Conférence de Jean-Luc Mélenchon à HEC
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Chapitres
Répartition du ton (temps de parole politique)
Propositif 69 %Attaque 24 %Défensif 7 %
Questions et réponses
Taux de réponse directe : 88 % (directe = 1, partielle = 0,5, éludée = 0)
- 5:33OuverteRéponse partielle
Est-ce que vous souhaiteriez revenir sur l'introduction qui a été faite par Quentin ?
- 8:54OuverteRéponse directe
Pourquoi avoir répondu favorablement à notre invitation ? Et si vous êtes venu ce soir, est-ce surtout pour parler à la jeunesse ou pour parler à cette sphère économique ?
- 20:41OuverteRéponse directe
Qu'est-ce qui a changé depuis 2022 ?
- 25:37OuverteRéponse directe
Quelle réponse voulez-vous apporter aux lycéens pour apaiser la situation devenue hors de contrôle ?
Affirmations vérifiables (citations exactes)
- 3:56PrésentateurChiffre
« En 2022, votre troisième campagne, il ne vous a manqué que 400 000 voix pour atteindre le second tour. »
- 4:33PrésentateurFait
« Vous défendez selon votre slogan un avenir en commun, une planification écologique d'ampleur, la retraite à 60 ans et aussi une fiscalité plus élevée sur les grandes fortunes. »
- 6:01Invité politiqueFait
« Je n'ai pas quitté le parti socialiste parce que je le trouvais trop mou. Je l'ai quitté parce que je pensais que l'orientation qu'il avait pris avait rompu définitivement avec ce à quoi moi je croyais le plus fondamentalement. »
- 7:26Invité politiqueFait
« J'étais contre ça, je les ai quittés pour ça. »
- 11:22Invité politiqueChiffre
« La France était le deuxième PIB du monde quand le général de Gaulle est devenu président de la République et a fondé la cinquième République. »
- 11:58Invité politiqueFait
« Il faut renégocier avec les Chinois la place que nous allons occuper et qu'eux occupent, puisque c'est eux les dominants sur le plan manufacturier. »
- 12:11Invité politiqueFait
« Nous avons des offres à mettre sur la table de coopération, puisque nous sommes un pays vieillissant et nous avons besoin d'être mis au contact de la dynamique démographique. »
- 13:48Invité politiqueFait
« Je pense à des boîtes comme Renault, pour savoir un peu, bon, alors à part pleurer, et demander la baisse des cotisations et des impôts, est-ce que vous êtes capable de produire des bagnoles électriques qui valent moins cher que celles des Chinois, tout en, sans baisser les salaires ? »
- 22:54Invité politiqueFait
« Nous avons estimé que la gravité de la situation était telle que nous ne pouvions pas prendre le risque de refuser ce qu'une candidature renouvelée procure quasi mécaniquement. »
- 28:52Invité politiqueFait
« L'insoumission, c'est un mot équivalent à émancipation. Émancipation, c'est sortir du mancipium. »
- 34:13Invité politiqueFait
« Nous avions le premier système du monde. »
- 34:23Invité politiqueFait
« la matière grise. On n'a rien d'autre. On n'a pas de pétrole, on n'a pas de ci, on n'a pas de là. »
- 34:57Invité politiqueFait
« parce que c'est la réforme Blanquer. »
- 36:34Invité politiqueFait
« cette horreur qui a été inventée par des gens qui, en vous prenant au plus jeune, vous apprend à mentir. »
- 36:55Invité politiqueChiffre
« Aujourd'hui, il y a 100 000 jeunes là qui ont commencé l'année sans pouvoir entrer en fac. »
- 37:46Invité politiqueFait
« Donc vous commencez la vie avec une dette. »
- 38:38Invité politiqueFait
« Le chèque éducation. »
- 45:11Invité politiqueFait
« La France, ça ne peut pas fonctionner comme ça. »
- 45:13Invité politiqueChiffre
« Il y a 90 000 personnes en prison dans un système pénitentiaire prévu pour 60 000 ou 70 000. »
- 51:17Invité politiqueChiffre
« On parle, le communiste au Sénat a parlé de 210 milliards. »
- 51:49Invité politiqueFait
« la charge de la dette par rapport aux produits intérieurs bruts, cette idée extravagante sur laquelle nous construisons les performances de notre société »
- 53:21Invité politiqueChiffre
« Il y a 2 000 milliards dans l'assurance-vie. »
- 56:10Invité politiqueFait
« On diminue les dépenses publiques, parce qu'on les diminue, par rapport au PIB, pas en valeur absolue. »
- 59:32Invité politiqueChiffre
« On a embauché 350 000 jeunes au tarif SMIC dans le pays. »
- 1:04:01Invité politiqueFait
« Faites des économies récessives. Nous sommes en récession là. Nous sommes en récession. »
- 1:04:04Invité politiqueFait
« Vous croyez qu'il va y avoir moins de chômeurs, moins de précarité en étant en récession ? Bah, le système ne fonctionne pas comme ça. »
- 1:05:50Invité politiqueFait
« C'est une invention loufoque, le PIB. »
- 1:05:53Invité politiquePromesse
« Nous devons avoir des indicateurs de développement humain. »
- 1:07:02Invité politiquePromesse
« On a mis dans le programme la planification écologique. »
- 1:07:16Invité politiqueFait
« On n'a pas dit qu'on interdirait d'entreprendre. C'est un droit constitutionnel pour l'instant. »
- 1:07:20Invité politiqueFait
« La propriété, c'est un droit d'usage. Pas un droit essentiel. Un droit d'usage. »
- 1:07:32Invité politiqueFait
« Si tu entres dans les objectifs du plan, tu as les aides. Ta contrepartie aux aides, c'est ta participation aux objectifs du plan. »
- 1:08:39Invité politiqueFait
« Je suis un républicain, et je viens de la tradition jacobine, d'accord, j'ai mis beaucoup d'eau dans mon vin, mais je viens de là, je crois à ça. »
- 1:08:46Invité politiqueFait
« Je crois à l'État. »
- 1:08:50Invité politiquePromesse
« Il faut qu'on construise l'État écolo. »
- 1:09:51Invité politiquePromesse
« L'éco-région remplace les anciennes régions. »
- 1:10:11Invité politiqueFait
« La moitié des départements français ont le nom d'un fleuve ou d'une rivière. »
- 1:11:20Invité politiqueFait
« Article 5 du code du commerce mondial. Tu as le droit d'interdire des importations si elles soulèvent un problème de santé. »
- 1:11:27Invité politiqueFait
« Je, président de la République, déclare qu'il y a un problème de santé avec les pesticides, parce que ce sont des maladies politiques que ça déclenche le cancer. »
- 1:11:49Invité politiqueFait
« On s'est aperçu que les problèmes de santé se déduisaient de problèmes écologiques. »
- 1:13:36InvitéChiffre
« Un Français sur quatre a un grand-parent étranger. »
- 1:13:43InvitéChiffre
« Un enfant sur cinq grandit dans une famille plurilingue. »
- 1:17:20Invité politiqueChiffre
« Quand c'était mon époque, c'était 1 sur 10. Déjà, c'était beaucoup, hein ? 1 sur 10. »
- 1:18:09Invité politiqueFait
« En 1958, une femme ne peut pas ouvrir un compte chèque sans l'autorisation de son mari. »
- 1:18:20Invité politiqueFait
« La contraception est interdite. »
- 1:22:24Invité politiqueFait
« Quand Mathilde Panot a déposé, au nom de LFI, l'idée de mettre le droit à l'IBG dans la Constitution. »
- 1:29:19InvitéFait
« Pour moi, vous éludez la question de l'équilibre des comptes publics. »
- 1:30:04InvitéChiffre
« Un impôt planché de 2% du patrimoine pour les fortunes dépensant 100 millions d'euros. »
- 1:30:11InvitéChiffre
« Environ 1 800 foyers et autour de 20 milliards d'euros de recettes annoncées. »
- 1:30:25InvitéChiffre
« Face à un déficit public de 150 milliards, cela représente à peine 13%. »
- 1:36:06Invité politiqueFait
« M. Bruno Le Maire, à qui j'ai dit une fois, il faut transformer les titres de dette en titres de dette perpétuelles. »
- 1:36:42Invité politiqueFait
« La part des gouvernements de droite dans l'explosion de la dette publique, c'est Maus. »
- 1:36:59Invité politiqueChiffre
« L'emprunt Giscard a remboursé presque 50 fois ce qu'il avait emprunté avant. »
- 1:42:57Invité politiqueFait
« L'argent que la banque centrale a pris aux banques privées pour acheter des titres de dette pour empêcher que le système s'effondre. »
- 1:43:26Invité politiqueChiffre
« Savez-vous combien ça faisait ? Au moment où je commence la discussion, ça faisait 600 milliards. »
- 1:43:40Invité politiqueChiffre
« Il paraît que maintenant, il ne reste plus que 400 milliards. »
- 1:45:20Invité politiqueChiffre
« La charge annuelle actuellement, par rapport au PIB, elle est inférieure à ce qu'elle était dans les années 70. »
- 1:54:51Invité politiqueFait
« Le hasard de la vie, il se trouve que je suis le premier Français à avoir réagi contre l'invasion. »
- 1:55:11Invité politiqueFait
« Les services de renseignement de notre pays et la ministre en tête nous a dit à la Commission de la Défense que nous avons les mêmes outils pour observer que nos alliés américains et nous n'en tirons pas la même conclusion, il n'y aura pas d'invasion. »
- 1:57:15Invité politiqueFait
« Il faut rétablir le traité qui existait pendant la guerre froide, qui interdit les missiles de portée moyenne, 550 kilomètres, 5000 kilomètres. »
- 2:01:38Invité politiquePromesse
« Si c'est moi le président, nous ne ferons pas la guerre pour Taïwan. »
- 2:01:46Invité politiqueFait
« En 1964, le général De Gaulle a reconnu, au nom de la France, la République populaire de Chine qui intègre Taïwan. »
Temps de parole
- Jean-Luc Mélenchon79 %
- ?6 %
- Présentateur4 %
- Invité3 %
≈ 62,4 interruptions / 10 min (chevauchements et interjections détectés).
Modèle mistral-small-latest · prompt v1 · les citations sont vérifiées mot pour mot dans le transcript ; le taux de réponse directe est calculé à partir des verdicts question par question. Aucun label idéologique n'est produit.
Chères étudiantes, chers étudiants,
bienvenue. Dans
De la démocratie en Amérique, Alexis de Tocqueville écrit «
Les
nations ne vieillissent point de la même manière que les hommes. Chaque génération qui naît dans leur sein est comme un peuple nouveau qui vient s'offrir à la main du législateur.
»
Jamais définitivement acquise. Ainsi, cette promesse démocratique, celle de la liberté politique, ne peut vivre que si elle se transmet. Auprès de deux siècles après Tocqueville, cet idéal de transmission est en danger.
En
effet, au premier tour de la dernière élection présidentielle, 42% des 18-24 ans ne se sont pas rendus aux urnes.
Mais
il serait trop simple d'y voir une jeunesse désengagée. Les jeunes s'indignent, s'engagent, mais ailleurs que dans les urnes.
Ce
qui est en crise, c'est leur rapport à la représentation politique.
Et
quand la jeunesse cesse de se sentir représentée,
c
'est l'élan républicain et la légitimité de nos institutions qui s'affectiblissent. Alors, pour recréer du lien entre notre génération et ceux qui aspirent à la représenter, revenons-en à l'une des plus belles promesses de notre démocratie, le débat d'idées.
C
'est le sens de ce cycle présidentiel. À travers HEC Débat et grâce à sa diffusion sur Public Sénat, nous voulons que les jeunes interpellent directement les personnalités politiques sur leurs préoccupations.
Au
cours des prochains mois, nous recevrons ainsi différents candidats. Nous le ferons sans sectarisme et sans parti pris. Recevoir un candidat ne signifie ni l'approuver ni le soutenir. Il s'agit de confronter les projets pour que chacun forme librement son propre jugement.
Ce
soir, pour ouvrir ce cycle en vue de 2027, nous avons le plaisir de recevoir Jean-Luc Mélenchon, candidat pour la quatrième fois à
l
'élection présidentielle. Monsieur Mélenchon, cette passion politique que nous souhaitons aujourd'hui transmettre aux étudiants est pour vous l'affaire d'une vie.
Vos
prises de position souvent divisées, vos coups de sang marquaient l'opinion, mais nombre de vos adversaires vous reconnaissent une chose, vous êtes un tribun.
Cette
passion date sans doute de l'enfance. Vous êtes né en 1951 à Tanger, ville internationale, dans une famille de pieds noirs.
Cette
enfance est celle d'un monde qui disparaît et qui vous éveille très tôt à la fureur de la politique entre l'indépendance du Maroc et la guerre d'Algérie.
En
1962, à 11 ans, vous quittez le Maroc pour la France. Cette arrivée constitue une rupture identitaire. A cette éducation à la diversité succède l'expérience du déracinement qui alimentera sûrement votre conception du vivre ensemble.
Puis
à 16 ans, mai 68 éclate et vous engage dans la lutte. Depuis, la volonté d'instaurer un rapport de force avec le pouvoir en place est au cœur de votre engagement. C'est peut-être là tout le sens de l'adjectif insoumis, soit renversé la table.
