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Podcast / conversationFrance Inter — L'invité de 8h20 (sur Site radio)· 13 août 2026 25 minComplaisantActualité / polémiqueImmigration & asileEnvironnement & énergieÉconomie & entreprisesSécurité

À Cuba, "une crise énergétique devenue crise sanitaire, qui plonge le pays dans un état de délabrement sans précédent"

Source d'origine 4 locuteurs

Audio original de l'émission.

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Chapitres

Répartition du ton (temps de parole politique)

Propositif 10 %Attaque 30 %Défensif 60 %

Questions et réponses

Taux de réponse directe : 100 % (directe = 1, partielle = 0,5, éludée = 0)

  • 1:21OuverteRéponse directe

    Comment qualifier, comment décrire ce que les Cubains traversent et subissent aujourd'hui ? Est-ce qu'on peut parler d'effondrement généralisé ?

  • 2:45RelanceRéponse directe

    Est-ce qu'on a basculé dans autre chose ces derniers mois ?

  • 3:50OuverteRéponse directe

    Est-ce qu'on arrive à déterminer ce qui relève du blocus pétrolier américain et de ce qui est la conséquence de la faillite de l'État ou de l'économie cubaine ?

  • 4:59OuverteRéponse directe

    Vous étiez à Cuba au printemps. C'était une île exsangue que vous avez visitée ?

  • 6:19RelanceRéponse directe

    Est-ce qu'on n'arrive pas là à la limite de ce que les Cubains peuvent supporter ?

  • 7:34OuverteRéponse directe

    Que disent-ils d'une éventuelle intervention américaine ?

Affirmations vérifiables (citations exactes)

  • 0:06InvitéFait
    « 9,5 millions d'habitants dont la vie tourne au ralenti dans une île au bord de l'asphyxie. »
  • 0:28InvitéFait
    « crise énergétique aussi depuis janvier, le blocus pétrolier imposé par les Etats-Unis. »
  • 2:52Locuteur 1Fait
    « la fin brutale du tourisme, principal man économique de Lille avec le Covid. »
  • 3:02Locuteur 1Fait
    « Donald Trump a eu les moyens de couper le robinet de pétrole vénézuélien à destination de Cuba. »
  • 3:26Locuteur 1Fait
    « Un seul pétrolier a pu pénétrer dans les eaux cubaines depuis le 9 janvier, à part celui-ci, aucun. »
  • 3:44InvitéFait
    « six coupures généralisées ces derniers mois. »
  • 3:47InvitéChiffre
    « 70% des hôtels qui auraient fermé selon le régime. »
  • 4:40Locuteur 5Chiffre
    « une population qui est passée sous la barre des 10 millions en 2024 »
  • 9:42InvitéChiffre
    « Il y a toujours plus d'un millier de prisonniers politiques. »
  • 11:26Locuteur 5Fait
    « on souhaite asphyxier le pays et l'empêcher d'avoir toute forme d'échange commercial avec d'autres pays. »
  • 23:25Locuteur 1Fait
    « Donald Trump émet un décret pour qualifier Cuba de menace terroriste extraordinaire. »
  • 23:36Locuteur 1Fait
    « Raoul Castro 94 ans est condamné pour des faits qui ont eu lieu en 1996. »

Temps de parole

  • Locuteur 135 %
  • Locuteur 526 %
  • Invité23 %
  • Invité 215 %

≈ 0 interruption / 10 min (chevauchements et interjections détectés).

Modèle mistral-small-2603 · prompt v1 · les citations sont vérifiées mot pour mot dans le transcript ; le taux de réponse directe est calculé à partir des verdicts question par question. Aucun label idéologique n'est produit.

0:01
Présentateur

France Inter. Alexis Morel. Le 6-9.

0:06
Invité

9,5 millions d'habitants dont la vie tourne au ralenti dans une île au bord de l'asphyxie. C'est donc à Cuba qu'on s'arrête ce matin en ce jour très symbolique à la Havane, centième anniversaire de la naissance de Fidel Castro. Si le régime compte bien rendre hommage à son fondateur, le cœur n'est pas vraiment à la fête pour sa population. Plongé dans une crise économique, sociale majeure, crise énergétique aussi depuis janvier, le blocus pétrolier imposé par les Etats-Unis. Trump menace toujours de prendre le contrôle de Cuba. Le régime communiste aux abois et sous pression accepte d'ouvrir son économie au privé, mais sans rien céder pour l'instant sur le reste, la répression des opposants.

