Sauver l’industrie : quel rôle pour les régions ?
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Vous écoutez Bonjour Chez Vous, un podcast de Public Sénat. Et on va en parler avec nos présidents de région présents en plateau. Bonjour Franck Leroy, merci d'être avec nous. Vous êtes le président d'hiver droite de la région Grand Est. Et bonjour François Bonneau. Merci également d'être la présidente socialiste de la région Centre-Val-de-Loire. Stéphane Vernet de Ouest-France est restée avec nous. Stéphane, on va avoir votre éclairage, votre analyse durant tout ce débat. François Bonneau, on vient de voir le sujet chez vous en région Centre-Val-de-Loire sur Duralex. Un fleuron pour les Français. On a vu 5 millions d'euros en quelques heures ont été investis dans Duralex.
Vous avez été surpris par cet engouement ?
Non, pas surpris. Pourquoi ? Parce que depuis que nous avons soutenu la relance, le redémarrage de Duralex, il y a autour de cette entreprise, autour de produits qui font partie de nos vies, véritablement un engagement extraordinaire, un engagement des citoyens, un engagement au niveau régional, bien évidemment, mais au niveau national. Ça veut dire quoi ? Ça veut dire qu'en France, nos concitoyens croient et aiment l'industrie, qu'ils ont véritablement envie d'avoir un patriotisme industriel, d'avoir une souveraineté industrielle.
Et là, ce qui se traduit par cet engagement extraordinaire, 5 millions, en réalité, parce que c'était topé, il y a eu plus de 16 millions de promesses qui sont intervenues en deux jours. Oui, il y avait un plafonnement. C'est extraordinaire. Ça veut dire que nous avons, aujourd'hui, sur nos territoires régionaux, la possibilité de soutenir ces industries qui sont des industries qui ne doivent pas, qui ne veulent pas partir à l'autre bout du monde.
Nous avons le devoir d'organiser autour de ces industries, par l'innovation, par le soutien à l'information, par l'accompagnement sur l'international, nous avons véritablement la volonté de faire en sorte que ces territoires soient des territoires d'avenir. La preuve, elle est faite que ça n'est pas un rêve, que ça n'est pas une illusion, que ça n'est pas du baratin. Aujourd'hui, il y a, dans notre pays, au niveau des acheteurs, au niveau des financeurs, une vraie volonté de soutenir et de développer l'industrie. C'est la raison pour laquelle j'ai pris la responsabilité, au tout début, d'apporter un million d'euros. Et à partir de ça, des banques sont venues.
À partir de ça, d'autres collectivités sont venues. À partir de ça, on a créé, et c'est très important, une SCOP, c'est-à-dire une société coopérative, la fédération de l'ensemble des salariés qui ont apporté leurs tribus. La région a, en plus, contribué à apporter la même chose que la totalité des salariés pour lancer cette SCOP. Et nous prouvons là la possibilité de défendre l'industrie. Non pas en disant on va boucher le trou de la route, mais en mettant ces industries, vous voyez ce qui est dit aujourd'hui, ce sont des industries d'avenir. Ça convoque la création.
Quand Stéphane Bern, je lui ai demandé s'il voulait bien soutenir, quand Philippe Vall de La Poste, je lui ai demandé s'il voulait bien mettre la logistique de La Poste à contribution, immédiatement, mais dans l'instant, ils nous ont dit c'est le patriotisme, c'est le patrimoine industriel.
Et justement, est-ce que ça montre aussi, ces 5 millions en quelques heures, l'attachement des Français à leur patrimoine ? Duralex, c'est une marque à laquelle les Français sont attachés, on a tous joué à la cantine avec les verres Duralex. Ça montre qu'il y a un vrai attachement des Français à leur patrimoine industriel ?
Mais bien évidemment, il y a un attachement des Français, parce que derrière, il y a des femmes et des hommes qui travaillent dans ces industries. Moi, j'ai une autre entreprise aujourd'hui qui est en difficulté, qui est une entreprise qui s'appelle l'entreprise du groupe Brandt, avec des marques extraordinaires comme De Dietrich, etc. Les salariés eux-mêmes sont des porte-voix extraordinaires pour la défense de cette industrie. Et immédiatement, quand on ouvre le sujet devant nos concitoyens, ils comprennent l'enjeu. Donc, il faut que nous ayons des financements qui nous permettent de soutenir dans les passages difficiles.
