La haute trahison du traité d'Aix-la-Chapelle
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Chapitres
Répartition du ton (temps de parole politique)
Propositif 3 %Attaque 88 %Défensif 8 %
Affirmations vérifiables (citations exactes)
- 4:57Invité politiqueFait
« M. Macron n'a pas été élu pour ça. Que je sache, M. Macron, à aucun moment dans son programme présidentiel, n'a indiqué qu'il allait signer un nouveau traité franco-allemand avec Mme Merkel. »
- 5:40Invité politiqueFait
« Pourquoi 56e ? Pourquoi pas le 50e anniversaire ? Parce que la date est passée. Pourquoi pas le 60e anniversaire ? Parce que le 60e anniversaire, ça sera en 2023. »
- 7:03Invité politiqueFait
« M. Macron essaye de se présenter comme le successeur de Charles de Gaulle. On va voir que c'est un héritage qu'il n'a pas le droit de réclamer puisqu'en fait, c'est une captation d'héritage. »
- 7:40Invité politiqueFait
« Or, voilà que 2 États sur 27, c'est-à-dire même pas 10%, se réunissent et ils disent qu'ils sont attachés à approfondir leur coopération en matière de politique européenne afin de favoriser l'unité de l'Europe. »
- 9:43Invité politiqueFait
« Tout ça parce qu'en fait, nous sommes entraînés par la construction européenne et – par ailleurs – par la libre circulation des mouvements de capitaux à aligner progressivement les conditions de salaire et de charges sociales. »
- 11:02Invité politiqueFait
« Pourquoi est-ce que l'Allemagne et la France éprouvent-elles le besoin de réaffirmer l'engagement de l'UE – donc de parler au nom des 25 autres, qui doivent être furieux, d'ailleurs – que c'est un marché mondial ouvert ? »
- 11:44Invité politiqueFait
« J'ai montré justement que ce que Charles de Gaulle avait voulu – en janvier 1963 – faire avec l'Allemagne, c'était de découpler l'Allemagne des États-Unis. »
- 13:56Invité politiqueFait
« Ça veut dire que M. Macron a demandé à Mme Merkel de prendre un engagement très précis, notamment sur le principe de mutualisation des dettes au sein de la zone euro. »
- 15:17Invité politiqueFait
« Mais approfondir l'Union économique et monétaire, en fait, c'est fondé sur une ambiguïté. »
- 16:37Invité politiqueFait
« Et il est marqué dans ce chapitre premier, dans cet article premier qu'ils promeuvent « la convergence économique, fiscale et sociale ». »
- 18:46Invité politiqueFait
« Un certain nombre d'entre eux ont dit : « Peut-être un euro des pays du Sud, englobant le Portugal, l'Espagne, la France et l'Italie pourrait être un peu plus viable ». »
- 22:52Invité politiqueFait
« « Par tous les moyens dont ils disposent, y compris la force armée en cas d'agression armée contre leurs territoires ». »
- 24:08Invité politiqueFait
« Ça veut dire que si la Russie envahissait l'Allemagne, les Français pourraient éventuellement attaquer la Russie avec une arme nucléaire. »
- 25:31Invité politiqueFait
« Qu'est-ce que ça veut dire ? Ça veut dire qu'en fait, cette coopération militaire s'inscrit dans le droit fil de l'Alliance nord-atlantique, c'est-à-dire de l'OTAN. »
- 45:55Invité politiqueFait
« La France – vous savez quelle est notre position, à l'UPR –, au troisième millénaire, doit être porteuse de paix mondiale. »
- 1:04:43Invité politiqueChiffre
« à des experts de dresser la liste des langues à promouvoir. Je crois qu'on était arrivé à 73 langues, dont un grand nombre – il est vrai – outre mer, tout spécialement en Nouvelle-Calédonie. Mais s'agissant de la métropole, il y avait – je crois – quand même déjà 24 ou 25 langues à protéger et à développer »
- 1:06:04Invité politiqueFait
« aller dans ce sens avec les eurodistricts et avec le développement des langues régionales, c'est en fait aller vers la consolidation du modèle allemand et vers la destruction de la République française »
- 1:06:49Invité politiqueFait
« Les deux États approfondissent l’intégration de leurs économies afin d’instituer une zone économique franco-allemande dotée de règles communes »
- 1:07:30Invité politiqueFait
« Il faut toujours mettre un Français à la tête d'une organisation internationale parce que c'est le seul qui ne défend jamais les intérêts de son propre pays »
- 1:08:54Invité politiqueFait
« il a demandé à l'Allemagne de mettre un coup d'arrêt au système dit Target2 »
- 1:12:22Invité politiqueFait
« on peut être à peu près certain que lui travaillera ses dossiers, aura minutieusement... Alors que, si ça se trouve, M. Macron enverra je ne sais pas qui »
- 1:13:06Invité politiqueFait
« Qu'est-ce qu'ils pensent quand ils lisent ça ? Ils ne peuvent y voir qu'une seule chose. C'est le fait que la France est sous complètes domination et fascination à l'égard de Berlin »
- 1:14:17Invité politiqueFait
« En Italie, on taxait l'Allemagne de quarto Reich, c'est-à-dire le IVe Reich. En Grèce également »
- 1:14:56Invité politiqueFait
« M. Macron, en fait, cède tout et n'obtient rien ! »
- 1:16:15Invité politiqueFait
« M. Macron apporte l'influence de la France en Afrique, apporte la soumission à un Conseil d'experts indépendants qui vont donner le la venu de Francfort »
- 1:16:59Invité politiqueFait
« M. Macron donne ainsi les verges pour se faire battre pour qu'un jour, on nous explique : « Bon, écoutez, on va faire une petite réforme du Conseil de sécurité. Allez, la France va dégager son siège et puis va le donner à l'Allemagne » »
- 1:17:35Invité politiqueFait
« M. Macron est en train de signer un document qui est absolument scandaleux, qui doit absolument être rejeté par la représentation nationale »
- 1:18:14Invité politiqueFait
« Le présent traité annule et trahit l'esprit du traité du 22 janvier 1963 »
- 1:19:32Invité politiqueFait
« il n'y a pas d'article 29 qui préciserait comment on dénonce ce traité »
- 1:20:08Invité politiqueFait
« on ne peut pas limiter la souveraineté d'un peuple qui est un droit inaliénable des peuples »
- 1:21:34Invité politiqueFait
« M. Macron, l'esprit de Macron, c'est le même que l'esprit d'abandon que soulignait, que dénonçait Charles de Gaulle »
- 1:22:15Invité politiquePromesse
« nous demanderons à nos amis allemands de dénoncer ce traité d'Aix-la-Chapelle »
- 1:23:34Invité politiqueFait
« il n'est pas raisonnable que la France brade son siège au Conseil de sécurité »
- 1:29:08Invité politiqueFait
« Douze siècles avant que s'esquisse aujourd'hui la communauté européenne, Charlemagne avait réuni, sous son sceptre, les principaux pays de l'Europe »
- 1:36:37Invité politiqueFait
« tous les députés du Front national et tous les députés de la France insoumise refusent de lancer la procédure de destitution »
Temps de parole
- François Asselineau100 %
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(Bruitage) Eh bien bonjour à toutes et à tous. Nous sommes aujourd'hui le 17 janvier 2019. Je tiens à faire cette vidéo à la demande de très nombreux internautes – des adhérents, des sympathisants, des curieux – qui m'ont interrogé de façon insistante depuis maintenant quelques jours sur le prochain traité franco-allemand d'Aix-la-Chapelle qui doit être signé – a-t-on appris – entre Mme Merkel et M. Macron le 22 janvier prochain, donc dans 5 jours. J'en profite pour dire ici qu'il n'est pas toujours nécessaire de nous accabler. Nous avons reçu de très très très nombreuses demandes, y compris des messages sur Facebook. Je suis l'actualité.
Si j'ai attendu un petit peu avant de réagir, c'est tout simplement parce que j'ai horreur de réagir à chaud. Surtout lorsqu'on ne sait pas de quoi on parle. C'est quelque chose que j'ai appris depuis que je suis petit. J'essaye de m'exprimer sur des choses que je connais, et non pas sur des choses que je ne connais pas. Parce que sinon, on risque de se laisser embarquer dans des fantasmes, dans des approximations, etc. À ce propos, d'ailleurs, je dois avouer que j'ai été assez sidéré de voir des personnes s'exprimer comme, par exemple, quelqu'un qui était au Front national qui, maintenant, est à Debout la France qui a fait une vidéo où il annonce carrément que M.
Macron s'apprête à céder l'Alsace à l'Allemagne. Ce sont des propos qui sont à peu près aussi excessifs et non crédibles que ceux que l'on entendait il y a quelques semaines sur le pacte de Marrakech où certains disaient qu'il y avait des dizaines de millions d'Africains qui étaient prêts à débarquer en France. Moi, j'aime bien en revenir aux faits. Et les faits sont suffisamment préoccupants et suffisamment graves pour que l'on n'en rajoute pas. Il y a un joli proverbe chinois qui dit : « Il n'est nul besoin d'élever la voix quand on a raison ».
Alors moi, je vais regarder avec vous – si vous le voulez bien –, je vais examiner avec vous ce projet de traité parce qu'on a appris – c'est sorti hier dans la presse, dans La Tribune, notamment – quel était ce fameux projet de traité franco-allemand entre M. Macron et Mme Merkel qui doit être signé à Aix-la-Chapelle. Et donc maintenant que j'ai les documents, je vais l'étudier avec vous. Et on va voir ensemble qu'il y a effectivement de quoi être très préoccupé mais sans verser dans des approximations ou des fantasmes. Je voudrais vraiment insister là-dessus. Je m'adresse ici à toutes les personnes qui font confiance à l'UPR, qui font confiance à mes analyses.
Ne sautez pas sur n'importe qui qui dit n'importe quoi comme si c'était parole d'évangile. Il faut quand même en revenir aux faits. Il y a eu il n'y a pas très longtemps un internaute – là, sorti d'un chapeau – qui expliquait qu'il n'y avait plus de constitution française depuis le décret Valls. C'est complètement stupide, complètement faux. J'ai eu l'occasion de le démontrer. Sans parler également de M. Fiorile qui a été annoncer qu'il allait y avoir un soulèvement général qui allait emprisonner les ministres et M. Macron. Voilà. Tout cela. Faut faire très très attention sur Internet parce qu'en définitive, ça décrédibilise les vraies analyses. Et les vraies analyses sont inquiétantes.
Alors passons justement à cette véritable analyse. De quoi il s'agit ? On a appris il y a quelques jours que M. Macron et Mme Merkel allaient donc signer un traité franco-allemand à Aix-la-Chapelle. Sur le fond, ça n'est pas scandaleux que l'exécutif signe un traité puisque c'est dans ses prérogatives. Encore faut-il que le traité, ensuite, soit débattu et ratifié au Parlement, voire soumis à référendum auprès du peuple français.
Là où l'on peut quand même être un petit peu plus préoccupé, c'est d'apprendre que ce traité va être signé dans quelques jours, que rien ne l'avait annoncé, qu'il a fallu qu'il y ait des campagnes comme ça sur Internet pour que, d'un seul coup, finalement, l'Élysée se décide à rendre public le document. Et puis je rappelle que M. Macron n'a pas été élu pour ça. Que je sache, M. Macron, à aucun moment dans son programme présidentiel, n'a indiqué qu'il allait signer un nouveau traité franco-allemand avec Mme Merkel. Alors de quoi s'agit-il ?
