleau, pour ne pas les citer. Est-ce que vous êtes d'accord ?

8:14
Présentateur

Moi, je ne ferai pas d'amalgame. Mon sujet aujourd'hui, très concrètement, il est que quelqu'un qui est un émeutier et qui fait des dégradations est un délinquant qui doit être jugé et condamné.

8:25
Catherine Vautrin

Donc il n'y a pas de lien, selon vous, entre l'immigration actuelle et ces faits délinquants ?

8:29
Présentateur

La question, c'est surtout la concentration des difficultés. Les quartiers politiques de la ville sont les quartiers dans lesquels, par définition, les loyers sont les plus faibles, sont les quartiers dans lesquels le taux de pauvreté est trois fois plus élevé, dans lesquels le revenu médian est à 13 000 euros par an, dans lesquels on a le double, et ça c'est un point très important, vous avez pratiquement le double de nombre de familles monoparentales.

Donc quelque part, il y a incontestablement un sujet qui est un sujet d'accompagnement de politique publique en matière scolaire, qui est un des sujets de fond, et puis disons-le, le sujet de la drogue, qui est, ces quartiers sont minés par les trafiquants de tout genre.

9:09
Catherine Vautrin

Un dernier mot, Catherine Vautrin, à Marseille, trois policiers du RAID étaient encore en garde à vue hier soir dans le cadre d'une enquête sur la mort d'un jeune homme de 27 ans, c'était en marge de ces émeutes, selon la justice, il a probablement été atteint par un tir de flashball. Est-ce qu'il y a un problème dans notre pays de violence policière, selon vous ?

9:24
Présentateur

Je n'ai pas de commentaire à faire sur le travail de la police et des forces de l'ordre en général, et je voudrais évidemment souligner que dès lors qu'il y a une difficulté, elle doit faire l'objet d'une enquête et bien sûr d'un suivi. Pour le reste, mettons en avant le travail qui est fait partout en France, et notamment ce qui a été fait pendant ces émeutes, pendant les quatre jours que nous avons connus, on a eu une mobilisation assez exceptionnelle.

9:49
Catherine Vautrin

Le policier soupçonné dans une autre affaire du passage à tabac sur le jeune Edi, toujours à Marseille, a été maintenu en détention provisoire la semaine dernière, ça vous paraît être une bonne mesure ?

9:58
Présentateur

Je n'ai pas de commentaire à faire sur les décisions de justice.

10:00
Catherine Vautrin

Merci à vous Catherine Vautrin d'avoir accepté l'invitation de France Inter ce matin, présidente de l'ANRU, l'Agence Nationale pour la Rénovation Urbaine, également présidente de la Communauté Urbaine du Grand Reims. Excellente journée à vous.

10:13
Présentateur

Merci, très bonne journée.