Vos
études de lettres modernes vous font découvrir Marx, puis votre engagement à l'OCI vous éveille au trotskisme lambertiste dont vous gardez l'aspiration à une constituante.
Mais
une question vous anime alors, comment transformer les idées en pouvoir politique ?
Vous
rejetez pourtant l'avant-gardisme de l'action révolutionnaire et en 1976, vous faites le choix du parti socialiste. Vous allez y passer plus de 30 ans. Mitterrandistes, rocardiens et sénateurs, vous entrez en 2000 au gouvernement de Lionel Jospin.
Mais
l'Europe va progressivement déterminer votre départ du parti socialiste. Partisan de Maastricht en 1992, convaincu que l'UE serait un formidable accélérateur du socialisme européen. Vous dites finalement non à la constitution européenne de 2005. Et en 2008, vous rompez définitivement avec le parti socialiste que vous jugez trop mou.
Vous
cherchez alors à bâtir une gauche sans compromission avec la droite, qui aligne socialisme et écologie. Ce sera le parti de gauche, le front de gauche, puis la France insoumise en 2016, portée notamment par l'idéal d'une sixième république.
En
2022, votre troisième campagne, il ne vous a manqué que 400 000 voix pour atteindre le second tour. 60 ans de vie politique, votre style et vos idées ont-ils changé ? Pour vous, depuis 2012, non. Vos détracteurs critiquent pourtant une évolution sur la laïcité ou encore une brutalisation du débat public.
Mais
vous assumez la conflictualité comme moteur du changement politique. Et vous êtes convaincu que l'exercice du pouvoir devra s'accompagner d'une révolution citoyenne, c'est-à-dire la prise de pouvoir de la société sur elle-même.
Dans
une France marquée par une crise économique et sociale d'ampleur, dans un monde en proie de vives tensions internationales, vous défendez selon votre slogan un avenir en commun, une planification écologique d'ampleur, la retraite à 60 ans et aussi une fiscalité plus élevée sur les grandes fortunes.
Un
concept divise et animera notamment votre campagne, celui de la nouvelle France, en opposition à une France que vous jugez trop vieillissante et conservatrice.
A
l'image de Gabriel Zuckman, venu défendre ici même,
il
y a un an, sa fameuse taxe, notre rencontre de ce soir est peut-être celle de deux mondes que l'on dit volontiers opposés.
Mais
c'est précisément tout l'intérêt de ce débat, dépasser les caricatures, la viralité de la séquence médiatique, pour faire de cette opposition apparente la matière d'une discussion de fond. Monsieur Mélenchon, bienvenue à HEC Débat. Merci.
Merci Monsieur Mélenchon d'avoir accepté notre invitation ce soir à HEC Débat.
Pour
commencer cette conférence, est-ce que vous souhaiteriez revenir sur l'introduction qui a été faite par Quentin
? Oui,
c'est risqué parce que c'est toujours quelque chose de difficile, moi je comprends la vôtre de difficulté, de résumer quelqu'un qui est présent d'une manière consciente et active en politique depuis tant d'années. Ce que, pour qu'on me comprenne bien et qu
'il
n
'y ait
pas d'ambiguïté. Je n'ai pas quitté le parti socialiste parce que je le trouvais trop mou. Je l'ai quitté parce que je pensais que l'orientation qu'il avait pris avait rompu définitivement avec ce à quoi moi je croyais le plus fondamentalement. Je ne crois pas que le capitalisme soit le stade suprême de l'histoire des êtres humains.
Je
crois le contraire, qu'il conduit tout droit à une catastrophe immense
et
mon point de vue dans l'histoire a toujours été celui de la rupture avec ce système en vue d'une autre vue sur l'avenir qu'on va appeler, parce qu'il faut bien mettre en mot, le collectivisme. Voilà, donc la société de la solidarité, de l'entraide, on prend les mots qu'on veut. Donc voilà quelle est la raison de ma rupture. Et pourquoi à ce moment-là ? Parce qu'il y a eu le vote de 2005, le peuple français vote non, je vote non, après avoir voté oui, et pas parce que je suis hostile à l'Europe et autres propagandes qui ont été faites, mais parce qu'on nous demande de constitutionnaliser le fait que le néolibéralisme sera dorénavant la règle d'organisation de nos sociétés.
Et je sais que le parti auquel j'adhérais allait présenter des programmes et que donc, en logique, en cohérence avec son vote pour le oui, il allait continuellement proposer des choses qui aillent dans le sens de la concurrence libre et non faussée, que sais-je encore, du libre-échange, et avec cette sorte de volonté impériale que contient le texte. J'étais contre ça, je les ai quittés pour ça. Car j'ai adhéré à un parti socialiste qui se disait à l'époque parti révolutionnaire et qui disait qu'il n'y avait pas de démocratie accomplie dans le capitalisme. C'est à ça que j'ai adhéré, c'était dans le texte. Voilà, voilà la raison.
Et c'est mon fil conducteur dans l'histoire et de mon engagement personnel. Je ne me suis pas soucié de savoir autre chose que comment, à chaque étape, je pouvais avoir une analyse aussi approfondie que je le pouvais, des rapports sociaux, des rapports culturels, car les êtres humains, c'est ma distance avec un certain marxisme mécaniste, ce sont des êtres sociaux-culturels, ou on pourrait dire culturalo-socials.
Sachant
qu'un être humain est prêt à mourir pour une idée aussi confuse que la liberté ou l'égalité, mais pas pour un différentiel d'inflation qui pourtant pourrait lui nuire davantage. Ainsi sommes-nous fait. Voilà le sens de la continuité de mon engagement. Et je voulais vous le dire pour que vous ne pensiez pas, à cet instant, que je suis en train de faire autre chose
que
d'essayer ici d'attendre quelques objectifs, et je ne sais pas comment je pourrais vérifier si j'y suis arrivé ou pas, mais je vais essayer.
Voilà.
C'est bien résumé, non ? Parce qu'il avait peur que ça aille trop loin. Trois minutes.
C
'est super.
Vous
savez mon âge, disons. Trois minutes pour résumer le sens d'une vie.
Bon. Monsieur
Mélenchon, merci encore une fois d'avoir répondu à notre invitation. Vous êtes aujourd'hui en campagne, et chacun de vos déplacements est à ce stade, évidemment, un choix mûrement réfléchi.
Et
vous avez accepté de venir ce soir à HEC, une école que certains considèrent comme intégrée au système, un système que vous critiquez depuis des années, le pouvoir de la finance et des marchés, la concentration des richesses entre quelques grandes fortunes, des grands groupes qui, selon vous, dictent leurs règles à la politique.
À
mesure que l'échéance de 2027 approche, vous allez de plus en plus à la rencontre de ces milieux. En juin, vous avez dîné avec de nombreux grands patrons industriels, à l'invitation de France Industrie. En août, vous avez débattu devant le BDF
et
vous vous posis ce soir devant nous à HEC. Monsieur Mélenchon, pourquoi avoir répondu favorablement à notre invitation ? Et si vous êtes venu ce soir, est-ce surtout pour parler à la jeunesse ou pour parler à cette sphère économique
? J
'avoue que je ne me suis pas posé la question. On m'invite, je regarde, je me dis ça doit être piquant. Je me demande pourquoi vous êtes là, si je m'en réfère aux caricatures qui sont faites peut-être aussi de vous, parce qu'il y en a de moi, mais de vous aussi.
Donc
je me dis, vienne voir si le diable au pied fourchu
sent
le souffre. Mais je crois qu'on n'en est pas là, parce que, quelles que soient vos opinions politiques et philosophiques, je pense que vous êtes dans la norme, la moyenne
de
cette jeune génération actuelle à ce moment, qui n'a rien à voir avec celle des années 90, qui était persuadée qu'être trader était en sommet d'une existence professionnelle. Et quand moi je parlais de capitalisme, on me regardait avec une certaine commisération, je dis, ah, il en est encore là, mais il est brave, on a besoin de gens comme vous. Bon.
Alors,
pourquoi je viens là ? Ben, je suis totalement intéressé. Pourquoi
? D
'abord, parce que si je gagne, j'ai besoin de vous.
Pourquoi
? Parce que vous êtes intégré à une élite d'enseignement, à tort ou à raison d'ailleurs, mais vous êtes en capacité d'entreprendre un certain nombre de choses que vous avez appris, vous êtes des gens qualifiés.
Et
dans la réorganisation des relations de la France avec le monde, nous aurons besoin, nous, de gens de haut niveau pour procéder à cette partie si difficile qui va être de la repositionner, la France, non plus comme elle pouvait être, je le disais il y a un instant à vos collègues, la France était le deuxième PIB du monde quand le général de Gaulle est devenu président de la République et a fondé la cinquième République. Nous n'en sommes pas là et nous n'y serons plus jamais.
Ce
qui nous met au défi de deux choses, vivre et être capable de développer notre bien-être collectif
et
deuxièmement, savoir vivre sans dominer,
c
'est-à-dire en prenant notre part et en contribuant au développement des autres. Donc pour ça, nous aurons besoin de savoir
où
nous allons nous placer. J'ai une série de projets que vous connaîtrez si vous lisez le programme, mais par exemple à l'échelle internationale, il faut renégocier avec les Chinois la place que nous allons occuper et qu'eux occupent, puisque c'est eux les dominants sur le plan manufacturier.
Nous
aurons à discuter quelle place la France peut prendre dans la francophonie, puisque c'est la langue commune de 29 nations qui l'ont comme langage officiel, comme langue officielle, et on pense arriver à la fin du siècle à 700 millions de personnes qui parleront notre langue. Et donc nous avons des offres à mettre sur la table
de
coopération, puisque nous sommes un pays vieillissant et nous avons besoin d'être mis au contact de la dynamique démographique. C'est le cas avec l'Afrique francophone et avec toutes les zones francophones du monde qui sont marquées par des dynamiques démographiques. Je prends cet exemple. Quoi ? L'université des métiers de l'espace. Quoi ? L'université des métiers de la mer. Qui sont des domaines dans lesquels nous Français, nous pouvons occuper un rôle, avoir un rôle, une action, une efficacité.
Voilà.
Donc on va avoir besoin de vous pour faire tout ça. Alors bon, au début, vous traînerez les pieds pour certains d'entre vous. Bon, d'autres ne voudront pas en entendre parler. Qu'est-ce que c'est que cette histoire ? Qu'est-ce qui nous vaut ? Ben bon, après vous ferez de votre vie ce que vous voulez. Mais ceux qui auront entendu l'appel que nous adresserons au pays, ben ils viendront donner le coup de main.
Ça
c'est le premier élément. Et c'est ça qui me conduit à aller discuter avec d'abord les petits patrons, vous les avez oubliés dans votre liste, les petits patrons, et puis après je suis allé voir le média, puis après il y
a
des gens qui m'invitent à dîner. Imaginez-vous que ça m'amuse.
Et
il faut aussi tenir compte de ça. Donc c'était des grands patrons ceux-là, parmi lesquels plusieurs sont d'intérêt immédiat par rapport à ce que je voudrais faire dans l'avenir proche, si nous gagnons. Je pense à des boîtes comme Renault, pour savoir un peu, bon, alors à part pleurer, et demander la baisse des cotisations et des impôts, est-ce que vous êtes capable de produire des bagnoles électriques qui valent moins cher que celles des Chinois, tout en, sans baisser les salaires ? Oui, non, c'est possible, c'est pas possible, que faut-il faire ?
Il y avait là Dassault, très bien, à Dassault j'ai quelque chose à demander, il faut nous faire l'avion spatial, parce que c'est, on sait le faire, je sais qu
'on
sait le faire, donc on va le faire. Et si on le fait, eh bien nous prendrons d'un coup une main d'avance dans la question de la relation à l'espace, qui vous savez est le nouveau domaine d'expansion de l'humanité. Voilà pour ça. Et puis, je viens vous voir, je viens de vous dire pourquoi. Mais j'ai un deuxième objectif.
Bien sûr, je suis un homme politique engagé, vous avez dit que je suis un tribun, j'en suis très fier, j'espère que je fais bien mon travail de tribun, dans la grande tradition qui a été celle des premiers tribuns du peuple, lorsque l'on a vu la première grève avoir lieu, c'est dans la Rome antique, les gens ont décidé d'arrêter de travailler, on dit aux autres, puisque vous êtes si malins pour décider, vous n
'avez
qu
'à
bosser, et vous vous nourrirez tout seul. Vous connaissez peut-être cet épisode de l'histoire de Rome, qui a fondé le rôle des tribuns du peuple, puisque ensuite on a partagé entre le Sénat et les tribuns. Mais je m'adresse aussi à des êtres humains.
Et
j'ai été prof de l'être, et je reste un philosophe actif. Pour moi, la politique est l'intendance de la philosophie.
Dans
ma vision du monde, je reste attaché à la tradition longue de l'humanisme. Mais non plus l'humanisme tel qu'il est né au XVe siècle,
en
Italie d'abord, puis en France ensuite, dans des conditions bien différentes,
parce
que c'était un humanisme qui postulait que l'être humain
est
l'auteur de son histoire. Bien sûr, ça c'est le fondamental. L'être humain est l'auteur de son histoire. Il n'est pas l'objet d'une prédestination, ni sociale, ni spirituelle, ni tout ce que vous voudrez.
