Aller au contenu
Pourquijevote
Tous les transcripts
interviewRadio J — L'interview politique· 20 janvier 2026 13 min

Philippe Juvin - L'interview politique du 20/01/26

Audio original de l'émission.

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

0:00
Présentateur

Bonjour Philippe Juvin. Bonjour. Vous êtes médecin, professeur de médecine, député des Hauts-de-Seine, président de la fédération LR du département et rapporteur général du budget. De ce point de vue, vous avez eu beaucoup de travail ces derniers mois. Je résume 350 heures de débats en trois mois sur le projet de loi de finances. Et là, il était temps que ça se termine pour tout le monde. Et d'ailleurs, le Premier ministre Sébastien Lecornu l'a annoncé hier. Il va activer le 49.3 dès aujourd'hui à l'Assemblée nationale pour le volet recette du projet de loi de finances. Est-ce que c'est une bonne chose déjà ce véhicule, ce choix d'activer le 49.3 ?

0:45
Philippe Juvin

Qu'il faille un budget, c'est une bonne chose. Moi, ça fait plusieurs mois que je dis qu'il ne fallait pas se priver des outils constitutionnels à la disposition du gouvernement. En l'occurrence, le 49.3, il y avait d'autres possibilités qui étaient les ordonnances. Bon, un choix a été fait et pour moi, ça ne pose aucun problème. La question, c'est qu'est-ce qu'il y a dans le 49.3 ? Quelle est la copie qu'on nous propose ? C'est ça, la vraie question.

1:05
Présentateur

Est-ce que c'est un bon budget pour l'instant ? Celui qui est ressorti des dernières concessions faites ce week-end aux socialistes. Je pense notamment à la taxation des grandes entreprises. Votre camarade de LR, si j'ose dire, Bruno Retailleau, dénonce pour sa part une version du budget négocié avec le PS qui reprend tous les ingrédients socialistes qui ont conduit au déclin de la France.

1:26
Philippe Juvin

Est-ce que c'est un bon budget quand vous taxez tellement les entreprises, les grandes entreprises françaises ou d'ailleurs étrangères qui sont installées en France et qui décideront probablement de cesser de s'installer ? Non, ce n'est pas un bon budget. Les choix qui ont été faits ne sont pas les bons. Il me semble, si vous voulez, que dans un... Le budget... Aujourd'hui, c'est quoi l'objectif ? L'objectif, d'abord, il est de désendetter le pays. Pour désendetter le pays, il faut baisser le déficit. Et pour baisser le déficit, vous avez deux manières. Soit vous augmentez vos recettes, c'est-à-dire les impôts et les taxes. Vous prenez plus aux Français, vous prenez plus aux entreprises.

Soit vous baissez les dépenses. Qu'est-ce qui a été fait comme choix ? D'abord, de ne pas augmenter les impôts sur les Français, les particuliers. Donc ça, c'est plutôt une bonne nouvelle. Voilà, il faut les féliciter, féliciter le gouvernement pour ça. En revanche, ils augmentent considérablement l'imposition des grandes entreprises. Et ça, c'est un vrai problème parce qu'on va avoir des entreprises qui vont choisir de s'installer ailleurs. Et troisièmement, il y avait une autre solution. C'était de baisser les dépenses. J'avais fait une proposition... Enfin, en réalité, plusieurs propositions durant la discussion budgétaire en tant que rapporteur général du budget.

des propositions de baisse des dépenses publiques, eh bien, elles n'ont pas été retenues. Et ça, je trouve que c'est très dommage. Nos marges de manœuvre, compte tenu du fait qu'on est champion du monde des impôts et des taxes, elles ne sont pas sur l'augmentation des recettes, des taxes, des impôts. Elles sont sur les baisses de dépenses. On ne baisse pas suffisamment la dépense. Et ça, ce n'est vraiment pas bien.

2:52
Présentateur

Alors là, il reste assez peu de temps dans le calendrier imparti. Mais est-ce que vous considérez qu'il est encore possible de corriger le tir sur les points que vous évoquez ?

