Assemblée : l'absence de vote de confiance "est un contournement démocratique", juge le député Manuel Bompard
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France Inter, Léa Salamé, Nicolas Demorand, le 7-9. Et avec Léa Salamé, nous recevons ce matin dans le grand entretien du 7-9, le député LFI NUP des Bouches-du-Rhône, directeur des campagnes de la France Insoumise. Questions et réactions, amis auditeurs, au standard d'Inter 0145 24 7000 ou sur notre application. Manuel Bompard, bonjour. Bonjour. Elisabeth Borne s'exprimera cet après-midi à 15h à l'Assemblée Nationale pour son discours de politique générale qui marquera le vrai démarrage du second quinquennat d'Emmanuel Macron. Alors dites-nous pour commencer ce que vous attendez de ce discours, une clarification politique, une ligne, une vision ?
Nécessairement, un discours de politique générale, ça doit permettre pour la Première Ministre de présenter en quelque sorte une feuille de route politique pour les semaines et les voies qui viennent. Feuille de route avec laquelle j'aurais sans doute des désaccords. Mais en tout cas, je pense que le mérite de cet exercice, c'est de savoir où on va. Maintenant, ce que je regrette, vous le savez, c'est qu'il me semble que la moindre des choses, d'un point de vue démocratique, c'est que quand on a présenté cette feuille de route devant l'Assemblée Nationale, on demande à l'Assemblée Nationale de l'approuver et de lui transmettre un vote qu'on appelle généralement un vote de confiance.
Et le fait que Mme Borne ait décidé de ne pas engager ce vote de confiance me paraît être un contournement démocratique qui, à mon avis, est extrêmement dangereux et extrêmement dommageable.
Un contournement démocratique ? Dites-vous, ce n'est pas la première fois qu'un Premier Ministre ne demande pas la confiance au Parlement. Michel Rocard, Pierre Bérégovoy, avant Elisabeth Borne, ne l'avait pas demandé. En quoi c'est un contournement démocratique ou un scandale démocratique ?
D'abord parce que c'est la première fois depuis très longtemps, depuis à peu près 20 ans. Deuxièmement parce que c'est la première fois depuis qu'on a aligné le calendrier des élections législatives sur les élections présidentielles. Et c'est donc la première fois qu'un Président de la République, élu au mois d'avril, battu aux élections législatives au mois de juin, puisqu'il ne dispose pas de majorité absolue à l'Assemblée Nationale, décide en quelque sorte de sauter au-dessus du résultat des élections législatives et de considérer que le gouvernement qu'il avait mis en place avant, un petit peu remanié, peut continuer par le fait du prince à mettre en œuvre sa politique.
Il a la majorité, non, aujourd'hui ?
Il a une majorité relative, il n'a pas la majorité absolue. Et quand vous demandez la confiance, vous devez avoir la majorité absolue des députés à l'Assemblée Nationale qui vous disent, pas forcément on est d'accord avec tout ce que vous proposez, mais on est d'accord pour vous donner votre feuille de route et pour vous laisser commencer à travailler. Je pense, vous savez, c'est jamais une bonne chose de contourner en quelque sorte la parole des Françaises et des Français.
C'est à chaque fois qu'on l'a fait, on l'a fait en 2005 par exemple, quand les Français avaient voté contre le traité constitutionnel européen, à chaque fois, à la fin, peut-être plusieurs années plus tard, ça a une conséquence. Parce que si vous expliquez aux gens que quel que soit ce qu'ils décident de voter aux élections législatives, en réalité la même politique va être mise en place, dans ce cas-là, il ne faut pas s'étonner qu'après il y ait des gens qui se disent, pourquoi aller voter puisqu'on ne s'est pas contre du résultat ?
Pourquoi il contourne en fait ? Pardon, excusez-moi, j'essaie de comprendre vos éléments de langage ce matin. Ce n'est pas des éléments de langage, c'est une analyse de la... Oui, mais je n'arrive pas à comprendre votre analyse. Il a gagné largement à la présidentielle. Au législatif, vous avez raison, il n'a pas obtenu la majorité absolue, c'était une défaite, on en a parlé sur cette antenne, mais il a quand même la majorité. Son groupe est le premier groupe à l'Assemblée nationale, il lui manque 40 députés pour avoir la majorité absolue.
