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interviewPublic Sénat — Bonjour chez vous ! (sur Podcast)· 17 novembre 2025 26 min

Audrey Bélim : « Le texte sur la vie chère en outre-mer n’impacte pas les tickets de caisse »

Audio original de l'émission.

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

0:00
Présentateur

Vous écoutez Bonjour Chez Vous, un podcast de Public Sénat. Bonjour Audrey Bellim, merci beaucoup d'être notre invitée. Vous êtes la sénatrice socialiste de la réunion vice-présidente de la délégation sénatoriale aux Outre-mer. On va évidemment revenir sur les problématiques spécifiques des Outre-mer puisque c'est aujourd'hui qu'a lieu la journée des maires d'Outre-mer. Mais d'abord, on va regarder ensemble, comme tous les jours, trois titres de la presse régionale. D'abord, la une du Dauphiné, fusillade à Grenoble.

La victime aurait 12 ans, un mineur non accompagné qui serait âgé d'environ 12 ans et dont l'identité n'était pas confirmée hier a été touchée par au moins trois balles à Grenoble. Est-il une victime collatérale du trafic de stupéfiants ? C'est ce que l'enquête dira. La deuxième une, c'est celle du Midi Libre. Quel avenir pour nos retraites ? Alors que la suspension de la réforme arrive cette semaine devant les sénateurs, les partis politiques affûtent leur scénario en vue de la présidentielle. Et puis la dernière une, c'est celle de Sud-Ouest. Dégâts climatiques, 100 millions, la note salée de la Gironde.

Le département, très exposé aux sinistres, aux dégâts liés aux tempêtes, aux inondations, à la sécheresse. Le coût, 100 millions d'euros par an pour les assureurs. De quelle une avez-vous envie de nous parler, Audrey Bellier ?

1:14
Invité

Écoutez, on va peut-être parler du changement climatique. Je pense que c'est important d'avoir ce regard et d'avoir cette possibilité d'en parler plus précisément pour nos territoires. Parce que les impacts du changement climatique sont importants, mais ils sont beaucoup plus graves sur nos territoires et beaucoup plus graves par rapport à ce qui se passe sur le territoire hexagonal du fait de notre insularité, de notre éloignement. Et lorsque l'on évoque la montée des eaux, la sécheresse, le réchauffement, la hausse des températures, lorsqu'on évoque encore les bâtis qui ne sont pas adaptés, les infrastructures qui ne sont pas adaptées pour protéger les populations.

Donc oui, il y a un fort besoin en tout cas d'adapter les infrastructures de protection pour protéger les populations. Et or, tout est à cause.

2:01
Présentateur

C'est d'ailleurs l'un des thèmes de la journée des Outre-mer aujourd'hui, ces règlements climatiques. Les spécificités des Outre-mer ne sont pas suffisamment prises en compte ?

2:09
Invité

Exactement, il n'y a pas d'adaptation. Ce qui est très drôle, c'est que par exemple, moi depuis la Réunion, je suis dans l'hémisphère sud. Or, jusqu'aujourd'hui, ce sont encore des normes européennes qui conditionnent la construction des bâtis, par exemple. Alors, j'ai apporté une loi pour entamer un changement parce que nous avons eu l'exemption des normes CE en avril dernier. Mais toujours est-il que cette démarche, elle va être longue. Mais il nous faut absolument réagir. Quand on parle, par exemple, de la perte de biodiversité, cela impacte également nos ressources halieutiques, par exemple. Cela impacte également nos crises agricoles, les crises alimentaires.

Donc, il y a un impact très important pour nos populations qui sont encore une fois très éloignées du continent, de la terre hexagonale. Et encore une fois, nous ne sommes pas dotés d'infrastructures, de protections.

2:55
Présentateur

On va évidemment revenir tout au long de cette interview sur les problématiques des Outre-mer. Outre-mer touchées comme l'ensemble du territoire par le narcotrafic. On a vu encore ce qui s'est passé ce week-end à Grenoble, à Marseille. Est-ce que le narcotrafic gangrène le pays aujourd'hui ?

