Jean-René Cazeneuve, rapporteur de la Commission des finances à l’Assemblée nationale - 20/06
Audio original de l'émission.
Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.
BFM Business présente Edwige Chevrion, la grande interview.
Bonsoir à ceux qui nous rejoignent dans cette grande interview. Mon invité ce soir, il est rapporteur général de la Commission des Finances à l'Assemblée Nationale. Bonsoir Jean-René Cazeneuve. D'accord. Merci d'être avec nous. Vous êtes aussi député du Gers, pas trop souffert des intempéries, des orages très violents qui ont frappé la France et notamment le Sud-Ouest.
Si, de manière assez ponctuelle, un peu grêle des inondations. Mais écoutez, j'espère que c'est la fin.
Beaucoup de questions à vous poser. Se sont déroulées hier les Assises des Finances Publiques à Bercy, avec la présence de la Première Ministre et puis votre présence évidemment. On va revenir là-dessus puisqu'on peut trouver, paraît-il, selon le ministre de l'Économie et des Finances, au moins 10 milliards d'économies. Une question sur la Banque de France d'abord. La Banque de France, vous avez vu, elle a donné sa croissance, son estimation de croissance, qu'elle est un petit peu relevée à 0,7%. Mais elle est moins élevée que celle que prévoit le gouvernement, notamment dans le budget 2023, qui est à 1%. Est-ce que pour vous, ça vous inquiète ?
Vous trouvez ou au contraire, vous pensez qu'on est quand même sur une pente positive ? Allez, soyons positifs.
Depuis un an, on nous dit que nos prévisions sont trop optimistes, que la France va rentrer en récession. C'est ce qu'on disait il y a un an. Et à chaque fois, révision après révision, que ce soit l'INSEE, que ce soit l'OCDE, que ce soit la Banque de France, les prévisions se rapprochent de ce que sont nos estimations, d'abord pour 2023 et maintenant pour 2024. Donc c'est vrai qu'on est un tout petit peu plus haut aujourd'hui. On est à 1% de prévision pour 2023. Certains disent 0,7 comme la Banque de France, d'autres disent 0,8. Ça montre aussi que notre économie est plus résiliente que ce qui était annoncé par certains. C'est une bonne nouvelle.
Les entreprises sont présentes, sont au rendez-vous.
Oui, en même temps, c'est une croissance qui est insuffisante pour générer de la richesse qui permettrait de réduire le déficit. Et tout de suite, ça fait le lien avec les assises. Malgré tout, ça veut dire qu'il n'y aura pas, à votre avis, de projet de loi de finances rectificatif en 2023 ? Ça ne le justifie pas ?
Non, ça ne le justifie pas. Nous sommes assez proches des prévisions à la fois en recettes et à la fois en dépenses parce que le coût de l'énergie baisse maintenant de manière assez significative. L'inflation aussi est en train de rejoindre les estimations qui ont été faites sur l'année en dessous de 5%. Donc normalement, il n'y aura pas de projet de loi rectificatif. Oui.
Et par contre, il y a une loi de programmation des finances publiques sur 5 ans. Voilà, comme ça, ça permet de bien cadrer. Ces assises des finances publiques, est-ce que ça sert à quelque chose, honnêtement, Jean-René Cazeneuve ? Parce qu'il y a tellement de rapports sur comment faire, il y a eu tellement de promesses données. Alors certes, il s'est passé beaucoup de choses avec une conséquence de quoi qu'il en coûte. Mais là encore, il y a eu la hausse des fonctionnaires qui n'était pas prévue, même si elle est sans doute utile. Plus 5 milliards. On a l'impression que chaque fois qu'on ouvre le journal, il y a quelques milliards en plus. Ça ne vous inquiète pas ?