Il
est l'auteur de sa propre histoire. Mais dans la définition qui en était donnée au XVe siècle, oui au XVe siècle,
il
était à condition de dominer la nature.
Et
il avait reçu de Prométhée les instruments techniques pour dominer la nature. en commençant par le feu. Et naturellement, au XXIe siècle, si nous avions pour objectif de dominer la nature, c'est que nous aurions au moins deux siècles de retard.
Il
n'est plus question de ça. Il est question de vivre en harmonie avec elle. Mais l'harmonie n'est pas seulement un slogan poétique, tant mieux si c'est poétique. Il s'agit de faire coïncider les cycles. C'est une réalité matérielle. J'appartiens à l'école philosophique du matérialisme historique, donc je crois non pas aux biens matériels, mais aux relations réelles qui ont lieu à l'intérieur de la répartition de la richesse, de la production de la vie quotidienne. Donc l'idée de cette harmonie, c'est de faire coïncider les cycles de l'activité productive humaine avec ceux de la nature. Et c'est très compliqué. Mais ça a été un travail progressif après qu'on ait eu l'idée de la règle verte,
c
'est-à-dire ne pas prendre à la nature davantage que ce qu'elle peut reconstituer. La formule était magnifique, comme tout le monde en conviendra, j'en suis sûr facilement, mais pour moi, elle présentait un problème. C'est ce qu'elle pouvait bien vouloir dire. Parce que s'il s'agit de reconstituer le stock de pétrole, en effet, tous les ans, c'est un litre. Bon, tout le monde comprend que c'est la durée. C'est donc le cycle qui va déterminer ce que cette phrase veut dire. Combien de temps faut-il à la nature pour reproduire ceci ou cela ?
Et d'ailleurs, peut-on penser le concept de distinguer l'être humain de la nature est une idée qui convient à la pensée, qui discerne, mais qui, dans la réalité, n'a pas d'efficacité. Pourquoi ? Parce que l'être humain ne peut pas être séparé de la nature. Donc la question qui est posée, c'est celle de l'harmonie des cycles et seulement cela.
Et
quand je m'adresse à vous, je me dis que je vous passe un message qui n'est plus celui de la politique, qui est celui de la philosophie. Donc je pense qu'il est incarné par la politique que je défends, mais le plus important à mes yeux, c'est ce que cette part du raisonnement philosophique pourrait apporter à chacun d'entre vous dans l'idée de son propre développement humain et de sa contribution à la vie de la société. Voilà pourquoi je suis intéressé dans les deux cas. Nous allons vivre des défis, vous allez vivre, parce que moi, je n'y serai plus, plus rapidement que vous. Enfin, ça dépend qui, parce qu'il
y
en a qui s'en iront avant moi. Mais, c'est la vie, c'est comme ça. Mais vous allez avoir un défi. Jusqu'à présent, la politique, on avait le temps.
Si
tu perdais une fois, tu pouvais penser te rattraper le coup d'après. Nous n'avons plus le temps, nous n'avons que des délais.
Et
vous allez devoir relever une série de défis, je vous jure que je vais essayer de rentrer tout ça dans une phrase comme aucune autre génération n'a eu avant vous. 1, le défi de la guerre. 2, le défi de la crise financière mondiale. 3, le défi, évidemment, climatique qui surplombe tous les autres. 4, le défi de la modification du mode de production par l'introduction de l'intelligence artificielle. C'est-à-dire que toutes les réalités dans lesquelles vous êtes nés, à l'intérieur desquelles vous avez commencé à organiser votre pensée, toutes sont remises en cause.
Alors,
pour vous, c'est plus facile que pour l'autre génération, parce que comme vous arrivez, vous êtes moins prisonniers de réflexes, de routines, d'évidence que les générations qui ont précédé. Et qui, elles, vont, de toute leur force, essayer sans cesse
de
penser que c'était mieux avant et de reconstituer le monde d'avant.
Mais
ce défi, vous ne l'aborderez pas que par de la politique. Vous l'aborderez par de la philosophie et une certaine manière de regarder l'existence. Parce que si vous restez avec les concepts du 21e siècle, la question qui vous est posée, chacun pour soi ou tous ensemble, vous la réglerez d'une manière qui ne correspond pas aux besoins, à mon avis. Si vous pensez que chacun pour soi, vous allez vous en tirer, vous vous trompez. Ça ne peut être que tous ensemble. Mais comment
? C
'est à vous de l'inventer. Moi, tout ce que je vais faire, si je gagne, et je dis je, alors que nous sommes une équipe, c'est faire un travail de passeur. C'est nous qui allons installer la planification écologique. C'est nous qui allons modifier l'État pour en faire un État écologique. C'est nous qui allons modifier la Constitution pour en faire une Constitution qui donne le pouvoir au peuple plutôt qu'au patriarche qui dirige la République. Et ainsi de suite. Mais après, ça, ça va durer, dans le meilleur des cas, 5 ans. Après, c'est vous qui, dedans et après, avez la suite à gérer. Soit des conséquences de ce qu'on aura fait,
soit
parce que vous y trouverez de l'intérêt à le prolonger, le porter vers de nouvelles destinations. Mais là, comme on est là, je ne peux pas vous dire lesquelles. C'est quoi la suite de l'intelligence artificielle, la bêtise artificielle ? C'est une des
hypothèses
bien réelles, d'autres manières de travailler, d'autres manières de penser. Voilà, j'ai essayé de répondre aussi sincèrement que possible à cette question.
La
philo d'abord.
Tout
à fait. Et justement, en 2021, déjà, ici à HEC, vous nous exhortiez à faire face à ces défis du 21e siècle. Vous disiez même à cette occasion vouloir faire oublier votre personne au profit de votre programme. Malheureusement, le 10 avril 2022, il vous a manqué 420 000 voix pour accéder au second tour. Et ce soir-là, vous avez conclu votre discours en vous adressant aux jeunes et en leur disant ces deux mots, faites mieux. beaucoup y ont vu un passage de témoins
et
pourtant, aujourd'hui, vous êtes de nouveau candidat pour l'élection de 2027. Alors, M. Mélenchon, qu'est-ce qui a changé depuis 2022
?
Ben, rien, à mon avis. Je veux dire, si, plein de choses, la situation est pire qu'avant, ça c'est certain, mais ce n
'est
pas ça votre question. C'est qu'est-ce qui a changé dans ma relation à la consigne faite mieux. Eh bien, c'est une décision collective. Et contrairement à ce qui se raconte, parce que je lis partout que nous sommes anti-démocratiques, que je dirige tout le monde, que je suis le gourou, et je vous téléphone dans cette salle.
Il
y a des Insoumis. Ils savent tous très bien que chaque jour, je les appelle pour leur dire ce qu'ils doivent dire, faire et penser. Tout ça est absurde. Nous sommes un collectif, mais nous avons une manière de fonctionner en collectif avec des règles que nous nous sommes données. Et la première règle, c'est que,
et
je vous invite à en faire autant dans votre vie,
tout
n'est pas public.
La
transparence
est
un concept de névropathe. Aucune vie ne se développe dans la lumière et la transparence. Tout le monde a besoin de sa zone de silence, de fermeture,
pour
pouvoir
parler
librement, agir, décider librement. Nous avons discuté.
Ce
n
'est
pas à moi de dire quel était mon point de vue dans cette discussion, mais tout ce que je peux vous en dire, c'est que je ne suis pas homme à être habité par une ambition qui m'empêcherait d'assumer ma propre vision de mon rôle, qui n'est pas ce que vous pourriez croire. Oui, tribun. Oui, philosophe. Ensuite, être
un
leader, ça s'est fait dans la vie, comme ça sera pour vous. Mais pas candidat perpétuel. Ce n'était pas mon idée. On en a discuté et on a décidé. Pour des raisons où peut-être nous nous sommes trompés, nous avons estimé que la gravité de la situation était telle
que
nous ne pouvions pas prendre le risque de refuser ce qu'une candidature renouvelée procure quasi mécaniquement. Ceux qui ont fait une première fois le pas vers nous l'ont fait à travers un bulletin de vote. Tout le monde en prenant son bulletin de vote a des raisons diverses, multiples, larges d'entrer dans le combat. Et ils le reportent sur un individu. On peut trouver ça tout à fait déplorable, mais ainsi sont faits les groupes humains. Voilà pourquoi on a pensé que le plus efficace électoralement pour nous, c'était que je me représente cette quatrième fois et cette raison s'est imposée à moi comme à tout le monde.
Et
ma foi,
je
ne suis pas mécontent.
ça
ne me déplaît pas autant que j'aurais d'abord pu le croire.
Et
puis, il y a vraiment des moments
que
je vis, je suis un théoricien de l'action politique. Si vous voulez, lisez mon livre, faites mieux, sinon, volez-le. Mais vous avez dedans la tactique, la stratégie, la manière de regarder la société, l'analyse du capitalisme du 21e siècle, tel que nous-mêmes, où je l'envisage,
et
vous verrez comment, dans le moment, moi je vis un moment extraordinaire. La société répond
de
la manière avec laquelle je pensais qu'elle le ferait.
Et
nous ne sommes pas un parti,
ni
un parti révolutionnaire. Nous sommes un mouvement politique d'éducation populaire de masse
et
notre perspective est révolutionnaire. Pas pour faire un grand mot romantique, mais parce que nous représentons une rupture avec les structures institutionnelles, nous voulons passer à la VIème République, une rupture avec la hiérarchie des normes, puisque nous voulons mettre la solidarité à la place de la compétition libre et non faussée, et enfin, une autre philosophie de l'existence que je me suis efforcé de présenter en quelques mots devant vous, c'est-à-dire le contraire de chacun pour soi et que les autres se débrouillent. Et comme disait Mme Thatcher, la société n'existe pas. Si chacun concourt à son bonheur personnel, au total, ça fera le bonheur de tout le monde.
Je n'en crois pas un mot et je crois même que c'est tout le contraire. Donc voilà ce que je mets dans le mot révolution pour ne pas l'abandonner à une vision chimérique ou qui moi ne m'attire pas, c'est la barricade, les jeux, les choses de cette nature. Pour moi, la révolution, quand on en arrive là, c'est une des formes qu'on a connues dans le passé. La révolution, c'est la transformation réelle est concrète et radicale des rapports humains, des rapports sociaux, des rapports culturels entre les êtres humains. Voilà comment je peux résumer ça sans faire trop le prétentieux.
M.
Mélenchon, nous vivons une séquence sociale et politique assez particulière
avec
la mobilisation massive des lycéens
et
nous voulions avant tout l'aborder avec vous. Évidemment, il est important de savoir d'où l'on parle,
c
'est-à-dire que nous avons conscience ici qu'à HEC, nous avons pour la plupart bénéficié de conditions aux lycées plutôt favorables en général, nous ne devons pas l'intention d'usurper la parole de milliers de lycéens en colère.
Mais
ce mouvement, parti du mi-septembre d'un lycée de Créteil, s'est étendu maintenant à toute la France
et
ses revendications sont légitimes.
Des
professeurs absents, jamais remplacés, des classes surchargées, des bâtiments délabrés, mais seulement, désormais, le mouvement a largement dépassé la simple contestation. Parallèlement, des établissements incendiés, des personnels de l'éducation nationale blessés, des centaines de lycées fermés et une répression importante de la part des forces de l'ordre.
Des
forces de quoi ? L'ordre. Ah
! Quel
ordre
? Bon,
bon, pardon, allez-y.
Le
nom de la France insoumise a beaucoup été mêlé à ces événements récemment, selon les services de renseignement, dans la presse, etc. Quelle réponse voulez-vous apporter aux lycéens
pour
apaiser la situation devenue hors de contrôle
? Bon,
d'abord, on commence par mettre de côté la comédie de... Elle est fille, manipule, manie, etc. Il y a deux raisons pour lesquelles ce n
'est
pas vrai. Personne n'est capable de faire ça. Je préfère vous le dire. Et deuxièmement, ce n
'est
pas le but.
On
doit respecter la volonté des gens. Nous, notre but n'est pas de récupérer, comme on m
'a
dit, un mouvement.
C
'est d'être récupéré par lui.
Ce
n
'est
pas pareil.
Ça
n'a rien à voir.