Et aujourd'hui, en fonction du commerce national et international, il y a des passages difficiles, il faut absolument que nous puissions soutenir. Et c'est le boulot des régions. Tout à l'heure, à l'instant, Carole Deléga, notre présidente de Région de France, le disait, l'investissement des régions pour l'économie, il est directement, il est très puissant parce qu'il est sur le territoire. Il touche ses entreprises directement. Ce n'est pas des fonds qui sont promis, annoncés avec des milliards, etc., qui finalement circulent au-dessus des territoires. C'est pour l'industrie réelle la capacité d'agir.
Il y a des bonnes nouvelles, Franck Leroy. Il y a aussi des entreprises qui sont plus en difficulté. C'est le cas, par exemple, chez vous de Novasco, en Moselle. Est-ce que la réindustrialisation qu'Emmanuel Macron avait érigée en priorité, finalement, c'est une promesse un peu non tenue ?
Non, c'est un engagement qu'on a tous pris parce qu'on a pensé à une époque, dans les années 80 et 90, que l'Europe pourrait se passer d'ateliers de production, qu'on pourrait envoyer ça en Chine ou ailleurs, et qu'on pourrait simplement garder les cols blancs chez nous. C'était une erreur monumentale. Il n'y a pas de souveraineté européenne, il n'y a pas de souveraineté française sans une industrie ancrée dans ces territoires. Et alors, c'est difficile, évidemment, parce qu'il ne suffit pas d'un claquement de doigts pour déclencher de l'investissement.
Mais d'abord, le fait d'avoir confié aux régions il y a dix ans, neuf ans exactement, mais bientôt dix ans, le fait de pouvoir avoir quelque part l'exclusivité des aides économiques, ça a déjà permis d'abord d'acquérir une certaine expérience en la matière, une certaine expertise en la matière, de travailler avec l'État en direct, avec BPI, avec Business France, avec l'ensemble des acteurs qui sont véritablement formatés pour ce type d'aide, et d'accompagner, comme ça a été fait dans nos régions, le monde économique à un moment où il avait besoin de venir se réimplanter sur nos territoires.
Une étude intéressante a été produite en 2024 par EY à l'échelle européenne, et elle situe dans les 15 premières régions européennes les plus attractives, cinq régions françaises. Ce qui veut dire que, alors qu'avant on s'éparpillait un peu, tout le monde faisait un peu de développement économique, mais je pense très sincèrement qu'il y avait une déperdition d'énergie et d'argent.
Aujourd'hui, la concentration à l'échelle des régions en lien avec les territoires, puisque le foncier économique, ce sont les EPCI, les établissements publics de coopération internationale, le fait d'avoir ce double étage à l'échelle des collectivités, plus le soutien de l'État sur des projets type France 2030, etc., sur des grands enjeux stratégiques, nous a redonné de l'attractivité. Si la France a été depuis cinq ans le pays le plus attractif d'Europe, c'est aussi parce que le couple État-région a parfaitement fonctionné. On a eu un exemple à l'instant sur une industrie tout à fait particulière et chère au cœur des Français, en centre Val-de-Loire.
On pourrait en citer un peu partout, évidemment dans le Grand Est également, parce que c'est notre vocation d'être aux côtés du monde économique. J'ajouterais que notre deuxième compétence extrêmement complémentaire, c'est la formation, la formation, la qualification. Aujourd'hui, la première demande des entreprises que nous visitons les uns les autres, c'est « aidez-nous à recruter ».
Vous connaissez les courbes démographiques de la France, vous savez que la natalité chute, vous savez que les effectifs scolaires commencent à diminuer dans certaines régions, vous savez aussi que des quantités importantes de salariés vont quitter leurs entreprises arrivant à l'âge de la retraite, et il y a un véritable risque, notamment dans l'industrie, c'est que la relève ne soit pas là. Donc coupler compétence du développement économique avec la formation, c'est absolument essentiel si on veut relever le défi industriel de la France.
Un mot là-dessus Stéphane, sur l'importance des régions dans la compétitivité économique et l'attractivité.
Oui, alors ça a été très bien dit. Moi je pense qu'effectivement l'échelon régional pour le pilotage de projets sur des bassins industriels, des bassins d'emploi, des bassins de vie locaux, c'est le bon échelon. Et en fait, vous parliez d'expertise, d'expérience, la démonstration a été faite ces dernières années que les régions étaient particulièrement bien placées pour accompagner ces projets de territoire parce qu'elles savent quels sont les besoins, quelles sont les perspectives, les possibilités. Ça c'est très bien.
