Canicule : "C'est une folie d'être contre l'air conditionné", affirme le prix Nobel d'économie Philippe Aghion
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France Inter, Benjamin Duhamel, Florence Paracuelos, la grande matinale. Crise budgétaire, crise géopolitique, crise climatique, la France va-t-elle pouvoir faire face alors que les finances publiques sont dans le rouge ? Nous sommes à l'aube d'une année de promesses électorales, mais quelle politique crédible avec si peu de moyens. Question posée ce matin au prix Nobel d'économie 2025, professeur au Collège de France. Bonjour Philippe Aguillon. Bonjour. Merci d'être avec nous ce matin sur France Inter, très bien. Et venez avec nous, chers auditeurs, appelez-nous au 01 45 24 7000 et laissez vos messages sur l'appli Radio France.
Philippe Aguillon va évidemment parler de la situation budgétaire de la France, tous les voyants sont au rouge, a dit la Cour des comptes la semaine dernière. Mais on a d'abord besoin de votre regard sur cette canicule historique que l'on vient de vivre et qui a révélé à quel point nous ne sommes pas préparés à ce genre d'épisode. Que dit l'économiste sur cette question de l'adaptation au changement climatique ?
Mon sentiment, c'est de dire que j'ai toujours pensé que pour lutter contre le réchauffement climatique, il fallait évidemment une incitation prix, taxe carbone, évidemment. Pour faire baisser nos émissions. Mais voilà, pour discipliner un petit peu nos comportements, mais je pense qu'il faut une politique industrielle verte très active. Il faut, pour activer la recherche de nouvelles sources d'énergie, on travaille sur la fusion nucléaire, l'hydrogène, trouver de nouvelles sources d'énergie. Il va falloir aussi l'adaptation, il faudra construire des digues parce que le niveau de la mer monte, et de l'air conditionné. Je suis à fond pour l'air conditionné, bien sûr, évidemment.
C'est une folie d'être contre l'air conditionné. Et l'innovation permettra, au cours du temps, d'avoir des systèmes d'air conditionné qui consomment moins d'énergie. Mais c'est évident qu'on ne pourra pas vivre sans air conditionné. À New York, vous ne pourriez pas vivre. Je veux dire, New York ou le sud des Etats-Unis, mais sans air conditionné, ça aurait été dramatique pour eux.
Donc ce que vous dites au fond, c'est qu'on est devant un mur d'investissement, comme le disait la ministre de la Transition énergétique. Il faut absolument, absolument, il va falloir.
Alors moi, je suis toujours pour mes DARPA, vous savez, mes Defense Advanced Project Agency, une manière de réconcilier politique industrielle et politique de la concurrence. Un des domaines, c'est la défense et l'IA, on en parlera. Mais un autre domaine, c'est la transition énergétique. Il va falloir, il y a vraiment ce qu'on appelle des innovations pour ralentir le réchauffement climatique, trouver des nouvelles sources d'énergie ou produire avec moins d'énergie. Il y a des innovations pour s'adapter au changement, c'est les l'air conditionné et les digues. Et il y a des gens qui travaillent sur des systèmes de refroidissement d'air, également. Et tout ça, c'est de l'innovation.
Et tout ça, il faut une politique industrielle. C'est ce que font les Chinois, c'est ce que font les Américains. On ne peut pas se passer de politique industrielle.
Philippe Ayon, on va continuer de parler de tout ça, simplement, puisque vous avez évoqué de vous-même la clim. C'est un sujet dont on a beaucoup parlé ces derniers temps. Il y a quelques instants, Sébastien Chenu lui-même, vice-président du Rassemblement national, rappelait cette proposition d'un grand plan clim. Est-ce que, au fond, c'est à la hauteur du débat que de focaliser tous les regards sur la question de la climatisation ? Est-ce que ce n'est pas un faux sujet au débat, même s'il faut se s'en douter ?
Non, non, non, non, j'ai répondu sur la clim, parce qu'on m'a posé une question sur la clim. D'accord, on est d'accord. Le débat plus généralement, c'est que l'Europe, au nom de la politique de concurrence, n'a pas favorisé la politique industrielle. Voilà, et on a toujours considéré, en Europe, que la politique industrielle, c'était forcément contre la concurrence. Or, il y a des domaines comme la défense, l'IA, je pense, la transition énergétique et les biotech, où on a besoin à la fois de politiques de concurrence, parce qu'on veut qu'il y ait beaucoup d'acteurs, on veut de l'innovation, des entrepreneurs, mais on a besoin de politiques industrielles.
