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interviewLe Média — Podcasts· 30 septembre 2024 31 min

Gouvernement Barnier : révélations sur le grand bordel qui a commencé | Nils Wilcke

Audio original de l'émission.

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

0:00
Présentateur

Salut à toutes et à tous, vous regardez Le Média et sur Le Média vous regardez les indiscrets de Nils Villqueux, une plongée dans les coulisses de la politique française telle qu'elle se fait vraiment, garantie 100% sans phare ni élément de langage. Au sommaire, à peine nommé, le Premier ministre Michel Barnier ne tient plus du tout sa classe. C'est le chaos au sein et en dehors du Conseil des ministres. Pourquoi ? Comment ? Nils nous expliquera. On parlera également de la personnalité de Bruno Retailleau et de sa présence Place Beauvau au ministère de l'Intérieur. Une présence qui inspire à Nils cette expression tirée d'un vieux film français, Peur sur la ville.

Troisième sujet, que se passe-t-il donc entre Emmanuel Macron et son opposante de choix, Marine Le Pen ? Nils nous le dira. Salut Nils ! Salut Théo et bon retour parmi nous. Merci. Alors le Premier ministre Michel Barnier semble complètement dépassé par ses troupes de recadrage en 24 heures. Pourtant, il avait donné des consignes claires, des consignes précises à ses ministres. Et puis patatrac. Oui, patatrac, comme tu dis. Alors en plus, il y en a eu un troisième depuis qu'on a préparé cette émission. Je vous en parlerai peu après. Mais regardons d'abord ce que Michel Barnier demandait à ses ministres lors de son discours de passation de pouvoir avec Gabriel Attal.

1:38
Gabriel Attal

J'aborde cette nouvelle page qui s'ouvre, cette nouvelle page avec beaucoup d'humilité. Peut-être la sagesse que donnent les cheveux blancs. J'ai dit un jour à Gabriel Attal, formidable d'être le Benjamin, mais c'est un titre qu'on perd très vite. Et moi, je l'ai perdu il y a très longtemps, le titre de Benjamin.

2:07
Présentateur

Voilà, donc comme tu peux le voir, il a quand même un petit peu d'humour. Barnier, il plaisante un petit peu avec Gabriel Attal. Donc il a demandé de l'humilité, de la modestie, surtout pas d'esbrouf, agir avant de communiquer. Et surtout, éviter de faire des petites phrases. Ça, c'est ce que nous faisait savoir l'entourage du Premier ministre. Après le petit déjeuner qu'il a offert à ses ministres à Matignon, c'était lundi. Et spoiler, tu l'évoquais dans le sommaire de cette émission, ça n'a pas du tout marché. D'ailleurs, il y a un petit nouveau juste après le petit déjeuner à Matignon. Qu'est-ce qu'il a fait ?

Il est donc ministre, il vient d'être nommé et il embarque BFM dans sa voiture avec oreillette et micro. Regardez la séquence Vol Détour.

2:47
Invité

Il y a un sentiment d'humilité face aux responsabilités qui m'ont été confiées par le président de la République et le Premier ministre. Et puis effectivement, une grande concentration parce que c'est une journée importante.

2:59
Présentateur

Ah oui, on le sent très humble de sa voiture avec chauffeur. Alors, qu'en a pensé le Premier ministre ? Oui, alors l'exercice a été modérément apprécié par Matignon, selon les informations. Mais le cirque s'est poursuivi avec la passation de pouvoir tendue entre Prisca Thévenot et Maude Bréjon à l'hôtel de Rotelin-Charolais, s'il te plaît. Officiellement, les deux ministres sont sur la même longueur d'onde. Regardez les images captées par les journalistes sur place. Officiellement, elle s'adore. Regardez la petite bise. Elle se parle un petit peu avant de rentrer au ministère pour saluer les équipes.

Alors ça, évidemment, c'est la version officielle, relayée complaisamment par Marlène Chapa, qui était présente sur place, toujours dans l'incruste, n'est-ce pas ? Et elle le dit elle-même. Voilà, une super passation, en toute amitié. Et comment ne pas la croire ? On rappelle que l'ancienne ministre du Fonds républicain est connue pour son langage de vérité. Théo, je te sens quand même un tout petit peu sceptique. Oui, parce que je vois venir le mais. Il y a un mais dans cette affaire. Évidemment qu'il y a un mais. Donc, en réalité, selon mes informations, la porte-parole du gouvernement a fait des difficultés pour cette passation de pouvoir avec sa successeur.

