Yaël Braun-Pivet : "en période de crise, c’est le respect des règles et des institutions qui permet à l’Etat démocratique de tenir"
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Bonjour, bienvenue dans Politique, notre invité aujourd'hui, Yaël Braun-Pivet. Bonjour Yaël Braun-Pivet.
Bonjour.
Vous êtes députée de la République en marche des Yvelines depuis 2017. Vous présidez la commission des lois de l'Assemblée nationale et vous êtes avocate de profession. Selon l'article 24 de la Constitution de la Ve République, le Parlement vote la loi et contrôle l'action du gouvernement. Des pouvoirs importants, du moins sur le papier, car dans la réalité c'est parfois un peu plus complexe.
Si les dernières révisions constitutionnelles ont donné davantage de pouvoir aux deux Assemblées, notamment la révision de 2008, il y a eu dans le même temps l'invention du quinquennat et l'inversion du calendrier électoral, transformant parfois la majorité présidentielle, en particulier à l'Assemblée nationale, en une simple chambre d'enregistrement. Par ailleurs, des acteurs viennent concurrencer le travail législatif. Le Conseil d'État et le Conseil constitutionnel interviennent régulièrement pour retoquer tout ou partie d'un texte. Des Assemblées citoyennes sont convoquées pour initier l'écriture des lois, comme ce fut le cas pour le climat.
Et le gouvernement a même imaginé, avant d'y renoncer, faire réécrire un article, le numéro 24 de la loi de sécurité globale, par une commission spéciale. Alors, dans ces conditions, le travail parlementaire n'est-il pas démonétisé ? Et qu'en pense la présidente de la commission des lois ? Eh bien, voici quelques questions que nous allons aborder avec vous dans la prochaine demi-heure, Yael Brune-Pivet. Je voudrais qu'on commence d'ailleurs cette discussion par un petit mot sur le périmètre de cette commission que vous présidez. Est-ce que toutes les lois qui sont débattues à l'Assemblée nationale passent par la commission des lois ?
Non, pas toutes. Heureusement, parce que ça nous ferait un travail colossal et les autres commissions seraient un petit peu démunies. En fait, à peu près 50% des lois qui sont traitées à l'Assemblée nationale transitent par la commission que j'ai l'honneur de présider. En fait, son nom complet, c'est la commission des lois constitutionnelles, de la législation et de l'administration générale de la République. Pour être très clair vis-à-vis de vos auditeurs, c'est la commission qui traite du cœur de l'État des sujets régaliens, donc de tous les sujets qui sont traités par le ministère de l'Intérieur, la sécurité, le terrorisme, les élections, l'immigration, l'organisation de l'État.
Et tout ce qui relève aussi de la constitution ?
Toutes les révisions constitutionnelles également, les révisions du règlement de l'Assemblée nationale, tout ce qui relève du ministère de la Justice ainsi que l'administration pénitentiaire, les Outre-mer dans l'aspect institutionnel, organisation de l'État, la fonction publique également. Donc un champ de compétences extrêmement large qui touche vraiment au cœur de l'État aujourd'hui.
Vous dites donc environ la moitié des lois qui passent par l'Assemblée nationale, ça veut dire que vous en tant que présidente, vous êtes responsable de la qualité de l'écriture de ces lois dont a traité la commission des lois de l'Assemblée nationale ?
Alors je ne sais pas si on peut dire cela comme ça, mais en tout cas, effectivement en tant que présidente, j'organise les débats au sein de la commission, j'organise les débats législatifs et aussi les débats relatifs au contrôle et l'organisation de missions d'information et nous suivons le cheminement du texte tout le long de la procédure parlementaire à l'Assemblée et surtout aussi j'organise le processus de consensus que nous essayons d'établir avec nos collègues sénateurs lors de commissions mixtes paritaires que nous réalisons sur nos textes.
