Un incendie monstre... en Île-de-France !
Transcription youtube_captions. À recouper avec la source d'origine.
après chaque rasage. ... - C.Roux: Bonsoir.
Bienvenue. C'est du jamais-vu en forêt de Fontainebleau. Elle est en proie aux flammes depuis hier. 500 pompiers bataillent contre l'incendie, qui a parcouru 1000 ha et entraîné l'évacuation de 900 habitants.
L'incendie n'est toujours pas maîtrisé et fixé. Les pompiers font face à un nouveau départ de feu. Nous en parlons avec J.-P.Bosland.
Merci d'avoir accepté notre invitation. Vous êtes président de la Fédération nationale des sapeurs-pompiers de France. Nous parlons d'un incendie très virulent.
Quelles sont les conditions d'intervention des pompiers sur place? - J.-P.Bosland: C'est des conditions difficiles.
Depuis plusieurs semaines, à cause de la canicule, nous avons une augmentation du taux d'intervention de secours à personnes. La canicule provoque des départs de feux dans tout le territoire. La particularité dans la Seine-et-Marne, c'est qu'on a "nos habitudes".
D'habitude, c'est les pompiers un peu plus dans le nord de la France qui sud descendent en renfort dans le Sud. Ce matin, j'ai salué des marins-pompiers de Marseille venus en région parisienne éteindre les feux de forêt. - C.Roux: Pourquoi dit-on qu'il faudra une semaine pour maîtriser cet incendie?
Qu'est-ce qu'il y a de spécifique dans cette intervention à Fontainebleau? - J.-P.Bosland: Les collègues de Seine-et-Marne, qui connaissent bien leur territoire, ont fait état d'un problème de tourbe.
Le feu va aller dans le sol, couver plusieurs jours et ressortir. Demander du temps, très longtemps, pour traiter et éteindre l'ensemble des feux qui couvent. - C.Roux: Il y a beaucoup de vent, en ce moment, en Seine-et-Marne.
Ca complique la situation? 900 personnes ont dû être évacuées. Des habitations se trouvent dans le périmètre.
C'est la principale inquiétude? C'est le problème à gérer en urgence? - J.-P.Bosland: Nous avons des ennemis naturels: la météo et le relief.
Le vent s'est levé en début d'après-midi. Ca donne une dynamique au feu. Par précaution, les autorités, le directeur des opérations de secours, le préfet et le commandant des opérations de secours des sapeurs-pompiers ont fait évacuer les habitations en lisière de ces feux pour anticiper.
L'action des sapeurs-pompiers depuis hier a permis de sauver toutes ces habitations. - C.Roux: Ca se produit dans une zone où il y a une autoroute.
Les voies SNCF, le trafic a été perturbé par cet incendie. Ca doit être préservé aussi en priorité? Comment vous arbitrez face à un feu d'une telle ampleur? - J.-P.Bosland: La priorité, c'est forcément le sauvetage des personnes.
On évite de les exposer au feu. C'est pour ça que l'autoroute a été fermée en fin d'après-midi. C'est aussi pour ça que les trains ont pris du retard, pour éviter d'exposer des personnes.
C'est aussi le sauvetage des biens, et l'évacuation des personnes. C'est l'action des sapeurs-pompiers qui permet de protéger les habitations et toute la partie de la forêt. - C.Roux: Il y a 4 canadairs.
Ce sont des images rares, des canadairs qui viennent se ravitailler dans la Seine. 2 plus 2 arrivés en renfort cet après-midi avec également des hélicoptères. C'est des moyens exceptionnels? - J.-P.Bosland: La technique, en France, c'est d'avoir des moyens au sol et de l'appui aérien.
Il y a des avions, avec les fameux canadairs, mais aussi les Dash, qui nécessitent de se poser sur une piste d'avion, et des hélicoptères bombardiers d'eau. C'est principalement des appareils d'Etat mais la Seine-et-Marne loue un hélicoptère bombardier d'eau. Quand vous avez rempli la soute, il y a un largage rapide.