Alors vers quoi tout cela peut mener Cuba ? On en parle ce matin avec nos trois invités en studio. Gaspard Estrada, bonjour. Bonjour. Vous êtes politologue, spécialiste de l'Amérique latine, membre de l'unité sud globale à la London School of Economics. Et en ligne avec nous, Margot François, chercheuse à l'Institut français de géopolitique, spécialiste de Cuba, et Omar Huaman, grand reporter à la rédaction internationale de Radio France. Bonjour à tous les deux. Et j'attends bien sûr vos questions, chers auditeurs et auditrices, au 01 45 24 7000 et sur l'appli Radio France. D'abord peut-être avec vous, Margot François, un premier état des lieux.

Comment qualifier, comment décrire ce que les Cubains traversent et subissent aujourd'hui ? Est-ce qu'on peut parler d'effondrement généralisé ?

1:28
Locuteur 1

Alors oui, l'effondrement, c'est le temps présent de la crise. Mais en fait, cette crise, il faut la réinscrire dans un temps long. Puisque depuis les années 90, c'est le premier gros choc économique subi par Cuba. En fait, la production cubaine ne s'en est jamais vraiment remise. Donc c'est une crise qui est plutôt structurelle, qui est multifactorielle. Les raisons historiques, ça va être justement un système productif en berne, hérité d'une monoculture de la canne à sucre, d'une structure coloniale, avec une très forte dépendance à l'importation. Des partenaires économiques dont dépendent cette importation qui vont fluctuer. Après la chute de l'URSS, on l'a vu.

Mais en réalité, la crise vénézuélienne, elle, elle date des années 2010. Donc on avait déjà un partenaire économique qui était en train de s'effondrer de son côté. Et puis des facteurs exogènes du côté de la politique des Etats-Unis. En réalité, l'embargo américain n'a jamais vraiment laissé de chance à la révolution. Puisque dès les années 60 et les vagues de nationalisation, les premières sanctions des Etats-Unis ont été mises en place. Et puis un embargo vieux de 64 ans.

2:34
Invité

Alors voilà, il y a cet embargo américain depuis plus d'un demi-siècle. Les Cubains sont malheureusement habitués aux difficultés quotidiennes. Mais là, ces derniers mois, est-ce qu'on a basculé dans autre chose ?

2:45
Locuteur 1

Oui, là, on est vraiment sur un effondrement parce que les difficultés dont je parlais se sont toutes concentrées avec d'autres nouveaux chocs qui se sont ajoutés. D'abord, la fin brutale du tourisme, principal man économique de Lille avec le Covid. L'administration Trump 1 qui avait déjà très durement affecté Lille. Et puis là, depuis la capture de Nicolas Maduro, Donald Trump a eu les moyens de couper le robinet de pétrole vénézuélien à destination de Cuba. Et donc la crise énergétique qui existait déjà sur Lille, sur mes terrains de recherche entre 2021 et 2024, je voyais déjà du délestage sur le réseau électrique qui jusque-là épargnait un peu le poumon économique, la Havane.

Aujourd'hui, ce n'est plus le cas. Un seul pétrolier a pu pénétrer dans les eaux cubaines depuis le 9 janvier, à part celui-ci, aucun. Donc là, on fait plutôt face à des coupures de courant de 20 heures par jour et tout le système électrique est prêt à s'effondrer.

3:42
Invité

Oui, six coupures généralisées ces derniers mois. Vous parliez du tourisme, c'est moins 60% sur un an, 70% des hôtels qui auraient fermé selon le régime. Gaspard Estrada, est-ce qu'on arrive à déterminer, ce qui relève ces derniers mois du blocus pétrolier américain et de ce qui est la conséquence de la faillite de l'État ou de l'économie cubaine ?

4:01
Locuteur 5

Je pense que c'est un mouvement qui s'auto-alimente et qui contribue à expliquer cette situation qui est dramatique. Ce qui est quand même pouls dans cette histoire, c'est en quelque sorte la résilience de la société cubaine malgré cet effondrement économique et aussi une volonté très délibérée, très assumée de la part de Washington de maintenir la pression économique en pariant sur un effondrement du régime qu'on ne voit pas encore aujourd'hui.

