François Patriat - L'interview politique du 07/01/26
Audio original de l'émission.
Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.
Bonjour François Patria. Bonjour. Et bonne année à vous. Vous avez été maire, député, président du conseil général, régional, pardon, de Bourgogne. Quelle erreur. Vous avez été ministre plusieurs fois sous Lionel Jospin, aujourd'hui sénateur depuis 2008. Vous présidez le groupe macroniste au Sénat. Vous êtes proche d'Emmanuel Macron. Et oui, il en reste quelques-uns, même s'ils sont rares. Et d'ailleurs, on va commencer par là. Il a été très critiqué, le président, pour sa première réaction à l'enlèvement du président vénézuélien Maduro par les forces américaines.
Il avait estimé samedi que le peuple vénézuélien ne pouvait que se réjouir d'être débarrassé de la dictature Maduro sans un mot sur la méthode employée. Il a fallu attendre lundi le conseil des ministres pour qu'il explique tout de même que cette méthode, elle n'était ni soutenue ni approuvée par la France. Est-ce que ce n'est pas un peu en retard et en dessous de la main cette réaction quand même ?
Non, j'entends bien qu'à chaque fois qu'Emmanuel Macron prend la parole, décide d'une chose, se déplace, etc., les critiques tombent immédiatement. Maintenant, ça dure depuis dix ans, ça finit par payer, ça a commencé déjà dès l'année 2017-2018 et je m'en souviens. Je pense que sa réaction, elle est celle des Français, celle des Français qui disent... Écoutez, aujourd'hui, le fait qu'il y ait un dictateur qui nie l'état de droit dans son pays, qui affame son peuple, qui détruit son industrie, qui refuse les élections, soit perdre le pouvoir, personne ne peut pas ne pas s'en réjouir. Je veux le dire, par là.
Ensuite, maintenant, effectivement, vous l'avez dit, sur la méthode, personne ne peut approuver la méthode, la méthode de négation de l'état de droit aujourd'hui. Je reprends ces propos, la méthode n'a été ni soutenue ni approuvée, bien entendu, ni souhaitée ni approuvée. Voilà, il a dit les deux choses clairement, qu'il les a dit dans deux temps. La première action était celle de dire, un dictateur s'en va après tout. Donc, à cette époque où, aujourd'hui, les démocraties disparaissent de plus en plus dans le monde, et où de plus en plus, on voit des dictateurs arriver, qu'un puisse disparaître, maintenant, les arguments derrière, la méthode, bien entendu, elle est tout à fait contestable.
Alors maintenant, Donald Trump, il évoque tout à fait officiellement ses appétits sur le Groenland, et d'ailleurs, cette nuit, Washington déclare que plusieurs options, je cite, sont sur la table, y compris le recours à l'armée. Je rappelle que le Danemark, c'est quand même un territoire associé à l'Europe, même s'il a son indépendance. Enfin, le Groenland est un territoire associé à l'Europe, même s'il a son indépendance. Est-ce qu'il faut s'inquiéter, François Patria ?
Ce qu'il faut s'inquiéter, c'est l'hubris dans lequel est atteint, aujourd'hui, le président des États-Unis. Et, j'allais dire, le fait qu'il soit grisé par son opération type série américaine, qu'il a réussi au Venezuela, de façon chirurgicale, extrêmement précise. Donc, aujourd'hui, il s'est dit, voilà, il a affirmé qu'il avait la plus grande armée du monde, qu'il était le premier pays du monde. Le fait qu'aujourd'hui, il parle de l'Iran, il parle du Groenland, qu'il parle d'autres pays d'Amérique du Sud. On revient à une époque où les États-Unis installaient des vassaux dans différents pays, qui veulent aujourd'hui aller sur le Groenland.
J'ai bien compris que c'est sa double appétence, celle de l'agressivité ou de la défense, et celle des business, des terres rares qu'il y a là-bas. Je vois bien, il l'a déjà fait, d'ailleurs, même pour l'Ukraine. Business, en même temps, et armement. Donc, je pense qu'il faut aujourd'hui s'opposer très fermement à cette position, que l'Europe soit vraiment soudée.
Est-ce qu'elle n'est pas un peu dépassée, l'Europe, justement ?
L'Europe, ce n'est pas qu'elle a dépassée, c'est qu'elle est divisée. Elle est morcelée. Elle est morcelée. Vous avez vu hier, sur la coalition des volontaires, certains disent, moi, j'enverrai personne, moi, j'enverrai. L'Italie, explique qu'elle n'enverra personne. Elle n'enverra personne. Donc, l'Europe, si elle est unie, elle est forte. Elle est morcelée, elle est faible. Et on l'est depuis le début. Sur l'Ukraine, c'est vrai qu'on a beaucoup parlé. On en voit le minimum, ou pas tout ce qu'on a promis par ailleurs. On dit qu'on va les aider tout le temps. Il y a beaucoup de communication.