Si j'évoquais cette question de la qualité de la rédaction des lois, c'est parce que c'est une des conditions de leur bonne application. Si un texte est bien écrit, s'il est clair, il sera d'autant mieux appliqué. Alors ce n'est pas toujours le cas, semble-t-il. Petite illustration, la semaine dernière avec le débat sur la loi « Confortons le respect des principes de la République », autrement appelée « loi séparatisme », écoutez cette intervention en séance d'un de vos collègues députés centristes, Charles de Courson.
Le deuxième sous-engagement, l'engagement numéro un, c'est accrocher vos ceintures, « s'abstenir de prosélytisme abusif ». Non, mais enfin, enfin, qu'est-ce que c'est ? Enfin, ce n'est pas du droit. Enfin, ce décret, si vous le sortez, quand bien même l'article 6 ne serait pas annulé au Conseil constitutionnel, je peux vous dire que vous allez passer un sale quart d'heure sur votre décret devant le Conseil d'État. Bien. Qu'est-ce que ça veut dire s'abstenir du prosélytisme abusif ? On voit bien que vous êtes ficelés dans cette affaire. Pourquoi ? Prenez les scouts israélites. On en a parlé. Ben, ce n'est pas du prosélytisme au sein du scoutisme israélite.
Donc, vous dites « pas de prosélytisme abusif ». Prosélytisme, oui, mais abusif, non. Vous allez aller contrôler le caractère abusif du prosélytisme.
À la grande numéro de la Sérieure nationale la semaine dernière des députés Charles de Courson, ça vous fait beaucoup sourire, Yael Brown-Pivet. C'est vrai qu'en tout cas, cette question de loi mal rédigée, c'est un reproche qui a beaucoup été adressé, en particulier, il faut bien le dire, d'ailleurs au début de la législature, à la majorité présidentielle. Est-ce que c'est un reproche qui vous paraît en partie justifié ?
En tout cas, ça montre, et l'intervention de Charles de Courson est très révélatrice, mais ça montre tout l'intérêt, justement, de la délibération et des échanges. Évidemment que c'est difficile d'écrire la loi. Évidemment que c'est difficile d'atteindre vraiment l'objectif qui lui est assigné. Et on voit bien que la première mouture est rarement la bonne.
Cela dit, il n'y a pas besoin d'avoir fait des études de droit pour se dire que prosélytisme abusif, par exemple, ça risque de poser quelques problèmes.
Alors, heureusement qu'à l'Assemblée, il n'y a pas que des parlementaires qui ont fait des études de droit, parce qu'autrement, je crois qu'on ne toucherait pas notre but en rédigeant la loi.
Il y a un des textes que vous défendiez, qui a été retoqué par le Conseil constitutionnel l'été dernier. C'est un texte qui a instauré des mesures de sûreté renouvelables pendant dix ans, je crois, pour les terroristes à leur sortie de prison. Le Conseil constitutionnel a argué que ça a porté en gros attente aux droits garantis par la Déclaration des droits de l'homme. Est-ce qu'avec le recul, vous dites que oui, il y avait peut-être un défaut dans la construction de cette loi ? Ou bien est-ce que vous considérez que le Conseil constitutionnel est allé un peu trop loin ?
Alors, avec le recul, évidemment, je considère que nous avions fait une loi imparfaite. Je suis convaincue de la nécessité de cette loi et de la nécessité de soumettre aux sortants de prison qui ont été condamnés pour des faits terroristes des mesures de sûreté strictes pour essayer autant que faire se peut qu'ils ne récidivent pas des actes terroristes. Et en cela, je suis parfaitement convaincue et je suis convaincue qu'il nous faut agir et nous allons agir à nouveau. Maintenant, c'est une loi avec laquelle nous étions arrivés à un compromis très facilement avec nos collègues sénateurs. Nous avions essayé de la rédiger au mieux. Le Conseil constitutionnel ne l'a pas jugé ainsi.
