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interviewRMC — Face à Face· 24 mars 2022 21 min

L'interview : Alexis Corbière - 24/03

Audio original de l'émission.

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

0:00
Présentateur

Vous écoutez RMC, l'interview à Pauline de Valherbe.

0:10
Alexis Corbière

Bonjour Alexis Corbière, merci de répondre à mes questions ce matin. Vous êtes député de la France Insoumise de Seine-Saint-Denis, vous êtes bien sûr un des soutiens de la campagne de Jean-Luc Mélenchon, et vous êtes également membre de la commission de défense de l'Assemblée Nationale. Vous êtes aux portes du premier tour, on le voit bien, et donc du deuxième, Jean-Luc Mélenchon qui monte dans les sondages, qui espère pouvoir passer cette barre du premier tour. Vous êtes aujourd'hui en troisième position dans les intentions de vote, et l'idée qui s'installe d'un vote utile à gauche autour de Jean-Luc Mélenchon.

On va y revenir bien sûr, mais je dirais qu'on commence par la Corse et par l'Ukraine. En Corse, les drapeaux sont en berne sur le bâtiment des collectivités territoriales à Ajaccio, en hommage à Yvan Colonna. Vous en pensez quoi vous ?

0:52
Présentateur

D'abord, je voudrais avoir une pensée pour Madame Erignac et les enfants du préfet Erignac assassinés. C'est inacceptable, intolérable. Et j'imagine, je ne les connais pas personnellement, qu'ils doivent regarder tout ça avec une certaine émotion, et je voudrais avoir une pensée pour eux. Monsieur Colonna et deux autres personnes ont été condamnées pour cet assassinat. Ma conception de la justice, c'est que ça n'est pas la vengeance. Donc une fois que j'ai une pensée pour Madame Erignac, je n'accepte pas non plus les conditions dans lesquelles Monsieur Colonna a trouvé la mort en prison.

Et je suis de ceux, comme parlementaire, qui participent à une commission d'enquête, qui souhaitent une commission d'enquête pour que toute la lumière soit faite. Sur place, il y a beaucoup de problèmes politiques, la Corse. Il faut s'intéresser au dossier de Corse, pas l'instrumentaliser, apporter des réponses au fait que les Corses ont beaucoup de difficultés pour vivre sur cette île, beaucoup de questions politiques qui sont mises en ébullition.

1:34
Alexis Corbière

Des questions, y compris de pouvoir d'achat. Exactement.

1:36
Présentateur

Ce que je veux dire, c'est que je souhaite qu'il y ait des réponses politiques, que le calme revienne. Personnellement, je ne l'aurais pas fait, il y a un drapeau en berne. Mais je ne vais pas rajouter non plus à des propos de surenchère à l'heure actuelle.

1:46
Alexis Corbière

Mais si vous considérez que c'est une faute, c'est ce que dit Emmanuel Macron ?

1:48
Présentateur

Je ne l'aurais pas fait, je ne l'aurais pas fait.

1:50
Alexis Corbière

Est-ce qu'il faut ?

1:51
Présentateur

Je ne suis pas non plus pour que d'un seul coup, il y ait des propos violents qui soient envoyés vis-à-vis des Corses, de caricatures, etc.

1:59
Alexis Corbière

Mais le mot faute, vous ne le reprenez pas. Vous dites je ne l'aurais pas fait, mais vous ne dites pas que c'est une faute.

2:01
Présentateur

Moi, je pense qu'en plus, ce que j'entends, c'est des gens intelligents, les Corses, M. Simoni, Je leur parle régulièrement, ne vous inquiétez pas, il y a des mésalliques. Moi, comme vous, je dis de la presse. Mais je pense qu'il y a aussi des traditions, n'y voyez pas malice, mais si tout ça permet à ce qu'il y ait un recueillement, c'est ça le message qui passe, recueillement nommé mort, on pense aussi à la mort du préféré.

2:24
Alexis Corbière

Vous êtes un peu sur un fil, Alexis Carbier.