Eh bien ce traité comporte 28 articles – je crois – (NDLR : c'est ça) que j'ai examinés, qu'on va examiner ensemble – les principaux articles – pour voir de quoi il en retourne. D'abord, ça commence par ce qu'on appelle un préambule reconnaissant le succès historique de la réconciliation entre les peuples français et allemand à laquelle le traité du 22 janvier 1963 entre la République française et la République fédérale d'Allemagne sur la coopération franco-allemande a apporté une contribution exceptionnelle, etc.
Ce démarrage est important parce que ça fait référence au traité du 22 janvier 1963, c'est-à-dire à ce que l'on appelle en France le traité franco-allemand de l'Élysée, que Charles de Gaulle avait signé avec le chancelier d'Allemagne Konrad Adenauer. D'ailleurs, le traité d'Aix-la-Chapelle doit être signé un 22 janvier aussi. C'est-à-dire exactement le 56e anniversaire du traité franco-allemand de l'Élysée. Pourquoi 56e ? Pourquoi pas le 50e anniversaire ? Parce que la date est passée. Pourquoi pas le 60e anniversaire ? Parce que le 60e anniversaire, ça sera en 2023. Que Mme Merkel, qui est en bout de course, qui n'en a plus que pour quelques mois d'être à la chancellerie, ne sera plus là.
Et que M. Macron... En 2023, je pense qu'il sera depuis longtemps reparti dans une banque d'affaires. Peut-être aux États-Unis. En tout cas, il ne sera plus à l'Élysée depuis belle lurette. Donc les deux protagonistes ont essayé de faire une opération politique en se disant : « On va faire le 22 janvier 2019. Ça va permettre de se prévaloir de Charles de Gaulle ». Parce que c'est ça – en fait – qui est acquis du côté français. C'est que M. Macron essaye de se présenter comme le successeur de Charles de Gaulle. On va voir que c'est un héritage qu'il n'a pas le droit de réclamer puisqu'en fait, c'est une captation d'héritage. En fait, c'est un faux héritier.
Il fait exactement le contraire de ce qu'avait fait De Gaulle. Alors si l'on continue dans le préambule, il est écrit plus loin : « Attachées à approfondir leur coopération en matière de politique européenne afin de favoriser l'unité, l'efficacité et la cohésion de l'Europe, tout en maintenant cette coopération ouverte à tous les États membres de l'Union européenne ». On croit se pincer quand on lit cette phrase. Ça veut dire quoi ? Ça veut dire que Mme Merkel et M. Macron, tous les deux, font bande à part. Il y a 28 États membres de l'UE. Après le Brexit, il y en aura 27. Normalement, l'UE, c'est fait pour que tout le monde soit copain.
C'est une union sans cesse plus étroite entre les 27 États. Or, voilà que 2 États sur 27, c'est-à-dire même pas 10%, se réunissent et ils disent qu'ils sont attachés à approfondir leur coopération en matière de politique européenne afin de favoriser l'unité de l'Europe. On dirait vraiment une macronnerie habituelle. C'est l'inverse de ce qu'il fait. Ce traité, justement, ne favorise pas l'unité et la cohésion de l'Europe. Il favorise au contraire la désunion et l'incohérence de l'Europe, puisque voilà deux États qui conviennent de faire des choses à l'écart des 25 autres. Et ils ajoutent : « Tout en maintenant cette coopération ouverte à tous les États membres ».
C'est-à-dire que si les autres veulent, éventuellement, on les acceptera. On commence à voir apparaître d'emblée dans ce traité l'idée qu'il y a en fait 2 États qui sont des super serviettes, si on peut dire, par rapport aux torchons que seraient les autres membres de l'UE. Plus loin, il est question de vœux pieux : « Attachées à œuvrer en vue d'une convergence sociale et économique ascendante ». Ça veut dire qu'on va lutter contre l'alignement, le nivellement des prestations sociales, des salaires par le bas. Donc ils sont attachés à œuvrer en vue d'une convergence ascendante. Mais en pratique, c'est faux ! Tout le monde sait bien que quand on met en concurrence des États ou des sociétés...
En général, quand on fait un appel d'offres, celui qui le remporte, c'est celui qui est le moins-disant. C'est pareil pour les États. Actuellement, il y a... Et c'est d'ailleurs l'un des problèmes essentiels auxquels Macron est confronté. C'est l'appauvrissement de la classe moyenne française et le fait que les plus pauvres des Français versent dans l'indigence ou dans la misère. Tout ça parce qu'en fait, nous sommes entraînés par la construction européenne et – par ailleurs – par la libre circulation des mouvements de capitaux à aligner progressivement les conditions de salaire et de charges sociales.
Nous sommes quasiment obligés de les aligner sur les pays les moins chers de l'UE voire sur les pays les moins chers du monde comme la Chine ou le Bangladesh. Donc il s'agit en fait d'une inversion de la présentation qui est typiquement la pensée macronienne. C'est-à-dire de dire exactement le contraire de la réalité. Ça s'appelle en fait un bonimenteur ou un menteur. Et puis toujours dans cette présentation, il est question de « réaffirmer l'engagement de l'UE en faveur d'un marché mondial ouvert, équitable et fondé sur des règles », etc., etc.
Je trouve ça assez incroyable, là aussi, puisqu'en vertu de quoi deux États se permettent de réaffirmer l'engagement de l'UE en faveur d'un marché mondial ouvert ? Il y a un traité qui est le traité de Lisbonne, qui est le dernier traité en date. Vous savez que tous les traités européens sont comme des poupées gigognes qui reprennent le précédent. Pourquoi est-ce que l'Allemagne et la France éprouvent-elles le besoin de réaffirmer l'engagement de l'UE – donc de parler au nom des 25 autres, qui doivent être furieux, d'ailleurs – que c'est un marché mondial ouvert ?
D'ailleurs, on devrait tout de suite souligner à quel point Macron et accessoirement Mme Merkel font une captation d'héritage scandaleuse quand ils évoquent le traité franco-allemand de l'Élysée de 1963. Parce que justement... Je l'ai montré notamment dans ma conférence qui s'appelle : « Qui gouverne la France ? ». J'ai montré justement que ce que Charles de Gaulle avait voulu – en janvier 1963 – faire avec l'Allemagne, c'était de découpler l'Allemagne des États-Unis. C'était d'avoir une Europe qui serait sous influence française.
Et Charles de Gaulle avait bien insisté sur le fait que dans le traité franco-allemand de l'Élysée, il n'était justement question ni des États-Unis d'Amérique, ni de l'Angleterre, ni du GATT, c'est-à-dire le prédécesseur de l'OMC. Le traité franco-allemand de l'Élysée était un traité d'amitié qui portait essentiellement sur des échanges d'étudiants et sur la création de l'Office franco-allemand de la jeunesse.
En réalité, ce sont les Allemands qui, lors de la ratification par l'Allemagne de ce traité, en juin 1963, avaient ajouté un protocole interprétatif dans lequel ils avaient réintroduit tout ce que Charles de Gaulle avait voulu écarter, notamment sur cette affaire de marché mondial ouvert. Donc en réalité, M. Macron poignarde dans le dos le souvenir de Charles de Gaulle qui, justement, avait écarté cette idée de marché mondial. Alors après ces déclarations d'intentions, on entre dans le vif du sujet avec la déclinaison des articles de ce traité. Il commence par un chapitre qui est le chapitre premier : affaires européennes.
Article premier du chapitre premier : « Les deux États approfondissent leur coopération en matière de politique européenne. Ils agissent en faveur d'une politique étrangère et de sécurité commune efficace et forte ». Donc là aussi, il parle à la place des 25 autres qui ne sont pas présents. Et ils : « renforcent et approfondissent l’Union économique et monétaire ». Qu'est-ce que ça veut dire dans un traité : « Ils approfondissent l'Union économique et monétaire » ? Approfondir, ça ne veut rien dire. Ça n'est pas un engagement concret. Ça n'est pas un engagement normatif. Les spécialistes qui suivent les relations franco-allemandes, les spécialistes de la diplomatie, pour eux...
Ils comprennent tout de suite ce que ça veut dire. « Ils approfondissent l'Union économique et monétaire », ça veut dire très exactement ceci. Ça veut dire que M. Macron a demandé à Mme Merkel de prendre un engagement très précis, notamment sur le principe de mutualisation des dettes au sein de la zone euro. C'est ça que ça veut dire. Ça veut dire qu'en fait, l'Allemagne se porterait garante des dettes de tous les pays de la zone euro. Ça, alors là, pour le coup, ça serait une vraie solidarité européenne au sein de la zone euro.
Et s'il n'y a justement pas marqué : « La France et l'Allemagne s'engagent au principe au mutualisation des dettes au sein de la zone euro », c'est justement que Mme Merkel a dit gentiment mais fermement à M. Macron d'aller se faire cuire un œuf. Et que, en termes diplomatiques, pour enrober les choses de façon sympathique, on a mis : « Ils approfondissent l'Union économique et monétaire ». Mais approfondir l'Union économique et monétaire, en fait, c'est fondé sur une ambiguïté. Les Français pourront dire : « Vous voyez, les Allemands ont mis un pas en avant sur l'idée de mutualiser les dettes ». Et en Allemagne, on dira : « Pas du tout.
Approfondir l'Union économique et monétaire, ça veut dire que la France s'engage à lutter contre les déficits et à adopter la politique de rigueur que nous imposons – nous, l'Allemagne – depuis la signature du traité de Maastricht de 1992 et à fortiori depuis la création de l'euro ». Donc en fait, l'Allemagne ne prend strictement aucun engagement dans cette affaire. D'ailleurs, il est marqué un petit peu plus loin : « Ils s’efforcent de mener à bien l’achèvement du Marché unique et s’emploient à bâtir une Union compétitive, reposant sur une base industrielle forte ».
Il y a de quoi éclater de rire, parce que c'est vrai que la base industrielle de l'Allemagne se renforce du fait des excédents commerciaux qui bénéficient à l'industrie allemande parce que l'euro est trop faible par rapport à la compétitivité de l'industrie allemande. En revanche, j'ai eu l'occasion mille fois de le dire, Vincent Brousseau, Charles-Henri Gallois et beaucoup d'autres économistes avec moi : l'industrie française est en train d'être détruite parce que l'euro est trop cher par rapport à la compétitivité de l'économie française. Et il est marqué dans ce chapitre premier, dans cet article premier qu'ils promeuvent « la convergence économique, fiscale et sociale ».
C'est en fait un gain pour l'Allemagne qui intègre la convergence économique, fiscale et sociale. Fiscale, ça veut dire par exemple – un sujet que les Gilets jaunes connaissent bien – la suppression de l'ISF. Ça veut dire également la baisse de l'impôt sur les sociétés, tout ce qui est demandé par la Commission européenne avec le plein et entier soutien de l'Allemagne. Convergence sociale, ça veut dire également la démolition du droit du travail. Donc dès cet article premier apparaît le fait que la France n'obtient rien de l'Allemagne, que l'Allemagne, de façon implicite, impose sa vision des choses.
Et puis il apparaît aussi quelque chose qui est déjà apparu dans le préambule, sur lequel je reviens. Pourquoi est-ce que la France devrait décider avec l'Allemagne de converger avec ce que dit l'Allemagne plutôt que de signer un traité de cette nature avec l'Italie, ou avec l'Espagne, ou avec le Portugal, ou avec la Pologne ? Pourquoi ?