Non, parce qu'évidemment, il y a des nouvelles priorités. On veut réindustrialiser notre pays et c'est plutôt en train de marcher. En tous les cas, on a inversé une tendance négative depuis des dizaines d'années. On veut retrouver le plein emploi. Donc tout ça, ça demande des investissements importants, des soutiens de la part de l'État. Comme on ne veut pas augmenter les prélèvements obligatoires, les impôts. Pourquoi ? Parce que nous sommes un des pays au monde qui a le niveau d'imposition le plus élevé. Et on ne peut pas non plus augmenter notre dette puisque là aussi, ce n'est pas pour... On le fait non-stop.
Oui, mais on est quand même sur une trajectoire dans le cadre de la loi de programmation justement des finances publiques. On est sur une trajectoire jusqu'en 2027. Nous allons repasser sous les 3% de déficit et à 108% de mémoire du poids de la dette par rapport à notre PIB. Pourquoi on ne veut pas augmenter notre dette ? Parce qu'elle nous coûte, avec les taux aujourd'hui, elle nous coûte de plus en plus cher. Elle est à 71 milliards prévus en 2027. Donc, pas de dette supplémentaire, en tous les cas le moins possible, pas d'impôt supplémentaire. Il faut donc revoir nos dépenses de manière systématique.
Oui, mais pardonnez-moi, il y a un côté, il n'y a qu'à Faucon, mais en même temps, Faucon, mais c'est quoi l'action derrière ? Parce que Bruno Le Maire, il a fait plusieurs déclarations aussi pour dire voilà, on doit réduire nos déficits, on doit réduire le poids de la charge de la dette. Vous avez tout à fait raison. Mais reconnaissez que pour l'instant, les économies, moins 10 milliards, mais on est dans le flou le plus total. Peut-être que vous pouvez nous les préciser.
Oui, je vais vous préciser, mais reconnaissez aussi qu'on a passé des périodes particulières, des crises uniques quand même depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale. Donc, il y a amené des mesures exceptionnelles qui ont creusé notre déficit, qui ont creusé le niveau des dépenses publiques. C'est un peu le retour à la normale. Ce qui est assez surprenant en matière de finances publiques, ce qui peut paraître normal dans une entreprise, dans une association, même dans un foyer, c'est-à-dire chaque année, on regarde si on peut baisser telle ou telle dépense pour réorienter vers d'autres sujets, ça n'est pas fait de manière systématique pour les finances publiques.
Donc, les assises nous ont permis de mettre sur pied une méthode. Nous voulons chaque année, de manière systématique, regarder l'intégralité des dépenses publiques pour voir celles qu'on peut baisser, celles qu'on peut réorienter, là aussi, pour se donner des marges de manœuvre sur nos priorités.
Oui, mais alors, moi, c'est drôle, en vous écoutant, j'en ai 15-9, vous disiez à peu près la prévision de croissance, notre prévision de croissance, c'est pas la vôtre, puisque vous, vous êtes à l'Assemblée nationale, vous êtes à la Commission des Finances, c'est celle de Bercy. Ça veut dire que vous êtes totalement sur la même ligne que Bercy ?
Écoutez, sur les documents budgétaires, oui, les documents de Bercy sont votés ou pas votés, mais nous avons voté le budget 2023 avec une prévision de croissance de 1%. Alors, si on termine à 0,8 ou 0,9, il va y avoir des aléas, chaque année il y a des aléas.
D'accord, non, mais c'était aussi pour, peut-être, allez-vous chercher sur la question des économies, où est-ce qu'on peut les trouver ? Parce qu'on parle de la santé, on voit quelques pistes, peut-être sur les remboursements de certains médicaments, d'avoir une franchise un peu plus élevée. On parle du logement, or le logement est une véritable bombe sociale, mais en même temps, c'est un très gros budget. On parle du ministère du Travail, mais en même temps, on veut aller vers le plein emploi, il y a la réforme France Travail. Vous voyez, il y a le ministère de la Justice, il faut des crédits supplémentaires.
Quelle que soit la direction où on regarde, il faut plus d'argent, et vous, vous nous dites qu'il faut faire des économies. Comment allez-vous faire, et peut-être donner des idées au gouvernement ?