Et donc, nous retravaillons en ce moment à reprendre les remarques du Conseil constitutionnel pour essayer d'aboutir à un dispositif qui soit protecteur des Français et conforme à notre Constitution. On fait toujours un aller-retour entre les exigences constitutionnelles, les exigences de notre droit et les exigences de notre travail de parlementaire qui est d'essayer toujours d'agir, d'agir pour porter nos idées, pour protéger les Français en la matière. C'est une difficile conciliation. Ce n'est pas facile de faire la loi. Et heureusement que le Conseil constitutionnel est là pour nous dire parfois que ce que nous avons fait est imparfait, qu'il faut mieux faire.
Est-ce que néanmoins, Yael Brun Pivet, c'est parce que le Conseil constitutionnel a retoqué cette loi, qui est donc en cours de réécriture, si j'ai bien compris, que vous appelez, vous, de votre côté, à une évolution du fonctionnement du travail du Conseil constitutionnel ?
Ce n'est pas juste pour cela. Les esprits moqueurs pourraient dire qu'elles souhaitent que le Conseil évolue parce que le Conseil constitutionnel a censuré sa loi. Franchement, je crois que ce n'est pas au niveau de penser cela. En revanche, considérer que le Conseil constitutionnel qui a vu ses missions fortement augmenter, avec notamment l'émergence de la QPC qui a multiplié...
Je rappelle, question prioritaire de constitutionnalité qui permet de saisir beaucoup plus fréquemment cette institution.
Et qui permet tout à fait aux citoyens d'exciper d'une inconstitutionnalité, d'une loi qui lui serait défavorable. Donc, avec la QPC, le Conseil constitutionnel a considérablement évolué dans son mode de fonctionnement. Et donc, moi, j'ai appelé à revoir un certain nombre de choses au sein du Conseil constitutionnel. Moi, par exemple ? Moi, ce qui m'intéressait, c'était le caractère contradictoire de la procédure au Conseil constitutionnel. On voit que pour traiter la QPC, le caractère contradictoire est parfaitement assumé avec la création même au sein du Conseil constitutionnel d'une salle d'audience pour que chaque parti puisse exprimer son point de vue.
Et je pense que nous pourrions aller dans cette direction-là pour les parlementaires.
Parce que ça veut dire qu'aujourd'hui, par exemple, quand vous êtes députée ou sénatrice, vous et que la loi est soumise au Conseil constitutionnel, vous n'avez pas la possibilité d'aller la défendre devant les sages du Conseil ?
Non, on ne peut pas aller physiquement expliquer les tenants et les aboutissants, le concret de nos délibérations. C'est quelque chose qu'avait proposé aux assemblées, c'est très étonnant, Robert Badinter. Quand il était président du Conseil constitutionnel, à l'époque, il avait proposé et écrit au président des deux assemblées de proposer l'établissement d'une procédure contradictoire. Et à l'époque, les présidents des assemblées avaient refusé. Donc, c'est quelque chose qui fait débat depuis longtemps, qui m'apparaît peut-être quelque chose qu'il faut maintenant rediscuter.
Et vous savez, je crois que nous sommes tous dans nos rôles, alors de citoyens, mais aussi de législateurs, de réinterroger nos institutions. On le fait constamment, vous en avez parlé, sur le quinquennat, sur les procédures, sur la procédure parlementaire. Et donc, il est normal d'interroger aussi la place de chacun et le fonctionnement de chacun dans cet équilibre institutionnel.
On entend de plus en plus souvent, Yalep Brun Pivet, des critiques émises justement à l'égard de ces institutions que peuvent être le Conseil constitutionnel, le Conseil d'État, et puis aussi des structures inter-étatiques comme par exemple la Commission européenne des droits de l'homme. Henri Guénaud, qui était notre invité il y a quelques semaines, formulait cette critique en disant que c'était quelque chose qui posait un problème à la démocratie puisque la représentation nationale se trouvait privée d'une partie de son pouvoir. Est-ce que vous, vous partagez cette analyse-là ?
Je ne le partage absolument pas. Et on voit bien en ce moment, en période de crise, nos institutions sont ce qui fait que notre État tient debout. Donc elles sont extrêmement précieuses et l'architecture globale qui est la nôtre avec un Conseil d'État qui conseille le gouvernement et les parlementaires et un Conseil constitutionnel qui veille au respect de la Constitution et de nos grands principes me paraît essentiel et c'est quelque chose qu'il faut préserver à tout prix.