2:26
Présentateur

Je suis sur un fil, parce que je pense qu'il faut être sur un fil sur ces sujets. Est-ce qu'il faut être sur un fil ? J'assume le fait que quand je vois la tension sur place, je suis pour ceux qui disent « On se calme, pas de violence, ne revenons pas au passé, n'oublions pas. » C'est pour ça que je commence en pensant à M. Irignac. Moi, je n'oublie pas, je n'oublie pas. C'est très clair ce matin. Je pense que c'est important, parce que j'ai été choqué par la mort de M. Colonna, qui est mort dans des conditions terribles. Et je pense aussi aux familles qui, depuis longtemps, demandaient le retour, notamment des trois personnes. M.

Alessandri, j'ai oublié le troisième aussi, qui reviennent à la prison de Bourgaux pour que ce soit plus près. Ils y avaient droit, 18 ans et 22 ans de réclusion. Moi, je ne suis pas pour la vengeance. Même les gens qui ont commis des choses terribles, et c'est ma philosophie de manière générale, ont droit à la justice. Ils auraient dû être ramenés, c'est une faute. M. le ministre de la Justice, M. le ministre de l'Intérieur, ou quelque part surtout de la Justice, portent une part dans la responsabilité. Beaucoup de questions. Je souhaite une commission d'enquête, qu'on comprenne pourquoi c'est comme dangereux. J'ai bien compris.

3:18
Alexis Corbière

Mais Alexis Corbière, tout ça, ça se passe dans un contexte, qui est le contexte aussi d'ouverture, par le ministère de l'Intérieur, de discussions pouvant aller, je cite, jusqu'à l'autonomie. Est-ce que la décision de la collectivité corse, qui est justement le partenaire de discussion aujourd'hui du gouvernement, de mettre ses dapos en berne, en hommage à quelqu'un qui a été condamné pour l'assassinat du représentant de l'État, est-ce que pour vous, c'est un motif de rupture des discussions ?

3:48
Présentateur

Il ne faut pas qu'il y ait des discussions qui s'arrêtent, il faut qu'elles commencent. Moi, je crois avoir répondu à ça. Nous, vous savez, on assume depuis un moment, on est pour, s'appuyant sur l'article 74 de la Constitution, qu'une discussion s'engage, il faut prendre en compte le caractère insulaire, mais de manière générale, et peut-être qu'on va arrêter sur ce point, ce n'est pas que je le fuis, nous, on est pour une sixième république, une assemblée constituante qui rediscute des conditions dans lesquelles nous voulons faire peuple tous ensemble, à savoir qu'elles sont les droits des citoyens.

Oui, mais je veux dire, vous et moi, on a sans doute des désaccords, je dis vous à travers ceux qui nous écoutent, et pourtant, moi, je suis pour que nous soyons une nation politique, pas une nation ethnique, comme certains veulent nous.

4:22
Alexis Corbière

Mais vous auriez été pour l'autonomie ?

4:23
Présentateur

Je suppose qu'on discute, il faut que les Corses puissent vivre normalement, et vous savez, bien souvent...

4:28
Alexis Corbière

Mais ils ne vivent pas normalement aujourd'hui ?

4:30
Présentateur

Les services publics ne sont plus dégradés, il y a un discuteublement de la part de l'État... Mais est-ce que c'est la faute de l'État ? Oui, il y a eu aussi de la part de l'État des sous-investissements, il y a eu aussi des éléments de corruption, de détournement d'argent, toute une série de choses dont il faut parler. Mais moi, je veux dire, quand je discute avec des Corses qui me disent qu'on veut vivre et travailler chez nous, mais le prix des habitations est tel, en raison de la spéculation que je ne peux même pas vivre sur l'île, parce que c'est hors de prix, c'est un vrai sujet.

Moi, je ne suis pas d'accord avec ça, sur le fait que ce soit des riches de métropole ou des riches européens qui en aient trust toute la côte et que le Corse, lui, ne puisse pas vivre chez lui.

5:01
Alexis Corbière

Alexis Corbière, vous êtes, je le disais, député de la France insoumise de Seine-Saint-Denis et vous êtes membre de la commission de défense de l'Assemblée nationale. Hier, Volodymyr Zelensky s'est adressé à vous tous, députés français, et aujourd'hui, à Bruxelles, il y aura le sommet du G7, le sommet de l'OTAN et le sommet de l'Union Européenne. On est à un moment charnière de cette guerre en Ukraine. Il y a la question des sanctions, il y a la question des armes. Je voudrais d'abord qu'on commence par la question des armes. On a appris que la Grande-Bretagne allait encore davantage fournir des armes au peuple ukrainien.

