Yannick Jadot : "Mon sujet n'est pas de prendre le pouvoir, mais que la France devienne écologiste"
Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.
Bonjour Yannick Jadot. Bonjour Patrick Cohen. Candidat d'Europe Écologie Les Verts à la présidentielle, candidat des écolos, mais pas unique candidat écolo, quand on regarde le programme de certains de vos concurrents. Comment vous différenciez-vous en disant je suis plus écolo que Benoît Hamon ou Jean-Luc Mélenchon ou je suis écolo depuis plus longtemps qu'eux ?
Incontestablement, je suis écologiste depuis 25 ans. Donc c'est le combat que je mène, j'ai la force de l'expérience et de la cohérence. Mais vous savez moi quand sur un plateau de France Inter au bistrot ou dans le paysage politique, les gens parlent d'écologie, disent à quel point protéger la santé, lutter contre le dérèglement climatique, faire attention aux espèces vivantes qui sont en train de disparaître, je suis heureux. Moi mon sujet c'est qu'on en parle le plus possible. Et s'il y a des candidats politiques qui reprennent nos idées, qui les mettent dans le débat public, ça ne peut que renforcer la position des écologistes dans ce débat.
Ce que vous appelez gagner la bataille culturelle, à défaut de gagner la bataille électorale.
Mais mon sujet c'est pas que Yannick Jadot prenne le pouvoir, mon sujet c'est que la société devienne écologique.
Surtout que vous avez dit que ça n'arriverait pas, vous le pensez toujours, il n'y aura pas de président écologiste cette année en 2017.
Je ne crois pas que le paysage politique aujourd'hui soit prêt à ça. Mais mon objectif absolu, c'est que ce pays ait le futur qu'il mérite. Que les françaises et les français aient l'avenir qu'il mérite. Et quand on voit trop de responsables politiques depuis 30 ans être dans le déni de réalité, par rapport au dérèglement climatique je l'ai dit, par rapport à l'épuisement des ressources, par rapport aux insécurités sociales qui sont en train d'arriver, la précarisation, le chômage, les pertes de repères.
Quand je vois ça et que je vois toute cette classe politique qui néglige ces aspects absolument fondamentaux, et je ne veux pas être le candidat de la fin du monde, mais qui du coup ne voit pas la société qui peut émerger en opportunité de ce scénario catastrophe, je trouve ça dramatique. Quand je fais mon projet, la France vive, c'est la France en vie. C'est la France qui préserve le vivant. Et c'est la France de ses forces vives. Partout on peut créer des emplois. Vous savez à quel point il y a besoin de relocaliser l'économie. Vous savez à quel point il y a besoin de renforcer les services publics sur tous les territoires.
Vous savez à quel point on a besoin de construire les nouvelles sécurités sociales du XXIe siècle. C'est ça mon projet. C'est de redonner vie à ce pays qui n'est pas condamné à la sinistrose.
On va prendre quelques exemples, certains très symboliques, comme l'inscription dans la constitution de la notion de république écologique. Bon, ça sert à quoi une fois qu'on saura que la France est une république écologique ?
L'objectif c'est que dans chaque proposition de loi, on intègre le temps long, on intègre la santé, on intègre notre environnement. On ne peut pas aujourd'hui... Vous avez un candidat Fillon qui veut remettre en cause le principe de précaution, un peu comme le fait Donald Trump aux Etats-Unis, en ignorant totalement les 4000 morts par an de l'amiante, en ignorant totalement la science sur le climat, en ignorant totalement tout ce qui se passe autour des maladies chroniques liées aux pollutions. On est en permanence dans des épisodes de pics de pollution.
Donc il faut absolument, et c'est le rôle aussi du vice-premier ministre en charge du développement durable, pour justement garantir que les enjeux essentiels de nos vies soient pris en compte dans chaque proposition de loi. On ne peut pas nier la réalité du monde aujourd'hui.
Tant long, dites-vous Yannick Jadot, mais tant court pour certaines mesures, parce que vous voulez sortir du diesel en 5 ans, vous faites comment ?
Mais on travaille avec l'industrie automobile. Vous savez, il y a plein de... En 5 ans ! Mais regardez ce que tu es en train de faire Volkswagen. Volkswagen est en train de construire sa sortie du diesel. Ils se sont fait prendre la main dans le pot de confiture sur la fraude au diesel. Et bien la réaction d'un groupe comme Volkswagen, un des, sinon le premier groupe automobile mondial, c'est de dire, ok, on a fait une erreur avec le diesel. Moi, je rêve que l'industrie automobile française soit la championne du monde, de la voiture qui pollue peu, de la voiture intelligente, de la voiture qu'on partage, tout ce qui est aujourd'hui la demande des consommateurs.
On ne maintiendra pas sur nos territoires et des constructeurs automobiles et des emplois si on choisit le segment le plus sale de l'industrie automobile.
Ce combat, il passe par une dimension européenne, forcément, à vos yeux, Yannick Jadot. Je rappelle que vous êtes député européen et engagé fortement dans cette dimension, dans ce combat de dimension européenne.