C
'est la différence entre un mouvement d'éducation populaire collectif et une avant-garde révolutionnaire. Nous ne sommes pas l'avant-garde du mouvement lycéen et étudiant. Vous avez évoqué les... Alors, donc, je mets de côté le fait que je téléphonerai aux gens pour leur dire de foutre le feu aux poubelles, etc. J'ai dit sur tous les tons qu'il ne fallait pas le faire parce que c'est donné à l'adversaire les arguments dont il a besoin. Et l'infâme système médiatique, surtout l'officialité médiatique en continu, s'est emparée de ça pour montrer des flammes matin, midi et soir, tout brûle, tout est cassé. On a aspergé une jeune fille d'acide. Bon,
ce
n
'est
pas vrai. Mais enfin, ça fait bien dans le récit. On a jeté de l'essence sur des proviseurs. Ce n
'est
pas vrai puisque ça a été démenti par les autorités elles-mêmes. Mais on crée une légende. Et puis, l'utilisation politicienne commence à débarrasser de moi
puisque
rien n'y fait. Ni les accusations, ni les pourchasses judiciaires. Je suis toujours là. Et en plus, le dernier sondage, ça va, quoi. Donc, une peur soudaine s'empare. Comment se débarrasser de ce type et de ses amis ? Parce qu'eux ont parfaitement compris que je ne suis pas un individu. Ça n'a pas de sens. Il y a toute une équipe et des réseaux très profonds. Avec un phénomène politique qui s'observe rarement, rarement. Je parle comme homme de gauche. Je ne parle plus. Je pense que peut-être ce sont des choses moins compréhensibles pour ceux qui ont un autre point de vue que le point de vue de la gauche. Mais
la
gauche a une longue histoire. Elle est passée par plusieurs phases de son rapport à la société. Nous avons fait, nous, les insoumis, le pari de deux choses. Un dénominateur commun, ample. L'insoumission. L'insoumission, c'est un mot équivalent à émancipation. Émancipation, c'est sortir du mancipium. En latin, ah, en lapin. En latin, le mancipium, c'est l'autorité du père qui tient
et
qui a de droits de vie et de mort sur les siens, sur son épouse, sur ses enfants, etc. L'émancipation, voulait d'abord dire sortir de cette autorité, se libérer, s'émanciper. Et ensuite, que faire de cette liberté ? Bien. Un dénominateur commun, ample. Par conséquent, nous sommes communistes, socialistes, anarchistes, rien de tout ça, juste insoumis, humanistes enragés, humanistes modérés.
Le
mouvement insoumis rassemble tout ça. Ne vous inquiétez pas. Vous allez avoir votre réponse précise. Mais je dis qui on est pour qu'on nous comprenne bien. Et deuxièmement, le phénomène qui est attendu, je ne plaisantais pas tout à l'heure quand je vous ai dit notre but n'est pas de récupérer mais d'être récupéré. Autrement dit, de provoquer ce mouvement qui vient et utilise les insoumis individuellement comme un point d'appui. Qu'est-ce qu'on fait ? Parce qu'ainsi sont faits les groupes humains.
Et
ce phénomène, nous l'appelons l'osmose. Parce qu'il a bien fallu trouver un mot. Ça n'était ni la direction, ni l'hégémonie, c'était l'osmose. Et cette osmose, nous l'observons. Parce que quand arrive un élu insoumis avec son écharpe, il est acclamé.
De
ma vie politique, je n'ai jamais vu ça. Quand... Enfin bref. Voilà comment ça se passe. Donc je mets déjà ça de côté pour arriver maintenant si vous me dites qu'est-ce que vous, qu'est-ce que quoi ? Qu'est-ce que je réponds à qui ? À ceux qui m'accusent qu'ils aillent se faire voir. Mais sur le fond, à la jeunesse elle-même. D'abord, comprenez ce qui se passe. Comprendre ce qui se passe pour pouvoir y trouver sa place.
Il n
'y
a
pas de plus grand bonheur intellectuel, c'est Léon Trotski qui disait ça. Et moi, je reste attaché à cette idée. Comprendre ce qui se passe. La société néolibérale,
totalement
abandonnée à elle-même, sans limite, présente devant des syndicats, effondrée par le fait qu'il n'y a plus de compromis social organisé avec les sociétés transnationales et avec la sphère financière. Entièrement dominée par l'Empire.
Et
puis l'alternative à l'Empire est une organisation particulière. La Chine qui a à la fois un régime communiste et un régime capitaliste. Bref,
on
a l'impression qu'il n'y a pas d'alternative.
Et
dans ce contexte,
les
penseurs de cette société, car il y en a qui ont écrit,
qui
ont planifié tout ce que nous sommes en train de vivre, ceux-là sont partis de l'idée que
tout
devait être marchandise. Et que si on confiait au marché l'équilibre, les équilibres de la société, il les trouverait par sa main invisible.
Et
c'est ce qui nous a dominés dans tous les domaines. Mais la France
est
un vieil État.
C
'est pourquoi elle est singulière
dans
la discussion internationale.
Notre
État a commencé à se construire
il
y a 1000 ans.
La
monarchie et l'ancien régime s'est construit autour de la construction de l'État et de la justice d'appel et de l'invention des impôts.
Nous
sommes construits autour de l'État. Dès lors, plus que d'autres pays, tout ce qui a remis en cause l'État, l'État moderne, pas l'État uniquement réduit à ses fonctions régaliennes, puisque c'est le mot qu'on utilise, la police, l'armée et les impôts. Non, l'État avec ses services publics, avec son système particulier de santé et d'assurance sociale face aux difficultés de l'existence, la sécurité sociale. Cet État est la France.
Il
n'y a pas de France en dehors de tout ça. Il y a des individus, il y a des activités, mais la nation est construite autour de l'État. Même pas de la langue. 29 pays parlent comme nous. Pas d'une religion, il
y
en a 5. Pas d'une couleur de peau, etc.
Nous
sommes donc entièrement construits sur un pacte politique que vous connaissez, liberté, égalité, fraternité, mais réfléchissez-y, il n'y a rien d'autre.
Je
vous ai dit il y a un instant, même pas une religion.
Bien
sûr, le christianisme a occupé une très longue tradition de notre histoire, mais aussi le judaïsme,
au
moins depuis l'an 1000, puisque déjà en l'an 1000,
l
'ancien régime expulsait
les
juifs de France.
Et
puis les musulmans, vous croyez que ça s'appelle Castel-Sarrasin parce qu'on y plantait du sarrasin, rigolez pas.
Les
musulmans sont montés jusqu'à Poitiers, vous savez que c'est haut, Poitiers.
Et
compte tenu de ce qu'étaient les techniques de l'invasion à l'époque,
ça
n'a rien à voir avec les invasions contemporaines, ça veut dire que la matrice de notre vie,
la
pensée philosophique qui distingue le religieux
du
laïc, elle commence avec la critique d'Averroès,
et
elle va se continuer avec l'humanisme et avec les Lumières. Mais c'est une tradition qui a aussi son enracinement là-dedans. Je sais que souvent,
on
conteste le fait que moi je fais appel à ces nombreuses racines.
Je
ne nie pas que nous ayons des racines, mais je pense que les sociétés humaines sont tournées vers le futur. Donc, pour l'éducation, il en était comme du reste, comme de la santé. Nous avions le premier système du monde.
C
'est une ruine qui tient par l'énergie des gens qui le font tenir. L'éducation, nous avions une force extraordinaire puisque c'est notre seule matière première, la matière grise. On n'a rien d'autre. On n'a pas de pétrole, on n'a pas de ci, on n'a pas de là.
Et
même ça, on l'a transformé en marchandise. Méthodiquement, méthodiquement, en organisant un marché avec une compétition entre des systèmes d'enseignement public et privé à l'intérieur du privé, à l'intérieur du public.
Et
dans le public, méthodiquement, on a démantelé la machine à instruire pour en faire une machine à prestation éducative. Si bien que quand vous êtes au lycée aujourd'hui, même vous, vous y reconnaîtriez plus parce que c'est la réforme Blanquer. Chacun fait sa petite carte. Moi, je vais faire ci, je
vais
faire ça, etc. Il n'y a plus de vision d'ensemble. Il n'y a plus de volonté de la nation. Si bien qu'on s'abandonne à des ressorts spontanés et tout d'un coup, on découvre qu'il n
'y
a plus de filles en maths, que le niveau scientifique s'est effondré parce qu'il y a moins de gens qui y vont. Qu'est-ce qui s'est passé
? Est
-ce que les gens sont devenus stupides, allergiques aux mathématiques et à la science ? Non, il s'est passé d'autres phénomènes, on ne va pas les évoquer ici. Deuxièmement, nous avons une crise psychologique majeure. Pour un homme de ma génération, c'est une chose inouïe à découvrir et à entendre.
Au
début, je ne comprends même pas ce qu'on me dit. On me dit tout le monde va mal. Bon, d'accord, ça va mal. Quand tu es jeune, ça va mal. Quand tu es vieux aussi. Alors donc, en gros, ça fait partie de la condition humaine. Non, on me dit, tu ne comprends pas ce qui se passe. Tu ne comprends pas ce qui se passe. Quelque chose est cassé. Parce que les mêmes à qui vous allez dire il n'y a pas de prof, il n
'y a
pas de ceci, il n'y a pas de cela, tu as 15 ans et tu dois savoir exactement quel va être ton parcours dans l'existence, quel métier tu vas faire, à la limite, qui tu vas épouser. Hein
?
Moi, on me l'a fait quand j'avais 15 ans, le dialogue du devoir et de l'amour.
C
'était Corneille, Racine, on nous posait ça. Bon, vous imaginez tous comment on arbitrait, hein, entre le devoir et l'amour, la question était vite tranchée, mais on ne le disait pas. Bon. Ce système-là a tout effondré. Un immense malaise parce que ces jeunes gens, ils savent que les profs qui ne sont pas là, les conditions d'éducation déplorables égales, tu es moins bon au contrôle continu, égales, tu ne seras pas bien dans Parcoursup, cette horreur qui a été inventée par des gens qui, en vous prenant au plus jeune, vous apprend à mentir. Vous devez faire 10 déclarations d'intention. Ça veut dire que vous mentez au moins 9 fois.
Les
autres, c'est seulement 8 fois si vous aimez 2 métiers. Peut-être certains 7 fois. Mais en tout cas, vous mentez et vous écrivez que vous voulez à tout prix aller ici ou là ou ce n
'est
pas vrai. Aujourd'hui, il y a 100 000 jeunes là qui ont commencé l'année sans pouvoir entrer en fac. Alors peut-être que pour vous, c'est quelque chose d'habituel. Et je sais que dans les lycées, c'est considéré, Parcoursup est haï par les familles. Mais ça fait partie de la vie. Comme si ça avait toujours été comme ça. Mais ça n'a pas toujours été comme ça. Avant, tu avais ton bac, c'était le premier grade universitaire. Tu allais à l'université et tu choisissais où tu allais. Donc si tu allais tous au même endroit et que c'était une bêtise, c'est au système d'orientation de s'organiser.
Tout
a été méthodiquement disloqué en vue de créer le marché du savoir. Et nous y sommes. Les 100 000 qui ne sont pas entrés,
ils
ne peuvent pas entrer dans l'enseignement public, mais ils peuvent aller dans l'enseignement privé qui correspond à leurs ambitions. Mais pour ça, il faut emprunter du fric. Parce que le fric, vous ne
l
'avez pas. Donc vous commencez la vie avec une dette. Youpi ! Bienvenue au paradis capitaliste.
Vous
démarrez avec une dette. La dette, c'est l'achat du futur. Quelqu'un possède une partie de votre futur. Il va falloir gratter pour rembourser la dette. Ne croyez pas que je sois en train de vous dire autre chose que des choses qui ont lieu. Regardez comment ça se passe aux Etats-Unis d'Amérique. Tout le monde commence sa vie avec une dette,
ça
comme. Ben oui, et quoi ? Qui va payer ? Vos parents.
Si
vous avez des parents qu
'on
les sous. Sinon vous-même. Et ça,
c
'est la... Nous, on ne peut pas vivre comme ça. Nous, on a besoin de tout le monde, nous les Français. On a besoin de tout le monde. Et on a besoin de la matière grise de tout le monde.
Et
ce système de la marchandisation générale nous conduit à ça. Alors, vous avez... On donne de plus en plus d'argent au secteur privé.
Et
tout le monde trouve ça normal. Vous savez pourquoi ? Parce qu'il s'agit petit à petit de faire avancer une idée. Le chèque éducation.
Vous
recevez un chèque et vous choisissez librement votre école. Hein ? Ben du coup, l'école, elle a aussi le droit de mettre des droits d'inscription, parce que quand même... Et puis du coup, l'école, elle a le droit de choisir qui c'est qui vient chez elle et qui c'est qui n'y vient pas. Enfin, ouf, ça y est, le marché est construit de l'éducation. Ce que nous voyons, c'est une révolte populaire contre l'organisation de ce mécanisme.
Il
peut échouer.
Et
d'ailleurs, on fait ce qu'il faut. Il n'y
a
pas une révolte de la jeunesse
étudiante et
lycéenne.
Il
y a un complot de LFI
qui
fout le feu aux poubelles. Vous vous rendez compte ? Pour pouvoir élire Mélenchon. Alors c'est là que vous pouvez commencer à vous dire qu'il
y
a quelque chose qui ne tourne pas rond, comment il compte se faire élire en foutant le feu aux poubelles
? C
'est cette absurdité qui est vendue. Maintenant, il commence à y avoir un ressaisissement. Pourquoi ?
À
cause de l'insupportable violence policière. Vous ne m'avez pas écouté comme je vous ai dit. Pourquoi j'ai dit un jour la police tue ? Il n'y
a
pas un mec plus tranquille que moi.
Moi,
je fais partie de l'ancienne tradition. La police, la justice, j'ai cru à tout ça.
Mais
je ne crois pas à des gens qui abattent quelqu'un d'autre parce qu'ils refusent d'obtempérer, parce que je suis contre la peine de mort et que je suis contre ce genre de comportement. Et maintenant, vous en voyez la conséquence. Cette troupe n'est plus tenue. Elle n'en fait qu'à sa tête. Et dans sa tête, il y a des idées pourries, racistes.