Est-ce que vous pensez qu'il faut fournir davantage d'armes au peuple ukrainien ?

5:36
Présentateur

Nous, notre position, encore depuis le début, c'est qu'il y ait des sanctions économiques, politiques, isolées, Poutine, qui soient faites, le faire avec énergie. On s'appuie un peu sur ce que nous disent des économistes. Je pense notamment à M. Piketty qui nous dit qu'il y a 20 000, on les appelle les oligarques russes, des gens qui possèdent au moins plus de 10 millions d'avoirs, qui l'ont obtenu sans doute sur le fait de la cryptocratie qui s'est mise en place autour de M. Poutine. Et 85% de la fortune de ces gens sont en Europe et beaucoup en France. Frappons-les. Ils ont le frappons-les symboliquement, mais je veux dire, saisissons-leur bien. Parce que ça, ça met la pression.

6:04
Alexis Corbière

On ne le fait pas assez, là ?

6:05
Présentateur

Sans doute, on ne le fait pas assez. Les détails, mais surtout, sans doute que ça doit aller beaucoup plus loin. Jusqu'à présent, on parlait d'un yacht auprès de la Ciotat. On peut faire mieux.

6:17
Alexis Corbière

Ça ne fait pas grand-chose si c'est en effet qu'un yacht qui a été chopé.

6:19
Présentateur

Il faut que des gens se disent être amis avec M. Poutine. Ça fait mal aujourd'hui parce que ça, ça met la pression politique sur M. Poutine. Je pense aussi d'ailleurs au peuple russe qui manifeste. Je repose la question sur les armes. Alors, j'entends bien. Nous, depuis le début, on dit attention à ne pas rajouter de la guerre à la guerre pour ne pas rentrer dans une spirale parce que moi, je le dis à ce micro clairement, je ne souhaite pas que la France rentre dans la guerre pour que nous allions vers une troisième guerre mondiale. Je ne le souhaite pas pour mon pays, pour l'Europe, pour le monde. Donc, il faut être prudent. M.

Poutine est l'agresseur indiscutablement, mais on doit trouver tous les moyens.

6:49
Alexis Corbière

Mais il y a quelqu'un qui le souhaite franchement aujourd'hui ?

6:50
Présentateur

C'est-à-dire que...

6:52
Alexis Corbière

Même si certains disent qu'il faut y aller, est-ce que c'est un choix ?

6:54
Présentateur

Chère Apolline de Malherme, nous sommes, vous et moi, des connaisseurs de l'histoire du XXe siècle. Il peut y avoir des engrenages ou même si on ne le souhaite pas, en l'espace de quelques semaines, on crée les conditions d'un conflit. Alors, attendez, une fois qu'on a dit ça, que les choses soient claires. Moi, je ne suis pas président de la République. Je ne suis pas, comment dirais-je, dans une fine connaissance des sujets. Et toutes ces questions-là sont, si je puis dire, sous la responsabilité du chef de l'État. Une chose qui me choque à l'heure actuelle, parce que vous dites que je suis député, vous me faites plaisir, mais moi, comme député, je ne suis associé à rien.

Aujourd'hui, nous avons une situation où il n'y a aucun cadre, un minimum collectif pour savoir comment apprécier véritablement la situation. Et je pense qu'on gagnerait à avoir un caractère beaucoup plus collégial face à des choses aussi importantes.

7:35
Alexis Corbière

Mais moi, je vous prends au mot, je vous prends au mot, prenons ce matin les décisions. C'est-à-dire, si vous étiez, vous dites, vous vous plaignez de ne pas être suffisamment associé à toutes ces décisions. Si vous étiez associé davantage à ces décisions, je voudrais quand même revenir sur un mot.