Pourquoi la France fait-elle un bras d'honneur aux pays du Sud dont elle est beaucoup plus proche, notamment dans la problématique en matière de compétitivité, notamment parce que ce sont culturellement des sœurs latines – je pense en particulier à l'Italie –, avec lesquels nous sommes beaucoup plus proches du point de vue économique, social, culturel et civilisationnel ? Pourquoi M. Macron fait-il le choix exclusif de se coller à l'Allemagne et de ne pas avoir signé un traité avec les pays du sud de l'Europe dont nous sommes beaucoup plus proches ? Je le dis d'autant plus que beaucoup d'économistes, quand ils anticipent l'explosion de l'euro...
Un certain nombre d'entre eux ont dit : « Peut-être un euro des pays du Sud, englobant le Portugal, l'Espagne, la France et l'Italie pourrait être un peu plus viable ». En réalité, ce qui ne marche pas, c'est le couple franco-allemand en matière monétaire. Voilà. M. Macron s'assoit sur la réalité. Après le chapitre premier, il y a un chapitre 2. Le chapitre 2 s'appelle : « Paix, sécurité et développement ». Et dans ce chapitre 2, il y a un article 3 (NDLR) qui est ainsi formulé : « Les deux États approfondissent » – décidément, il est bien question d'approfondir – « leur coopération en matière de politique étrangère, de défense, de sécurité extérieure et intérieure ».
Et « Ils se consultent afin de définir des positions communes sur toute décision importante touchant leurs intérêts communs ». Moi, j'aimerais que l'on m'explique ce que sont les intérêts communs franco-allemands. Je demande. Honnêtement, j'aimerais. Mais je ne sais pas ce que c'est. Et on a des intérêts dans quoi ? Dans Airbus, par exemple. Mais c'est pas des intérêts franco-allemands. Il y a aussi dans Airbus – faut-il le rappeler – le Royaume-Uni, les Pays-Bas, l'Italie, l'Espagne qui sont dans le consortium Airbus. Pareil dans Arianespace (NDLR : sauf le Royaume-Uni).
Moi, je sais, pour avoir accompagné jadis Jacques Chirac en Chine lorsqu'il avait été reçu par le président chinois Jiang Zemin... Je me rappelle comment le président de la République française avait essayé de vendre à la Chine, aux Chinois le TGV d'Alstom. Et comment le président chinois avait dit : « Oui mais vous m'embarrassez beaucoup parce que Gerhard Schröder, le chancelier allemand, est venu il y a trois semaines pour me dire de ne surtout pas acheter le TGV français de chez Alstom mais d'acheter l'ICE de chez Siemens. Nous n'avions pas des intérêts communs. Nous avions des intérêts opposés. Ah, il est vrai que Macron a décidé de brader le TGV à l'Allemagne.
Mais il n'en demeure pas moins que sur beaucoup d'autres sujets, nous avons des intérêts exactement opposés. Le groupe PSA est présent en Chine – à Wuhan, par exemple – pour fabriquer des lignes de fabrication de voitures, de Citroën, modèle Élysée, notamment. Et PSA a un partenaire chinois, qui s'appelle Dongfeng. Et pour mieux lutter contre Volkswagen, qui a son propre partenaire chinois, et qui est le concurrent direct de PSA. Donc en matière de politique étrangère, également, la France a des intérêts au Maghreb, a des intérêts en Afrique francophone, alors que l'Allemagne a des intérêts en Europe de l'Est, a des intérêts dans le monde turc. Où sont les intérêts communs ? Honnêtement...
Je ne dis pas qu'il n'y a jamais d'intérêts communs entre la France et l'Allemagne. Mais dans la formulation de cet article, on a l'impression que ce serait une évidence. Non ! Je pense que nous avons au moins autant – sinon davantage – d'intérêts communs par exemple avec l'Italie, avec l'Espagne, avec le Portugal, par exemple dans nos liens avec les pays du sud de la Méditerranée. On continue. Après l'article 3, il y a l'article 4. L'article 4 qui entre dans le détail des questions militaires, des questions de sécurité.
En particulier, l'article 4 précise : « les deux États, convaincus du caractère indissociable de leurs intérêts de sécurité, font converger de plus en plus leurs objectifs et politiques de sécurité et de défense ». Il est question également qu'ils « se prêtent aide et assistance par tous les moyens dont ils disposent ». « Par tous les moyens dont ils disposent, y compris la force armée en cas d'agression armée contre leurs territoires ». Je ne sais pas si vous vous rendez compte de ce que ça signifie.
En cas d'agression armée contre leurs territoires, ça veut dire que s'il y avait une agression – par exemple de la Pologne, ou de la Russie, ou de la Turquie ou de Dieu sait qui – contre l'Allemagne, la France devrait prêter aide et assistance par tous les moyens dont elle dispose à l'Allemagne, y compris la force armée. Donc, si les mots ont un sens... Donc la force nucléaire ! Ça veut dire que mine de rien, dans ce traité que les Français découvrent comme ça en catimini 5 jours avant qu'il soit signé, M. Macron, au détour d'une phrase, prend un engagement qui consiste à dire : « Éventuellement, on vous prêtera l'arme nucléaire pour vous défendre ».
Ça veut dire que si la Russie envahissait l'Allemagne, les Français pourraient éventuellement attaquer la Russie avec une arme nucléaire. En tout cas, la formulation de cet article 4 ne l'exclut pas. Ça veut dire au passage que si on faisait ça, l'Allemagne et la France seraient vitrifiées dans les 10 minutes par les forces nucléaires russes. Est-ce que les Français sont vraiment prêts, décidés à partager leur armement nucléaire avec l'Allemagne pour mourir pour les Allemands ? C'est en tout cas une question où M.
Macron n'est pas légitime pour trancher de lui-même, d'autant plus qu'il n'a jamais parlé de ça pendant la campagne présidentielle dont je rappelle qu'il a eu à peine 18% (NDLR) des inscrits au premier tour. Donc normalement, ça devrait faire l'objet d'un grave et grand débat national. Je précise également que dans cet article 4, il est question d'investir conjointement pour combler ces lacunes capacitaires, renforçant ainsi l'UE et l'Alliance nord-atlantique. Qu'est-ce que ça veut dire ? Ça veut dire qu'en fait, cette coopération militaire s'inscrit dans le droit fil de l'Alliance nord-atlantique, c'est-à-dire de l'OTAN.
C'est une nouvelle trahison fondamentale de la pensée de Charles de Gaulle et de la pensée qui avait animé le traité franco-allemand de l'Élysée du 22 janvier 1963 dont Macron – tel un escroc intellectuel – se prévaut puisque, justement, de même que Charles de Gaulle n'avait pas mentionné ni les États-Unis, ni le Royaume-Uni, ni le GATT, l'accord général sur les tarifs et le commerce... Charles de Gaulle avait bien pris soin de refuser la mention de l'OTAN puisque, justement, la pensée gaullienne consistait à vouloir séparer l'Allemagne de la tutelle américaine. Je renvoie encore une fois à ma conférence : « Qui gouverne la France ?
» qui est assez longue mais que vous trouverez sur Internet si vous voulez approfondir la question, bien comprendre le sujet. Donc en fait, il s'agit d'une nouvelle trahison du traité de l'Élysée. Trahison qui, d'ailleurs, avait été opérée en juin 1963 – comme je le disais tout à l'heure – lorsque les députés du Bundestag avaient précisément ajouté un protocole interprétatif dans lequel ils mentionnaient que l'Allemagne voulait travailler dans le cadre du traité de l'Atlantique nord avec les États-Unis d'Amérique, etc., etc. Je vous renvoie à mes conférences.
Et notamment, je souligne cette confidence que Charles de Gaulle avait faite à Alain Peyrefitte en 1963, justement après cette affaire. De Gaulle avait dit à Peyrefitte : « Les Allemands avaient été mon grand espoir. Ils sont mon grand désappointement ». De Gaulle avait compris que sa stratégie qui consistait à faire cause commune avec l'Allemagne pour mieux se distendre des États-Unis était vouée à l'échec puisque les Allemands avaient voulu réintroduire l'OTAN. Là, on peut être certain que c'est la même chose. On peut être certain que c'est Mme Merkel qui a réintroduit cette idée d'Alliance nord-atlantique.
Je rappelle – je l'ai déjà dit, notamment dans cette conférence – qu'en 2004, sauf erreur de ma part, Gerhard Schröder, le chancelier d'Allemagne, avait signé avec le président américain George W. Bush une alliance germano-américaine pour le XXIe siècle : « Das deutsch-amerikanische Bündnis für das 21. Jahrhundert ». C'est comme ça qu'on dit en allemand. Et que Mme Merkel, 2 ans après, était venue confirmer son accord. C'est-à-dire que pour l'Allemagne, l'alliance avec la France est une alliance de seconde zone. À l'évidence, Macron n'a toujours pas compris. Macron croit dans ce qu'on appelle le couple franco-allemand.
Ce couple franco-allemand n'existe pas puisque, pour l'Allemagne, il y a un couple germano-américain qui passe avant toute autre chose. J'ai déjà eu l'occasion d'expliquer pourquoi : parce que les Américains sont des Anglo-Saxons. Anglo-Saxons, ça veut dire Anglo...-Saxons. Saxons, ça veut bien dire ce que ça veut dire. Ça veut donc dire des liens avec l'Allemagne. J'ai déjà expliqué de nombreuses fois qu'il y a eu tout un flux d'émigration allemande aux États-Unis, notamment au XIXe siècle, que quelqu'un comme Boeing, comme Marlène Dietrich, comme Donald Rumsfeld, comme Henry Kissinger, sont des Américains d'ascendance allemande.
J'ai déjà expliqué qu'il y a notamment dans les États du nord-centre des États-Unis comme le Wisconsin, le Minnesota, le Montana des fortes communautés d'origine allemande, parfois la moitié de la population. La ville principale, la capitale de l'État du Dakota du Nord s'appelle Bismarck. Il y a donc des liens très étroits entre les Américains et les Allemands, ce que Macron – semble-t-il – ne comprend toujours pas. J'ajoute aussi d'ailleurs – ne l'oublions pas – qu'il y a aussi des forces militaires américaines qui sont présentes sur le sol allemand encore aujourd'hui. Et que donc, l'Allemagne est un pays sous liberté surveillée. Voilà. En attendant, M.
Macron trahit l'esprit du traité franco-allemand de l'Élysée dont il ose se prévaloir. Mais ce que je ne vois pas là-dedans, c'est... Qu'est-ce qu'apporte l'Allemagne en échange de cet engagement où, peut-être, si l'on comprend bien l'article 4 – la France apporterait son parapluie militaire français, notamment son parapluie nucléaire. Qu'apporte l'Allemagne à cet engagement ? Moi, je ne vois rien. Alors on poursuit. Il y a un 3e alinéa dans cet article 4 qui précise : « Les deux États s’engagent à renforcer encore la coopération entre leurs forces armées en vue d'instaurer une culture commune et d'opérer des déploiements conjoints.
Ils intensifient l’élaboration de programmes de défense communs (...) Ils entendent favoriser la compétitivité et la consolidation de la base industrielle et technologique de défense européenne. Ils sont en faveur de la coopération la plus étroite possible entre leurs industries de défense sur la base de leur confiance mutuelle ». Qu'est-ce que ça veut dire ? Ça veut dire, si l'on comprend bien les mots, que la France s'apprête à apporter, dans la corbeille de la mariée, sa base industrielle et technologique. Dieu sait si, en France, nous avons des industries de défense qui étaient – mais qui sont encore largement – à la pointe.