Et d'ailleurs, un conseiller s'en plaignait dans la nuit, avant la passation, en disant qu'elle faisait de l'opposition. Alors évidemment, Prisca Théveno a démenti, d'ailleurs, sur X, en me traitant de mytho. Ça a fait beaucoup rire toute la Macronie, parce qu'en fait, elles se haïssent cordialement, et c'est de notoriété publique au gouvernement, et dans le milieu médiatique et politique. Elles étaient toutes les deux porte-parole de La République en marche, et elles n'ont cessé de se mettre des bâtons dans les ronds, l'une et l'autre.

Et d'ailleurs, petite anecdote, c'est Bréjon, par exemple, qui avait filmé sa collègue Prisca Théveno à l'Assemblée, quand sa collègue avait organisé le boxon contre LFI, regardé-la taper allègrement contre son pupitre. Voilà, et donc, elles ne se sont pratiquement pas regardées pendant les discours de passation, l'une et l'autre. Et Prisca Théveno lui a fait passer un message, parce que Maude Bréjon avait fait le lien entre insécurité et immigration. Elle est sur la ligne de Gérald Darmanin, c'est important. Voilà, écoutez-la.

5:10
Invité

Moi, ma conviction, c'est qu'il faut être extrêmement ferme et lucide. On doit regarder les choses en face. On n'y arrive pas. Il y a aujourd'hui en France, pas tout le temps, mais parfois un lien entre insécurité et immigration. Et il faut être aveugle pour affirmer le contraire,

5:26
Présentateur

ce qui ne signifie pas. Et en retour, voilà ce qu'a déclaré Théveno pendant son discours de passation.

5:31
Invité

Pour tous, nous avons à travailler, à rappeler que l'immigration, si elle est parfaitement contrôlée et encadrée, est toujours une chance pour notre pays. Nous avons rappelé qu'il n'y a pas de Français de papier, mais bien des Français tout courts.

5:46
Présentateur

Donc, c'est une manière polie de traiter sa successeur de fachos. Voilà la méthode Prisca Théveno et la détestation qu'elle éprouve contre Maude Bréjon et réciproquement. Alors, elles se sont quand même fait un câlin pour les médias Théo. Regarde, on les voit là, se faire une accolade au lécoeur. Franchement, ce n'est pas beau une amitié si sincère en politique. Alors, qu'est-ce que tu veux ? La politique est un théâtre. Et en plus de ses inémiétiers, ces ministres qui ont été retenus dans l'équipe de Michel Barnier, ils n'en font pas leur tête. Oui, oui.

Alors, par exemple, Agnès Pannier-Runacher, qui rempile cette fois à l'écologie et qui refuse de traiter avec l'ERN, on l'écoute dans une interview sur TF1.

6:29
Invité

L'ERN porte des idées qui sont dangereuses pour le pacte républicain. Je le redis.

6:36
Présentateur

Donc, il n'est pas dans l'art républicain ? Je n'adhère pas. Vous ne voulez pas répondre, je peux comprendre. Non, mais je ne veux pas répondre

6:43
Invité

parce que vous essayez de me faire dire quelque chose qui n'est pas dangereux. Non, comme c'est la question du moment, je me permets de vous la poser. Non, je ne veux pas répondre pour une chose très simple. Je vous redis que les idées du ERN sont dangereuses. Je vous dis qu'en tant que ministre, c'est mon job. Je suis tenue de recevoir tout le monde. Sujet sensible. Tout le monde.

7:01
Présentateur

Sujet sensible. Donc, malheureusement, pas de réponse à cette question.

7:04
Invité

Adhérer à ces idées.

7:05
Présentateur

Alors, pour rappel, celle qui se réclame de l'aide gauche de la Macronie, cette fameuse aide gauche, souvent invisible d'ailleurs, avait déjà refusé de serrer la main au député ERN. Donc, c'est le jeune Flavien Termé, qui est le Benjamin de l'Assemblée, qui, à ce titre, tenait l'urne pour voter lors du choix de la présidente de l'Assemblée. Juste après les législatives cet été, regardez. Voilà. Donc, elle avait refusé de serrer la main au député ERN, ce qui avait provoqué éventuellement, évidemment, une grosse polémique. Alors, tous ces couacs, ça rappelle un peu l'exercice de Marie Lebec lors de sa prise de fonction en janvier 2024. Ce n'est pas si loin.

