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Discours / meetingJean-Luc Mélenchon (sur YouTube)· 20 mai 2019 28 minAutoproduitFond programmatiqueInstitutions & électionsTravail & emploiÉconomie & entreprisesSolidarités & famille

DÉFENDEZ L'ÉTAT ET LA FONCTION PUBLIQUE ! - L'appel de Jean-Luc Mélenchon

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Chapitres

Répartition du ton (temps de parole politique)

Propositif 40 %Attaque 50 %Défensif 10 %

Affirmations vérifiables (citations exactes)

  • 6:00Jean-Luc MélenchonChiffre
    « vous avez prévu de fusionner les centres qui existent pour en faire un par région comme on en avait un à peu près par département ça veut dire qu'on va passer à peu près deux cents à 13 »
  • 13:00Jean-Luc MélenchonChiffre
    « il y a déjà trop de contractuels dans la fonction publique il y en a huit cent mille »
  • 15:00Jean-Luc MélenchonPromesse
    « nous sommes partisans de l'emploi à vie une fois le concours passé une fois le recrutement fait »
  • 19:00Jean-Luc MélenchonFait
    « les fonctionnaires sont des gens qui ont fait le choix du service public de l'état et de l'intérêt général »
  • 25:00Jean-Luc MélenchonFait
    « les fonctionnaires ont à leur honneur de servir et d'obéir et il le faut »
  • 27:00Jean-Luc MélenchonFait
    « la norme de l'état n'est pas la rentabilité la norme de l'état c'est l'efficacité et l'utilité sociale »

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Jean-Luc Mélenchon

Mon intervention se situe dans le cadre de l'organisation de notre débat tant programmé. Je le précise pour le cas où certains d'entre vous auraient autre chose à faire. Ça va prendre un peu de temps mais je sais que personne ici ne veut échapper à l'intérêt du débat qui nous occupe. Comme vous l'avez remarqué au fil de leurs interventions, mes collègues insoumis se sont efforcés de dessiner l'idée qu'il se faisait de l'État. Car c'est cela dont nous parlons. Le service public, c'est l'État réel et concret. Et l'État est à nos yeux l'instrument irremplaçable consubstantiel à l'idée républicaine.

Je sais bien qu'il existe des états sans fonction publique de la nature de celle que nous connaissons dans notre pays. l'État tel qu'il a été conçu en France, tel qu'il s'est constitué au fil de sa longue et profonde histoire, tel qu'il est ressurgie des nécessités constatées à la libération, tel qu'il est venu après la réforme de monsieur Anissé Leort, cet état, nous y sommes non seulement attachés pour des raisons de connaissance intime des services qu'il rend à la patrie, mais pour l'idée même que nous nous faisons de la structure de notre République. Apparemment, cet article 19 est totalement innocent et vous pourriez commencer par me faire l'habituel procès.

Monsieur Mélenchon, vous êtes hors sujet. Dès qu'il est question d'un grand principe, je suis hors sujet. Mais précisément, nous croyons-nous que les grands principes sont le sujet de toutes les mesures techniques ? Alors bon, passons ce malentendu ordinaire et je viens au contenu de l'article 19. Il concerne les centres de gestion des établissements publics départementaux. qui assure la gestion en ressources humaines pour les collectivités, gestion de carrière, fiche de paix et cetera. Vous avez prévu de fusionner les centres qui existent pour en faire un par région. Comme on en avait un à peu près par département, ça veut dire qu'on va passer à peu près 200 à 13.

Tout le monde vous fera d'abord, et ça a déjà été fait par l'orateur précédent, la remarque inquiète de dire "Mais êtes-vous bien certain que la proximité dont on bénéficie jusque-là va encore exister après que vous ayez fusionné et on suppose réduit les effectifs à proportion pour passer de 100 à 13." Et rien que ça, ça justifierait un amendement de suppression à nos yeux.

Car bien sûr ces concentrations sur les régions, sur les métropoles sont un processus général de réorganisation du territoire qui font disparaître petit à petit les communes, les échelons communaux et départementaux pour ne laisser survivre et n'entretenir que l'échelon des régions, cette espèce de pseudo à la française qui fait le rêve de l'organisation du territoire de nombre des grands stratèges libéraux.