2:59
Philippe Juvin

Bien sûr, il est possible de corriger le tir aujourd'hui en annonçant des baisses de dépenses qui feraient que les grandes entreprises paieraient moins d'impôts parce qu'elles payent beaucoup trop. Il est aussi possible de corriger au Sénat. Il va y avoir ce qu'on appelle une navette. Non, ce n'est pas fini. Encore faut-il le vouloir. Je rappelle d'ailleurs que, pour que les Français comprennent, le projet de budget qui nous est proposé établit une surtaxe sur l'impôt sur les sociétés, ce qu'on appelle l'IS. Ce que gagnent les bénéfices qu'elles font, etc. L'année dernière, on avait eu une surtaxe identique.

Mais le gouvernement de l'époque, l'État donc, avait dit, nous prenons l'engagement solennel que cette année, en 2026, cette surtaxe n'existe pas. Un autre gouvernement précédent, celui de Michel Barnier, avait dit, nous prenons l'engagement solennel que cette surtaxe soit divisée par deux en 2026. Donc soit elle ne devait pas exister, soit elle devait être divisée par deux. En réalité, aucune des deux promesses n'a été honorée. Et ça, c'est presque aussi grave. L'État doit respecter sa parole, en particulier vis-à-vis des investisseurs étrangers.

4:06
Présentateur

Alors justement, vis-à-vis des investisseurs étrangers, le gouvernement, la ministre des Comptes publics Amélie de Montchalin, le Premier ministre Sébastien Lecornu, assurent qu'on va tenir sur la question des 5%, c'est-à-dire des 5% de déficit. Est-ce que vous considérez que cette promesse-là, elle peut être tenue, contrairement à celle que vous évoquiez sur la surtaxe sur les entreprises ?

4:27
Philippe Juvin

Écoutez, d'abord, la France est très malade. Elle est très malade, les choses ne sont pas graves. Elles sont très graves et elle est très malade. Et si on ne la soigne pas, elle va mourir. Et c'est le médecin qui vous parle, d'une certaine manière. Comment peut-on soigner la France ? Eh bien, soit on baisse ses dépenses, soit on augmente ses impôts. Et trop augmenter les impôts, vous tuez l'impôt. Donc oui, c'est une bonne nouvelle que l'on dise qu'on va baisser l'endettement, moins de 5%. Bon, ok. Mais comment on y parvient ? C'est ça le sujet. Moi, je crois qu'on doit y parvenir en baissant les dépenses. Je me répète, mais c'est fondamental.

J'ajoute enfin que tout le monde dit, cocorico, nous allons être à moins de 5% d'endettement. Mais il y a un an, l'objectif, c'était d'être à 4,7%. Donc on présente un recul comme une victoire. Moi, je suis très inquiet parce qu'en tant que rapporteur général du budget, je suis payé pour quoi ? Je suis payé pour vous dire la vérité. La vérité, c'est que la situation n'est pas bonne et que le chemin qui est pris est un chemin qui risque de faire en sorte que les grandes entreprises internationales feront le choix de s'installer ailleurs. Parce que si investir en France, ce n'est pas récompensé, les gens iront ailleurs.

5:38
Présentateur

Alors, on entend bien vos réserves, mais beaucoup de gens expliquent que, c'est le cas de Gabriel Attal, l'ancien Premier ministre, que le principal avantage de ce budget, c'est qu'il y ait un budget. Parce que c'est vrai que vous évoquez les investisseurs étrangers, les marchés, etc. Si la France avait été une nouvelle fois incapable de faire passer ce budget, les conséquences auraient pu être désastreuses, dégradation de la note, aggravation de notre dette mécanique, etc.

6:03
Philippe Juvin

C'est sûr, si vous choisissez, si vous prenez ce parti-là, il vaut mieux avoir un budget. Mais encore une fois, la question c'est à quel prix est-ce qu'on considère aujourd'hui que le fait de surtaxer les grandes entreprises à qui on avait dit « Nous prenons l'engagement solennel que vous ne serez pas taxé cette année. » Finalement, l'engagement n'est pas tenu. Est-ce que c'est une bonne chose ? Voilà, vous me demandez ce que j'en pense, je vous le dis. Et puis, encore une fois, un budget, on en aurait toujours eu. On aurait pu avoir un budget par ordonnance, c'est-à-dire on aurait pris le budget de l'année dernière.