Aujourd'hui, elle vient, comme Michel Rocard ou Pierre Berré-Gauvoix, elle prononce son discours de politique générale, qui est dans la lignée des élections législatives et présidentielles. Où est le scandale ? Je n'arrive pas...
Mais moi, je n'ai pas parlé de scandale d'abord, j'ai parlé de...
Non, de contournement démocratique.
Le contournement démocratique, il est très simple. Est-ce que oui ou non, il y a eu des élections législatives ? Est-ce que oui ou non, le résultat de ces élections législatives, c'est que le président de la République n'a pas de majorité absolue à l'Assemblée nationale pour mettre en œuvre sa politique. À partir de ce moment-là, si on veut tenir compte du résultat de ces élections législatives, il est normal qu'il change des choses par rapport à ce qu'il avait prévu de faire. Donc elle doit nous présenter ce qu'elle a prévu de changer dans la feuille de route qu'elle va nous présenter cet après-midi.
Et elle doit demander s'il y a une majorité des députés à l'Assemblée nationale qui sont satisfaits de ces changements. Si elle ne le fait pas, ça veut dire qu'elle ne tient pas compte du résultat des élections législatives.
Vous avez annoncé que vous alliez déposer une motion de censure avant même que le discours ne soit prononcé. Ça sert à quoi ? Est-ce que ça n'est pas un exemple même d'opposition pavlovienne ? Quel est votre but ? Quel est votre but ?
Je vais vous répondre très précisément. Cette motion de censure, et c'est pourquoi d'ailleurs elle est déposée avant l'intervention d'Elisabeth Borne, c'est une motion de censure qui vise à répondre au fait que la Première Ministre n'ait pas demandé le vote de confiance à l'Assemblée nationale. En quelque sorte, c'est une motion de confiance, si vous voulez. C'est-à-dire que puisque elle n'a pas décidé volontairement de demander ce vote, nous provoquons par le dépôt de cette motion de censure le fait que l'Assemblée nationale se prononce sur le sujet. C'est le seul moyen institutionnel dont on dispose pour qu'il y ait un vote à l'Assemblée nationale.
J'entends, mais Manuel Bompard, Valérie Rabault du PS de la NUPES, vous répond à quoi ça sert de déposer cette motion de censure. Je vais la citer, une motion de censure n'a d'intérêt que si elle est votée. Et si elle ne l'est pas, ce qui va l'être ? Puisqu'elle ne sera pas votée, ça veut dire qu'on donne raison en quelque sorte au gouvernement qui sortirait grandi de cette séquence. Est-ce que vous n'avez pas peur d'être contre-productif ? Puisque ni les RN ne vont vous suivre, ni les ALR vont vous suivre. Donc il y aura un certain nombre de voix, 130 peut-être, qui vont voter votre motion de censure. Ce n'est pas beaucoup sur 577.
D'abord, nous verrons, nous déposons une motion de censure, et cette motion de censure, tout le monde peut la voter. Elle s'adresse à l'ensemble des députés de l'Assemblée nationale. Après, chacun prendra sa décision en connaissance de cause. Et puis je pense que ça éclairera aussi le paysage politique sur qui est dans la majorité, qui est dans l'opposition. Et je pense que ce sera un des résultats de clarification de cette séquence.
Et vous ne pensez pas qu'Elisabeth Borne va sortir en disant « Massivement, les députés ont rejeté cette motion de censure, donc ils me donnent la confiance. »
Mais peut-être qu'elle le fera. Et dans ce cas-là, celles et ceux qui n'auront pas voté cette motion de censure assumeront que de leur responsabilité, Elisabeth Borne considère qu'elle a la confiance pour mettre en œuvre sa politique. Nous, nous sommes clairs sur le sujet. Nous disons, à partir du moment où elle ne veut pas demander la confiance, nous voulons qu'il y ait un vote à l'Assemblée nationale parce que c'est la moindre des choses que les députés élus par les Françaises et les Français se prononcent sur la feuille de route gouvernementale. C'est la moindre des choses démocratiques de le faire.