Mais moi, je voudrais aller un petit cran plus loin parce que si j'ai voulu intervenir à l'article 19, c'est parce qu'il me permet de d'affiner l'accusation que nous portons contre ce texte, de montrer qu'il est non seulement un mauvais texte globalement parce qu'il touche à la substance de l'idée que nous faisons de l'État, mais parce qu'il prépare des étapes qui vont venir. Je vous demande d'y réfléchir, collègues, comment le ministre a-t-il pu vous parler de cette réforme de la fonction publique ?

Comment les orateurs principaux du gouvernement ont-ils vous ont-ils pu vous parler de ce texte sans vous dire un seul instant, une seule fois, une seule seconde quel lien il y a entre le contenu de ce texte et la négociation internationale qui a commencé depuis 2013 dénommé TISA. C'est un acronyme anglophone qui est une négociation qui vise à entrer dans le domaine du commerce. Les services aujourd'hui sont des services publics. La négociation internationale TISA porte pour autant qu'on puisse en savoir sur l'éducation, la santé et d'une manière générale tout ce qu'ils appellent les services.

Or prototypiquement ce que font de tels centres sont des services aux yeux des gens qui négocient TISA. Qui négocie TISA ? l'Union européenne, la Commission européenne, 50 États membres de l'Organisation mondiale du commerce. La négociation a lieu depuis 2013. Quel est le mandat des négociateurs ? Quel est le mandat des négociateurs ? Quel est le mandat des négociateurs ? Sur quel sujet sont-ils autorisés à négocier ou non ? Quelle limite leur a-t-elle été tracée sur tel ou tel sujet ? Et bien, je ne le sais pas. Vous ne le savez pas collègues députés sur tous les bancs. Peut-être le ministre le sait-il, mais ce n'est même pas certain.

Le document de négociation fait l'objet d'un copyright, c'est-à-dire d'un droit sur le texte lui-même. Ce copyright a été déposé par les États-Unis d'Amérique. Il est donc interdit d'accéder à ce document ou de le diffuser puisqu'il fait l'objet d'un copyright. Vous ne pouvez pas le consulter librement, il faut demander l'autorisation. Il est dans une chambre forte, vous ne pouvez pas faire de photocopie, vous ne pouvez pas prendre de notes, vous ne pouvez y aller qu'avec un crayon. La loi sur la fonction publique que vous êtes appelé à étudier est composante de la négociation qui se déroule aujourd'hui sur TISA.

Ces centres de gestion, je ne prends que cet exemple, ces centres de gestion seront demain affermés. J'en prends le triste paris devant l'assemblée si elle vient à adopter ce texte. C'est-à-dire que demain, les négociateurs diront comme ils le disent pour les structures qui doivent s'occuper des chômeurs du retour à l'emploi comme on dit aujourd'hui pour euphémiser la situation. Comme ils veulent que ces centres de retour à l'emploi deviennent des structures privées, ils vous proposeront demain que ces centres de gestion soient des centres privés parce que rien, absolument rien dans leur activité n'échappe à l'idée que se font les négociateurs de TISA de ce qu'est le commerce.

Imaginez-vous que ceux qui ont pensé que les professions dites fermées comme des pharmaciens, comme des avocats, comme des architectes dont les règles intérieures sont régies par des accords professionnels et des ordres professionnels sur lesquels il y a beaucoup à dire, mais qui permet ensuite de faire des recours devant des tribunaux administratifs. Il n'empêche que les négociateurs de TISA considèrent que tout ça relève du commerce, qui est un pur et simple commerçant, architecte, un avocat, un notaire et cetera et cetera.

Alors figurez-vous ce qu'ils peuvent se dire à propos des gestionnaires des carrières, des gens qui font les feuilles de paye et ainsi de suite des fonctionnaires territoriaux et des autres fonctionnaires publics. L'article 19 permet et prépare l'isolement spécifique d'une fonction et sa contraction pour la Rome compatible avec le marché. Parce que dès lors qu'il n'y aura que 13 centres de gestion, alors ce sera un marché possible dont on pourra comparer les performances. Tisa comporte une clause sur laquelle je veux attirer l'attention de la représentation nationale. C'est une clause dite cliquée.