7:48
Présentateur

Je biaise pas, vous avez compris que ma philosophie de dire depuis le début, je ne sais pas, attention à ne pas, parce que si on prête des armes, si on amène des chars... Vous dites, je refuse l'engrenage. Ça, j'ai bien entendu. C'est important parce qu'il y a des gens qui ont des discours beaucoup plus bellicules. Maintenant, je vais vous poser

7:59
Alexis Corbière

une question très concrète. On le voit bien, la Russie joue avec une forme de provocation lorsqu'elle va utiliser de plus en plus d'armes qui sont des armes proches des armes chimiques. Les Ukrainiens disent aujourd'hui que la Russie aurait utilisé des armes à phosphore. Si la Russie, demain, dépose une bombe un peu trop près de la frontière polonaise, est-ce que vous continuerez à dire non, non, mais je refuse l'engrenage. Je ne souhaite pas la guerre. Pause, on n'est pas prêts.

8:26
Présentateur

Madame Debaner, vous êtes d'accord avec moi que ce que je dis aujourd'hui peut, comme tout le monde, évoluer sur un abruti si je ne disais pas ça. La situation, elle a évolué. Le Poutine d'aujourd'hui, ce n'est pas le même qu'il y a quelques mois. Tout le monde l'a compris. Poutine, il a été décoré par Jacques Chirac. Il a été reçu par Madame Hidalgo, Monsieur Macron, d'accord ? Donc, il a sans doute évolué. Moi, je ne suis pas du tout l'ami de cet homme. C'est lui l'agresseur. Maintenant, ce que je dis, toute appréciation, en fortiori, dans la période de conflit, doit être fine, pas des caricatures grossières.

Je dis à ce stade, je souhaite à ce stade, politiquement, je suis pour qu'on agisse, pour que ce soit des solutions diplomatiques. Même ce que M. Zelensky nous a dit hier, c'est qu'il a souhaité que la France prenne des initiatives aussi pour aller vers la paix. Alors, que disons-nous ? Pourquoi ne réunirions-nous ? Ce n'est pas le moment, pardon, de réunir l'OSCE, l'Organisation pour la Sécurité et la coopération en Europe. Forcer, si je puis dire, tous les partenaires, y compris les Russes, y compris M.

Poutine, à rediscuter que veut-il, que veulent les Ukrainiens, la place éventuellement des frontières qui ne doivent pas bouger, de ce qui peut être fait éventuellement, cette participation ou pas à l'OTAN. M. Zelensky, je lis la presse comme vous, aurait dit qu'il était prêt à ne plus avancer vers l'adhésion à l'OTAN. Ça, c'est des éléments de paix. Est-ce que c'est possible ? Est-ce qu'on peut discuter de tout ça ? Il le faut. Et quand nous disons, nous, que nous souhaitons une France non-alignée, qu'on nous comprenne bien. Est-ce qu'on peut continuer à être non-aligné ? Évidemment.

9:43
Alexis Corbière

Est-ce que ce n'est pas une forme de lâcheté ?

9:45
Présentateur

Non, au contraire, c'est le courage. C'est le courage. Le courage, parce que c'est ce qu'il y a de difficile. Là où la France est grande, c'est quand elle n'est ni alignée sur l'oligarque, M. Poutine, et ses intérêts aujourd'hui, ni aujourd'hui alignée sur les États-Unis d'Amérique qui aussi ont leurs intérêts dans l'ordre du monde et parfois le désordre du monde. Vous les mettez dos à dos ? Je ne les mets pas dos à dos, mais je dis que la France...

10:06
Alexis Corbière

Franchement, vous mettez dos à dos ce matin la Russie de Vladimir Poutine et l'Amérique de Joe Biden ?

10:10
Présentateur

Non, je ne les mets pas dos à dos. Je dis que les intérêts de la France ne sont pas les mêmes.

10:13
Alexis Corbière

Vous ne voulez pas choisir entre les deux ?

10:14
Présentateur

Je suis pour que la France ait une voie indépendante là-dedans. L'indépendance de la France fidèle à ce qu'était le gaullisme historique. Quand, à un moment donné, le général de Gaulle, face à des situations de grande tension, avait pu, par un moment, dire, quand il y avait eu des missiles à Cuba, je prends un vieil exemple, refuser la présence des missiles à Cuba, mais par la suite aussi, dire aux Américains que ce qui faisait à Tempen était intolérable. Moi, je suis pour cette France-là, cette France qui est amie avec le peuple américain, qui est amie avec le peuple russe et qui est un facteur dynamique et efficace, éventuellement, de rencontres diplomatiques pour aller vers la paix.

