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InterviewFrance Culture — L'invité(e) des Matins (sur Site radio)· 26 août 2026 41 minComplaisantActualité / polémiqueSantéEnvironnement & énergieÉconomie & entreprisesSécurité

Ebola, pour une lecture politique de l’épidémie

Audio original de l'émission.

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Chapitres

Répartition du ton (temps de parole politique)

Propositif 16 %Défensif 7 %

Questions et réponses

Taux de réponse directe : 100 % (directe = 1, partielle = 0,5, éludée = 0)

  • 0:06OuverteRéponse directe

    Comment freiner puis stopper la propagation du virus Ebola en République démocratique du Congo ?

  • 0:12OuverteRéponse directe

    Comment accéder à des populations qui vivent pour certaines dans des régions tenues par des groupes armés ou que les conflits ont chassé de chez elles ?

  • 0:31OuverteRéponse directe

    L'OMS appelle à une trêve humanitaire de 6 mois dans l'Est de la RDC pour permettre aux équipes d'urgence d'accéder aux malades. Qu'en pensez-vous ?

  • 0:40OuverteRéponse directe

    Qu'est-ce qu'on sait et ne sait pas sur cette épidémie qui a déjà tué 2642 personnes ?

  • 1:21OuverteRéponse directe

    Qu'est-ce qu'on sait et qu'on ne sait pas encore de la façon dont le virus s'est propagé, y compris avant qu'il soit détecté le 15 mai ?

  • 1:33OuverteRéponse directe

    Comment vous y êtes-vous pris pour remonter le fil de cette épidémie ?

Affirmations vérifiables (citations exactes)

  • 0:31PrésentateurFait
    « L'Organisation Mondiale de la Santé appelle à une trêve humanitaire de 6 mois dans l'Est de la RDC pour permettre aux équipes d'urgence d'accéder aux malades. »
  • 1:42Invité politiqueFait
    « Cette épidémie a été détectée et annoncée après la confirmation au laboratoire le 15 mai de cette année. Mais en fait, elle a commencé bien avant. »
  • 5:33Invité politiqueChiffre
    « On a rencontré des familles qui avaient perdu 12, 15 personnes en l'espace d'un mois. »
  • 5:47Invité politiqueChiffre
    « Plus de 5000 cas détectés qui ont un test au laboratoire qui confirme la présence d'Ebola. »
  • 9:16PrésentateurChiffre
    « 9 millions de personnes. »
  • 28:39Invité politiqueChiffre
    « Entendre parler de centaines de millions de dollars qui sont alloués à la riposte. »
  • 28:49Invité politiqueChiffre
    « Des personnels locaux qui ne sont pas payés, des sommes comme 10 dollars par jour. »
  • 30:28Invité politiqueChiffre
    « C'est la 17e épidémie d'Ebola en RDC. »
  • 33:23PrésentateurFait
    « Il n'existe pas encore de vaccin homologué contre cette souche-là. »
  • 33:25PrésentateurFait
    « il n'existe pas encore de vaccin homologué contre cette souche-là »
  • 34:45Invité politiqueFait
    « l'ADC a pu à chaque fois et puis les autres pays qui ont géré le vaccin c'est un outil supplémentaire »
  • 35:00Invité politiqueChiffre
    « il y a une cinquantaine un peu plus de 10 000 doses qui sont arrivées à Kinshasa il doit y en avoir 50 000 »
  • 35:10Invité politiqueChiffre
    « quand on parle d'une région d'au moins de 10 millions de personnes dans la zone affectée »
  • 37:25Invité politiqueFait
    « le président de la République de la RDC a nommé une task force présidentielle pour gérer la riposte »
  • 37:35Invité politiqueFait
    « il y a mis à la tête le professeur Steve Aouk qui est un virologue congolais »
  • 39:31Invité politiqueFait
    « c'est quelque chose que dans l'équipe d'engagement communautaire de l'OMS a été mis en place par exemple c'est d'associer le plus possible les guéris aux activités de la réponse »
  • 39:50Invité politiqueFait
    « ils ont une immunité acquise par rapport au virus Ebola »

Temps de parole

  • André Salomé60 %
  • Présentateur36 %
  • Invité2 %
  • Invité 22 %

≈ 0,5 interruption / 10 min (chevauchements et interjections détectés).

Modèle mistral-small-latest · prompt v1 · les citations sont vérifiées mot pour mot dans le transcript ; le taux de réponse directe est calculé à partir des verdicts question par question. Aucun label idéologique n'est produit.

0:00
Présentateur

France Culture Les matins d'été, Julie Gacon Comment freiner puis stopper la propagation du virus Ebola en République démocratique du Congo ? Comment accéder à des populations qui vivent pour certaines dans des régions tenues par des groupes armés ou que les conflits ont chassé de chez elles et entassé dans des camps où l'accès à l'eau est quasiment impossible, où l'on se partage les objets du quotidien et où l'on travaille où on peut, dans les villages et villes pas trop loin du camp, du travail informel, souvent dans le petit commerce.