Manuel Bompard, sur le paysage politique, Gérald Darmanin faisait hier une distinction entre les ennemis et les adversaires politiques. Le Front National, c'est lui qui emploie le mot, où le Front National et la France Insoumise sont nos ennemis, les Républicains ou les Socialistes sont nos adversaires et je pense qu'en démocratie, ça compte cette distinction. Qu'est-ce que vous lui répondez et où vous classez, vous, LREM ? Parmi les adversaires ou les ennemis ?
Mais c'est très grave de parler comme ça. Vous savez, la démocratie, ce n'est pas la guerre civile. Ce ne sont pas des partis politiques qui sont les ennemis les uns des autres. C'est des partis politiques qui défendent des projets politiques et qui sont des projets politiques concurrents. Et puis ensuite, les Françaises et les Français y tranchent. Il y a une majorité, il y a une opposition. Moi, je me positionne dans l'opposition. Je n'ai pas peur de le dire. Et une démocratie, pour qu'elle soit saine, il faut qu'il y ait une majorité et une opposition. Mais parler d'ennemis, ça me paraît extrêmement grave.
D'autant plus de la part d'un ministre de l'Intérieur qui est en charge, par exemple, de l'organisation des élections. Je trouve qu'il ne devrait pas parler comme ça. Malheureusement, ce n'est pas la première fois. Depuis cinq ans, on a eu un préfet de police qui expliquait qu'il y avait en gros le camp du bien, le camp du mal. On ne peut pas utiliser ce type de terme. La démocratie, elle est grande à partir du moment où on respecte les différents points de vue qui s'expriment dans le cadre démocratique. Et ensuite, on respecte bien évidemment le résultat des élections. Donc, nous, nous sommes dans l'opposition.
Et la majorité, pour l'instant, la majorité présidentielle, puisqu'elle n'a pas de majorité absolue aux élections législatives, c'est la majorité. Mais qu'on ne reproche pas non plus d'être dans l'opposition. Parce que je vois bien que depuis le résultat des élections législatives, on nous dit, vous voulez bloquer, vous voulez empêcher que ça se fasse, etc. Mais heureusement qu'il y a une opposition. Parce que sinon, vous supprimez l'Assemblée nationale et puis tout le monde est obligé d'être d'accord avec le président de la République.
Mais quelle opposition vous serez ? Est-ce que ce sera une opposition pavlovienne qui pilonnera tous les textes qui vont arriver à l'Assemblée nationale ? Tenez par exemple, le projet de loi sur le pouvoir d'achat qui arrive présenté demain au Conseil des ministres, 25 milliards d'euros de dépenses prévues, un chèque alimentaire de 100 euros, l'allongement de la remuse carburante de 18 centimes, la prolongation du bouclier tarifaire, l'adoublement du plafond de la prime Macron. Tout ça, tous ces points-là que je viens de citer, il y en a d'autres. Vous allez voter contre tous ces points ? L'un après l'autre ?
Je vais venir sur le pouvoir d'achat. Mais d'abord, je veux répondre à votre question. Est-ce que votre opposition est pavlovienne ? Bien évidemment, non. Une opposition, elle peut voter en faveur de certaines mesures parce qu'elles vont dans le bon sens et voter contre d'autres mesures parce qu'elle considère que ce ne sont pas des bonnes mesures pour le pays. Elle rend les fesses. Donc je vous donne un exemple. Non mais je vous donne deux exemples. Regardez, on a proposé de constitutionnaliser l'IVG, le droit à l'IVG, de l'inscrire dans la constitution. La présidente du groupe de la République en marche a dit qu'elle était favorable.
Ça veut dire qu'il y a une majorité à l'Assemblée nationale pour le faire. On peut le faire tout de suite, maintenant. Donc pourquoi on ne le fait pas ?
Donc demain, la constitutionnalisation de l'IVG, vous voterez.
Ce n'est pas pavlovien. La déconjugalisation de l'AH, de l'allocation pour les adultes handicapés. Bon, il y a tous les groupes, à part celui de la République en marche, qui disent qu'ils sont en faveur de cette mesure. Bon, on peut la mettre en œuvre demain. Donc si ça, ce n'est pas fait, ce n'est pas de notre responsabilité. Ce n'est pas nous qui bloquons la situation. C'est le gouvernement qui la bloque, la situation, sur ces points-là. Maintenant, sur le projet de loi sur le pouvoir d'achat. Ce n'est pas parce qu'il y a écrit « pouvoir d'achat » dans le titre du projet de loi que c'est forcément un projet de loi qui va améliorer le pouvoir d'achat des Françaises et des Français.