Moi, ce que je veux, c'est un budget, mais un budget qui baisse les dépenses. Où est la baisse de la dépense ? Je ne la vois pas. Si on ne baisse pas les dépenses, l'année prochaine, ça sera encore plus difficile de faire le budget parce qu'on ne va pas tous les ans réaugmenter les impôts. On est déjà au maximum. Enfin, l'argument de la stabilité. On nous dit « Attention, s'il n'y a pas de budget, très grande instabilité. » Alors, c'est peut-être vrai.

7:01
Présentateur

C'est celui du président, d'ailleurs, qui l'a évoqué en Conseil des ministres lundi.

7:04
Philippe Juvin

Bien sûr, mais c'est un argument qu'on ne peut pas balayer. Moi, je l'entends. Je veux simplement dire la chose suivante. C'est qu'en 2021, les taux d'intérêt que payait la France pour rembourser sa dette, pour emprunter, pardon, nous étions dans les trois les plus bas d'Europe. Donc, on est emprunté à de bonnes conditions. En 2026, on a les taux d'intérêt qui sont dans les trois les plus hauts.

7:27
Présentateur

On a rejoint certains pays du Sud qui ne sont pas forcément les mieux notés.

7:30
Philippe Juvin

Absolument. Et donc, ce que je suis en train de vous dire, c'est que ne nous berçons pas trop d'illusions. La situation se dégrade. Pourquoi ? Parce que l'économie, c'est la confiance. Et quand, encore une fois, vous dites l'année dernière « Nous n'allons pas augmenter les impôts des grandes entreprises » et que vous les augmentez, eh bien, on ne vous croit plus l'année qui suit. Elle est là, mon inquiétude. Et encore une fois, il y avait une solution. Baisser la dépense. Baisser la dépense. Baisser la dépense.

7:56
Présentateur

Alors, avec le budget qui pourrait être adopté relativement rapidement via ce 49.3, on va pouvoir passer à autre chose, et notamment aux municipales. Est-ce que vous craignez une poussée du RN dans le pays ? On a notamment parlé, bien sûr, de l'arc méditerranéen, mais du Nord-Pas-de-Calais, un peu partout. Est-ce que ça vous inquiète ?

8:18
Philippe Juvin

Je pense que quand on vote à des élections municipales, on se pose d'abord une seule question. Est-ce que ma ville est propre, sûre ? Est-ce que les services publics sont de bonne qualité ? Est-ce que je suis content d'y vivre ? C'est ça la vraie question. Est-ce qu'on regarde autant l'étiquette politique de la personne pour laquelle on vote ? Moi, j'ai été maire de ma commune, la Garenne-Colombe, durant une vingtaine d'années. J'en suis toujours un des élus du conseil municipal. J'ai toujours dit qu'il n'y avait pas de solution de droite à toute solution de gauche pour nos communes. Il y a des bonnes et des mauvaises solutions.

Donc l'étiquette politique est-elle une garantie de bonne gestion ? Je n'en suis pas certain. Ça dépend d'abord de la personnalité, de la personne qui vous gère. Si vous élisez un foufou, quelqu'un sans expérience, en fait, votre vie ne sera pas bien gérée et vous empérez les conséquences sur votre vie quotidienne. Non, la question n'est pas tant partisane, elle est de pertinence de la personnalité que vous mettez à la tête de votre commune.

9:19
Présentateur

Justement, un mot sur Paris. Est-ce qu'après 25 ans de règne socialiste, l'heure du retour de la droite aux affaires est venue, les sondages sont plutôt avantageux au premier tour pour Mme Dati, mais le deuxième s'annonce plus compliqué ?