On a des grandes industries comme Thales – bien entendu – ou comme Dassault qui sont parmi les meilleures au monde. Qu'apporte l'Allemagne ? Et surtout, ce qui est extrêmement grave en la matière, c'est l'idée d'une coopération la plus étroite possible entre leurs industries de défense sur la base de leur confiance mutuelle. Je suis désolé de mettre les pieds dans le plat. D'ailleurs, nous l'avons déjà fait à l'UPR par un dossier remarquable de prémonition de Vincent Brousseau qui date de juillet 2017 – il y a plus d'un an et demi – que je vous conseille d'aller lire sur notre site sur les euronukes.
Vincent Brousseau avait fait un dossier très intéressant qui montrait qu'en définitive, la stratégie probable de l'Allemagne qui, après 1945, s'est vu interdire – et notamment après les règlements qui ont eu lieu dans les années 70, 80 – la possession de l'arme nucléaire.
Mais en réalité, par le biais de cet article 4 de ce traité d'Aix-la-Chapelle, on a le sentiment que de la façon habituelle que font les diplomates, c'est-à-dire la stratégie du salami, tranche par tranche, l'Allemagne est en train d'acclimater l'idée qu'il est normal que la France non seulement protège l'Allemagne avec sa force nucléaire mais partage – coopère – dans un climat de confiance mutuelle ses secrets industriels et technologiques et y compris la force de frappe nucléaire. En définitive, les éléments se mettent en place pour que la France apporte gratis son armement nucléaire à l'Allemagne. Mais qu'est-ce qu'apporte l'Allemagne ?
On a vu tout à l'heure que l'Allemagne avait refusé de mettre le coup de la mutualisation des dettes. Qu'apporte l'Allemagne face à ces dons que M. Macron... Je ne sais pas s'il est conscient de ce qu'il fait. J'espère qu'il est inconscient. S'il est conscient, c'est de la haute trahison. Mais s'il est inconscient, c'est à peu près aussi grave. Il est absolument inimaginable qu'un tel traité ne mentionne pas qu'il y a une force de frappe française – le domaine réservé de la souveraineté nationale – qui n'est utilisée que pour assurer la souveraineté et l'indépendance nationales de la France, et que ceci ne saurait se partager.
Ou alors il faudrait au minimum un référendum auprès des Français. Et il faudrait au minimum qu'un cadeau si extravagant s'accompagne du fait que les Allemands se sentent complètement solidaires de la France dans tous les domaines, à commencer par l'endettement. À commencer aussi par la gestion plus compréhensive du taux de change de l'euro. Cet article 4 précise également : « Approche commune en matière d’exportation d’armements ». On est ravis d'apprendre que la France va donc essayer d'exporter ses armements avec l'Allemagne. Et puis il est question également que les deux États créent un Conseil franco-allemand de défense et de sécurité.
Ça veut donc dire que désormais, il n'y aura plus de possibilité d'avoir une réflexion militaire française qui ne soit que française. Ça veut dire qu'on va demander aux Allemands de mettre leur nez dans nos affaires. Alors nous, on peut dire : « Oui. Mais vous, vous mettrez le nez dans les leurs ». Oui mais, d'abord, malheureusement, les Français, c'est toujours un petit peu le coq gaulois qui est superficiel. On peut faire confiance aux Allemands, en revanche, pour – eux – entrer dans le détail.
Et puis qui nous assure que les Allemands, qui ont signé un accord de partenariat stratégique et militaire avec les États-Unis, ne divulgueront pas aux États-Unis, aux Américains tout ce qu'ils apprennent sur la stratégie française ? On est en plein délire. Après l'article 4 vient l'article 5. Et là, cette fois-ci, il est question de coopération en matière de politique étrangère. « Les deux États étendent la coopération entre leurs ministères des Affaires étrangères, y compris leurs missions diplomatiques et consulaires ». Ça veut dire en particulier que l'on va avoir dans des ambassades... C'est même précisé.
Aux Nations unies, à l'OTAN, etc., on va pouvoir avoir des diplomates allemands qui seront là et qui parleront éventuellement au nom de la France au Conseil de sécurité. C'est quand même incroyable quand on y réfléchit. D'autant plus incroyable, encore une fois, que pourquoi est-ce que l'on devrait converger avec l'Allemagne, avoir le même point de vue que l'Allemagne et non pas le même point de vue que d'autres pays comme l'Angleterre – il est vrai que l'Angleterre va sortir de l'UE – ou l'Italie ou l'Autriche ou la Suède ? Pourquoi ? Pourquoi est-ce que la France fait cela ?
D'autant plus que, là aussi, c'est un marché de dupes puisque la France a le deuxième réseau diplomatique et consulaire au monde après celui des États-Unis et la France est seule détentrice du siège permanent au Conseil de sécurité. Ça veut donc dire qu'en fait, les Allemands n'ont pas grand-chose à nous offrir. En revanche, nous, on a des choses à leur offrir qu'ils n'ont pas : des ambassades dans des pays où ils n'ont pas d'ambassade ou bien une présence – notamment – au Conseil de sécurité des Nations unies. L'article 6 du traité précise que la France et l'Allemagne créent une « unité commune en vue d’opérations de stabilisation dans des pays tiers ».
Est-ce que vous comprenez bien ce que ça veut dire ? « De stabilisation des pays tiers » : ça veut dire qu'on va intervenir militairement quand on estime qu'un État n'est pas stable. Et on va faire ça avec l'Allemagne. Donc l'Allemagne pourra nous demander, par exemple, d'intervenir en Ukraine. Et en vertu des articles précédents, nous serons amenés éventuellement à mettre en jeu notre arsenal nucléaire pour protéger l'Allemagne. Certains diront : « Oui. Mais la France pourra refuser ». Mais comme on voit dans ce traité – on va le voir pour tout le reste de l'examen – qu'en fait, M.
Macron a tout cédé et que Mme Merkel n'a absolument rien cédé, on peut estimer que dans cette unité destinée à stabiliser les pays étrangers, si Mme Merkel ou son successeur demande quelque chose, la France obtempérera. J'ajoute d'ailleurs au passage que même s'il est question dans ce traité que les deux pays sont en faveur de la Charte des Nations unies et du droit international, c'est quand même extrêmement inquiétant de créer une unité en vue d'opérations de stabilisation des pays tiers, parce que de deux choses l'une : soit ça se passe sous l'égide du traité de l'ONU, notamment des Casques blancs. À ce moment-là, il n'y a pas de raison de faire une alliance particulière avec l'Allemagne.
La France sera placée sous un commandement onusien et l'Allemagne pourra éventuellement mettre aussi des soldats. Donc cette phrase ne sert à rien. Soit cette phrase vise à intervenir militairement – France et Allemagne – en se passant du vote au Conseil de sécurité de l'ONU, auquel cas ils violent le droit international. Dans tous les cas, cette phrase sent extrêmement mauvais. Et puis après ça, il y a l'article 7, qui concerne la politique étrangère : « Les deux États s’engagent à établir un partenariat de plus en plus étroit entre l’Europe et l’Afrique ». Alors déjà, ils parlent au nom de l'Europe.
Ils parlent donc au nom des 25 autres États membres de l'UE qui vont découvrir comme nous le découvrons nous-mêmes ce traité, et qui seront évidemment extrêmement mécontents du procédé. Mais surtout, ce que je note, c'est que les deux États s'engagent à établir un partenariat entre l'Europe et l'Afrique. Mais qui apporte quelque chose dans la corbeille de la mariée ? C'est la France qui a une grande influence en Afrique : en Afrique du Maghreb, un petit peu au Moyen-Orient aussi, mais en Afrique stricto sensu au Maghreb et évidemment dans toute l'Afrique francophone, où la langue française se développe beaucoup. Qu'est-ce qu'apporte l'Allemagne ? Rien. Zéro.
L'Allemagne, après (NDLR : la conférence de Berlin, entre 1884 et 1885), avait obtenu quelques maigres colonies qui étaient le Togo, une partie du Cameroun et puis une partie du Tanganyika sur la côte est et en Afrique australe ce qu'on appelait le Sud-Ouest africain, qui est aujourd'hui la Namibie. Mais je rappelle que ça n'a pas duré longtemps puisqu'en 1918, l'Allemagne a perdu toutes ses colonies. Et donc le Togo a été donné à la France, le Cameroun a été partagé entre la France et l'Angleterre, le Sud-Ouest africain a été rattaché à l'Afrique du Sud sous domination anglaise et le Tanganyika également. Donc la France apporte sur un plateau son influence en Afrique.
Et qu'est-ce qu'apporte l'Allemagne ? Rien. Pourtant, l'Allemagne a une influence – par exemple – en Europe de l'Est. L'Allemagne a une influence en Turquie. L'Allemagne a une influence dans le monde turcophone. On aurait pu concevoir que les deux États s'engagent à un partenariat de plus en plus étroit non seulement avec l'Afrique mais avec la Turquie et le monde turcophone où, là, c'est l'Allemagne qui aurait apporté son influence. Que nenni. En fait, les Allemands n'apportent rien et la France apporte tout.
Il y a l'article 8 : « Dans le cadre de la Charte des Nations Unies, les deux États (...) coordonnent étroitement leurs positions, dans le cadre d’un effort plus large de concertation entre les États membres de l’Union européenne siégeant au Conseil de sécurité des Nations unies ». Bon... À la limite, ça mange pas trop de pain puisque ça figurait déjà dans le traité de Maastricht où il était bien précisé que les États membres de l'UE qui étaient membres permanents du Conseil de sécurité – ce qui visait en fait le Royaume-Uni et la France – devaient s'abstenir d'avoir des positions différentes des autres pays membres de l'UE.
Disons que là, ça renforce l'engagement de la France vis-à-vis de l'Allemagne. Il s'agit de défendre les positions et les intérêts de l'UE. Je poserai la même question ici que tout à l'heure sur les intérêts franco-allemands : c'est quoi, les intérêts de l'UE ? Rappelez-vous en 2003, lorsque les États-Unis ont voulu faire la guerre en Irak pour démolir le régime de Saddam Hussein, rappelez-vous que la France, à l'époque par la bouche de Dominique de Villepin, s'est opposée à la volonté américaine qui prétendait que Saddam Hussein avait des armes de destruction massive.
En revanche, la quasi-totalité des autres pays de l'UE se sont rangés derrière les États-Unis, parce que les pays de l'Est, qui n'ont pas d'influence dans cette zone, pensaient que, se rangeant derrière les États-Unis, ils acquerraient une influence au Moyen-Orient et notamment en Irak, dans l'ancienne Mésopotamie. Alors que la France, elle, avait tout à perdre. Ce qui, d'ailleurs, a été le cas. La France avait tout à perdre d'être chassée d'un pays comme l'Irak où elle avait depuis les années 30 et notamment la Compagnie française des pétroles des intérêts importants, qu'elle a d'ailleurs perdus.
Donc la France s'était refusée à cette mascarade que fut la guerre lancée par les États-Unis contre l'Irak au motif d'armes de destruction massive. Je dis « mascarade » parce que le secrétaire d'État américain Colin Powell en personne, 6 mois après, a reconnu ce que la France avait dit, c'est-à-dire que Saddam Hussein, en réalité, ne détenait aucune arme de destruction massive. Mais le mal a été fait et la mascarade a été saumâtre. Elle a même été extraordinairement criminelle puisqu'on estime à au moins 1 million ou 1,2 million le nombre de morts civiles avec, notamment, des centaines de milliers d'enfants et de femmes morts à cause de cette guerre qui a été faite de façon illégale.