Mais là, il y a eu un certain nombre de mesures. Prenons les mesures que vous avez citées.
Le chèque alimentaire de 100 euros.
Le chèque alimentaire de 100 euros. Est-ce qu'on pense que ça répond à la problématique de l'explosion des prix des produits de première nécessité et en particulier des produits alimentaires ? C'est très largement insuffisant et vous le savez.
Les revalorisations... Donc vous voterez compte ?
Mais vous savez, dans un texte, vous allez voter des articles. Il y a certains articles où on peut voter pour. Moi aussi, je ne vais pas refuser un chèque. Bon, mais je ferai surtout des propositions pour faire quelque chose qui permet effectivement de répondre à la problématique.
L'allongement de la remise carburant de 18 centimes. Vous voterez pour cet article-là ou non ?
Mais moi, je suis favorable au blocage des prix. Parce que je considère que la logique politique qui consiste à dire qu'on laisse les prix du carburant s'envoler, en particulier et de manière principale pour des raisons de spéculation, et qu'ensuite, c'est le budget de l'État qui vient compenser et en quelque sorte qu'on transfère des fonds qui sont dans le budget de l'État vers les dividendes des actionnaires. Total va faire, l'année dernière, le record de l'histoire en termes de dividendes. Est-ce que vous trouvez légitime que ce soit le budget de l'État, c'est-à-dire nos impôts, le budget qui sert à l'intérêt général, qui viennent alimenter les dividendes des actionnaires de Total ?
Ben non, je ne suis pas d'accord avec ça. Donc je propose une autre mesure. Et avant de me dire est-ce que vous allez voter pour ou vous allez voter contre, on va avoir le débat parlementaire. Et dans ce débat parlementaire, vous poserez la même question aux autres de savoir s'ils vont voter pour ou s'ils vont voter contre la mesure de blocage de prix que je mets sur la table.
Vous n'êtes pas au pouvoir aujourd'hui. Vous n'avez pas la majorité ni absolue ni relative.
Donc comme nous ne sommes pas au pouvoir, nous devons nous taire et nous devons voter en cadence toutes les propositions d'Emmanuel Macron.
Pas du tout, mais ce sont ses propositions aujourd'hui. C'est lui qui a gagné la présidentielle.
La parlementarisation de la vie politique, ça existe. On peut convaincre. Oui, vous pouvez convaincre. Laissez-moi essayer de convaincre.
Bien sûr, mais vous devez vous prononcer sur un texte qui n'est pas le vôtre. On a l'impression qu'ils proposent leur texte, vous proposez le vôtre.
Mais on est au début du débat parlementaire, Léa Saint-Mé. À la fin, il y aura un texte final. Dans ce texte final, nous apprécierons les points qui vont dans le bon sens. Nous apprécierons les points qui vont dans le mauvais sens. Et au regard de cet équilibre, nous déterminerons notre position de vote. Vous avez donné des exemples, je peux vous en donner d'autres. Il y a la suppression de la redevance télé dans le projet de loi. Moi, je suis contre. Et radio. Moi, je suis contre. Et radio, je pense que ça vous intéresse. Je suis contre. Est-ce que je vais voter pour le texte alors qu'il y a ça à l'intérieur ?
Il y a la revalorisation du point d'indice des fonctionnaires sur un pourcentage qui est très largement inférieur à l'inflation. Donc, en réalité, ce n'est pas une augmentation de pouvoir d'achat. C'est une perte de pouvoir d'achat pour les fonctionnaires. Donc ça, vous voterez contre la revalorisation ? Je ne vais pas voter en faveur d'une perte de pouvoir d'achat pour les fonctionnaires. Donc, vous voyez, s'il y a des choses qui vont dans le bon sens, je ne vais pas vous dire que je suis contre par principe parce que ça a été proposé par le président de la République. Mais les choses qui vont dans le mauvais sens, je vais les combattre. C'est clair.
