Faut-il arrêter de construire des data centers ?
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Chapitres
Répartition du ton (temps de parole politique)
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Questions et réponses
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- 0:44OuverteRéponse directe
Quel est leur impact sur l'environnement ? Ne sont-ils pas en train de pomper toute notre énergie et notre eau ?
- 1:51OuverteRéponse directe
Vous expliquez que d'ici 2030 la consommation en électricité des data centers va doubler. Cela représentera trois années de consommation en électricité de la France.
- 3:05RelanceRéponse directe
Le rapport sous-entend que si on fabrique plus de data centers en France, on va limiter ce qu'il y a dans le reste du monde. Ce raisonnement n'est pas forcément vertueux.
- 4:04RelanceRéponse directe
Vous ne dites pas que l'implantation de centres de données en France contribuerait à réduire le développement d'autres centres ailleurs.
- 5:25OuverteRéponse directe
Sur la partie de la souveraineté, il y a un rapport qui est sorti en juillet sur la vulnérabilité et les dépendances numériques de la France. Qu'en pensez-vous ?
- 7:03RelanceRéponse directe
Vous dites qu'il faut supprimer toutes les entraves à l'implantation des centres de données. Il n'y a aucune conditionnalité au fait que ce soit des acteurs européens ou pas.
Affirmations vérifiables (citations exactes)
- 1:38InvitéChiffre
« En 2020 un gros data center c'était autour de 20 mégawatts. Aujourd'hui c'est autour de 1000 mégawatts le plus gros en France, voire 5000 aux Etats-Unis. »
- 1:58PrésentateurChiffre
« Vous expliquez que d'ici 2030 la consommation en électricité des data centers va doubler. Cela représentera trois années de consommation en électricité de la France. »
- 4:24PrésentateurChiffre
« 70 à 80% des données, donc ça va au-delà de l'intelligence artificielle, des données des Français et des Européens, sont hébergées aux États-Unis. »
- 9:32PrésentateurChiffre
« Sur l'eau, nous avons rappelé les chiffres de 2023, 0,0023% des prélèvements annuels d'eau pour des centres de données. »
Temps de parole
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La contestation monte de toutes parts. En Virginie, c'est l'un des plus gros projets au monde qui est en carafe. Dans le Nouveau-Mexique, c'est le projet Jupiter de l'entreprise Oracle qui peine à avoir les permis après s'être vu refuser l'autorisation d'installer un gazoduc pour alimenter les turbines à gaz qui devaient elles-mêmes faire tourner les ordinateurs. Il n
'y a
que Trump qui a dit il n
'y a
pas longtemps que ceux qui refusaient les data centers ils allaient devenir arriérés et pauvres.
C
'était la chronique de ce matin de François Langlais. Des serveurs informatiques qui s'alignent sur des dizaines d'hectares et qui calculent, qui chauffent. Les data centers sont devenus indispensables pour faire marcher notre nouveau monde numérique. Mais ils inquiètent. Quel est leur impact sur l'environnement ? Ne sont-ils pas en train de pomper toute notre énergie et notre eau ? Faut-il arrêter de construire des data centers ? Alors on en débat dans les grands esprits. Se rencontre avec Lou Velgrine, secrétaire générale de Data for Good. Bonsoir. Bonsoir. Et Simon Usna, sénateur PS du Morbihan, co-auteur du rapport sur l'empreinte environnementale de l'IA. Bonsoir.
Bonsoir Anne-Sophie Lapix.
Il
faut d'abord bien expliquer ce qu'est
un
data center et à quoi ça sert Lou Velgrine.
Alors
les data centers ce sont vraiment les infrastructures
qui
sous-tendent tous nos usages numériques. On a ces mots comme le cloud qui nous font penser que c'est dans les airs. Mais en fait c'est vraiment très matériel. Ce qui permet de stocker les données, de calculer. Et en fait ce qu'on observe ces dernières années c'est vraiment une accélération de la taille et du nombre de ces centres en France et dans le monde. Pour donner un exemple, en 2020 un gros data center c'était autour de 20 mégawatts. Aujourd'hui c'est autour de 1000 mégawatts le plus gros en France, voire 5000 aux Etats-Unis. On parle de
mégawatts,
ça consomme énormément d'énergie les data centers. Dans le rapport que vous co-signez avec deux autres sénateurs, Simon Usna, sur l'impact environnemental des data centers, vous expliquez que d'ici 2030 la consommation en électricité des data centers va doubler. Cela représentera trois années de consommation en électricité de la France.
Alors
oui, ce sont des scénarii qu'il faut prendre avec prudence au regard de l'évolution extrêmement rapide des technologies. Il est clair que ça a un impact, on ne peut pas dire le contraire. Mais au regard de ces enjeux, nous considérons que l'Europe et en particulier la France, grâce en particulier à son mix énergétique décarboné et à une énergie aujourd'hui fournie en quantité, nous avons un rôle à jouer pour concilier des objectifs que nous pouvons partager en termes de développement technologique. Mais en disant que cela doit se faire dans un cadre maîtrisé au plan environnemental. Vous avez déjà quitté le constat pour vos conclusions.