L'Organisation Mondiale de la Santé appelle à une trêve humanitaire de 6 mois dans l'Est de la RDC pour permettre aux équipes d'urgence d'accéder aux malades. Alors nous voulions ce matin prendre le temps de mettre à plat ce que nous savons et ne savons pas sur cette épidémie qui a déjà tué 2642 personnes depuis qu'elle a commencé officiellement en mai, plus probablement 4 mois plus tôt au moins, et comprendre aussi ce que cette épidémie a de politique, en ce sens qu'elle parle du délabrement des infrastructures de soins et d'un contexte de violence dans les régions de l'Est congolais, Kivu et Itoury en particulier. Bonjour Jules Villa.

1:07
André Salomé

Bonjour Jules Villa.

1:08
Présentateur

Merci beaucoup d'être avec nous. Vous êtes anthropologue, chercheur postdoctoral à l'Institut Pasteur de Paris et vous êtes rentré début août de République démocratique du Congo où vous avez passé 8 semaines. Alors d'abord à ce stade, Jules Villa, qu'est-ce qu'on sait et qu'on ne sait pas encore une fois de la façon dont le virus s'est propagé, y compris avant qu'il soit détecté le 15 mai dans la province de Littoury ? Il se trouve que vous avez mené une enquête avec deux collègues. Comment vous y êtes-vous pris pour, entre guillemets, remonter le fil de cette épidémie ?

1:38
André Salomé

Oui, peut-être la première chose qu'on peut dire pour les personnes qui nous écoutent, c'est que, vous l'avez bien dit en introduction, cette épidémie a été détectée et annoncée après la confirmation au laboratoire le 15 mai de cette année. Mais en fait, elle a commencé bien avant.

Alors notre enquête anthropologique qu'on a menée avec deux collègues congolais, Roger Boujou et Alain Alitoumbéro, elle a montré que cette épidémie s'était propagée bien avant qu'elle ne soit officiellement détectée par les services de santé, mais que les personnes qui vivaient sur place avaient remarqué une situation inhabituelle, des décès en série, des symptômes qui sortaient de l'ordinaire, particulièrement les personnels soignants qui ont observé ces symptômes inhabituels.

Mais c'est d'ailleurs, ce n'est pas la seule enquête qui va dans ce sens, puisque hier soir, sur Virological, les équipes du professeur Placid Mbala, qui est directeur du laboratoire de génomique des pathogènes à Kinshasa, sont allées dans le même sens que ce que nos enquêtes suggéraient, c'est-à-dire qu'ils identifient un début de cette épidémie bien avant le mois de mai. Alors, c'est une intervalle de confiance, mais qui pourrait remonter jusqu'au mois de décembre.

Ce qu'il faut bien comprendre, c'est que les implications opérationnelles de ces résultats, ils sont énormes, c'est-à-dire qu'à partir du moment où vous découvrez une épidémie très tardivement qui a pu se propager dans une communauté pendant de longs mois sans être identifiée et donc sans qu'il y ait de contre-mesure médicale, à ce moment-là, vous arrivez avec un très grand retard et un retard qui, jusqu'à un long jour, n'a pas été comblé. Les équipes continuent de courir derrière l'épidémie.

3:43
Présentateur

Alors vous, Jules Villa, avec vos deux collègues, avez, pour cette enquête, mais vous vous faites bien de rappeler qu'il y en a plusieurs qui sont menées en même temps, mais vous avez interrogé une centaine de personnes, des infirmières et médecins, des responsables communautaires, des survivants, des proches en deuil, des fabricants de cercueils et des gardiens de cimetières. Vous avez aussi examiné des photos, des messages WhatsApp, des notes médicales et des éloges funèbres. Que racontent tous ces témoignages et documents, des décès d'abord mystérieux, qui déciment des familles entières ? Qu'est-ce qui vous a marqué dans la façon dont on vous a raconté tout ça ?

4:16
André Salomé

Oui, tout à fait. Alors, vous le disiez, nous, notre enquête, elle est vraiment anthropologique. Donc, on n'a pas utilisé les mêmes méthodes que d'autres collègues, par exemple les virologues, qui travaillent différemment et avec d'autres données. En fait, notre enquête, elle s'est concentrée sur un moment de l'épidémie, sur lesquelles les données virologiques, je parle, sont parcellaires, voire inexistantes, puisque le premier échantillon de cas confirmés a été prélevé le 2 mai.

Mais donc, du coup, c'est vrai que nous, cette enquête, elle était assez bouleversante, il faut le dire, à mener, puisqu'il s'agissait d'être confronté à la mort, dans une situation où, on ne le dit peut-être pas assez, mais les épidémies d'Ebola sont des tragédies familiales, avant tout, puisque c'est une maladie qui se propage par contact direct avec les fluides de personnes infectées. Donc, très souvent, au cours de situations de soins, l'enfant est malade, et sa mère, la plupart du temps, prend soin de lui, et va se contaminer. Et ce qui fait qu'on a rencontré des familles qui avaient perdu 12, 15 personnes en l'espace d'un mois.

Donc, avant tout, des tragédies familiales, mais qui, après, dans le contexte qu'on connaît, plus de 5000 cas détectés, qui ont un test au laboratoire qui confirme la présence d'Ebola, ce qui n'est pas du tout, on pourra peut-être y revenir, évident, montre qu'on est vraiment dans une épidémie d'ampleur.