Jean-Luc Mélenchon a dit hier que la crise née des élections législatives pourrait conduire au blocage de l'Assemblée nationale et que si tel était le cas, cette crise se dénouera par de nouvelles élections. Il appelle les partenaires de l'ANUP à lancer une grande marche contre la vie chère en septembre. Faute de majorité, le combat politique, c'est dans la rue, Manuel Bompard ?
Précisément, dans ce que vous venez de dire, vous voyez que ce n'est pas ce qu'a dit Jean-Luc Mélenchon. Il dit à la fois, potentiellement dans les urnes, si la question du retour aux urnes est posée, et c'est une possibilité, tout le monde le sait, c'est-à-dire soit le président de la République réussit à construire une majorité autour d'une feuille de route politique, et c'est à ça qu'aurait dû servir le vote de confiance du jour, soit ce n'est pas le cas, et si ce n'est pas le cas, il y aura un retour aux urnes. Mais bien évidemment, dans le même temps, il faut se mobiliser, il faut que la société soit en mouvement.
On ne peut pas continuer à accepter l'explosion des prix aujourd'hui, et la fable qui consiste à faire croire que ce serait seulement parce qu'il y a la guerre en Ukraine, que seulement ce serait la conjoncture internationale qui produirait cette hausse des prix. Vous savez, sur le marché du blé à Paris au mois de mai, 70% des achats sont l'objet, sont le fait de spéculateurs. Donc à un moment, il faut dire la vérité aux Françaises et aux Français. Le sujet, ce n'est pas juste parce qu'il y a la guerre en Ukraine.
Le sujet, c'est qu'il y a des gens aujourd'hui, des acteurs, qui parient sur la hausse des prix, qui prennent des positions, ça fait augmenter les prix, et qui s'en mettent plein les poches, alors que les Françaises et les Français y tirent la longue.
Manuel Bompard, quelques questions d'actualité très rapides, réponses rapides si vous le voulez bien, pour avoir un peu votre position sur les thèmes d'actualité en ce moment. Les cheminots de la SNCF sont appelés à cesser le travail aujourd'hui. À quelques jours des vacances d'été, les syndicats demandent de meilleurs salaires. Est-ce que vous soutenez cette grève aujourd'hui ?
Moi, je soutiens le fait que oui, les cheminots, aujourd'hui, ils ont des rémunérations qui sont trop faibles, qu'avec la conjoncture internationale et la conjoncture d'explosion des prix dont on est en train de parler, ne leur permettent pas de vivre. Et j'espère qu'ils seront entendus et justement qu'ils n'auront pas besoin de continuer ce mouvement.
Donc la grève, le jour des vacances, vous la soutenez ?
Mais attendez, vous savez...
Non, non, c'est toujours la même question, mais...
Oui, c'est toujours la même question. Mais vous savez, s'il y a une grève, c'est parce qu'avant, il y a des revendications qui n'ont pas été entendues. Donc vous poserez la question à la direction de la SNCF, la raison pour laquelle elle n'a pas entendu ses revendications. Et donc de sa responsabilité, il y aura peut-être une grève le jour des vacances.
Manuel Bompard, dans l'actualité, toujours plus de 200 000 cas de Covid en 24 heures. Appelez-vous ce matin le gouvernement à agir, à rétablir par exemple le masque dans les transports.
Moi, je l'invite effectivement à agir. Mais je pose la question de savoir à combien de répliques, combien de crises, il va falloir avoir pour comprendre qu'on a un système hospitalier aujourd'hui qui est à bout de souffle, et un système hospitalier dans lequel il y a des investissements qui sont indispensables. Alors au début de la crise, quand on disait ça, on disait « Oui, mais vous savez, ça prend du temps de former des personnels soignants, ça prend du temps d'ouvrir des lits. » Sauf que maintenant, c'était il y a deux ans. Donc qu'est-ce qu'on a fait depuis ? On a continué à fermer des lits. Donc bien sûr qu'il doit y avoir des mesures de protection.
Et pourquoi pas rétablir le masque dans les transports, si c'est nécessaire de le faire ? Pas de difficultés. Mais arrêtons de faire croire aux gens que la seule solution, c'est celle-là. La question, c'est comment on a investi dans le système de santé. Il y a des 50 services d'urgence dans ce pays qui sont en grève. Qu'est-ce qu'on fait sur ces situations-là ? Est-ce qu'on réintègre les personnels soignants qui ont été suspendus de l'hôpital public ? Est-ce qu'on augmente le nombre de lits ? Est-ce qu'on augmente enfin les rémunérations des personnels soignants ?