Voilà, et c'est ce qui se passe aux Etats-Unis, c'est ce qui se passe en Chine, c'est pour ça que l'innovation de rupture a lieu dans ces pays, parce qu'ils ont une politique industrielle.
Et nous, en Europe, on s'en est privés. Sauf que, pour mener cette politique industrielle, il faut non seulement, effectivement, des règles de concurrence qui puissent favoriser l'émergence de champions français-européens, il faut aussi de l'argent. Et Florence rappelait ce que disait Monique Barbu, la ministre de Transition écologique, en disant qu'il y a un mur d'investissement à venir. Quand on voit, par exemple, que le Fonds Vert, créé par le gouvernement en 2023, pour notamment aider à la rénovation des écoles, ça fait partie de ses prérogatives, a été divisé par quatre en deux ans.
Est-ce que les pouvoirs publics sont à la hauteur en termes de financement de cette transition écologique ?
Alors moi, là, je vais citer un Mario Draghi de l'époque où il était président de la BCE. Et il était venu faire une Martin Feldstein Lecture, une grande... Et il avait donné l'idée suivante. Il a dit, voilà, il faudrait un contrat entre pays européens et l'Europe. Les pays, individuellement, s'engagent à un sérieux budgétaire. Alors, on va parler de qu'est-ce que ça serait chez nous, le sérieux budgétaire. On en est loin. Mais ce n'est pas infaisable. Et en échange du sérieux budgétaire, nous avons une capacité d'emprunt. Vous vous souvenez qu'au moment du Covid, on a emprunté. Voilà. Et d'ailleurs, on n'a pas épuisé la possibilité d'emprunt. Et je pense que c'est ça, le contrat.
C'est-à-dire qu'en échange d'un certain sérieux budgétaire, et après, on reviendra sur comment moi, ce que je considère être le sérieux budgétaire en France, mais c'est mon opinion, eh bien, on a une capacité d'emprunt pour ces domaines prioritaires. Sur l'écologiste, on dit... Écologie, défense, biotech. Donc, les pays européens... Et on crée des DARPA. On crée l'équivalent de cette manière pro-concurrence de faire de la politique industrielle
entre pays européens, à plusieurs pays. Ça veut dire, Philippe Aguillon, émettre de la dette en commun pour financer la transition écologique.
Et on ne fait pas rentrer cette dette...
Notamment, et la défense, etc.
Et on ne fait pas rentrer cette dette dans les 3% de déficit public admis.
Alors, il y a plusieurs choses. Il y a plusieurs choses. D'abord, un... Toute la doctrine européenne est à repenser. Un, il y avait Maastricht. On disait, les dépenses ne peuvent pas dépasser 3%. Le déficit ne peut pas dépasser 3% du PIB. Mais on mettait dans le même sac des dépenses de fonctionnement, les retraites, etc. Et des dépenses d'investissement dans la croissance et dans la lutte contre le réchauffement climatique. On ne peut plus faire comme ça. Deux, au nom de la politique de concurrence en Europe, on interdisait la politique industrielle. Les aides sectorielles de l'État étaient interdites. Et l'Europe est un géant réglementaire et un imbudgétaire. C'était une vision hayekienne.
Frédéric Hayek, c'est un monsieur très respectable. Mais catastrophique pour l'Europe. Économiste très libérale. Absolument.
Donc il faut une révolution.
Ne suivez pas Hayek pour l'Europe. Catastrophe absolue. Et alors, qu'est-ce que c'est être sérieux budgétairement ? Sérieux budgétairement, c'est simplement qu'on fait croître notre dépense publique moins vite que notre PIB. C'est ça tout ce que je veux dire. Et ça, c'est faisable.
Simplement pour terminer sur le réchauffement climatique. Ça coûte combien ces vagues de chaleur, comme on vient de les vivre ? Elles vont se multiplier. On sait qu'il y a des secteurs qui sont très impactés. L'agriculture, le bâtiment, la production d'énergie. La productivité en général, est-ce qu'on sait quel est l'effet négatif sur la croissance ?