Où sont les intérêts de l'UE ? Et d'ailleurs, qu'est-ce que c'est que cette façon de raisonner ? Les intérêts de l'UE ? La France – vous savez quelle est notre position, à l'UPR –, au troisième millénaire, doit être porteuse de paix mondiale. Elle ne doit pas défendre particulièrement les intérêts de l'UE. Je ne vois pas pourquoi la France défendrait spécialement les intérêts de la Bulgarie, de l'Estonie plutôt que les intérêts de pays (NDLR : ou provinces) qui nous sont très chers et très proches – notamment culturellement – comme le Québec, la Suisse, le Vietnam, le Liban, le Maroc, le Sénégal, le Gabon, Madagascar et tous les pays de la francophonie.
Et puis le pire est à venir dans cet article 8. Il est précisé : « L’admission de la République fédérale d’Allemagne en tant que membre permanent du Conseil de sécurité des Nations unies est une priorité de la diplomatie franco-allemande ». Alors là, les bras vous en tombent. Les bras vous en tombent. Ça veut dire quoi ? Ça veut dire que la France, qui est membre permanent du Conseil de sécurité des Nations unies, dont – objectivement – l'intérêt n'est absolument pas que l'Allemagne le soit également... Je rappelle que si l'Allemagne n'est pas membre du Conseil de sécurité des Nations unies, c'est parce que l'ONU a été créée en 1945 avec la Charte de San Francisco.
C'étaient les nations unies contre les puissances de l'Axe, contre l'Allemagne, contre le Japon, contre l'Italie. C'est d'ailleurs la raison pour laquelle les deux Allemagnes ont été interdites d'entrer aux Nations unies. En 1945, 1946, 1947, 1948, 1949, toutes les années 50, toutes les années 60, l'Allemagne était interdite d'être aux Nations Unies. Le Japon a pu entrer en 1955. Dix ans après la création des Nations unies, l'interdiction qui était faite a été levée par le Conseil de sécurité, notamment par un accord entre les États-Unis et l'Union soviétique. L'Italie a dû entrer à peu près à la même époque.
Mais il a fallu attendre (NDLR : septembre) 1973 pour que les deux Allemagnes de l'époque : l'Allemagne de l'Ouest sous domination américaine et l'Allemagne de l'Est sous domination soviétique puissent entrer l'une et l'autre aux Nations unies. Et elles rasaient les murs. Voilà maintenant que la France se fait le porte-parole pour donner son siège permanent au Conseil de sécurité des Nations unies. Ce qu'il faut bien savoir, c'est que le siège au Conseil de sécurité des Nations unies, c'est ce qui fait de la France une grande puissance.
Il y a deux choses qui font de la France une grande puissance : son armement nucléaire et son siège de membre permanent au Conseil de sécurité des Nations unies. C'est ce qui fait saliver la plupart des grands pays du monde, et en particulier l'Allemagne. Ces deux atouts, ce sont les deux joyaux de la couronne France, deux joyaux que Charles de Gaulle nous a légués, puisque c'est grâce à De Gaulle que la France, dans la charte de San Francisco, a été reconnue comme faisant partie des puissances victorieuses de l'Axe. C'est grâce à De Gaulle que nous avons le siège permanent.
Et c'est grâce à De Gaulle que nous avons la force de frappe, même si les études et les premiers travaux avaient été lancés sous la IVe République. C'est quand même De Gaulle qui l'a poussée en avant jusqu'à avoir une bombe thermonucléaire, et à faire donc de la France l'un des pays très rares à disposer de cette force de frappe nucléaire, ce qui fait de la France une grande puissance. Les Allemands, effectivement, sont privés des deux. Les Allemands, leur objectif central, c'est de pouvoir avoir les deux pour dominer notamment la France. Et voilà que M. Macron est là à céder les deux en catimini, en quelques jours, sans que personne ne s'en offusque ?
Alors évidemment, certains diront : « Mais non. Mais vous comprenez, le siège au Conseil de sécurité... La formulation est tarabiscotée. On dit simplement que la France œuvrera pour que l'Allemagne ait un siège de membre permanent ». Et je connais suffisamment la musique de nos diplomates français pour savoir qu'il y a une énorme hypocrisie derrière puisque ce que disent les diplomates... J'en ai entendu plus d'un me dire : « Mais non. Mais tout ça, c'est en fait pour enfumer les Allemands. C'est parce que de toute façon, pour que l'Allemagne ait un siège permanent au Conseil de sécurité, il faudrait modifier la Charte des Nations unies ». Ça, c'est tout à fait exact.
« Il faut donc modifier cette Charte des Nations unies. Donc ça veut dire qu'il y a au moins les deux tiers des États qui doivent... Il faut d'ailleurs d'abord obtenir le feu vert du Conseil de sécurité des Nations unies. Et donc, il n'est pas du tout sûr que la Russie donnera son feu vert à l'octroi du siège permanent au Conseil de sécurité. Ensuite, il faut obtenir l'accord massif des États membres de l'ONU. Et, disent les diplomates : « Ce système se bloquera de lui-même parce qu'à partir du moment où on ouvrira ce dossier, il y a d'autres États qui voudront devenir membres permanents au Conseil de sécurité avec droit de veto ».
Il me semble l'avoir déjà dit, je me permets de le répéter... Il faut aller au fond des choses. Moi, je vais au fond des choses devant les Français. Qui veut avoir un siège permanent au Conseil de sécurité ? L'Inde. L'Inde, c'est 1,4 milliard d'habitants, alors que l'Allemagne est à 80 millions d'habitants et dégringole au niveau démographique. L'Inde, c'est une civilisation en elle-même. L'Inde, c'est d'ailleurs une puissance nucléaire, même si elle ne l'a jamais vraiment totalement reconnu. C'est quand même une puissance nucléaire. L'Inde a toutes les caractéristiques pour devenir membre permanent du Conseil de sécurité. Elle a sa population énorme.
Elle a son économie qui devient de plus en plus importante qui a d'ailleurs dépassé l'économie française récemment. Elle a 1,30 ou 1,35 milliard d'habitants. Elle est une puissance nucléaire. L'Inde a mille fois plus de raisons d'entrer au Conseil de sécurité comme membre permanent avec droit de veto que l'Allemagne. Il n'y a pas que l'Inde. Il y a également un grand pays du monde arabe. Ce qui est difficile dans le monde arabe, c'est qu'il n'y a pas un pays qui domine les autres de façon écrasante, notamment du point de vue démographique. On peut peut-être estimer que ça pourrait être l'Égypte, avec 80, 90 millions d'habitants.
Certains réfléchissent à l'idée d'un siège tournant entre les pays du monde arabe qui serait un siège permanent avec droit de veto qui serait donné peut-être à une espèce de pays qui serait le porte-parole. Évidemment, ouvrir ça, c'est ouvrir la boîte de Pandore. Bien entendu, si l'Inde a un siège permanent, son ennemi héréditaire le Pakistan, qui doit bien avoir quelque chose comme 170 ou 180 millions d'habitants, voudra un siège permanent au Conseil de sécurité. Bien entendu également, si un pays du monde arabe dispose d'un siège permanent, des très grands pays en population et en superficie voudront aussi avoir un siège permanent.
C'est le cas de l'Indonésie, qui doit avoir quelque chose comme 250 millions d'habitants, qui est une grande puissance musulmane d'Asie du Sud-Est. Et puis le Brésil, avec ses 160 millions d'habitants, est un mastodonte en termes géographiques, en termes de ressources, dans tous les domaines. Il pourrait être un représentant de l'Amérique latine, qui manque cruellement au Conseil de sécurité comme membre permanent. Mais comme le Brésil est lusophone – c'est-à-dire parle le portugais –, bien entendu, le Mexique, qui a à peu près 100 millions d'habitants, se verrait bien avoir aussi un siège permanent représentant l'Amérique latine hispanophone.
Et puis n'oublions pas – également – l'Afrique et en particulier l'Afrique noire, avec un géant comme le Nigeria, par exemple, qui doit compter quelque chose comme 130 ou 140 millions d'habitants. Le Nigeria, qui pourrait être le porte-parole au Conseil de sécurité des pays d'Afrique noire... Et je ne parle même pas de l'Afrique du Sud qui est le pays le plus développé de l'Afrique. Tout cela pour dire qu'un certain nombre de diplomates pensent que le système est tellement enchevêtré, il y a tellement de volontés, de désirs des uns et des autres d'avoir un siège au Conseil de sécurité... Et je n'ai pas mentionné le Japon qui, en tant que troisième économie mondiale, a aussi son mot à dire.
Les diplomates disent : « Ne vous en faites pas. En fait, c'est une fausse fenêtre ». Moi, je dis non. Je dis non parce qu'on ne sait jamais de quoi l'avenir est fait. Ça n'est pas bien, d'ailleurs, de traiter ses amis en leur mentant. Moi, je souhaite que la France ait de très bonnes relations avec l'Allemagne. Mais je ne souhaite pas qu'on leur dise : « On va tout faire pour que vous ayez le siège permanent au Conseil de sécurité » en pensant en réalité in petto « Cours toujours. Tu l'auras jamais ». Ça s'appelle se moquer des gens.
Et moi, ce que je crains beaucoup, c'est que – tranche par tranche, la France ayant cédé sur ce document – dans quelques années, on nous dise : « Écoutez, on va faire une réforme. À l'évidence, la France et l'Allemagne s'entendent tellement bien que la France va céder son siège à l'Allemagne ». Et on va faire un siège franco-allemand ou un siège européen. On peut pas dire que je n'aurai pas prévenu les Français. Je parle de cette affaire depuis au minimum 2011. Je vous invite à aller regarder ce que je disais déjà lors de la présentation du programme présidentiel que j'avais fait. En décembre 2011 – je crois –, je parlais déjà de cette affaire de siège au Conseil de sécurité.
Il y a 8 ans, bientôt... Donc ça veut dire qu'il y a bien anguille sous roche. J'ai déjà eu l'occasion de le signaler : M. Olaf Scholz, qui est le vice-chancelier d'Allemagne, l'a demandé publiquement. Et ça veut dire que la France est prête, en définitive, à apporter son siège au Conseil de sécurité ou à laisser entendre que ce serait possible. Mais qu'est-ce qu'apporte l'Allemagne ? Article après article, je montre tout ce que la France cède. Je n'ai rien vu de significatif que l'Allemagne apporte. Après l'article 8, il y a l'article 10 qui précise : « Les deux États rapprochent leurs systèmes éducatifs grâce au développement de l’apprentissage mutuel de la langue de l’autre ».
On est dans une hypocrisie totale. Tout le monde sait bien qu'en France, l'apprentissage de l'allemand s'effondre. Ça n'est rien par rapport à l'apprentissage du français en Allemagne qui a quasiment disparu. Quiconque se rend en Allemagne de nos jours découvrira que la population allemande parle spontanément en américain. Donc l'avantage dans cette affaire est faible. J'ajoute... Je ne veux pas être offensant à l'égard de nos amis allemands mais au XXIe siècle, honnêtement, ça ne sert pas à grand-chose d'apprendre l'allemand. Je le dis d'autant plus que moi, c'est la deuxième langue après la langue anglaise que j'ai apprise étant au lycée.
Mais force est de reconnaître que lorsque l'on va en Allemagne, tout le monde ou presque parle l'anglo-américain. Mieux encore : si vous essayez de parler l'allemand, qui n'est pas une langue facile... Moi, je suis allé plusieurs années dans une famille en Bavière. Je garde d'ailleurs des souvenirs très amicaux de ces liens avec cette famille qui était à Regensburg, qu'on appelle Ratisbonne en français, qui est en Bavière, entre Munich et Bayreuth. C'est une langue difficile. Et si vous allez en Allemagne, que vous essayez un peu de parler en allemand, très rapidement, vous tombez sur des gens qui se mettent à vous parler en anglo-américain.