Il
y a des idées de soi-disant ils incarnent l'ordre. T'incarnes l'ordre en étant provocateur et en jetant des pierres sur tes collègues. T'incarnes l'ordre en tabassant des gens. C'est ça l'ordre ? Non, ça, ce n
'est
pas l'ordre. Ou plus exactement, c'est l'ordre établi.
Je
vous en parle avec colère parce que je n'aime pas cette vision de mon pays. Pas celle de mes jeunes
qui,
bien sûr, font des conneries.
Et
alors, c'est quoi le sujet ?
Parce
qu'ils n'ont pas moyen de se faire entendre autrement. Il a fallu 10 jours pour que le gouvernement se mette à faire quelque chose quand ça a commencé à chauffer. Et s'ils continuent, ça va s'aggraver.
Et
pour la première fois depuis 40 ans,
tous
les syndicats de salariés, tous les syndicats de l'enseignement et même un syndicat paysan
s
'est mis à soutenir les revendications de la jeunesse. Nous sommes devant une crise de la société française. Aucune société ne peut se fâcher avec sa jeunesse. Ça n'existe pas. Et il nous faut tous espérer, vous qui êtes sans doute pour beaucoup d'entre vous à la fin de vos études, pour d'autres dans le début, vous avez le même intérêt que vos aînés. C'est-à-dire, il faut qu'il se passe quelque chose qui soit en leur faveur
pour
faire comprendre
que
ça vaut la peine de s'engager.
Que
ça vaut la peine, bien sûr, de voter. Je ne sais pas si j'arriverai à vous convaincre, mais au moins de ça, même si on diverge politiquement sur ce qu'il faut faire et que vous n'aimez pas la pagaille, n'allez pas croire un instant que j'aime la pagaille.
Ce
n
'est
pas mon truc. Alors, il faudrait savoir d'ailleurs. Un jour, on me peint en dictateur qui veut tout contrôler et le lendemain, en homme de pagaille.
Mais
je crois à une forme d'organisation de la société. Je vous ai parlé tout à l'heure d'harmonie. On ne peut pas vivre contre la jeune génération. Ça n'existe pas. Et on a intérêt à ce qu'elle élève le plus possible son niveau de qualification. C'est ça que je leur réponds. Et dans cette jeunesse qui est en mouvement, il
y
a la jeunesse des facs qui sait parler. Il y a la jeunesse de l'enseignement général qui sait bien écrire et parler et qui est écouter.
Et
puis, il
y
a la masse de la jeunesse qui est dans l'enseignement professionnel. Savez-vous combien ça représente dans une génération de lycéens ? 50% de la jeunesse scolarisée dans le secondaire est en section techno, apprentissage ou lycée professionnel.
Ce
sont les ignorés, les invisibles, à qui on demande maintenant, en trois ans, de réussir ce qu'on leur faisait faire en quatre ans avant. Et maintenant, avec une année d'observation, ils perdent leur temps.
Et
à la sortie, on leur demande, pour valider le diplôme, de faire un stage. Ils sont obligés de faire un stage, sinon leur diplôme n
'est
pas validé.
Mais
les employeurs ne sont pas obligés de prendre des stagiaires. Si bien que, quand tu arrives à la fin de tes études, tu peux te trouver à être sous la menace de dire, comme je n'ai pas de stage, alors je lâche tout. Ça,
vous
autres,
vous
allez diriger, pour certains d'entre vous, des entreprises.
On
ne peut pas vivre dans un pays où on ne sait pas tirer une ligne électrique
et
mettre les bons fusibles au bout.
Et
on ne sait pas vivre dans un tel pays
si,
comme vous avez de la clim, dont il faudra bien apprendre à se passer, personne ne sait la réparer. Si personne ne connaît les techniques de l'architecture du XXIe siècle et l'usage des nouveaux matériaux, parce qu'on ne pourra pas continuer avec du béton. Alors là, ça y est, on commence à toucher les choses concrètes.
Il
va falloir d'autres matériaux, d'autres techniques, d'autres savoir-faire. L'intelligence artificielle va peut-être vous remplacez vous, mais elle ne remplacera pas un maçon, ni un peintre,
ou
une peintresse. Non,
ça
n'existe pas en féminin. Mais, tenez compte de cela. Un monde sans intervenants matériels ne peut pas exister. On m'a dit que c'était les robots qui allaient nous remplacer. Eh bien, attendons de voir. Parce que les robots, il faut les produire.
C
'est eux-mêmes qui vont se produire.
Et
si vous mettez des robots à la place des êtres humains, où seront vos salariés ? Comment répartirez-vous la richesse produite pour pouvoir en acquérir d'autres et acheter des robots ?
Vous
ne vous émanciperez jamais de la question de la répartition de la richesse et du droit des êtres humains à survivre et donc à avoir les moyens de le faire. C'est ça, la sonnerie d'alarme que je voudrais donner après. Chacun d'entre vous, parce que ça va, j'ai compris,
hein,
chacun d'entre vous est capable, surtout là où vous en êtes,
de
raisonner sur l'avenir de la société.
J
'essaye de faire entendre
l
'idée de ce qui est incontournable. Et le mouvement de la révolte de la jeunesse aujourd'hui, croyez-moi, ça s'additionne au reste.
Ça
s'additionne à l'épisode Naël. Ça s'additionne à cet épisode
où
cette jeune femme qui était passagère dans la voiture a été abattue.
Elle
ne conduisait pas, elle ne refusait pas d'obtempérer.
Ça
ne peut plus durer. Notre peuple est comme il est
et
il doit être respecté comme il est. Parce que nous ne pourrons pas vivre autrement si nous commençons à nous trier nous-mêmes d'après notre couleur de peau ou notre religion ou notre adresse, il n'y a plus de France possible. Ça n'existe pas une telle France. Allez faire ça aux Etats-Unis. Remplissez les prisons avec des gens, avec les gens qui ont les moins gros salaires, les plus défavorisés. La France, ça ne peut pas fonctionner comme ça. Il y a 90 000 personnes en prison dans un système pénitentiaire prévu pour 60 000
ou
70 000. Nous sommes partout au taquet. Si nous n'arrêtons pas les conditions qui nous conduisent à la fragmentation absolue de la société, nous serons emportés par cette fragmentation. Et je le dis à vous puisque c'est vous qui êtes appelé à diriger.
Merci,
M. Mélenchon. Et donc, vous
avez...
Ah, la passion, ça existe. C'est magnifique.
Vous
prenez la question lycéenne sous un angle plus global de la jeunesse où vous appelez à renverser la table.
Mais
votre programme est...
Le
pauvre. Le pauvre table. Mais votre programme est évidemment soumis aux contraintes des institutions, de l'opposition, etc. Oui, oui.
Et
vous avez un programme qui s'adresse donc évidemment beaucoup à la jeunesse et qui, pour certaines mesures, font évidemment rêver. À titre d'exemple, et c'est l'une des propositions théoriquement les plus puissantes que vous avez proposées dans différents programmes, donc vous proposez aux jeunes détachés fiscalement de leurs parents à partir de 18 ans une garantie, donc un complément de revenus d'environ jusqu'à 1200 euros qui permettrait à tous de toucher cette somme-là et qui serait financée avec un héritage maximal au-delà de 12 millions, toute tranche est taxée à 100%.
Et
certes... Au-delà de 12 millions, c'est ça ? Au-delà de 12 millions. Ah, vous frémissez.
Oui ?
Certes, la faisabilité...
Non,
mais la petite maison à 12 millions, quand même, M. Mélenchon. Oh,
pardon, je suis moqueur,
mais vous ne méritez pas ça.
C'est-à-dire que la faisabilité...
Vous n'avez rien
fait encore. Je n
'ai
encore rien fait. Je vais peut
-être
me lever. La faisabilité de cette mesure d'un point de vue économique et comptable existe, c'est-à
-dire
que vous avez des économistes à votre institut, etc., qui chiffrent ces mesures et qui, donc, ont conclu qu'en prenant l'argent là, donc au-delà des 12 millions, en le mettant là, ce genre de mesures sont économiquement viables et faisables.
Mais
évidemment, c'est avant tout
avant
toutes les oppositions, avant tout les freins du Conseil constitutionnel, des oppositions à l'Assemblée, au Sénat,
etc., et
donc reposent sur... Et donc, ce genre de mesures reposent sur tant d'hypothèses, de tant de victoires, sur tant de rapports de force différents que vous n'êtes pas assurés, évidemment, de remporter. Bien
sûr, c
'est vrai. Et d'autres questions. Avec cette mesure, par exemple, et face à des ambitions aussi fortes pour la jeunesse, comment faites-vous pour que les jeunes puissent croire et espérer en de telles mesures sans risquer de les décevoir
? Mais
c'est comme dans l'amour, tu risques toujours de décevoir.
Moi,
je mets ce truc de côté parce que, bon, il y en a peut-être qui ont mal compris ou qui ont compris autre chose. Mais ce qui compte, ce n
'est
pas si on va décevoir, si on va séduire ou pas.
Ce
qui compte, c'est ce qu
'on
va faire
et
si ça fonctionne ou pas. Vous avez pris une mesure, c'est sympa, parce qu'elle me permet de faire de l'humour noir.
Le
12 millions, j'ai entendu des cris, vous allez tout confisquer, c'est bon. ,
12 millions, attends,
une seconde. 12 millions, je prends tout au-delà de 12 millions, c'est une formule, mais c'est 0,0
la question ne porte pas sur le juge
moral. Ah pardon. C'est
une
mesure, c'est sur la... C'est déjà pas mal alors, mais parce que vous êtes convaincu alors. Non, je ne sais pas si je suis convaincu.
Non,
mais je vais vous dire parce que attend, écoute, c'est une thèse, non, mais écoutez,
il
est habile, mais non, mais c'est une thèse,
c
'est une thèse dans l'histoire, quand nous avons fait la grande révolution de 89, on a mis dedans, je dis mou parce que je me mets dedans, même si mes ancêtres n
'y
étaient pas, on a mis dedans la propriété, au début comme un bien, un ansoi, d'accord ? Et qu'est-ce que c'était ? Le droit d'user et d'abuser, comme dit Marx, si vous abusez, vous userez pas longtemps. Bon, c'est ça. Et puis la discussion a continué dans les événements révolutionnaires, et des gens ont dit, « Et attends, c'est quoi cette histoire de propriété ? » dont Robespierre.
Et
qui dit, il pose la question, est-ce que la propriété peut survivre aux propriétaires
? Bonne
question, c'est-à-dire la question d'héritage. Et il y a eu débat. Non, mais c'est pour vous dire que, je fais un petit coup là, je secoue le cocotier, sur les idées reçues d'avance. Ce n'est pas une évidence que la propriété de quelqu'un qui n'est plus là, tout le continue à lui appartenir. Par exemple, moi je défends le fait que
tous
les droits d'auteur et de création qui sont tombés dans le domaine public,
d
'accord ? Il y a une limite, c'est 30 ans. Continuent à rester dans le domaine public pour qu
'on
paye avec ça
la
sécurité sociale des artistes, parce que bon, ils ont des carrières comme ça. Ah ben c'est une idée, non
? C
'est Victor Hugo qui a eu cette idée. Ben voyez-vous, si on avait fait ça, on aurait taxé des millions et peut-être du milliard à Disney,
qui
a fait Notre-Dame de Paris, en oubliant d'écrire dans le titre et dans le reste que c'est une histoire de Victor Hugo, Notre-Dame de Paris. D'accord ? Il a tout gardé, on n'en a pas vu la trace. Mais vous voyez que dans cette histoire, les droits qui appartenaient
pouvaient
être reportés. Alors,
votre
question c'est comment on fait ? D'abord,
il
faut bien que vous me compreniez. Je ne crois pas à la politique de l'offre,
article
1.
Je
crois à la politique de la demande, article 2. J'ai donc intérêt à multiplier le nombre de demandeurs
dans
le moment dans lequel nous sommes. Là, on a dit 12 millions,
on
prend tout ce qu'il y
a
après, parce que comme ça, ça permet de dire ce qu
'on
paye avec, et on peut penser qu'on aura une majorité pour dire, ah évidemment, si pour que moi j'ai un revenu garanti 2300 balles, c'est tant mieux. Mais ce n
'est
pas la seule idée. Il faut comprendre la dynamique économique que nous voulons mettre en place. Cette dynamique, c'est une relance écologique et sociale. Autrement dit, coter, entrer, reprendre ce qui a été abandonné au capital.
Le
déséquilibre qu'il y a entre capital et travail aujourd'hui. On parle, le communiste au Sénat a parlé de 210 milliards. Alors le gars qui était président, qui lui est de droite, a dit, ah non, non, tout ça c'est des histoires, c'est 120. Bon, 210 ou 120, je prends. Ça fait quand même 120 qu'ils reviennent. Si c'est 120, c'est le déficit actuel, il n'y
en
a plus. Donc, si on récupère ça, vous avez le droit de le discuter, comment vous allez faire, à quel rythme... En tout cas, c'est ça l'idée. Et puis, deuxièmement, il y a la dette,
dont
la charge peut nous écraser.
