EN FRANCE, LES CONTRE-POUVOIRS N'EXISTENT PLUS | CEMIL HEBDO #5
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Chapitres
Répartition du ton (temps de parole politique)
Propositif 30 %Attaque 60 %Défensif 10 %
Affirmations vérifiables (citations exactes)
- 5:00CemilFait
« La ministre du travail avait touché 1,13 million d’euros lorsqu’elle travaillait encore chez Danone qui alors licenciait à tour de bras. »
- 10:00CemilChiffre
« La Fédération hospitalière de France estime le surcoût des contrôles du passe sanitaire à l’hôpital à 60 millions d’euros par mois. »
- 11:00CemilChiffre
« 60 millions d’euros, c’est environ la somme pour la construction d’un hôpital public entier. »
Modèle mistralai/mistral-small-3.2-24b-instruct:floor · prompt v1 · les citations sont vérifiées mot pour mot dans le transcript ; le taux de réponse directe est calculé à partir des verdicts question par question. Aucun label idéologique n'est produit.
Quelle drôle de démocratie ! Où les élections ont lieu sans les électeurs. Où des ministres peuvent trahir, mentir, voler sans être inquiétés par la justice mais plutôt soutenus par le président lui-même.
Et où ce sont des Conseils privés comme publics mais dans tous les cas corrompus par l’argent qui remplacent le parlement et les élus pour gouverner le pays dans une totale opacité. Quelle drôle de démocratie ! Qui voit gonfler sans cesse le budget de sa police toujours plus puissante et agressive tandis que l’humanité crève sur les trottoirs de sa capitale.
Et que la planète brûle, au sens propre comme au figuré. Mais bon, aucune raison de s’alarmer, jusqu’ici tout va bien. Bonjour, moi c’est Cemil, nous sommes en France en août 2021 et voici mon édito hebdo.
Que le Conseil Constitutionnel valide l’absurde Passe sanitaire est une chose. Que nous ayons pris l’habitude de compter sur lui comme seul et dernier rempart au délire macroniste en est une autre. Loi Avia, anti-haine, loi sécurité globale, loi renseignement, loi séparatisme, maintenant loi sanitaire.
Tout passe crème au Parlement où l’opposition est en nombre si faible que l’hémicycle est souvent surnommé "chambre d’enregistrement des désirs présidentiels". Notre démocratie est agonisante d’une part, du fait que nos représentants ne nous représentent plus. Il n’y a qu’à comparer la part des cadres supérieurs et d’ouvriers à l’Assemblée et dans la société.
Et d’autre part car il n’y a plus de contre-pouvoir nulle part. Que des faux semblants ici et là en trompe l’oeil comme pour offrir à celles et ceux qui ne souhaitent pas voir l’étendue du désastre, la possibilité de s’aveugler pour pas cher. N’empêche qu’un sentiment amer est largement partagé dans la population.
Nos institutions ne nous représentent plus, ne nous protègent plus. Pire, elles sont là pour faire joli comme pour le CESE où avait lieu la convention citoyenne pour le climat. Au pire, pour servir les intérêts du pouvoir exécutif et protéger les privilèges de certaines hautes-bourgeoisies, imposant leur désir, et leur idéologie partout de gré ou de force, traduisant là une certaine colère, une défiance qui gagne du terrain dans la population.
Car s’il y a une chose à retenir de ces dernières années, c’est bien le dégagisme, ce désir de faire table rase du passé encombré par trop d’injustices et de traitrises. Au risque de ne pas faire dans le détail, mais dans la douceur. Le terme a été abondamment utilisé par Jean-Luc Mélenchon lors de la dernière campagne présidentielle.
L’été suivant, et plus d’un an avant les Gilets jaunes, c’est le député des Bouches du Rhone qui le rappellera dans le contexte du scandale Pénicaud. Souvenez-vous, la ministre du travail avait touché 1,13 million d’euros lorsqu’elle travaillait encore chez Danone qui alors licenciait à tour de bras. Ceux là même qui demandent des efforts sont ceux qui semblent le moins s’y astreindre eux-mêmes.