Je ne pense pas que ce soit une priorité absolue que de développer l'apprentissage de l'allemand en France. En tout cas, c'est à développer. Mais moi, je pense que la France devrait développer bien davantage l'apprentissage du russe, qui est en pleine déshérence, ce qui est un tort. La Russie est un très grand pays, avec 150 millions d'habitants, deux fois plus que l'Allemagne. C'est la première ou deuxième puissance militaire. C'est un pays en plein renouveau. C'est le plus grand pays du monde. On devrait avoir au moins autant de jeunes Français qui apprennent le russe que de jeunes Français qui apprennent l'allemand en deuxième langue. Et puis je n'oublie pas le chinois.
La Chine est d'ores et déjà devenue en parité de pouvoir d'achat la première économie mondiale. C'est le pays le plus peuplé du monde. Et savoir parler le chinois, comprendre comment ça fonctionne, la langue chinoise et l'écriture chinoise, même si on n'arrive pas à un niveau de très grande expertise, ça ouvre l'esprit et ça forme l'esprit. Ça ouvre l'esprit des jeunes Français aux civilisations d'Extrême-Orient, qui sont là ou se passe de plus en plus l'actualité, l'innovation du monde. Tout le monde sait que lorsque j'ai vécu moi-même au Japon, j'avais appris un peu.
J'arrivais à lire et à écrire 400 idéogrammes japonais – les kanjis –, qui viennent des idéogrammes chinois, plus les syllabères : katakanas, hiraganas. Il serait normal qu'il y ait beaucoup de jeunes Français qui apprennent le chinois, qui apprennent le japonais, qui apprennent le russe, qui apprennent le portugais – à la limite, il y a des Français d'origine portugaise qui le parlent – plutôt que l'allemand. L'allemand n'est pas une langue... Pourquoi pas, également, le danois – j'ai rien contre les Danois – ou également le néerlandais ?
Ça fait partie de ces langues qui sont des langues tout à fait respectables et que je respecte mais qui, objectivement, ne doivent pas être une priorité, alors que la langue française – je l'ai déjà expliqué plusieurs fois, j'y reviens – est actuellement la sixième ou septième langue la plus parlée au monde. Et au cours des années qui viennent, elle va accroître son influence puisqu'en l'an 2000, il y avait 190 millions de locuteurs en français. Aujourd'hui, en 2019, on estime qu'il y en a 250 millions.
Et si les tendances se poursuivent, notamment grâce à la très forte natalité en Afrique francophone doublée du fait que dans les pays d'Afrique qui se développent, de plus en plus de jeunes basculent dans la modernité... La modernité, c'est Internet, c'est Google, c'est eBay, c'est Facebook, c'est Amazon, etc. Or, sur ces grands vecteurs qui formatent l'opinion mondiale, la langue française est d'ores et déjà la deuxième, troisième ou quatrième langue. De jeunes Africains, de plus en plus, basculent dans la langue française. Donc la langue française et la langue allemande n'ont pas le même statut.
Et c'est encore une fois un cadeau que nous faisons à l'Allemagne que de mettre les deux langues sur le même plan. Après le chapitre 3 figure le chapitre 4, qui parle de la coopération régionale et transfrontalière. Et il y est question des deux États qui « dotent les collectivités territoriales des territoires frontaliers et les entités transfrontalières comme les eurodistricts de compétences appropriées ». Les eurodistricts... Nous voyons ici qu'il va y avoir des compétences appropriées à certaines zones de la République française au motif qu'elles seraient frontalières. Ça, c'est dans l'article 13. Les eurodistricts sont également mentionnés dans l'article 14.
Et dans l'article 15, il est mentionné : « Les deux États sont attachés à l’objectif du bilinguisme dans les territoires frontaliers ». Qu'est-ce que ça veut dire, s'agissant de l'Allemagne ? Excusez-moi mais à Heidelberg, dans le Schwarzwald, dans la Forêt-Noire, ou en Rhénanie-Westphalie, etc., on n'a jamais beaucoup parlé le français. En revanche, en Alsace, on parle l'alsacien qui... Je ne veux pas être offensant pour nos compatriotes alsaciens. Il y a des différences substantielles entre l'alsacien et l'allemand. Mais disons que l'alsacien ressemble quand même beaucoup plus à l'allemand qu'au français.
J'ajoute que l'expérience historique de 1870 jusqu'à 1918 : l'occupation par le IIe Reich, et puis l'expérience historique de 1940 à 1944 : l'occupation de l'Alsace par le IIIe Reich, rendent cette question un tantinet sensible et délicate s'agissant de l'Alsace. Et de façon plus générale, cette idée d'eurodistricts va dans le sens que je ne cesse de dénoncer depuis la création de l'UPR, seul contre vents et marées. Mais tous les évènements le confirment. Cette création des eurorégions, dont les eurodistricts sont une déclinaison et dont l'objectif final implicite consiste au démembrement de l'unité nationale... Je sais bien que certains disent : « Oh là là, vous exagérez ». J'exagère ?
J'ai déjà eu l'occasion d'expliquer ce qui se passe – que tout le monde sait – en Espagne, avec les revendications indépendantistes catalanes, fondées notamment sur la Charte des langues régionales et minoritaires promue par des organisations allemandes. Parce qu'il se trouve que l'Allemagne n'a pas la même histoire ni la même contexture sociologique et sociolinguistique que la France. En France, il y a beaucoup de langues régionales et minoritaires. D'ailleurs, lorsque le gouvernement Jospin avait signé cette Charte des langues régionales et minoritaires dans le cadre du Conseil de l'Europe, il avait demandé à des experts de dresser la liste des langues à promouvoir.
Je crois qu'on était arrivé à 73 langues, dont un grand nombre – il est vrai – outre mer, tout spécialement en Nouvelle-Calédonie. Mais s'agissant de la métropole, il y avait – je crois – quand même déjà 24 ou 25 langues à protéger et à développer, ce qui ferait de la France une tour de Babel, ce qui est d'ailleurs contraire à l'article 2 de la Constitution sur le fait que la langue de la République est le français. Donc ces articles 13, 14 et 15 promeuvent les eurodistricts, promeuvent en fait le développement de la langue allemande en Alsace alors que le développement de la langue française en Rhénanie-Westphalie ou dans le Palatinat, il faut pas y compter.
Donc la France, encore une fois, apporte dans la corbeille de la mariée beaucoup plus que ce que l'Allemagne apporte, qui n'est à peu près rien. Accessoirement, l'Allemagne a déjà une structure fédérale. C'est un pays de formation récente. Il a fallu attendre 1871, notamment la proclamation du IIe Reich dans la galerie des Glaces en présence de Guillaume de Hohenzollern – roi de Prusse – et du chancelier Bismarck. C'est une république fédérale avec des Länder qui parlent tous la même langue. Il n'y a pas des minorités linguistiques extraordinaires en Allemagne, à la différence de la France.
Donc aller dans ce sens avec les eurodistricts et avec le développement des langues régionales, c'est en fait aller vers la consolidation du modèle allemand et vers la destruction de la République française. Enfin, il y a l'article 20 qui précise : « Les deux États approfondissent l’intégration de leurs économies afin d’instituer une zone économique franco-allemande dotée de règles communes » avec une « harmonisation bilatérale de leurs législations, notamment dans le domaine du droit des affaires ». Là aussi, les bras vous en tombent. On n'est déjà pas suffisamment normalisé par Bruxelles au niveau des 27 États qu'il va falloir en plus de ça se coller complètement à l'Allemagne.
C'est d'autant plus incroyable qu'il est prévu dans l'alinéa 2 de cet article 20 : « Les deux États instituent un « Conseil franco-allemand d’experts économiques » » indépendant. Indépendant, ça veut dire indépendant des gouvernements. Mais on sait ce que c'est, les experts économiques indépendants, surtout les experts allemands et les experts français. Les experts allemands vont dire que ce que dit l'Allemagne est juste. Et les experts français vont dire que ce que dit l'Allemagne est juste.
Je rappelle cette terrible formule de Sir Christopher Soames, le gendre de Churchill qui avait été ambassadeur du Royaume-Uni en France (NDLR : de 1968 à 1972) : « Il faut toujours mettre un Français à la tête d'une organisation internationale parce que c'est le seul qui ne défend jamais les intérêts de son propre pays ». Dans ce Conseil franco-allemand d'experts économiques indépendants, il va y avoir des experts économiques comme ceux qui font partie du Wirtschaftsrat, c'est-à-dire Conseil économique – justement – de la CDU-CSU. Ça existe déjà. Peut-être, d'ailleurs, ce seront les mêmes experts. Je rappelle...
Je dis « Je rappelle » parce que nous avons fait un article spécialement là-dessus, notamment grâce à Vincent Brousseau, qui suit au jour le jour ce qui se passe en Allemagne. Le Wirtschaftsrat, c'est-à-dire le Conseil économique du parti au pouvoir – la CDU – a demandé expressément au gouvernement allemand – bien entendu – de refuser toute mutualisation des dettes de la zone euro. Je renvoie à ce que je disais tout à l'heure.
Mais de surcroît, il a demandé à l'Allemagne de mettre un coup d'arrêt au système dit Target2, c'est-à-dire au système qui accepte sans aucune limitation l'arrivée de créances sur les banques centrales des pays du Sud, et demander désormais qu'il y ait des collatéraux, c'est-à-dire des garanties réelles, des sûretés réelles sur ces transferts. Je vous renvoie à ce dossier un petit peu technique. Il faut simplement savoir que ça veut dire que les élites allemandes du monde économique qui sont représentées notamment à Francfort...
Notamment, l'un de leurs vecteurs essentiels d'information, c'est la Frankfurter Allgemeine Zeitung – journal généraliste de Francfort –, la FAZ, qui est un peu l'équivalent du Financial Times à Londres. Dans la Frankfurter Allgemeine Zeitung, il y a en permanence l'idée qu'il faut mettre un terme à Target2 et l'idée qu'il va falloir sortir de l'euro, que les pays du Sud ne sont pas fiables et ne sont pas viables. Ça veut dire que M. Macron se place avec cet article 20 complètement pieds et poings liés sous la tutelle économique de l'Allemagne alors que notre intérêt, si l'on veut rester dans le cadre européen... Vous savez que ça n'est pas ce que nous proposons, puisque ça n'est pas viable.
Mais l'intérêt minimum de la France serait au contraire de faire alliance avec l'Italie, avec l'Espagne, avec le Portugal pour faire un bloc latin où il y aurait à peu près (NDLR : 184 millions) d'habitants : plus de (NDLR : deux fois) la population de l'Allemagne. Ça, ce serait un intérêt pour peser face à l'Allemagne. Pas du tout. M. Macron le refuse. Enfin, je terminerai cet examen de ce traité d'Aix-la-Chapelle... J'ai été long mais précis et argumenté. Et là, je mets au défi le décodeur du Monde, etc. de venir nous chercher des poux.
Il y a enfin un chapitre 6 qui traite de l'organisation dans lequel un article 23 grave dans le marbre l'idée d'un « Conseil des ministres franco-allemand » et un article 24 précise : « Un membre du gouvernement d’un des deux États prend part... ». Quand on dit « prend part », ça veut dire « c'est obligatoire ». Ce n'est pas « peut prendre part sur invitation ». « Prend part », ça veut dire qu'il s'invite de son propre chef. « ...une fois par trimestre au moins et en alternance, au conseil des ministres de l’autre État ».