Mais
aujourd'hui, la charge de la dette par rapport
aux
produits intérieurs bruts, cette idée extravagante
sur
laquelle nous construisons les performances de notre société, et qui est absurde, puisque ce n'est pas un indicateur qualitatif, c'est un indicateur purement quantitatif. Mais, si on reprend, comment on va faire pour régler la question de la dette ? Je suis le seul qui répond à cette question. La prochaine fois, quand vous aurez les autres qui viennent ici, demandez-leur, comment vous comptez faire ? Parce que, d'après vous, c'est les marchés financiers qui doivent décider. Là, ils viennent de décider que nous avons un point et demi de différence avec un emprunt chez les Allemands. Pourquoi ? Pourquoi ? Qu'est-ce qu'il y a de si différent que ça mérite un point et demi ? Pourquoi ?
Parce que nous sommes un beau fruit, bien juteux, à cueillir la France. Et c'est ça qu'ils vont nous faire. Bref, si vous abandonnez au marché financier le droit de dire combien vous allez payer pour votre dette, et bien vous avez perdu, parce que c'est eux qui font la loi, plus vous. A quoi bon avoir un Parlement ? A quoi bon avoir des élus ? A quoi ça sert ? Puisque, de toute façon, c'est eux qui vont décider. Comment soustraire notre économie à leur pression ? Il y a deux manières. La force violente.
C
'est une partie du programme. Je ne
vous
dis pas laquelle, pour l'instant.
Et
puis l'autre, il y a la dynamique.
Si
nous réorientons l'épargne, notre pays est très riche.
Pas
seulement en patrimoine, il est très riche
en
économie, en sous qu'on a mis dans l'assurance-vie, qu'on a mis dans le livret A, dans le PEL, et ainsi de suite.
Il
y a 2 000 milliards
dans
l'assurance-vie. Et dans l'assurance,
1
euro
est
à l'intérieur du pays,
l
'autre euro est à l'extérieur, mais l'avantage fiscal est le même. Supposons
qu
'on dise, on retire l'avantage fiscal
de
1 euro quand 7 euros sort de France. Mettons,
hein.
Je ne
vous
dis pas que c
'est
la bonne idée. Mais supposons qu'on fasse ça. Arrive 1 000 milliards. Les gens qui s'occupent de ça diraient,
ben,
où je vais les mettre ? Où je vais les placer ? C'est une première très bonne question, parce que, est-ce qu'il y a 1 000 milliards d'investissements possibles en France ? Je n'en suis pas sûr du tout. Surtout si vous j'y ajoutez 1 800 milliards qui se trouvent à la caisse des dépôts et consignations. Là, pareil. Réorienter l'épargne ne veut pas dire, j'espère que tout le monde me comprend, parce que, après, on va reprendre ma phrase, comme pour la dette, hein. Mélenchon veut annuler les dettes.
Alors,
évidemment,
ils
ont discuté pendant 15 jours, 20 jours, 1 mois, de l'annulation des dettes, chose que je n'ai jamais dit, ni proposé. J'ai proposé d'annuler la dette de la France qui est à la BCE, ce qui n'a rien à voir avec annuler les dettes. Eh bien là, c'est pareil. Je ne propose pas de prendre les sous de l'assurance-vie, ni du livret A. Je propose de modifier la centralisation des recettes, parce que M. Sarkozy, derrière la crise de 2008, a eu comme bonne idée
de
confier aux banques la collecte du livret A.
Et
que, sur cet argent que les banques collectent du livret A, elles en rendent, elles en donnent 60% à la Caisse des dépôts et consignations, et elles en gardent 40% dans leur bilan, pour financer toutes sortes d'activités honorables, nous n'en doutons pas.
Mais
rien qu'avec la partie qui est déjà centralisée. Si nous l'augmentons seulement
de
5 points,
nous
ramassons 30 milliards de plus. Autrement dit, en orientant l'épargne, sans prendre un sou à qui que ce soit, mais en l'investissant. Dès lors que vous l'investissez,
vous
avez retour sur le budget de l'État de 18%.
Parce
que le taux moyen de la TVA, c'est 18%, et tout le monde paye de la TVA, tout le temps, surtout. Donc si l'investissement se fait en France,
il
profitera à celui qui aura investi, et il profitera à l'État. C'est la même chose pour les jeunes.
Quel
est l'intérêt
? Parce
qu'on m'a fait le numéro de dire, ah ben non, tu comprends, ça a été dur pour tout le monde, c'est pas le sujet. Comment relancer la France
?
Si vous ne faites pas
de
la relance de la consommation populaire, vous avez des budgets récessifs. En ce moment, ça va mal ? Eh bien, je vous annonce que l'année prochaine, ça ira encore plus mal. Et l'année d'après, encore plus. Comme c'est le cas depuis qu'on met en place des budgets récessifs, soi-disant pour payer la dette. C'est quand même curieux. On diminue les dépenses publiques, parce qu'on les diminue, par rapport au PIB, pas en valeur absolue.
Par
rapport à la richesse créée, on les diminue, et pourtant,
le
déficit ne cesse d'augmenter. Et pourtant, les taux d'intérêt ne cessent de... Vous pouvez quand même, à un moment donné, vous dire, peut-être qu
'il
y
a
un problème dans la technique. C'est pas moi qui gouverne ni les miens.
C
'est pas moi qui ai fait 600 milliards de dettes comme M. Sarkozy. C'est pas moi qui ai fait 500 milliards de dettes comme M. Chirac. C'est pas moi qui ai fait 1200 milliards de dettes. Qu'est-ce qui déconne dans leur affaire
?
L'erreur
que
je viens de vous dire. La politique de l'offre ne vous conduira jamais à autre chose que ça. A l'inverse,
si
vous relancez
l
'investissement, si l'État trace une direction,
c
'est-à-dire s'il y a une planification écologique, si vous donnez aux acteurs industriels et investisseurs de la visibilité
et
de la durée dans les décisions, alors, tout ça peut commencer à prendre du sens. Je peux prendre 10 exemples. Je n'en prendrai qu'un, le plus extravagant. Je voudrais que l'on recrée une industrie textile en France. Tout le monde considère que l'industrie textile, c'est le truc que tout le monde peut faire. Alors, nous, les Français, comme on est plus forts que tout le monde, on va avoir une meilleure technique.
Je
veux refaire une industrie textile. Par quel bout je vais m'y prendre ? Nous sommes parmi les premiers producteurs de lin et de chandres du monde. Bon, pas question que vous alliez fumer vos fringues, mais
en
tout cas du lin. Si nous faisons une industrie textile à partir du lin, nous avons toute la série, toute la chaîne de valeur. Nous pouvons commencer à dire, alors en France, par exemple, on ne pourra plus acheter de jean en coton. Parce qu'un jean en coton, c'est la catastrophe écologique.
Parce
qu'un jean en coton, ça fait trois fois le tour du monde avant d'arriver sur vos fesses. Tandis que là, le jean en lin, ça sera différent. Je vous ai donné cet exemple. Je ne
vais
pas entrer dans les détails, je vous saoulerai.
Mais
nous pouvons, à partir du moment où on dit dans quelle direction on va, et où on ne change pas tous les ans de direction. Ma prime rénove, on a changé. Vous savez ce que c'est ? C'est dans le bâtiment, cette affaire. On a tout changé tous les ans.
La
quantité, qui y avait droit ? Qu'est-ce qu'on pouvait mettre dedans ? Qu'est-ce qu'on ne pouvait pas mettre dedans ? Comment voulez-vous qu'un investisseur
achète
des machines, embauche du monde ? S'il n
'est
pas sûr que l'année d'après, les mêmes règles s'appliquent. Nous avons besoin de visibilité. Le plan apporte la visibilité. Nous avons besoin de stabilité. La décision de l'Etat et l'engagement de l'Etat doit être simple. C'est pourquoi j'ai besoin qu'il y ait des milliers de jeunes qui aient de l'argent à dépenser. Quand vous avez comme revenu 1 300
balles par
mois,
on
aura pris le reste, hein, mais vous aurez
dans
la poche 1 300 balles. Vous n
'avez
peut-être plus les appels parce qu'elles seront rentrées dans la caisse. Vous n
'aurez
plus ceci, vous n'aurez plus cela. Vous avez 1 300 balles. Je sais ce que vous en ferez. Vous craquerez tout. Et si vous ne craquez que tout, vous faites fonctionner la boutique. C'est ça qui nous intéresse. Rappelez-vous, ou si vous n'étiez pas là,
tant
pis, étudiez, la période Jospin.
Quand
il termine son gouvernement, tous les comptes sociaux sont au vert. Et pourtant, on a réduit la durée du travail à 35 heures. Ce qui n'est plus le cas aujourd'hui.
Parce
qu'on faisait payer la 36e heure beaucoup plus élevée. D'accord
? Tous
les comptes sociaux sont dans le vert. Pourquoi
?
Entre-temps, non seulement les salaires sont améliorés, mais il y avait un secret caché, pas visible.
On
a embauché 350 000 jeunes
au
tarif SMIC
dans
le pays. 350 000.
Eh
bien, 350 000 personnes se sont installées en couple, ont fait ceci, acheté une bagnole, acheté ceci, acheté cela, et fait tourner la Maison France. La politique à laquelle nous croyons, c'est cette relance. Parce que je vous l'explique. Il faut cesser de croire que la dépense de l'État, c'est de l'eau qu'on verse dans le sable, et ça disparaît. On dit, en plus, il
n'y a
rien qu'à pousser. Non ! Tout ce que l'État a, il le redistribue. Tout ! C'est des salaires, c'est des prestations, c'est des investissements. Une part minime est dévorée par l'État en tant que fonction sociale. Mais si vous voulez qu'il y
ait
tout le reste, il faut cette part-là. C'est peut-être le 11, le 12, le 13, le 14% de la collecte générale qui reste en dépense, que vous pourrez dire, pour faire fonctionner la machine État. Voilà la cohérence de la politique. Donc, quand on parle des jeunes, le premier déçu, ça serait moi s'ils n'y étaient pas. Alors, je ne vois pas pourquoi la pratique que je viens de vous décrire tournerait contre eux. C'est le contraire. Surtout si, en plus, nous lançons des activités nouvelles. Et puis,
regardez
bien en face puisque vous êtes appelés à prendre des responsabilités. Où vous trouvez la main-d'œuvre dans un pays vieillissant
? Vous
allez tous acheter des robots pour faire votre boulot ? Bien sûr que non. Vous avez besoin d'êtres humains et d'êtres humains formés à haut niveau. Où ils sont ?
Vous
savez combien il nous faut de paysans pour faire une agriculture bio qui fournisse la cantine gratuite que nous comptons faire ? Dans les écoles primaires au moins ?
Il
faut embaucher 300 000 paysans. Où ils sont ? Il n'en reste plus que 400 000 aujourd'hui.
Là,
on a un gros problème. Et je pourrais continuer comme ça. Où vous allez trouver les gens pour le bâtiment
? Nous
voulons relancer le bâtiment. On a absolument besoin de relancer le bâtiment. Il y a 2,8 millions de gens dans ce pays qui attendent un logement. Vous relancez le bâtiment ? Ils ont perdu 100 000 emplois. Où vous trouvez les 200 000 dont on a besoin ? Il va falloir les former. Vous avez besoin qu'on relance la filière de l'enseignement professionnel. Donc, ce n
'est
pas le moment d'aller leur dire, si tu n
'as
pas de stage, tu peux rester à la maison. Parce que ça, c'est détruire la force productive et sa capacité d'éducation que nous avons. Voilà des exemples très concrets. Ce que je suis en train de vous dire, la radicalité est la solution. Elle n'est pas le problème.
Et
la radicalité, c'est de changer la ligne politique-économique et la ligne des relations humaines. Si vous considérez qu'un jeune, c'est un jeune qu'on peut commencer à presser comme du citron. Et puis après tout, tout le monde doit y passer, chacun son tour, à chaque génération. C'est une chose. Et vous les faites vivre dans la précarité tout le temps. Précarité du logement, précarité des revenus, précarité de tout.
C
'est avec ça qu'il faut finir. Par en vous disant, plus ils ont peur, plus ils vont bosser.
Plus
ils ont rien, plus ils voudront avoir quelque chose. C'est cette mentalité abominable. Comme si les êtres humains n'étaient en définitive tout le temps motivés que par un intérêt mesquin et étroit. On n'est pas là-dedans. Voilà pourquoi remettre tout ce petit mot dans un mouvement et dans l'enseignement professionnel, pardon si je vous saoule avec ça, mais c'est de ces gens-là dont vous allez avoir le plus besoin pour faire ce que vous avez à faire. Il nous faut créer la filière qui fait qu'un jeune, qui s'est raté dans l'enseignement général, qui est entré dans l'enseignement professionnel, il a déjà un an de retard en moyenne.
