Laure Lavalette : "Bruno Retailleau parle comme un député du RN mais n'agit pas comme tel"
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Chapitres
Répartition du ton (temps de parole politique)
Propositif 10 %Attaque 70 %Défensif 20 %
Questions et réponses
Taux de réponse directe : 83 % (directe = 1, partielle = 0,5, éludée = 0)
- 0:16OuverteRéponse directe
Que pensez-vous de la polémique autour du déplacement de François Bayrou à Pau ?
- 1:33OuverteRéponse partielle
Remettre à l'ordre du jour le droit au cumul des mandats vous paraît une bonne chose ?
- 3:10OuverteRéponse directe
Bruno Retailleau a-t-il raison de lier reconstruction de Mayotte et question migratoire ?
- 4:07RelanceÉludée
Il faut penser à la question migratoire alors que des vies sont encore à sauver ?
- 5:10OuverteRéponse directe
Bruno Retailleau doit-il rester au gouvernement ?
- 5:29OuverteRéponse directe
Y a-t-il des noms que vous ne voulez pas voir au gouvernement ?
Affirmations vérifiables (citations exactes)
- 1:01Invité politiqueFait
« Si vraiment il a tordu le bras d'Emmanuel Macron, comme vos collègues tendent à le dire, ça pose déjà une vraie question. »
- 2:06Invité politiqueChiffre
« 90% je pense des Français ne sont pas vraiment pour ce cumul des mandats. »
- 3:43Invité politiqueChiffre
« La moitié de la population maorais, de la population qui vit à Mayotte, ce sont des clandestins. »
- 4:48Invité politiqueChiffre
« Si on ne votait qu'à Mayotte, Marine Le Pen serait présidente de la République. Je crois qu'elle fait plus de 59%. »
- 6:20Invité politiqueChiffre
« Elle incarne, elle porte tout ce bilan du macronisme. Ses 1 000 milliards de dettes en 7 ans, cette faillite budgétaire, sécuritaire, migratoire. »
- 8:32Invité politiqueFait
« Marine Le Pen et Jordan Bardella sont allés au salon de l'agriculture et ont été bien plus ovationnés qu'Emmanuel Macron. »
Temps de parole
- Laure Lavalette67 %
- Présentateur33 %
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Sonia De Villers, votre invitée et députée du VAR et porte-parole du groupe RN à l'Assemblée Nationale. Bonjour Laure Lavalette. Bonjour Sonia De Villers. C'était hier le premier grand oral de François Bayrou à l'Assemblée Nationale et c'était vous qui l'avez interpellé au nom de votre formation politique. On va revenir sur vos demandes, mais que pensez-vous d'abord de ce qui fait couler tant d'encre depuis 24h ? François Bayrou qui a fait le choix de se rendre à peau pour présider le conseil municipal, pour se justifier hier face à vous.
Il a rappelé aux députés que peau, c'est en France, que deux ministres ont bien été présents à Mayotte et que le président de la République comptant s'y rendre, il n'était pas d'usage, que le premier ministre quitte le territoire national en même temps que lui. Problème, Mayotte appartient pleinement au territoire national. Est-ce que le premier ministre a selon vous raté son entrée en scène ?
Je pense qu'en fait les débuts sont quand même assez chaotiques. Déjà son arrivée, sa nomination pose quand même à ses questions. Si vraiment il a tordu le bras d'Emmanuel Macron, comme vos collègues tendent à le dire, ça pose déjà une vraie question. C'est comme si vous arriviez à une offre d'emploi, vous n'êtes pas pris, puis vous y retournez en tapant par la porte en disant « Si, si, ça va être moi parce que sinon je vais sortir mes députés du groupe et je vais vous mettre en difficulté ». Donc on a effectivement l'impression que déjà il est là un peu en ayant cassé la fenêtre. Oui, il a fait une faute de quart.
Effectivement, je pense que ce conseil municipal de Pau n'était pas une bonne idée. En fait, je pense qu'il a aussi voulu montrer qu'il fallait être enraciné, parce que c'est aussi ce que les Français lui demandent. Il n'aime pas cette déconnexion entre, j'allais dire, les élites parisiennes et le terroir. On nous le dit souvent en circonscription.
Et donc remettre à l'ordre du jour, dès sa nomination, le droit au cumul des mandats qui a été abrogé il y a quand même quelques années maintenant, ça vous paraît aussi une bonne chose ?
Alors en fait, là ce n'était pas exactement le cumul des mandats, c'est un cumul entre un mandat et une fonction. Puisque le Premier ministre n'est pas un mandat, donc il avait une fonction tout en ayant un mandat local, qu'il a quand même depuis longtemps. La question, lui, qui posait aussi après, c'était sur le cumul des mandats, puisqu'il veut remettre la proportionnelle aussi à l'ordre du jour, et qu'une proportionnelle intégrale peut poser cette question de déconnexion avec le territoire. Voilà, en tout cas, c'était certainement pas le timing. Alors ce cumul des mandats, ça me paraît de la même chose ?