Néanmoins, ce qu'on peut aussi constater, c'est aussi une émigration et un départ de plus en plus massif de Cuba, une population qui est passée sous la barre des 10 millions en 2024 et aussi une population qui vieillit sous une transition démographique.

4:56
Invité

Omar Ouaman, vous êtes donc grand reporter à Radio France. Vous étiez à Cuba au printemps, au début du printemps. On a entendu vos reportages sur l'antenne d'Inter. Le blocus pétrolier avait déjà commencé. C'était une île exsangue que vous avez visitée ? Alors nous, on est parti du principe qu'il fallait à tout prix aller à la rédaction internationale. On a voulu aller à Cuba assez vite. Après le début du blocus pétrolier, on a demandé des visas, des visas journalistes, qui ont été refusés, en tout cas pas de réponse. Et donc moi, j'y suis allé avec un visa touriste, donc vraiment pour entrer dans cette société cubaine, pouvoir marcher dans les rues, discuter avec les Cubains.

J'ai pris une fixeuse, quelqu'un qui, sur le terrain, a pu m'aider à rencontrer des personnes et parler librement, évidemment, car c'est une dictature. Oui, ce qui frappe quand on arrive à la Havane, la ville, 2 millions d'habitants environ, est figée. Il y a très peu de voitures. À l'époque, déjà, très peu de voitures qui circulaient dans les rues. Beaucoup de fils, beaucoup de queues devant les pharmacies qui sont vides, quasiment vides, devant les beaux dégâts, les épiceries d'État dont les rayons sont également vides. C'est très triste. Effectivement, il y a une énorme résilience de la population cubaine.

Alors voilà, résilience, on parle souvent de la capacité d'adaptation des Cubains, mais est-ce qu'on n'arrive pas là, à la limite, de ce qu'ils peuvent supporter ? Parce que les langues se sont déliées à votre micro. Oui, alors il y a un conflit générationnel à Cuba. Il y a ceux qui ont pu profiter de la révolution cubaine, des fruits de la révolution cubaine, de l'argent russe de l'Union soviétique avant la chute de l'Union soviétique en 90 et 91. Et ça, c'est quelque chose qui est flagrant. Donc eux, on garde encore un attachement vis-à-vis de cette révolution.

En revanche, il y a la jeunesse qui, elle, n'a pas bénéficié des fruits de la révolution, qui est très connectée et qui est très en colère, au fond, et qui considère que ce système ne profite qu'à quelques-uns. Or, cette société cubaine qui voulait abolir les classes, il y a des classes sociales aujourd'hui à Cuba. Il y a des très, très pauvres, notamment dans la vieille ville de la Havane, qui vraiment n'ont rien, s'il n'y avait pas cette solidarité, cette population mourrait véritablement. Donc il y a une solidarité qui permet cette résilience.

Et puis il y a une jeunesse qui, effectivement, parle et appelle clairement à un changement de système, qui appelle clairement à ce que Cuba s'ouvre aux capitaux privés. Alors un changement de système avec l'aide des États-Unis ou pas ? Que disent-ils d'une éventuelle intervention américaine ? Ils ont très peur d'une intervention militaire américaine. Ils ne veulent pas de la guerre. Ils ne veulent pas de la guerre. Ils honnissent, ils haïssent, ils exècrent Donald Trump. Pour qui Donald Trump est ce qu'il déteste le plus, en tout cas les valeurs qu'il défend, la cupidité, l'avidité. Tout ça, c'est étranger aux Cubains. En revanche, c'est le seul ami à leurs yeux.

Je ferais une analogie avec le peuple iranien qui a vu d'un très bon oeil un changement de régime et qui finalement a été laissé tomber. Là, c'est pareil avec les Cubains. Les Cubains se disent que si c'est le seul à pouvoir nous aider, tant pis, c'est un homme mauvais. Mais au moins, ce sera celui qui permet de faire un changement. Margot François, cette population à bout, est-ce que cette colère qu'on commence à entendre ? Il y a des concerts de casserole parfois le soir dans les rues des grandes villes. Est-ce que ça n'ira pas beaucoup plus loin selon vous ? Ou est-ce que ça peut finir quand même en quelque chose de plus organisé contre le régime ?

8:33
Locuteur 1

Alors, c'est déjà aller plus loin. En juillet 2021. Exactement. Et c'est là que la politique de Donald Trump est absolument cynique. C'est qu'en réalité, en essayant de pousser la population à bout, de la pousser à se révolter, en fait, il les pousse face à des possibles situations de répression, comme on a pu voir en 2021 par le régime. Donc, attendre de la part de la population ce fameux changement de régime, c'est la mettre dans cette forme d'impasse. Et on a des jeunes de 16 ans qui ont pris 20 ans de prison à ce moment-là.