Je ne peux pas vous le quantifier, mais ce que je peux vous dire, c'est que, forcément, si on investit dans ces systèmes, dans les digues, les SM d'air conditionnés, etc., je peux vous garantir qu'il y a, que le bilan sera globalement positif, comme dirait quelqu'un. C'est-à-dire qu'on arrivera à augmenter notre production davantage que le coût. Donc, c'est un investissement qui paye, évidemment. Mais il faudra le faire à plusieurs pays, et c'est là qu'il faut que l'Europe se réveille. On reviendra à l'Europe tout à l'heure.
Sur la question de la productivité, et notamment la productivité du travail, quand il y a des vecs de chaleur, vous avez les écologistes, Marine Tendelier, elle dit qu'il faut qu'il y ait un congé climatique, c'est-à-dire qu'on puisse poser 5 jours de congé quand il fait, notamment, trop chaud. Est-ce que, là, le regard de l'économiste sur cette idée ?
De toute façon, ce qu'il faut, c'est évident qu'il ne faut pas tuer les gens au travail. Je ne vais pas dire sur l'idée particulière de Marine Tendelier, mais c'est évident qu'il faut... Je n'aime pas les accidents du travail, d'accord ? Moi-même, j'ai failli tourner de l'œil plusieurs fois au cours des derniers jours. Donc, je pense qu'il faut, en tout cas, dans la manière d'organiser le travail, certainement autoriser le télétravail davantage, certainement nous adapter, forcément. Mais ça veut dire, vous êtes en train de me dire que ne pas s'attaquer, ne pas faire ses investissements en air conditionné, etc., ça nous fait perdre énormément de PIB, de PIB.
Beaucoup plus que ce que ça coûterait d'investir. Un investissement est rentable quand ça vous rapporte davantage que ça vous coûte. Vous l'avez démontré vous-même. en me posant la question qu'il fallait investir davantage dans les systèmes d'air conditionné.
des investissements qui pourraient passer par de la fiscalité. Et nous rejoignons Marc au Standard de France Inter. Bonjour.
Alors, je parle de fiscalité tout à l'heure.
Bienvenue, Marc. Vous avez une question à poser. Oui, bonjour. Merci beaucoup de prendre ma question. En fait, je voulais partager l'info qu'aujourd'hui, l'État de Californie est en train de mettre en place, enfin, une taxe sur les super-riches. Ça va être voté officiellement, enfin, ça va être ratifié au mois de novembre, mais ça va être mis en place. C'est une taxe qui va rapporter 100 milliards d'euros, 100 milliards de dollars. C'est en gros une taxe Zuckman, pour aller vite. Donc, la question que j'aimerais poser à Philippe Aguillon, c'est qu'est-ce qu'on attend en France pour, enfin, utiliser la boîte à outils naturelle qui consiste à aller chercher l'argent là où il est.
Là, on ne parle que de taxer des super-super-super-riches pour simplement les remettre dans le flux normal de ce qu'est la taxation pour vous et moi, pour tout un chacun. Donc, est-ce qu'il n'est pas temps, enfin, maintenant, de prendre le taureau par les cordes et de chercher l'argent là où il est ? Et notamment pour financer la transition climatique.
Alors, vous soulevez la question plus générale de la taxe. D'abord, on est un pays où, déjà, on taxe beaucoup. Si vous regardez l'impôt, la France est un des pays de l'OCDE où la taxation est la plus importante. Donc, déjà, et on a une taxation très progressive. Donc, déjà, on ne part pas de zéro. Vous voyez, on n'est pas un pays où on ne taxe pas. On est un pays où on taxe beaucoup. Alors, maintenant, vous posez le problème de la taxation. Moi, avec Gabriel Zucman, d'abord, je veux souligner que c'est un ami, que c'est un grand économiste et qu'il est nobellisable. Voilà. Et que c'est quelqu'un qui aime beaucoup.
Et c'est un prix Nobel qui le dit ? Pardon ? Et c'est un prix Nobel qui le dit ? D'accord ? C'est un prix Nobel qui le dit, qu'il est nobellisable. Donc, ça a d'autant plus de quoi...
Ah, il le dit lui-même ? Ah oui, c'est un prix Nobel qui le dit. Non, mais je veux dire, c'est quelqu'un que je respecte. Nous avons une petite différence entre nous et nous sommes amis. Le problème que j'ai avec la taxe Zucman, particulièrement, c'est qu'elle taxe des richesses non réalisées. Vous êtes Arthur Manch, vous essayez de créer une licorne en IA parce que quand même, la France, elle a sa place dans l'IA. Elle est valorisée à 12 milliards, mais pour le moment, elle ne rapporte pas de revenus. Si tu mets la taxe Zucman, tu obliges Arthur Manch à emprunter ou à mettre l'État comme actionnaire pour payer des appos sur une richesse qu'il n'a pas réalisée.