Quand
vous arrivez au bout des deux ans ou des trois ans, des trois premières années,
une
majorité d'entre eux sont déjà majeurs. Une ultra majorité d'entre eux travaillent le soir et le week-end. Une partie d'entre eux sont père et mère de famille. Ça vaut la peine de s'y intéresser
et
de leur donner les moyens de vivre en dehors de la précarité. Et vous avez besoin qu'un qui s'est raté,
il
se reprend à CAP, mais quand il rentre dans la filière professionnelle, il sait qu'il ira de CAP à la licence professionnelle ou au BTS. Parce que quand vous mettez dans un même établissement des jeunes qui arrivent à CAP et que vous mettez un BTS, s'il n'y
a
pas le bac pro, vous dites aux jeunes « tu vas faire le bac pro », « le bac pro c'est dur », etc. Si tu mets le BTS, comme tout le monde est dans la même cours de récréation, ceux qui viennent d'arriver et les plus anciens, tout ça discute, tout ça s'échange. Et la majorité des jeunes diront « ouais non minimum le bac pro, le BTS on va voir si je suis capable ou pas ». Je vous raconte là les fruits concrets
de
la radicalité concrète qui est contenue dans mon programme. Si vous ne faites pas ça, continuez à couper comme les très intelligents qui sont au pouvoir. Coupez dans les dépenses publiques. Faites des économies récessives.
Nous
sommes en récession là. Nous sommes en récession. Vous croyez qu'il va y avoir moins de chômeurs, moins de précarité en étant en récession ? Bah, le système ne fonctionne pas comme ça.
Vous avez fait de… pour conclure le volet de la jeunesse, mais pour rester dans le thème de cette question écologique qui la stresse particulièrement, je vous laisse, pour vous interroger, ESPER, l'association d'écologie d'HEC. Bonjour.
Je
ne comprends pas, moi je parle, ils ne m'applaudissent pas, il n'a rien dit, ils applaudissent.
Déjà, on espère être très heureux que vous soyez là. Donc déjà, on vous souhaite le bonsoir. Donc on aimerait ramener un peu la question, il y
a
des questions sur la dette, etc. On aimerait ramener la question sur la question écologique,
qui
est dans votre programme un peu la question centrale. Vous nous avez parlé de la règle verte au début de la conférence. Donc voilà, c'est-à-dire ne pas préver sur la nature plus ce qu'elle peut reconstituer.
Mais
vous refusez toujours d'employer le terme de décroissance. Donc nous, on aimerait savoir comment est-ce qu'on respecte cette règle verte
sans
produire globalement moins. Demiardez
-vous. Question suivante.
Non,
je ne veux pas, je fais attention.
Le
combat politique, c'est convaincre. Des fois, vous avez des mots qui provoquent et qui aident.
Parce
que du coup, on se met à discuter.
Et
d'autres fois, vous avez des mots qui bloquent.
J
'ai observé que le mot de décroissance faisait se bloquer des têtes.
C
'est pourquoi je ne procède pas par là.
Je
sais qu'une société sobre
est
une société qui, normalement, devrait avoir d'autres indicateurs que le PIB. C'est pourquoi, tout à l'heure, j'ai dit, c'est une invention loufoque, le PIB. Nous devons avoir des indicateurs de développement humain.
C
'est-à-dire, ce qui concerne le bien-être du développement des personnes. Et donc, la question de leur harmonie avec la nature.
Ce
qui était le plus important pour le productivisme de gauche.
La
gauche, comme elle était il y a...
Tant
que l'URSS était là, on va dire en gros. C'était des kilomètres de voies ferrées, des tonnes de béton, des mégawatts de produits, et ainsi de suite. Ça avait sa noblesse pour toutes sortes de situations de sous-développement. Et nous-mêmes, les Français, il faut quand même se rappeler qu'on a fini d'électriser notre pays. C'est-à-dire que l'électricité soit accessible partout en 1974. C'est pas si vieux que ça. Et l'eau potable partout, etc. Donc, les objectifs quantitatifs avaient un sens qui correspondaient à des formes de progrès.
On
est maintenant dans autre chose. J'ai préféré prendre le problème par un autre bout. Parce que, en toute hypothèse, c'est au résultat qu'on jugera de ce qu'on est en train de faire.
Donc, on
a mis dans le programme la planification écologique. Déjà, vous comprenez que ça veut dire qu'on va essayer de contrôler ce qu'on fait.
Tout
à l'heure, il y a un passage que je n'ai pas abordé devant vous. C'est la question de la liberté d'entreprendre. Après tout, devant vous, au moins, je dois en dire un mot.
On
n'a pas dit qu'on interdirait d'entreprendre. C'est un droit constitutionnel pour l'instant. Mais,
comme
la propriété, c'est un droit d'usage.
Pas
un droit essentiel. Un droit d'usage.
Et
cette liberté d'entreprendre,
dans
notre régime, elle est conditionnelle.
Si
tu entres dans les objectifs du plan, tu as les aides. Ta contrepartie aux aides, c'est ta participation aux objectifs du plan.
Pas
de contrepartie, pas d'aide. Mais ta liberté d'entreprendre reste la même.
Je
sais que ça a un petit côté un peu théorique, mais je renvoie chacun à ses pleurnicheries habituelles.
Hein
? D'accord ? Oui, parce que nous, il paraît qu'on est des assistés, alors il y en a certains qui ont l'air d'être beaucoup plus assistés que le commun des mortels. Bon. Donc ça, c'est pour dire le rapport et le compromis qu'il s'agit de construire. Après, il faut un instrument.
Ce
qui n'allait pas dans ce qu'on racontait dans mes deux premières campagnes,
c
'est que c'était une formule générale,
elle
a été complétée de la règle verte à la planification écologique, ça marchait ensemble, et puis il fallait en donner le mode d'emploi.
Le
mode d'emploi étatique. Ce que j'ai compris, moi, au bout de 15 ans,
c
'est que tout le monde est d'accord pour être écolo. Ça, il n
'y a
pas de problème. Et surtout pour culpabiliser les gens individuellement. Ça, encore plus. Mais cette approche de l'écologie ne peut pas fonctionner. Il faut que l'État... Je suis un républicain, et je viens de la tradition jacobine, d'accord, j'ai mis beaucoup d'eau dans mon vin, mais je viens de là, je crois à ça. Je crois à l'État. Il faut qu'on construise l'État écolo. L'État a toujours été une création de la politique. La France est une invention dans tous ses aspects. Elle a inventé sa langue, elle a inventé ses institutions, elle a inventé son peuple. Rien n'existe avant que la décision politique ne soit prise.
Quand l'Ancien Régime a été abattu, la tâche numéro 1 des héritiers des Lumières, c'était comment dégager l'Église de la décision politique.
Ils
ont donc commencé à transformer l'État. Alors on a mis le département que tout le monde devait pouvoir atteindre à une journée de cheval. Le chef-lieu du département, pourquoi ? Pour se rapprocher du pouvoir politique. Ensuite, le département ne correspondait pas au diocèse. Ensuite, la commune ne correspondait pas à la paroisse. Leur but politique, c'était ça. La souveraineté du politique contre toute autre forme de souveraineté et tout autre appareil politique, en l'occurrence, l'Église à cette époque-là. Donc moi, c'est pareil, je me dis, de quel État avons-nous besoin
? Il
faut donc en transformer
la
base. Et la base, c'est comme ça qu'est venue l'idée des éco-régions.
C
'est pas nous qui avons inventé ça. D'ailleurs, on n'a rien inventé dans notre programme, on a tout pris dans la société. Il y a eu beaucoup d'écolos qui ont fait un travail sérieux, ça existe les écolos sérieux, et qui ont fait un travail sérieux pour penser
comment
on pouvait rectifier le fonctionnement général de la société en lui donnant d'autres priorités. L'éco-région remplace les anciennes régions. Quel est le but des anciennes régions ? C'est écrit dedans. Participer à la compétitivité des territoires dans l'Europe. Autrement dit, la compétition, donc la loi du plus fort, et ainsi de suite. Donc produire, produire toujours plus. L'éco-région, elle devient, on décide de l'organiser autour d'une réalité matérielle. Les bassins versants
des
fleuves. La moitié des départements français ont le nom d'un fleuve ou d'une rivière. Ça veut dire que déjà à l'époque,
les
gens s'étaient rendus compte que la réalité naturelle structurait en partie la réalité politique. Je n
'ai
pas l'intention d'essentialiser la réalité politique, n'est-ce pas
?
Bon, alors, donc d'abord, créer cette structure, et on va lui donner comme tâche
d
'avoir à prendre en charge, à partir des réalités écologiques, le fleuve, les massifs, les forêts, les côtes.
De
s'occuper de, un, la terre, sa qualité productive. Donc le fait que, on va arrêter d'y mettre des pesticides.
Ce
qui aura d'autres conséquences,
c
'est que si nous ne mettons pas de pesticides, alors on peut avoir une perte sur la productivité qui serait compensée par des importations. Article 5
du
code du commerce mondial. Tu as le droit d'interdire des importations si elles soulèvent un problème de santé. Je, président de la République, déclare qu'il y
a
un problème de santé avec les pesticides, parce que ce sont des maladies politiques que ça déclenche le cancer.
J
'ai pris cet exemple des pesticides, c'est pour le sol. Mais l'air aussi. L'eau, l'air. La santé éco-régionale. Car on s'est aperçu que les problèmes de santé se déduisaient de problèmes écologiques. Et que dans les régions où l'on met le plus de pesticides, c'est là qu'on a le plus de cancers. Là où on en met le moins, on a moins mais on a d'autres maladies.
Que
dans les quartiers pauvres, c'est là qu
'il
y
a
le plus de diabète.
Et
ainsi de suite. Autrement dit, le repérage s'est fait qu'il y avait une connexion étroite entre la situation écologique d'une zone et les effets dans la santé.
C
'est pourquoi j'ai rajouté à la liste, après qu'on ait tous discuté, la question des mobilités. Pour la raison que vous comprenez en deux temps,
trois
mouvements, sans que je détaille davantage.
L
'éco-région, c'est la nouvelle structure de l'État écologique.
C
'est sa base. Les gens qui seront là, dans ces assemblées, seront là pour prendre en charge ce type de problème. Et traiter tous les problèmes qu'ils estiment nécessaires de traiter, à partir de la dimension écologique. Voilà pourquoi la réforme de l'État est ma réponse à votre question. Parce que, région par région, ils vont devoir se poser la question, qu'est-ce qu'on fait ?
On
construit encore 10 usines de ceci, 20 de cela, on va continuer à mettre des incinérateurs partout ?
Ou
bien est-ce qu'on va créer un circuit d'économie circulaire ? Monsieur Mélenchon, mais qu'est-ce que ça a à voir avec l'écologie ? Ben justement, ça a à voir avec l'écologie, qui est la récupération des déchets, le recyclage, la deuxième main, etc. Voilà pourquoi une structure de l'État modifie et répond à votre question. Mais vous vous débrouillerez avec, parce que c'est vous qui serez élu là-dedans, pas moi.
Voilà,
ça y
est,
j'ai répondu.
Merci pour ce point écologique de votre programme. Et maintenant, on aimerait aborder un point peut-être plus sociétal. Vous avez dit pendant votre intervention que la France, c'est l'État, mais vous avez aussi un autre concept, la nouvelle France. Et c'est devenu un concept central dans votre discours.
C
'est un concept qui part d'un constat sociologique assez simple. La France des années 2020 n'a rien à voir avec la France de 1958, et vous le dites. Un Français sur quatre a un grand-parent étranger. Un enfant sur cinq grandit dans une famille plurilingue. La classe ouvrière a changé. Les rapports de genre ont changé. C'est un constat, c'est un fait. Mais derrière ce fait,
certains
disent qu'il y a une intention politique. La gauche s'est longtemps adressée aux personnes selon leurs conditions sociales. Et vous, vous semblez remettre l'identité en premier plan.
Vous
dites vouloir articuler les différences. Et pourtant, votre discours parfois les exalte, les entretient. Comme si la nouvelle France se construisait contre l'ancienne France. Ainsi, ma question est la suivante. En faisant de l'origine un levier politique, même positif, ne risquez-vous pas d'entretenir les différences plutôt que de rassembler les citoyens autour de ce qui peut leur être commun ?
C
'est vrai qu'actuellement, les citoyens sont très rassemblés et que je vais briser une unité tout à fait délicieusement vécue.
Jamais
cette société n'a été autant pourrie par le racisme, le masculinisme et toutes les formes de domination. C'est-à-dire que l'idéologie dominante des dominants, c'est
l
'un commande à l'autre. L'homme à la femme, l'homme et la femme à la nature, et ainsi de suite. Il y a une propension de l'idéologie suprémaciste. J'ai préféré le mot suprémaciste à d'autres, d'abord parce que j'aime bien qu
'on
trouve des mots, parce qu'il y avait entre nous, vous savez, beaucoup de gens à gauche sont des puristes, hein, du vocabulaire et du reste. Donc, celui-ci est-il un fasciste ou bien est-il un nazi ou bien... Il y a quelque chose de commun, c'est, ce sont des idéologies de domination. Tandis que l'idéologie humaniste part de l'idée de l'égalité, et d'abord c'est le pacte français. Maintenant, dans ce que vous avez dit, est-ce que vous allez attiser ceci et cela ? Bon, je comprends très bien que vous me posiez la question, et je vous en remercie, parce que tout ça, c'est mes adversaires qui l'ont inventé. C'est pas parce qu'ils le disent que c'est vrai.
Parce que sinon tout ce que je dis est vrai aussi, pourquoi ? Seulement eux. Bon, dire que
nous
devons tenir compte de la différence, mais pas de la différence entre les gens, puisque ma philosophie suppose la similitude. C'est pas moi qui dis que les uns sont supérieurs aux autres, je dis le contraire.