3:09
Invité

Bien sûr, c'est extrêmement incompressible. Et en même temps, il nous faut trouver un moyen de lutter contre cela. Je salue réellement la loi portée par Jérôme Durin, mon collègue sénateur, qui pose un cadre national extrêmement fort. Cependant, lorsque l'on regarde les Outre-mer, il faudra absolument l'adapter. Nos territoires, là où ils sont, dans les bassins où ils sont positionnés, sont des territoires stratégiques. Et les narcotrafiquants, bien sûr, eux, ce qu'ils veulent, c'est contourner les contrôles. Et donc, ils utilisent ces emplacements stratégiques pour pouvoir finalement alimenter l'Europe. Les Antilles, par exemple, sont devenues réellement des zones d'impact impressionnant.

La Guyane est une zone de transit. Et la Réunion également, même si ce n'est pas aujourd'hui encore, et heureusement, un hub international de narcotrafic. Mais il y a des entrées de plus en plus importantes, de cocaïne, d'héroïne, de drogue de synthèse, des choses que nous ne voyons pas auparavant. Et donc, il nous faut absolument un cadre qui soit adapté à nos spécificités. Et c'est pour cela qu'on demande un renforcement des forces douanières, un renforcement des contrôles navals. Il nous faut absolument lutter beaucoup plus fort contre le blanchiment monétaire.

Donc, il y a réellement ce cadre qui a été posé, que nous saluons et que nous attendons avec beaucoup d'impatience, parce que nous voulons protéger nos populations, qui sont, encore une fois, avec des indicateurs sociaux que tout le monde connaît. Je ne vais pas le répéter, mais il est vrai que le fort taux de chômage, la précarité, finalement, sont des lieux où se favorise le trafic, où il est plus facile de recruter, etc. Donc, le narcotrafic est un véritable danger. Et là où nous sommes, dans les territoires ultramarins, dans nos bassins, nous devenons des positions stratégiques pour les narcotraffiques.

Donc, il faut investir et il faut engager une lutte très importante dans nos territoires.

4:56
Présentateur

Un mot sur les questions budgétaires qui sont actuellement en cours d'examen au Parlement. Le Sénat, qui va donc examiner cette semaine en séance le budget de la Sécurité sociale en commission, les sénateurs ont rétabli la réforme des retraites, sans grande surprise. Qu'en dites-vous ? La victoire a été de courte durée pour les socialistes ?

5:12
Invité

Alors, on a cette chance d'avoir cette chambre bicamérale et ces navettes et cette commission mixte paritaire et finalement, ce dernier mot donné à l'Assemblée nationale parce que, comme vous l'avez si bien dit, eh bien, moi, j'estime qu'on voit le retour des horreurs. Bien sûr, on parle de la suspension de la réforme des retraites, mais on parle aussi, par exemple, du gel des prestations sociales ou encore de celui des pensions de retraite supérieures à 1 400 euros. Donc, il va nous fannoire, nous, en hémicycle, avoir des débats extrêmement…

5:39
Présentateur

Mais ça, ce n'est pas le compromis qui a été trouvé en commission ce week-end ? Je ne pense pas… De geler les pensions de retraite pour uniquement pour…

5:44
Invité

Moi, je pense qu'encore une fois, les efforts ne doivent pas tenir que sur les plus fragiles. Les efforts ne doivent pas tenir que sur les malades. Donc, il faut dégeler pour tout le monde. Il faut dégeler. Il ne faut pas… Encore une fois, les plus grandes fortunes, les plus grandes entreprises n'ont pas voulu porter main forte dans l'examen de ce PLFSS. Nous verrons bien quand les dépenses arriveront lors du PLF, ce qui là viendra, des aides aux entreprises, etc., etc.

6:10
Présentateur

Mais juste, la ministre des Comptes publics, Amélie de Montchalin, il dit qu'il y a suspension de la réforme de la retraite. Si elle vote sur le budget, est-ce que ça veut dire que les socialistes vont voter ce budget ?

6:19
Invité

Écoutez, cela va dépendre dans quel type de budget va atterrir à la fin. C'est ça aussi qui est important. Ce qui est à noter, tout de même, c'est que ça faisait très longtemps qu'on n'était pas revenu à un véritable débat parlementaire, un véritable débat démocratique avec l'absence de l'utilisation du 49-3. Et ça, c'est une chance incroyable que nous avons aujourd'hui afin justement de revenir sur les horreurs que l'on dénonce. Il nous faudra avoir notamment des positions communes avec les autres groupes de gauche ici au Sénat. Je crois bien d'ailleurs qu'il y aura une conférence de presse qui va être donnée très rapidement par l'ensemble de ces groupes.