Vous le disiez, en France, les data centers ont bénéficié d'une énergie décarbonée. Ce n
'est
pas le cas aux Etats-Unis. L'électricité est en majorité produite grâce aux énergies fossiles, 57%. Et c'est là qu'est le drame. On entendait tout à l'heure François Langlais parler de ces manifestations, de cette insurrection face aux data centers,
Louvel Green. Oui, je trouve que ce qui
est
intéressant, c'est que le rapport sous-entend que si on fabrique plus de data centers en France, on va limiter ce qu'il
y a
dans le reste du monde. Je pense que ce raisonnement n'est pas forcément vertueux. Ensuite, il y a une étude de l'ADEME qui est sortie en début d'année qui montre que la trajectoire actuelle en France de l'implantation des centres de données est insoutenable et n'est pas compatible avec nos objectifs climatiques. Et puis enfin, je pense que c'est intéressant de se demander, au-delà des impacts très concrets des centres de données, à quoi servent tous ces centres de données. Et c'est vrai qu'on se dit souvent, les impacts locaux, finalement, sont compensés par les impacts que vont apporter l'IA générative pour mettre en œuvre une transition. Or, dans la réalité, ce qu'on observe,
c
'est que les usages positifs, qu'on appelle « for green », sont très souvent potentiels, non réalisés et justifient une accélération. Tandis que les usages pour les énergies fossiles viennent accélérer le déploiement de ces énergies. Simon, Usda, oui ? Oui,
je souhaitais réagir sur différents points parce qu'on a eu l'occasion d'auditionner Data for Good dans le cadre de notre mission d'information. Et nous ne disons pas que l'implantation de centres de données en France contribuerait à réduire le développement d'autres centres ailleurs. Nous n'avons pas vocation à faire d'ingérence dans les autres pays. Mais ce que nous disons aujourd'hui, c'est que 70 à 80% des données, donc ça va au-delà de l'intelligence artificielle, des données des Français et des Européens, sont hébergées aux États-Unis, c'est-à-dire dans des centres qui fonctionnent à l'énergie fossile.
Et donc, nous disons que si une bonne partie de ces données, parce que nous défendons la souveraineté, nous défendons la sécurité face aux législations extraterritoriales, est liée et permise, à part la construction de centres qui sont plus vertueux, évidemment que le bilan global, s'agissant des données des Français et des Européens, sera meilleur. Mais par ailleurs, je partage un certain nombre de constats évoqués par Data for Good, notamment sur le fait qu'aujourd'hui, on ne peut absolument pas dire, et en aucune façon, que l'IA et les effets prétendument positifs de l'IA au plan environnemental sont supérieurs à ses impacts. Ça n'est pas vrai et ça ne risque pas de l'être à court terme.
Mais tout l'enjeu, c'est de savoir comment on réduit ces impacts et comment on promeut une IA plus frugale. C'est en tout cas l'un des axes que nous avons décidé de retenir avec mes collègues Guillaume Chevrolier et Damien Michelet.
Oui, je voulais revenir sur cette question de la souveraineté, parce que merci du coup pour le parti environnemental. Sur la partie de la souveraineté, il y a un rapport qui est sorti en juillet sur la vulnérabilité et les dépendances numériques de la France et qui montre l'incohérence de la stratégie d'accélération actuelle des centres de données pour plusieurs raisons. Déjà, il montre qu'aujourd'hui, il n
'y a
que 9% des projets de data centers en France qui sont opérés par des acteurs européens. Et ensuite,
que
principalement, les retombées économiques se font à l'extérieur du pays et les impacts environnementaux en France. Donc, on veut dire que même si les
data
centers
sont en France, ce sont des boîtes américaines qui les font construire. Donc,
il n'y a pas la souveraineté. Mais je
suis d'accord avec ce constat. J'ai eu l'occasion de présider une commission d'enquête sur la commande publique et on a pu pointer à quel point il y avait en effet des incohérences aujourd'hui majeures au plus haut niveau de l'État encore sur ces sujets. Donc, je souscris parfaitement à cette approche. Mais donc, tout l'enjeu, nous en sommes bien d'accord, c'est de soutenir des champions français et européens qui existent déjà mais qui ne sont pas suffisamment grands. Il faut les aider à grandir. On pense notamment à Mistral, mais il devrait y en avoir d'autres. Et donc, cela passe par, nous en sommes convaincus, des infrastructures de calcul.
D'ailleurs, Mistral, ce groupe que nous avons aussi auditionné, le reconnaît. Il a besoin de ces capacités de calcul. Et pour cela, nous nous disons que nous devons encourager le développement maîtrisé de centres de données, préférentiellement opérés par des acteurs français et européens. Je souscris complètement à ce constat. Mais cela passe par des capacités de calcul en propre sur notre territoire avec un moindre impact environnemental.
