Le discours de Yannick Jadot, vainqueur de la primaire écologiste
Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.
Merci. Une bonne campagne présidentielle pour les écologistes, ça commence toujours avec un verre d'eau. Merci, merci, merci aux 120 000 Françaises et Français qui se sont inscrits à cette primaire de l'écologie pour faire gagner l'écologie en 2022. Mais merci à vous parce que dans cette période troublée où certains voudraient nous enfermer dans des débats immondes, oui immondes, sur les prénoms des enfants, sur le retour de la peine de mort ou sur la réhabilitation de Pétain comme défenseur des Juifs de France, vous avez dit stop.
Vous avez sifflé la fin de la récréation et vous nous avez confié la seule mission qui vaille, être à la hauteur du dérèglement climatique et du chaos social auquel nous devons faire face. Quand la planète brûle avec les méga-feux, quand elle coule sous les inondations, vous nous demandez de résister pour que la France que nous chérissons tant se saisisse des véritables combats. Pour que notre France, des villages aux banlieues, des petites villes aux grandes villes, ne sombrent pas moralement. Vous pouvez compter sur nous, nous ne laisserons pas faire ce naufrage.
Nous serons là pour défendre une planète vivante où il fait bon vivre, en harmonie, quelles que soient nos origines, nos milieux sociaux, nos aspirations, parce qu'ensemble, nous allons construire cette société apaisée que nous appelons toutes et tous de nos voeux. Sandrine, Eric, Delphine, merci Sandrine, merci Eric, merci Delphine, nous avons démontré pendant cette primaire qu'il était possible de donner à voir un autre monde, qu'il était possible de débattre du fond des vrais sujets. Merci Sandrine, merci Eric, merci Delphine, nous avons démontré pendant cette primaire qu'il était possible de donner à voir un autre monde, qu'il était possible de débattre du fond des vrais sujets.
J'appelle au rassemblement des écologistes, au dépassement du pôle écologiste, pour que nous allions ensemble jusqu'à l'Elysée, jusqu'à l'Assemblée nationale, pour une nouvelle pratique du pouvoir au service des citoyennes et des citoyens. Oui, il est temps de tout changer, et c'est dans la clarté, vous le savez, du nouveau projet de société écologiste que nous allons y parvenir. Nous le savons désormais, nous sommes toutes et tous concernés par les chocs climatiques, l'effondrement du vivant, les pandémies et les maladies chroniques liées aux pollutions et à la malbouffe.
J'appelle ce soir à nous rejoindre, les humanistes, les progressistes, les victimes de ces chocs comme celles et ceux qui déjà innovent, inventent, agissent, dans les fermes, dans les entreprises, dans les centres de recherche, dans les associations, dans les collectivités. Je les appelle à transformer avec nous la résignation en mobilisation, la colère en action, l'espoir en victoire. L'écologie que nous allons porter avec vous pendant cette campagne présidentielle est une écologie de l'action, une écologie des solutions. Il est hors de question de nous résigner à un énième quinquennat de renoncement climatique, de régression sociale et d'affaissement démocratique.
Un quinquennat encore à prétendre qu'il n'y a qu'un seul modèle, qu'il faut s'y tenir, même s'il dévaste tout sur son passage, la nature comme la solidarité. Un quinquennat à préférer les lobbies à la protection du climat et de la vie animale. Un quinquennat à enrichir les plus riches au détriment de tous les autres. Un quinquennat de trop à nous diviser, à monter les Français les uns contre les autres. Les travailleurs pauvres contre les chômeurs. Les ruraux contre les quartiers populaires. Le privé contre le public. Notre pays doit retrouver l'envie et le plaisir d'être ensemble. Liberté, égalité, fraternité, démocratie, citoyenneté ne sont pas une langue morte. C'est une langue vivante.
Ce sont des mots d'une formidable jeunesse, des actes d'audace et de courage. La France n'est pas un musée. Elle n'est pas une commémoration. Être Français, ce n'est pas se rétrécir sur une identité figée, fantasmée, régressive. Être Français, c'est avoir les pieds sur terre, dans la terre, attachés à nos territoires, en gardant toujours le regard fixé sur l'horizon, sur l'Europe, sur l'universel. C'est se retrousser les manches et se serrer les coudes pour nous projeter ensemble vers une société solidaire où chacune, chacun, a sa place.
