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interviewRMC — Face à Face· 24 octobre 2022 20 min

Face-à-Face : Éric Coquerel - 24/10

Audio original de l'émission.

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

0:00
Éric Coquerel

Vous écoutez RMC, face à face, à Pauline de Malherbe. Il est 8h33 sur RMC et BFM TV, bonjour Eric Coquerel.

0:14
Présentateur

Bonjour Pauline de Malherbe.

0:15
Éric Coquerel

Vous êtes le président de la commission des finances de l'Assemblée nationale, vous êtes aussi député de la France Insoumise de Seine-Saint-Denis. Le budget c'est vous, enfin c'est vous, c'est vous qui l'avez aussi examiné, travaillé, décortiqué. Il y a eu 2,49,31 et il y aura 2 motions de censure, 2 motions de censure LFI, d'autres également du Rassemblement national, sauf qu'à la fin, c'est quand même le 49-3 qui gagne. On connaît déjà le scénario, il y a zéro chance que votre motion de censure ne passe. Du coup c'est quoi ? C'est que de la posture.

0:42
Présentateur

C'est la démocratie qui perd aussi, quand même. Parce que je vous rappelle que les prérogatives de l'Assemblée nationale c'est de voter, notamment voter le budget. Donc il va y avoir un budget de la France qui ne va pas être voté. C'est quand même, dans n'importe quelle démocratie au monde, je me demande s'il y a des exemples correspondants où on peut imposer un budget à un Parlement, c'est-à-dire la représentation nationale. Donc ça je pense que c'est un échec global pour la démocratie. Et puis en plus c'est fait de telle manière, c'est-à-dire que d'habitude le 49-3, la Ve République globalement...

1:11
Éric Coquerel

Parce que ce n'est pas la première fois qu'on utilise le 49-3 ?

1:13
Présentateur

Bien sûr, mais sauf que si vous regardez un peu l'histoire, en général c'est quand vous avez une majorité, une partie est un peu frondeuse. Donc vous imposez ça à votre majorité. Là c'est parce qu'on a un gouvernement qui est minoritaire, minoritaire, minoritaire. Et je ne vois pas très bien comment tout ça peut durer très longtemps.

1:28
Éric Coquerel

Alors comment ça peut durer très longtemps ? On va même regarder un peu plus loin. Mais enfin si on regarde, ne serait-ce qu'aujourd'hui, puisque c'est cet après-midi que vos motions de censure vont être discutées, il va y avoir un débat, enfin un faux débat, puisque en effet on le sait très bien à la fin, de toute façon votre motion ne sera pas votée. Vous disiez que c'était un échec pour la démocratie. Mais est-ce que si le budget n'était pas adopté, ce ne serait pas un échec pour la France ? On regarde ce qui se passe aux Etats-Unis, ils n'ont pas de 49-3. Et ils se retrouvent parfois, pendant des semaines, voire des mois, à ne pas pouvoir payer leurs fonctionnaires.

1:55
Présentateur

En tout cas, déjà, regardons un peu la question du calendrier. On a jusqu'au 30 décembre pour voter le budget. Donc on a le temps. On n'est pas, on n'est pas aux pièces, comme on dit. Le gouvernement aurait pu se dire, enteriner ce qu'il avait dit au printemps, et qu'il a oublié depuis. C'est-à-dire qu'on est minoritaire, enfin en tout cas on est minoritaire, on a une majorité relative. Moi je dis qu'ils sont minoritaires, on a une majorité relative. Et à partir de là, on cherche des coalitions. On les cherche, bon, ils les cherchaient plutôt du côté républicain. Je ne vois pas très bien quand.

2:23
Éric Coquerel

Quand ils vous ont reçu les uns les autres ?

2:25
Présentateur

Oui, ils nous ont reçu pour à peu près appliquer le même budget à quelques détails près. Je vous donne un exemple. Ils n'ont pas joué le jeu, pour vous, ils n'ont pas joué le jeu du dialogue ? Non, ils n'ont pas. Ils ont fait un faux dialogue, une communication. Moi j'y étais, j'ai dit ok, au moins on a eu les informations, ça s'est bien passé. On a eu du thé, des petits fours, etc. Mais globalement, à l'arrivée, il n'y avait pas de changement. Et pendant le budget, il y a eu pas mal d'amendements de l'opposition. Ils en ont trié une petite partie. Majoritairement, d'ailleurs, ils ont pris des amendements. Il n'y en a aucun qui vienne de vous. Aucun qui vienne de vous.