D'où les canadairs, parce qu'il y a la Seine à proximité. - C.Roux: Vous êtes confiant? - J.-P.Bosland: Bien sûr, les sapeurs-pompiers s'entraînent toute l'année.
En Seine-et-Marne, il y a eu un entraînement le mois dernier pour savoir où et comment écoper avec les canadairs. C'est un travail interservices. Les sapeurs-pompiers travaillent avec la gendarmerie et d'autres services. - C.Roux: Les inhalations de fumée peuvent être problématiques pour la région, les agglomérations à proximité? - J.-P.Bosland: Aujourd'hui, clairement, les fumées montent très bien.
Ce n'est pas encore un sujet. - C.Roux: Il y a eu un nouveau départ de feu.
La façon dont il s'est déclenché est suspecte. Le ministre de l'Intérieur a évoqué le départ des volontaires. - L.Nunez: Il y a une dizaine de points de départ de feu dans un périmètre de 1000 m.
Ca laisse supposer que ce pourrait être une origine volontaire. Je n'en dis pas plus. Madame la procureure de la République de Fontainebleau est saisie.
Les investigations permettront de confirmer ou d'infirmer cette thèse. Il y a un certain nombre d'observations pour le moins troublantes. - C.Roux: Il est à peu près acquis que ça n'a pas pu s'allumer seul.
Il y avait plusieurs foyers. - J.-P.Bosland: 9 sur 10 ont une origine humaine.
Ca a une origine humaine. Ca veut pas dire qu'ils sont criminels. On sait où débute un feu, on connaît sa progression.
Quand on commence à avoir plusieurs points de départ de feu, on peut se poser des questions. On passe le relais à des enquêteurs sous couvert du parquet. - C.Roux: 44 personnes ont été interpellées dans le Lot.
Un tiers sont des mineurs. C'est parfois plus de l'inconscience que de la malveillance? - J.-P.Bosland: Et parfois de la maladie.
Etre pyromane, c'est une maladie. Malheureusement, ça existe. - C.Roux: Ca me donne l'occasion de vous montrer un message de prévention des pompiers de la Loire. - Cette vidéo, c'est pour rire.
Mais en ce moment, avec la sécheresse, la moindre étincelle peut suffire. Désherbeurs thermiques, barbecues, feux de bois, on évite. - C.Roux: Il faut trouver tous les moyens de faire passer le message? - J.-P.Bosland: Avec l'humour, parfois, le message passe.
Mais on en est encore à expliquer qu'un mégot peut provoquer un départ de feu. C'est pourquoi les sapeurs-pompiers sont présents sur le Tour de France, pour distribuer des cendriers de poche. - C.Roux: Je rappelle que déclencher volontairement un feu est passible de 15 ans de prison et 150 000 euros d'amende.
Ca vous met en colère? - J.-P.Bosland: On mobilise énormément de moyens.
Ca expose des personnes. J'ai une pensée pour mon jeune collègue savoyard décédé mercredi matin. Il avait 22 ans et il est mort en luttant contre le feu.
Je pense à toutes ces personnes décédées en Espagne, qui partaient d'une zone...
Oui, c'est criminel. - C.Roux: Dont une Française, a-t-on appris cet après-midi.
Les sapeurs-pompiers volontaires représentent 90 % des effectifs des casernes françaises. Vous avez du mal à recruter? L.Nunez a appelé tous les préfets à engager une démarche auprès des entreprises pour libérer leurs salariés engagés comme sapeurs-pompiers volontaires.
Les employeurs jouent le jeu? C'est dur de recruter en général des pompiers volontaires en ce moment? - J.-P.Bosland: Notre organisation, à l'origine, dans notre commune, fait que 90 % des citoyens s'engagent comme volontaires aux côtés des pompiers professionnels dans les zones denses.
J'étais ce matin sur un feu. J'ai pu vérifier auprès des collègues sapeurs-pompiers volontaires engagés sur les feux. Ils m'ont fait part de la disponibilité facilitée par les employeurs. - C.Roux: Donc l'appel a été entendu? - J.-P.Bosland: Ca fonctionne.