Si effectivement l'effort demandé aux régions dans le cadre du budget de l'année prochaine et à niveau de ce qui est annoncé par le gouvernement, ça a été très bien dit par Carole Delga, on peut craindre un impact sur la capacité des régions, un impact négatif sur la capacité des régions à accompagner ces projets dans leur territoire. Mais on oublie aussi par exemple que les régions, il y a un vrai ruissellement à partir des régions. Les régions c'est aussi beaucoup d'aide aux communes en difficulté dans leur espace par exemple. Donc c'est tout ça qui est potentiellement remis en cause et qu'il faut préserver.
J'avais juste un mot, on parle de décentralisation, il y a un sujet qu'on n'a pas évoqué, c'est que paradoxalement sur cette question-là, aujourd'hui on n'est pas aidé par l'Union Européenne. Il faut savoir que vous aviez tous les fonds structurels, la PAC qui jusqu'à maintenant était pilotée régionalement par les régions. L'Union Européenne veut faire en sorte que ces aides soient nationalisées, c'est-à-dire que leur gestion soit transférée aux États. L'État français s'y oppose et contre cette mesure, parce que notre gouvernement a bien compris l'intérêt de piloter ces aides au niveau régional. C'est beaucoup plus pertinent et beaucoup plus efficace, mais on n'aura peut-être pas le choix.
Et ça, ça fait partie des choses qui vont peut-être poser problème dans le pilotage des projets régionaux. François Bonneau.
C'est déterminant l'aspect de l'Europe. Pourquoi ? Parce que si on reprend les exemples de l'industrie, l'industrie de demain, elle a besoin d'innovation. Elle a besoin de recherche. Dans ces domaines, nous mobilisons les fonds de l'Europe pour que nous ayons concrètement sur le territoire, dans nos laboratoires en lien avec les industries, la capacité d'innovation. Nous mobilisons les fonds de l'Europe pour la performance écologique de nos entreprises. Et c'est fondamental. Faire de l'économie circulaire, tout le monde est pour. Mais au départ, ça coûte de l'argent. Économiser l'eau, tout le monde est pour.
Développer des produits qui vont être des produits permettant un nouveau rapport à l'environnement. Tout le monde est pour. C'est l'Europe. Si demain, les régions ne pouvaient plus mobiliser, merci de le souligner comme ça, ne pouvaient plus mobiliser les fonds européens en accompagnement de leur propre mobilisation, on aurait un déficit considérable pour la recherche, pour l'innovation et pour l'industrie. J'ajouterais un mot à ce que dit François. C'est que les régions sont aussi des formidables donneurs d'ordre sur le plan économique. La commande publique passée par les régions en investissement, c'est absolument considérable.
Et à plus de 80% en moyenne, ce sont des entreprises de nos territoires qui bénéficient de la commande publique. Et donc, quand on veut parler de soutien aux entreprises, c'est aussi par la commande publique qu'on y arrive. Et si, effectivement, on vient renier les marges de manœuvre des régions, l'investissement public diminuera à tous les échelons. Échelons régionales, mais aussi échelons locales, qui sera moins aidés. Et à ce moment-là, on enclenchera un cercle vicieux qui est moins d'investissement, moins de croissance, moins de rentrées de TVA et tout le monde sera perdant.
Justement, on va parler des questions de budget puisque c'est évidemment votre sujet de préoccupation majeure. Sébastien Lecornu qui estime que l'effort de redressement des finances publiques doit être partagé et évidemment partagé également par les collectivités. C'est ce que dit le Premier ministre. On va l'écouter. C'était lors de son discours de politique générale.
Ce budget demandera un effort aux collectivités locales comme à tous les autres acteurs de la République, à commencer par l'État qui doit être exemplaire. J'ai conscience comme élu local que cet effort est difficile et parfois incompris. Aussi, ai-je souhaité que les moyens alloués aux collectivités maintiennent une trajectoire de hausse en 2026 ? Par ailleurs, il faudra veiller à adapter ces mesures au cas par cas. Comment ne pas voir la situation préoccupante des conseils départementaux ? L'État sera au rendez-vous avec un fonds de sauvegarde pour 2026. Mais au-delà de ces mesures d'urgence, il faut enfin se mettre au travail pour adopter des mesures structurelles.