Moi, ce n'est pas ma manière préférée. J'ai une proposition à faire. Ma proposition, c'est de dire, les gens qui sont très riches, au moment des successions, tu dis, vous devez mettre une grande partie de votre argent dans des fondations d'intérêts publics. Éducation, recherche, défense, climat. Et il y aura votre nom en grand. Donc du mécénat. Tout le monde saura que c'est vous. Du mécénat à l'américaine. Oui, mais du mécénat forcé. C'est du mécénat un peu forcé. C'est-à-dire que si vous ne le faites pas, alors là, on y va très fort. Voilà. Je pense que c'est une manière et c'est une autre manière.
Ça ne veut pas dire que, par ailleurs, je ne suis pas pour garder l'impôt sur une taxation qu'on a, la taxation progressive qu'on a. Déjà, vous savez que déjà, après impôt, l'écart de salaire, entre les 10% du haut et les 10% du bas, on passe de 1 à 3. Donc déjà, on a une taxation très progressive. Mais en plus, je propose les fondations. C'est alternatif à Zucman. Voilà. Mais on en a même parlé ensemble.
Voilà. Ça, c'est pour la réponse de Philippe Aguillon à Marc. Il faut qu'on parle, Philippe Aguillon, de la situation de nos finances publiques. Oui. Le rapport de la Cour des comptes, sorti la semaine dernière, dit, je cite, que tous les voyants sont au rouge. Oui. La réduction du déficit à 5% du PIB est loin d'être acquise. La croissance sera vraisemblablement plus faible si on en juge les principaux instituts. Comment est-ce que vous qualifiez la situation ? Est-ce que vous dites, par exemple, comme David Amiel, le ministre des comptes publics, qui disait dimanche sur France Inter qu'on est assis sur un baril de poudre ?
Écoutez, je crois que c'est toujours... Je crois que c'est la fonction d'application. Alors, j'aimerais me dire quand même quelque chose. Je crois que si j'étais ministre des comptes publics ou si j'étais à l'attel de la Cour des comptes, je dirais des choses comme ça. C'est ma fonction. Je ne veux pas... Je pense qu'on n'est pas dans une façon dramatique. C'est-à-dire que ce qu'il faut, c'est faire augmenter notre dépense publique moins vite que notre PIB. Et nous avons des moyens de le faire.
Lesquels ?
Eh bien, il y a différents moyens. D'abord, il y a la taxe d'habitation qui a été une erreur. Donc, il faut la remettre. Demandez à David Amiel ce qu'il en pense. Je pense qu'il a à voir beaucoup avec la taxe d'habitation qui, pour moi, était une grande erreur. Donc, il faut la remettre. Voilà. Alors, je ne la remets pas comme ça, mais je la remets indirectement. Un peu. Je réduis mes dotations à certaines collectivités territoriales et je leur laisse la possibilité d'imposer localement. Je remets un peu de taxe d'habitation. Je peux économiser 5-6 milliards. Bon. Ensuite, je peux... Il y a des niches dont on abuse. C'est-à-dire, la niche du treil, elle est très bien.
Alors, du treil, on précise, c'est pour transmettre des entreprises. Oui. Je suis d'accord sur le principe, mais il y a des gens qui utilisent du treil, qui créent des entreprises qui n'existent pas. Et qui font de l'optimisation. Des holdings patrimoniales, il y a des gens qui les utilisent pour s'acheter des chalets, des avions. Je mets ça à plat. Ensuite, il y a des dispositifs d'aide aux entreprises qui ne marchent pas tout à fait très bien. Par exemple, le crédit impôtre cherche, 7 milliards d'euros par an. L'efficacité est faible pour les grands groupes. Et par exemple, moi, il faut qu'on m'explique pourquoi les banques et la grande distribution ont besoin de crédit impôtre cherche.