Oui, alors c'est vrai que de toute façon, 90% je pense des Français ne sont pas vraiment pour ce cumul des mandats, en tout cas tel qu'on l'entend. Les Français pensent aussi que les politiques cumulent leurs indemnités, ce qui n'est évidemment pas le cas. Néanmoins, voilà, nous on n'est pas forcément opposés jusqu'à un certain strat de ville. Je ne sais pas, on n'a pas encore dit quel était notre seuil, mais peut-être que quand vous l'avez...
Charles de Courson dit, c'est viable, mais seulement pour des communes de moins de 1000 habitants.
Oui, alors moins de 1000 habitants, voilà, nous on a un seuil qui est un peu plus élevé, je crois, mais encore une fois qui n'est pas défini. Voilà, la question se pose vraiment pour cette histoire de déconnexion. C'est-à-dire, est-ce qu'un Steve Briouat, maire de Hénin-Beaumont, peut être député en même temps ? Écoutez, pour l'instant, nous on s'était dit que pour les villes de moins de 10 000 habitants, c'était peut-être jouable. Encore une fois, si ça se trouve, c'est compliqué parce que c'est aussi quand vous avez des grosses mairies, que vous avez des gros appareils. La question c'est de savoir comment est-ce qu'on peut arriver à tout faire et à tout faire bien.
Comment être au mieux au service de nos administrés ? C'est ça, évidemment, la vraie question. En tout cas, le timing était très mauvais. Je pense qu'on est en pleine catastrophe à Mayotte. C'est évident, effectivement, de dire « Pau est en France », oui, mais Mayotte aussi. Je pense que nos politiques l'ont oublié.
Alors, timing, justement, face à cette catastrophe. Pendant que le Premier ministre œuvre à distance pour Mayotte, donc ravagé par ce cyclone monstrueux, Bruno Retailleau, ministre de l'Intérieur des missionnaires, lui, s'y est rendu. Je vous lis son tweet d'hier également. L'État est mobilisé depuis la première heure, mais il faut déjà penser au jour d'après. On ne pourra pas reconstruire Mayotte sans traiter avec la plus grande détermination la question migratoire. Bruno Retailleau a-t-il raison de poser la question de la reconstruction en ces termes, Laure Lavalette ?
Sur la question migratoire, je pense que l'entièreté de la classe politique, pour le coup, est d'accord. La moitié de la population maorais, de la population qui vit à Mayotte, ce sont des clandestins. Donc oui, évidemment que la question se pose. Il y a une urgence migratoire, mais les maorais... Là, c'est l'urgence, la question migratoire ? Non, mais il ne dit pas ça. Il dit que c'est dans la reconstruction. Effectivement, il faut se poser la question. Vous ne pouvez pas avoir le double de population que ce que vous devriez avoir sur un territoire. En fait, ça ne fonctionne pas.
Ça, je vous l'accorde que ça ne fonctionne pas. Mais en revanche, il y a manifestement encore des vies à sauver.
Là, il faut de l'eau, des médicaments.
Donc le tweet du ministre de l'Intérieur, c'est alors qu'on va manquer d'eau, de nourriture, il faut penser à la question migratoire.
Je ne suis évidemment pas là pour défendre Bruno Retailleau, dont je ne pense pas forcément que du bien. Mais j'imagine aussi qu'il pense qu'il faut mettre de l'eau, des médicaments.
Vous ne pensez pas forcément que du bien de Bruno Retailleau ?
Même avant le cyclone, il y a quand même une grande partie de la population qui n'a pas accès à l'eau. Nos pouvoirs publics tolèrent à Mayotte ce que nous ne tolérerions pas d'un département comme la Dordogne, par exemple. Donc en fait, je vais vous dire, on a une histoire d'amour un peu avec le peuple maorais. Et vous savez, si on ne votait qu'à Mayotte, Marine Le Pen serait présidente de la République. Je crois qu'elle fait plus de 59%. Donc on a cet attachement, évidemment, pour cette population maorais. C'est terrible d'avoir des Français du bout du monde qui se sentent à ce point-là abandonnés. Vous ne pensez pas que du bien de Bruno Retailleau ? Non, mais je le dis depuis le début.
Bruno Retailleau parle comme un député du Rassemblement National, mais n'agit pas comme tel. C'est bien ce que je lui reproche. Mais sinon, il ne serait sûrement pas chez les Républicains depuis si longtemps. Et vous pensez qu'il doit rester au gouvernement ? Ce n'est pas moi qui fais le gouvernement, ce n'est pas moi qui ai nommé le Premier ministre.
Vous savez, encore une fois, ce n'est pas vous. Mais il n'empêche que le Rassemblement National, et Marine Le Pen le redit encore ce matin dans Le Parisien, et l'a dit manifestement au Premier ministre qu'il a reçu avec Jordan Bardella. Ce n'est pas vous qui faites le gouvernement. Mais il y a des noms que vous ne voulez pas voir au gouvernement. Par exemple, Xavier Bertrand.