Vous êtes d'accord, François Bonneau, l'effort, il doit être partagé également par les collectivités ?
Il y a un effort acceptable et un effort inacceptable, il faut être clair. Si l'effort qui nous est demandé était plus important encore que l'effort qui nous a été demandé en 2025, nous serions dans une situation de rupture. Ça veut dire quoi ? Ça veut dire qu'en effet, le soutien à l'économie, le développement des mobilités tellement importantes, la formation dans le secteur du soin absolument capitale, la formation dans le secteur du soin aujourd'hui, il y a des hôpitaux qui ne trouvent pas sur le territoire national les infirmières, les aides-soignantes, etc. Tout cela, nous serions obligés de le réduire.
C'est inacceptable parce que la priorité de nos territoires, la priorité de nos concitoyens, c'est justement que nous, à un moment où le chômage repart, que nous soutenions l'économie et l'emploi, que nous soutenions la mobilité parce que c'est une demande sociale très importante pour le rural, etc. et que nous soutenions le domaine de la formation. Donc aujourd'hui, ce qui est proposé est véritablement inacceptable. Il ne faut pas, attention à ça, il ne faut pas ajouter à une crise nationale que tout le monde constate, une catastrophe locale.
Si véritablement l'État pense sortir le pays en mettant à genoux les collectivités territoriales, on va vers une crise économique, une crise sociale absolument insoutenable. Je partage totalement l'avis de François et je pourrais pouvoir dire qu'on est unanime à niveau région de France et j'allais dire que départements, intercommunalités et communes sont sur la même position. Si l'effort est mesuré, il est parfaitement normal qu'on y participe. L'État, en 2000, a sauvé l'économie française avec le quoi qu'il en coûte. Donc quelque part, on a bénéficié dans nos territoires d'un soutien économique exceptionnel.
Maintenant, dans les déficits récurrents, nous ne sommes pas responsables de cette situation. Nos collectivités sont toutes équilibrées depuis toujours. Donc qu'on vienne, quand l'État est en difficulté, apporter notre contribution, oui. Le Sénat a fixé une limite aux alentours de 2 milliards d'euros pour l'ensemble des collectivités territoriales. Ça nous paraît être un effort acceptable. C'est contraignant, mais ça nous permet de ne pas stopper le moteur de l'investissement local. Dans ce pays, 70% de l'investissement public est porté par les collectivités territoriales.
Si vous les pressurez, si vous les empêchez d'investir, c'est le moteur de l'investissement public dans le pays qui s'arrête. Et à ce moment-là, les catastrophes iront, s'enchaîneront de manière dramatique pour le pays. Est-ce qu'on est près de la zone de rupture par rapport à nos budgets ? Nous disons oui, attention. Tout à l'heure, vous avez fait état à la situation des départements injuste titre. Il y a certains départements qui sont très fortement endettés, etc. La moyenne de l'endettement des départements, c'est une capacité de désendettement de 6,1 années. Pour les régions, nous sommes déjà à 6,3. Donc, il n'y a pas des régions qui iraient bien et puis d'autres collectivités.
Nous sommes sur la ligne de rupture. Si nous devions faire un effort supérieur à ce qui est annoncé, les 2 milliards, tu as raison de le dire, je crois qu'on rentrerait vraiment dans une phase de récession économique et de crise de l'emploi.
Stéphane, pour qu'on comprenne bien, quel effort dans le budget actuel est demandé aux collectivités ?
C'est 4,6, 4,7 milliards. Et donc, c'est plus de 2 fois plus que les 2 milliards préconisés par le Sénat et qui est votre étiage, en fait. Mais, je veux dire, moi, j'ai envie de vous poser une question. Ce que vous dites là, votre constat, le message est clair, votre constat est limpide. Est-ce que tout ça est bien compris par le Premier ministre ? Vous avez une expression curieuse. où vous disiez si le gouvernement veut mettre à genoux les collectivités locales.
On n'en est pas là, quand même. Si demain, nous devions diminuer les formations sanitaires et sociales, parce qu'il s'agit de ça. Si demain, nous devions diminuer sensiblement l'investissement que nous faisons pour les mobilités, pour le rail, etc. Si demain, nous ne pouvons plus accompagner, comme je l'ai fait sur Duralex, accompagner des entreprises qui sont en difficulté ou des entreprises qui veulent se développer, alors, on serait dans une situation de rupture. Et donc, on a besoin de disposer de moyens. Le niveau des 2 milliards, c'est déjà un effort considérable.