6:01
Présentateur

Vous avez, par exemple, alors, vous n'avez pas cherché spécialement le patient zéro, entre guillemets, mais dans la chaîne de personnes dont vous avez compris qu'elles étaient mortes d'Ebola, vous êtes remonté jusqu'à une femme de 50 ans, morte le 25 janvier, après avoir vomi du sang. Sa mère est morte à son tour six jours plus tard, puis son neveu, puis la femme de ce neveu, puis son enfant. Toutes vos enquêtes sont concentrées, par ailleurs, dans la ville de Mongboaoulou, qui est donc une ville minière orifère à environ 75 kilomètres au nord-ouest de la capitale de la province d'Itourie. La capitale s'appelle Bounia.

Vous avez également rencontré ces soignants qui ont perdu des pères, des collègues, puisque très souvent, au début d'épidémie, les soignants meurent aussi, comme le raconte cette dame qu'une équipe du Média Brut a rencontrée en juillet.

6:46
Invité

J'étais réceptionniste à l'hôpital solidaire. C'était là que j'avais attrapé la maladie. C'était au mois de mai. Je me sentais très mal. J'avais le maudit de tête. C'était insupportable. Je m'installais ici quand j'étais malade. Au bout de trois jours, comme ça, je suis partie à l'hôpital. Je présentais déjà des vomissements et des diarrhées. J'ai reçu des médicaments. On a arrêté tous ces symptômes, mais le maudit de tête a continué. Parce que là, à l'hôpital, il n'y avait pas quelqu'un pour nous soigner. Tous les infirmiers étaient très malades. Chacun s'occupait de lui soi-même.

Et comme la maman aussi est malade là-bas, la maison et la petite sœur, vous pouvez aller là-bas, à l'hôpital général. Quand je partais là-bas aussi, je ne savais pas si on allait revenir à vie. Les gens disaient que si tu arrives seulement là-bas, au centre du traitement d'Ebola, tu reviens dans un cercle. Donc, je n'avais pas l'espoir. J'étais désespérée. Je pensais seulement de mourir, comme les autres mères d'Ebola.

7:44
Présentateur

Nathalie s'appelle cette dame qui a travaillé dans un hôpital qui est tombé malade, qui a guéri. Elle parle des autres malades d'Ebola. Est-ce qu'aujourd'hui, Jules Villa, on sait comment l'épidémie a pu se propager aussi vite aux provinces voisines de Litori ?

8:00
André Salomé

Oui. Alors, ce qu'on peut savoir déjà, c'est qu'on a déjà parlé, mais il y a eu une détection tardive. C'est-à-dire que le moment où les équipes de la riposte, donc les équipes médicales et non médicales qui sont chargées de lutter contre l'épidémie d'Ebola, arrivent. À ce moment-là, l'épidémie s'est déjà propagée. Mais donc, vous avez toujours un train de retard sur l'épidémie. Mais aussi, bien sûr, le système de santé qui est particulièrement vulnérable et qui peut, dans une certaine mesure, agir comme un propagateur de l'épidémie.

Et d'ailleurs, la façon dont nous, on a mené l'enquête, c'est d'abord en se tournant vers les soignants, puisque tous les personnels soignants qu'on a pu interroger avaient énormément d'informations à nous communiquer. Ils étaient capables de nous orienter puisque les personnes ont cherché du secours auprès de ces soignants localement. Mais aussi, on peut parler de la densité de la population à Nitoria, qui est très forte par rapport aux autres provinces de la RDC.

9:16
Présentateur

9 millions de personnes.

9:17
André Salomé

Oui, la grande mobilité associée à l'exploitation mini-artisanale. Mais vous en avez parlé un petit peu au début.

9:23
Présentateur

Mais on développera en plus tout à l'heure parce qu'il y a vraiment un contexte particulier dans l'Est de la République démocratique du Congo qu'il faut également prendre le temps de dérouler pour comprendre comment tout ça a pu, à ce point, se propager, comment le virus a pu se propager aussi vite. Il est question à la fois des conflits qui ont toujours cours dans cette partie-là du Congo, mais également de l'exploitation minière illégale. On parle d'artisanale plutôt dans cette région-là pour bien comprendre. En effet, vous n'êtes pas épidémiologiste, mais anthropologue. Comment l'épidémie a pu se propager aussi vite ?

L'OMS et des chercheurs sur place également parlent de différents facteurs. Du fleuve Congo, par exemple, qui ne passe pas par l'Itourie, mais l'OMS en parle comme d'un vecteur de transmission parce que c'est un axe crucial pour la circulation humaine, les échanges commerciaux dans la région. Chaque jour, il y a des milliers de voyageurs et de commerçants qui passent sur ce fleuve Congo, lequel, par ailleurs, arrive à Kinshasa avant de se jeter dans l'océan Atlantique. Comment la capitale aujourd'hui se prémunit de la propagation du virus ? Est-ce que vous y êtes passé, Jules Villa, par Kinshasa ?

10:24
André Salomé

Oui, bien sûr, parce que Kinshasa, c'est l'aéroport international. Donc, on arrive à Kinshasa pour après prendre les vols humanitaires pour aller à Bougna. Mais c'est très intéressant que vous parliez du fleuve Congo. À ce stade, le fleuve Congo, c'est un axe important de la préparation contre la propagation du virus Ebola. Donc, dans les dernières semaines, il y a eu plusieurs personnes qui sont arrivées à Kinshasa avec des symptômes et immédiatement, elles ont été prises en charge par le système de santé. Les personnels sont maintenant en alerte et il s'est avéré que... Enfin, le ministre en a parlé, en a expliqué qu'il s'agissait vraisemblablement de cas de choléra.