On a l'impression que ça fait une éternité qu'ils sont là. Mais regardez, c'est la nouvelle ministre aux relations avec le Parlement qui faisait aussi son show sur BFM, assurant qu'elle prenait le métro le jour de son premier Conseil des ministres, comprendre, comme vous et moi, les Français ordinaires. On l'écoute. Un certain nombre de commentateurs face à cette image. On va dire, vous voyez, ce gouvernement, certes, Gabriel Attal veut de l'action, mais c'est d'abord de la communication.

8:19
Michel Barnier

Non, non, ce n'est pas de la communication. Pour moi, c'était important de pouvoir me rendre rapidement au ministère ce matin.

8:27
Présentateur

Je suis attendu par le ministre pour échanger sur les dossiers qui nous attendent. Tous les matins, je prends les transports en commun pour me rendre à l'Assemblée. Et ce matin, tel que je le fais d'habitude, je me rends au ministère en transport. Et voilà, je suis attendu à 9h30 par le ministre. Donc, je vais y aller. Voilà, sauf que le problème, c'est que quelques minutes après, BFM la recontacte. Et cette fois, elle est en route pour Matignon dans sa voiture de fonction. Avec chauffeur. Et la justification n'est pas très convaincante. Regardez ça. Marie Lebec, une question un peu taquine. On vous a vu arriver tout à l'heure en métro. Et là, vous quittez le ministère pour aller à l'Élysée.

Vous êtes en voiture. Ça veut dire qu'entre-temps, depuis ce matin, vous avez hérité d'un chauffeur ? Oui, oui, effectivement. Ça fait partie de la fonction. Et surtout, je crois que nous sommes un petit peu pressés par le temps. Donc, on se dépêche de se rendre au Conseil des ministres. Alors, Nils y a également eu le cas d'Antoine Armand, qui a failli faire sauter le gouvernement, tout simplement. Oui, alors, c'est peut-être un petit peu fort. Il n'a pas fait sauter le gouvernement. Mais, en tout cas, il a provoqué un gros bazar. Voilà ce que déclarait Michel Barnier, encore une fois, lundi, lors de son discours de passation de pouvoir de son arrivée à Matignon.

9:40
Gabriel Attal

Beaucoup d'écoute, beaucoup de respect. D'abord, du respect entre le gouvernement et le Parlement, du respect à l'égard de toutes les forces politiques, je dis bien toutes les forces politiques qui y sont représentées.

9:56
Présentateur

Voilà, donc, le respect de toutes les forces du Parlement, de toutes les forces politiques, toutes les forces politiques, donc l'ERN y compris Théo, le Premier ministre, il insiste bien dessus. Et voilà ce que fait Antoine Armand sur Inter, deux jours après. Avec le Parti Socialiste, avec les écologistes, avec les communistes, avec... Avec les insoumis. Mais si un député a été élu par les électeurs, et si on ne respecte pas la fonction, on n'a pas compris ce que c'est que la démocratie. Donc, je crois qu'il ne faut pas commencer par dire avec qui on ne va jamais travailler, pour peu qu'il soit dans l'arc républicain.

Il faut commencer par se poser les questions de l'agriculture, de l'industrie, de l'hôpital.

10:37
Michel Barnier

Pour peu qu'il soit dans l'arc républicain, pardonnez-moi, ça veut dire quoi ?

10:41
Présentateur

Ça veut dire que le Rassemblement national, contre lequel nous avons été élus, avec lequel, face auquel nous avons fait un front républicain, n'y appartient pas. Il faut être très clair dessus, même si on respecte... Pour vous, le Rassemblement national n'appartient pas à l'arc républicain, les insoumis, si ? Même si certains insoumis ont malheureusement dépassé les bornes de la République très souvent. Voilà, donc Antoine Armand annonce qu'il n'y aura pas de rencontre du RN à Bercy, au ministère de l'économie de prévu. Donc il exclut le Rassemblement national de fait du cercle de l'arc républicain.

Et autant te dire, évidemment, que dans le contexte, la petite phrase a fait l'effet d'une bombe. Et évidemment, ça n'a pas plu à Marine Le Pen, pas du tout. Regardons-la fulminer depuis l'Assemblée.

11:22
Michel Barnier

Alors que nous avons juste le budget qui arrive, je pense que le Premier ministre doit aller expliquer à l'ensemble de ses ministres quelle est la philosophie de son gouvernement, car il semblerait que certains n'aient pas encore totalement compris.

11:33
Présentateur

Voilà, alors les réactions étaient nombreuses au RN. Il y a eu aussi une petite leçon de morale politique et de courtoisie de la part d'une députée du parti qui a particulièrement déplu au Premier ministre.