On est prêts à le consentir parce qu'en effet, nous pensons que les territoires n'iront pas bien si le pays ne se redresse pas. Mais passer cette barre, c'est à la fois constater que l'État est en très grande difficulté, mais aussi mettre les collectivités dans une incapacité à agir. Il ne faut pas la double crise.
Est-ce que vous espérez obtenir des réponses là-dessus de Sébastien Lecornu qui va venir faire une réunion de travail avec vous ?
Alors, j'apprécie déjà et je pense qu'on apprécie tous le fait qu'ils viennent passer un peu plus de 2 heures avec nous où on va pouvoir se parler très librement et très directement.
C'est une méthode inédite. D'habitude, les premiers ministres arrivaient, faisaient un discours.
D'habitude, ils venaient, ils faisaient un discours à la tribune, quelques photos et repartaient. Aujourd'hui, il y a une séance de travail de plus de 2 heures qui va nous permettre de nous exprimer avec chacun notre sensibilité mais la conviction qu'une partie de la solution dans notre pays passe par les collectivités territoriales et notamment par les régions. Et si, effectivement, l'État est en difficulté, observons que la sphère locale et régionale, elle se porte plutôt bien. On a des majorités, on porte l'investissement national et qu'on n'est pas en plus responsable de tout ce qui arrive au budget de l'État aujourd'hui.
Donc, si on prend en considération cet élément-là, on est prêt à faire des efforts. On l'avait déjà déclaré les dernières, on y a contribué, on est prêt cette année à en faire également, mais dans une limite qui nous permet de continuer à investir dans les territoires parce que c'est ce qu'attendent nos concitoyens dans les lycées, dans les mobilités, dans l'aménagement du territoire, dans nos communes rurales ou urbaines. Et si, effectivement, demain, on vient imposer aux régions un effort dépassant leurs capacités, c'est tout ce moteur de l'investissement local qui sera ralenti et au bout du compte, c'est la France qui sera affaiblie.
Donc, je pense qu'il est en capacité, il est un élu local, il l'a répété, c'est un homme de dialogue, il l'a démontré. Moi, je mise beaucoup sur cette rencontre où on va pouvoir se dire les choses et je suis intimement convaincu que de la demande d'effort à la hauteur de 4,8 milliards qui est faite, on peut, à mon avis, revenir à quelque chose de raisonnable,
quelque chose de consensuel également
parce que la position du Sénat est intraitable. le Sénat refusera tout effort aux collectivités supérieurs à 2 milliards et, j'allais dire, le Sénat a une majorité politique qui, aujourd'hui, Carole Delga, l'a dit tout à l'heure, recueille le sentiment dans le niveau d'effort demandé aux collectivités de l'ensemble des collectivités territoriales.
François Bonneau, vous faites confiance à Sébastien Lecornu, la méthode qu'il a choisi d'employer avec vous, c'est la bonne ?
Il est évident que prendre le temps d'écouter les collectivités territoriales, c'est une meilleure solution que de venir leur dire ce qu'elles devraient faire. Donc, nous sommes très, très, très, très dans l'attente de ce moment d'échange. Je pense qu'il doit comprendre que pour redresser la France, il ne faut pas provoquer de crise sociale et de crise économique sur le territoire. Parce que si demain, les entreprises dont nous avons parlé, si demain, elles sont chaos, il n'y aura plus de production de richesses et la situation difficile de la France au niveau du budget de l'État se trouvera aggravée. Donc, il s'agit de trouver un équilibre.
Cet équilibre passe par le maintien d'une dynamique territoriale qui a fait ses preuves que nous portons au niveau régional et je voudrais juste ajouter ça. Le pays va mal, très mal. Il y a un nombre important de nos concitoyens qui doutent véritablement de l'avenir. Aujourd'hui, ces concitoyens envoient des messages clairs aux collectivités territoriales, on a confiance dans la commune, dans la région qui porte vétérément nos aspirations. Donc, il faut que l'État, que le Premier ministre comprenne bien qu'en travaillant avec les collectivités, en travaillant avec les régions, il va dégager une solution. C'est une solution pour le pays aussi.