Donc, c'est absolument cynique comme attente de la part des États-Unis d'espérer, et encore une fois, je replace ça dans le temps long, depuis 64 ans, que la population arrive elle-même à un changement de régime, mais par tous les moyens, avec des formes d'ingérence, avec des tentatives d'assassinat sur Fidel Castro. Et puis, aujourd'hui, en étouffant vraiment la population cubaine et avec une crise énergétique qui devient une crise sanitaire, humanitaire, et qui plonge le pays dans un état de délabrement sans précédent.

9:33
Invité

Oui, parce que la pression américaine s'accentue, mais ce n'est pas pour autant que la répression faiblit. Il y a toujours plus d'un millier de prisonniers politiques. Alors, Cuba s'était engagé à libérer des détenus, mais ce ne sont pas des prisonniers politiques qui sont sortis, si j'ai bien compris.

9:49
Locuteur 1

Voilà. Alors, une autre forme de cynisme, cette fois-ci, du côté du régime cubain. Donc, effectivement, il y a eu la libération d'une centaine ou de plusieurs centaines de prisonniers, mais ce n'était pas des prisonniers politiques. Et puis, il faut bien comprendre aussi que côté cubain, il n'y a pas vraiment d'opposition formée, en tout cas, sur le territoire cubain. Il y aurait une opposition politique du côté de Miami, mais à Cuba, alors déjà, les gens sont beaucoup trop occupés soit à trouver des moyens de survivre dans la vie quotidienne, soit à émigrer pour pouvoir ensuite envoyer de l'argent à leur famille. Et on ne voit pas se structurer.

De toute façon, il n'y a pas de loi d'association possible. C'est illégal de monter un parti d'opposition, même parfois de monter des associations à Cuba. Donc, je ne vois pas bien comment pourrait se structurer une réelle opposition. Et pendant ce temps-là, le régime reste bien en place et les personnalités du régime, eux, ont accès à des biens auxquels la population n'a pas forcément accès et vivent mieux que le reste de la population. Et ça crée une situation intenable et d'incompréhension de la part de la population.

10:46
Invité

Alors, à ce sujet, on a une question au standard d'Aurélien. Bonjour, vous nous appelez de Montpellier.

10:50
Présentateur

Oui, bonjour, France Inter. Je vous appelle pour savoir si tout simplement l'embargo et le blocus américain n'ont pas contribué à radicaliser le régime plutôt qu'à le libéraliser.

11:02
Invité

Merci beaucoup, Aurélien. Caspar Estrada, peut-être ?

11:05
Locuteur 5

Oui, je pense que ça a contribué à le radicaliser. Ça lui a surtout donné un argument pour justifier tous les manquements économiques, sociaux. Alors, il est clair qu'aujourd'hui, nous sommes dans un autre palier. Parce que ce blocus, il existe, vous l'avez déjà souligné, depuis les plus de 70 ans. Voilà, exactement. sauf que là, on souhaite asphyxier le pays et l'empêcher d'avoir toute forme d'échange commercial avec d'autres pays. Et ça, c'est très grave puisqu'on parle là de la vie

11:40
Invité

des gens. C'est ça, c'est la vie quotidienne qui est vraiment très impactée. Une dernière question pour vous, Omar Waman. La crise actuelle, justement, est-ce que les Cubains, ils en imputent la responsabilité avant tout au régime ou aux Etats-Unis ? C'est une question qui est capitale. Beaucoup de Cubains qui les rencontrent m'ont dit le blocus qui date effectivement d'un petit 50 ans à Bondo. Et l'embargo énergétique, évidemment, a accéléré l'effondrement. Mais ces Cubains me disent qu'on vivait déjà dans la pauvreté, dans l'extrême pauvreté avant le blocus énergétique.

Et en fait, effectivement, ils se rendent compte d'une chose, c'est que les riches sont de plus en plus riches et que les pauvres sont de plus en plus pauvres. Et ils souhaiteraient effectivement un changement le plus rapidement possible. C'est une lente, une très lente agonie. Donc effectivement, ils imputent la responsabilité à ce régime qui a fait des mauvais toits, notamment sur les centrales électriques qui sont vétuses. qui étaient vieillissantes avant le blocus pétrolier. Voilà. En fait, tous les piliers du régime s'effondrent. Et donc là, cette population est très en colère et elle en veut énormément au gouvernement, au régime cubain. Merci beaucoup, Omar Ouaman. On va vous libérer.