Ce n'est peut-être pas la priorité. Au moment où on doit se serrer la ceinture, peut-être que ce n'est pas là. Je ciblerai davantage les aides aux entreprises sur le high-tech innovation de rupture. On a un certain nombre de marques sur lesquelles on peut jouer. Ça, c'est à court terme. À moyen terme, taux d'emploi insuffisant, surtout sur les moins de 28 ans et plus de 60 ans. Là, éducation et métier manuel sur moins de 28 ans. Et sur les plus de 60 ans, les retraites à reprendre. Mais là, ce que je ferais, c'est ou une réforme à point. On était tout proche. S'il n'y avait pas eu l'âge pivot, ça serait passé.
Ou bien je remplace l'âge obligatoire par un âge de référence au-dessous duquel il y a une décote si on part avant. C'est-à-dire que je fais durée de cotisation, je fais âge de référence et avec une décote. Mais pas une décote de plus l'infini. C'est vous qui deviez être candidat
à l'élection présidentielle.
En attendant l'application. Donc, on a des moyens. En attendant Philippe Agnion. La productivité, c'est l'innovation. Vous voyez, j'ai des moyens à court terme, j'ai le taux d'emploi que je peux augmenter à moyen terme. Notamment aussi, vous savez, les exonérations. Il y a la trappe à bas salaire. Je re-cible les exonérations de charges sur les publics de moins de 28 ans et de plus de 60 ans. Et je reprends ma réforme des retraites. Et il y a des moyens de la faire passer.
C'est parce qu'on ne fait pas tout ça que le ratio de la dette à 117% du PIB fin mars était le seul de la zone euro à avoir dépassé le pic de la crise sanitaire du Covid ? Comment ça se fait quand on est dans cette situation en France ?
Ce qui s'est passé, c'est que, bon, je ne vais pas revenir sur l'histoire, on aurait dû stopper le quoi qu'il en coûte en 21. Et on l'a stoppé trop tard. Pourquoi ? Parce qu'il y a eu les élections présidentielles de 2022. Mais donc, il nous coûte encore
aujourd'hui ?
On n'est jamais revenu sur ça. On n'a pas fait les mesures. C'est vraiment ça qui a fait augmenter beaucoup notre dette. Ça a été le retard. On a prolongé le quoi qu'il en coûte trop longtemps parce qu'il y avait les élections présidentielles. Je vous dis maintenant, si on déjà, on arrive à faire augmenter notre dépense publique moins vite que notre PIB et nous avons des moyens de le faire à court terme par les moyens que j'ai dit, à moyen terme, par le taux d'emploi et ça, on peut le faire très vite et à long terme par l'innovation, eh bien, on y arrive.
Et qui vous semble en mesure parmi les déjà nombreux candidats pour 2027 d'aller dans la voie que vous désignez, que vous montrez ? Pardon, qui est ? Qui ? Quel candidat
sur le marché actuel ? Ça sort de ma compétence. Vous savez qu'il y a une grande maladie qui s'appelle la Nobelite, c'est-à-dire qu'on demande à un prix Nobel de sortir de sa zone de compétence. Déjà, j'ai l'impression que j'en suis beaucoup sorti, mais de pouvoir vous dire quel est mon candidat, je ne peux pas vous dire. Non, mais c'est pas, en fait, la question Philippe Aguillon est plus là. Est-ce qu'il y a des gens qui peuvent porter ça ?
C'est pas comme ça que je raisonne.
On a donné une interview à un journal, donc je ne vais pas le nommer, un hebdomadaire.
À l'Express, pour le dire.
Voilà, à l'Express, avec Alexandre Aroulet et Xavier Jaravelle. On décline un certain nombre d'idées dans cette interview. Il y aura d'autres idées également, et je pense que les différents candidats, d'abord, il y en a qui sont déclarés, il y en a qui ne sont pas encore déclarés, feront leur miel et prendront ce qu'ils veulent. Moi, en tant qu'économiste, ce que je peux faire, c'est de dire, voilà, en tout cas, je ne donne pas dans le catastrophisme. On peut tout à fait s'en sortir. L'Europe doit se relever, Draghi, l'État, d'accord ? L'Europe doit se relever et la France sera un pilier du relèvement de l'Europe. Et nous avons les moyens de le faire. Nous avons des atouts formidables.
Philippe Aguillon,
je vais poser la question différemment puisque vous parlez de catastrophisme, au contraire d'optimisme. Mais ce n'est pas
l'optimisme, Béat. On a compris.