Ça, c'est exigeant. Voilà, c'est tout. Je veux dire, c'est la France, telle que je l'aime, qui parle au monde entier et qui permet de dire... Parce que les intérêts... Il y a aussi, vous savez, le peuple américain, c'est un peuple généreux, mais les États-Unis d'Amérique et son gouvernement et son économie qui repose beaucoup parfois sur l'industrie militaire peut avoir certains intérêts. Mais c'est-à-dire quoi ?

11:00
Alexis Corbière

Qu'ils ont des idées derrière la tête ?

11:03
Présentateur

Ça veut dire aujourd'hui que les États-Unis sont très endettés en direction de la Chine, qu'il y a une tension qui est là, surtout. Nous devons penser le monde dans sa complexité. Les États-Unis d'Amérique sont très endettés en direction de la Chine. La tension avec la Chine, elle est potentiellement...

11:14
Alexis Corbière

C'est-à-dire quoi ? Ça les arrange, cette guerre ? Non, non. Si je vais jusqu'au bout

11:17
Présentateur

de ce que vous laissez en train ? Ça les arrange, non. Ils ne l'ont pas souhaité. Ce n'est pas ça que je dis. Mais je dis que nous devons penser le monde aussi d'une façon ou moins mon idée pour aller simplement. De ne pas pousser M. Poutine trop vers la Chine. Et c'est au contraire d'avoir... Quand je dis isoler M. Poutine, c'est éventuellement l'isoler de la Chine. Bon, voilà. Et ça, la France, elle, elle peut avoir là-dedans un rôle particulier. Je le souhaite. Et si Jean-Luc Mélenchon était président, c'est ce qu'il faudrait.

11:41
Alexis Corbière

Sur les conséquences économiques ici et les sanctions supplémentaires. D'abord, une question sur s'il y a un champ de sanctions supplémentaires qui sont annoncées aujourd'hui. C'est ce que promettent les Américains. Certains disent que c'est des sanctions qui pourraient nous faire, y compris à nous, très mal. Si on finit par véritablement décider de fermer véritablement le robinet de gaz et de pétrole, ça aura des conséquences. Est-ce qu'il faut aller jusque-là ? Est-ce qu'il faut se dire entre les deux, je préfère, oui, pour des raisons éthiques, tant pis, ça aura des conséquences. Mais prenons cette décision. Est-ce que c'est ça le courage ?

Ou est-ce qu'au contraire, le courage, c'est de ne pas fermer le robinet ?

12:17
Présentateur

Peut-être que la vérité, un poil entre les deux, Bon, déjà, j'espère qu'on va parler social et parce que la campagne présidentielle ne se loue pas que là-dessus.

12:23
Alexis Corbière

Ça a quand même des conséquences sociales très importantes.

12:25
Présentateur

J'entends bien. Moi, ce que je pense, c'est que nous devons avoir des sanctions qui sont efficaces, pas des sanctions symboliques parce que c'est la campagne présidentielle et qui se retourne contre nous et qui n'ont strictement aucune efficacité pour poser sur M. Poutine. D'accord ? Petit 1. Petit 2, que nos entreprises françaises cessent leur activité durant la guerre, je suis plutôt pour. Je pense que ça, c'est bien. Mais attention, cesser ces activités pendant la guerre, ça ne veut peut-être pas dire...

12:47
Alexis Corbière

Ça ne veut pas dire les abandonner. Ça ne veut pas dire totalement partir

12:48
Présentateur

parce que moi, j'ai entendu ce que dit le PDG de Total. Je n'ai pas de sympathie pour Total qui est un groupe qui, au niveau écologique, a sans doute de très mauvaises actions sur l'ensemble du monde. Mais quand il dit « Attention, si moi, je m'en vais, je laisse 13 milliards sur place et je fais un cadeau à Poutine, on peut se dire qu'il n'a peut-être pas tort sur le fait que finalement, on dit que c'est efficace et puis en fait, ça ne fait que profiter à l'oligarchie russe et nous, ça nous met... »

13:08
Alexis Corbière

Donc vous ne seriez pas favorable à l'idée que Total quitte totalement la Russie.