Par conséquent, la crise politique n’est pas terminée, la vague dégagiste va continuer à travailler en profondeur notre pays. Le dégagisme donc a marqué ce quinquennat, et marquera sans doute l’époque. Et ce n’est pas là qu’une question d’anti-Macron.
Du traité de Lisbonne de 2007 qui viendra bafouer le "non" au référendum de 2005 jusqu’aux violences sociales que sont les réformes ultra-libérales d’Emmanuel Macron sur le chômage et les retraites. En passant par l’élection tout entière de François Hollande, ami de la finance en 2012. Sans oublier les scandales de Sarkozy, Fillon, Benalla… Les dernières générations dont je fais partie n’ont connu que trahisons et manipulations politiques.
Côté médias, censés être des contre-pouvoirs importants, ce n’est pas mieux puisque la plupart sont désormais entre les mains de mafieux de l’industrie qui ne rougissent pas en finançant ou en dopant partis et candidats politiques qui vont dans le sens de leurs intérêts. Le naufrage programmé du groupe Canal qui m’a beaucoup marqué. La domination agressive de BFMTV sur l’info politique, puis iTélé devenu le monstre Cnews, et Europe 1 qui suit le même chemin.
La sphère médiatique s’est radicalisée avec régulièrement des rappels au CSA sur son manque de pluralisme politique au bénéfice de la droite et de l’extrême-droite. Aujourd’hui, les chiffres et données du gouvernement, comme par exemple le nombre de manifestants dans les rues deviennent des infos relayées sans quasiment mettre de doute, de mise en perspective, voire de, sans préciser la source policière en fait. Ce qui fait de beaucoup de journalistes et de médias des porte-parole de l’exécutif.
Si je vous raconte tout ça, c’est parce que tous ces éléments composent la matrice du dégagisme que nous vivons. Des Gilets Jaunes aux anti-pass sanitaire, en passant par le mouvement climat, il y a un net rejet des représentants et des institutions qui s’illustrent de plus en plus comme inutiles, au mieux ou moins pire, ou menaçant au pire. Et dans tous les cas, rien ne va plus.
Si actuellement les flammes ravagent les forêts grecs et turcs, en France c’est un autre incendie, pas moins ravageur, qui menace de tout emporter. La crise sanitaire que nous traversons donne à voir l’incapacité de l’État machiniste à prendre les bonnes décisions en concertation avec les représentants du peuple et les partenaires sociaux et sans se contredire le lendemain. En gros c’est le chaos mais ça se pavane le col du polo relevé sur Tiktok pour y chanter ses propres louanges.
C’est ça le dialogue social macroniste, de la communication ringarde en ligne reprise en boucle par les chaines d’infos mordues de story-telling, en français : raconter des histoires. Il n’y a pas plus clair comme projet. En quoi son métier de banquier d’affaires peut aider Macron à être efficace en politique.
On est amené aussi beaucoup à communiquer, c’est-à-dire à raconter une histoire, donc on y apprend d’une certain façon des techniques, pas de manipulation de l’opinion, mais de, un petit peu… En bref, le président Macron avec son parti LREM semble vouloir être de l’incarnation du pouvoir, et du contre-pouvoir, communiquant seul ou en présence de journalistes acquis à sa cause, mais surtout gouvernant seul. Voici le conseil de défense réuni ce matin par Emmanuel Macron où les échanges sont classés secret défense. Ça donne le sentiment que le Conseil des ministres n’est plus là, et que c’est maintenant le conseil de défense qui décide de tout.
On l’utilise pour aider le président de la République à définir une stratégie sanitaire. C’est donc un détournement de la procédure. Dans quel pays du monde on fait un truc pareil ?
Et c’est l’élément de trop, le pompom, la cerise sur le gâteau du dégagisme général. Il a beau tenté de convaincre que nous étions en guerre sur un ton grave au début de la pandémie que l’ennemi invisible était le virus mais finalement la cible atteinte n’est autre que la démocratie. De conseils de défense en conseils de sécurité, de saisine du conseil, tantôt d’État, tantôt constitutionnel, mais le bien plus souvent levé auprès du cabinet de conseil privé McKinsey, qui nous coûte deux millions d’euros par mois.