Plusieurs sociétés nationales et des collectivités territoriales libèrent plus facilement leurs sapeurs-pompiers volontaires. - C.Roux: Est-on en train de vivre une saison noire?
Depuis le début de la saison, 32 000 ha ont été parcourus et brûlés par le feu, plus que toute la saison 2025, d'après le ministère de l'Intérieur. Va-t-on au-devant d'une saison noire en matière d'incendies? - J.-P.Bosland: Avant le 14 juillet, nous sommes au même niveau de feux que l'an dernier à la fin de l'été.
Alors oui, on va vers une saison compliquée. Les feux ont commencé très tôt. Ils ont de grandes surfaces.
On va malheureusement subir une saison très compliquée. - C.Roux: L'alerte concerne l'ensemble du territoire? - J.-P.Bosland: L'ensemble du territoire est touché.
Aujourd'hui, on a 20 à 30 feux d'ampleur par jour sur l'ensemble du territoire. - C.Roux: Vous rappeliez que ça se passe dans toute l'Europe, ces départs de feu.
La situation est particulièrement difficile en Espagne. Une Française a péri en Andalousie. L'incendie a fait 13 morts.
Il va falloir adapter les moyens au niveau européen? La solidarité européenne fonctionne plutôt pas mal, en matière de lutte contre les incendies. - J.-P.Bosland: Elle est construite sur l'ensemble des éléments de catastrophe.
L'action de l'UE est importante. Parfois, on peut mobiliser des moyens européens qui ne sont pas engagés sur certains territoires. Nous ne sommes malheureusement pas étonnés.
Aujourd'hui, c'est le résultat du dérèglement climatique. Les collègues de l'Est, qui n'avaient pas l'habitude de lutter contre les feux de forêt, viennent voir ce qui se passe chez les Français. - C.Roux: Faut-il réadapter nos moyens?
Quand vous voyez comment les choses se passent aussi tôt dans la saison, vous dites qu'il faut adapter nos moyens et notre formation? - J.-P.Bosland: Les formations, on n'a pas attendu.
Depuis 2022, on sait que l'ensemble du territoire est touché. Je pense aux feux dans le Jura...
On s'est déjà adaptés. On rentre les feux de forêt dans nos formations initiales. L'adaptation des moyens se construit progressivement.
Le gouvernement a participé et financé des camions d'incendie supplémentaires. Aujourd'hui, on parle des incendies, mais en novembre, on a parlé des inondations. C'est aussi une participation à acheter plus de matériel de pompage. - C.Roux: Vous rappelez que tout ça s'ajoute à la canicule, avec des pompiers mobilisés pour secourir des personnes qui ont des coups de chaud? - J.-P.Bosland: Les pompiers sont mobilisés pour les secours à personnes, les feux de forêt, mais aussi toutes les interventions lambda, feux d'habitations et accidents de circulation. - C.Roux: Vous regrettez le 14 juillet, demain?
Les gens font la fête, des bals sont maintenus, parfois des bals des pompiers, certains feux d'artifice aussi... - J.-P.Bosland: On appelle au bon sens.
Sur les feux d'artifice, il y a des secteurs sans danger particulier. Les feux d'artifice sont gérés par des professionnels du domaine, dans des zones hors forêt. S'il n'y a pas de danger particulier, faisons confiance aux maires, qui connaissent... - C.Roux: Ce sera géré au cas par cas. - J.-P.Bosland: Faisons confiance à nos territoires.
Nos maires connaissent leur territoire. - C.Roux: Vous n'avez pas un message pour ceux qui voudraient faire péter des pétards dans les endroits secs? - J.-P.Bosland: C'est un message global de prévention, à la fois aux personnes qui vont se balader...
Oui, en vacances, c'est bien, de se balader en forêt. Mais on a la chance d'avoir une météo des forêts. Quand c'est classé en rouge, c'est que le risque est énorme.
Il faut peut-être gérer sa frustration et attendre, laisser passer l'événement. - C.Roux: Merci beaucoup.
Laurent Nuñez