Est-ce qu'on réintègre les soignants non vaccinés ?
Je pense qu'il faut le faire, oui, bien sûr. On ne peut pas aujourd'hui avoir le luxe, on ne peut pas se payer le luxe de laisser sur le bord du chemin des personnels soignants qualifiés qui peuvent tout à fait faire leur travail. Donc oui, j'y suis favorable.
Le pass sanitaire aux frontières, vous êtes pour, vous êtes contre ?
Je ne sais pas qu'est-ce que ça veut dire le pass sanitaire aux frontières.
C'est le texte qui va être présenté à l'Assemblée nationale lundi prochain. Ce n'est pas un pass vaccinal ou sanitaire en métropole, ça permettra d'instaurer un contrôle du statut vaccinal aux frontières.
Je sais que ça existe déjà dans d'autres pays, sur certaines maladies. Est-ce que la question c'est est-ce que c'est efficace sur le Covid ? Moi franchement, j'aimerais qu'on s'attarde davantage sur des mesures de renforcement de notre système hospitalier. C'est ce que j'essaye de faire comprendre ce matin, plutôt que sur des mesures au coup par coup, comme on le fait malheureusement depuis le début de cette crise.
Le gouvernement nommé lundi ne compte pas. Damien Abad, visé par une plainte pour agression sexuelle, le parquet a ouvert une enquête le 29 juin. Vous aviez demandé sa sortie du gouvernement. Êtes-vous satisfait, Manuel Bompard ?
Je pense que c'était nécessaire. Je voudrais dire qu'il est visé par une plainte, mais il y a en réalité trois témoignages qui ont été publiés dans la presse, et qui sont des témoignages qui parlent de faits extrêmement graves, c'est-à-dire de faits d'agression sexuelle, de viol, et dont deux d'entre eux, de viol après avoir utilisé, si on en croit ses témoignages, il s'en défend, de la drogue pour arriver à ses fins. Donc je trouve que c'est des témoignages qui sont très graves, et oui, il me semble que par mesure de précaution, et y compris pour lui permettre d'assurer sa défense, il est mieux qu'il ne soit pas membre du gouvernement.
Donc Damien Abad sort du gouvernement, en revanche, vous continuez de soutenir la présence d'Éric Coquerel à la tête de la commission des finances, alors même qu'il est visé lui-même par une plainte, pour un harcèlement sexuel. Donc, ces deux poids, deux mesures, une règle pour Damien Abad, une règle pour Éric Coquerel, comment ça se passe ?
Mais Léa Salamé, est-ce que vous considérez que trois témoignages pour des cas d'agression sexuelle et de viol et un témoignage contredit par des témoins pour une drague trop insistante dans une boîte de nuit il y a huit ans sont de même nature ? Est-ce que vous considérez que les faits dont on parle sont de même nature ? Est-ce que vous considérez que leur gravité est de même nature ?
Moi, je ne considère rien du tout, je n'ai pas donné mon avis. En revanche, Sandrine Rousseau, de la NUPES, écrivait elle-même à propos des accusations de Sophie Tissier, parce qu'elle s'appelle comme ça, contre Éric Coquerel. Ce que décrit Sophie Tissier est exactement ce qui décourage bien des femmes de milité, ne pas se sentir reconnues pour ses compétences, être amenées à un corps. Nos organisations politiques sont sexistes, notre responsabilité est collective pour que cela change.
Mais, Léa Salamé, le fait de dire que les deux situations ne sont pas de même nature et pas de même gravité ne veut pas dire que si les faits sont avérés dans le cas du témoignage de Sophie Tissier, ce ne soit pas problématique. Je n'ai jamais dit ça. Bien évidemment que si une personne a ressenti une forme d'inquiétude face à une drague trop insistante, c'est problématique. Mais ça ne se traite pas de la même manière.
Léa Salamé, la caractérisation des faits,
vous savez très bien comment ça marche, c'est à la justice de caractériser les faits. Donc on verra quelle est la caractérisation des faits qui est choisie. Mais considérez que vous pouvez mettre sur le même plan des témoignages et des accusations et des plaintes pour viol et agrément sexuel.