Macron boude les institutions démocratiques de la République, préférant d’autres méthodes plus brutales. Parce que c’est bien de brutalité dont il s’agit quand un pouvoir se concentre autant dans les mains d’une personne seule et qui de fait brutalise et braque tout le reste. Qui nomme les préfets de police ?
Macron. Qui nomme les magistrats de parquets ? Macron.
Qui décide de la composition du conseil de défense ? Macron. Qui préside ces conseils ?
Macron. Qui désigne les directeurs de Radio France et France TV ? Le CSA.
Mais dont le président est nommé par Macron. Le président de la 5e république française est plus puissant dans son pays que le président états-unien dans le sien. Et la situation d’état d’urgence permanente entre risque terroriste et crise sanitaire accélère le naufrage démocratique en cours.
Oui, les mots sont forts. Naufrage, démocratique, tout ça. On est à ça de crier à la dictature.
Heureusement il n’en est rien. Nous ne sommes pas en dictature. Et c’est après Macron lui-même, son ministre délégué aux Transports Jean-Baptiste Djebarri qui nous le rappelle dans tweet du 5 août.
Le ministre affirme que les textes sanitaires ont été débattus au Parlement mais il ne précise pas que tout était plié en moins de deux, faisant voter les parlementaires à l’usure en pleine nuit. Et que même les sénateurs ont dénoncé un texte adopté "un pistolet sur la tempe". Quant au Conseil constitutionnel qu’a pris l’habitude de saisir Jean Castex tellement il ne semble plus douter de sa faible opposition, il relève un autre souci.
Arrêtons nous deux minutes sur son cas. Les soi-disant sages qui président ce Conseil sont issus de la classe dirigeante, ont brigué des mandats de députés, de ministres… Ils sont 9, renouvelés par tiers tous les trois ans, plus les ex-Présidents de la République, eux nommés à vie. Hum pourquoi pas.
Et devinez qui désigne à la fois le tiers des membres de ce conseil, et son président qui a une voix prépondérante sur les décisions ? Encore une fois, Emmanuel Macron. Et que ce soit Laurent Fabius qui est à la tête de ce conseil, alors que son propre fils Victor Fabius est directeur associé du cabinet McKinsey qui conseille l’exécutif sur la loi sanitaire ici validée.
Peu s’alarme de ce sérieux risque de conflits d’intérêts. Le président de la 5e République française a la main mise sur l’exécutif, sur une partie judiciaire via le parquet, peut imposer ses désirs au législateur, nomme les préfets de police et les directeurs de médias publics. Mais nous sommes en démocratie.
Parce que bin oui, il est tout à fait évident et rationnel que les choses se lisent comme ceci. Si nous ne sommes pas en dictature, c’est bien que nous sommes en démocratie non ? C’est comme le reste, il fait soit jour, soit nuit.
La porte est soit grande ouverte, soit parfaitement close. Cette pensée binaire est un piège qui menace toute la société dont j’avais fait le sujet principal de mon édito précédent au Média que je vous invite à aller visionner. Ce même Conseil constitutionnel qui valide ici la loi sanitaire sans même vraiment exclure les licenciements, crachant là sur le code du travail avait brillé tout récemment pour avoir jugé contraire à la Constitution le référendum sur les hôpitaux.
Il s’agissait pourtant d’un projet de référendum d’initiative partagée, le fameux RIP, rare outil de réelle démocratie en France, pour aborder la question sur l’accès universel à un service hospitalier de qualité. Les 9 sages du Conseil ont estimé qu’un article de la loi était contraire à la Constitution et on tout retoqué début août. En mai, c’était Emmanuel Macron lui-même qui renonçait finalement au référendum pourtant promis à la Convention citoyenne pour le climat.
Invoquant là l’absence d’accord du Sénat, alors que pour le reste il ne se gêne pas de passer en force. Difficile dans tout ça de ne pas voir de manigances, conflits d’intérêts et hypocrisie politique. Pendant ce temps-là, la Fédération hospitalière de France estime le surcoût des contrôles du passe sanitaire à l’hôpital à 60 millions d’euros par mois. 60 millions d’euros, c’est environ la somme pour la construction d’un hôpital public entier.
