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interviewfranceinter· 17 juillet 2026 10 min

"Pas de hiérarchie ou de tri" entre racisme et antisémitisme, demande Aurore Bergé

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

0:02
Présentateur

France Inter, le 6-9. Et bonjour Aurore Berger. Bonjour. Merci d'avoir accepté l'invitation de France Inter. Vous êtes ministre déléguée chargée de l'égalité entre les femmes et les hommes et de la lutte contre les discriminations. Vous avez présenté il y a quelques jours en Conseil des ministres un nouveau projet loin destiné à lutter contre le racisme et l'antisémitisme. Qu'est-ce que la loi actuelle ne permet pas ? Pourquoi un nouveau texte était nécessaire selon vous ?

0:25
Aurore Bergé

Déjà parce qu'on a une recrudescence très fort de l'antisémitisme depuis 7 octobre 2023 et qu'on a aussi une permanence du racisme dans notre pays. Il y a eu trois homicides racistes en 2025 et qu'aujourd'hui il y a des sujets qu'on ne peut pas aggraver sur le mobile antisémite ou raciste. Je vous donne des exemples qui sont des exemples que malheureusement beaucoup de Français vivent dans leur quotidien. Une gifle, un crachat, un tag. Comme ça relève d'une amende ou d'une contravention. En fait peu importe si ça a un motif et un mobile antisémite ou raciste on ne peut pas le retenir comme une circonstance aggravante.

Or si vous êtes délibérément ciblé à raison de votre origine, de votre identité réelle ou supposée ou de votre couleur de peau évidemment ça n'a pas la même signification et donc évidemment ce caractère antisémite ou raciste doit pouvoir être retenu. Ça c'est l'un des éléments qui va pouvoir changer grâce à la loi. Il y a aussi la question de la haine en ligne. On sait qu'on a un continent entier de haine qui se déverse sur les réseaux sociaux, sur les plateformes qui touche aussi beaucoup nos enfants et nos adolescents malheureusement qui changent aussi leur représentation.

Eh bien aujourd'hui on voit bien que tout cela dépend encore trop de la bonne volonté des plateformes pour supprimer des contenus à caractère haineux. Demain c'est Pharos. Pharos c'est le bras armé de l'État qui permet le retrait des contenus et qui ordonne aux plateformes le retrait. Il ne pouvait pas le faire sur le racisme ou l'antisémitisme. Demain ce sera le cas pour vous prendre deux exemples très concrets.

1:37
Présentateur

Vous estimez que ce sont les mêmes ressorts qu'on lutte de la même manière contre le racisme et l'antisémitisme ou qu'il n'aurait pas fallu séparer les deux comme ça avait été dans l'idée de la précédente proposition de loi de la députée macroniste Caroline Yadant ?

1:52
Aurore Bergé

Il y a des spécificités. Il y a évidemment des spécificités historiques sur ce qu'est l'antisémitisme, sur ce qu'est le racisme. Évidemment la question par exemple de l'esclavage et de la traite négrière ça continue aujourd'hui à infuser malheureusement des représentations sur le racisme antinoir de la même manière que les théories complotistes continuent à alimenter ce qu'est l'antisémitisme. Donc il y a des spécificités historiques mais il y a le volonté, le caractère universaliste de la France qui fait qu'on lutte de la même manière contre toutes les formes de haine.

Et en tout cas il n'y a pas de hiérarchie ou de tri qui doit être fait mais il y a des spécificités à connaître, à reconnaître pour ensuite réussir évidemment à mieux les combattre.

2:27
Présentateur

Je citais tout à l'heure la proposition de loi Yadant sur les formes renouvelées de l'antisémitisme qui a été accusée par ses détracteurs et ils étaient nombreux de menacer la liberté d'expression. Est-ce qu'on peut dire là maintenant que la proposition de loi a été retirée qu'il s'agit d'une reprise en main du gouvernement sur ce thème-là ?

2:42
Aurore Bergé

Il y a eu une proposition de loi et une députée qui a eu du courage aussi en l'apportant et qui a fait face à une campagne très massive aussi de désinformation. Maintenant c'est une nouvelle loi. Et vous avez dit ça va être plus simple si c'est nous qui nous en chargeons directement ? Il y a eu un choix qui a été fait par son groupe le groupe Ensemble pour la République de retirer le texte de l'ordre du jour donc de toute façon il y avait le choix.