2:56
Éric Coquerel

Aucun de la France insoumise.

2:57
Présentateur

Aucun de la France insoumise et aucun amendement marquant, c'est-à-dire qui a un impact financier de la NUPES. La plupart, plus de la moitié, presque les deux tiers je crois, viennent de la majorité ou du gouvernement. Le reste, c'est les Républicains, le petit groupe Liotte qui est un petit groupe centriste, mais très très peu de la NUPES en été.

3:14
Éric Coquerel

Et pour vous, je reviens sur vos mots, parce qu'ils sont quand même assez forts. Pour vous, c'est un échec de la démocratie. Vous considérez...

3:20
Présentateur

Moi, je ne crois pas qu'ils soient forts.

3:21
Éric Coquerel

... qu'aujourd'hui, la France bascule dans autre chose, qui n'est plus une forme de démocratie ?

3:26
Présentateur

En tout cas, c'est un problème démocratique d'imposer le budget à l'Assemblée nationale. Ça, on peut le prendre par tous les bouts, c'est un problème démocratique. Mais je crois que... Vous dites qu'ils sont assez forts. Moi, je crois que ça reflète une faiblesse de ce gouvernement. Je pense qu'on a affaire à un gouvernement faible, qui est obligé d'utiliser ce principe parce qu'il n'a pas de majorité, et qui, du coup, se retrouve dans des situations un peu bizarres. C'est l'FSS. Le projet de loi finance de la sécurité sociale. Faisons attention aux acronymes qui... Ce budget, pourquoi ils ont imposé le 49-3 ? Il n'y avait quasiment aucun député de la majorité.

C'est le deuxième 49-3 brandi par la Première Ministre. Une matinée. Quasiment aucun député de la majorité présent dans l'hémicycle. Battu et battu et rebattu. Moi, j'ai supposé deux solutions. Soit le gouvernement a lui-même organisé ça pour pouvoir donner le prétexte de dire « Vous voyez, on n'y arrive pas, donc on va passer le 49-3 ». Soit c'est une démobilisation de la part des députés de la majorité. Dans tous les cas, c'est une crise politique. Dans les deux cas, c'est une crise politique.

4:23
Éric Coquerel

Attendez, ce que vous nous dites, c'est carrément soit ils ont fait exprès, c'est-à-dire qu'en fait, ils ont demandé à leurs députés de ne pas venir dans l'hémicycle pour que de toute façon, ils soient mis en échec et qu'ils disent « Vous voyez, on n'a pas d'autre choix que de prendre le 49-3 ». Soit, et c'est plus grave à long terme pour le gouvernement, vous soupçonnez, vous ressentez sur les bancs de la majorité un découragement et des députés qui viennent même plus soutenir leur propre gouvernement.

4:46
Présentateur

En partie, et puis on a aussi autre chose. Il y a ça, et puis vous avez aussi des députés qui ne sont pas d'accord. Je vous fais remarquer que le fameux amendement de Jean-Paul Matéi, qui est le président du groupe du Modem, qui présente un amendement sur la taxation des super dividendes qui passent avec des voix du Modem, des voix de la majorité…

5:02
Éric Coquerel

Je vais préciser pour que les gens comprennent bien. Là, pour le coup, ce n'est pas quelqu'un de l'opposition. C'est donc un député de la majorité qui a fait passer un amendement pour taxer les super dividendes et qui a, pour ce faire, obtenu des voix de plusieurs députés de la majorité. Ça ne venait pas de l'opposition.

5:21
Présentateur

On l'a voté, on s'était d'accord. Donc on l'a voté, le Rassemblement national l'a voté, le Modem l'a voté. Il y a eu 19 députés de la majorité.

5:28
Éric Coquerel

On peut dire qu'il y a une forme de coalition.

5:29
Présentateur

Oui, mais ce que je veux dire par là, c'est que quand vous commencez à avoir des députés qui votent sur des amendements qui sont revendiqués et demandés également par l'opposition de gauche, vous voyez bien que vous n'êtes plus tellement sûr de votre majorité. Et je crois que ce gouvernement, il est dans cette situation. Donc c'est pour ça que je dis, en réalité, la crise, elle est aussi politique et elle est critique politique d'abord pour le gouvernement.