Margot François, il y a ce semblant de tournant libéral. Alors, sous la pression des Américains, le régime a annoncé 176 mesures pour ouvrir son économie au secteur privé. dans l'énergie, dans la pharmacie, dans la banque, l'automobile, la gestion des déchets. Est-ce que là, c'est un vrai point de bascule ou c'est juste pour donner des gages ?

13:13
Locuteur 1

Oui, oui. Là, c'est un réel changement de paradigme économique. On est sur le catalogue de réformes le plus ambitieux, au moins depuis les nouvelles politiques de Raoul Castro mises en place au moment où il a succédé à Fidel Castro. Donc, on est sur 176 mesures de transformation qui amèneraient le modèle cubain vers un modèle plus à la vietnamienne avec une ouverture du marché pilotée par un parti unique, toujours, qui conserverait le monopole politique, certes, mais avec des vrais gros changements comme par exemple l'évolution des entreprises publiques en société par action qui serait ouverte à participation d'acteurs privés et même à des investisseurs étrangers.

Donc là, même si l'État a bien pour ancrer le caractère socialiste de l'État comme ils l'ont fait dans la nouvelle constitution de 2018-2019, là, il stipule bien qu'il garde la propriété sociale des moyens de production dans les secteurs stratégiques mais même dans le secteur bancaire, dans le secteur pour le contrôle des échanges commence à être libéralisé, même l'agriculture ce qui était quand même un gros système de coopération, tout était très centralisé. C'est aussi ce qui faisait que la machine s'enrayait. On était sur un système très centralisé, une grosse bureaucratie très lourde qui n'aidait pas à faire avancer les choses. Là, on est sur un réel changement de paradigme économique.

En revanche, il faut que tout ça soit permis par le fait que les États-Unis desserrent les taux parce qu'aucun investisseur privé étranger viendra investir s'il y a cette incertitude de pouvoir risquer une énorme amende comme l'amende faramineuse qu'a reçu BNP Paribas pour avoir négocié avec Cuba. Je crois que c'était à hauteur de 9 milliards d'euros. Donc, à ce moment-là, ces changements-là dépendent aussi d'un changement de politique

14:53
Invité

des États-Unis. Gaspard Estrada, là-dessus, est-ce que dans le bras de fer actuel avec les Américains, ça peut être aussi une stratégie pour le régime d'offrir ça, si je puis dire, aux Américains pour ne pas libéraliser le reste, notamment le régime politique et aller vers la démocratie ?

15:08
Locuteur 5

Bien sûr. Je pense que actuellement, c'est le cœur de la stratégie du gouvernement cubain. D'ailleurs, ce n'est pas une stratégie qui était nouvelle. C'est-à-dire, le gouvernement cubain a, par le passé, fait des annonces en matière de libéralisation économique. Alors, ce qui est vrai, c'est qu'en effet, ces annonces n'ont pas de précédent. Il y a de vrais changements de politique économique.

Mais là encore, je pense que la question qui a été posée, elle est juste dans le sens où quels investisseurs privés vont oser investir de l'argent alors que l'infrastructure énergétique du pays est extrêmement fragile, qu'il y a ces risques de sanctions américaines, qu'on n'a pas du tout de sécurité juridique puisqu'on n'a pas de perspective sur le plan politique. Est-ce que le régime va se maintenir ou non ? Et donc, de ce point de vue-là, je pense qu'il y a beaucoup d'inconnus qui vont limiter structurellement l'arrivée de capitaux privés à Cuba alors que, contrairement au cas vénézuélien, il n'y a pas de pétrole à Cuba et ça, ça va limiter beaucoup les intérêts d'investisseurs.

16:14
Invité

Il y a eu un semblant de négociation au printemps avec les Etats-Unis. Côté cubains, c'était le petit-fils Castro qui était à la manœuvre. On sait à quoi ça a mené à ce stade ?

16:24
Locuteur 5

Il y a très peu d'informations qui ont filtré. Il est clair que ces négociations visiblement existent. Elles sont souterraines mais très clairement, le gouvernement cubain ne souhaite pas évoluer sur le plan politique. Or, c'est le cœur de la stratégie américaine. C'est le cœur de la volonté du secrétaire d'Etat américain Marco Rubio d'origine cubaine.