Si vous votez quelque chose qui ensuite tombe sous le coup de TISA et à cette heure rien ne vous permet de dire que la loi que vous êtes en train de voter ne fera pas entrer tous ces organismes qui ont été créés sous le sous le l'autorité de TISA. Alors, vous entrerez dans la clause cliquée.

Cela signifie que si par chance, par bonheur, par extraordinaire et par vertu du peuple français, il y avait une majorité insoumise dans cette assemblée et qu'elle vienne à soutenir un gouvernement insoumis qui décide d'abolir la loi qui va être peut-être et sans doute votée puisqu'il y a une majorité pour le faire et entre autres que les centres de gestion si entre-temps ils ont été privatisés seraient de nouveau chose publique. Et bien à ce moment-là, la clause cliquée de TISA interviendrait, c'est-à-dire qu'il ne serait plus possible que ce qui est passé au privé retourne au public. Quelle garantie donnez-vous ?

Plus vous créez des organismes de cette nature, plus vous les concentrez et plus vous ouvrez le terrain à la privatisation et à l'irréversibilité du monde dans lequel vous voudriez que notre patrie vive, celui du marché surtout et sur tous les sujets.

La clause cliquée donnera immédiatement une autorisation à n'importe quel multinational des services qui viendrait à protester contre la décision du gouvernement français tel que je viens de le décrire ou peut-être de vous-même qui constatant dans 6 mois dans 8 mois que vous avez eu une mauvaise idée et que vous voudriez revenir dessus si entre-temps TISA a été signé et bien vous aurez droit à un tribunal d'arbitrage lui également privé ces tribunaux d'arbitrage contre lesquels nous ne cessons de protester qui ont été réintroduits dans la négociation, c'est-à-dire accord de libre change avec le Canada qui ont été introduits et reconnus comme compatible avec les traités européens par la Cour de justice européenne.

si bien que à ce moment-là, non seulement vous ne pourriez plus revenir sur la décision prise, mais si vous reveniez quand même par acte de désobéissance ou d'insoumission, il vous faudrait payer aux entreprises qui auraient investis pour acheter pour être sur ce marché-là, vous devriez leur payer des dédommagements pour les prestations qu'il n'auraient pas fourni. Mes collègues, ne croyez pas que je sois en train d'aller solliciter trop loin la chaîne des interdépendances que ce type de texte prévoit. Nous ne vivons pas dans un monde où la République française ordonne et dispose et ensuite fait comme elle l'entend. Nous sommes par définition soumis aux pactes internationaux.

Il y a même un mot latent, je sais pas pourquoi on dit ça, mais on le dit comme ça. Pactas ou une servant. C'est-à-dire que les lois nationales et les pactes nationaux sont soumis aux accords internationaux. Un tel accord ne sera jamais délibéré par l'Assemblée nationale française, ni par le Sénat, ni par le Congrès de la République, pour la raison qu'il a été accepté au niveau européen que plus aucun accord international de commerce ne serait soumis aux parlements nationaux.

Autrement dit, toute disposition qui prépare le terrain à la commercialisation des services doit être regardé par vous, quel que soit le banc sur lequel vous siégez, dans la perspective que lui indique ce changement complet d'environnement que sera demain le commerce international et les services. Les services sont l'angle sous lequel l'ensemble des partisans du marché le plus ouvert dans le monde veulent entrer pour fracasser ce qui reste des États. Ça m'amène à ce qu'il y a à dire de l'État et je veux assumer devant cette assemblée nationale dire ce que nous portons. Oui, nous sommes partisans du bol de fer. Oui, nous sommes partisans de l'emploi à vie.

Une fois le concours passé, une fois le recrutement fait, nous croyons à l'emploi à vie. Parce que l'emploi à vie, c'est la sécurité personnelle, c'est la capacité de s'épanouir, de se reconvertir sans peur en cours de route. Nous croyons à l'emploi à vie. Nous ne croyons pas que plus on a peur, mieux on travaille. Nous ne croyons pas que plus on est incertain dans son destin, meilleur on est pour la collectivité. Nous croyons à l'emploi à vie de gens qui ont fait le choix du service public, c'est-à-dire du bien général. Car contrairement à ce que j'entends souvent dire où l'on brocarde les fonctionnaires, on peut brocarder toutes les professions, vous le savez aussi bien que moi.