C'est aborder l'avenir avec confiance et regarder notre histoire avec lucidité pour s'inspirer de ces plus belles pages et tirer les leçons des plus sombres. Être Français, c'est faire République. Et oui, nous tiendrons la promesse républicaine pour qu'enfin toutes et tous se voient garantir une citoyenneté pleine et entière. La République écologique, c'est le grand retour des services publics. Les services publics, vous le savez, c'est notre bien commun. C'est la République en acte. C'est le patrimoine de celles et de ceux qui n'en ont pas. C'est la garantie concrète de justice et d'égalité. Éducation, santé, justice, sécurité. Notre République n'a pas besoin du retour du service militaire.
Elle a besoin du retour des services publics. Le prochain quinquennat sera celui de l'action pour retrouver la maîtrise de nos vies. Avec vous, grâce à vous, je serai le président du climat. Notre présidence, ce sera une présidence qui agit immédiatement. Dès notre arrivée au pouvoir, nous conditionnerons chaque politique publique, chaque euro d'argent public au climat, à la justice sociale, à l'égalité femmes-hommes. Fini les politiques publiques qui subventionnent les énergies fossiles plutôt que les énergies renouvelables et l'isolation de nos logements. Demain, nous relocaliserons les entreprises et l'industrie autour de l'innovation et des forces vives de nos territoires.
Nous engagerons la reconquête de nos souverainetés alimentaires, sanitaires, énergétiques, numériques, industrielles et donc démocratiques, dans une Europe enfin fière d'être un continent social. Fini les politiques publiques qui privilégient l'usage des pesticides à l'agriculture biologique. Demain, nous engagerons la sortie de l'élevage industriel qui maltraite les animaux, fait disparaître les paysans et pollue l'environnement. Nous installerons des dizaines de milliers de jeunes en agriculture avec des revenus décents dans le respect des animaux et de la nature pour produire une alimentation saine et savoureuse.
Fini les politiques publiques complaisantes vis-à-vis des multinationales qui placent leurs profits dans les paradis fiscaux, rémunèrent largement leurs actionnaires tout en licenciant les salariés. Nous instaurerons un impôt de solidarité sur la fortune qui prendra en compte l'empreinte carbone des patrimoines financiers, c'est l'ISF climatique. Dans le public comme dans le privé, en dégelant le point d'indice et en conditionnant les aides aux entreprises à l'engagement de négociations salariales et à un plan santé au travail. La priorité ira, vous le savez, aux 5 millions de salariés, celles et ceux qu'on appelle les salariés de deuxième ligne.
Les caissières, les chauffeurs-livreurs, les femmes et les hommes de ménage, les métiers de l'alimentaire, les aides à domicile, ils ont tenu la société pendant la pandémie. Et ce gouvernement est déjà en train de les renvoyer à la précarité, à l'invisibilité et à l'ingratitude sociale. Et vous le savez, ce n'est pas un hasard si cet événement se tient dans le 93, en Seine-Saint-Denis. Parce que notre écologie, elle est populaire. L'écologie, c'est l'emploi. Les mêmes qui ont financiarisé l'économie, qui concentrent les profits, détruisent le droit du travail et spéculent sur la destruction de la planète, sont ceux qui détruisent l'emploi.
Face au capitalisme de surveillance et de plateforme, face à cette économie punitive, nous allons redonner du sens au travail, à l'entreprise et à l'économie. Nous allons reprendre le contrôle sur ce qui nous concerne. Nous allons transformer notre combat pour le climat en emploi de qualité. L'écologie, c'est le pouvoir d'achat. Les Françaises et les Français subissent depuis trop longtemps l'explosion des dépenses contraintes, l'énergie, le logement, le textile, l'alimentation, les transports.
En investissant dans le logement social, dans les transports collectifs, dans l'isolation des logements, en rendant cette isolation sans charge pour les familles les plus vulnérables, en rendant obligatoire le forfait mobilité durable, et en augmentant le chèque énergie, en modulant la TVA pour favoriser les produits réparables et recyclables, plutôt que le gaspillage et l'obsolescence programmées, en instaurant un revenu citoyen dès 18 ans. Nous rendons du pouvoir d'achat aux Français et nous éradiquerons la pauvreté. Nous réparerons nos services publics, notre joyau républicain.