5:48
Éric Coquerel

Si on regarde quand même dans le détail des amendements qui sont encore discutés, on ne sait pas de toute façon s'ils seront gardés ou pas. Il y en a deux sur lesquels j'aimerais bien vous demander si vous les soutenez. Il y a celui par exemple sur les déserts médicaux. Là, il vient de la majorité. Il voudrait imposer aux médecins de s'installer davantage dans les déserts médicaux. Est-ce que ça, vous pourriez le signer, vous ?

6:07
Présentateur

On en a voté. Alors, je ne sais pas si celui-là, on l'a voté parce qu'il y a différents principes. En gros, on n'est pas trop d'accord.

6:14
Éric Coquerel

Celui-là, il sera présenté cette semaine. Mais vous, ce serait quoi votre solution sur les déserts médicaux ? Ça revient à nouveau sur le question pédiatrique.

6:20
Présentateur

Il y a des corps de fonctionnaires de médecins et qui ont leurs études payées. Et en échange, pendant plusieurs années, sont tenus d'aller là où on leur dit d'aller. Voilà, c'est la solution qu'on prend. Maintenant, on a vu quelques amendements, notamment en venant des Républicains, d'un député qui s'appelle Fabrice Brun, qu'en a fait plusieurs, et essayant de trouver des solutions pour permettre de lutter contre les déserts médicaux qui sont dans les zones rurales, mais qui sont aussi dans des zones très urbaines, comme mon département de la Seine-Saint-Denis. Donc ça, ça va dans le bon sens. Où on est un peu méfiant, c'est quand ça se passe avec des exonérations totales d'impôts.

Parce que ça, en général, un, vous avez moins de recettes pour l'État. Et puis deux, on s'aperçoit qu'il y a un effet où, du coup, on a des endroits où les médecins vont. Et puis à côté, où la situation n'est pas vraiment meilleure, ils vont moins. Donc ça, ce n'est pas vraiment les solutions. Mais en tout cas, il y a plusieurs amendements qui étaient proposés. Voilà des points sur lesquels vous seriez prêts à discuter.

7:08
Éric Coquerel

Il y a un autre point qui est visiblement dans les tuyaux, qui serait pour accompagner l'emploi des seniors. Alors, qui serait l'idée de faire, c'est l'Institut Montaigne qui le propose, mais visiblement avec la bénédiction du gouvernement, l'idée de baisser les cotisations sur l'emploi des seniors pour encourager les entreprises à embaucher des personnes un peu plus âgées. Est-ce que ça, vous pourriez le signer ?

7:27
Présentateur

Non.

7:27
Éric Coquerel

Non ? Pourquoi ? Ce n'est pas une bonne façon d'employer des seniors ?

7:31
Présentateur

Non, je pense que la solution n'est pas de baisser les cotisations sociales. Pourquoi ? Parce que si vous baissez les cotisations sociales, à un moment donné, il vous manque de l'argent pour les retraites, il vous manque de l'argent pour la sécurité sociale, c'est-à-dire tous les mécanismes de protection. Donc, on prend d'un côté, soi-disant pour favoriser l'emploi des seniors, pour prendre de l'autre côté.

Moi, je serais plutôt pour faire en sorte que les gens puissent partir à 60 ans à la retraite avec une retraite correcte et qui permettrait d'éviter la situation qu'on a actuellement où beaucoup de seniors ne trouvent plus d'emploi parce qu'on ne les embauche plus et qui permettrait de recruter des jeunes.

8:01
Éric Coquerel

Bon, les 60 ans, ce n'est pas gagné parce que là, ils sont quand même tous partis pour la retraite, y compris même plus loin si on écoute l'ancien Premier ministre Edouard Philippe.

8:10
Présentateur

Vous savez combien il y a d'argent reversé aux entreprises en France ? Il y en a 160 milliards. Dans les 160 milliards, c'est...

8:17
Éric Coquerel

D'argent reversé, hein !

8:19
Présentateur

...aux entreprises, souvent sans condition. C'est ça, nous, on n'est pas contre les aides aux entreprises, mais on pense qu'il faut qu'elles soient fléchées, conditionnées sur des critères sociaux et écologiques. 160 milliards. Et c'est en trois tiers. Il y a un tiers, c'est pris sur les cotisations, exonérations de la Sécurité sociale. Et donc, c'est de l'aide de l'État qui pèse sur les comptes sociaux, ce qui est absolument anormal. Les comptes sociaux, normalement, ne servent pas à équilibrer le budget de l'État.