Mais vous mettez le doigt sur le paradoxe français, ou la difficulté politique que nous avons. C'est-à-dire qu'effectivement, à chaque fois qu'on parle de baisser une dépense, quelqu'un se précipite, il dit, mais non, surtout pas, vous mettez en péril un secteur d'activité, vous mettez en péril telle ou telle entreprise, ou telle ou telle politique publique. Donc, on est obligé de faire ce travail. Quand on parle de 10 milliards d'économies, je peux vous donner quelques éléments, ça représente 0,6% des dépenses publiques. Les dépenses publiques, c'est 1 500 milliards. Vous voyez, 0,6, je ne dis pas que n'importe qui...
Oui, mais on n'est jamais arrivé, donc pourquoi tout d'un coup, on va y arriver ?
On y est arrivé au début de l'année, entre 2017 et 2019, on a baissé la descente publique, nous sommes passés sous les 3%. On a baissé l'augmentation des dépenses publiques, c'est pas tout à fait la même chose.
Vous avez raison, vous avez raison. Ah oui, mais c'est une grosse différence.
Mais notre objectif, c'est de baisser en volume, nous y arrivons en 2023 et 2024, c'est vrai qu'on vient de points très hauts avec les dépenses exceptionnelles liées à l'inflation et à la crise en Ukraine, mais ça va continuer à augmenter en valeur, bien évidemment, au niveau d'inflation. Donc, il faut faire ce travail, il faut dialoguer, il faut expliquer pourquoi on le fait, fois de plus, c'est pas pour réduire ou baisser nos politiques...
C'est une approche comptable, c'est pas moi qui le dis, c'est l'opposition.
Oui, si on croit tout ce que dit l'opposition, on ne va pas... Vous savez, l'opposition, dès que vous baissez une dépense, l'opposition de gauche crie à l'austérité, donc il ne faudrait aller écouter qu'augmenter en permanence le nombre de fonctionnaires et le nombre de dépenses publiques, et à droite, on nous accuse, au contraire, de gabgis. Ce qu'on essaye de faire, c'est donc maîtriser nos dépenses publiques, revient le plus vite possible sous les 3% de déficit en 2017.
Alors maintenant, vous faites comment ? Alors, on va essayer de prendre quelques exemples concrets.
Qu'est-ce qui vous paraît... Sur le logement, vous avez évoqué ce sujet. Sur le logement, nous voulons arrêter le dispositif Pinel, nous voulons également réorienter le prêt à taux zéro sur les zones les plus tendues. Eh bien ça, ça nous permet de faire 2 milliards d'économies à peu près.
Mais en même temps, vous écoutez comme moi, tout le monde ici, tous les experts, les professionnels de l'immobilier défient ici pour nous expliquer que 1, les Français peuvent plus se loger, notamment les Français les plus modestes, et que 2, c'est un arrêt total de la construction du neuf, que l'on ne peut plus les loyer si ce n'est plus possible. Donc on a le sentiment quand même que c'est vraiment le moment de revenir sur des aides au logement.
Eh bien, je suis venu, ça n'est jamais le moment. Il faut aussi imaginer que chaque euro de dépense publique, il y a un contribuable. Et quand on baisse, en tous les cas, qu'on réoriente la dépense publique, eh bien, on baisse le poids, le prélèvement sur les contribuables. C'est l'argent des Français, si vous voulez. Donc, quand on fait 2 milliards d'économies sur un dispositif parce qu'il n'a pas fait ses preuves, si le dispositif dans le logement aujourd'hui était... Ah bah le Pinel a fait ses preuves, un peu trop ses preuves, justement. Oui, oui, non, le Pinel n'a pas fait ses preuves. Ce dispositif-là n'a pas fait ses preuves en particulier.
Et d'ailleurs, si je regarde ce que coûte notre politique du logement et le niveau de satisfaction qu'il y a aujourd'hui des Français par rapport à ce sujet, on a un sujet d'efficacité de la dépense publique.
