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interviewFrance Inter — L'invité de 6h20· 21 juin 2021 14 min

Sandra Regol : "Après le premier tour des régionales, le parti qui est en dynamique, c'est EELV"

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

0:01
Présentateur

Il est 6h14, une carte de France en bleu et rose. Voilà la photo du premier tour des élections régionales. Ce scrutin a été marqué par les bons résultats des présidents de régions sortant, qu'ils soient républicains ou socialistes. Quelle place pour les autres partis ? Nous allons voir cela avec nos deux invités, Mathilde Panot pour les Insoumis et Sandra Regol pour les écologistes. Et avec moi également, Yael Gauze, le chef du service politique de France Inter. Bonjour à tous les trois. Bonjour Mathilde. Je commence par vous Sandra Regol, vous êtes la secrétaire nationale adjointe d'Europe Ecologie, les Verts. Ce matin on a donc une carte en bleu et rose et le vert.

Est-ce que vous êtes satisfaite de vos résultats ?

0:44
Sandra Regol

Alors c'est compliqué d'être vraiment satisfaite quand on voit l'abstention record qu'il y a eu hier. Cependant si vous me posez la question uniquement du point de vue des écologistes, oui je suis obligée de vous dire qu'on est satisfait. On double quasiment notre score par rapport aux élections de 2015. C'est un score que n'avaient jamais atteint jusque-là les écologistes. On est en capacité avec nos alliés de se mettre en position, de gagner les pays de Loire, de gagner l'île de France.

On est aussi deuxième dans des régions importantes stratégiques comme Auvergne-Rhône-Alpes où on nous prédisait être dans les tréfonds des élections et où on passe devant le Rassemblement national et derrière M. Wauquiez. Oui, il y a largement de quoi se satisfaire de ça malgré ce contexte qui ne donne rien de satisfaisant.

1:39
Présentateur

Vous ne parlez pas de la région Provençal-Peucôte d'Azur qui est quand même un point essentiel puisque celui qui a porté vos couleurs, Jean-Laurent Félizia, est arrivé en troisième position avec 16% des suffrages derrière le RN Thierry Mariani et le LR Renaud Muselier. Et il a décidé de se maintenir. Il n'y aura donc pas de front républicain. Vous pensez pouvoir encore le convaincre de renoncer ?

2:03
Sandra Regol

On essaye, oui, bien sûr. En tout cas, à cette heure, il n'y aura ni logo Europe Écologie Les Verts, ni logo PS, ni logo PC, ni aucun autre logo qui était soutien au premier tour sur cette candidature.

2:15
Présentateur

Mais vous comprenez son attitude ? Parce que renoncer, ça veut dire renoncer à avoir des élus pendant six ans ?

2:19
Sandra Regol

Je comprends l'interrogation qui préside à cette réflexion, c'est-à-dire de se dire que le fait de se retirer ne suffit pas à mobiliser l'électorat pour aller vers les urnes au second tour. En revanche, dans cette situation particulière, avec ce risque de voir Thierry Mariani, Rassemblement National, en tout cas soutenu par le Rassemblement National, être élu à la tête de cette région, quand on envisage les dégâts qui pourraient être faits pour les habitantes et les habitants, eh bien, on a un devoir de responsabilité qu'on assume comme on l'a toujours fait.

2:53
Mathilde Panot

Yalgoz ? Quand il y a ce risque en 2015, en décembre 2015, au premier tour des régionales, le Parti Socialiste, François Hollande, dit à Christophe Castaner, tu te retires, c'est trop dangereux, le RN peut gagner. Vous, vous avez une instance nationale, le bureau exécutif, qui dans la nuit a dit, Jean-Laurent Félizière, vous n'aurez pas l'investiture, il ne vous écoute pas. Qu'est-ce que ça dit ? Vous n'avez pas autorité sur votre tête de liste ?

3:13
Sandra Regol

Ce n'est pas une question d'autorité, c'est une question d'organisation. Chez nous, ce n'est pas Paris qui décide pour les régions, mais les régions qui décident pour elles-mêmes.

3:20
Mathilde Panot

Donc, c'est un excès de décentralisation qui fait qu'à la fin, les Verts font un peu ce qu'ils veulent où ils veulent ?

3:24
Sandra Regol

Une décision sur laquelle on n'agrée pas n'est pas forcément un problème dans l'organisation. Ce qu'on met en place et ce qu'on revendique, c'est que chaque décision doit être prise à l'échelle de l'endroit qui est concerné. Il se trouve que pour cette décision-là, qui a des conséquences qui sont importantes, la direction du parti, à savoir le bureau exécutif, a pris ses responsabilités en retirant le logo. Parce que non, Europe Écologie Les Verts ne peut pas participer à une stratégie qui peut faire gagner le Rassemblement National. C'est notre engagement, on l'a toujours tenu, on le tiendra toujours.