Donc ça, quand vous faites ça, eh bien, à la fin, vous expliquez, vous expliquez que, vous voyez, nos systèmes sociaux sont en déséquilibre, on n'a plus d'argent pour les retraites. Donc, il faut arrêter avec ce mécanisme.

8:53
Éric Coquerel

Donc, vous n'êtes pas pour redistribuer les cotisations. Vous avez entendu la crise à l'hôpital, j'en disais un mois à l'instant, la crise à la pédiatrie, notamment, et le ministre de la Santé qui annonce 150 millions, un plan d'urgence pour l'hôpital, le comptier.

9:06
Présentateur

J'ai entendu les professionnels qui ont appliqué, qui ont dit, nous, ce qu'on a besoin, ce n'est pas, en gros, une aumône, parce que ça ne sera pas beaucoup d'argent redistribué, mais c'est du délit, du matériel, etc. Voilà, c'est ça qu'ils disent.

9:17
Éric Coquerel

Pour vous, c'est une aumône ? Les 150 millions, c'est une aumône ?

9:19
Présentateur

100 millions, vous allez voir, ça ne fait pas beaucoup d'augmentation par personne. Il faut toujours les prendre quand ils viennent. Mais ce n'est pas ça qui, par exemple, va permettre aux personnes soignantes d'atteindre la moyenne de rémunération des pays de l'OCDE. Et à l'inverse, on a toujours un problème, c'est qu'on continue à supprimer des lits dans les hôpitaux, on continue à supprimer du matériel. C'est pour ça que nous, dans notre contre-budget, on prévoit 10 milliards d'euros en urgence pour les hôpitaux.

9:44
Éric Coquerel

C'est sûr qu'on n'est pas tout à fait dans le même ordre de grandeur. Éric Coquerel, vous aviez eu cette marche contre la vie chère, qui a eu un succès, franchement, on peut le dire modéré. Un grand succès, vous y étiez, vous ? Non, je n'y étais pas. D'abord, j'avais le Covid, donc de toute façon, la question de se poser pas. Mais vous savez quoi, Éric Coquerel ? Moi, mon rôle, ce n'est pas de manifester. Mon rôle, c'est de vous poser la question. Vous dites gros succès. Honnêtement, alors là, chacun va poser ses chiffres.

10:07
Présentateur

140 000 personnes, c'est un grand succès.

10:09
Éric Coquerel

140 000 personnes, je vous rappelle que c'est vos chiffres. Un franchement, c'est une personne selon la police.

10:13
Présentateur

Ce n'est pas mes chiffres, c'est les chiffres de la police. Vous savez comme moi que les chiffres de la police souvent minorisent largement les manifestations. Vous savez qu'il y a aussi cette association de médias

10:21
Éric Coquerel

qui fait ses propres comptes et qui arrive à 29 000, c'est-à-dire même moins que la police.

10:25
Présentateur

Qui a été contestée par d'autres médias. Ce que je sais, c'est que c'est la plus grosse mobilisation sur des thèmes sociaux depuis bien longtemps et qui montre qu'il y a la possibilité en France d'avoir des mobilisations de ce type et qu'il y a une contestation forte dans le pays sur la politique socialiste.

10:39
Éric Coquerel

Et vous en refait une ? Du coup, vous allez faire ces manifestations ?

10:41
Présentateur

Il est possible, c'est en discussion. On va en discuter avec nos partenaires. Ce n'est pas que la NUPES. Vous savez, il y a des associations, il y avait des syndicats, il y avait d'autres partis politiques. Donc, on va voir ce que ça donne.

10:50
Éric Coquerel

Vous avez entendu les chiffres pour Kylian Mbappé ?

10:52
Présentateur

Vraisemblablement, il y en aura une autre.

10:53
Éric Coquerel

Éric Coqurette. Donc, vraisemblablement, il y en aura une autre. On table sur mi-novembre. C'est pas vrai, mais vraisemblablement, il y en aura une autre. Kylian Mbappé, je ne sais pas s'il y aura votre manifestation contre la vie chère, mais on apprend que le contrat avec le PSG, c'est 630 millions d'euros bruites sur trois ans. Le plus gros contrat jamais signé. Il touche près de 6 millions d'euros par mois. C'est-à-dire, en un mois, ce que gagne le patron de Total. En un an. Hors contrat pub, etc. Vous continuez à soutenir le foot, à vous dire que ça reste un sport populaire ?