Nous travaillerons avec les actrices et les acteurs de ces services, avec leurs syndicats, avec les parents, les patients, les usagers et les victimes, pour renforcer l'école, l'hôpital, le commissariat, la gendarmerie, le tribunal ou la caserne de pompiers, pour faire entrer ces grands services publics dans le XXIe siècle. Vous l'avez compris, nous agirons avec les Françaises et les Français, puisque nous ne pouvons plus transiger avec le climat, avec le vivant. À chaque fois, dans chaque secteur, nous trouverons le chemin commun qui fédère les énergies, mobilise, rassemble, protège les plus fragiles et les plus inquiets.
Nous construirons les nouvelles protections sociales avec les salariés. Nous ferons la transition agricole avec les paysans. Nous transformerons notre économie avec les entreprises. Nous redonnerons vie à la démocratie avec les citoyennes et les citoyens. Vous l'avez compris, notre présidence, c'est une présidence qui fait confiance aux forces vives de notre pays. Et demain, dès que nous accéderons aux responsabilités, nous rendrons le pouvoir aux Françaises et aux Français. Nous mettrons votre créativité, votre intelligence collective au cœur de l'État et au cœur de la démocratie. Vous le voyez déjà, la campagne présidentielle promet d'être dure, brutale, sale.
Trop de candidats privilégient l'invective à l'argument, le mensonge à la complexité, la disqualification au respect de l'autre. Dans la campagne qui vient, nous, écologistes, ne céderons pas à l'extrême droite le choix du terrain sur lequel se jouera l'élection. Car ce n'est pas qu'une élection présidentielle qui va se jouer dans moins de 200 jours. C'est l'avenir de notre pays. L'avenir des femmes et des hommes qui y vivent. L'avenir de nos enfants. C'est le choix des valeurs que nous voulons leur transmettre qui s'y fera. C'est l'État dans lequel nous allons leur laisser l'air, l'eau, les prairies, les forêts, les littoraux, les fleuves, les montagnes, les océans, qui va être décidé.
C'est notre destinée commune que nous allons choisir. Alors j'ai bien constaté la jubilation morbide qui consiste à mettre en scène jusqu'à la nausée des concepts qui font rétrécir et régresser la France. J'entends l'injonction permanente à devoir réagir à ces idées qui sentent le cadavre. Je ne m'y résoudrai pas parce que nous voulons mieux que ça. Parce que la France, notre France, elle est plus forte, elle est plus belle. L'écologiste se situe toujours du côté du vivant, se situe toujours du côté du beau, du plaisir et de l'espoir. L'écologie est le projet politique qui peut fédérer nos aspirations à plus de justice dans un monde de plus en plus injuste.
C'est le projet que je vous propose pour reprendre le contrôle sur ce dont dépend notre subsistance et notre existence. Reprendre le contrôle sur la mondialisation, sur l'explosion des inégalités, sur notre avenir, sur la marge du monde, sur l'économie devenue folle et punitive, sur nos vies. L'écologie, mesdames et messieurs, est un projet d'émancipation. C'est un projet de liberté individuelle et collective. Chers compatriotes, chers compatriotes, je veux conclure en m'adressant à la jeunesse.
Oui, à vous les jeunes, vous qui avez marché pour le climat, contre le racisme, contre les violences faites aux femmes, contre la souffrance animale, vous les oubliés du quoi qu'il en coûte, qui devez parfois faire la queue pour un repas gratuit, vous qui subissez l'université précarisée, la recherche sacrifiée, vous qui habitez dans les quartiers populaires, les campagnes et l'outre-mer, oubliés par la République. Ne vous laissez pas déposséder de votre destin, parce que c'est votre présent, parce que c'est votre présent et votre futur qui se joue aujourd'hui. Emparez-vous de cette élection présidentielle.
Vous nous offrez votre énergie, vos engagements, votre créativité, votre diversité, votre soif de vie. Nous vous devons l'écoute, le respect. Nous vous devons une planète protégée, une société de justice, un avenir bienveillant. Alors, toute génération rassemblée, nous allons apaiser, réparer et reconstruire la France, parce que nous l'aimons. Merci. Vive l'écologie, vive la République et vive la France.
Yannick Jadot