Eh bien, justement, est-ce que c'est là où vous avez mis le doigt, à mon avis, où là on peut faire des choses ? Mais pour l'instant, je n'ai entendu rien dire. C'est l'efficacité de l'État qui est en jeu. Mais personne ne s'attelle à cette espèce de masse d'onde qui s'appelle l'État. On a l'impression qu'on met de plus en plus de l'argent et on ne sait plus où ça va.
Écoutez, ce travail de revue des dépenses publiques, c'était l'objet des assises des finances publiques hier. On s'est engagé sur une méthode. Les parlementaires vont apporter un certain nombre de propositions d'ici le budget qui sera discuté à partir du mois d'octobre de cette année. Le gouvernement a fait de son côté aussi des revues de dépenses. Il y a des missions parlementaires. La Cour des comptes fait également un certain nombre de recommandations dans un rapport qui va être publié d'ici quelques semaines. Et tout ça doit nous permettre de faire un certain nombre d'économies. Moi, je ne connais pas, si vous voulez, d'entreprises. Je viens du secteur privé.
Vous n'êtes pas Saint-Gobain et d'autres entreprises, oui. Si vous voulez, je ne connais pas d'entreprises où d'une année sur l'autre, on ne se dise pas « Tiens, on a digitalisé un certain nombre de tâches, on a changé l'organisation, on a innové. » Donc, il y a un certain nombre de dépenses qui baissent. Regardez, même dans le domaine public, c'est possible. Le fameux impôts.gouv que nous utilisons tous chaque année, c'est typiquement un service aujourd'hui qui est reconnu. C'est peut-être le service public le plus efficace, en tout cas, si j'en crois à cette situation. Et pourtant, on a baissé le nombre de fonctionnaires.
Oui, c'est toujours à Bercy. C'est le seul endroit où on a baissé des fonctionnaires.
Ce n'est pas tout à fait le seul endroit où on a baissé des fonctionnaires. On est un nombre constant de fonctionnaires à peu de choses près. Donc, il y a des endroits où ça baisse, des endroits où ça augmente. Mais c'est ça, la respiration que nous devons avoir sur nos politiques publiques. Il ne s'agit pas de baisser drastiquement notre politique publique. Il ne s'agit pas de faire des coupures à la hache, des coupes à la hache. Il s'agit simplement de se dire, nous avons des priorités. C'est la réindustrialisation. C'est la transition écologique. Donc, donnons-nous les moyens de soutenir ces priorités.
Mais par exemple, vous, rapporteur général de la Commission des finances, qu'est-ce que vous avez appris hier que vous ne connaissiez déjà ?
Écoutez, on a des pistes très sérieuses. Et vous voyez, dès qu'on dit, on va toucher un peu au logement, tout de suite, quelqu'un se précipite. Le secteur se mobilise pour dire, il n'y en a pas question. Quand on dit qu'il y a un absentéisme aujourd'hui qui monte de manière... C'était le titre du journal qui a précédé. On dit qu'on a quand même un problème collectif. Donc, on a de l'absentéisme qui est en train de monter de manière vertigineuse. Donc, qu'est-ce qu'on fait pour lutter contre ça ? Comment on responsabilise les entreprises ? Comment on responsabilise le problème de santé ? Il faut faire baisser cette dépense. C'est une dépense qui n'est pas productive.
Justement, est-ce que vous êtes pour toucher aux jours de carence ou pas ?
Peut-être qu'il faut regarder ce sujet. Donc, il y a une concertation qui est lancée par la Première Ministre sur ce sujet. Regardons avec les professionnels.
Mais vous, qu'est-ce que vous pensez ? Puisque vous avez été justement dans le privé. Oui, je... Vous pensez qu'il faut revenir sur les jours de carence ?
Je pense qu'il y a aujourd'hui un certain nombre de personnes qui peuvent abuser du système. Ou sur les médecins. Il y a un certain nombre de professionnels. C'est une minorité. Je ne veux surtout pas les montrer du doigt. Mais il y a une minorité, effectivement. On l'a vu pendant la crise du Covid, qui ont eu un certain nombre de comportements sur les vaccins, qui ont déclaré des actes qui n'existaient pas. Donc voilà, il y a aussi une lutte contre la fraude qui doit aussi rapporter quelques milliards au budget de l'État. Donc vous voyez, il y a une vraie... C'est du bon sens, tout simplement. Mais pourquoi c'est du bon sens ?