Cet équilibre, est-ce qu'il est toujours, disons, protégé ou bien est-ce qu'il arrive parfois qu'il tangue ? Eh bien, oui, peut-être, si j'en crois, en tout cas, certaines de vos interventions de ces derniers mois. Yael Brunpivet, je rappelle que vous présidez la Commission des lois à l'Assemblée nationale et notamment dans les relations qui existent entre le pouvoir législatif et le pouvoir exécutif. Alors, il y a notamment depuis le début de la crise sanitaire une instance qui existait déjà avant mais qui a pris une importance très très forte depuis l'arrivée du coronavirus, c'est le Conseil de défense.
Le Conseil de défense qui réunit quelques ministres et qui prend des décisions importantes pour le pays. Vous vous appelez à ce que cette instance fonctionne de manière plus transparente. Qu'est-ce qui vous paraît trop opaque aujourd'hui dans son fonctionnement et que vous souhaiteriez voir changer ?
En mars 2020, on a créé avec nos collègues sénateurs Ex Nihilo, le régime d'état d'urgence sanitaire qui nous permet aujourd'hui d'avoir nos institutions et notre démocratie qui fonctionnent. Et nous nous étions dit nous créons ce régime dans l'urgence mais il faudra nous interroger dans la durée sur la façon dont on gère une crise sanitaire telle que celle-ci. Et j'ai lancé à l'Assemblée nationale une mission d'information parlementaire pour que l'on travaille sur comment doivent fonctionner nos institutions si cette crise devait perdurer. Et malheureusement, c'est le cas. On voit bien qu'elle perdure.
Et donc, dans ce cadre-là de réflexion sur le fonctionnement de nos institutions en période de crise, je pense que le pouvoir exécutif dans ses prises de décisions afférentes à la gestion de cette crise sanitaire doit aussi s'interroger sur sa façon d'appréhender la crise et sa façon après de transmettre ses décisions aux citoyens et au Parlement. La façon dont il le fait
à travers le Conseil de défense ne correspond pas à ce bon fonctionnement ?
Pour moi, le Conseil de défense est l'organe intéressant dans le sens où on a un pilotage fin et resserré parce qu'on voit bien le Conseil de ministres est quelque chose de beaucoup trop large. Mais en revanche, pour avoir ce contrôle parlementaire des décisions prises par le gouvernement dans le cadre du Conseil de défense et la bonne information des citoyens, il m'apparaît indispensable d'avoir plus de clarté, c'est-à-dire nom des personnes qui sont présentes, ordre du jour, quelles ont été les thématiques qui sont traitées à ce moment-là et un relevé de décision. Il ne s'agit pas d'avoir un compte-rendu exaucitif des échanges.
On sait bien que la délibération doit pouvoir se faire de façon confidentielle, mais en revanche, plus de clarté, je pense qu'après presque un an de crise sanitaire, ça participerait à entretenir la confiance indispensable que les citoyens doivent avoir dans leurs responsables politiques, dans la gestion de cette crise.
Celui qui préside le Conseil de Défense, c'est le président de la République. Il en dit quoi, Emmanuel Macron ?
Écoutez, il faudra que vous lui demandiez lorsque vous l'inviterez un samedi matin dans votre excellente émission.
J'imagine que vous avez fait porter cette proposition jusqu'à l'Élysée. Cela dit, vous êtes exprimé dans la presse. C'est une façon de faire connaître son opinion. Mais est-ce que du côté du pouvoir exécutif en tout cas, vous avez l'impression que c'est quelque chose, une structure qui possiblement pourrait s'ouvrir davantage ou bien possibilité de créer encore un conseil ad hoc qui serait chargé spécifiquement des questions sanitaires ?