11:46
Invité

On a le pouvoir de faire recadrer un ministre, c'est pas n'importe quel, le ministre de l'économie.

11:51
Michel Barnier

Oui, mais qui dit n'importe quoi ? Il faut arrêter cet art républicain.

11:54
Invité

Selon vous, il a le droit de penser ce qu'il pense ?

11:56
Michel Barnier

Oui, sauf que là, il est dans un gouvernement. Donc quand on est dans un gouvernement, on ne dit pas ce qu'on pense. Il va falloir qu'il l'apprenne. On est dans un cadre gouvernemental. On ne vient pas dire tout est n'importe quoi. Ça veut dire que Michel Barnier n'a peut-être pas expliqué assez clairement à ses ministres qu'elle était la feuille de route. Parce qu'on le voit bien, ce sont des gens qui, pendant toute la campagne législative, étaient souvent très opposés sur beaucoup de sujets,

12:18
Invité

qui aujourd'hui rentrent dans un gouvernement ensemble. Il faut que le Premier ministre donne une feuille de route carrée. Aujourd'hui, j'estime, et Marine Le Pen l'a recadrée.

12:26
Présentateur

Sans compter la menace de dissolution agitée par le porte-parole du parti, on l'écoute.

12:30
Invité

On va voir ce que ce gouvernement va faire et s'il répond aux besoins des Français. S'il ne répond pas aux besoins des Français, ou s'il y a une multiplication d'interventions du style de M. Armand, ministre de l'Economie, Marine Le Pen appuiera sur le bouton rouge et on retournera aux urnes.

12:46
Présentateur

Alors, Nils, est-ce que c'était vraiment une surprise, cette sortie du tout nouveau ministre de l'Économie ? En réalité, oui. Et je vais peut-être vous confier quelque chose. L'ERN a été d'autant plus surpris que Armand n'est pas un inconnu pour le parti de Marine Le Pen. C'est quelqu'un qui a des connexions, en réalité, au RN, m'explique l'un de ses anciens collègues à l'Assemblée. Il a souvent, en fait, servi d'émissaire pour les macronistes auprès de l'extrême droite. Et d'ailleurs, il se considère comme un écologiste de droite. C'est ce que m'explique un ancien conseiller de Bercy qui a travaillé sur les questions énergétiques.

On me dit que c'est quelqu'un de plutôt sympa, qui aime faire de l'humour. Alors, on imagine que c'est de l'humour de droite. Mais on se demande quand même s'il est déjà rentré dans ses habits de ministre, si le costume n'est pas un peu grand pour la fonction. Alors, il y a une autre hypothèse aussi qui fait jaser au sein de la macroniste. On se demande si Antoine Armand, qui s'est rapproché de Gabriel Attal avant la dissolution, n'aurait pas obéi à l'ancien Premier ministre, puisque c'est Gabriel Attal qui a soufflé son nom à Macron et à Barnier pour Bercy. Et de là à penser que c'est un sale coup en réalité de Gabi pour son successeur à Matignon, toutes les hypothèses sont ouvertes.

Mais ce n'est pas sûr, parce qu'on me dit aussi qu'Antoine Armand connaissait bien Michel Barnier avant sa nomination, parce qu'ils ont la Savoie en commun, tous les deux. Alors, comment savoir ? Alors, parlons maintenant d'Agnès Pannier-Runacher, notre ministre de gauche, avec de gros guillemets, parce que c'est la gauche tendance Perenco. Perenco qui est le numéro 2 français du pétrole. Oui, voilà. Donc, on imagine notre ministre de l'écologie, évidemment, très intéressée sur ces sujets.

Alors, on retourne à Agnès Pannier-Runacher, parce qu'en plus de refuser de traiter avec l'ORN, maintenant qu'elle est au gouvernement, elle a balancé ses quatre vérités écolo à David Linard, qui est le maire de Cannes, et qui a accusé Météo France de ne pas avoir alerté la ville du déluge qui s'est abattu sur ses habitants. On l'écoute. Ça correspondait à 20 millimètres. On a eu, sur deux heures, ce qu'on nous annonçait, on a eu 50 millimètres sur une demi-heure. Voilà, c'est tout. C'est factuel, ce que je dis.

Il faut qu'on comprenne pourquoi il n'y a pas une meilleure modélisation en amont, parce qu'il aurait été beaucoup plus facile de prévenir plus tôt la population, de bloquer la circulation. C'était aux heures de pointe, en plus. Voilà. Et donc, Agnès Pannier-Runacher lui a répondu assez vertement sur France 5. On l'écoute encore une fois.