Et pourtant, c'est douloureux d'en arriver là, quand des compagnons de route font des choix qui ne sont pas ceux qui vont pour le collectif.

4:08
Présentateur

Sandra Regol, autre région très intéressante du point de vue des Verts, des écologistes, ce sont les Hauts-de-France. C'est la seule région où la gauche était unie sur ce premier tour. Une liste emmenée par une écologiste, Karim Adéli. Que retenez-vous de ces résultats ? Le Vert à moitié plein, c'est-à-dire que la gauche va faire son retour dans l'hémicycle régional, ou le Vert à moitié vide, c'est qu'ils sont quand même, vous êtes quand même très très loin derrière les premiers.

4:32
Sandra Regol

J'ai bien envie de garder le Vert à moitié plein pour bien commencer la journée. Et je vais même le garder deux fois, puisque le Rassemblement National, malgré tout ce qui nous avait été dit, malgré les sondages, arrive bien plus bas que ce qui était escompté.

4:49
Présentateur

Un peu plus de 24% et Karim Adéli est à 19%.

4:51
Sandra Regol

Tout à fait. Et ça ne s'arrête pas à la région des Hauts-de-France, mais c'est global et c'est national. Et le parti qui fait la plus grosse chute hier, sur ces élections, c'est le Rassemblement National. Le parti qui est en dynamique, c'est Europe Écologie Les Verts. Ce parti dont on disait, après les Européennes, que c'était probablement une erreur si les gens avaient voté pour lui. Ce parti Europe Écologie Les Verts dont on disait, après les municipales, que c'était sûrement dû uniquement au Covid. Et ce parti dont j'espère qu'on pourra constater qu'il n'est pas suivi que dans les grandes villes, comme on l'a beaucoup trop répété, mais qu'il a un véritable ancrage territorial et national.

5:31
Présentateur

Sandra Regole, une dernière question d'Yelgoz.

5:33
Mathilde Panot

En région Sud-Paca, vous dites à Jean-Laurent Félizat de se retirer. Par contre, Karim Adéli, dans les Hauts-de-France, il n'y a pas de risque selon vous, triangulaire, Bertrand, RN et vous ? Vous vous maintenez ? Parce qu'il n'y a pas de risque, d'après vous, par rapport à Xavier Bertrand ?

5:46
Sandra Regol

Il n'y a pas de risque, au vu des scores sortis des urnes d'élections du Rassemblement national en Hauts-de-France. Sinon, notre décision serait exactement la même. Il n'y a qu'une seule volonté dans ce cas de figure. Dans ces cas de figure, c'est de ne pas laisser le Rassemblement national gagner. Il y a beaucoup d'autres configurations et d'autres raisons qui motivent tout ça, notamment de l'urgence climatique. Mais je crois que nous manquons de temps pour rentrer dans le fond du sujet.

6:13
Présentateur

Merci beaucoup Sandra Regol, secrétaire nationale adjointe d'Europe Écologie. Les Verts, vous étiez l'une des nombreux invités de cette matinale spéciale régionale sur France Inter. Je me tourne vers vous. À présent, Mathilde Panot, députée de la France Insoumise du Val-de-Marne, vice-présidente du groupe LFI à l'Assemblée nationale. Pour les Insoumis, quel est l'enjeu exactement au second tour ?

6:35
Invité

L'enjeu est d'abord une question de mobilisation. Ce qui est très clair, c'est que nous ne pourrons jamais gagner dans un océan d'abstention tel que celui-ci. Et on le voit à chaque fois, on passe des seuils sur l'abstention qui est quand même des seuils d'alerte qu'il ne faut pas ignorer. On est quand même dix points en dessous de la plus forte abstention de ce qu'il y a eu dans la Ve République. Et quand on en arrive à deux électeurs sur trois, 33 millions de Français qui ne se déplacent plus, je ne sais pas si une démocratie sans électeur, on peut encore appeler ça une démocratie.