13:11
Présentateur

Je viens de vous dire que j'ai entendu le message et je pense que ça peut être très fort le fait que... Vous ne diriez pas comme Yannick Jadot que Total est complice

13:19
Alexis Corbière

de crimes de guerre ?

13:20
Présentateur

La formule, elle est trop brutale. Non mais Total a des responsabilités dans le désordre écologique de la planète sans aucun doute. Mais là, il faut mesurer ses propos. Mais je pense que Jadot, il est pris dans la campagne présidentielle, il en rajoute beaucoup pour être entendu. Je veux dire, c'est fort comme parole et puis ce n'est pas vrai. Le complice, c'est M. Poutine, c'est l'armée russe, ce n'est pas les entreprises françaises. Est-ce que Décathlon,

13:40
Alexis Corbière

est-ce que Leroy Merlin, est-ce que Auchan, est-ce que les entreprises du groupe Munez peuvent rester en Russie ?

13:44
Présentateur

Je vous ai donné la réponse. J'entends, j'ai entendu M. Zelensky que durant le conflit, pendant que les armes parlent, l'activité d'entreprises françaises peuvent cesser.

13:52
Alexis Corbière

Ces entreprises, elles ont été citées hier par Volodymyr Zelensky qui parlent à leur endroit de sponsors de la guerre qui devraient donc quitter la Russie. La quitter le temps de la guerre, c'est ça ce que vous dites ?

14:02
Présentateur

Cesser l'activité, oui, je suis plutôt pour. Ça, je suis pour. Après, quitter définitivement, laisser la place à d'autres entreprises et, comme je vous le dis, tourner de plus en plus la Russie vers la Chine, ça se discute. Ça se discute en termes d'efficacité. Moi, si on me démontre que c'est efficace, vraiment, je suis pour. Si on démontre qu'en fait, c'est tout l'inverse et qu'en fait, ça ne fait que renforcer l'isolement, si je puis dire. Enfin, du moins, le fait que la Russie nous tourne le dos encore plus, passe un accord avec des entreprises chinoises et que ça nous met en difficulté économique et ça renforce M. Poutine.

14:29
Alexis Corbière

Renaud a fini par céder.

14:30
Présentateur

Non, mais très bien. Non, mais pourquoi pas ?

14:32
Alexis Corbière

Vous applaudissez quand même la décision de Renaud ?

14:33
Présentateur

C'est des décisions qui sont pertinentes, qui ont une portée. Elles ont l'air d'avoir un certain poids. Je suis pour tout ce qui va vers la paix. Je suis pour tout ce qui ne passe pas par les armes. Je suis pour tout ce qui permet de pouvoir créer les conditions de, là encore, que ce soit des solutions diplomatiques et pas militaires. Je suis pour. Moi, j'ai la passion de la paix. C'est ça le débat. Et je vois bien, parce que je prends cette situation au sérieux et l'irresponsabilité de M. Poutine que nous sommes dans une logique qui peut être dangereuse.

Et c'est pour ça que c'est le moment de sortir plus que jamais des paroles, qui sont des paroles diplomatiques où la France, elle, peut se faire entendre.

15:02
Alexis Corbière

Alexis Corbière, Jean-Luc Mélenchon qui dit que plus que jamais, il croit en effet possible le fait d'être présent au deuxième tour. C'est un vote utile, comme le dit Ségolène Royal, qui d'ailleurs dit que c'est grâce à elle que vous êtes remonté dans les sondages.

15:18
Présentateur

Très bien. Tous ceux qui disent à un moment donné que c'est un vote qui a une efficacité et qui a une pertinence, j'applaudis. Un mot sur ce vote utile, c'est que je n'aime pas l'idée que ceux qui ne voteraient pas Mélenchon feraient des votes inutiles. J'invite d'abord toutes les citoyennes et tous les citoyens à aller voter. Quelque part, pardon, c'est mon moment, ma seconde civique. Mais là-dessus, tout le monde est d'accord. Oui, mais répétons-le. Moi, je veux dire, ce que j'observe aujourd'hui, vous parlez beaucoup des sondages, c'est qu'actuellement, 69-70% des Français dit ce qu'ils vont aller voter. L'année dernière fois, c'était 78%. Je souhaite que la participation augmente.