Mais depuis que l'État existe, les fonctionnaires font l'objet d'une harne particulière et de moqueries les plus diverses. On les présente comme des sortes de parasites inutiles et inefficaces. On les appelle les ronds de cuir parce qu'un temps ils cousaient compte tenu de leur maigre payes des ronds de cuir aux coudes de leurs vestes qu'ils usaient en les tenant sur leur bureau. Bref, bien des sa briquet qu'on a utilisé pour peu d'autres métiers, peu d'autres professions. Les fonctionnaires sont des gens qui ont fait le choix du service public, de l'État et de l'intérêt général. Les insoumis aiment l'État, l'intérêt général et l'emploi à vie.

Il y a déjà trop de contractuels dans la fonction publique. Il y en a 800000. Nous trouvons que c'est une très mauvaise idée. C'est une condition extrêmement abaissée que celle du contractuel. Oh, je sais bien. Des fois, on ne peut pas faire autrement. Je n'aurais pas la folie ici de plaider que tout contractuel doit être titularisé.

J'ai été ministre de l'enseignement professionnel et j'ai bien vu qu'il y avait des personnes de métier qui venaient comme professeurs spécialisés dans tel ou tel enseignement à côté de leur métier enseigner dans les lycées professionnels et nous en étions extrêmement heureux parce que c'étaient les meilleurs de leurs branches en général qui venaient ou qu'on allait solliciter pour qu'ils viennent enseigner. Il n'était pas question pour eux d'exercer un pleint temps, mais ce sont des situations extraordinaires, c'est-à-dire qui sortent de l'ordinaire, qui concerne très peu de monde et pour lesquels en effet on peut prévoir des dispositifs particuliers.

Mais là, nous parlons de 800000 personnes. Je m'excuse. Nous ne parlons pas de professeurs de spécialité à 800000 exemplaires. Nous ne parlons pas de gens qui viennent pour faire quelques heures d'animation dans un centre de loisirs euh le mercredi euh dans les communes. Nous parlons d'une masse de gens dont j'ai eu à connaître puisque j'ai donné l'exemple de ces professeurs de l'enseignement professionnel.

Je m'honore d'avoir organisé un examen professionnel pour rendre titulaire de leur poste des gens qui parfois depuis 10 ans étaient contractuels et dont il était impossible de se passer pour que l'établissement fonctionne correctement et que l'enseignement soit donné dans de bonnes conditions. Et bien un examen professionnel. Pourquoi ? parce que il y a le statut de la fonction publique et qu'il ne faut pas violer le statut de la fonction publique. Voilà pourquoi on faisait un examen professionnel qui vérifiait que en effet depuis tant d'années monsieur madame donnait bien les services qu'on attendait de lui et qui semblaient irremplaçable à l'État.

Voilà pourquoi une de nos tâches sera le moment venu de titulariser tout le monde, sauf évidemment ceux qui ne le veulent pas ou qui ne sont pas titularisables. Quand on fait une proposition comme celle-ci, souvent on voit des yeux s'arrondir comme des sous-coupes. Comment l'emploi à vie titulariser tout le monde ? Tel est devenu l'esprit public que il répugne à cette idée que quelqu'un soit dans la garantie de son emploi. Tous comme élus locaux, oui, je dis bien comme élus locaux ou comme administrateur de l'État, comme j'ai pu l'être, comme d'autres l'ont été sur ces bancs.

Nous savons le prix d'un fonctionnaire qui connaît bien son travail et qui parfois au cours de sa carrière, l'emploi à vie ne signifie pas le poste à vie. Je veux le préciser, l'emploi à vie, c'est la sécurité de l'emploi. Mais si vous êtes par exemple dans une collectivité locale, tout le monde sait qu'on peut passer du secteur par exemple de l'administration communale des sports au secteur de l'administration communale de la culture et d'autres exemples existent. Ces respirations à l'intérieur de la carrière dans fonctionnaire améliorent sans cesse son niveau de qualification et lui permet d'être un agent toujours plus efficace au service du bien public.