11:25
Présentateur

Moi, comme toute personne, j'ai mes contradictions. Donc, le foot est un sport populaire. Pratiqué dans le monde entier. Donc, que ce soit dans une manière organisée ou pas. Deuxièmement, il y a le foot de haut niveau. Moi, j'admets prendre du plaisir à avoir des matchs de football de haut niveau. J'admets prendre du plaisir à avoir l'équipe de France gagnée. J'admets prendre du plaisir à avoir Benzema ballon d'or, etc. Et en même temps, on peut expliquer que c'est une industrie, une économie qui a adopté à peu près toutes les règles du capitalisme le plus sauvage. Notamment, depuis l'arrêt Bosman, vous savez où on peut échanger les joueurs, comme ça, au niveau d'une espèce de libre-échange.

Et que, bon, c'est des bulles spéculatives, que moi, par ailleurs, je condamne. Mais ça n'empêche pas d'apprécier Mbappé.

12:08
Éric Coquerel

Vous continuez à apprécier Mbappé ?

12:10
Présentateur

Sur le salaire, je vais y revenir. La grosse différence entre le salaire que touche Mbappé, et le salaire plus les dividendes, parce qu'il est à 6 milliards, plus 1 milliard de dividendes, le patron de total.

12:21
Éric Coquerel

C'est million, million, quand même.

12:23
Présentateur

Million, pardon, million.

12:24
Éric Coquerel

C'est déjà beaucoup, hein, Mbappé ?

12:25
Présentateur

C'est déjà beaucoup. Mais la grosse différence, c'est que l'argent que lui prend, il le prend sur une plus-value, c'est-à-dire ce que l'entreprise réalise comme bénéfice. Et donc, il prend une part qui ne va pas dans les salaires. C'est-à-dire qu'autrement dit...

12:38
Éric Coquerel

Donc, c'est plus acceptable chez Mbappé que chez Pouyanné ?

12:41
Présentateur

Structurellement, ça ne pose pas les mêmes questions. Mbappé, il ne prend pas à des salariés du club. Il n'exploite pas des salariés du club. À différence du patron de total, lui, ce qui va prendre et s'augmenter de 50% à un an comme il l'a fait, inévitablement, ça prend sur les gens qui sont salariés et à qui ils refusent l'augmentation de 10%. Il fait aussi avancer l'entreprise. Vous savez, vous avez fait un pari. Pendant deux semaines, tous les salariés de total s'arrêtent de travailler. Et pendant deux semaines, le patron de total, par exemple, a ce que vous avez eu le Covid. L'entreprise totale, elle continue à fonctionner si les salariés continuent à travailler.

Mais s'ils s'arrêtent de travailler, ça ne fonctionne pas.

13:20
Éric Coquerel

Ce que vous voulez dire, c'est que si les ouvriers qui font fonctionner l'entreprise au quotidien s'arrêtent...

13:24
Présentateur

Bien sûr, s'arrêtent de travailler, l'entreprise s'arrête. Si le patron de total soit est malade pendant deux semaines, soit est changé par un autre patron, je vous assure que l'entreprise continue à fonctionner.

13:32
Éric Coquerel

Là, je trouve que ce n'est pas tout à fait de bonnes fois. Parce que dans ces cas-là, vous dites d'un côté, vous arrêtez des centaines de milliers de personnes d'un coup, et de l'autre, une seule personne. Si vous arrêtez un ouvrier, vous arrêtez un patron, la boîte n'arrête pas.

13:46
Présentateur

Je vous réponds sur le fait de dire, c'est normal qu'il y ait quelqu'un qui gagne 50% en plus, qui est payé 6 millions d'euros dans l'année, par rapport à des gens qui demandent 10% d'augmentation de salaire, ce qu'ils n'ont pas eu pendant des années. Je vous dis que si ces gens-là, eux, s'arrêtent, et on l'a vu avec les raffineries, ça s'arrête. Alors que si le patron de Total s'arrête, il est remplacé par un autre, ça continue.

14:03
Éric Coquerel

Vous regarderez quand même la Coupe du Monde, Éric Coquerel ?

14:05
Présentateur

Je m'interroge, parce que le Qatar, ça me pose un sacré problème. C'est un problème cornelien, parce que j'adore voir les matchs de l'équipe de France, ou les autres grands matchs, mais le Qatar, ça passe mal. Ça passe mal pour les salariés, les employés au Qatar qui ont été employés comme des esclaves, et qui sont morts, vous le savez, par milliers sur les stades. Le problème écologique que ça pose, plus un régime qui, au moins qu'on puisse dire, n'est pas une démocratie.