Vous pourriez avoir une abstention

15:49
Alexis Corbière

encore, en effet.

15:50
Présentateur

Je ne le souhaite pas, c'est une des clés qui pourrait permettre à ce que Jean-Luc Mélenchon soit au second taux et pourquoi pas qu'il l'emporte 15 jours plus tard s'il y a une forte participation populaire. Parce que je sais souvent, ce que c'est les miens, si je puis dire, moi, je suis élu de Saint-Saint-Denis, ceux qui s'abstiennent, ce sont les milieux populaires, dégoûtés de tout, ayant l'impression qu'aucune réponse ne sera portée à leurs problèmes à l'occasion de ces élections. Je leur dis avec Jean-Luc Mélenchon que vous aurez la retraite à 60 ans. M. Macron veut la mettre à 65. Et Mme Le Pen aussi veut reculer l'âge de la retraite. Vous aurez le SMIC à 1 400 euros.

Vous aurez la défense des services publics, des créations de postes d'enseignants. Vous aurez des mesures écologiques, énergiques. Vous aurez un changement politique, institutionnel. Avec une sixième main publique, vous aurez plus de droits comme citoyens pour contrôler les élus, pour les révoquer éventuellement, pour des référendums d'initiatives citoyennes. La fin de cette concentration de pouvoir sur Anselm, telle que la monarchie présidentielle aujourd'hui le fait. Bref, vous avez tout à gagner avec le vote de Jean-Luc Mélenchon. Un autre monde est possible, à commencer par une autre France. Ça vaut le coup. Et on peut y arriver à quelques points.

16:42
Alexis Corbière

Avec un vrai clivage, puisque depuis qu'Emmanuel Macron est rentré en quelque sorte dans la campagne, sans y rentrer complètement, mais enfin, ses propositions sont sur la table, il y a une vraie confrontation d'idées. Il y a cette idée, notamment du chèque alimentaire qu'il a précisé hier. Ce chèque alimentaire qui serait à destination des plus modestes, autour, on commence à se dessiner d'une quarantaine d'euros, dit-il. Mais par contre, il précise dès maintenant que ce serait à dépenser dans des magasins de circuit court ou d'alimentation vertueuse. Est-ce que vous estimez que c'est une bonne idée, que c'est une manière de permettre aux plus modestes de s'alimenter mieux ?

17:14
Présentateur

Tout ce qui permettrait réellement de s'alimenter mieux, pourquoi pas ? Mais nous, on est pour le blocage des prix. Ce qu'on constate surtout si vous faites vos courses et sans doute que vous les faites comme tout le monde et les gens qui nous regardent le font, c'est que les prix sont en train de flamber. C'est une loi. On le peut par décret, ça a déjà été fait. Blocage des prix sur les produits de première nécessité.

17:33
Alexis Corbière

De quels prix ?

17:34
Présentateur

Sur les produits de première nécessité.

17:35
Alexis Corbière

Le palier d'aménageur.

17:36
Présentateur

Voilà. Jean-Luc a raison, Mélenchon prend l'exemple de la réunion où le préfet réunit une commission avec des acteurs de la vie, des syndicats, des organisations patronales et on discute ensemble de quels sont les produits de première nécessité. On pourrait faire pareil. C'est quoi ? C'est l'hygiène ? C'est l'alimentation ? Des produits d'hygiène, évidemment des services hygiéniques pour les femmes, des produits pour les bébés, des produits de base, pas des produits de luxe, pas des choses qui sont du champignon, mais ce qui permet de nourrir et de vivre dignement.

18:03
Alexis Corbière

Bloquer combien de temps ?

18:04
Présentateur

Le temps qu'il faut, comme dirait l'autre. Justement le temps que face à une situation qui est singulière, nous ne soyons pas étranglés. C'est une question de dignité. Je répète, les gens qui parfois se disent mais qu'est-ce qu'ils racontent ? La loi, elle permet, ça a déjà été fait, ça n'a rien d'exceptionnel. Le pouvoir politique doit intervenir. Ce n'est pas l'économie qui doit, de manière débridée, nous mettre en difficulté.