Donc, nous allons travailler, nous allons mettre en place des stratégies afin de faire en sorte que ce budget vienne de moins en moins un budget d'injustice sociale et fiscale pour les plus fragiles.

7:01
Présentateur

Parmi les préoccupations des Français, il y a la question du pouvoir d'achat et le sujet de la vie chère qui touche également les Outre-mer. C'est l'une des urgences, d'ailleurs, Alexandre, actuellement, la lutte contre la vie chère.

7:12
Audrey Belim

Oui, l'écart des prix entre les produits d'Outre-mer et les produits de la métropole n'a cessé de se creuser ces dernières années. Les chiffres sont très inquiétants. Si on prend les produits alimentaires, par exemple, à La Réunion, ils sont supérieurs de 37% par rapport à l'Hexagone, plus 40% en Martinique, plus 42% en Guadeloupe. Alors, le gouvernement de Sébastien Lecornu, à peine nommé, a tout de suite mis à l'ordre du jour du Parlement un projet de loi de lutte contre la vie chère en Outre-mer. Écoutons sur ce point la ministre des Outre-mer, Naïma Mouchou.

7:47
Invité

Dans les Trois Océans, nos compatriotes attendent une chose simple, que les prix baissent. Ce projet de loi vise donc un objectif simple mais essentiel, corriger une injustice et rendre davantage effective notre devise républicaine en avançant sur le chemin de l'égalité. Car la cherté de la vie, ce n'est pas seulement une question économique, c'est aussi une question de cohésion nationale.

8:07
Audrey Belim

Alors, l'objectif de ce projet de loi porté par le gouvernement, il est d'abord de respecter un engagement qui a été pris l'an dernier par l'État au pic de cette crise de la vie chère en Outre-mer, à savoir réduire à 20% cet écart des prix entre l'Outre-mer et l'Hexagone. Parmi les mesures de ce texte, un bouclier qualité-prix qui fixe le prix d'un panier de produits de première nécessité. Ce texte, il vise aussi à faire la transparence sur les marges des entreprises commerciales, notamment de la grande distribution. Alors, ce sont des mesures intéressantes mais largement insuffisantes pour les sénateurs qui ont débattu de ce projet de loi à la fin du mois d'octobre.

8:43
Invité

Non, en aucun cas, ce projet de loi ne fera disparaître le phénomène de la vie chère en Outre-mer. Il pourra tout au plus contribuer à améliorer modestement la situation en venant renforcer la législation en vigueur pour faciliter l'accès aux produits de première nécessité et aboutir à plus de transparence. C'est certes mieux que rien, mais tellement insuffisant.

9:08
Audrey Belim

Même son de cloche et même déception du côté de la gauche de l'hémicycle sénatorial.

9:14
Invité

Le texte que nous discutons aujourd'hui n'aborde même pas la question des revenus ni la revalorisation des bas salaires et encore moins la prime d'activité ultramarine. Alors que les revenus médiants en Outre-mer sont inférieurs de 40% à ceux de l'Hexagone, comment dissocier la question de la vie chère de celle des revenus ?

9:36
Audrey Belim

Alors au final, durant cet examen de ce projet de loi au Sénat, une majorité de sénateurs ont même supprimé certaines dispositions du texte comme la baisse du seuil de revente à perte, c'est-à-dire le prix en dessous duquel un distributeur ne peut pas vendre ses produits sous peine d'être sanctionné. Avec cet abaissement du seuil de revente à perte, le gouvernement voulait baisser les prix, mais les sénateurs ont estimé que cela allait favoriser la grande distribution qui est déjà trop dominante dans les Outre-mer par rapport au PME local.

Et puis le Sénat a également supprimé un mécanisme qui visait à baisser les frais d'approche, ces frais qui augmentent le prix des produits d'Outre-mer, que ce soit les frais de transport ou encore les taxes. Les sénateurs ont estimé que la puissance publique n'était pas assez concernée, en tout cas mise au centre de ce dispositif de baisse des frais d'approche. Donc le texte a été un petit peu vidé de sa substance par le Sénat, même s'il a été adopté par les sénateurs et est maintenant transmis à l'Assemblée nationale.

Audrey Bellim, ce texte il est jugé insuffisant pour lutter contre la vie chère en Outre-mer, mais on a l'impression qu'il est encore plus insuffisant, qu'il a été vidé de sa substance par les sénateurs.