9:32
Philippe Juvin

C'est assez simple. Regardez, reprenez l'équation que je viens de vous dire. Est-ce que vous considérez que Paris est une ville propre où on peut se loger facilement, sécuriser ? Si vous considérez que tout ça est vrai et pas trop endetté, si vous trouvez que Paris est propre, sécurisé, pas endetté et où le logement est accessible, votez pour l'équipe sortante de Mme Hidalgo ou de ceux qui vont lui succéder. Si vous considérez qu'elle n'est pas propre, qu'elle n'est pas sécurisée, qu'on ne peut pas s'y loger facilement et que les finances de la ville ne sont pas en bon état, ce qui est le cas d'ailleurs, changez d'équipe.

Et puis, il y a l'hypothèse d'Athique qui me semble une hypothèse tout à fait raisonnable.

10:11
Présentateur

Alors, il y a les municipales, mais très vite va arriver la campagne présidentielle de 2027. Vous aviez été l'ardent défenseur depuis plusieurs années d'une coalition gouvernementale entre les macronistes et les républicains depuis bien avant la dissolution. Comment est-ce que vous voyez les choses pour la présidentielle ? Est-ce qu'il faut là aussi un candidat commun ?

10:28
Philippe Juvin

Oui, pourquoi ? Parce que vous aurez une droite rassemblement national très forte. Vous aurez une gauche LFI extrêmement forte. Donc, si on n'a pas un seul candidat unique entre, on va dire, la droite et le centre-droit, vous ne serez pas présent au second tour. Donc, tout ça s'organise. Si vous avez trois candidats ou quatre candidats, vous n'en aurez au premier tour, vous n'en aurez aucun au second tour. Donc, il faut une primaire. C'est-à-dire qu'il faut se mettre d'accord avant. Alors, comment ? Moi, je fais une proposition assez simple. Je pense qu'il faut qu'on cesse de parler des personnes, ceux qu'on aime, ceux qu'on n'aime pas. Ça, c'est vraiment pas le sujet.

Le sujet, c'est la France. Et il faut se mettre d'accord sur une charte de valeurs qui disent, voilà, les gens s'engagent sur tel ou tel point. Et une fois qu'on s'est mis d'accord là-dessus, tous ceux qui s'accordent à défendre ces valeurs peuvent participer à la primaire. Mais encore une fois, s'il y a deux, trois candidats de la droite et du centre-droit, il n'y en aura aucun au second tour. Et on se fera avoir une nouvelle fois.

11:28
Présentateur

Ça veut dire que votre formule, ça peut rejoindre aussi celle que préconise Laurent Wauquiez. Une primaire de Gérald Darmanin à Sarah Knafou ?

11:36
Philippe Juvin

Oui, moi, je crois qu'il faut une primaire très ouverte. J'ai participé à la dernière primaire de la droite qui était une primaire très fermée où on ne faisait voter que les adhérents d'un parti politique, en l'occurrence les Républicains.

11:47
Présentateur

Celle de 2021 ?

11:48
Philippe Juvin

Oui, c'était une erreur parce qu'en fait, on se rabougrit. La primaire qui fonctionne, c'est celle qui s'ouvre à un maximum de gens. C'est en réalité celle de 2016 pour la droite. Alors vous me direz, on a perdu, mais on a perdu pour d'autres raisons. Encore une fois, souvenez-vous, Jospin n'est pas au second tour. Pourquoi ? De l'élection présidentielle en 2001. C'était en 2002. En 2002, pourquoi ? Parce qu'il y a Madame Taubira, il y a Jean-Pierre Chevènement,

12:14
Présentateur

les écologistes, les communistes,

12:15
Philippe Juvin

et trois candidats trotskistes. Et bien voilà, qui l'empêchent d'être au second tour. C'est pour ça. Et donc moi, je ne veux pas que la droite et le centre-droite se retrouvent comme des idiots, absents du second tour, parce qu'il y a eu trois ou quatre candidats et que tout le monde a voulu défendre sa petite binette devant la télévision. Ça, ce n'est pas possible.

12:30
Présentateur

Merci Philippe Juvin et bon courage pour les prochains jours parce que ce n'est pas tout à fait terminé, ce budget, et à très bientôt sur Radio-J. Merci. Merci beaucoup David Ravaud-Dallon. Votre invité demain sera Henri Guénaud, ancien conseiller de Nicolas Sarkozy. Je confirme.