Il faut qu'on se batte. C'est très clair. Quand vous voyez les propositions qui sont faites par le Rassemblement National et par la France Insoumise. Vous avez eu des mots assez sévères contre ces deux parties. Lequel des deux vous paraît le plus dangereux
du point de vue de l'économiste ? C'est pareil. Pourquoi ? Je n'en veux aucun. C'est la catastrophe pour l'Europe. On ne peut pas se permettre le luxe. On n'est pas l'Italie. Italie peut peut-être pas avoir le luxe d'avoir Mélanie encore. Et Mélanie a fait très attention parce qu'elle a demandé à Draghi de lui aconseiller sur la politique, sur les finances publiques. Et sur le reste, elle n'a rien fait du tout. Il y a des très bons articles de plusieurs de nos amis dont Jean-François Copé ou d'autres qui font le bilan Mélanie. À part d'avoir suivi Draghi sur les finances publiques, elle n'a rien fait du tout. D'accord ? Bon.
Mais nous, on ne peut pas se payer le luxe d'avoir un populiste à la tête de la France. Pourquoi ? Parce que la France, c'est un pilier de l'Europe. Pas seulement de l'Europe, de tous les pays qui croient dans nos valeurs. Même, je veux dire, le Canada de Carnet. Marc Carnet, qu'est-ce qu'il a dit ? Vous entendez Jordan Bardella
qui sur la réforme des retraites semble évoluer ?
Mais je ne suis pas là à attendre qu'il évolue, qu'il n'évolue pas. C'est des gens pas sérieux. Je vais vous donner un exemple. Allez-y. Au moment du Covid, sort un rapport sur le pass vaccinal. D'accord ? Ce rapport dit que le pass vaccinal fait chuter la mortalité et fait bondir le PIB. C'est un rapport très sérieux. Madame Le Pen va sur les ondes et elle dit ce rapport est faux. Elle n'y connaît rien à l'économétrie. Mais elle décide de la science qui est juste, de la science qui est fausse. Je ne confie pas mon pays qui est la France, qui est le pilier du monde libre, qu'on porte des valeurs. On va bien au-delà de nous.
Le pilier de l'Europe, il ne peut pas y avoir de relèvement européen sans la France. Je ne peux pas me payer le luxe de confier la France à des gens qui ne sont pas sérieux, qui ne sont pas aptes à gouverner. Ni l'un ni l'autre n'est apte à gouverner.
Pour finir, Philippe Abguion, vous vous étiez engagé auprès d'Emmanuel Macron en 2017. Vous avez contribué à son programme économique. Or, aujourd'hui, vous avez une vision très critique de ces deux quinquennats dans la libre Belgique. Ce week-end, vous avez eu des mots très durs. Vous parlez chez lui d'une incapacité à comprendre ce que vivent les gens.
Ce que je vais dire, oui.
Vous dites, Macron a torpillé son deuxième quinquennat. Qu'est-ce qui s'est passé ?
Je vais faire un droit d'inventaire. D'abord, on se connaît très bien et je parle en ami. Donc, d'abord, il y a eu beaucoup de bonnes choses faites par Macron depuis 2014. Le tournant de l'offre en 2014, c'est Macron. Le CICE, le pacte de responsabilité, les lois Macron qui ont fait baisser le chômage, c'est déjà Macron à la manœuvre. Ensuite, en 2017, il y a la flat tax auquel j'ai contribué. J'ai beaucoup poussé, mais avec d'autres. Il y a les lois Pénicaud, il y a la formation professionnelle. Tout ça, c'est Macron.
Qu'est-ce qui n'a pas marché
dans le second quinquennat ? Attendez, attendez, non, non, non, mais je dois répondre. Philippe Aguillon, on n'a plus beaucoup de temps. Non, attendez. Donc, il y a eu beaucoup de choses positives. Là où je pense qu'il n'a pas réussi, c'est le dialogue social. C'est-à-dire qu'à mon avis, il y a trois ans, au moment des retraites, il aurait dû accepter 63 ans et revoyure, où en sommes-nous aujourd'hui à 62 ans et 9 mois et revoyure. Voilà, on aurait évité la dissolution. Je pense qu'en se braquant sur les 64 ans, ça a donné des élections qui lui ont été très défavorables européennes et ça a donné la dissolution. C'est cette séquence-là que je considère qui n'a pas été très bonne.
Merci beaucoup.
Merci Philippe Aguillon, merci d'avoir été au micro de France Inter ce matin. C'était passionnant.