10:43
Invité

Alors le texte, il a tout de même ce mérite de venir poser, de cranter la problématique structurante de la vie chère dans nos territoires. Chose qui n'était jamais arrivée jusqu'alors. Donc ça, symboliquement, c'est très important pour nous parce que ça fait très longtemps que l'on dénonce la vie chère dans nos territoires et finalement ce gap de pouvoir d'achat que nous avons lorsqu'on est ultramarins et lorsqu'on est hexagonaux. Toujours est-il que le texte aurait mieux fait de s'appeler peut-être loi relative à la structuration économique des territoires insulaires, par exemple.

Parce que lorsque vous l'abordez, il est extrêmement technique d'une part, vous parlez effectivement de frais d'approche, de revente à perte, etc. Et ce qui est attendu des ultramarins, c'est juste un impact sur les tickets de caisse au final. Ils n'attendent que cela. Or, les mesures qui ont été présentées ne viennent pas impacter les tickets de caisse. Bien au contraire, il y a des choses palpables qui sont intervenues. Par exemple, nous avions une procédure très lourde afin que lors d'événements exceptionnels, climatiques, sanitaires, sociaux, afin que les prix soient régulés, crise du chikungunya comme par hasard, les prix des répulsifs vont augmenter, voire même doubler.

Mais auparavant, c'était le gouvernement qui permettait au préfet de venir réguler ces prix. Aujourd'hui, grâce à cette loi, on a rétabli la possibilité, enfin, on a donné un sens, une définition aux circonstances exceptionnelles, et le préfet aura la possibilité de le faire sans cette procédure qui était extrêmement lourde. Donc ça, c'est palpable. Ce sera beaucoup plus simple. Exactement. Mais effectivement, toujours est-il que nous n'abordons pas les sujets concernant la faiblesse des revenus.

Or, comment parler de la vie chère si nous ne parlons pas des revenus, si nous ne parlons pas des pensions de retraite, si nous ne parlons pas, finalement, du pouvoir d'achat et de l'impact que cela aura pour les consommateurs ultramarins ?

12:28
Audrey Belim

Juste avant de parler des revenus, vous le disiez, il y a des mécanismes assez techniques pour baisser les prix qui étaient prévus par le gouvernement. Mais pourquoi les sénateurs les ont supprimés ? Parce que... L'intention était bonne ?

12:38
Invité

Parce que, voyez-vous, il y a aussi un gros problème de transparence sur la construction des prix. Et quand il y a un loup comme ça, finalement, ça met les territoires à feu et à sang. Par rapport à la terre hexagonale, vous avez la possibilité d'identifier le constructeur, le fabricant, le distributeur et le transporteur. Quand vous êtes sur un territoire ultramarin, c'est entre 10 et 15 acteurs. Depuis la fabrication du produit jusqu'à la vente du produit sur les étalages. Et nous n'arrivons pas à mettre le doigt sur cette construction du prix. Et or, ces mécanismes, tels qu'ils étaient proposés, venaient favoriser, finalement, les très grands groupes, les importateurs, les transporteurs.

Mais chez nous, l'économie, le tissu économique, est essentiellement fait de très petites entreprises. Près de 98% de nos entreprises sont des très petites entreprises qui ne seront pas concernées par ces mesures qui ne vont bénéficier, finalement, qu'aux très grands groupes. Et donc, encore une fois, nous aurions creusé encore plus l'abus, je dirais, sur la construction même du prix. Donc, il nous fallait de la transparence. Mais il nous faut aussi la possibilité de limiter les bénéfices des très grosses structures qui viennent ici, finalement, manger, je dirais, les toutes petites structures économiques que nous avons sur les territoires.

13:50
Audrey Belim

Alors, sur les revenus, oui, sur les revenus, comment vous faites pour augmenter les revenus en Outre-mer ? Par de l'aide publique, alors que nos finances publiques sont dans le rouge actuellement ?

13:58
Invité

Vous aviez, justement, ce grand débat sur l'allodéum, l'allodéum social. L'allodéum social, c'est une loi pour le développement économique des territoires insulaires. Et vous aviez, dans ce projet de loi de financement de la sécurité sociale, une envie de réforme de cette l'allodéum sociale qui venait, justement, compenser, finalement, l'éloignement, l'insularité, la vie chère, etc., etc. Et donc, qui venait préserver l'emploi, voire même développer l'emploi dans nos territoires. Parce qu'il y a aussi ce sujet du chômage dans nos territoires.