En fait, le problème, c'est qu'aujourd'hui, dans le rapport, vous dites qu'il faut supprimer toutes les entraves à l'implantation des centres de données. Il n'y a aucune conditionnalité au fait que ce soit des acteurs européens ou pas. Et plus largement, pour moi, la question fondamentale, en fait, quand on parle de souveraineté, c'est quelle est notre capacité à décider de nos usages numériques ? Et la première question, c'est qu'est-ce qu'on optimise ? Pour qui ? Pourquoi ? Qui en profite ? Et en fait, cette question du besoin, finalement, elle n'est jamais adressée aujourd'hui.
On parle d'IA frugal, de modèles efficaces, mais en fait, on ne parle pas de est-ce qu'on a vraiment besoin d'IA ? Vous, vous allez plus loin, vous dites. Est-ce qu'on veut vraiment des data centers ? Parce qu'est-ce qu'on veut
vraiment cette IA, en fait ? Vu les dégâts sur l'environnement ? Mais là aussi, je pense qu'il y
a
eu une lecture que je ne qualifierais pas de biaisé, je ne me le permettrais pas, mais en tout cas, dans notre rapport, nous le disons très clairement. Quand nous demandons l'éco-score, quand nous parlons de sensibilisation de formation dès le plus jeune âge, j'ai eu l'occasion de le dire à plusieurs reprises, on a eu des témoignages en milieu professionnel. Aujourd'hui, l'IA peut être utilisé pour générer des vidéos de chats qui dansent. Ça n'a évidemment aucun sens. Arrêtez les chats qui dansent. Moi,
j
'ai arrêté tout de suite quand j'ai lu le rapport. Mais là, il y a évidemment une responsabilité individuelle, mais derrière, il
y a
une responsabilité collective. Et nous mettons très clairement les choses. Quand nous disons encourager l'implantation de centres de données responsables avec des règles de commande publique qui soient claires, simplement, aujourd'hui, il y a un cadre européen qui existe que chacun doit respecter. Vous le savez très bien. Nous espérons qu'il va évoluer dans le bon sens, notamment à la faveur de la révision des directives marché publics qui a été annoncée par Stéphane Séjourné. Mais sur la conditionnalité, nous sommes très clairs.
Et nous souhaitons, en tout cas, soutenir, nous, massivement, ces opérateurs français et européens qui ont un temps d'avance sur la réduction de ces impacts environnementaux. La preuve en est, vous le reconnaissez d'ailleurs, Data4Google le dit, c'est Mistral qui a produit aujourd'hui la seule analyse en cycle de vie suffisamment robuste. Mais tout à
l
'heure, juste, tout à l'heure, on parlait des Américains qui sont à 75% qui rejettent les data centers. En France aussi, ça monte, ce rejet.
Et
d'ailleurs, dans votre rapport, vous parlez de la consommation d'électricité, mais aussi la consommation d'eau qui risque d'être problématique. Vous parlez aussi des matériaux qui risquent de s'épuiser en très peu de temps pour qu'ils soient nécessaires à ces data centers. Ça, il y a quand même aussi un choc sur l
'opinion.
Nous
n'avons
rien caché de ces défis. Sur l'eau, nous avons rappelé les chiffres de 2023, 0,0023% des prélèvements annuels d'eau pour des centres de données qui, à la différence des États-Unis, utilisent des technologies de refroidissement beaucoup moins consommatrices. Mais pour autant, il y a une dynamique forte sur cette consommation d'eau. Idem sur le foncier et sur les terres rares. On est bien conscients de tout cela. C'est la raison pour laquelle on parle de recyclabilité. C'est la raison pour laquelle on dit que ces implantations doivent se discuter aussi à l'échelle des territoires.
Il
ne s'agit pas d'une implantation uniforme. Mais il y a un message clair qui doit être passé à nos concitoyens. Est-ce que nos concitoyens veulent que leurs données soient effectivement protégées, immunes aux législations extraterritoriales ? Et donc, pour cela, elles doivent être opérées par des acteurs français ou européens et localisées sur nos territoires. Est-ce que c'est cela que nous voulons ? Et la deuxième chose, donc il faut s'ordonner les moyens, la deuxième chose, c'est qu'on parle bien du développement de modèles d'IA spécialisés. Nous avons rencontré des établissements de santé qui ont développé leur propre IA pour répondre spécifiquement aux besoins des professionnels de santé.
Et hébergées sur des serveurs locaux parce qu'en effet, on n'a pas besoin d'une IA générative des grands modèles de langage pour faire tout et n'importe quoi. Merci. Ce modèle décentralisé, c'est l'avenir. Merci beaucoup, Simon-Evna. Merci, Louvelle Green, d'être venue débattre. Je crois qu'on débattra encore sur l'IA. Ce n
'est
pas un petit sujet. Merci beaucoup. On retrouve Florian Gazon qui a sélectionné pour vous le meilleur d'RTL, politique, expert humoriste et vos témoignages.
C
'est la story RTL après la pause. Bonne soirée. Merci beaucoup. Sur RTL. Je
marche,
je sors ! RTL,
votre radio.