Pardonnez-moi d'insister. Puis en plus, vous n'étiez pas encore en charge. Mais pourquoi si c'est du bon sens, on ne l'a pas fait avant ? Parce que... Non, je ne parle évidemment de la crise de la Covid.
Oui, mais c'est-à-dire qu'il fait quand même pratiquement maintenant trois ans qu'on est en crise continue.
Après moi, quand est-ce que Emmanuel Macron a été élu ? Puis avant, il y avait d'autres présidents.
On a fait des économies entre 2017 et 2019. On nous l'a reproché, d'ailleurs. On a fait des économies sur les emplois aidés, par exemple. Les économies sur les appels. On a fait un certain nombre d'économies qui nous ont été reprochées. Toujours est-il qu'on est passé sous la barre des 3%. Donc on est sorti de ce qu'on appelle déficit excessif. Donc vous voyez, on est vraiment... On est conscient de ça. C'est l'argent des Français. Et les Français nous reprocheraient de ne pas faire ce travail. Regardez le compte personnel. Vous avez un autre exemple. Le compte personnel de formation. Vous avez tous reçu... Oui, on a transformé. Il y a une réforme. Oui, mais justement, il y a une réforme.
Maintenant, il faut revenir un peu de bon sens. Il faut peut-être qu'un certain nombre de formations, quand elles ne sont pas attendues par l'entreprise, quand la personne, le Français n'est pas au chômage, on peut peut-être se dire qu'un certain nombre de formations pourraient demander un ticket modérateur, par exemple. Il ne s'agit pas de revenir sur le principe, qui est un principe émancipateur très fort, mais c'est juste faire de la bonne gestion, de la bonne gestion, désolé, public.
Quand vous... Je ne sais pas si vous avez écouté un peu le gouverneur de la Banque de France, donc lorsqu'il a présenté tout à l'heure ses perspectives de croissance, il a dit qu'il faut une transformation, il faut une stratégie de transformation. Puisque les économies ponctuelles, etc., il faut une transformation, une transformation de l'État.
Nous avons les deux, c'est-à-dire que nous avons quand même lancé, là aussi, c'est un peu difficile, et c'est notre responsabilité politique de l'avoir fait, nous avons fait une réforme sur le chômage, nous avons fait une réforme sur les retraites, nous avons fait des réformes sur l'apprentissage, donc nous avons fait des réformes de fonds pour viser le plan d'emploi, qui, évidemment, vont nous permettre de faire des économies.
Et à ça, s'ajoutent un certain nombre de mesures, peut-être plus ponctuelles, mais en tous les cas, ce qui est important avec ces assises publiques, c'est que nous voulons avoir un processus pérenne, chaque année, cette revue pour être au-dessus de 10 milliards d'économies chaque année. Donc c'est bien les deux, des transformations de fonds et des mesures ponctuelles supplémentaires.
Est-ce que vous êtes pour supprimer, vous qui êtes député du GERS, est-ce que vous êtes pour supprimer, justement, la taxe sur le gazoil, enfin, l'avantage fiscal sur le gazoil ou pas ?
Écoutez, sur le transport routier. Oui, ça a été annoncé comme un des chantiers... Oui, par le gouvernement, mais vous. Oui, je vais vous donner ma réponse. Moi, je ne suis pas favorable à ce qu'on le fasse pour les agriculteurs. Pourquoi ? Parce que notre agriculteur est en compétition avec les autres pays européens et mondiaux. Je ne voudrais pas qu'on pénalise la productivité de nos agriculteurs. Mais dans le domaine du BTP, par exemple, ou dans le domaine du transport, chacun des entreprises va être au même niveau de compétition. Donc on ne va pas pénaliser la compétitivité de notre pays. Alors que si on le fait sur les agriculteurs, il va être plus fin.