Et lorsque vous avez une l'allodéum dont le gouvernement a la volonté de vouloir la réformer, alors même que vous n'avez pas d'études d'impact et qu'on souhaite tout simplement retirer 350 millions d'euros au territoire, cela devient dangereux parce qu'on vient impacter le coût du travail. C'est ce qui était prévu et c'est ce qui a été rétabli par nos parlementaires à l'Assemblée nationale. Donc, il y a un véritable sujet.

Il nous faut garder ces aides publiques pour préserver l'emploi afin que le coût du travail ne vienne pas impacter notre territoire au sens où cela serait finalement l'ouverture, enfin, un plus grand nombre de procédures collectives alors que nous en connaissons beaucoup déjà sur nos territoires et donc finalement la fermeture d'entreprises et donc une baisse d'employabilité sur nos territoires. Il nous faut absolument préserver cela.

15:16
Présentateur

Autre sujet de préoccupation, c'est la question du logement. On va aller à Saint-Denis de la Réunion, on retrouve Christelle Floricourt. Bonjour Christelle, merci beaucoup d'être avec nous, journalistes à Réunion la première. Vous vouliez parler justement avec Audrey Bellim de la question du logement cher. Bonjour, alors oui, on sait que la problématique du logement elle est centrale dans nos territoires d'outre-mer. En deux ans, les loyers ont augmenté d'environ 5% dans les plus grandes villes de l'île. Alors d'abord, peut-être quelques éléments de contexte. À la Réunion, dans le parc social, près de 50 000 demandes de logements sont en attente.

Audrey Bellim, vous avez fait voter une loi en juin dernier qui porte d'ailleurs votre nom, c'est la loi Bellim pour encadrer les loyers en outre-mer. Pour certains ménages, selon la Fondation pour le logement, le loyer représente 50 à 80% des dépenses. Cette loi, elle existait déjà dans l'Hexagone puisqu'elle a été expérimentée dans des villes comme Paris ou Bordeaux ou Montpellier depuis près de 10 ans. La mesure, elle permet de plafonner l'inflation des loyers dans le secteur privé à hauteur de 20% par rapport au prix du marché. Alors ma question est, aujourd'hui, cinq mois après, où en est-on ? Pour le moment, une seule commune a fait savoir qu'elle expérimenterait la loi pour le moment.

16:31
Invité

Où est-ce que nous en sommes ? Nous sommes en cours d'écriture des décrets d'application. Donc cette loi est passée très vite finalement. Et effectivement, vous avez deux communes. Il y a Saint-Paul mais il y a aussi Saint-Denis qui ont proposé des motions municipales afin de pouvoir candidater à ce dispositif. Et donc, encore une fois, ce dispositif, il est important pour ramener une régulation naturelle. On le disait tout à l'heure, les revenus sont beaucoup plus faibles chez nous. Et lorsque vous avez des prix de marché qui se confortent avec l'arrivée de nouveaux revenus sur les territoires, il se passe que les locaux n'ont plus la possibilité de se loger en tout cas dans le privé.

Et effectivement, lorsque Elan a été designé, il a oublié les Outre-mer. Donc nous avons des décrets en cours d'écriture. J'espère que ça s'appliquera très rapidement dans notre territoire. J'espère l'année prochaine. J'essaye d'être très optimiste parce que c'est un besoin et vous l'avez si bien dit encore une fois, c'est le poste de dépense principal des ménages en Outre-mer comme en Hexagone de toute façon. Et il nous fallait ce type de loi afin de pouvoir amener une régulation naturelle. Il y a également un équilibre à avoir.

Et c'est pour ça que dans cette loi, il y avait bien sûr le plafonnement des loyers dans le privé, mais il y avait également un comité référentiel bâti pour pouvoir adapter les normes de construction. Parce que s'il y a bien une variable sur laquelle on peut jouer finalement, ce n'est pas sur le foncier, mais c'est bien sur les coûts de construction. Et donc, en amenant cette adaptation des normes, nous on souhaite ouvrir finalement les possibilités dans nos bassins géographiques, cesser par exemple d'avoir du bois d'Afrique qui soit normalisé, revenu, et puis récupéré à La Réunion.