15:12
Invité

Le sujet, c'est comment se fait-il que 40 millimètres d'eau donne cette situation-là ? Et en fait, il faut revenir à la cause première. La cause première, c'est qu'à force d'imperméabiliser et de densifier les villes, on arrive à des dégâts de cette nature. Je veux dire, 50 millimètres d'eau, ce n'est pas les chutes du Niagara, non plus.

15:30
Présentateur

Voilà. Alors, les propos d'Agnès Pannier-Runacher n'est donc pas plus au maire de Cannes qui la taxe d'incompétentes crasses. Et pourtant, elle a fait le job sur cette séquence, c'est son job de ministre de l'écologie, de rappeler que l'artificialisation des sols, ça conduit à des inondations, à des dégâts matériels extrêmement importants en cas de forte pluie. L'histoire aurait pu s'arrêter là, mais Barnier a appelé le maire de Cannes pour l'assurer de son soutien. Et pourquoi ? Parce que David Linard, en plus d'être le maire d'une ville archiconnue, donc Cannes, c'est aussi et surtout le président de l'Association des maires de France.

Donc, c'est la tout-puissante AMF, c'est un lobby des édiles locaux. Et c'était surtout, David Linard, le plan B de Macron, c'est Barnier n'avait pas accepté Matignon, parce qu'il a un discours ultra-libéral sur les fonctionnaires, des positions parfois très proches du RN sur la sécurité. Et donc, tout ça convenait à Macron. Alors, autre sujet de friction, c'est Bruno Retailleau et Didier Migaud qui se fight déjà sur la politique pénale, le premier ministre de l'Intérieur, le second est ministre de la Justice. Il faut qu'il y ait un dialogue. Et je crois qu'il faut que nous, du côté du ministère de l'Intérieur, on fasse le job. Mais il faut aussi que l'on revoie

16:45
Michel Barnier

vraisemblablement un certain nombre de cadres pour changer une politique pénale

16:49
Invité

qui, je pense, depuis très très longtemps, a laissé s'installer ce droit à l'inexécution des peines. Il faut qu'il y ait des peines prononcées, que les peines prononcées soient des peines aussi exécutées. Il faut construire des prisons. Ça n'est pas mon domaine. Mais j'en parlerai très librement avec Didier Migaud.

17:04
Gabriel Attal

Il a ses convictions. Il est ministre de l'Intérieur. Je suis ministre de la Justice. Je dois, moi aussi, montrer de l'autorité, de la fermeté, faire en sorte qu'il n'y ait pas d'impunité, mais tout en faisant en sorte,

17:20
Présentateur

c'est le rôle du garde des Sceaux, que l'État de droit soit respecté. Oui, on rappelle quand même que la politique pénale, c'est certes l'affaire du Premier ministre, mais c'est surtout l'affaire du ministre de la Justice qui a donc la main sur les lois de programmation judiciaire, etc. Alors, Rotaillot, en bon représentant de la droite, très à droite, crie au laxisme judiciaire et à l'inexécution des peines. Alors, on se rappelle que c'est un refrain qui a été largement entendu et notamment de Souleur-Sarkozy.

Remarque, on l'entend un petit peu moins l'ex-président, depuis sa condamnation à un an de prison ferme, dont six mois avec sursis, dans l'affaire Big Malion, sans compter toutes les prochaines échéances judiciaires qui lui restent. Alors, évidemment, Rotaillot s'en est donné à cœur joie, à grand renfort de déclarations incendiaires depuis Beauvau. Puis à l'Élysée, on l'écoute. Je l'ai dit hier soir, sur un autre plateau,

18:12
Invité

on a malheureusement élaboré, depuis un certain nombre d'années, en France, une sorte de droit à l'inexécution des peines par des aménagements.

18:21
Michel Barnier

Est-ce que conteste le garde des Sceaux qui affirme que les peines sont exécutées en France ?

18:25
Invité

Eh bien,

18:26
Michel Barnier

nous verrons.

18:27
Invité

Mais je pense qu'en tout cas, il doit y avoir des modifications législatives.

18:31
Présentateur

Voilà, alors, sauf que le problème, le même jour, c'est que Migaud dit exactement le contraire, comme un effet de miroir un peu inversé. Regardez, c'est assez étonnant.