Mais tout ça pour vous dire que le fleuve Congo, c'est un axe vraiment crucial de transport depuis Kisangani jusqu'à toutes les différentes villes côtières du nord de la RDC. Donc, Lissala, Bumba et puis Bandaka en Équateur jusqu'à Kinshasa. Donc, ce fleuve est vraiment... Enfin, ce qu'il faut comprendre aujourd'hui, c'est que maintenant que cette épidémie est détectée et que l'information est connue, des moyens sont mis en place et une surveillance renforcée de certains axes sont vraiment à l'ordre du jour. Et d'ailleurs, c'est le cas aussi des circulations transfrontalières. On en parlera peut-être aussi.

11:58
Présentateur

Oui, en tout cas, il y a plusieurs facteurs qui favorisent la propagation de ce virus. Aussi, le fait qu'au début, les habitants de Montgualou pensaient que leurs symptômes étaient liés à une autre maladie qu'Ebola. Ils pensent à la tuberculose, ils pensent aux maladies liées aux conditions de travail des orpailleurs. Certains pensent au sida, d'autres aussi à des choses plus mystiques. C'est ce que vous avez l'occasion d'expliquer dans un rapport que vous avez rédigé. Un premier rapport dans l'urgence, entre guillemets. Et puis, il y a une forme de culture du secret aussi dans les hôpitaux privés. Pourquoi ?

12:30
André Salomé

Oui, alors, du coup, peut-être on peut expliquer aux auditeurs. Vous citez ici un article qui a été publié dans le magazine Science et qui a couvert la présentation que nous avons faite avec Roger Boujou et Alain Halitoum de nos résultats auprès de la riposte. Parce que ce qu'il faut bien comprendre, c'est que quand on fait des recherches dans un tel contexte, la priorité absolue, c'est d'informer le leadership national de la riposte sous laquelle les activités sont menées. Donc, ce rapport que vous citez, il est en cours de publication. Les éditeurs sont en vacances le mois d'août, donc on va leur pardonner.

Mais voilà, en tout cas, les personnes qui nous écoutent peuvent aussi consulter ce article. Je pense que vous pourrez le mettre sur le site de l'émission pour en savoir plus.

Ce que j'ai essayé d'expliquer avec cette citation, c'est que pour les personnes dans le système de santé, surtout pour des personnes qui ne connaissent pas le système de santé congolais, on peut penser que le flux d'informations est transparent et en fait, il s'agit de répondre à la question pourquoi est-ce que l'alerte n'a pas été détectée avant puisque ces personnes sont décédées en série et pourquoi est-ce que on n'a pas été, pourquoi est-ce que les autorités sanitaires n'ont pas été affectées, n'ont pas été informées.

Et une partie de la réponse à cette question, c'est que les gestionnaires de postes de santé privés ont peur de recevoir des amendes ou des fermetures administratives et donc ne rapportent pas au système de surveillance public nécessairement lorsque une personne décède, soit dans le centre, soit tout de suite après le centre puisque ce qui se passait dans la région de Montgouel, c'est que les personnes partaient consulter des professionnels de santé privés, ces professionnels leur disaient partaient à l'hôpital mais en l'absence de moyens, partaient à l'hôpital parce qu'on ne peut rien faire localement, on n'est pas équipés pour vous soigner, donc partaient à l'hôpital mais en l'absence de moyens, les personnes rentrées à la maison et décédées chez elles.

14:59
Présentateur

Donc, Julie, là, on a pris le temps de parcourir ensemble tous les facteurs qui pouvaient favoriser la propagation et il y en a d'autres et notamment le fait de la défiance aussi des populations vis-à-vis des autorités. On prendra encore le temps tout à l'heure de le développer dans un aspect presque plus politique de cette question-là mais comme anthropologue pour conclure cette première partie, que pouvez-vous nous dire des rites funéraires en République démocratique du Congo souvent dénoncés comme accélérant la propagation d'Ebola ?

Alors certes, les cérémonies funéraires se déroulent différemment selon l'âge du défunt, selon son statut, selon les traditions locales, selon le peuple auquel il appartient. comment bien évaluer d'abord le risque de transmission ? Quelles mesures sont prises lors de ces cérémonies et avec quelles limites est-ce qu'on peut prendre des mesures justement entre guillemets sécuriser ces rites-là puisqu'on parle d'un sujet intime qui est le rapport d'une famille à son mort ? Et là, vous nous invitez à prendre beaucoup de précautions.

15:58
André Salomé

Oui, je pense que ce qui est vraiment important de comprendre sur la question de la gestion des personnes décédées, c'est que d'abord, c'est extrêmement important de... D'abord, il y a une réalité biologique qui est que les corps de personnes décédées par Ebola sont extrêmement infectieux. Vous pouvez, si vous entrez en contact avec les fluides d'un corps, vous avez de très grandes chances de développer par la suite la maladie. Donc, la question des toilettes funéraires se pose à la fois pour les familles ou pour les personnes qui sont impliquées dans ces toilettes funéraires.