Pourquoi pas faire des circuits plus courts par exemple, qui feraient finalement descendre les prix et qui feraient aussi baisser les coûts de transport de ces matériaux. Et puis également les procédés techniques. Nous parlions du changement climatique tout à l'heure et nous parlions du fait que nous sommes dans l'hémisphère sud et que finalement ce sont des normes de l'hémisphère nord qui nous sont imposées. Il nous faut aussi adapter notre bâti à notre façon de vivre, à la façon de vivre réunionnaise, à la façon de vivre martiniquaise, guyanaise, guadeloupéenne, etc. Afin de pouvoir nous adapter à ces événements climatiques qui vont devenir finalement beaucoup plus intenses.

Vous avez le GIEC qui nous disait ces événements. Ces événements ne seront peut-être pas plus nombreux mais ils seront beaucoup plus violents, beaucoup plus intenses et nous avons bien vu Chido et Garance et les impacts que cela a eu sur nos territoires.

18:52
Présentateur

Christelle a une autre question pour vous, Audrey Belly. C'est une expérimentation qui est prévue pour 5 ans. Après ces 5 années, qu'est-ce qui est envisageable ?

19:02
Invité

Nous avons déjà des amendements préparés afin de demander la prolongation du dispositif en territoire hexagonal. Bien sûr, nous avons déjà commencé à écrire des amendements de repli pour intégrer les Outre-mer. Donc, si cette régulation naturelle est bénéfique telle que le proposent les bilans qui sont faits ici sur les grandes villes où elles sont mises en œuvre, il faudra absolument les faire pour nos territoires ultramarins et éviter la spéculation locative.

19:28
Présentateur

Merci Christelle Floricourt. Merci beaucoup d'avoir été avec nous journaliste à Réunion la première. On va rester à Saint-Denis de la Réunion. Bonjour Brigitte Adam. Merci beaucoup d'être avec nous. Vous êtes adjointe au maire de Saint-Denis de la Réunion et avec vous, on va parler des missions locales. D'abord, expliquez-nous ce que sont ces missions locales et quelles sont leurs utilités.

19:48
Invité

Bonjour, bonjour Madame la Sénatrice. Bonjour tout le monde. Alors effectivement, je suis Brigitte Adam, la deuxième adjointe de la mairie de Saint-Denis et conseillère départementale. La ville de Saint-Denis de la Réunion est la 19e ville de France et la première ville des Outre-mer et par ses 156 000 habitants. Donc, nous sommes une ville à la fois littorale mais également rurale du fait que nous touchons la mer mais aussi nous sommes à plus de 1000 mètres d'altitude sur notre territoire.

Et dans ce contexte, je dirais, géographique, nous avons décidé de porter une politique d'hyper-proximité pour être au plus près des habitants, pour être au plus près des familles et permettre ainsi d'avoir des pouvoirs déconcentrés de la grande mairie centrale au plus proche des citoyens et citoyennes.

Et dans un contexte local qui est très fragile en termes d'emploi, nous avons créé la direction jeunesse, c'est une direction d'insertion qui travaille de concert avec différents partenaires à la fois institutionnels, associatifs et avec le monde économique pour mettre en place un certain nombre d'actions, un certain nombre de projets et rapprocher les chefs d'entreprise, je dirais, proches des familles. Donc, on a mis en place beaucoup de forums d'insertion, beaucoup de job dating dans chacun de nos quartiers et permettre à chacun d'avoir accès aux chefs d'entreprise, d'avoir accès à l'entreprenariat et développer ces actions de rencontre.

Le contexte local reste néanmoins très fragile avec 36% de taux de pauvreté, taux de chômage des jeunes de 32% et nous avons à La Réunion 49% des personnes qui travaillent alors qu'au niveau de l'Hexagone c'est 67%. Le parcours contractuel d'accompagnement vers l'emploi et l'autonomie des missions locales a diminué de 50%.

Nous avons moins 734 000 euros qui ont été perdus en deux ans avec une suppression qui va venir de neuf postes de conseillers d'insertion dans les missions locales avec 5300 jeunes qui seront totalement impactés et donc ma question est très simple quelle serait pour le Sénat leur mobilisation pour garantir une pérennité des dispositifs d'insertion et permettre l'accompagnement de notre JTS dans notre territoire en sachant que cette diminution pour ma part n'est pas seulement un accompagnement mais c'est aussi le développement des personnes des jeunes

22:23
Présentateur

On a un petit problème de liaison mais je pense qu'on a quand même bien compris l'essentiel de la question qu'est-ce que va faire du coup le Sénat face à cette baisse budgétaire et ces difficultés des missions locales ?