Écoutez, moi je me suis effectivement exprimée. J'ai remis des notes explicitant mon point de vue. Je pense que je suis pleinement dans mon rôle de présidente de commission des lois de l'Assemblée nationale d'exprimer des suggestions et de m'interroger sur justement le régime juridique de l'état d'urgence sanitaire. Donc c'est comme cela que ça s'inscrit. Nous pourrons éventuellement un jour prochain en débattre à l'Assemblée nationale. Mais il est normal que nous mettions des propositions sur la table.
Encore une fois, je crois qu'il est essentiel dans les temps difficiles que nous vivons de participer au maximum à la délibération et au maintien de la confiance que nos concitoyens ont dans leurs responsables politiques. Et je pense que c'est une idée parmi d'autres qui permet de maintenir cette confiance.
Une façon pour les députés de participer à cette délibération et à cette réflexion notamment liée à la crise sanitaire, c'est, vous l'avez évoqué, l'émission d'information et les instances liées justement à cette crise. il se trouve que la mission d'information sur la gestion de l'épidémie vient d'être dissoute. Ça s'est passé fin janvier, mission d'information au sein de l'Assemblée nationale. C'est pas vraiment une façon de faire vivre le débat que de dissoudre alors que l'épidémie est encore loin d'être terminée, alors qu'on est encore toujours sous état d'urgence sanitaire que de dissoudre une telle mission. C'est un lieu de discussion en moins pour les parlementaires.
Alors tout à l'heure je vous disais qu'en période de crise moi ce qui m'importe c'est le respect de nos règles, c'est le respect de nos institutions et c'est ça qui permet à l'État démocratique tel que nous l'aimons et tel que nous le chérissons de tenir. Et cette mission en fait elle s'est achevée par la remise du rapport qu'elle a établi en décembre 2020 et ce n'est que la stricte application des règles de notre règlement intérieur à l'Assemblée nationale.
Rapport très critique à l'égard de l'action du gouvernement notamment sur la gestion des masques sur l'anticipation de cette crise alors là encore je vais faire preuve de mauvais esprit mais est-ce que dissoudre cette mission d'information ça n'est pas aussi une façon de répondre à cette commission d'enquête qui était très sévère avec la majorité présidentielle. Encore une fois
personne n'a dissous cette mission d'information elle a pris fin par l'application des règles de notre règlement intérieur.
Maintenant ça ne veut pas dire que personne ne contrôle l'action du gouvernement dans l'état d'urgence justement sanitaire que nous avons créé en mars 2020 qui a créé le Parlement et c'est extrêmement important que vos auditeurs aient bien conscience que c'est le Parlement qui a voté les pouvoirs que nous avons conféré au pouvoir exécutif de gérer la crise nous avons très clairement indiqué plusieurs choses un que le gouvernement devait toutes les semettes remettre toutes les informations utiles à l'information du Parlement sur les bureaux de nos assemblées et que ce régime d'état d'urgence sanitaire n'avait cours que pour des périodes que le Parlement définissait strictement et donc nous nous avons depuis mars 2020 nous nous sommes réunis à six reprises pour délibérer à chaque fois sur une nouvelle loi qui confère des pouvoirs au Parlement et à chaque fois nous contrôlons j'auditionne j'ai auditionné à plusieurs reprises le ministre de la santé le ministre de l'intérieur le ministre de la justice et chaque commission en fait autant les commissions permanentes elles sont là pour ça donc le contrôle j'allais dire il se fait au quotidien alors la mission d'information avait un autre objectif mais le contrôle du gouvernement c'est l'action au quotidien des parlementaires qui est absolument essentiel
six fois est-ce que c'est un nombre suffisant certains parlementaires de l'opposition ont exprimé le souhait que l'Assemblée nationale soit davantage sollicitée sur ces questions vous vous y êtes plutôt hostile