Donc vous dites à nos électeurs au second tour, allez voter, même s'il n'y a plus de candidats étiquetés à la France Insoumise, allez voter quand même ? En fait, l'enjeu principal, c'est comment est-ce qu'on arrive à redonner goût à la politique. Alors moi, évidemment, je pense au second tour des régionales, mais excusez-moi, je m'inquiète surtout pour la question de la présidentielle. Pourquoi je m'inquiète surtout pour la présidentielle ? Parce que si la tendance actuelle se confirme, on a des chances qu'à la présidentielle aussi, on ait moins dix points et que généralement, qui ne va plus voter ? Eh bien, les gens les plus précaires, les gens des quartiers populaires.

7:40
Mathilde Panot

On le voit les jeunes, 87% d'abstentionnistes, c'est les 18-24 ans.

7:44
Invité

Et nous, on ne se satisfait pas d'une situation où il y a des élections sans le peuple. Et moi, je dis qu'il y a quand même une responsabilité particulière qui nous inquiète, et c'est pourquoi nous avons insisté sur cette question hier, c'est la question de l'organisation d'une campagne. Bon, vous le savez, on était en temps de Covid, donc évidemment, il y avait une question de réunion publique qui ne pouvait pas se faire, etc.

Mais quand vous avez un État qui, depuis 2016, refuse de faire des campagnes d'inscription sur les listes électorales, alors qu'on a 10 millions de personnes qui sont non et mal inscrits, quand vous avez toute une partie du matériel électoral envoyé par la Poste, qui est envoyé par une boîte privée, Adrexo, avec le désastre qu'on a vu, des gens qui ne recevaient soit rien, soit une partie des informations, et donc des gens qui ne sont pas au courant.

8:26
Présentateur

Vous dites désastre, les membres du gouvernement minimisent en disant que c'est une infime minorité et que ce prestataire, de toute façon, est convoqué ce matin par le ministère matériel. 1% des électeurs.

8:32
Mathilde Panot

1% des électeurs concernés d'après le gouvernement.

8:34
Invité

Malheureusement, ce n'est pas ce qu'on observe quand on pose la question aux gens. Moi, je crois que c'est beaucoup plus massif que ça. Et quand vous voyez en plus, après, des problèmes sur des bureaux de vote fermés à un endroit ou à un autre, des bureaux de vote qu'on doit fermer parce qu'il manque des bulletins qui étaient pourtant à la préfecture. Il y a quand même une question d'organisation de l'élection qui se rajoute à cette grève civique et qui, du coup, donne une situation qui est quand même extrêmement inquiétante. Et je crois que l'enjeu principal dont on devrait se saisir, c'est cette question-là.

Et c'est pourquoi nous nous continuons à promener la VIe République et la Constituante pour refonder politiquement ce peuple.

9:05
Mathilde Panot

Et avant cela, vous réclamez une commission d'enquête parlementaire sur l'organisation du scrutin. Qu'est-ce que ça dit en filigrane ? Vous sous-entendez que l'État, le gouvernement, est complice d'une élection désertée ?

9:16
Invité

Je ne sais pas si je dirais complice. En tout cas, il y a des questions de conditions d'organisation de l'élection dont je parlais à l'instant. Là, vous dites, par exemple, 1% pour Adrexo. Nous, ce n'est pas ce qu'on observe lorsqu'on pose la question aux gens. Donc, par exemple, une des questions, ça serait, en privatisant l'envoi du matériel électoral, combien de gens n'ont pas eu l'information à leur domicile ou de manière incomplète ? Parce que, pourquoi j'alerte sur cette question-là ? Pourquoi j'insiste sur ce point-là ? C'est la boîte privée qui est, pour l'instant, qui a le marché pour 51 départements pour 4 années. Ça veut dire aussi pour la présidentielle.

Donc, il y a quand même un problème à nous dire tout le temps, l'efficacité de la privatisation, etc. Eh bien, oui, nous nous croyons en service public et au fait que tout le monde doit être informé des élections dans notre pays. Et donc, je vous repose la question que je vous posais tout à l'heure face à cette abstention. Que dites-vous à vos électeurs pour le second tour ? Eh bien, nous, nous faisons le travail de terrain au maximum pour justement donner cette information, pour convaincre les électeurs. Alors, nous avons un enjeu autour de la région Île-de-France. Il y a aussi les pays de la Loire où, effectivement, nous sommes alliés à Europe Écologie-Les Verts.

Et si nous pouvions réussir à faire basculer des régions, notamment en Île-de-France, où Mme Pécresse est celle qui a divisé par 2,5 le budget du logement social, oui, je pense que ça serait quelque chose pour l'intérêt général qui serait intéressant.

10:33
Présentateur

Où votre candidat Clémentine Autain a réussi à dépasser très légèrement la barre des 10%. On sait que les tractations ont débarré dès hier soir. C'est en tout cas ce que disait Julien Bayou qui est arrivé en tête pour les forces de gauche. Vous savez s'il y a un accord qui a été conclu, ça y est ?