18:27
Alexis Corbière

Le RSA conditionné aux activités avec Emmanuel Macron qui a dit hier que si c'était des activités, en effet des emplois à mi-temps qui doivent être payés au SMIC, ils seraient en plus payés au SMIC à mi-temps.

18:40
Présentateur

J'ai vu, ça commence à se complexiter.

18:41
Alexis Corbière

Ça veut dire quoi ?

18:42
Présentateur

J'avoue qu'il faut suivre le raisonnement de M. Macron, Mme Borne, etc. Revenons à l'essentiel. Pourquoi ? Ce que je n'aime pas, c'est l'attendu idéologique. Sous-entendre que les gens qui touchent le RSA ne se bougeraient pas assez pour trouver du boulot. Je n'aime pas. Savez-vous qu'actuellement, au moins un tiers des gens qui pourraient être bénéficiaires du RSA ne le perçoivent pas parce qu'ils ne le demandent pas ?

19:02
Alexis Corbière

À cela, Emmanuel Macron répond qu'il va justement faire les aides à la source, c'est-à-dire que ce soit automatique pour tous ceux qui l'ont.

19:08
Présentateur

Il avait dit exactement la même chose en 2017 et ne l'a pas fait. D'accord ? Donc aujourd'hui, un tiers de gens supplémentaires

19:15
Alexis Corbière

n'envisagent même pas de le demander, ne savent même pas qu'ils le boivent. Ils ne savent pas

19:17
Présentateur

mais je les connais. Des gens qui sont paumés tellement ils sont écrasés. Donc cette idée dans ce pays qu'il y aurait des profiteurs qui seraient dans le RSA, qu'on dépenserait trop est une sottise. On ne dépense pas assez pour le RSA. Deuxièmement, qu'est-ce que c'est que cette histoire de dire en gros qu'il va falloir qu'ils aillent bosser en étant payés 6,60 euros de l'heure ce qui est nettement en dessous du SMIC. Alors depuis, je vois que M. Macron nous explique que peut-être qu'ils travailleront cette fois-ci au SMIC. Bref, créons du boulot. Nous, c'est le garantie emploi que l'on propose. Il y a des besoins importants de travail. Ça, c'est une chose.

Créer de l'emploi notamment en permettant quand je parle de la retraite à 60 ans, ça permettrait de dégager sans qu'en août 700 000 personnes jeunes qui pourraient rentrer sur le marché du travail. Il y a des besoins, les métiers du lien, sûrement pas une allocation pour des gens en situation de pauvreté à une espèce de sous-travailleurs, de working poor, comme le disait en Grande-Bretagne, de travailleurs pauvres qui vont faire des petits boulots sous-payés. Cette conception philosophique de la société, je ne suis pas d'accord et en plus, j'espère avoir été compris, je n'aime pas l'attendue intellectuelle qui consiste à dire on gaspille de l'argent avec des gens qui ne fichent rien.

Ça, c'est ce mépris des pauvres m'insupporte. Donc, ce n'est pas dans notre projet.

20:21
Alexis Corbière

Le mépris des pauvres, vous êtes contre. C'est-à-dire du côté, je disais, il y a un vrai clivage qui s'est à nouveau redessiné dans cette campagne.

20:35
Présentateur

Je termine sur une chose. 5 personnes aujourd'hui possèdent autant que 40% de la population, 27 millions de gens. Ça, c'est le bilan de M. Macron. Ça, c'est la vérité. Je ne parlais pas de l'illégalité,

20:43
Alexis Corbière

je parlais de la question des emplois.

20:44
Présentateur

Oui, mais c'est un peu lié. Quand beaucoup de fortunes s'accumulent sur une poignée de gens, ça ne crée pas de l'emploi.

20:49
Alexis Corbière

Merci Alexis Corbière d'être venu répondre à mes questions ce matin. député La France Insoumise de Seine-Saint-Denis, membre de la commission de défense et puis évidemment de l'équipe de Jean-Luc Mélenchon. Il est 8h53.