Merci François Bonneau. Merci beaucoup d'avoir été avec nous. On va parler dans quelques instants des questions de sécurité, de narcotrafic. On va accueillir l'un des spécialistes du sujet, c'est votre collègue, président socialiste de la région Bourgogne-Franche-Comté, Jérôme Durin, qui va nous rejoindre. Mais avant cela, on va écouter le ministre de l'Intérieur, Laurent Nunes, sur cette question du narcotrafic. C'était il y a quelques semaines ici à Versailles.
On va poursuivre cette guerre contre les narcotrafiquants. C'est vraiment une priorité extrêmement forte. La priorité, c'est évidemment de poursuivre ces missions de sécurité. C'est ce que nos concitoyens attendent. Mais je n'oublie pas que comme ministre de l'Intérieur, la sécurité, c'est aussi la sécurité civile. C'est aussi la sécurité civile.
Bonjour Jérôme Durin. Merci beaucoup d'être avec nous. Vous êtes le nouveau président de la région Bourgogne-Franche-Comté. Vous avez beaucoup travaillé quand vous étiez au Sénat sur cette question du narcotrafic. Vous avez entendu le ministre de l'Intérieur. Est-ce que vous pensez qu'après votre travail, ce que vous avez proposé est suivi des faits ?
Oui, non, en partie. Parce que tout n'est pas mis en place. On a un parquet national anticriminalité organisé qui ne verra le jour que début janvier 2026. C'était prévu. On a une coordination des forces de sécurité intérieure qui commence à produire des effets. Mais malheureusement, on a sans doute pris cette vague de criminalité organisée dans une phase ascendante. Et sur le terrain, on constate partout que les effets, les dégâts sont continus. Et d'ailleurs, le dernier rapport de l'OFAST réévaluent le chiffre d'affaires de la criminalité organisée. On avait dit c'est 3 milliards et demi, 6 milliards d'euros, ils sont à 7 milliards et demi.
On nous dit désormais qu'il n'y a plus de zone blanche. Les dimensions corruptives locales sont pointées, y compris par le président Christian Charpy de la Commission nationale des comptes de campagne. La dimension d'action sociale locale des groupes criminels est relevée puisque maintenant, ils font presque des cadeaux dans les quartiers, les fournitures scolaires, les aménagements. Donc, le tableau reste sombre. Pour autant, ce travail est là, le dispositif légal est là, la coordination des forces s'opère, l'action judiciaire va être renforcée. Je pense qu'on est sur le bon chemin, mais on n'est pas au bout de la lutte et de l'entrave face aux groupes criminels.
Et on l'a vu, Franck Lohar, lors des travaux de Jérôme Durin et d'Étienne Blanc, le narcotrafic, aujourd'hui, il n'est plus cantonné à certaines zones. Il s'étend sur tout le territoire. Est-ce que vous, dans votre région, vous y êtes confronté ? Et de quelle manière ?
Certaines villes de notre région sont fortement confrontées à ce problème qui, effectivement, est un problème qui, à l'image d'une pieuvre, s'étend progressivement sur le territoire. Des mesures fortes doivent être prises et Jérôme a été des parlementaires qui ont poussé à ce qu'une réaction ait lieu et une première loi soit votée. C'est en marche. C'est plutôt positif. Maintenant, je pense qu'il faut intensifier la lutte. À notre niveau, nous n'avons pas, en tant que président de région, une compétence générale en matière de sécurité.
Mais par contre, dans nos gares, dans nos lycées, aux abords de nos lycées, en accompagnant les communes dans l'équipement de la vidéoprotection, on contribue à cette production de sécurité qui est attendue par nos concitoyens. Donc chacun a sa place. On ne demande pas de police régionale. Simplement, dans le cadre de nos compétences, nous sommes actifs parce que la situation l'impose. Cette délinquance, elle, et cette criminalité parfois, elle a tendance à se diffuser. Et si les collectivités publiques collectivement ne réagissent pas aux côtés de l'État ou n'apportent pas leurs contributions aux côtés de l'État, la lutte sera plus difficile.
Elles le font suffisamment ? Elles le font suffisamment ? Les collectivités d'apporter leurs contributions ?
Il y a une forme de piège. C'est-à-dire que la population nous demande d'y aller. La situation nous y invite. Les circonstances institutionnelles de la période nous le permettent. On a une loi sur les polices municipales dont l'article 7 prévoit que les régions vont pouvoir, enfin, j'allais dire, légitimement intervenir dans le champ de la sécurité en complément de ce que font les collectivités. Mais ça revient à votre débat précédent. Que fait l'État ? Que font les autres ? Donc il faut que l'État fasse tout son boulot et le travail pour les régions n'est pas d'aller sur le régalien en lieu et place de l'État.