Ensuite, il n'est pas question de le faire soudainement. Il est question de le prévoir sur 3 ans, sur 4 ans, sur 5 ans, de manière à ce que chacun puisse s'adapter. C'est ce qu'on fait sur la voiture individuelle.
Il y a une niche fiscale qui va coûter à l'État 4 milliards d'euros et qui rapporte beaucoup d'argent aux armateurs. Les armateurs, ils ont une taxe au tonnage et n'ont pas sur l'impôt sur leurs bénéfices. On voit le résultat que ça a eu sur CMA, CGM, avec Rodolphe Sadeh qui, effectivement, a récupéré un trésor de guerre absolument colossal. Est-ce qu'il faut y toucher ? Est-ce qu'il faut qu'il soit sur l'impôt sur le bénéfice comme toutes les autres sociétés ?
Alors là, pour le coup, c'est une particularité de ce...
Oui, enfin, c'est 4 à 6 milliards, donc c'est énorme.
Quand ils perdaient de l'argent il y a 3 ou 4 ans et qu'ils payaient cette taxe au tonnage, personne ne lui a dit qu'il faudrait que vous payiez zéro d'impôt sur le revenu alors qu'ils perdaient de l'argent. Là, pour le coup, on est sur un marché, on ne peut plus mondialiser et on ne peut que se féliciter d'avoir un champion international. Mais ça coûte cher, vous avez vu 4 milliards. Non, ça ne coûte pas cher. Il a une imposition mais qui est un accord européen. C'est un accord européen, ce n'est pas spécifique à la France. La France n'est pas une île d'un point de vue fiscal, d'un point de vue activité économique.
On ne peut pas se dire, tiens, on est tout seul, on va imposer les entreprises, etc. Ça n'est pas la volonté de notre majorité. Nous avons un champion international qui a bénéficié, c'est vrai, pendant une période d'un tonnage beaucoup plus important et de tarifs beaucoup plus importants, donc qui a payé beaucoup d'impôts, plus d'impôts évidemment sur cette taxe. Maintenant, on est revenu sur des coûts plus normaux et il va revenir à la normale. Donc, ça n'est pas là une bonne piste parce qu'une fois de plus, on est sur une compétition mondiale et ces compétiteurs qui sont au Danemark ou ailleurs payent des impôts sur le tonnage et pas sur le revenu, et pas sur le résultat.
Est-ce que vous êtes pour que, justement, dans le cadre de cette transformation qui, en plus, va coûter beaucoup d'argent, là encore, l'État va payer, mais surtout les entreprises qui vont payer, est-ce qu'il faut une taxe sur les autoroutes, par exemple ?
Écoutez, non. Vous savez, les contrats sont ficelés avec l'exploitant d'autoroutes. Ils ont toujours trouvé... Et ils sont... Beaucoup ont essayé et personne n'est véritablement arrivé. On va maintenant commencer à renégocier les futures concessions et c'est dans ce cadre-là, je pense, qu'on va être capable de faire... En tous les cas, d'améliorer les finances publiques. Est-ce qu'on peut en retirer ? Donc, le sujet est maintenant sur la table. Il va bientôt être renégocié.
Une taxe sur le transport aérien, sur les aéroports notamment ? On en parle, en tous les cas. Le président de la SNCF en parle beaucoup, mais il y en a d'autres aussi qui en parlent. Est-ce que vous y êtes favorable ou pas ?
Là aussi, moi, je suis pour... Il ne faut rien faire qui pénalise l'attractivité de notre pays. Il ne faut rien faire qui pénalise l'activité économique de notre pays. Nous nous en sortirons sur le plan économique que si nous atteignons le plein emploi. C'est l'objectif prioritaire. Pour moi, c'est un rêve. J'appartiens à une génération, si vous voulez, qui a vécu avec un chômage endémique. Mandat après mandat, élection après élection, on ne parlait que du chômage.
Oui, mais là, une des pistes aussi est suprimée à peu près 5% du budget du ministère du Travail. Donc, bon ?