Mais lui aussi, il a la présomption d'innocence, Damien Abad, non ?
Mais je ne conteste pas que Damien Abad ait la présomption d'innocence par mesure de précaution et pour pouvoir se défendre parce que la caractérisation des faits, le nombre de témoignages, la nature des faits dont il est question, pose effectivement une question qui fait qu'il est de manière prudente, à mon avis, plus sérieux qu'il ne soit pas dans le gouvernement.
Il y a une autre affaire qui interroge la manière dont la France Insoumise gère les accusations de violences sexistes et sexuelles de manière générale. C'est l'affaire Tabou Havs. Dans un long billet publié sur Twitter hier, il écrit, je le cite, « J'ignore ce dont on m'accuse, je n'ai jamais été confronté aux dites accusations, j'apprends qu'il n'y aura pas d'enquête, pas de vérification, pas de confrontation, mais où est la justice dans tout ça ? Pourquoi ne pas signaler ces éléments au procureur ? » Vous lui répondez quoi ce matin ? Pourquoi ne pas saisir la justice ?
Alors, je réponds plusieurs choses. D'abord, il n'est pas vrai de dire qu'il n'y aura pas d'enquête ou qu'il ne sera pas confronté au fait dont il est accusé. Il y a eu une mesure d'urgence, puisque ces témoignages en tout cas sont arrivés au moment où il devait être investi comme candidat aux élections législatives. Et comme c'est le cas dans les organisations politiques, par prudence, il a été décidé de ne pas l'investir en raison de cette situation. Pour autant, il y a eu une procédure et il est légitime qu'il demande à se défendre. C'est quelque chose qu'on peut tout à fait comprendre. Vous comprenez qu'on s'instérose, c'est-à-dire ?
Éric Ocrel, il peut rester à la commission des finances, à Abouhoff, il doit sortir, il doit retirer sa candidature.
J'ai bien compris que vous ne vouliez pas répondre à ma question. Moi, ce n'est pas moi de répondre à ma question. Je suis sûr que vous comprenez au fond de vous-même et que toutes celles et ceux qui nous écoutent comprennent que c'est des accusations de nature tout à fait différentes des accusations de viol ou d'agression sexuelle et des accusations, y compris d'harcèlement sexuel. C'est des accusations de nature tout à fait différentes et il est normal que les réponses soient de nature différente. En ce qui concerne Abouhoff, pour répondre à la question, il demande de pouvoir se défendre, c'est légitime qu'il le fasse.
Et enfin, sur la question de la justice, ce n'est pas parce qu'on met en place un comité pour gérer ce type de problématiques dans une organisation politique qu'il a vocation à se substituer à la justice. Et donc moi, ce que je dis, c'est que je ne vais pas saisir la justice à la place de personnes qui ne le souhaitent pas, mais j'essaye de les accompagner. Nous essayons de les accompagner et de les inviter à saisir la justice.
Il accuse nommément Clémentine Eutin de l'avoir encouragé à mentir sur les vraies raisons de son retrait. Clémentine Eutin aurait voulu qu'il fasse un communiqué pour dire qu'il retirait sa candidature à cause des attaques racistes qu'il subissait.
Mais c'est totalement faux, et sur ce point, je pense que ce qu'il dit ne correspond pas à la réalité. C'est lui qui ment, là ? Mais je ne vais pas dire qui ment, sans doute. Peut-être qu'il a mal compris la discussion qui a eu lieu, et je ne suis pas dans ce rapport-là, moi. Ce que je dis, c'est que quand nous avons pris cette décision, il était normal de respecter un devoir de confidentialité vis-à-vis des victimes, et donc de ne pas communiquer publiquement sur les raisons de son éviction. Ça, je l'assume. Et donc de dire qu'il subissait des attaques racistes ? Mais non, justement, donner l'impression qu'il aurait été évincé pour une autre raison, ce n'est pas tout à fait la même chose.
Et bien sûr, ce n'est pas le cas, parce que ça aurait été inacceptable et insupportable.
On en reste là. Merci Manuel Bompard, député LFI NUP, débouche du Rhône d'avoir été au micro d'Inter ce matin. 8h46.
Manuel Bompard