16:46
Invité

C'est quasiment une affaire personnelle pour lui. Oui, pour lui,

16:48
Locuteur 5

c'est une affaire personnelle dans une perspective politique. Il y a des élections présidentielles en 2028 et pour lui, de la même manière que pour Donald Trump, obtenir un changement de régime à Cuba, ce serait faire quelque chose qu'aucun président américain du XXe siècle a réussi à faire. Mais une fois encore, la question qui se pose, c'est qu'est-ce qui se passe le jour d'après ? De la même manière qu'au Venezuela ou en Iran, on n'a pas eu de clarté par rapport à cette perspective politique et c'est là où se trouve le vrai problème.

17:17
Invité

On parlait de Marco Rubio, Marco François, quel est le rôle s'il y en a un des Cubains de la diaspora en Floride aux Etats-Unis là-dedans ?

17:28
Locuteur 1

Alors, juste pour rebondir sur ce que disait Gaspard Estrada, ce qui est intéressant dans ces négociations-là, c'est que ça nous a montré que la gestion du dossier côté états-unien, elle est au moins bicéphale parce que les intérêts de Marco Rubio ne sont en réalité pas les mêmes que ceux de Donald Trump.

Et on a donc cet acteur de négociation, le petit-fils de Raoul Castro, qui a tenté d'envoyer une lettre directement à Donald Trump pour court-circuiter Marco Rubio et plutôt faire appel aux ambitions d'investisseurs ou de promoteurs immobiliers de Donald Trump en lui proposant d'aller plutôt libéraliser l'économie, un investissement dans des structures hôtelières, alors que Marco Rubio lui, pour le coup, et là je reviens, je connecte à votre question, il représente cet électorat de Floride qui est farouchement opposé à toute reprise des échanges avec le régime en place à la Havane.

Et ça s'est déjà vu sous la présidence de Barack Obama qui avait lui-même commencé à souplir un petit peu certaines sanctions économiques pour aller vers une reprise des relations diplomatiques. À ce moment-là, cet électorat très républicain en Floride était complètement opposé à la reprise des discussions puisque eux, ils s'estiment à se polier au moment de la révolution. Ils sont les héritiers ou ils sont ceux qui ont fui la révolution communiste de Castro et pour eux, c'est d'abord le changement de régime.

On a vu au moment de la Baie des Cochons ces populations-là qui sont venues essayer de reprendre entre guillemets leur île et donc eux, ils sont plutôt d'accord avec, quand Donald Trump fait des effets d'annonce en disant qu'il va prendre Cuba, ce serait plutôt leur volonté à eux d'arriver à un renversement du régime et revenir investir leur île.

19:05
Invité

Ces deux discours qui sont différents aux Etats-Unis. Gaspard Estrada, sur le plan géopolitique, qu'est-ce qui a changé pour Cuba ce qui s'est passé au Venezuela au début d'année, l'arrestation de Maduro, Caracas était un allié précieux ? Ça change tout en termes d'isolement de l'île ?

19:23
Locuteur 5

Oui, dans le sens où le Venezuela fournissait du pétrole et permettait à la Havana non seulement d'importer du pétrole pas cher mais aussi de revendre une partie de ce pétrole et donc d'obtenir des dollars fruit de cette vente. Il y avait aussi ce partenariat politique avec le régime chaviste et une capacité de projection grâce à ce partenariat. par la suite à la suite de la chute de Maduro le Mexique a tenté de se rapprocher de l'île en tentant d'envoyer du pétrole mais très clairement les Etats-Unis ont dit que cela n'était pas possible font tenu de ce blocus économique et aujourd'hui pour la première fois il est clair que la Havana n'a plus de partenaires comme...

20:14
Invité

Oui, je rebondis là-dessus parce qu'on a plusieurs questions sur la radio France notamment de Charles et de Louis qui nous posent la question des alliances internationales Est-ce que Cuba peut encore compter sur la Chine ? Est-ce que Cuba peut encore compter sur la Russie ? J'ai une question Pourquoi la Chine ne ravitaille-t-elle pas Cuba en pétrole ?