Le président de la République est quand même, en la matière, même que ce que j'entends aujourd'hui, le premier sur la ligne de front pour essayer de mobiliser l'énergie. Il l'a fait hier, il verra demain, d'ailleurs. On le retrouvera demain à l'Elysée. L'Europe, elle est morcelée, donc elle est faible.
Alors, un mot sur la situation politique. C'est un jour sans fin. On prend les mêmes, on recommence. On retrouve en début d'année ce satané dossier du budget que le gouvernement n'avait pas réussi à boucler à la fin de l'année dernière. La tâche s'annonce difficile, voire totalement impossible. Est-ce qu'on va avoir ce fichu budget un jour ou l'autre ? Je dis ça parce que tout le monde s'agace un petit peu, est compris ce qu'on dit et les politiques.
On a passé 160 heures au Sénat sur le budget pour arriver à pas de budget. Je pense qu'aujourd'hui, pourquoi ça ne fonctionne pas ? Parce qu'on est dans le déni. On est dans le déni et il y a deux choses. Je crois que les parlementaires ne souhaitent pas voter des mesures d'économie ou des mesures de réforme structurelle qu'il faudrait faire. Et dans le même temps, les Français ne sont pas prêts à entendre sur le fait que les efforts qu'on leur demande aujourd'hui sont sans commune mesure avec ce qu'on leur demandera demain si on ne fait pas ces réformes et si on continue à avoir des budgets délirants.
Le fait que le budget reprenne en discussion pendant deux semaines, là, de toute façon, on n'aura pas de budget avant le 28 janvier. Si tout va bien, pendant deux semaines, qu'est-ce qui aura changé par rapport au mois de décembre aujourd'hui ? Sur le fait que j'entends dire plus de justice fiscale, ça veut dire plus d'impôts. Il faut dire les choses clairement, ça veut dire plus d'impôts dans un pays où déjà les impôts sont plus élevés d'Europe, en tout cas le deuxième pays d'Europe. Donc, si c'est pour recommencer des discussions sans fin et aboutir au bout à ce que, par de nouvelles concessions, on puisse avoir un budget qui termine à 5 ou plus de 5, ce n'est pas la solution.
C'est quoi la solution alors ? C'est le 49-3, les ordonnances ? Ce sont des outils constitutionnels ?
Moi, à titre personnel, et je le dis clairement, je préférerais que le gouvernement agisse par ordonnance. Je n'ai pas rencontré le Premier ministre, je ne sais pas ce qu'il va faire, donc je vous le dis. Je préférerais qu'aujourd'hui, on parte d'une base, d'un budget qui serait celui, et ce n'est pas du tout illégal, ce n'est pas un coup d'État, c'est prévu par la Constitution. Ça n'a jamais été fait, bien sûr, mais la situation n'a jamais été celle-là, par ordonnance, avec, en prononçant par ordonnance, par décret, disant c'est le budget de la nation, derrière, faire une loi de finances rectificative, très vite, qui permette de régler les problèmes à la marge qu'on n'ait pas réglés.
C'est-à-dire, en gros, de prendre, enfin très clairement, de prendre les amendements de l'opposition et de faire rentrer les demandes du PS dans le budget.
Non, pas tous les amendements de l'opposition. L'opposition demande encore 5 milliards d'impôts supplémentaires. Mais ce qui semble acceptable, en tout cas. Mais il y a des choses qu'on peut accepter, sur lesquelles on est revenu, et qui permettraient de terminer 4-7, 4-8, c'est le minimum que l'on doit faire.
Alors, vous êtes un professionnel de longue date de la politique, je le disais en introduction, mais vous êtes aussi vétérinaire de formation. Et en ce moment, il y a un deuxième écueil qui menace le gouvernement, c'est la crise agricole, la colère des agriculteurs, qui est très forte en cette rentrée, sur fond d'épidémie de dermatose nodulaire.
Hier, à votre place, et sur cette antenne, le ministre de l'Enseignement supérieur et de la Recherche, Philippe Baptiste, il appelait à faire confiance à la science, aux scientifiques, aux vétérinaires, qui ont contribué à l'élaboration du protocole d'abattage et de vaccination, parce qu'il ressurgit quand même un petit fond, allez, on va le dire, de complotisme, qui fleure un peu l'époque du Covid et les antivax. Ça vous inquiète, ce climat ?