Soit on faisait rien et moi je considérais, le gouvernement considérait que malheureusement il y avait encore matière à agir face à l'antisémitisme et au racisme soit on agissait et donc agir ça voulait dire consulter très largement les associations, les collectifs qui accompagnent au quotidien les victimes d'antisémitisme et de racisme tous les parlementaires, tous les groupes politiques représentés à l'Assemblée nationale et au Sénat sont venus autour de la table pour qu'on discute ensemble de ce que serait ce projet de loi ils ont tous accepté par exemple qu'on l'élargisse à la question du racisme et je pense qu'à un an d'une élection présidentielle autant de Français quand même s'inquiètent sur ce que pourrait être le second tour de cette élection présidentielle ce que ça pourrait dire vouloir dire pour eux-mêmes par rapport à ce qu'ils sont par rapport à leur parcours par rapport à leurs origines si l'Assemblée nationale et le Sénat arrivent à voter dans le même mouvement et d'une même voie un texte qui lutte contre le racisme et l'antisémitisme je crois que ce sera un signal utile de concorde pour le pays Donc ça veut dire que vous y croyez un mouvement transpartisan pour soutenir ce texte-là ?

En tout cas c'est dans cet esprit que j'ai construit cette loi et oui j'y crois parce que je crois que ce serait compliqué pour un parti politique un groupe politique aujourd'hui soit de minorer l'antisémitisme et le racisme qui continuent à exister dans notre pays et qui même ont augmenté ces dernières années quand on parle de l'antisémitisme et puis de dire aux Français qui aujourd'hui pour beaucoup d'entre eux doutent de leur place doutent de leur avenir ici, chez eux, en France et bien que tout ça on peut passer à côté non, il y a des choses qui méritent d'être changées encore dans la loi qui méritent d'être changées beaucoup dans les esprits dans la culture, dans la formation la loi ne résout pas tout mais la loi elle va permettre je pense de mieux accompagner de mieux protéger les victimes et puis de lutter contre le sentiment d'impunité des auteurs parce qu'à la fin ce qu'on veut c'est quand même réduire le nombre d'actes le nombre d'atteintes antisémites et racistes dans les pays

4:42
Présentateur

Vous avez cité Aurore Berger quelques-unes des mesures qui sont dans ce projet de loi je voudrais qu'on revienne sur une autre c'est cette peine automatique d'inéligibilité pour les élus coupables d'actes ou de propos discriminatoires dans les cas les plus graves pourquoi cette mesure est-elle nécessaire ? Selon vous, ça vise finalement

4:58
Aurore Bergé

quel type de situation ?

Alors, il n'y a pas d'automaticité des peines par contre, en fait, ce qu'on vient changer c'est que le magistrat s'il ne retient pas la peine complémentaire il va devoir le justifier il va devoir le motiver donc on inverse en fait la logique avant, il pouvait le faire mais il n'avait pas besoin d'expliquer pourquoi ou pas il le retenait il y a deux cas il y a des cas de contestation de crimes contre l'humanité dans notre pays ce n'est pas le cas aux Etats-Unis aux Etats-Unis je pourrais venir sur votre micro et votre antenne et dire que la Shoah n'a pas existé et bien en France on considère qu'on ne joue pas avec la vérité historique la vérité des faits et donc quelqu'un qui serait un élu de la République et qui viendrait contester l'existence même d'un crime contre l'humanité l'existence d'un génocide le génocide rwandais le génocide arménien ou la Shoah et bien pourrait avoir une peine complémentaire d'inéligibilité et puis en effet les cas les plus graves qui suscitent des peines d'emprisonnement pour des atteintes racistes ou antisémites parce que je crois qu'il y a une exemplarité quand on est un élu de la République on peut venir à votre micro ça veut dire qu'on a accès à la parole publique et quand on a accès à la parole publique ça veut dire qu'on a une responsabilité supplémentaire et dans un moment qu'il y a suffisamment de fractures dans notre pays c'est-à-dire que des élus joueraient avec ça et viendraient attiser ces fractures-là attiser ces haines antisémites ou racistes je pense que ça les disqualifierait aux yeux des Français et je pense que ça justifie que la justice dise si oui ou non il mérite et pourquoi il ne mériterait pas encore une fois une peine d'inigibilité

6:18
Présentateur

Vous avez cité tout à l'heure le contexte politique la campagne présidentielle qui est déjà bien lancée même si elle va monter en puissance bien sûr au cours des prochains mois est-ce qu'il y a un sentiment d'urgence de dire si on veut faire passer des textes sans finalement c'est maintenant ?

