Anne-Cécile Violland: "une loi qui vise à réduire l'impact environnemental de l'industrie textile"
Transcription youtube_captions. À recouper avec la source d'origine.
[Musique] Bonjour violent. Bonjour Laurent. Vous étiez rapportrice d'une proposition de loi sur ce qu'on a appelé la fast fashion et elle est depuis alors après des mois de de latence passée au Sénat et c'est plus tout à fait la même version que ce que vous avez sorti vous ici de l'Assemblée nationale.
Et je rappelle qu'il y aura une commission paritaire qui va encore sans doute modifier des éléments de ce texte. Est-ce que telle qu'elle est aujourd'hui, ça vous paraît toujours être nécessaire pour lutter contre les acteurs qui font ce que l'on appelle de la fast fashion ou de l'ultra fast fashion ? Alors, c'est non seulement nécessaire mais c'est indispensable.
Déjà, premier point de précision justement, ce n'est pas un Odin, c'est pas une loi antifast fashion, c'est une loi qui vise à réduire l'impact environnemental de l'industrie textile. C'est important parce que ça c'était l'ambition première de l'Assemblée nationale qui effectivement a évolué notamment pendant la commission du Sénat, mais au départ c'est toute l'industrie textile qui est visée en prenant en compte évidemment les modèles économiques et la manière dont ils impactent l'environnement. Mais je tenais à préciser que c'est pas une loi antifas fashion.
Alors, si je peux me permettre, j'ai interviewé votre homologue du Sénat, Sylvie Valencle et je lui ai posé la question : "Est-ce que c'est une loi écologique ?" Elle me dit, "Non, c'est pas une loi écologique. C'est pas l'écologie qui a été le moteur de nos décisions." Donc, vous avez pas exactement le même point de vue que votre collègue là.
Non, effectivement, on en a parlé toutes les deux et on ne partage pas la même vision ni la même analyse. C'est très honnête de sa part. La vision qu'elle en a, la manière dont elle a voulu écrire la loi au Sénat correspond à sa vision où elle souhaite s'attaquer uniquement. aux deux gros mastodontes asiatiques, c'est c'est simplement qu'on partage pas la même chose.
Nous, c'était vraiment l'intention d'une loi écologique avec des bénéfices immédiats sur le plan de l'économie mais simplement effectivement à un moment donné le Sénat se l'approprie d'une autre manière. Pourquoi c'était nécessaire selon vous de s'attaquer à d'autres enseignes ? Quand on construit une loi, on auditionne les experts, toutes les parties prenantes de l'écosystème de l'industrie textile et ça nous permet de distinguer véritablement ce qu'est l'ultrafast fashion de la fast fashion.
J'avais pas forcément la notion très précise de de cette différence. Il s'avère que c'est totalement différent sans commune mesure que l'on parle du modèle économique et de l'impact environnemental mais aussi du mode de fabrication. exemple le nombre de références par jour puisque on est 900 fois plus sur une marque de d'Ultrafast Fashion qu'une qu'une marque française classique.
Donc en fait, on fait ce constat que euh c'est toute l'industrie textile qui pollue puisque c'est une des plus polluantes. Alors, on peut reprendre des chiffres hein, 10 % des émissions de gaz à effet de serre plus que l'aérien et le maritime réuni. C'est toute l'industrie textile et même si on prend cela sous l'angle économique, les 35000 emplois perdus, c'est pas depuis 3 4 ans que sont arrivés ces grandes marques, c'est depuis qui est arrivé la Fast Fashion en France.
Donc ça veut dire que il faut absolument que tout le monde fasse un effort justement sur cette amélioration du modèle et notamment sur le plan environnemental. Et pourquoi la loi elle a été construite comme ça ? des mesures quand même extrêmement contraignantes que sont l'interdiction totale de publicité ainsi que l'obligation d'information au consommateur et un message de sensibilisation, on va dire, à l'économie circulaire au sens large.
Ça c'était fait que pour l'Ultrafast Fashion. Ça avait été très bien ciblé. Effectivement effectivement le combo pénalité et bonus ça ça s'adressait à toute l'industrie textile mais on avait pris des précautions, c'est-à-dire qu'on avait regardé comment travailler cela.
Alors expliquez-moi en quoi l'industrie textile ça pollue parce que vous dites que tous les acteurs de l'industrie textile polluent. Alors, on a plusieurs plusieurs pollutions. La première, on je vous parlais des gaz à effet de serre, c'est parce que là sur l'Ultrafast Fassion, on est encore dans uniquement des livraisons de produits par euh gros porteur 600 avions gros porteur par jour, ce qui est énorme parce qu'ils n'ont pas de points de vente physique, parce qu'ils fabriquent à l'autre bout du monde, tout cela effectivement est livré par avion.
Ensuite, on a une pollution des eaux. Alors, on a, on le sait he l'industrie textile va demander énormément d'eau. En Inde, on est en train de totalement épuiser justement les nappes pour la fabrication du textile.
Donc, on épuise les nappes, on les pollue. Pourquoi on les pollue ? D'une part parce que on va utiliser des produits solvants, des teintures qui ne sont pas autorisées en Europe et qui fait que avec les lavages, ça va s'écouler dans les eaux.
On estime que 70 % des eaux en Chine sont polluies. Et puis un autre aspect sur la pollution des eaux, de l'air, du sol, c'est aussi les microplastiques. L'Ultrafast fashion, elle va privilégier des matières synthétiques.
Exemple polyester. Donc là, on a une consommation de pétrole énorme pour pouvoir les fabriquer. Chaque fois que vous allez le laver, vous allez disyer des microparticules de plastique et là ça se répond sur la planète entière.
Est-ce que aujourd'hui la loi telle qu'elle est figée aujourd'hui avant la commission disparitaire, est-ce qu'elle quand même permet des avancées sur le plan écologique ? Pourquoi elle peut permettre des avancées écologiques ? Au-delà des des du principe ou des trois principes d'information, de sanction et d'interdiction de la publicité, il y avait aussi une volonté d'information.
Ça c'est extrêmement important parce que aujourd'hui on a une consommation, on a une surconsommation de textile. En moins de 20 ans, on a doublé on a doublé le nombre de vêtements qu'on achetait par an. Ça veut dire que on l'a doublé tout en diminuant 30 % le budget qu'on y consacrait.
Donc on achète beaucoup plus et de moins bonne qualité, on peut l'imaginer. Donc ça veut dire que on a aujourd'hui affaire à un problème qu'on a pas évoqué encore, c'est l'excès de déchets que nos filières sont incapables en France et en Europe de traiter. Donc ça c'est une première chose, c'est comment on peut à travers cette loi passer un message de davantage de sobriété.
Ça veut pas dire qu'il faut arrêter de s'habiller, ça veut pas dire qu'il faut arrêter d'acheter du neuf, mais ça veut dire qu'il faut juste réfléchir autrement.
Anne-Cécile Violland