six fois c'est considérable c'est à chaque fois un projet de loi une loi qui est délibérée à l'Assemblée c'est quasiment un mois de délibération à chaque fois donc c'est un mois de délibération tous les trois mois alors j'entends que certains considèrent que ça n'est pas suffisant moi je trouve que c'est extrêmement conséquent nous y travaillons beaucoup parce que nous ne négligeons pas ces projets de loi à chaque fois il y a des auditions il y a un travail conséquent des rapporteurs sur chacune des mesures qui aucune n'est votée à la légère en revanche chacun peut bien comprendre aujourd'hui que le gouvernement a encore besoin de pouvoir prendre des mesures exceptionnelles de limitations de certaines libertés de confinement mais quand j'entends parler certains par exemple de réquisitions sur les vaccins mais les réquisitions ne sont possibles que parce que nous sommes en état d'urgence sanitaire et que nous l'avons permis dans le vote de ce régime en mars 2020 donc il ne faut pas dire tout et l'inverse
vous avez évoqué l'audition du ministre de l'intérieur vous avez demandé cette audition pour une pivée donc en tant que je rappelle un président de la commission des lois de l'Assemblée Nationale suite à des violences policières notamment le cas de ce producteur de musique qui avait été agressé dans son studio par des policiers c'est tombé aussi au moment où il y avait tout un débat autour de la proposition de loi de sécurité globale avec le fameux article 24 article qui a beaucoup inquiété notamment les professionnels des médias en ceci qu'ils considéraient qu'ils ne pourraient plus filmer les policiers dans l'exercice de leur fonction comme ils le font jusqu'à présent cet article 24 a fait tellement de bruit que le premier ministre a eu l'idée de réunir une commission spéciale pour disait-il réécrire cet article-là là c'est quand même une façon de priver les parlementaires de ce qui est l'essence de leur travail
oui nous avons été plusieurs à rappeler immédiatement que nous avions un article 24 justement auquel nous étions particulièrement attachés
et qui était
l'article 24 de la constitution qui conférait au parlement l'écriture et le vote de la loi effectivement ça a été voilà un petit moment passager d'incompréhension mutuelle qui s'est réglé très très rapidement puisque dès le lendemain nous étions en discussion avec le premier ministre et il voilà il est apparu à tout le monde qu'il était évident que c'était le parlement qui allait travailler à la réécriture de cet article et qu'en revanche il était toujours utile et c'est ce que le premier ministre a organisé de réunir des personnes pour réfléchir sur les relations entre la police et les citoyens et puis comment aujourd'hui en 2020 2021 on devait envisager le respect et l'indispensable travail que les journalistes font pour informer nos concitoyens le travail des forces de l'ordre et la violence des manifestations qui s'expriment de plus en plus et comment tout ça doit pouvoir cohabiter et je pense que c'était aussi ça l'objet de la commission que le premier ministre a voulu a voulu réunir donc chacun dans ses missions je pense que ça en revanche c'est essentiel
on a pu voir au cours de cette discussion puis avec le rappel de certains faits que Yalme Brole-Pivet vous n'hésitez pas de temps en temps à marquer on va dire une certaine forme d'indépendance je ne sais pas si ça pourrait faire de vous une rebelle au sein de la majorité ou une frondeuse en tout cas cette histoire ou ces histoires de rébellion font partie aussi de l'histoire de la cinquième république des rebelles il y en a eu un certain nombre dans cette histoire des rebelles au sein de la majorité bien sûr parce que quand on est dans l'opposition on n'est pas à essence dans la rébellion bizarrerie ou en tout cas aux pratiques logiques de notre vie politique les rebelles dans la majorité c'est justement le thème de votre chronique cette semaine Antoine Dulster