14:25
Éric Coquerel

Éric Coquerel, il y a Lola qui sera enterrée aujourd'hui, vous vous êtes peu exprimé à la NUPES. Est-ce que vous estimez que le drame de Lola, c'est une affaire familiale, dramatique, mais intime ou personnelle, ou est-ce que vous considérez que c'est un drame national ?

14:42
Présentateur

C'est un drame national, mais un drame national ne veut pas dire récupération politique.

14:46
Éric Coquerel

C'est de la récupération politique pour vous ? Est-ce que les questions globales qui ont été, y compris quand on voit Olivier Véran hier, qui développe sur les OQTF, c'est-à-dire ses obligations de quitter le territoire, c'est indécent ?

15:03
Présentateur

Oui, je vais vous dire pourquoi. Est-ce que les gens qui utilisent, avant même que cette jeune femme soit enterrée, alors que les parents demandent qu'aucune récupération, aucun mot politique ne soit mis sur leur douleur, est-ce que vous croyez que les gens qui utilisent ça pensent à Lola et à ses parents, ou ils pensent à la récupération et à l'idéologie qu'ils véhiculent derrière ça, à votre avis ? Quelle est la réponse ? La réponse est toute trouvée.

15:30
Éric Coquerel

Ça paraît assez évident là-dessus, mais Éric Coquerel, il y a deux questions. Il y a ce que vous dites sur les manifestations qui ont pu avoir lieu, les achats de nom de domaine, tout ça qui donne vraiment le sentiment de quelque chose d'extrêmement nauséabond. Il y a la question ensuite plus politique de savoir, est-ce que le drame aurait pu être évité ? Est-ce que si la personne qui ne devait pas être sur le territoire, et qui y était, et qui a commis ce drame affreux, avait été renvoyée dans son pays ? Bien sûr que ce sont des scénarios, mais ça pose aussi la question de l'application des OQTF, non ?

15:59
Présentateur

Michel Fourniret, il est Ardennet, Menuzi. Est-ce que vous pensez qu'il est tueur en série, avec des caractéristiques qui sont... Non, mais sur Michel Fourniret, il y aurait eu d'autres questions, qui est la question de la récidive, par exemple, qui est la question de la récidive. Est-ce que vous pensez que ces problèmes, c'est parce qu'il est Menuzi Ardennet, ou c'est parce qu'il a des problèmes psychiatriques qui expliquent la tueur en série ? Jacques Rançon, il était carriériste. Est-ce que vous pensez que c'est son métier qui l'explique ?

16:21
Éric Coquerel

Donc, ce n'est pas le fait d'être OQTF, ou pas, qui explique...

16:25
Présentateur

Non, laissez-moi terminer. Ce n'est pas le fait d'être OQTF qui explique pourquoi vous êtes dans cette situation, et vous avez un profil de tueur en série. C'est parce que vous avez des problèmes psychiatriques...

16:35
Éric Coquerel

Quand vous avez un criminel qui est criminel, par exemple, multirécidiviste, quand il y a un drame, souvent, la France repose la question des multirécidivistes, et de comment faire... Ce que je veux dire, c'est que ça pose à chaque fois une question...

16:46
Présentateur

Ça n'a aucun rapport avec le statut de la personne. Ça n'a aucun rapport. C'est comme si... Enfin, je veux dire, vous savez, comme moi, il y a eu l'Asana Batili, son papier, qui sauve des gens... Tout à fait. Est-ce que vous pensez qu'il les sauve parce qu'il a du courage, ou parce qu'il est sans papier ? À votre avis, c'est quoi ?

17:04
Éric Coquerel

Pour vous, ça n'est qu'une question, à un moment, de personnalité ?

17:08
Présentateur

Alors, c'est le problème de personnalité. Par contre, je pose une autre question, mais ça qui est vrai pour toute personne dans des situations précaires, etc., c'est qu'on a un vrai problème, je veux dire, de personnel, de moyens pour la psychiatrie en France, pour aller, j'allais dire, trouver avant les personnes qui sont dans des situations de ce type. Ça, c'est vrai. D'ailleurs, c'est ce qu'a très bien pointé le ministre de la Justice en répondant aux députés républicains et à Mme Le Pen quand ils ont posé une question, deux jours après, ou quelques jours après, l'assassinat absolument abominable de Lola. Bon, ça, c'est des vraies questions.