Ce n'est pas Franck Leroy qui va, avec des moyens régionaux, contribuer et aller débusquer un narcotrafiquant qui est installé à Dubaï. En revanche, qu'on puisse avoir des dispositifs qui aident les communes, qui dans les gares, qui dans les lycées viennent sur nos compétences renforcer la sécurité, là on est à notre place. Mais il faut que l'État soit fort puisque c'est un peu ce que dit le Premier ministre. L'État doit se concentrer sur le régalien qu'il le fasse pleinement avec des sujets de police judiciaire qui ne sont pas les nôtres. En revanche, nous on peut être là pour contribuer à ce mouvement général de sécurité qui est attendu de nos concitoyens.
Sur la question du narcotrafic, on a un peu plus de 4 mois des municipales. Il y a un sujet d'inquiétude qui monte, c'est est-ce qu'il y aura un impact du narcotrafic, des narcotrafiquants sur le scrutin, sur des pressions sur les candidats ? Est-ce qu'il faut le craindre ? Il faut le craindre
mais il ne faut pas se faire des peurs inutiles. Moi, ce qui m'a marqué dans le travail que nous avons fait avec Étienne Blanc et la commission d'enquête sénatoriale, c'est que l'échelon qui était le plus en pointe sur les risques liés au narcotrafic, c'était l'échelon municipal. Et les maires, ils nous ont accueillis en disant enfin vous arrivez parce qu'eux voient ce que c'est que le ravage du narcotrafic dans un quartier, dans un hall d'immeuble. Parce qu'ils voient ce que c'est que des commerces éphémères qui sont là pour le blanchiment de l'argent du crime. Donc, je crois qu'on a un dispositif local et des élus locaux qui sont très en vigilance.
Ils savent les risques corruptifs mais effectivement, il faut qu'on ait une vigilance parce que la capacité corruptive, elle est gigantesque et tout le monde peut tomber sous la menace ou par rapport du gain dans les filets des narcotrafiquants. Donc, il faut qu'on soit collectivement responsable.
Franck Leroy, vigilance mais pas de peur inutile ?
Pas de peur inutile mais la vigilance effectivement s'impose parce que des phénomènes quand on n'est pas suffisamment vigilant peuvent très vite se déployer, se développer et ensuite conquérir des territoires complets. Aujourd'hui, ça reste limité fort heureusement mais je pense qu'effectivement l'État doit concentrer ses moyens sur ces sujets. C'est la raison pour laquelle aussi nous pensons que la décentralisation doit connaître une nouvelle étape. L'État a vocation à se concentrer sur le régalien, la sécurité des Français, l'armée, la sécurité via la police, la gendarmerie, la justice, les affaires étrangères.
Toutes ces questions-là sont du ressort de l'État et il y a une très forte attente de sécurisation du côté des Français. Mais l'État ne peut pas tout faire non plus. Est-ce qu'il est encore pensable aujourd'hui que l'État s'occupe du logement, de la biodiversité, d'un tas de sujets, de mobilité ou autres, alors que les collectivités territoriales tous niveaux confondus ont démontré depuis le début des années 80 qu'elles savaient faire et qu'elles savaient faire mieux que l'État puisque nous gérons tous ces services publics à l'équilibre et personne aujourd'hui ne songe à retirer à ces collectivités ces compétences.
Donc je pense qu'il faut aller dans une nouvelle étape de la décentralisation pour permettre à l'État de pouvoir concentrer tous ces moyens sur la sécurité des Français qui passent notamment par une intensification des moyens de lutte contre le narcotrafic, par exemple.
Cette nouvelle étape de la décentralisation a été promise par le Premier ministre et il promet une loi avant les municipales. Vous croyez que ce sera une vraie étape de décentralisation ?
Alors ça, on vous le dira à 14h, 14h30 quand on aura fini de travailler avec le Premier ministre. Ça veut dire que vous espérez
des réponses aujourd'hui ?
Oui, c'est un rendez-vous qui, dans son chronométrage, nous permet de travailler. Donc j'imagine que le Premier ministre a entendu notre message et qu'il a des choses à nous dire. Donc on verra avec les collègues présidents de région ce que le Premier ministre propose. La décentralisation, c'est formidable et on en a besoin. La question financière, elle est première parce qu'on peut faire tout ce qu'on veut en matière de compétences. Si on n'a pas les ressources et si on est dans des formes de contrats léonins passés avec l'État, alors on n'aura pas la capacité d'agir. C'est le sujet sur un certain nombre de compétences qu'on exerce déjà.