Et d'ailleurs beaucoup le ressentent et notamment dans la jeune génération, un des aspects attrayants de la fonction publique communale, c'est précisément qu'on peut en cours de route passer d'une branche à l'autre et après s'être occupé pendant 3 ou 4 ans de sport, s'occuper de théâtre et de culture pendant trois ou quatre autres années avant peut-être de faire autre chose dans d'autres domaines qui nécessitent de recourir à sa formation et donc à l'élévation de son niveau de qualification. L'emploi à vie, c'est la condition de base de cette seule flexurité à laquelle je crois.

Oui, il faut que les gens puissent changer d'activité parce qu'il le demande, mais il faut qu'ils puissent le faire dans la sécurité, la stabilité de l'emploi et du gagne-pin. Ainsi, ces conditions d'épanouissement personnel s'ajoutent le fait que cette forme d'emploi est la garantie de la neutralité, c'est la garantie de l'incorruptibilité.

Si les fonctionnaires le sont à vie, s'il n'est pas possible de les virer en cours de route, si quand on change l'organisation d'une administration, qu'elle soit communale ou d'État, l'un des premiers soins que l'on doit avoir, c'est de savoir où l'on redéploiera le personnel qui autrefois s'occupait de telle ou telle activité dont on décide soit qu'elle est obsolète, soit qu'elle est désuette, soit qu'elle n'a plus besoin d'eux. Et bien c'est une garantie que se donne l'État que ces agents seront des agents neutres, des agents incorruptibles parce que jamais ils ne seront soumis à la tentation de le devenir autre chose qu'incorruptible. Pourquoi ?

Parce que la longueur même de leur carrière, leur permanence dans les postes font qu'ils sont en quelque sorte et je mets de grande guillemet sur le mot sous la surveillance du collectif de travail qui lui connaît le contenu de la tâche et est capable de dépister des années après ce que peut-être la corruption. La corruption est un mal endémique et dites-vous bien, vous le savez comme moi, mes collègues, parce que vous avez assez d'expérience de la vie, la corruption commence par ceux qui ne font que passer au sommet et quand on la supporte au sommet, elle se répand comme une lèpre ou une galle dans toute l'institution.

Si bien que combien d'entre nous ont été, quel que soit leur banc, conduit à faire la chasse dans des administrations où il n'imaginait pas le point auquel était répandu le fléo dont je viens de parler. Si vous supprimez l'emploi à vie, vous augmentez les failles par lesquelles la corruption va entrer. Je ne parle pas seulement la corruption de ceux qu'on stipendie pour obtenir une décision ou un acte qu'on espère obtenir, non obstant le fait qu'il ne soit pas fondé, mais je parle de cette autre corruption qui consiste avec le sentiment de la bonne conscience à venir faire comme on dit une mission puisque vous prévoyez de le faire.

Et pendant quelques années, on vient, on change tout, on sait très bien qu'on est en train de tout détruire et après on s'en va justement travailler dans les sociétés privées qui vont pouvoir bénéficier des nouveaux domaines qui auront été ouverts à la concurrence.

qu'on ne dise pas une seule seconde que ce n'est pas vrai, que ce n'est pas possible parce que là où existe une telle fonction publique, c'est-à-dire au niveau de l'Union européenne, là où existe une telle fonction publique, les passerelles entre ceux qui sont des commissaires chargés de l'environnement et qui ensuite sont embauchés par des sociétés qui produisent des pesticides ou qui produisent des carburants carbonés sont permanentes. L'Union européenne est la vitrine de ce qui peut se faire de pire en matière de circulation entre le privé et le public.

Ça m'amène à vous dire que je ne crois pas du tout au logoré d'après lesquels du moment qu'on fait entrer des gens du privé dans l'administration publique, ça va apporter des compétences qui ne s'y trouveraient pas. C'est beaucoup de mépris pour les fonctionnaires. Le privé n'a aucune forme de supériorité intellectuelle, matérielle ou morale sur les fonctionnaires. Les fonctionnaires aiment leur tâche. Les fonctionnaires le font du mieux qu'ils peuvent. Les fonctionnaires sont à notre service à tous. Nous pouvons tous aller raller si quelqu'un ne fait pas bien son travail quand nous allons le voir au guichet.