6:30
Aurore Bergé

Alors il y a un sentiment d'urgence parce qu'on a un temps parlementaire qui est évidemment plus contraint dans une année qui est une année présidentielle puisque le Parlement s'arrête plus tôt que des années ordinaires ordinaires hors campagne présidentielle et puis il y a surtout un sentiment d'urgence à se dire qu'il y a des sujets qu'il faut traiter et que ça veut dire qu'on peut avoir une année qui est une année utile et je crois à ça je crois que jusque la fin de l'année 2026 et même début de l'année 2027 on a un gouvernement j'y suis qui peut continuer à agir et à faire moi c'est le cas sur l'antisémitisme et le racisme c'est le cas sur le projet de loi sur la protection de l'enfance qu'on a commencé à examiner c'est le cas aussi demain sur la loi intégrale puisque c'est un engagement qu'on a pris Justement j'allais y revenir

7:07
Présentateur

à cette future loi intégrale sur les violences sexistes et sexuelles sur les femmes et les enfants dans le sillage de l'affaire Liana il y a eu de grandes manifestations organisées ces dernières semaines pour réclamer cette loi vous aviez indiqué vous que vous alliez très rapidement recevoir les parlementaires pour arbitrer les mesures ça veut dire que ça y est c'est lancé et vous avez la garantie que l'examen sera

7:25
Aurore Bergé

à l'automne prochain ?

Exactement ça veut dire que c'est lancé il y a une dynamique alors cette dynamique elle a commencé dès l'examen du projet de loi protection de l'enfance il y a eu un vote très important hier à l'Assemblée nationale qui est l'inprescriptibilité des crimes sexuels commis sur les enfants ça veut dire que le temps ne protégera plus les bourreaux comme c'est le cas aujourd'hui on le sait les victimes elles peuvent prendre des décennies à réussir à révéler leurs paroles à dire ce qui s'est passé aujourd'hui la justice leur répondait prescription comme si les victimes avaient pu parler plus tôt et bien aujourd'hui le temps enfin demain grâce à cette loi le temps ne protégera plus les bourreaux donc ça veut dire là encore qu'on peut continuer à agir et on l'a dit il y a des avancées qu'on a ajouté au texte sur la protection de l'enfant je pense notamment au fait que quelqu'un qui a commis plusieurs viols à l'encontre de nos enfants doit pouvoir être condamné à perpétuité c'est pas de la surenchère c'est garantir que chaque victime voit le crime qu'elle a eu à subir être reconnue par une peine mais en effet ça ne suffira pas donc oui il y aura une loi intégrale mais vous savez

8:23
Présentateur

qu'il y a la question des moyens aussi qui a été mise au coeur du débat presque autant finalement que la question du cadre législatif est-ce qu'il y a une réponse

8:28
Aurore Bergé

à porter sur ce point là ?

oui parce qu'on a besoin d'abord de moyens humains dit ce que l'affaire Liana a démontré il y a sans doute des erreurs des fautes individuelles et les enquêtes administratives l'ont dit mais au-delà d'éléments individuels on a quelque chose de systémique qui est comment on accueille la parole de l'enfant comment on cesse de douter de la parole de nos enfants comment on cesse de douter aussi de la parole de celles qui protègent leurs enfants je pense aux mères qui ont accompagné leurs enfants qui ont dénoncé des incestes qu'ils ont eu à subir dans leur propre famille et qui aujourd'hui se retrouvent en accusation sont condamnés pour non-présentation d'enfants sont mis en garde à vue donc ça c'est des choses qu'on doit changer dans la loi et ça suppose évidemment de continuer à augmenter de manière très importante les moyens de la justice et quand on parle de moyens de la justice c'est d'abord des moyens humains évidemment de procureurs de magistrats de greffiers pour garantir qu'on ait les moyens d'enquête nécessaires ces moyens ils ont augmenté ils vont continuer à augmenter on le fait aussi sur les maisons de santé des femmes par exemple pour avoir un continuum d'accompagnement dans chaque département ce sera bien le cas d'ici fin d'année 2026 il y aura une maison de santé des femmes dans chaque département mais beaucoup d'ambition un temps très court quand même au Roberge oui mais enfin on n'a pas commencé hier on n'a pas commencé hier parce que depuis 2017 on a travaillé de manière extrêmement importante sur la lutte contre les violences faites aux femmes à la fois la loi qui a changé sur des délais de prescription sur les violences intrafamiliales sur l'autorité parentale moi je me souviens qu'en 2017 j'entendais encore des paroles qui m'expliquaient qu'un homme qui avait été condamné pour des violences à l'encontre de son épouse pouvait quand même être un très bon père vous voyez il y a des choses qui culturellement ont changé et heureusement il y a des choses qui ont changé dans la loi mais oui on ira au bout et donc on fera la loi intégrale

9:59
Présentateur

Merci Aurore Berger d'être revenue ce matin dans le studio de France Inter ministre délégué chargé de l'égalité entre les femmes et les hommes et de la lutte contre les discriminations le journal de 8h à suivre

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