On vous a parlé des formations sanitaires et sociales tout à l'heure. Il y a des engagements qui ont été pris qui n'ont pas été honorés. Nous avons des courriers de François Béroux qui nous promettaient des 215 millions qu'on n'a pas. Certains présidents de région, je pense à Christelle Morancet, disent « Moi, je ferme des places de formation infirmière. On a besoin d'infirmière. On n'a pas les moyens pour les former. » Donc, il faut travailler sur la séquence budgétaire et puis la décentralisation. Elle sera d'autant plus crédible qu'on a des réponses budgétaires à la hauteur de nos attentes.
Un mot là-dessus, Stéphane, sur cette question de la décentralisation et les réponses que peut peut-être rapporter Sébastien Lecornu.
Tout a été dit, notamment sur la sécurité. Je trouve qu'on avait un ministre de l'Intérieur, Bruno Rotaillot, qui avait choqué en son temps en disant qu'il y avait un risque de mexicanisation de la France par rapport au narcotrafic. Je crois que le rapport ou en tout cas, le tableau que vous dressez montre que ce risque existe. On y est. Les réponses existent aussi, mais comme ça a été très bien dit, en fait, dans la définition des compétences, cette réponse, elle est d'abord du ressort de l'État et des communes. C'est les deux échelons pour intervenir en la matière. Et les régions, en réalité, ne sont qu'indirectement concernées.
Elles peuvent effectivement aider les communes à s'équiper, etc., mais elles ne peuvent pas agir directement sur ces questions. Et quant à l'intérêt de la réunion d'aujourd'hui, effectivement, c'est une réunion de travail. Moi, ce que j'ai compris, c'est qu'il va être beaucoup de questions, surtout non pas de budget, mais beaucoup du fameux grand acte de décentralisation envisagé par le Premier ministre. Et c'est peut-être là aussi, autour de cette affaire de compétences et d'efforts partagés, que vous allez pouvoir travailler.
– Il y a eu un rapport très intéressant qui est celui de Boris Ravignon, qui a pointé le coup des doublons entre l'État et l'ensemble des collectivités territoriales et qui les a estimés à 7 milliards. Ça veut dire qu'il y a 7 milliards de clarifications dans ce pays qui sont attendues par tous. Comment se fait-il que quand l'État a décentralisé, il n'a jamais transféré les fonctionnaires ou rarement ne transféré les fonctionnaires aux collectivités territoriales. Du coup, sont restés à l'État un certain nombre d'agents publics qui, à quelque part, interviennent en doublon de ceux que nous avons dû recruter dans les collectivités territoriales.
Il existe encore une direction de l'immobilier au ministère de l'Éducation nationale. L'immobilier, c'est les communes, les départements, les régions. À quoi sert cette direction ? – Donc c'est suppression
de certaines agences d'État ? Est-ce que c'est aussi suppression de certaines agences régionales ? C'est ce que demande notamment l'ERN.
– Alors, reconnaissant que l'ERN en la matière est particulièrement faible dans son argumentation, l'ERN se contente dans nos assemblées de faire de la politique nationale. On attend tous la moindre proposition pertinente de ce parti politique qui, par ailleurs, combat les régions, combat les intercommunités, combat l'Europe, alors que ce sont des leviers du développement dont nos territoires ne pourraient pas se priver.
– Et qui veut supprimer les régions, Jérôme Durand, le Rassemblement national ?
– Oui, on n'a pas bien compris ce qu'il voulait au fond. Le SAFETI l'eux-mêmes, ce n'est pas clair. La réalité, c'est qu'ils ne sont pas entrés dans les dossiers. Les régions sont, pour l'Assemblée nationale, une tribune pour faire une campagne nationale et ils s'intéressent d'assez loin à nos compétences en réalité.
– Merci beaucoup. Merci Franck Leroy. Merci Jérôme Durand d'avoir été avec nous. Merci Stéphane de m'avoir accompagné durant toute cette heure. Merci à tous de nous avoir suivis. – Sous-titrage Société Radio-Canada – Retrouvez l'intégralité de nos podcasts sur la plateforme Public Sénat. – Sous-titrage Société Radio-Canada
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