Oui, ça m'inquiète, et je peux me baser sur mon expérience, non pas politique, mais mon expérience de vétérinaire. Vous savez, j'ai exercé une petite vétérinaire, j'ai connu René Cotit tout à l'heure, c'était pour plaisanter, ça m'a fait un peu d'humour, j'ai très bien. J'ai rencontré René Cotit une fois à Dijon, quand j'étais classé à Dijon. Donc, je peux parler, je suis un peu à Kenaton. Alors, donc, j'ai connu, moi, les épidémies, la fièvre rafeteuse. Quand il y avait la fièvre rafeteuse dans ce pays, on abattait le troupeau, on vaccinait autour, dans des rayons comme aujourd'hui. Et on a vaincu la fièvre rafeteuse. J'ai connu la tuberculose.
Tuberculose, et encore aujourd'hui, dans mon département Côte d'Or, on abat des troupeaux intégralement, parce qu'on évite, parce que la tuberculose, vous connaissez le drame sacré, et les difficultés pour l'économie. J'ai connu, en tant que ministre, la maladie de la vache folle. On abattait systématiquement aussi. Je dois dire que le syndicat majoritaire dans ce pays a compris que sur ce dossier, il était totalement solidaire de la science aujourd'hui, parce que... La FNSEA, pour ne pas le citer. La FNSEA, pour ne pas le citer. Voilà, dit, est totalement sur cette ligne, qui est la seule qui permet...
Et d'ailleurs, contrairement à ce que j'ai entendu de certains complotistes, dans les pays où la méthode a été appliquée, je pense à la Grèce en particulier, la dermatose a été éradiquée. Donc, c'est la seule façon aujourd'hui de le faire. Donc, ceux qui aujourd'hui pensent qu'on pourrait faire, qu'on va seulement à un bâtage partiel, la vaccination autour, contre les animaux. Il y a une période d'incubation, de 20 jours minimum, pour la maladie, plus, parfois, 30 jours après le vaccin. Pendant cette période, vous avez des contaminations et des déplacements d'animaux qui risquent d'entraîner des prouves plus graves.
Vacciner partout aujourd'hui, c'est mettre en cause l'économie de la viande bovine. Vous savez que, heureusement, d'ailleurs, après des années et des années de difficultés, jamais la viande bovine n'a été aussi chère. Donc, ne perdons pas aujourd'hui cette filière.
Il y a la dermatose, il y a le Mercosur, le fameux traité libre-échange avec l'Amérique du Sud, il y a la baisse du budget de la PAC, la politique agricole commune. Les agriculteurs sont très énervés, ont des motifs de colère. Est-ce que ça vous inquiète, ça, par rapport au gouvernement ?
Ça fait 50 ans que je suis élu, ces années. Ça fait 50 ans que les agriculteurs sont en colère. Ils ont toujours été en colère. Ils ont occupé mon domicile plus de 20 fois. Ils ont détruit une partie de ma maison pas mal de fois. Donc, je connais... Le ministère de l'Agriculture est un ministère de crise, de crise par ailleurs. Alors, sur le budget de la PAC, je crois qu'hier, c'était peut-être la raison pour laquelle Mme Mélanie a cédé sur le Mercosur. La Commission européenne a annoncé 45 000. Le budget de la PAC sera préservé et accru de 45 milliards sur quelques années. Ce qui veut dire quand même que, sur ce plan-là, la France a obtenu gain de cause.
Sur les engrais, les engrais avec les taxes nouvelles, je crois que là, on m'en demanderait des modifications et des aménagements pour que ça ne se répercute pas sur les Français. Maintenant, sur le Mercosur, c'est vrai que la France a toujours dit qu'elle ne signerait pas. Aujourd'hui, c'est la règle. La règle de l'unanimité ne joue pas. Je ne souhaite pas qu'il soit signé en Amérique du Sud dans les jours qui viennent. Mais on n'a pas la main. La France n'a pas la main. Rappelons tout de même qu'aujourd'hui, la filière laitière va plutôt pas mal.
Si demain, on ne trouve pas d'autres débouchés que les États-Unis ou la Chine qui se ferment aujourd'hui vis-à-vis de nous, ces filières ont des difficultés. Je ne parle pas de la filière viticole que je connais bien par ailleurs qui aujourd'hui dit... Je reviens. Vous savez, on avait dit ça sur le CETA, l'accord avec le Canada. On avait dit jamais le ciné au Sénat. On a eu des débats interminables. Aujourd'hui, l'accord avec le Canada est très positif pour la France. Donc, il faut, sur la part des choses, ce qu'il faut, c'est que si jamais il a été signé malgré nous, il faut que les garanties soient à la fois certaines et appliquées.