20:29
Locuteur 5

Alors justement je pense que c'est une vraie question Aujourd'hui ce que fait la Chine par exemple c'est d'exporter des panneaux solaires à Cuba justement pour faire face à cette pénurie d'essence et de carburant aussi il y a des batteries qui sont envoyées par Pékin Néanmoins c'est des stratégies qui sont de mon point de vue partielles et qui ne permettent pas de remplacer réellement l'allié vénézuélien ou par le passé l'allié soviétique et c'est là où se pose la question justement de jusqu'où ira Pékin jusqu'où ira Moscou pour soutenir le régime cubain je pense qu'il y aura un soutien de façade ou même économique mais qu'il n'égalera jamais le soutien qu'avait l'URSS à Cuba parce que à l'époque il s'agissait de projeter l'influence soviétique à 150 km des Etats-Unis aujourd'hui ces pays en tout cas la Russie n'a plus les moyens de projeter son influence en Amérique latine

21:35
Invité

Alors Trump a si je puis dire établi un peu un storytelling sur après l'Iran il y aura Cuba c'est le prochain sur la liste les menaces multipliées qu'en est-il alors c'est un peu la politique fiction que je vous demande mais qu'en est-il de la réalité de cette menace d'invasion américaine c'est quand même très différent de la situation iranienne on ne peut pas plaider qu'il y ait un danger imminent ou même à moyen terme pour les Etats-Unis Alors

22:00
Locuteur 5

c'est intéressant vous faites bien le souligner Marco Rubio et le département d'Etat a publié un document il y a quelques semaines justement en accusant Cuba d'être la base de la propagande et une sorte de centre de déstabilisation des Etats-Unis alors très clairement c'est quelque chose de totalement exagéré et qui est destiné justement à nourrir ce narratif justifiant justement ces actions menées par Washington à l'encontre de Cuba mais une fois encore je reviens à cette réalité politique qu'est-ce qui se passe le jour d'après s'il y a un changement de régime qui va administrer qui va garantir la stabilité politique de cette ville

22:44
Invité

sur une Delcy Rodriguez comme Venezuela voilà c'est ça le problème exactement

22:47
Locuteur 5

et c'est là où il y a le problème et c'est pour ça que malgré tout le régime tient qu'il n'y a pas à l'évidence des fissures dans l'establishment sécuritaire qui justifierait justement cette évolution et surtout il n'y a pas ces intérêts économiques derrière puisque dans le cadre du Venezuela il y a le pétrole et ça ce n'est pas quelque chose qui existe à Cuba

23:08
Invité

Margot François là-dessus c'est un peu comme si les Etats-Unis pavaient la voie aujourd'hui à justifier par avance une éventuelle opération

23:17
Locuteur 1

exactement vous mettez les mots de la bouche et là encore une fois je vais revenir sur le temps long les six derniers mois pas plus puisque en fait dès le 29 janvier Donald Trump émet un décret pour qualifier Cuba de menace terroriste extraordinaire une forme d'état d'urgence qui justifierait la suite ensuite en mai on a ce fait tout à fait édifiant où Raoul Castro 94 ans est condamné pour des faits qui ont eu lieu en 1996 il est mis en examen par les Etats-Unis pour un incident qui a eu lieu en 1996 où les forces cubaines ont abattu deux avions civils qui survolaient qui entraient dans l'espace aérien cubain et puis on a toujours un peu récemment ce rapport qui est absolument lunaire d'une centaine de pages qui accuse Cuba d'être derrière à l'origine de tous les mouvements progressistes aux Etats-Unis notamment les Black Panthers donc voilà c'est une forme de macartisme à réactiver parce que ce rapport il arrive quatre jours après l'organisation par Marco Rubio d'un grand sommet contre la menace terroriste d'extrême gauche en Amérique latine alors qu'on voit bien aussi le virage très droite et extrême droite de la plupart des élections en Amérique latine soutenu par Donald Trump ou Elon Musk qui sont quand même pas mal prononcés sur tous ces scrutins-là donc on est dans une réactivation de logique de guerre froide et ça nous ramène à ce que Donald Trump avait lui-même baptisé la doctrine d'Honro en référence à la doctrine Monroe d'une projection de puissance des Etats-Unis sur sa région son hémisphère et avec aucune place pour d'autres formes de régimes et sur tout le continent

24:52
Invité

merci beaucoup ce sera le mot de la fin merci à vous Margot François Gaspard Estrada et Omar Ouaman qui étaient avec nous tout à l'heure bonne journée à tous les trois