Il y a une très belle expression de Bruno Latour. Après l'élection de Trump, il dit, l'Europe est seule aujourd'hui. Trump acte que le parapluie américain sur l'Europe est refermé. L'Europe est seule, mais seule l'Europe peut nous sauver. Et j'entendais tout à l'heure, un peu plus tôt, Nathalie Fontrel nous parler de la fin du chalutage en eau profonde. C'est mon travail au Parlement européen, notamment, qui a permis cette interdiction, y compris parce que j'ai travaillé avec toutes les associations qui ont construit cette lutte, qui ont fait la pression sur les distributeurs, sur les flottes de pêche. C'est ça aussi l'Europe, c'est prendre en compte notre avenir.
Mais l'Europe, si elle reste une petite mondialisation libérale, technocratique, austéritaire, elle va se disloquer. Si l'Europe, enfin, est le vecteur de la régulation publique, de la mondialisation, les intérêts commerciaux, les intérêts des investisseurs, derrière les droits humains, derrière les droits sociaux, derrière la protection de l'environnement, si on arrive à faire de l'harmonisation fiscale pour éviter la concurrence des territoires autour des entreprises, si on arrive à faire une Europe sociale pour éviter la concurrence entre les salariés, alors on redonnera de l'espoir.
Et c'est pour ça que, dans mon projet, si vous me permettez, j'ai un grand plan d'investissement de 600 milliards d'euros par an. Aujourd'hui, la BCE sort entre 60 et 70 milliards par mois. Je veux que cet argent aille vers la transition énergétique, et donc c'est la relocalisation de l'économie, vers le numérique, pour qu'on ne soit plus une colonie américaine et potentiellement bientôt une colonie chinoise, vers les transports du quotidien, pollution de l'air, emploi, aménagement du territoire, et vers la santé, parce qu'on a besoin à l'échelle européenne d'un grand service public de la santé.
Là aussi, Yannick Jadot, vous n'êtes pas seul sur ce créneau. Les candidats, vos concurrents qui parlent de l'Europe de façon positive ou qui font applaudir l'Europe dans des meetings, ça vous fait plaisir ? Il faut toujours parler d'Europe.
Moi, je suis français. Je suis un citoyen européen de nationalité française. Mais si la France n'est pas forte, si la France ne se redonne pas l'Europe comme horizon d'investissement, si l'Europe ne retrouve pas confiance dans sa communauté, dans son projet, il n'y aura pas d'Europe forte. Aujourd'hui, la seule qui est en capacité de participer à la reconstruction et à la refondation de l'Europe, c'est Angela Merkel. Ce ne sera pas Orban ou Kaczynski, le vrai dirigeant de la Pologne, ou Theresa May, ou Haroy, qui pourront, avec potentiellement Angela Merkel, refonder l'Europe. Il faut un président français qui ait envie de ce nouvel horizon.
Il faut un président français qui dise « Moi, je veux faire de l'Europe cet espace de civilisation. » Au moment où on a Erdogan, Trump, Poutine, je veux faire de l'Europe le continent des droits de l'homme, le continent qui va porcer le multilatéralisme, qui va penser les biens communs à l'échelle de l'humanité, et surtout, qui va donner un espoir aux jeunes, une de mes mesures, un million de jeunes européens par an, sur un projet culturel, en formation, dans l'apprentissage, pour faire un stage, un an dans un autre pays européen. Et vous savez qu'un jeune qui voyage un an dans un autre pays européen, dans 25% des cas, il tombe amoureux. Donc ?
Et donc, le projet écologiste, le slogan, c'est la France vive, mais c'est aussi la France de l'amour, l'Europe de l'amour, et franchement, une Europe qui serait plus métissée, qui serait plus brassée, ce n'est pas une Europe qui se disloque, ce n'est pas une Europe de la dégénérescence, la dégénérescence ne vient jamais du métissage.
Voilà, on peut avoir un programme de 76 mesures non financées, d'ailleurs, pour l'instant. Si, si, si. Ah, je n'ai pas eu de financement dans votre programme.
Écoutez, je viens de parler du plan d'investissement européen, c'est énorme, 600 milliards de euros par an.
Ah oui, d'accord, mais enfin, 600 milliards, il faut les trouver.
Mais je vous l'ai dit, la Banque Centrale Européenne rachète chaque mois 70 milliards de dettes sur le marché secondaire, ça ne profite qu'à la bulle financière et à la bulle bancaire. Cet argent-là, il faut le mettre sur les activités. C'est le même argent, et en plus, c'est de l'investissement extrêmement rentable.
Donc, on peut avoir une liste de mesures comme ça et des slogans sur l'Europe de l'amour, comme le vôtre Yannick Jadot. Le fait que Daniel Kohn-Mendit soit proche ou se rapproche, en tout cas, soit très intéressé par la démarche d'Emmanuel Macron, ça vous froisse, ça vous chiffonne ?
Vous savez, on se parle tous les jours avec Daniel Kohn-Mendit. Il m'a rappelé encore hier comment il a répondu aux journalistes quand ils lui ont dit, est-ce que vous êtes en marche ? Il a dit, non, là, je suis là, je suis assis. Oui, d'accord, mais enfin, ça l'intéresse quand même. Mais ça l'intéresse, mais Danny a aussi une obsession, au-delà de l'Europe, c'est de battre la droite. Moi, j'ai une obsession, c'est de faire gagner l'écologie.
Yannick Jadot avec nous et les questions des auditeurs dans quelques minutes, au standard de France Inter, au 01, 45, 24, 7000, il est 8h31.
Yannick Jadot