Donc, il est très important de tester tous les corps des personnes décédées en contexte d'épidémie et de, si elles ne sont pas décédées d'Ebola, à ce moment-là, les familles peuvent réaliser un enterrement, si vous voulez, qui ne présentent pas de risque spécifique de contamination. Mais sinon, si la personne est décédée d'Ebola, alors à ce moment-là, ce sont les équipes d'enterrement dignes et sécurisées, dont les équipes de la Croix-Rouge, qui interviennent pour enterrer la personne décédée. Mais ce sur quoi je voudrais insister, c'est que, des fois, les informations qu'on peut avoir sur Ebola peuvent parler d'événements super propagateurs au cours de funérailles et autres.

Ce sur quoi il faut insister, c'est que ce sont les fluides des personnes infectées qui sont contaminants, et ces fluides, on peut tout à fait entrer en contact avec eux quand on est en train d'être en situation de soins par rapport à la personne, à la fois dans le foyer ou hors du foyer.

18:02
Présentateur

Le contact physique, par ailleurs, vous le dites bien, comme anthropologue, c'est souvent indispensable pour ces personnes endeuillées pour exprimer leur affliction, mais aussi pour permettre à l'esprit du défunt de rejoindre le monde des morts de manière apaisée, sans causer de désordre et de malheur chez les survivants. Et là, qu'est-ce qu'on peut faire ? Est-ce que des organisations de santé passent par les chefs de communautés, par exemple, pour convaincre les familles endeuillées de faire attention ? C'est difficile de dire à des personnes qui ont ces traditions depuis si longtemps et qui, surtout, pensent vraiment que toucher leur mort préservera les vivants.

Comment, face à cela, l'anthropologue dit aux médecins aussi d'agir ?

18:46
André Salomé

Quelque chose sur lequel aussi j'aimerais insister, c'est que j'aimerais qu'on désexotisait un petit peu Ebola. C'est-à-dire que je pense que maintenant, les personnes qui nous écoutent, ayant vécu l'épidémie de Covid en France, sont tout à fait conscientes qu'on a besoin de deuil, une funéraille. En tout cas, c'est un moment particulier qu'on veuille toucher ou pas le corps. Ça, c'est chacun selon la proximité de la personne qui est décédée et c'est d'ailleurs pas systématique en particulier dans ce contexte.

Il faut bien comprendre que les personnes qui vivent à l'épicentre de l'épidémie, qui depuis trois mois ont vu des personnes autour d'elles décédées en série après des enterrements, après d'autres décès, j'en parlais, dans des familles, ces personnes ont profondément modifié leur comportement déjà. Mais il faut bien sûr les accompagner, prendre en compte que la région affectée est immense et donc il y a encore dans certains villages des personnes qui ne connaissent pas Ebola, n'ont pas encore rencontré Ebola, n'ont pas d'expérience directe avec le virus.

Et donc, il est vraiment essentiel que ces équipes dont on entend beaucoup parler d'enterrement indigné sécurisé puissent travailler dans les meilleures conditions possibles et ça implique aussi être payé régulièrement, avoir un véhicule dans lequel il y a du carburant et c'est les grands défis face auxquels ces personnes sont confrontées aujourd'hui et ces personnes sont vraiment sur la ligne de front des personnes les plus... C'est les professions les plus à risque de la riposte à la fois du point de vue biologique mais aussi du point de vue des violences qui peuvent avoir lieu au cours d'enterrements qui sont des événements toujours exceptionnels et extrêmement chargés.

20:45
Présentateur

Oui, je précise, Jules Villa, que j'ai cité vos mots à vous quand j'ai parlé des pratiques et des rites autour des morts et je ne tenais évidemment pas du tout à exotiser ce qui est en train de se passer mais à comprendre comment on peut aujourd'hui respecter ces rites-là en évitant la propagation. C'est tout l'objet de votre travail. Vous restez avec nous, Jules Villa, on parlera tout à l'heure du contexte de crise sécuritaire aussi qui provoque la suspicion des populations envers les autorités publiques. Vous écoutez France Culture, il est 8h. 7h-9h, les matins d'été, Julie Gacon.

Nous sommes toujours avec notre invité, Jules Villa, anthropologue, chercheur postdoctoral à l'Institut Pasteur de Paris, de retour d'une mission de deux mois en République démocratique du Congo où vous retournez d'ailleurs sous peu, Jules Villa. On est très heureux de vous recevoir à l'occasion de votre passage express en France. Vous avez participé à des missions d'urgence de l'OMS et comme anthropologue vous avez mené une enquête auprès d'une centaine de personnes pour comprendre quand et comment l'épidémie s'est déclarée, vraisemblablement au moins 4 mois avant que le gouvernement congolais ne l'annonce officiellement.

Vous nous racontiez tout à l'heure les morts que les familles ne s'expliquent pas au début, les chauffeurs de taxi de Montboilou en Itourie qui refusent d'aller dans certains quartiers, les cérémonies funéraires qu'il faut tâcher de sécuriser, terrible mot sécurisé quand on parle du deuil d'une famille tout en respectant les pratiques et les croyances. L'enquête que vous avez menée sur place Jules Villa nécessite à la fois beaucoup de tact et de prudence, une connaissance et une compréhension du territoire et des réseaux, connaissance que vous avez approfondie lors de vos différentes missions à RDC, ça fait maintenant 7 ans que vous y travaillez et vivez régulièrement.

Comment réagissent les habitants à qui vous venez poser des questions et dont vous dites dans vos travaux qu'ils sont pour beaucoup devenus extrêmement méfiants de ce qu'ils appellent l'Ebola Business ?