Xavier Bertrand a passé son entièreté de sa carrière politique, un peu comme M. Cohen, d'ailleurs, à dire du mal du Rassemblement National. Donc, bien sûr que nous n'avons pas envie d'avoir quelqu'un au gouvernement, au gouvernement, qui nous vomit dessus, évidemment. Alors, est-ce que vous voulez Bruno Retailleau ? J'allais dire, c'est sa marque de fabrique. Vous savez, il faut respecter ces 11 millions d'électeurs. Au moment des élections européennes, Jordan Bardella fait un score absolument faramineux, pas atteint depuis 30 ans, avec une participation pas atteinte depuis 35 ans.
Rebelote, trois semaines après, au premier tour des élections législatives, où ma famille politique arrive très en tête. Les Français, dans leur majorité, voudraient une rupture avec le macronisme. Et effectivement, pour l'instant, les noms qui circulent ne me paraissent pas incarner cette rupture. Mais il y a d'autres noms qui vous dérangeraient au gouvernement ? Oui, j'ai entendu Elisabeth Borne hier. Je me dis Elisabeth Borne, c'est quand même... Voilà, je crois qu'on était à 29,49,3. Elle incarne, elle porte tout ce bilan du macronisme. Ses 1 000 milliards de dettes en 7 ans, cette faillite budgétaire, sécuritaire, migratoire. Tous ces gens-là, ils l'incarnent ce bilan.
Justement, je vous repose la question, Laure Lavalette. Est-ce que Bruno Retailleau, alors qu'il y a des corps à sauver, à sortir des décombres, de l'eau, des médicaments à faire arriver à Mayotte, quand il parle de questions migratoires, est-ce que d'une certaine manière, il se rend indispensable à François Bayrou ? Est-ce que c'est sa manière d'acheter votre validation à vous, le Rassemblement national, qui réclamait à nouveau une loi sur l'immigration ? Est-ce que c'est une façon d'acheter votre validation ?
Bruno Retailleau a dit hier qu'il pensait que la loi, ce n'était pas forcément l'urgence. Donc vous voyez, M. Retailleau n'est pas sur notre ligne au niveau migratoire. Vous savez, au moment de notre niche, Edwige Diaz portait une loi sur l'expulsion des délinquants étrangers une fois qu'ils sont sortis de prison. Le gouvernement de M. Retailleau n'a pas voté cette loi par simple dogmatisme et simple sectarisme. Encore une fois, on juge un arbre à ses fruits. Et pour revenir sur les noms, ce n'est pas une question de casting. Ce n'est pas le casting, c'est le scénario qui compte.
Et c'est très important, il faut que François Bayrou ait Premier ministre, mais il n'est pas là pour faire du Bayrou. Il est là pour faire ce dont les Français ont envie, c'est-à-dire pas de hausse de charge sur les entreprises, vous le disiez tout à l'heure dans votre édito, qui sont au bord de la faillite, alors que c'est quand même le poumon de l'économie. Les Français veulent encore une fois...
Exactement, dans les urgences, parce que c'est vous qui avez interpellé le Premier ministre hier à l'Assemblée nationale, vous avez cité des urgences qui s'amoncèlent. Et parmi ces urgences, vous réclamez une loi d'orientation agricole avant le 31 décembre, donc très très très rapide. Les agriculteurs, eux, lors Lavalette, s'attaquent aux permanences de tous les députés qui ont voté la censure. 36 permanences ont été dégradées ces derniers jours par les agriculteurs, dont 10 du Rassemblement national. A chaque fois, le message qui vous est adressé est le même, et le même, vous faites passer vos intérêts politiciens avant notre survie.
Alors, pour être tout à fait honnête intellectuellement, en fait, ce sont, comme dit Marine, un syndicat qui commence par F et qui commence par A. C'est effectivement la FNSEA et la FDSEA qui a, j'allais dire, pris en ligne de mire, parce que c'est quand même, on le sait, un syndicat qui est très proche de la Macronie. Moi, je peux vous dire que j'ai pu aller, Marine Le Pen et Jordan Bardella sont allés au salon de l'agriculture et ont été bien plus ovationnés qu'Emmanuel Macron, qui a été incapable, je vous rappelle, d'aller dans un salon de l'agriculture ouvert.
Il était encadré par des CRS, il a fait une pauvre conférence de presse dans un couloir, donc les agriculteurs ont bien compris où était leur intérêt. Les urgences à Montel, les urgences à Montel, voté la censure. Je peux vous dire que les agriculteurs étaient très contents qu'on fasse tomber un gouvernement qui faisait 13% de moins de budget pour l'agriculture. Ceux qui se battent pour le libre-échange, ce sont la Macronie, nous on se bat pour le juste échange. Les agriculteurs ont très bien pris. Ils sont contre le Mercosur, et par ailleurs, qui est l'instigateur du Mercosur ? C'est encore reculé, mais qui a donné mandat à Ursula von den Leyen pour voter le Mercosur ?
C'est Emmanuel Macron, ça n'est évidemment pas Marine Le Pen. Merci Laure Lavalette. Merci à vous.
Et merci Sonia de Villers.
Laure Lavalette