18:41
Gabriel Attal

Il a ses convictions, il est ministre de l'Intérieur, je suis ministre de la Justice. Je dois, moi aussi, montrer de l'autorité, de la fermeté, faire en sorte qu'il n'y ait pas d'impunité,

18:55
Invité

mais tout en faisant en sorte, c'est le rôle du garde des Sceaux, que l'État de droit soit respecté, que les procédures aussi soient respectées. Alors justement, vous êtes le premier rendez-vous dans son agenda, a-t-il dit. Il évoque une rupture dans son ministère, il veut des sanctions fermes et rapides pour les délinquants. Qu'allez-vous lui répondre ? Il cite en exemple les Pays-Bas qui ont créé des courtes peines d'incarcération qui sont toujours exécutées. Oui,

19:18
Gabriel Attal

il doit savoir que la justice est indépendante dans notre pays et que c'est quelque chose qui est essentiel dans une démocratie. Il faut redonner confiance justement aux citoyens dans leurs institutions, dans la justice aussi, parce qu'il y a le sentiment parfois que la justice est lente ou ne condamne pas suffisamment. ça n'est pas toujours exact. Donc, j'aurai un certain nombre d'échanges avec Bruno Retailleau. J'y suis prêt.

19:47
Présentateur

Voilà, donc pour Didier Migaud qui vient du Parti Socialiste, ça fait 15 ans qu'il est plus socialiste, mais il vient toujours du Parti Socialiste, l'État de droit doit être respecté, la justice est indépendante.

Alors justement, on en parlait au début de l'émission, ça ne fait pas deux recadrages, ça fait maintenant trois recadrages Théo puisque Barnier a fini par réagir, apparemment il en a eu ras-le-bol, et surtout que le sujet de la sécurité, de la justice, des peines de prison, etc., c'est un sujet qui est absolument explosif évidemment pour ce nouveau gouvernement qui est très à droite, mais qui doit quand même donner des gages aux macronistes qui sont un petit peu moins à droite, notamment sur ces sujets-là. Et donc, il a convoqué, alors pardon, pas dire convoqué, il a invité les deux ministres à déjeuner ce jeudi au menu quand même un bon recadrage.

En gros, ce que le premier ministre aurait dit, c'est le patron, c'est moi, vous débattez comme bon vous semble, mais à la fin, c'est moi qui tranche. Voilà, on ne peut pas être plus clair. Et d'ailleurs, pour faire le point sur cette communication un petit peu erratique de ce nouveau gouvernement, j'ai sollicité l'avis du conseiller politique Philippe Moreau-Chevrolet. On l'écoute.

20:54
Gabriel Attal

C'est vraiment à peu près la même chose

20:56
Présentateur

que le premier gouvernement Hollande. Beaucoup de gens neufs qui débarquent dans l'arène politique avec des responsabilités politiques du jour au lendemain et qu'ils n'étaient pas prêts à assumer. Beaucoup d'improvisation. Une ligne idéologique qui est floue. Et sur cette base-là, il ne peut rien se passer de bien en termes de communication. C'est très différent des premiers gouvernements Macron, si tu veux, où la communication était entièrement rationalisée, dirigée au cordeau avec l'Élysée au début de la présidence Macron en 2017, tu avais l'Élysée qui contrôlait tout d'une façon très verticale.

Il y avait aussi de nombreux relais puisqu'on était dans la continuité de la victoire et c'est très militaire en marche. Donc tout était très, très, très, très cas. Là, ce n'est plus du tout le cas. Et il paye en fait le fait qu'il n'y a plus de ligne politique. Il y a une vraie fracture

21:51
Invité

au sein du parti présidentiel.

21:54
Présentateur

Alors Nils, au-delà des séquences qui peuvent prêter à sourire, qu'est-ce que tout ça, tout ce bordel, si on peut se permettre l'expression, qu'est-ce que cela nous dit sur ce gouvernement ? Oui, ça montre quand même que ça ne fonctionne pas très bien, que c'est un attelage qui est boiteux, tout simplement. Et d'ailleurs, c'est assez drôle parce que Barnier a nommé une ministre de la coordination gouvernementale. Ça dit tout de ce gouvernement quand même. Une coordination politique plutôt qu'une solidarité gouvernementale comme c'est de coutume. Et au fond, on peut dire que Michel Barnier récolte ce qu'il a semé en acceptant ce poste.

Et si on parlait maintenant du cas Retailleau, le très à droite ministre de l'Intérieur. Oui, parce que Michel Barnier nous assure que la nomination de Bruno Retailleau est un gage donné aux Français. On écoute.

22:44
Invité

Le choix de Bruno Retailleau au poste de ministre de l'Intérieur est-il un gage donné au Rassemblement national ? C'est ce qu'on entend depuis quelques jours.