22:37
André Salomé

Oui, c'est un vaste sujet. Ce qu'il faut bien comprendre, c'est que notre recherche s'est faite dans un contexte qui est exceptionnel, le contexte de la riposte. Donc la présence de nombreux véhicules, de nombreuses équipes, expatriées ou pas d'ailleurs, et donc de tout un complexe humanitaire qui s'est mis en branle à partir du 15 mai mais qui n'existait pas avant alors que les populations étaient face à une crise sanitaire et humanitaire extrêmement importante. Donc, à ce moment-là, on voit bien, on comprend bien cette méfiance dans ce sens.

23:21
Présentateur

On est par ailleurs dans un contexte particulier, l'est de la République démocratique du Congo et l'Itourie plus généralement l'est de la RDC mais l'Itourie aussi en particulier, un contexte de violence récurrente, de guerre, même dans le Kivu avec le M23 soutenu par le Rwanda voisin, l'occupation par l'armée augandaise de 98 à 2023 de cette province de l'Itourie, un conflit récurrent entre les peuples Emma et l'Hendou, un cycle de violence aggravé de nouveau depuis 2017 par des conflits fonciers et d'accès aux ressources notamment l'or et le bois, ressources qui sont aujourd'hui exploitées sans que la population n'envoie les bénéfices ni même en termes d'infrastructures par exemple.

Donc, une méfiance qui est ancrée par ailleurs dans les esprits le fait que, par exemple, le gouvernement congolais, vous nous le rappeliez tout à l'heure, ait déclaré tardivement l'épidémie en question. Comment ça a été, comment c'est vécu aujourd'hui par les populations de l'est de la RDC ?

24:22
André Salomé

Cette déclaration tardive, elle est regrettée localement, mais c'est surtout la crise humanitaire et sanitaire qui est vraiment... Ce qu'il faut comprendre, c'est qu'il y a ce moment du 15 mai qui fait du sens pour nous d'un moment de déclaration d'une urgence officielle, mais pour les populations de Mongols ou en particulier qui ont vu des personnes mourir bien avant, cette déclaration, elle est un petit peu artificielle et la situation nécessite toujours une certaine mobilisation des équipes nationales et internationales pour lutter contre la maladie.

25:19
Présentateur

La Croix-Rouge a encore alerté lundi sur une série d'incidents qui visent ses volontaires, 11 recensés en République démocratique du Congo, des bénévoles blessés, des ambulances endommagées et du matériel détruit, aussi parce que pris dans des conflits qui n'ont rien à voir avec Ebola, que c'est-on des circonstances dans lesquelles très souvent, enfin très souvent, assez souvent, des bénévoles sont interpellés, pris à partie et parfois violentés ?

25:43
André Salomé

Ces situations elles sont complexes et toujours à restituer dans le contexte local et bien souvent les reportages qu'on peut entendre ne mentionnent pas toute la complexité de ces histoires, par exemple le fait que des personnes s'en prennent aux équipes de la riposte parce qu'elles sont frustrées par la situation opérationnelle, donc par exemple de grands retards dans les ambulances ou le fait que des corps aient été conservés pendant un laps de temps jugé trop important par les familles avant d'être libérées parce que, par exemple, pas infectées par Ebola ou alors qu'elles doivent être enterrées par les équipes de la riposte et qui se font avec retard.

Mais ça revient à ce que j'ai essayé d'expliquer sur les défis logistiques énormes à laquelle cette réponse est confrontée et on peut bien imaginer que 5000 cas en trois mois avec un grand retard au début et des capacités et un système de santé déjà vulnérable. On ne refait pas en fait ce retard et beaucoup de difficultés opérationnelles peuvent être expliquées par cette situation.

27:15
Présentateur

Alors cependant, vous écrivez, Jules Villa, dans ce premier rapport publié dans la revue Science dont nous mettrons le lien en ligne sur la page des matins d'été. Vous dites que la protection de la riposte, la riposte dans le jargon, c'est vraiment les équipes d'urgence qui arrivent sur le terrain pour soigner également les malades, mais que la protection de ces personnes, de ces soignants, de ces bénévoles ne doit pas venir alimenter une économie de guerre qui contribuerait à durablement l'insécuriser.

Aujourd'hui, quand des personnes, des habitants de l'Est de la République du Congo parlent d'Ebola Business, du fait que certains se seraient enrichis par l'aide internationale qui arrive en RDC pour venir en aide aux malades et aux soignants, qu'est-ce qu'il faut en faire ? Vous nous appelez à ne pas le considérer comme une sorte de complotisme pur et dur, un petit peu bête et méchant, mais à vraiment l'entendre et à faire en sorte de regagner la confiance des populations.

28:16
André Salomé

Oui, tout à fait. En fait, ces accusations d'Ebola Business, il faut vraiment les lire comme un commentaire critique sur la façon dont la riposte est organisée. C'est-à-dire que pour des populations locales qui sont confrontées à vraiment une crise humanitaire et sans précédent, entendre parler de centaines de millions de dollars qui sont alloués à la riposte et en même temps voir des véhicules qui n'ont pas de carburant ou des personnels locaux qui ne sont pas payés, des sommes comme 10 dollars par jour. On parle de sommes assez faibles mais absolument centrales dans un tel contexte puisque pour vous déplacer, pour appeler avec votre téléphone, vous avez besoin de ces ressources.