Ça veut dire qu'à la limite, on peut avoir le vice-chancelier d'Allemagne qui, tous les 3 mois, vient pointer son museau pour écouter ce qui se dit au Conseil des ministres français. C'est dingue ! D'autant plus qu'on peut être à peu près certain que lui travaillera ses dossiers, aura minutieusement... Alors que, si ça se trouve, M. Macron enverra je ne sais pas qui. Mme Schiappa, parce que ça sera chic d'avoir une femme, irait au Conseil des ministres franco-allemand. Ou peut-être finalement, Dieu sait ce que M. Macron nous réserve... Peut-être qu'il nommera un de ces jours M. Alexandre Benalla ministre des Finances ou ministre de l'Intérieur et que ça sera peut-être M. Benalla qui ira...
On croit rêver. Non seulement on croit rêver... On croit cauchemarder, plutôt. Mais moi, ce sur quoi je voudrais insister une nouvelle fois, c'est sur ce que pensent en ce moment même où je parle le président du Conseil italien et les deux vice-présidents du Conseil, ce que pensent le Premier ministre espagnol, le Premier ministre néerlandais, le Premier ministre belge, ce que pensent le Premier ministre et le président de la République polonais, ce que l'on pense à Stockholm, à Helsinki, à Dublin, ce que pense le président de la République de Roumanie, ce que pensent le président de la République et le Premier ministre tchèques. Qu'est-ce qu'ils pensent quand ils lisent ça ?
Ils ne peuvent y voir qu'une seule chose. C'est le fait que la France est sous complètes domination et fascination à l'égard de Berlin et que la France devient complice de l'hégémonie allemande au sein de l'UE. J'ai montré déjà plusieurs fois comment, dans l'ensemble des pays d'Europe et tout particulièrement dans l'Europe du Sud, l'Allemagne fait l'objet de réactions de très fort rejet de la part des populations. En Italie, on taxait l'Allemagne de quarto Reich, c'est-à-dire le IVe Reich. En Grèce également. Oh, je ne parle pas bien entendu des relations entre M. Tsipras, le traître Tsipras et Mme Merkel. Je parle de la population.
Allez parler des Grecs aux Allemands et des Allemands aux Grecs. Allez parler de l'Allemagne en Italie, en Espagne, au Portugal et même en France, d'ailleurs. Encore une fois, moi, je suis pour la paix. J'ai de l'admiration pour l'Allemagne, qui est une grande civilisation. Je parle un peu l'allemand. Je suis allé souvent en Allemagne. Je pense comme le pensait Charles de Gaulle qu'il faut que la France ait des très bonnes relations avec l'Allemagne. Mais dire « avoir de bonnes relations », ce sont des relations d'égal à égal. Ça n'est certainement pas des relations de soumission dans tous les domaines puisqu'au bout du compte, quand on voit tout ça, on s'aperçoit que M.
Macron, en fait, cède tout et n'obtient rien ! Est-ce qu'il a obtenu la mutualisation des dettes de la zone euro qui ferait peser le fardeau de l'endettement public de tous les pays sur tous les pays et notamment sur l'Allemagne ? Évidemment pas. L'Allemagne a dit « Nein ! ». Est-ce qu'il a obtenu que l'Allemagne mette à profit son audience en Europe de l'Est, son audience en Ukraine, son audience – même – en Russie, son audience dans les pays turcophones et en Turquie ? Pas du tout. Il n'est question que de l'influence française en Afrique. Est-ce qu'il a obtenu un geste – par exemple – en matière de gestion de la zone euro, de gestion plus simple, un peu plus laxiste ? Pas du tout. M.
Macron a-t-il obtenu en matière de droit des personnes... Il y a – il faut le savoir – des problèmes cruels qui concernent les couples divorcés franco-allemands et notamment les enfants de couples divorcés. C'est un peu un détail, bien sûr. Mais en termes consulaires, ça n'est pas un détail. En termes consulaires, il y a beaucoup de couples franco-allemands divorcés. Or, l'Allemagne a une législation qui fait que systématiquement, c'est le conjoint allemand qui a la garde des enfants, ce qui crée des drames. C'est un peu un détail, peut-être, pour la grande majorité des Français. Pour les concernés, ça n'est pas un détail. M. Macron a-t-il obtenu un geste ? Rien du tout. En revanche, M.
Macron apporte l'influence de la France en Afrique, apporte la soumission à un Conseil d'experts indépendants qui vont donner le la venu de Francfort. M. Macron apporte son soutien à un siège au Conseil de sécurité pour l'Allemagne au détriment de la priorité qui devrait être celle de l'Inde, celle du Brésil, celle d'un grand pays d'Afrique et celle d'un grand pays du monde arabo-musulman. M. Macron donne ainsi les verges pour se faire battre pour qu'un jour, on nous explique : « Bon, écoutez, on va faire une petite réforme du Conseil de sécurité. Allez, la France va dégager son siège et puis va le donner à l'Allemagne pour un siège franco-allemand ». M.
Macron a pris un engagement fou qui consiste à ne pas exclure la force nucléaire de la coopération militaire franco-allemande dans tous les domaines sur la base de la confiance mutuelle. En réalité, M. Macron est en train de signer un document qui est absolument scandaleux, qui doit absolument être rejeté par la représentation nationale. Et que l'on ne nous dise pas derrière les portes capitonnées de l'Assemblée : « Mais ne vous en faites pas. Ce document ne sert à rien ». C'est le discours habituel que l'on nous sert, de la même façon qu'on nous l'a servi au moment du pacte de Marrakech, sur le fait que ça n'est pas contraignant, etc., etc.
Je terminerai, d'ailleurs, cet examen par le chapitre 7 : les dispositions finales. L'article 27 et l'article 28... L'article 27 est un mensonge historique : « Le présent traité complète le traité du 22 janvier 1963 ». Non. Ça devrait être : « Le présent traité annule et trahit l'esprit du traité du 22 janvier 1963, puisqu'il soumet la France à un monde ou un grand marché ouvert, ce que, justement, De Gaulle avait refusé. Il soumet la France à l'OTAN, ce que Charles de Gaulle avait refusé. Il soumet la France dans tous les domaines à l'influence allemande, ce que Charles de Gaulle avait refusé. Le traité de 1963 visait en fait à mettre l'Allemagne sous influence française, disons le mot.
Le traité que s'apprête à signer M. Macron vise à soumettre la France à l'influence allemande. Voilà la réalité de la situation. Et j'ajoute – ça n'est pas tout à fait un détail – que l'article 28 précise : « Les deux États s’informent (...) de l’accomplissement des procédures nationales requises pour l’entrée en vigueur du présent traité. Le présent traité entre en vigueur à la date de réception de la dernière notification », c'est-à-dire les principes de ratification. Mais je note qu'il n'y a pas d'article 29 qui préciserait comment on dénonce ce traité. C'est-à-dire que M. Macron nous refait le coup du traité de Maastricht. On sait que M.
Attali avait expliqué, il y a quelques années, dans une réunion publique, qu'il avait été décidé exprès de ne pas mettre de clause de sortie du traité de Maastricht pour ne pas donner de mauvaises idées. C'est peut-être M. Attali, d'ailleurs, qui a donné le même conseil à M. Macron, puisque M. Macron est à la ramasse dans tous les domaines. Il cherche en permanence quelqu'un qui puisse essayer de sauver son quinquennat. Et donc il n'y a pas lieu là-dedans de trouver un article de dénonciation. Alors je rassure quand même les personnes qui m'écoutent.
Vous le savez, c'est un principe de droit international public positif qui découle à la fois de la Charte des Nations unies et du pacte de l'Assemblée générale des Nations unies du 16 décembre 1966 sur les droits civils et politiques des peuples du monde. C'est-à-dire qu'on ne peut pas limiter la souveraineté d'un peuple qui est un droit inaliénable des peuples. Et donc on ne peut pas ligoter pour toujours et à tout jamais un pays, un État dans un traité. Ça veut dire que s'il n'y a pas de clause de sortie comme c'est le cas ici, la clause de sortie est réputée exister quand même. Il suffira qu'un État dise : « Je dénonce ce traité.
J'en ai le droit et l'Allemagne ne pourra rien faire d'autre ». Voilà. Il n'y a dans ce chapitre 7 des dispositions finales pas de clause de sortie, ce qui est une forfaiture en termes de droit international. Et il n'y a pas de référence au protocole interprétatif de juin 1963 qui avait justement vidé de substance le traité de 1963 auquel il est donc fait référence indûment. C'est une escroquerie historique, morale et politique de première magnitude. Il n'était donc pas besoin de pousser des cris d'orfraie comme M. Bernard Monot qui annonçait que la France allait donner l'Alsace à l'Allemagne. C'est bête. C'est pas vrai. C'est beaucoup plus grave que ça, d'une certaine façon. C'est que M.
Macron, l'esprit de Macron, c'est le même que l'esprit d'abandon que soulignait, que dénonçait Charles de Gaulle. Cet esprit d'abandon qui habite les élites françaises depuis des siècles et des siècles. Régulièrement, malheureusement, les élites françaises trahissent leur propre pays. Je ne voudrais quand même pas conclure sans dire deux choses. La première, c'est que lorsque nous serons arrivés au pouvoir... Et j'espère que cela sera rapidement, parce que le plus tôt sera le mieux.
Je prends ici l'engagement devant les Français que parmi les premières décisions que nous prendrons, nous demanderons à nos amis allemands de dénoncer ce traité d'Aix-la-Chapelle qui est déséquilibré dans sa conception même, qui n'a pas lieu d'être. Nous estimons quant à nous qu'on peut très bien aimer son voisin de palier sans demander au voisin de palier de venir dans sa chambre à coucher une fois par trimestre. Donc nous, nous sommes contre le principe que par définition, il y aurait un ministre qui viendrait mettre...
C'est aussi vrai, d'ailleurs, des Français qui n'ont pas à aller mettre leur nez ailleurs parce que, d'ailleurs, par simple traitement égal des autres pays du monde, si ça continue comme ça, on arrivera un jour où il y aura au Conseil des ministres 180 ministres qui seront des étrangers. Parce que ce que l'on a accordé à l'Allemagne, pourquoi ne pas l'accorder au Japon, aux Russes, aux Chinois, aux Paraguayens, aux Zimbabwéens, aux Brésiliens, aux Américains, aux Vietnamiens, aux Cambodgiens, aux Libanais. Il y a 193 États dans le monde. Finalement, pourquoi ne pas faire ça ?
Tout ça n'est pas sérieux, n'est pas raisonnable, de la même façon qu'il n'est pas raisonnable que la France brade son siège au Conseil de sécurité. Je le dis déjà depuis des années et je le répète ici, notamment pour ceux qui croient que nous n'avons pas de programme et que notre seul programme serait la sortie de l'UE... Je rappelle que j'avais fait une présentation de programme qui durait 4 ou 5 heures.
Je rappelle que s'agissant du Conseil de sécurité, nous, nous avons décidé que nous inscririons dans la Constitution française : « un siège incessible » et que nous en ferions bénéficier si possible non pas l'Allemagne mais les pays de la francophonie, parce qu'une langue développe une vision du monde. Et tout cela dans les cas – pas systématiquement – où l'on pourrait, dans le cadre d'une Assemblée de la francophonie que je veux redévelopper, avoir des positions communes qui soient établies sur les grands sujets internationaux du moment.