22:50
Gabriel Attal

Mais c'est un gage donné aux Français. Cette question de la sécurité publique, pas seulement dans les quartiers, mais aussi de plus en plus dans les régions rurales, de l'insécurité publique, la capacité d'intégrer les étrangers qu'on veut accueillir chez nous et de ne pas accepter tout le monde, de pouvoir contrôler nos frontières qui sont souvent des frontières passoires.

23:10
Présentateur

C'est plutôt un gage qui est donné au RN à écouter Bruno Retailleau parce que l'arrivée du sénateur à l'air de Vendée, alors il était le patron très puissant des sénateurs de droite au Sénat, est quand même connu pour ses positions ultra-droites. Il fait craindre d'ailleurs le pire aux associations différentes, aux tissus associatifs en France, donc défense des libertés publiques, défense des populations, voilà, des personnes migrantes, etc., mais aussi à la hiérarchie policière qui redoute quand même une reprise en main assez drastique et d'ailleurs ces discours dans les médias n'ont pas franchement rassuré l'ensemble des acteurs du monde policier. On l'écoute.

La politique de la majorité nationale

23:56
Michel Barnier

avec trois priorités, vous les retiendrez facilement. La première, rétablir l'ordre. La deuxième, rétablir l'ordre. La troisième, rétablir l'ordre. Parce que je crois à l'ordre.

24:14
Présentateur

L'ordre comme condition de la liberté.

24:18
Michel Barnier

Quand il n'y a pas d'ordre, c'est la liberté d'abord qui est menacée.

24:22
Présentateur

Voilà, alors je me suis amusé à faire une petite comparaison. Je me demande si ça ne vous rappelle pas quelque chose. Regardez ces quelques images.

24:28
Invité

la république sera bientôt réorganisée et deviendra la première puissance galactique impériale pour une société fondée sur l'ordre et la sécurité. Voilà,

24:46
Présentateur

donc Rotaillot, Palpatine, c'est un peu la même vague, on se croirait un petit peu au Sénat galactique. La sécurité est la première des libertés et une promesse d'ordre. Voilà, donc d'ailleurs, son discours de passation a bien résumé le personnage. Il a transformé ce discours de passation qui est un rituel un petit peu obligé, un petit peu désuet, mais un joli rituel finalement de la république et il en a fait un discours de politique générale et surtout une leçon d'histoire. Il a même convoqué Clémenceau sous le regard de Darmanin qui a de plus en plus de mal à garder son sourire crispé. C'est long, c'est très long, regardez.

C'est ce que disait un jour notre grand prédécesseur Georges Clémenceau, le vendéen

25:31
Michel Barnier

Georges Clémenceau que Christophe Béchut connaît bien puisqu'il est voisin de la Vendée. Georges Clémenceau qui avait coutume de dire le pouvoir doit la fermeté contre ceux qui troublent l'ordre public parce que sinon il est le complice de l'ordre des ordres. Alors oui,

25:50
Présentateur

tous ensemble, nous devons avoir le courage de la fermeté, le courage

25:56
Michel Barnier

d'une juste fermeté pour le colligien tabassé, pour la jeune fille violée, pour la veuve du gendarme endeuillée, pour nos compatriotes qui à raison de leurs origines, de leurs couleurs de peau, de leurs croyances sont menacées. Je parle et je pense tout particulièrement à nos compatriotes juifs.

26:23
Présentateur

Nous ne devons rien. Voilà, donc en plus, Bruno Retailleau a beaucoup d'ambition. non seulement il veut s'occuper de l'immigration, ce qui est vrai dans son portefeuille, il veut aussi s'occuper du budget éventuellement. Il a une grande ambition et il y a un certain nombre de ministres macronistes et même d'élus macronistes qui ne digèrent pas sa nomination. Retailleau, c'est le ministre de la Manif pour tous, me confie un député renaissance cette semaine puisque Bruno Retailleau a milité contre le mariage pour tous juste avant son adoption en 2013 et il se dit même cet élu dégoûté de le croiser à l'Assemblée ou au Sénat.

Bruno Retailleau à l'intérieur à la place de Gérald Darmanin est censé donner des gages au RN même si Michel Barnier s'en défend et d'ailleurs un conseiller de l'exécutif me dit Retailleau, on a de la peine à lui trouver des divergences avec le RN sur la sécurité et l'immigration. Voilà, et pourtant ce n'est pas un conseiller gauchiste c'est dire et comme extrême droite d'ailleurs le nouveau locataire de la place Beauvau défend des mesures contraires à la Constitution comme l'instauration d'une préférence nationale pour l'accès aux prestations sociales entre autres joyeusetés.