À ce moment-là, on peut comprendre la lecture de dire finalement cette lecture locale qui est de dire que l'Ebola c'est un business dans lequel il n'y a rien pour nous, on n'est pas associés.

29:25
Présentateur

Je ne veux pas vous poser de questions pièges puisque vous êtes anthropologue et pas politiste et sans doute n'avez peut-être pas beaucoup d'éléments pour savoir jusqu'où va cette corruption, si elle existe vraiment, si ces craintes des habitants de la République démocratique du Congo sont fondées. Toujours est-il que comme vous le rappeliez, ce sont des habitants qui depuis longtemps ont l'habitude de voir que leurs ressources sont exploitées sans qu'eux n'en voient jamais le fruit dans leur vie quotidienne, pas de développement de la région, pas d'infrastructure, personne ne s'est enrichi à part tous ceux qui bénéficient illégalement de ce commerce-là.

Vous expliquez d'ailleurs auprès de la revue Science que l'extraction orifère artisanale qui est au cœur de l'économie de l'Itourie contribue aujourd'hui à la propagation de la maladie. Comment est-ce que ce sont davantage les conditions d'extraction de l'or ? Est-ce que c'est le transport frauduleux de l'or ainsi produit ?

30:19
André Salomé

En fait, c'est principalement la mobilité qui est associée à cette exploitation. On est dans une situation d'épidémie. C'est la 17e épidémie d'Ebola en RDC. Le pays a une très grande expérience dans la gestion des épidémies d'Ebola. Mais quand vous avez une épidémie dans un village dans lequel les gens n'ont pas les moyens suffisants pour prendre une moto et se rendre dans un centre de santé plus important, souvent dans une plus grande ville pour chercher des soins, mais à ce moment-là, vous êtes dans une situation très différente, souvent d'épidémie rurale, contenue après quelques cas, des fois moins d'une dizaine ou des fois une vingtaine ou une trentaine.

Là, la situation est très différente puisque l'économie orifère implique vraiment de se déplacer.

Se déplacer parce que les différents carrés miniers, c'est-à-dire les exploitations orifères artisanales, qui ne sont pas d'ailleurs nécessairement illégales, parcourent la province de Litori et les personnes s'y rendent pour leur travail mais vont en changer au bout de six ou sept mois pour, ayant entendu parler d'une opportunité ailleurs dans la région, ils vont se déplacer et Litori qui concentre 80% des cas d'Ebola attire des personnes venues des provinces limitrophes et même des pays limitrophes qui viennent chercher de quoi survivre, chercher un peu d'argent pour leurs familles souvent restées dans leur province ou village d'origine.

32:12
Présentateur

Et des travailleuses du sexe aussi qui sont particulièrement exposées dans ces mines qui n'ont pas à ce jour de quoi se protéger contre Ebola, la propagation va vite aussi dans ces sites d'exploitation minière, dans les carréminiers, vous racontez qu'on organise des collectes pour rapatrier les corps des orpailleurs dans leur village d'origine et quand c'est impossible ils sont enterrés sur place.

Ce qui est donc frauduleux ou illégal dans cette exploitation de l'or, c'est plutôt le transport en effet qui parfois ou l'export vers l'Ouganda les Émirats Arabes Unis et c'est pour ça que le Congo a mis en place des barrières routières pour taxer la circulation, enfin c'est pas d'ailleurs le gouvernement c'est souvent des groupes armés aussi qui profitent de ce trafic-là qui mettent en place des barrières routières pour taxer la circulation de la marchandise donc beaucoup en effet de flux aujourd'hui de population et de la circulation de ce virus dont vous rappeliez à juste titre Jules Villa qu'il s'agit de la 17ème fois qu'on le voit apparaître, la 17ème épidémie d'Ebola on connaît au virus à ce stade 6 variants dont 3 sont hautement pathogènes pour l'être humain les souches Zahir, Soudan et Bundibugio c'est cette souches-là Bundibugio qui a été identifiée d'ailleurs pour la 3ème fois depuis 2007 et qui fait des ravages en République démocratique du Congo il n'existe pas encore de vaccin homologué contre cette souche-là mais je m'arrête tout de suite parce que vous dites stop avec ce message qu'on entend partout il n'y a pas de vaccin il n'y a pas de traitement pourquoi pour vous c'est exagéré de marteler ceci

33:37
André Salomé

en fait ce message à mon sens il ne nous a pas rendu service du point de vue de l'engagement communautaire c'est-à-dire effectivement il n'y a pas de vaccin ni traitement spécifique pour lutter contre Ebola Bundibugio mais ça ça ne signifie pas qu'on ne peut rien faire pour les populations locales du point de vue médical vous pouvez tout à fait prendre en charge ces patients même si vous n'avez pas d'antiviral spécifique anti-Ebola Bundibugio vous pouvez réhydrater les patients vous pouvez faire énormément de choses vous pouvez leur donner des soins de support qui vont faire que vos patients peuvent vraiment avoir de meilleures chances de survie que s'ils restaient à la maison pour le vaccin j'aimerais aussi insister sur ce point c'est qu'avant avant 2018 il n'y avait pas de vaccin utilisé dans les épidémies d'Ebola et pourtant l'ADC a pu à chaque fois et puis les autres pays qui ont géré le vaccin c'est un outil supplémentaire mais ce ne sera pas le ce n'est pas le vaccin qui va résoudre en un claquement de doigts la situation telle qu'elle est aujourd'hui il y a une cinquantaine un peu plus de 10 000 doses qui sont arrivées à Kinshasa il doit y en avoir 50 000 mais il faut bien se rendre compte quand on parle d'une région d'au moins de 10 millions de personnes dans la zone affectée donc il y a des discussions pour une utilisation stratégique de ces vaccins mais et d'ailleurs plusieurs essais cliniques sont en cours mais voilà ce message en fait aucun vaccin aucun traitement il a pu avoir des effets délétères localement puisque les gens nous ont dit finalement si vous ne pouvez rien faire pour nous alors quel intérêt pour nous de venir vers vous vers vous les équipes de Harry Post