10:47
Invité

Non, ça je ne sais pas encore. Ça a dû être pendant mes quelques heures de sommet. Non, mais par contre, pour le coup, Clémentine Autain avait été très claire, comme d'ailleurs tous les candidats pendant la campagne, pour dire que bien évidemment il y aurait un désistement pour la liste de gauche qui serait arrivée en tête. Donc je crois que l'accord va être trouvé.

11:05
Présentateur

Mais est-ce que vous êtes tout de même étonnée des maigres résultats de la France insoumise à ces élections ?

11:10
Invité

Non, non. Parce que oui, quand les quartiers populaires ne vont pas voter, quand la jeunesse ne va pas voter, oui nous ne pouvons pas gagner. Nous, nous sommes une force populaire. Nous avons, je crois, réussi, notamment en 2016-2017, à ramener énormément de gens aux urnes, à réintéresser et à redonner goût à la politique.

11:27
Mathilde Panot

Oui, mais c'est un peu votre âge d'or, ça. A chaque fois que vous dites ça, mais là, aux européennes, vous avez fait 6,31%. Vous avez été quasiment éliminé partout au premier tour des municipales l'an passé. Là, le score national, c'est 5,2% pour LFI et ses alliés. Quand les verts sont à 13,2%, il pèse quasiment à 16%. Est-ce qu'il n'y a pas un décrochage à gauche de LFI ?

11:47
Invité

Non, en fait, je vous le redis, comme je le pense, dans un océan d'abstention avec 70% d'abstention, oui, la France insoumise est faible. Et la France insoumise est faible parce que, justement, très peu de gens s'intéressent. C'est son électorat qui ne vote pas ? Évidemment. Regardez le sondage qui a été fait. L'électorat qui s'abstient le plus, c'est celui de Jean-Luc Mélenchon, à 75%. Donc, oui, nous avons un enjeu, un enjeu de mobilisation.

Et je vais vous dire aussi un enjeu autour de la présidentialisation de notre pays parce qu'à force d'avoir un monarque républicain comme Emmanuel Macron, eh bien, oui, toutes les élections intermédiaires ont l'air annexes avec les gens qui se demandent « qu'est-ce que ça va changer dans ma vie ? ». Alors, nous, nous faisons tout ce que nous pouvons. Mais, je le dis, nous avons 2022. Et pour moi, l'enjeu, c'est que les gens puissent se saisir de ce qui peut changer notre avenir en commun. Et elle goes ?

12:37
Mathilde Panot

Jean-Luc Mélenchon, il y a des mots forts, hier soir, il a dit « Je veux convaincre chacune et chacun qu'il ne faut pas donner de région au RN. Est-ce que c'est une clarification par rapport à l'absence de consignes qu'il donnait en 2017 à la présidentielle ? » Et au mois de mars, sur France Inter, il disait « Les consignes, ça ne sert plus à rien, ça n'a aucun poids, il faut vivre avec son époque ». Là, cette fois-ci, on dirait que le message est plus limpide sur le barrage au RN.

12:57
Invité

Eh bien, nous, c'est toujours la même chose. Je crois que les consignes appartiennent à un autre temps. Je crois que plus personne n'écoute des consignes et que lorsqu'on respecte l'intelligence des gens, nous nous disons « pas une voix au Front National, battre le Front National ».

13:12
Mathilde Panot

Donc, en PACA, voté Mugelier, vous dites ça ? Comment ? En PACA, voté Mugelier, vous dites ça ?

13:16
Invité

Non, nous ne disons pas ça. Nous disons « il faut battre le RN ». Après, vous le comprenez comme vous voulez. Mais ce que je veux dire, c'est qu'à un moment, pourquoi est-ce qu'il dit « il faut convaincre les gens » ? Parce que c'est ça l'enjeu. C'est non pas de dire « j'ai un électorat qui m'appartiendrait et auquel je dirais de faire ça aussi », mais de convaincre autour d'idées, et pour le coup, qui est celui de dire « nous ne voulons pas d'un RN qui est violent, qui n'organise pas le partage des richesses, etc. »

13:41
Présentateur

Mathilde Panot, vice-présidente du groupe La France Insoumise à l'Assemblée Nationale. Merci beaucoup d'être venue ce matin sur France Inter. Merci à vous également, Yael Gauze. Et on reviendra sur ces régionales dans une dizaine de minutes avec Stéphane Zumstek de l'Institut Ipsos.