Oui Hervé ces rebelles ou ces frondeurs pour reprendre une terminologie plus récente ont rythmé la vie politique depuis les débuts de la cinquième république mais sans jamais prendre complètement le contrôle des événements c'est logique d'ailleurs c'est la traduction du parlementarisme rationalisé mis en place depuis 1958 l'attaque la plus sérieuse des députés issus de la majorité contre le pouvoir exécutif remonte à 1962 petit rappel historique Charles de Gaulle souhaite que les français désignent désormais le président de la république au suffrage universel la réforme est contestée tant sur la forme que sur le fond et la majorité issue de 1958 éclate le MRP les républicains indépendants et même trois députés de l'UNR donc gaullistes votent la censure avec la gauche de quoi faire craindre aux partisans du général de Gaulle un retour à l'esprit de la quatrième république c'est ce que disait Georges Pompidou en octobre 1962 J'ai vu la grande majorité de l'assemblée nationale depuis les communistes inclus jusqu'aux sympathisants de l'OAS également inclus je les ai vus animés moins par le désir d'exercer un droit de contrôle légitime de la politique du gouvernement que par la passion de renverser tout ce qui s'oppose au règne exclusif des partis mais la fronde anti-de Gaulle ne dure pas et l'exécutif dissout l'assemblée la majorité est renforcée cette leçon sera sans doute méditée par les futurs frondeurs sous Giscard d'Estaing les députés de la droite issus des élections de 1973 peuvent s'opposer à l'exécutif par exemple lors du vote de l'IVG adopté grâce aux voix de la gauche mais sans jamais arriver au point de rupture même chose sous Mitterrand le tournant de la rigueur en 1983 n'enthousiasme pas loin s'en faut tous les socialistes mais les députés suivent le cap fixé par le chef de l'État à partir de 2002 le quinquennat et l'inversion du calendrier électoral confirment la prééminence de l'exécutif sur le Parlement dans la vie politique française mais sous le mandat de François Hollande un groupe de députés rebelles réapparaît au sein de la majorité les frondeurs qui s'opposent frontalement à Manuel Valls et à la ligne sociale libérale du président de la République les spécialistes s'en étonnent le professeur de droit Jean-Philippe Derosier parle d'une nouveauté dans notre vie politique le fait majoritaire contestataire marqueur selon lui d'une crise politique grave et de fait François Hollande ne se représente pas en 2017 de nombreux députés PS quittent alors le navire aujourd'hui ce sont encore les départs qui rythment la vie de la majorité présidentielle 45 députés ont quitté le groupe LREM à l'Assemblée depuis 2017 chaque fois à l'occasion de désaccords politiques majeurs c'est peut-être le signe que les leçons du précédent quinquennat ont été tirées la ligne politique de la majorité se décide à l'Elysée selon l'esprit des institutions de la 5ème République mais cette situation a aussi de quoi inquiéter la majorité de plus en plus ces possibilités d'expression de voix discordantes disparaissent en même temps que se réduit la base politique du groupe majoritaire
Yel Bron-Pivet est-ce que vous ne regrettez pas de ne pas avoir réussi finalement à faire vivre suffisamment les divergences les nuances au sein de la majorité présidentielle ce qui aurait peut-être évité que de nombreux députés Antoine Dulcet le rappelait 45 quittent la République En Marche à l'Assemblée
c'est peut-être une des explications en tout cas il faut qu'on s'interroge très sérieusement là-dessus moi j'avoue qu'effectivement En Marche c'est un lieu de débat parce que c'est un lieu et c'est un mouvement qui rassemble des gens d'origine politique différente et donc c'est le grand défi mais que finalement chaque famille politique doit faire vivre en son sein le débat pour faire émerger des nouvelles idées faire émerger des propositions en revanche j'entendais que vous pourriez me qualifier de rebelle ou de frondeuse ça je non parce que je crois que je l'ai montré depuis trois ans et demi je suis d'une loyauté absolue envers le projet qui m'a conduit à m'engager en politique envers le président de la République en revanche je crois que j'ai une suffisamment haute idée des fonctions que j'exerce pour je crois essayer de les exercer au mieux et c'est ce que j'essaye de faire aujourd'hui
Yael Brunpivet n'est donc ni une rebelle ni une frondeuse merci beaucoup en tout cas d'avoir été notre invité politique c'est une émission préparée par Antoine Dulster réalisée par François Connac avec à la prise de son Nasser Moussaoui émission à écouter téléchargée sur franceculture.fr et sur l'appli Radio France Sous-titrage Société Radio France
Yaël Braun-Pivet