Voilà, alors tout ça évidemment ne fait pas les affaires du Premier ministre puisque Michel Barnier pourrait être censuré dès le 1er octobre on rappelle qu'il a sa déclaration de politique générale puis la discussion sur le budget et ces deux échéances qui menacent directement le Premier ministre et son gouvernement autant te dire qu'il est sous étroite surveillance. On en vient à ce sujet Marine Le Pen et Emmanuel Macron finalement c'est leur alliance qui ne dit pas son nom qui pourrait être le gage de la durée de ce gouvernement de Michel Barnier ils ont l'air de cheminer main dans la main est-ce que le RN joue avec le président censure ou pas censure ?

Tout le monde se pose la question Théo tu n'es pas le seul je ne suis pas le seul tout le monde se pose un petit peu la question alors en plus ils ont une attitude très ambiguë d'une part le parti de Marine Le Pen et de Jordan Bardella juge la date de péremption du gouvernement Barnier d'ores et déjà dépassée alors par exemple Chenu qui est donc l'un des dirigeants du RN a dit vous reprendrez bien un peu de ce plat à varier c'est ce qu'il a écrit sur X lors de la nomination de l'annonce de la nomination du gouvernement Barnier Jordan Bardella lui a prédit aucun avenir à ce nouvel exécutif qui mêle à la fois la droite et les représentants de l'ancienne majorité macroniste donc ça c'était lors d'une interview sur BFM même constat pour Marine Le Pen dans le Parisien qui regrette un gouvernement remanié éloigné du désir de changement et d'alternance exprimé en juin dernier alors au point de voter la censure une position qui est partagée par la gauche on le rappelle depuis plusieurs jours qui aimerait éventuellement faire tomber qui a annoncé qu'elle essaierait de faire tomber ce gouvernement on ne sait pas trop parce que le RN prend un malin plaisir semble-t-il à brouiller les pistes tout en se laissant la possibilité de renverser le gouvernement à l'Assemblée au point que les journalistes en perdent parfois leur latin comme notre consoeur sur France Info face à Sébastien Chenu

29:29
Invité

c'est vrai que ce n'est pas extrêmement clair pour rebondir sur ce que disait Adrien vous dites on est dans l'opposition vous dites aussi et je vous écoute depuis tout à l'heure nous lui avons donné la possibilité d'avoir dit etc ça c'est le vocable enfin je veux dire vous êtes vous êtes en train de travailler avec Michel Barnier bah non

29:46
Présentateur

on ne travaille pas avec Michel Barnier sinon il nous aurait reçu non mais d'accord mais voyez-vous voilà donc pas évident de comprendre la stratégie du RN que ce soit sur le gouvernement Barnier les retraites ou encore le budget il y a trois jours Chenu s'est retrouvé face au dilemme du RN au pied du mur par Apolline de Malherbe comme quoi Théo tout arrive regardez ça va être compliqué ça pour vous ça va être un peu compliqué

30:09
Invité

ça quand même pour vous Sébastien Chusé

30:10
Présentateur

voilà donc ces négociations entre le RN et les macronistes me dit-on elles étaient tenables avant les élections et le gouvernement Barnier ils arrivaient à magouiller l'un et l'autre leur communication politique était très maîtrisée c'est ce qui les a probablement aidés aussi à élargir leur popularité en gros ils faisaient leurs petites affaires en sous-main avec les macronistes contre des nominations à l'Assemblée etc mais pour les lecteurs c'était pas franchement transparent et là le problème c'est que leurs intérêts réciproques sont devenus très visibles et sauf que pour le moment le RN n'a toujours pas appuyé sur le bouton de la censure pour reprendre le terme d'un conseiller et ça va finir par se voir ça va finir par se voir ça va peut-être aussi finir par arriver parce que ça se sera vu on va dire merci Nils merci Théo et merci à vous d'avoir été fidèle aux médias d'être fidèle aux médias sur le canal 165 de la Freebox sur Youtube ou sur notre site internet le média votre média on le rappelle ne vit que des abonnements de soutien et des dons de celles et ceux qui le regardent et qui l'aiment comme vous si vous le pouvez allez sur lemediatv.fr slash soutien faites-nous des dons devenez abonnés devenez sociaux si vous le pouvez donnez-nous de la force restez connectés aux médias et qui l'aiment

31:23
Locuteur

de soutien et qui l'aiment est un peu dans le monde

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