Et il y a déjà des garanties, il y a déjà des pas qui ont été faits.
Un mot sur 2027. On sait que vous êtes un des derniers des Mohicans à défendre Emmanuel Macron. Mais hélas, pour vous, il ne pourra pas se représenter. C'est la Constitution. En 2032, si. Oui, pas en 2027 en tout cas. Et pour 2027, en attendant 2032, donc il y a 2027, on constate qu'il y a pléthore de candidats dans ce qu'on appelle le bloc central macroniste, même si Édouard Philippe est, je crois, le seul officiellement déclaré, pour l'instant, le mieux placé dans les sondages. C'est qui le meilleur candidat aujourd'hui, selon vous, pour succéder à Emmanuel Macron dans cet espace politique ?
Le meilleur candidat, ce sera celui, je ne vais pas vous donner de nom aujourd'hui. Merci. Non, parce que d'abord, je ne connais pas tous les candidats. Vous savez, à un an des élections, beaucoup de gens sont toujours trompés. Il y a peut-être qu'en 2017 ou un an avant, je disais qu'Emmanuel Macron serait élu et que je faisais rire tout le monde. Pas beaucoup de gens étaient d'accord avec vous. Et quand je disais 4 mois avant qu'il serait devant Marine Le Pen au premier tour, tout le monde riait aussi. Bon, qu'importe. Là, non, c'est sur la méthode que je voudrais vous répondre.
En vous disant, il faut vraiment que mes amis du bloc central et des gens qui sont dans ce que j'appelle l'espace républicain traditionnel fassent un petit peu leur examen de conscience et pensent que s'il y en a 2 qui vont en même temps la faire réclasser. On dit aujourd'hui que l'élection du Front National est inexorable. Elle est sans doute sur un chemin qui pourrait la mener. Mais rien n'est fait. Rien n'est fait. Parce qu'on ne sait pas qui sera candidat.
On ne sait pas
qui sera candidat. Je pense plutôt que ce sera M. Bardella pour ce qui me concerne. Depuis déjà plusieurs mois, je le dis. Mais ce qu'il faut, c'est que demain, il y ait un candidat unique qui surgisse. Il faut que chacun laisse ses ambitions de côté et qu'on n'attende pas. Parce que le problème, la difficulté de cela, c'est que le ticket d'entrée pour le deuxième tour, il est à 15%. Et que tout le monde pense qu'il peut faire 15%. Tout le monde pense qu'il peut faire 15%. Mais républicain... Donc ça veut dire qu'il faut une primaire au sein du bloc central ? Non, je ne crois pas que le meilleur gagne. Les primaires, ça n'a jamais très bien réussi à personne. À François Hollande, peut-être.
Ni à la gauche qu'à la gauche. À François Hollande, oui. Mais vous voyez, quand vous voyez, vous parlez de François Hollande, Emmanuel Macron, rien n'est perdu. Donc, moi, je souhaite que demain, et je verrai bien un candidat que les Français considèrent comme rassurant, comme efficace, qu'il ne soit pas dans la promesse permanente, mais qu'il soit dans... J'allais dire, il faudra un candidat qui ait à la fois beaucoup de lucidité et beaucoup de courage.
Un candidat rassurant. Il y a un scénario qui ne rassure pas les Français. C'est celle d'un deuxième tour opposant Jordan Bardella ou Marine Le Pen d'un côté et de l'autre, Jean-Luc Mélenchon. Ça vous inquiète, ce scénario catastrophe ?
C'est bien ce que je vous dis. À partir du moment où le ticket est d'entrée, on sait aujourd'hui que le candidat du RN sera devant. Et que c'est dramatique, enfin, pour ce que se concerne. Même si dans les communes rurales chez moi, je vois bien monter le Rassemblement national. Donc, c'est le deuxième qui compte. C'est le deuxième. Si ceux qui font partie, j'allais dire, du bloc vraiment républicain ne s'unissent pas pour avoir un candidat qui puisse être devant Mélenchon, je ne vois pas... M. Glixmann, je crois qu'il a fait un peu d'illusion. Donc, il faudra vraiment qu'il y ait une décantation pour qu'il y ait un seul candidat du bloc central au deuxième tour.
Merci François Patria et encore une fois, très bonne année et à bientôt sur Radio-J. Merci beaucoup David. Votre invité demain matin sera Aurélien Rousseau, député Place Publique apparenté PS des Yvelines.
François Patriat