Nous pouvons écrire, nous pouvons protester, nous pouvons réclamer du fait que ce sont nos impôts et j'aime mieux vous dire que personne ne s'en prive dans ce pays. Essayez d'aller réclamer sur une hotline comme ils disent hein, sur une ligne chaude. Ça on pas qu'elle soit chaude parce que à l'autre bout, c'est-à-dire peut-être dans ma ville natale à Tanger, peut-être je ne sais où au Pakistan. ou ailleurs, on répond au problèmes qui se posent dans votre immeuble ou dans la rue à côté pour tel ou tel service. Ne me dites pas que ça n'existe pas ou alors c'est que vous n'avez ni télévision, ni téléphone, ni aucun appareil de cette nature.

L'administration, l'État, les fonctionnaires sont l'échelon de proximité de l'État, sont les personnes qui incarnent la proximité et la continuité. Vous avez choisi que l'on puisse désigner contractuellement des directeurs d'administration. C'est une erreur considérable parce que non seulement vous allez autoriser un pantouflage incroyable, non seulement vous allez permettre à des gens qui n'ont rien à voir avec la mentalité du service public, de l'État et de l'idée de désintéressement, mais en plus vous allez créer une mentalité autour de ça. Ça porte un nom. Il y a d'autres États, il existe d'autres États dans le monde. Je ne dis pas que la France soit le seul pays qui a un état.

Bien sûr qu'il y a d'autres États, mais l'état où se pratique le spoil système, comme on dit aux États-Unis d'Amérique, c'est-à-dire quand arrivent eux-mêmes s'appellent une administration, c'est-à-dire une nouvelle équipe politique, alors elle vire tous les directeurs et elle met à la place les siens. Je ne dis pas qu'il n'y ait pas jusque dans les rangs de l'ancienne gauche, je n'ai pas entendu, puisque j'y appartenais ce genre de tentation de dire "Ah bon, on ferait bien d'en mettre d'autres parce que moi, il ferait ce qu'on leur dit, hein." Je ne dis pas et ben c'est une erreur.

Et il est temps de dire c'est une erreur parce que les fonctionnaires ont à leur honneur de servir et d'obéir et ils le font. Et quand on leur rappelle parce que il parce que on a l'impression qu'il faut le faire et bien ils en sont heureux à condition que les dirigeants politiques premièrement sachent qu'ils veulent ce qui n'est pas toujours le cas et deuxièmement assure la responsabilité des ordres qu'ils ont donné c'est-à-dire des conséquences des ordres qu'ils ont donné des politiques qu'ils ont ordonné. la politique qui consiste à se défausser sur les directeurs des administrations centrales et surtout l'esprit de ce défaussement se concentrant sur cet esprit de la contractualisation.

Alors demain, vous pourrez virer un préfet de police en disant "Bah, on l'avait payé pour un truc, il le fait pas bien. Au revoir. Salut est viré parce que vous aurez eu un contractuel." Non, ce n'est pas la bonne façon de gérer l'État et cela nuit à la démocratie. En démocratie, seul le politique est responsable devant le peuple. Les fonctionnaires servent, obéissent et exécutent les consignes qui leur sont données, quel que soit le gouvernement. Et ils le font, quelle que soit la couleur politique de l'ordre qui est donné. C'est ce qui a fait pendant des générations la supériorité et l'admiration qui était portée au service public de l'État français et de sa République.

J'ai dit tout à l'heure que la fonction publique, c'est l'État réel et concret et l'État c'est la République réelle et concrète. C'est pourquoi pourquoi ? Parce que République signifie la chose publique. Pour que la chose reste publique, il faut que la décision ayant été prise par tous et étant appliqué à tous, elle trouve ensuite des agents qui sont dans l'esprit de cette norme. Ce qui a été décidé par tous s'appliquent à tous que ça plaise ou pas parce que c'est la loi et parce que la loi s'applique et que les gouvernements sont désignés par des majorités parlementaires qui représentent le peuple.

cette articulation intime entre un état nécessairement impartial parce qu'on ne laisse pas les logiques de l'entreprise privée y entrer. Non, qu'elle soit maudite, je me sens obligé de faire cette parenthèse. Je ne suis pas en train de vous dire que les logiques de l'entreprise privée ne sont pas bonnes intrinsèquement. Je le pense pour un certain nombre d'entre elles, notamment pour tous les monopoles ou quasi monopole dont je pense qu'il ne sert à rien qu'on les mette en concurrence ou qu'on essaie de créer de la concurrence car jamais ça n'a abouti à une amélioration du service ni à une baisse des coûts.