Mais il n’y a pas d’argent magique. Il n’y a pas d’alternatives aux économies imposées à la santé publique. Toujours début août, c’est la loi des séries : une nouvelle mauvaise nouvelle.
Les policiers mis en examen pour homicide involontaire dans l’affaire Cédric Chouviat ne seront pas suspendus. Décision de Gérald Darmanin en personne. Lui aussi concerné par la question de sa légitimité de rester en poste, donc un sage quelque part.
C’est toujours le fait que M. Darmanin est en train de délivrer des permis de tuer. Je crois qu’aujourd’hui quand on est de la police, on peut tuer librement.
On n’a pas de recours. Darmanin couvre tout. C’est-à-dire qu’aujourd’hui vous êtes dans la rue, on vous contrôle, on vous tue.
C’est ce qu’il s’est passé pour mon fils Cédric. On l’a contrôlé, on l’a tué. Sans aucun motif.
Les avocats déplorent la culture du déni, et l’un d’entre eux, Arié Alimi commente ainsi la situation. Ça remet une pièce dans la machine anti-démocratique, aggravant la situation, et nous éloignant toujours plus d’une quelconque réconciliation avec les institutions de cette République. Mécanisme naturel quand on brutalise et maltraite la population, elle se braque.
Et ce n’est pas en augmentant le budget matraque que ça va s’arranger. Ah bin oui tiens, la menace et le mépris, c’est peut-être la solution, on n’a pas encore essayé. Cette séquence surréaliste est pourtant bien réelle.
Le ministre de la Santé Olivier Véran qui a lui même par le passé était soignant gréviste contre les mesures libérales du gouvernement de l’époque, a depuis bien retourné sa veste. Adoptant le ton méprisant propre à la macronie, allant jusqu’à parler de loisir de faire grève. C’est littéralement insultant pour sa profession dont les soignants en grève restent assignés à leur poste.
Seuls ceux en repos ou en congés peuvent aller manifester. Mais qu’à cela ne tienne, Véran semble s’asseoir sur un droit constitutionnel fondamental, celui de faire grève, peu importe si la loi est votée ou non. Lui et son gouvernement vont-ils saisir le conseil en question pour faire valider leur lecture autoritaire de la chose.
Tout ça met en évidence un problème de fond, structurel, celui de la 5e République française qui n’est en rien démocratique. Et il est réellement sage pour le coup d’appuyer la rédaction d’une nouvelle Constitution afin de tendre vers une nouvelle République, une 6e pourquoi pas. Dans tous les cas, une sorte de 1ere démocratie.
Pour mettre fin à la confiscation du pouvoir par une classe bourgeoise qui domine de plus en plus avec violence pour asseoir leurs privilèges qui finiront par faire imploser la société tout entière. Et ça ce n’est pas raisonnable. Ce qui m’amène naturellement au Chili où depuis un mois maintenant a commencé là-bas le processus de rédaction de sa nouvelle Constitution.
Aux manettes de cet événement historique, une nouvelle assemblée constituante qui ressemble au Chili réel. Nous y trouvons des militants écologistes, des journalistes, des économistes, des dirigeants communautaires, des professeurs mais aussi des femmes au foyer. Et parmi eux, une vingtaine de manifestants et manifestantes ayant participé aux manifestations de fin 2019.
Les représentants des partis traditionnels sont minoritaires. Et aucune force politique ne dispose du tiers nécessaire pour mettre son véto. L’exercice sera démocratique, certes difficile, mais exaltant et à la hauteur de la demande du peuple.
Sur ce terrain, du Chili à la France, il n’y a qu’un pas. Crise ou pas, la soif de démocratie et de justice sociale est forte. Et la colère l’est plus encore quand le chemin emprunté par les dirigeants va à l’encontre des aspirations du peuple.
Ça en fait des sujets de débats passionnants en vue des prochaines présidentielles. On parie qu’ils feront difficilement concurrence aux thèmes de la sécurité et de l’islam ? Espérons toujours que non, mais essayons surtout d’être un peu plus acteurs de la situation.
Voilà c’est tout pour moi pour cette semaine. Merci pour votre attention. Je vous invite à réagir en commentaire, à liker, à partager cette vidéo si l’édito vous a plus.
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