De la même façon, la force de frappe nucléaire doit servir à sanctuariser le sanctuaire national et n'a pas à être mis à la disposition des uns et des autres. En disant cela – d'ailleurs – à nos amis allemands, je leur dirai également que ce que nous souhaitons – nous –... Puisque nous serons sortis de l'UE et de l'euro, nous n'aurons plus le Parlement européen à Strasbourg. Et j'ai proposé – je le redis – que dans le parlement de Strasbourg actuel soit transférée l'UNESCO, c'est-à-dire la filiale de l'éducation, des sciences et de la culture de l'ONU qui, actuellement, est dans un bâtiment qui est beaucoup trop petit à Paris.
On proposera aux membres des Nations unies de la transférer à Strasbourg dans le cadre de l'entente avec l'Allemagne et, au-delà de ça, de la concorde entre les civilisations. Je n'ai pas de souhait plus cher que de bien m'entendre avec nos amis allemands. Mais la bonne entente, c'est toujours sur un pied d'égalité, en se respectant, en connaissant chacun nos forces et nos faiblesses. Et puis la dernière chose, l'ultime chose que je voudrais dire avant de conclure cet examen, c'est un petit rappel historique sur ce traité d'Aix-la-Chapelle. Je pense que M. Macron ne se rend pas compte de ce qu'il fait.
Et je voudrais montrer ici une carte postale que j'ai déjà montrée dans une autre de mes conférences sur les origines cachées de la construction européenne. Cette carte postale, vous allez la voir en gros plan. Je m'efface derrière elle. Elle date de 1942. Elle était vendue à l'exposition « La France européenne » au Grand Palais, dans le Paris de l'Occupation. Et cette exposition avait été organisée par l'armée d'occupation nazie à Paris. Et il s'agissait de fêtes commémoratives du 12e centenaire, puisque les Allemands avaient invoqué le fait que 1942, c'était le 1200e anniversaire de 742.
742 étant la date de naissance probable de Charles le Grand, Carolus Magnus, de ce roi franc que l'on appelle Charlemagne, dont le royaume était un royaume médiéval avec... En fait, il y avait des terres qui lui appartenaient en propre, d'autres qui appartenaient à certains de ses vassaux, qui payaient auprès de lui ce qu'on appelait un hommage lige. Et donc ce territoire couvrait à peu près la France actuelle – pas tout entière –, le Nord de l'Italie, une partie des actuels Belgique et Pays-Bas et une partie de l'Allemagne.
En 1942, les Allemands occupant la France, l'Allemagne hitlérienne avait voulu vendre, rendre sympathique l'Occupation aux Français en disant que l'Allemagne voulait en fait non pas asservir la France mais voulait bâtir l'Europe. Et c'est la raison pour laquelle il y avait des manifestations qui étaient organisées sur la France européenne et la nouvelle Europe. Je renvoie encore une fois à ma conférence qui s'appelle : « Les origines cachées de la construction européenne ».
Et sur cette carte postale qui était vendue – donc – à cette exposition en 1942, vous voyez à gauche : « Saint-Denis, statue de Charlemagne érigée dans la basilique par Napoléon Ie » puisque c'est Napoléon Ie qui avait fait ériger ça dans le sanctuaire, l'ossuaire des rois de France, des dirigeants de la France. Et puis à droite, vous avez une représentation du tombeau de Charlemagne dans la cathédrale d'Aix-la-Chapelle, là, avec un lustre qui représente la Jérusalem céleste. Et il y a un siège en marbre qui est censé être le trône de Charlemagne.
Et ce qui est intéressant, c'est la carte qui est au centre, qui montre un empire de Charlemagne très largement étendu, qui était moins grand que ça. Et ce qui est encore plus intéressant, c'est ce qui figure en bas. Et nous allons faire un petit zoom sur la présentation qui en est faite en bas. Qu'est-ce qu'on lit ? On y lit : « L'empire européen de Charlemagne ». Notez bien que cela a été écrit par les services de la Propagandastaffel, donc du service de propagande de l'Allemagne hitlérienne : « Douze siècles avant que s'esquisse aujourd'hui la communauté européenne ». Aujourd'hui, c'est 1942.
Ça veut donc dire qu'en 1942, la Propagandastaffel, les services de propagande nazie occupant la France présentaient l'occupation de la France comme l'établissement de la communauté européenne, Communauté économique européenne, en fait. Je reprends le texte : « Douze siècles avant que s'esquisse aujourd'hui la communauté européenne, Charlemagne avait réuni, sous son sceptre, les principaux pays de l'Europe », ce qui est faux. L'Espagne et le Portugal n'étaient pas... C'était le califat de Cordoue. On connaît la chanson de Roland à Roncevaux. Donc déjà, l'Espagne était sous domination musulmane. Charlemagne n'a jamais mis les pieds ni en Grande-Bretagne ni en Irlande.
Charlemagne n'a jamais mis les pieds au Danemark ni dans toute la Scandinavie. Charlemagne n'a jamais mis les pieds dans toute l'Europe de l'Est, dans l'ancienne Yougoslavie, dans ce qui est aujourd'hui la Hongrie, la Pologne et tous les pays plus à l'est. Charlemagne n'avait même pas mis les pieds en Prusse. Donc en fait, ce document de 1942 est faux. C'est pas vrai. Mais on voit bien qu'il s'agissait pour les autorités nazies de présenter d'une façon idéologique une reconstruction de l'Histoire pour servir l'idéologie de la domination de la France.
Et il est écrit toujours dans ce texte de 1942 : « Son empire » – l'empire de Charlemagne « n'était ni allemand ni français, il était européen ». C'est un mensonge. C'est en fait un anachronisme. Jamais, au grand jamais, Charlemagne a prétendu que son empire était européen. Charlemagne a prétendu recréer l'Empire romain d'Occident en l'an 800.
Il est allé le jour de Noël, le 25 décembre 800, se faire couronner par le pape Léon III, qui l'a couronné empereur romain d'Occident parce que Charlemagne était en bisbille, était jaloux – si l'on peut dire – de l'empereur de Byzance dont les terres arrivaient jusqu'à l'actuelle Croatie et donc étaient tangentes avec certaines des terres sous domination de Charlemagne du côté de l'Istrie, de l'actuelle Slovénie. Et donc Charlemagne entendait bien être empereur puisqu'il avait au sud-ouest la péninsule ibérique qui était sous l'emprise du califat de Cordoue et donc sous l'emprise du monde musulman. Et au sud-est, il avait l'emprise de l'empire byzantin.
Donc Charlemagne avait voulu recréer à son profit l'Empire romain d'Occident qui avait disparu en 476 après J.C. lorsque le chef ostrogoth Odoacre avait déposé à Rome le dernier empereur romain qui s'appelait Romulus Augustule. Mais revenons à ce document de 1942. « Son empire n'était ni allemand ni français, il était européen. Après sa mort, ce premier essai d'union européenne ». C'est écrit en 1942 par les nazis. « Ce premier essai d'union européenne était détruit et, durant près de mille ans, les nationalismes s'entrechoquèrent dans un esprit de rivalité ». Là aussi, les bras vous en tombent. C'est toujours très intéressant de s'intéresser à l'Histoire.
Voilà que la propagande hitlérienne en 1942 expliquait aux Français que Charlemagne avait été le premier à vouloir une union européenne, que, malheureusement, ça n'avait pas réussi à cause des nationalismes, et que, heureusement, grâce à Adolf Hitler, c'était la fin des nationalismes et c'était la fin de l'esprit de rivalité. Voilà. Et tout cela était signé Aix-la-Chapelle. Ça n'est d'ailleurs pas pour rien qu'il y a le prix Charlemagne qui est accordé chaque année à Aix-la-Chapelle au grand européen de l'année. Ce prix Charlemagne, qui a d'ailleurs été donné... Parmi ses attributaires : Walter Hallstein, premier président de la Commission européenne.
Walter Hallstein, dont on sait désormais de façon sûre depuis la publication de l'ouvrage – un ouvrage savant en Allemagne – qui s'appelle « Walter Hallstein : Ein Wegbereiter Europas », c'est-à-dire un défricheur de l'Europe. Walter Hallstein qui a été non seulement le juriste d'Adolf Hitler qui a posé les premières bases de la construction de l'Europe nouvelle avec Mussolini... Mais Walter Hallstein, qui était recteur de la faculté de droit de l'université de Rostock, qui était membre du parti national-socialiste... On le sait de façon certaine maintenant avec la carte n°310212 dont le scan a été présenté dans l'ouvrage dont je parlais à l'instant.
Walter Hallstein, qui a été le principal rédacteur du traité de Rome. Walter Hallstein, qui a signé le traité de Rome le 25 mars 1957 à côté de Konrad Adenauer. Walter Hallstein, contre lequel s'est battu Charles de Gaulle. La crise de la chaise vide de 1965, c'était justement contre le plan de Walter Hallstein. Ce prix Charlemagne a non seulement été donné à Walter Hallstein, mais il a été donné aux grands européens de l'année, notamment à des présidents américains. Je pense en particulier, en l'an 2000, à Bill Clinton. Le prix Charlemagne a été donné à l'euro. Le prix Charlemagne a été donné l'année dernière à Emmanuel Macron.
Le prix Charlemagne, en fait, c'est un prix donné par la municipalité d'Aix-la-Chapelle, bien entendu avec la bénédiction du gouvernement allemand. En fait, il ne s'agit pas du grand européen de l'année. Il s'agit de celui qui a contribué à asseoir la prééminence de l'Allemagne sur le continent européen. Pour toutes les raisons qui viennent d'être ici exposées, je considère quant à moi que le traité d'Aix-la-Chapelle est une nouvelle félonie à laquelle se livre M. Macron, que c'est une quatorzième raison pour lancer la procédure de destitution de ce sinistre personnage, que nous allons encore et encore et toujours demander aux députés et aux sénateurs de faire leur devoir.
Je rappelle que nous avons la liste de tous les députés, de tous les sénateurs et leurs réponses. Je rappelle notamment que tous les députés du Front national et tous les députés de la France insoumise refusent de lancer la procédure de destitution, ce qui interdit de faire connaître aux médias nationaux et aux médias internationaux la liste entière de ces – en fait – violations de la Constitution française et celle-ci, qui en est une nouvelle, puisqu'il s'agit de rien moins que de haute trahison. Nous allons continuer notre combat. Je vous demande à toutes et à tous de faire circuler cette vidéo.
C'est une vidéo sérieuse qui va au fond des choses, qui n'est pas susceptible d'être brocardée comme étant une fake news puisqu'au contraire, j'ai décortiqué devant vous patiemment quasiment tout le traité en question. Il est de votre devoir d'informer vos amis, vos collègues, votre famille, vos voisins. Je m'adresse ici aux gilets jaunes.
Que les gilets jaunes qui m'écoutent et que, plus généralement, tous les Français qui m'écoutent comprennent bien que même si cela paraît technique, si cela paraît lointain, si un traité franco-allemand leur paraît quelque chose d'international qui ne concerne pas leur vie quotidienne, c'est en réalité dans ce genre de décision-là que résident tous les germes des désastres à venir comme, actuellement, la situation française est désastreuse du fait du traité de Maastricht et de tout ce qui a suivi.
Il est donc de la première importance que le plus grand nombre possible de Français lisent, visionnent, revisionnent, s'interrogent en conscience sur tout ce que je viens de dire, aillent demander à leurs députés et à leurs sénateurs de lancer la procédure de destitution, se mobilisent autour de nous, si possible adhèrent à l'Union populaire républicaine, parce qu'il va bien falloir un jour ou l'autre que le peuple français résistant – tous unis –, qu'il soit de droite, du centre, de gauche, s'unissent provisoirement pour reprendre le pouvoir, chasser les traîtres et rendre aux Français leur souveraineté nationale et donc leur démocratie. Vive la République et vive la France.
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François Asselineau