35:39
Présentateur

donc il ne faut pas attendre de remèdes miracle que ce soit un vaccin ou une molécule magique si le système de santé n'est par ailleurs pas aidé pour se remettre aussi acheter du matériel être équipé faire en sorte que les soignants soient payés correctement système de santé qui est en RDC confronté à de multiples autres défis et si de nombreux médecins et chercheurs congolais d'ailleurs sont mobilisés ils sont aussi dépassés par une épidémie qui se surajoute à d'autres comme le dit le docteur Maria Machaco en Itourie qui travaille avec médecins du monde

36:11
Invité

les besoins médicaux urgents en RDC et dans cette province de l'Itourie ils sont énormes les épidémies des rougeoles les pics épidémiques des paludismes les manques d'accès aux soins pour les femmes enceintes c'est des besoins médicaux urgents qui existaient même avant l'arrivée de l'Ebola et aujourd'hui tout cela est plus ou moins mis en stand-by même la vaccination des routines pour les enfants ne fonctionne plus et ça c'est un bon barétardement qui va nous exposer encore à d'autres défis majeurs de santé publique et pour essayer de mitiguer cela il est plus qu'urgent que nous redémarrons les systèmes locales de santé pour que la communauté puisse encore à nouveau avoir confiance dans les structures des soins et venir utiliser les soins non-Ebola qui restent essentiels pour les bien-être de toute la communauté

37:05
Présentateur

Le docteur Maria Machaco rencontrée par Médecins Sans Frontières pas Médecins du Monde comment aujourd'hui vous travaillez avec les médecins congolais c'est une chose mais avec les chercheurs congolais sur cette recherche qui est aussi une recherche d'urgence

37:18
André Salomé

alors on est donc au mois de juillet le président de la République de la RDC a nommé une task force présidentielle pour gérer la riposte et il y a mis à la tête le professeur Steve Aouk qui est un virologue congolais et donc les équipes de l'INRB l'Institut National de Recherche Biomédicale qui est le laboratoire national dans lequel énormément de recherches sont conduites et d'ailleurs toutes les les recherches de référence au niveau mondial sur Ebola sont conduites et jouent un rôle un rôle central dans aujourd'hui toute toute la riposte donc effectivement nous travaillons avec nos collègues congolais qui ont l'expertise la connaissance du terrain et essayons de les aider dans ce contexte très difficile dans lequel vraiment toutes les bonnes volontés sont les bienvenues dans le sens où on parle d'une épidémie absolument massive et donc toutes les personnes qui peuvent s'impliquer qui ont le temps puisque c'est d'abord ça dans la recherche est-ce qu'on a le temps de travailler sur ces projets-là mais sont vraiment les bienvenus

38:48
Présentateur

et vous dites notamment qu'il est important de recruter des jeunes sans emploi dans toutes les activités liées à cette réponse d'urgence lors des épidémies précédentes la mobilisation de personnel venu de Kinshasa et d'expatriés avait été jugée assez excessive par les populations de l'Est de la République démocratique du Congo parmi les réponses possibles autres que strictement sanitaires pour conclure Jules Villa vous suggérez aussi de faire appel aux guéris d'Ebola à ceux qui ont survécu au virus lors de précédentes épidémies

39:16
André Salomé

Oui tout à fait je suis loin d'être le seul à préconiser ceci mais effectivement c'est quelque chose que dans l'équipe d'engagement communautaire de l'OMS a été mis en place par exemple c'est d'associer le plus possible les guéris aux activités de la réponse parce qu'ils sont vraiment nos meilleurs ambassadeurs dans la communauté ce sont des personnes qui ont survécu à la maladie peuvent témoigner ils sont l'exemple vivant qu'il est possible de survivre à cette maladie et en plus ils ont une immunité acquise par rapport au virus Ebola et dans ce contexte c'est extrêmement précieux et ça a déjà été mobilisé dans les épidémies précédentes mais avec les guéris on a aussi la certitude que les personnes viennent des communautés affectées sont connues localement et donc c'est précieux et effectivement il faut continuer de plaider pour les associer au maximum aux activités de la riposte et là aussi on est dans les trois premiers mois de la riposte donc il y a de plus en plus de guéris qui chaque jour pourront venir grossir les rangs de la riposte

40:25
Présentateur

Merci beaucoup Jules Villa d'avoir été avec nous dans les matins d'été vous êtes anthropologue chercheur postdoctoral à l'Institut Pasteur de Paris et vous retournez bientôt en République démocratique du Congo pour cette mission tellement importante Merci beaucoup