Non, mais le plein emploi, c'est un objectif. Donc, oui, aujourd'hui, on peut se poser des questions sur la fiscalité comparée du transport aérien avec d'autres types de transports. Franchement, la SNCF, le patron de la SNCF, peut se plaindre. Il est quand même très aidé. L'État lui a permis de se désendetter. Les billets sont subventionnés à pratiquement à hauteur de 3 quarts de 75%. Donc, je veux dire, attention. Bien sûr qu'il faut renforcer le train. On a un plan très important de renforcement du train.
Voilà, maintenant, peut-être qu'en attendant la décarbonation de l'aviation, peut-être qu'il y a effectivement des taxes, la taxe Chirac, par exemple, sur les tickets, on envisage peut-être de la modifier dans les prochaines années.
Est-ce que vous allez réussir à faire passer ça, à passer la pilule à l'Assemblée nationale ?
Alors, c'est une vraie difficulté. Non, non, mais c'est une vraie difficulté. Et c'est un peu le coût indirect, sans jeu de mots, de notre majorité relative. Quand on est, majorité absolue, c'est déjà difficile. Mais on assume cette responsabilité politique. Et on fait les économies nécessaires pour tenir notre budget. Ce que je constate depuis un an, c'est que quand on veut dépenser plus, on arrive à trouver des consensus. Quand on veut faire des économies, comme par hasard, nous sommes seuls au monde, évidemment. Et les uns et les autres ne sont pas là pour en parler. Donc, oui, ça demande encore plus de travail dans le contexte politique actuel pour être capable de mener un bien.
Mais j'en appelle à la responsabilité des hommes politiques pour nous permettre de faire ces économies, une fois de plus, qui sont relativement mineures par rapport à l'ensemble des dépenses et qui doivent nous permettre de financer nos priorités.
Est-ce que votre président, Éric Coquerel, doit démissionner ou faut-il le démissionner après toute l'histoire autour de l'article 40 dans le cadre de la réforme des retraites et de la proposition de loi Liotte ?
Écoutez, depuis un an, il préside avec talent la commission des finances. Il n'y a rien qui explique ça. C'est vrai qu'il a pris des positions deux fois sur ce fameux article 40 qui ne sont pas orthodoxes, c'est le moins qu'on puisse dire, et qui, pour moi, sont des fautes politiques importantes parce qu'il a un rôle institutionnel avant d'être un président de parti et un président et un homme politique de la France insoumise. Donc, c'est un vrai problème.
Mais vous trouvez qu'il fait correctement son boulot ?
Mais sur le reste, il a fait très correctement son travail. Donc, maintenant, les postes, chaque année, pour tout le monde, sont remis en cause. On verra comment ça va se passer.
Oui. Donc, c'est quand, la remise en cause, du reste ?
J'ai plus la date en tête. 1er octobre. 1er octobre. Mais c'est pour tous les postes à l'Assemblée nationale,
pas spécifiquement pour lui. Et pour vous, on dit que vous serez peut-être ministre si jamais il y a un remaniement ministériel. Je ne vous demande pas une réponse. Je ne vous demande pas de réponse, ne vous inquiétez pas. J'essaye de faire le mieux possible mon travail de rapporteur général, ça me suffit. Merci beaucoup. Vous l'avez dit, Jean-René Cazeneuve, le rapporteur général de la Commission des finances à l'Assemblée nationale, était notre invité avec des économies à faire en ligne de mire. Voilà, tout de suite, vous pouvez retrouver le QR code qui s'affiche. Je vais y arriver. Pour ceux qui regardent la télévision, on pourrait écouter cette interview.
Sinon, vous allez sur le site du BFM Business en replay. Et puis, comme tous les soirs, Tech & Co. Mais aujourd'hui, c'est un spécial Bourget avec François Sorel. Bonne soirée. Sous-titrage Société Radio-Canada
Sous-titrage Société Radio-Canada Sous-titrage Société Radio-Canada
Jean-René Cazeneuve