Mais ce n'est pas des questions de récupération politique derrière, comme on peut faire à des degrés divers. Je ne les mets pas tous sur le même plan.

17:47
Éric Coquerel

Mais la question notamment de M. Eusémon. Éric Coquerel, vous êtes visé par une plainte qui a été déposée par une militante de gauche qui s'appelle Sophie Tissier. Elle vous accuse de fait pouvant, selon elle, je la cite, s'apparenter à une agression sexuelle lors d'une soirée de 2014 à Grenoble. Vous en êtes où ? Est-ce que vous avez été écouté ?

18:03
Présentateur

Je n'ai pas été écouté.

18:04
Éric Coquerel

Est-ce que vous souhaitez l'être ?

18:05
Présentateur

Bien sûr, j'ai dit que j'étais disponible pour l'être sans aucun problème. Ça fait plusieurs mois, je le dis. Ça n'a pas changé. Je n'ai pas plus de commentaires à faire.

18:13
Éric Coquerel

Pas plus de commentaires à faire ? Vous sentez bien évidemment que... Et j'imagine que ce n'est pas complètement un hasard que vous répondiez assez peu aux interviews malgré votre statut de président de la commission des finances de l'Assemblée. Je suis là. Oui, mais on sent que chez vous, mais pas seulement chez vous, chez LFI, il y a un malaise désormais autour de cette question-là parce qu'il n'y a pas que vous,

18:29
Présentateur

parce qu'il y a les affaires. Je n'ai pas plus de commentaires à faire.

18:32
Éric Coquerel

Il n'y a pas d'affaires pour vous ?

18:34
Présentateur

J'ai tout dit sur cette situation, notamment pendant plus d'une heure sur vos antennes, si vous vous souvenez bien. Voilà, je n'ai pas plus de commentaires à faire, je le dis, je suis à la disposition de la police. Il y a des estimes nécessaires...

18:44
Éric Coquerel

Et est-ce que vous partagez quand même les mots de Julien Bayou ? Quand Julien Bayou dit qu'il est confronté à des questions qui, pour lui, sont kafkaïennes, il dit, les féministes répètent que le privé est politique, mais le privé ne doit pas être instrumentalisé à des fins politiciennes. Est-ce que vous partagez ces mots ?

18:58
Présentateur

J'ai fait une tribune dans le JDD, je vous propose de vous y référer. Vous verrez que je dis, et je répète que MeToo est un mouvement nécessaire, et que comme tout mouvement, à certains moments, il peut y avoir aussi des choses qui sont excessives. Sauf que moi, je crois que la situation qui est la mienne, malgré les difficultés qu'on peut ressentir, surtout quand on estime que sur la base, c'est son fondement, n'est rien par rapport aux personnes et aux femmes qui sont victimes de violences sexuelles dans ce pays, voire évidemment de plus graves.

19:32
Éric Coquerel

Entre-temps, il y a eu l'affaire Adrien Quatennens. En effet, là, pour le coup, il y a une plainte qui a été déposée, il y a des faits qui ont été reconnus, ce qui n'est pas du tout votre cas, puisque vous continuez à dire que pour vous, c'est infondé. Est-ce que vous soutenez Adrien Quatennens ? Est-ce que, comme Alexis Corbière, ici, il dit qu'il faut qu'il puisse revenir ?

19:46
Présentateur

Ce n'est pas un problème de soutenir. Adrien Quatennens est toujours député, il est en arrêt maladie, il a dit certaines choses.

19:53
Éric Coquerel

C'est confortable, l'arrêt maladie, là.

19:55
Présentateur

Il n'est pas en arrêt maladie, mais enfin bon, ça...

19:57
Éric Coquerel

Non, non, mais il est sûrement très mal. Ce que je veux dire, c'est que, du coup, il n'a pas à revenir sur les bancs de l'Assemblée. Est-ce que s'il allait mieux, ce qu'on espère pour toute personne, il pourrait revenir ?

20:07
Présentateur

Je me range derrière l'avis de mon groupe qui souhaite qu'il revienne. Je n'ai pas plus de commentaires à faire.

20:11
Éric Coquerel

Éric Coquerel, président de la Commission des finances de l'Assemblée nationale et député de la France Insoumise, merci d'être venu répondre à mes questions sur la MCBFM TV. Il est 8h53.