22:38
Invité

Si je peux me permettre tout de même vous avez 66 000 jeunes qui sont suivis par la mission locale à La Réunion parce que vous avez un taux de chômage qui est très important il a été rappelé par la collègue élue qui a pris la parole et surtout vous avez la moitié de ces jeunes qui est suivi par la mission locale le rôle de la mission locale n'est pas que de l'insertion professionnelle elle fait aussi du coaching de vie parce que quand vous avez du décrochage scolaire quand vous avez finalement une rupture familiale et que vous êtes isolé et que vous avez des problèmes de logement c'est très compliqué de vous insérer directement et donc c'est le travail des missions locales sur nos territoires Oui justement est-ce que vous pensez pouvoir éviter ces bêtes de budget ?

Écoutez il nous faut absolument le faire l'année dernière nous avons perdu 6,8% là ils veulent réintervenir avec 13% cela va se traduire par le territoire par la perte de 44 postes de collaborateurs et donc cela veut dire que près de 6 000 jeunes ne seront plus accompagnés par la mission locale donc oui déjà l'année dernière nous étions parce qu'une délégation sénatoriale était venue à la réunion nous les avons emmenés à la mission locale afin qu'ils soient sensibilisés sur la problématique et sur finalement l'impact important sur notre territoire nous avions proposé des amendements en vain cette année nous allons revenir avec des amendements nous les avons travaillés avec les missions locales l'ensemble des missions locales elles sont 4 à la réunion afin de pouvoir avoir une écriture plus agressive afin d'obtenir finalement le gel voire même la suppression de ces suppressions nous ce qu'on veut c'est le maintien du budget tel qu'il est en 2025 voilà on veut ça et puis surtout on voudrait que certains dispositifs reviennent vous avez la promo 16-18 qui continue à se faire ici en Hexagone plus chez nous donc pourquoi ça je ne pourrais pas vous le dire

24:13
Présentateur

on va remercier Brigitte Adam on n'a pas réussi à rétablir la connexion mais on la remercie adjointe au maire de Saint-Denis de la réunion tous les sujets qu'on a abordés ils sont évidemment abordés aujourd'hui lors de la journée des maires d'Outre-mer on imagine que vous attendez des réponses du gouvernement le ministère des Outre-mer il a connu une valse des ministres maintenant depuis plusieurs mois est-ce que c'est un mauvais signal quand même qui vous a envoyé ?

24:34
Invité

en tout cas ce n'est pas un bon signal c'est évident parce que il y a un désir d'Outre-mer qui doit très symboliquement être démontré par le gouvernement je le rappelle nous sommes à des positions très stratégiques pour la France d'un point de vue général nous faisons de la France et de l'Europe la deuxième puissance mondiale maritime et nous ce que nous attendons c'est qu'il y ait non pas nous ne souhaitons pas être sous perfusion c'est pas ce qu'on dit nous souhaitons qu'il y ait un accompagnement à ce qu'on puisse se développer à ce qu'on puisse parvenir à une souveraineté alimentaire à ce que finalement on puisse se sentir égaux à un français ici en Hexagone or quand vous avez 80% de la biodiversité française dans nos territoires mais pas du tout 80% des financements c'est à se poser des questions quand vous voyez les taux de chômage quand vous voyez les crises de logement quand vous voyez que tout cela est exacerbé on peut se poser des questions donc ce congrès des maires et ces projets de lois de finance et de financement de la sécurité sociale sont à chaque fois des moyens de mettre en lumière les difficultés de nos territoires et donc de dire qu'il nous faut qu'il y ait ce désir d'Outre-mer donc oui envoyez-nous un bon signal travaillez avec nous nous avons de belles mesures et très souvent voyez-vous nous sommes souvent très soudés les ultramarins que nous sommes dans nos hémicycles

25:49
Présentateur

et on verra comment se passe cette journée des maires d'Outre-mer ce sera à suivre sur notre antenne cet après-midi merci Audrey Bellim merci beaucoup retrouvez l'intégralité de nos podcasts sur la plateforme Public Sénat Sous-titrage Société Radio-Canada

26:08
Locuteur

Merci.