Mais pour le reste, je ne dis pas qu'elle soit mauvaise mais elle n'a rien à faire dans la fonction publique. Si vous nommez contractuellement un directeur d'administration centrale au motif que vous l'avez trouvé intéressant dans une entreprise privée, vous faites venir un homme ou une femme dont les principes d'organisation n'ont rien à voir avec le service public. Quand on est dans une entreprise privée, on fait le boulot pour lequel on a été embauché. On fait le travail tel qu'il est conçu dans son efficacité d'une entreprise privée, c'est-à-dire un travail qui a une efficacité d'abord de rentabilité. La norme de l'État n'est pas la rentabilité.

La norme de l'État, c'est l'efficacité et l'utilité sociale. Ça n'a rien à voir avec la rentabilité. On ne demande pas aux fonctionnaires de cracher du dividende. On leur demande d'avoir une action efficace et c'est la raison pour laquelle il existe des systèmes de notation interne, il existe des promotions qui se font de cette façon et qu'ensuite lorsqu'on se sent attiré par un autre métier de la fonction publique, on passe à un concours et que seuls sont pris les meilleurs, c'est-à-dire ceux dont on a fixé que c'était les meilleurs par concours, ce qui n'a rien à voir la méritocratie avec l'embauche au favoritisme.

parce que d'une façon ou d'une autre, c'est du favoritisme que de décider d'embaucher celui-ci plutôt que celle-là, celle-là plutôt que celui-ci, simplement parce que c'est vous qui le décidez. Tous, nous avons été donneur d'ordre, tous ici dans cette salle, nous avons eu la responsabilité d'administration et même d'embaucher des contractuels. Nous connaissons tous la part d'arbitraire qu'entre dans notre décision qui par nature est une décision humaine. On va critiquer ça. Et bien, demain, c'est autre chose que l'on va mettre en place.

C'est la raison pour laquelle je crois que au global toute cette loi est très mauvaise parce qu'elle farcit tout le système de contractuel un peu partout à tous les étages à tous les niveaux. Ah comme je regrette l'indifférence de ceux qui ont d'abord laissé passer les contractualisations des catégories B et C en se disant bah ce sont petits gens, ils sont interchangeables. Quel mépris et quelle erreur. Et bien maintenant mesdames, messieurs les puissants et les importants, votre tour est arrivé.

C'est à votre tour, directeur des administrations, directeur des administrations centrales, d'être traité comme hier vous trouviez normal qu'on traite quelqu'un qui faisait la cuisine à la cantine ou qui balayait les écoles parce que pour eux l'emploi à vie ça vous paraissait trop parce que vous pensiez que on pouvait toujours en trouver un meilleur parce que vous ignoriez que ce sont vraiment des métiers et pas des occupations et bien votre tour est venu et je le regrette parce que ce qui va passer à la mouninette c'est l'État. L'État est la garantie de la République. L'État est la garantie de l'intérêt général. L'intérêt général n'est pas la somme des intérêts particulier.

L'intérêt général est défini par nos pauvres têtres dans nos laborieux débats et à la fin, on sait qu'on peut changer sa définition. L'État, c'est l'intérêt général. Et si vous voulez, si vous devez être moderne, vous devez faire la tâche de notre époque. Et la tâche de notre époque, c'est séparer l'état de l'argent. Parce que depuis tantôt 30 ans, on démantelle de tout côtés, on commercialise de tout côtés, on transforme en marchandise de tout côté. J'en appelle à mes collègues qui ont été les fondateurs ou les accompagnateurs de l'État moderne, qu'ils soi sur les bancs de droite ou sur les bancs de la gauche de cet hémicycle.

L'État est un bien commun qui a été forgé par l'expérience de toute la nation et de toutes les familles politiques qui le composent. Défendez l'État. Ne vous laissez pas abazourdir, envoûté, assommé par l'interminable propagande contre la fonction publique qui fait l'apologie des services publics, des services privés. L'État, les fonctionnaires seront toujours plus disponibles plus à votre service que n'importe quel mercenaire. C'est