Mais
c'est prendre en compte les changements. Lequel c'est d'entre vous ? C'est vous là-bas tout à
l
'heure qui avez lu
du... Ah,
qui vous avez cité ?
L'Augueville.
Yes, voilà.
Et
qu'est-ce que vous avez dit ? Chaque génération est un peuple nouveau.
On
est parti de ça. Le point de départ, c'était le secteur antiraciste du mouvement Assoumis, qui, comme c'est son boulot, faisait de la mise à jour des fiches et de tout ça, et on a dit il faut qu'on inscrive le changement que nous apportons
dans
une séquence temporelle.
D
'accord ? Sinon ça devient des principes abstraits, des choses qui sont vraies tout le temps, dans n'importe quelles conditions, c'est pas bon.
Et
donc on a décidé de l'inscrire dans une séquence politique.
Le
début de la Ve République, c'est 1958. Depuis, nous vivons sous la loi d'institutions et de considérations contenues dans la Constitution, qui sont des principes politiques, depuis 1958. Donc, nous inscrivons notre programme, quand on dit une rupture, c'est avec quoi ? C'est avec le monde tel qu'il est organisé par la Constitution de 1958, pour ce qui est des institutions, pour l'âge, je vous en ai parlé avant. Ok ? Tout le monde suit ?
Une
séquence historique.
Et
on regarde dedans,
qu
'est-ce qui s'est passé ? Et dans cette séquence, tout a changé.
Mais
les premiers qui arrivent avec un résultat, c'est ceux qui parlent de la proportion d'enfants
qui
ont des grands-parents
étrangers. Quand
c'était mon époque, c'était 1 sur 10. Déjà, c'était beaucoup, hein ? 1 sur 10.
Mais
comme dirait l'autre, les gens venaient plutôt
de
l'univers européen et chrétien,
majoritairement. Aujourd
'hui, c'est 1 sur 3.
On
mesure
la
violence du choc
qui
est infligée à une population qui est dans cette situation.
Et
des fois, ça se voit
ou
ça s'entend.
C
'est une violence terrible, parce que ça touche potentiellement
cette
masse immense de gens.
Et
puis, c'est pas que ça. C'est qu'après, on a regardé. Les rapports de genre, pour vous, je comprends que vous passiez dessus comme ça. Mais alors, non, mais attendez, c'est un changement, c'est une révolution humaine complète. En 1958, une femme ne peut pas ouvrir un compte chèque sans l'autorisation de son mari,
ne
peut pas avoir un métier sans l'autorisation de son mari.
L
'avortement est interdit.
La
contraception est interdite. Jusqu'à...
Ça
a tout changé.
Les
femmes, 21ème siècle, n'ont rien à voir culturellement avec les femmes
de
l'époque où il fallait, pour assumer sa condition féminine, assumer tout ça.
Parce
que les êtres humains sont des êtres socio-culturels. Et moi, à aucun moment, je ne dissocie la question sociale de la question culturelle. À aucun moment.
C
'est pourquoi je rigole quand je m'entends reprocher. Ah ben avant, vous parliez du social. Ah bon, je parle de quoi maintenant, là ? Quand je parle des quartiers populaires, je parle de quoi, à votre avis
?
Est-ce que, dans l'approche de l'idée du quartier populaire, il n'y a pas quelque part un rôle raciste et islamophobe ? Parce qu'on m'a dit, vous cherchez votre clientèle musulmane. Ah bon ? Dans les quartiers populaires, il n
'y a
que des musulmans. Il y a longtemps que vous n'y êtes pas allés alors, hein ? Faut pas vous rendre compte que la population française pauvre est mélangée avec toutes les populations pauvres. Mais les pauvres aussi de notre époque ne sont pas les mêmes que ceux d'avant.
Parce
que quand vous parlez de ceux qui sont au début de l'échelle des revenus et des salaires, perdez pas de vue qu'ils ont tous une tête, tous un cerveau,
et
que dans la population originaire de l'immigration, pour rester sur ce sujet, et pas me sauver de l'accusation.
Vous
avez une culture collective anticoloniale.
Parce
que tous ceux qui viennent de l'immigration sont des peuples qui se sont libérés de la colonisation.
Et
par conséquent, qui ont une mentalité insoumise. Ne vous demandez pas d'où vient le miracle de notre lien. Il n
'y a
pas besoin de la religion pour ça.
Et
c'est autre chose d'avoir affaire à eux
que
d'avoir eu affaire
à
mes ancêtres, à moi, qui étaient des braves gens, des pauvres gens, qu'on avait amenés de Malte, d'Italie, d'Espagne, qui étaient des pauvres et qui avaient vécu dans les monarchies sans aucune conscience républicaine ni libertaire.
Je
termine. Le genre a changé.
Le
rapport à votre terroir, parce qu'ils sont tous là avec leurs Français de souche. De souche de quoi
?
Souche chrétienne ? Souche quoi ? C'est quoi la souche ? La moitié des gens ne vivent plus dans le département dont ils viennent. La moitié de ceux qui vont faire des études ailleurs qu'à l'endroit qui sont nés n'y reviennent plus jamais.
C
'est le plus vaste exode humain qu'on ait observé dans toute l'histoire de France, depuis qu'il y
a
une France. Jamais autant de gens sont partis et n'ont été détachés de leur zone d'origine. Par conséquent, un processus de créolisation a eu lieu entre nous déjà, les Français, simplement parce qu'on change d'endroit et qu'on s'assimile les blagues, les vannes. Par exemple, si vous avez un cartable et que vous êtes dans le Juran, on appelle ça une vache. Si vous ne le savez pas, moi je ne le savais pas. Et bien après, je parlais de ma vache comme tout le monde. Je parlais de mon cartable. Je prends un exemple sur un vocabulaire. Mais c'est les goûts, c
'est
la cuisine, c'est la musique.
Nous
nous créolisons par ce mélange. Donc tous ceux qui rêvent d'un monde immobile rêvent de quelque chose qui n'existe plus,
qui
n'existe plus et n'existera plus jamais.
Et
alors il
y
a ceux qui regretteront amèrement les combats de la chevalerie et puis d'autres qui trouveront absolument enthousiasmant, c'est mon cas, le futur comme il avance.
Ce
futur bizarre où je vais à une manif avec des milliers et milliers de jeunes gens qui m'expliquent à moi qu'on a le droit de choisir si on est un homme ou une femme. Et bien figurez-vous qu'il m'a fallu un certain temps pour arriver à comprendre de quoi on parlait.
Mais
je suis heureux qu
'il
m'ait enseigné la forme suprême de l'humanisme. Parce que ça, ça veut dire l'être humain décide de sa propre existence, nonobstant même sa configuration biologique. C'est pourquoi peut-être est-ce un défaut, comment dire, d'intellectuel, d'intellectualiser tout.
Mais
c'est eux qui m'ont appris quelque chose.
Et
voyez-vous ce qui va se passer là dans l'élection qui va avoir lieu. C'est que pour la première fois, les plus jeunes vont convaincre les plus vieux.
Pour
la première fois. La tradition humaine, c'est les vieux qui savent et les jeunes qui font ce qu'on leur dit parce qu'il
y a
de
l
'expérience. C'est la première fois. Et vous savez quand ça a commencé ? Quand Mathilde Panot a déposé, au nom de LFI, l'idée de mettre le droit à l'IBG dans la Constitution. Et qu'une sénatrice verte a repris. Et que ça a été adopté à l'Assemblée, mais pas au Sénat.
Et
que tout dépendait du vote des sénateurs pour que l'IBG rentre dans la Constitution. Un sénateur de droite, on lui dit, mais comment ça se fait ? Vous avez voté ça vous ? Réacte comme vous êtes. Enfin bon, le gars il dit, ben oui, moi c'est pas mon idée. Mais ma petite fille m'a dit, où tu votes ça ? Je ne
lui
reviens plus jamais te voir. Bien sûr qu'elle ne l'aurait pas fait. Je suppose qu'elle aime son grand-père.
Mais
lui, ça l'a secoué.
Il
s'est dit, mais qui je suis moi pour décider
de
ce que ma petite fille va faire de son corps ? Qui je suis
?
Et il faut que les hommes soient interpellés de cette manière pour qu'ils comprennent la question complète de la culture genrée. Sinon ils ne la comprennent pas.
Et
voilà ce qui va se passer dans cette élection. Ça aussi c'est Nouvelle-France. Ces milliers de jeunes gens dans la rue, c'est Nouvelle-France. Les milliers de ceux qui vivent en ville,
c
'est Nouvelle-France. Seulement depuis 2008,
le
monde est composé davantage d'urbains que de ruraux. C'est une rupture avec 30 ou 40 millionnaires d'existence de l'humanité.
Et
nous,
c
'est depuis, je crois, la même chose, quelque chose comme 20 ans ou 30 ans, que nous sommes majoritairement urbains. La ville est une invention. La ville n'est pas le modèle qui résulte d'un progrès spontané et naturel de l'existence humaine. La ville est un projet politique.
À
l'intérieur de paquets de projets politiques, il y a eu des villes pendant 160 générations où il y avait encore une majorité de nomades.
Et
il y avait des nomades qui étaient moitié sédentaires, moitié nomades. Et il y avait des nomades qui étaient tout le temps nomades. Et puis il y avait des nomades qui élevaient des troupeaux. Et puis il y avait des nomades, bref. La ville s'est imposée et c'est la ville qui a imposé le marché. Avant la ville, il
n
'y a pas de marché. Ça n'existe pas dans l'identité humaine, le marché. Il y
a
l'économie du don. Alors moi, on me fait rigoler quand on me dit, mais M. Merachon, vous ne pouvez pas être contre l'économie de marché ? Bon, quand je suis dans mes bons jours, je dis non, bien sûr, et je réponds poliment le reste du temps, ben je pique.
Je
dis laquelle économie de marché dont vous me parlez ? Parce que le troc, c'est une économie de marché, vous êtes au courant de ça ? C'est le troc que vous me proposez ? Bon, vous avez compris. Toute l'histoire est mouvante et nous
sommes...
Parler de la Nouvelle France, c'est obligé d'accepter la réalité. Donc c'est en parler. Déjà là, j'ai marqué un point parce que
vous
vous êtes dit, ah ben tiens, oui, il y a ça, il y a ça, il y
a
ça. Chacun de nous est là-dedans. Chaque génération est un peuple nouveau. Vous êtes un peuple nouveau et vous allez voir l'effet que ça fait quand vous aurez le même âge que moi et que vous découvrirez des jeunes gens qui vous expliqueront des choses aussi extravagantes que celles qu
'on
m'explique aujourd'hui et dont je suis si reconnaissant qu'on me les ait expliquées. Mais déjà moi, ma grand-mère, elle allait au bal en char à banc. C'était un truc où on s'asseyait des deux côtés du char à banc et on allait au bal monter. D'accord ? Et elle a été rapatriée en avion Caravelle. Et je crois qu'elle a vu... Elle a vu Gagarine. Elle a connu Gagarine par la radio. Tous, nous sommes confrontés à une accélération de l'histoire. Tant que vous faites confiance à ceux qui regardent avec un rétroviseur, on ne peut rien faire comme ça. Et notamment le peuple français. Ça force sa capacité d'absorption, de créolisation. Certains disaient s'intégrer.
Allez, tout le monde doit s'intégrer maintenant à des techniques nouvelles, des outils nouveaux, des chansons nouvelles. Voilà ce qu'est la Nouvelle France. Alors c'est un concept, qu'est-ce que vous voulez que je vous dise ? Quand on a commencé, on ne s'attendait pas à ce que ça devienne ça. Quand on a fait notre meeting à Saint-Denis,
les
gens se sont mis à crier Nouvelle France. Jamais on n'avait pensé que ça serait un slogan. Il y a des gens qui
ont
dit mais t'es qui toi ?
Ah
ben moi je suis Nouvelle France. Ah bon
? Le
mot c'est pourquoi ça s'est passé ? Ça veut dire que ça correspond à une réalité.
Et
quand on a commencé à le dire en 2024, à l'élection législative qu'avait provoqué Monsieur le Président de la République, et ensuite il n'avait rien à faire du résultat. Eh bien on a vu que ça parlait. Les gens venaient pour défendre leur droit à être là,
alors
que
tu
n'as des racines que dans deux générations. Laissez pas faire ça. Même quelles que soient vos opinions, laissez pas faire ça, laissez pas trier les gens
d
'après ces critères qui sont complètement surannés et qui feront forcément de nous
un
peuple blessé si on se laisse aller. Tandis que Nouvelle France,
vaste
maison, il y
a
de la place pour tout le monde.
Merci.
Ah ! Il
y
a
au moins un truc que vous appréciez dans ce que je raconte.
Merci.
On a donc bien compris, l'histoire de cette Nouvelle France se jouera en mai 2027 et on espère que vous saurez rassembler les gens ici, derrière vous, mais on va passer aux questions du public maintenant.
Ah
oui,
j'ai un qui m'a posé
une question. Il n'était pas le public, lui ?
Si, également.
Bon.
Articulé, il parlait fort. Et un garçon, une fille ? Une fille, un garçon
? On va
juste prendre trois questions d'un coup, comme ça, ça ira plus vite. Wow
! Bonsoir,
Monsieur Mélenchon. Merci d'être venu nous voir. J'avais une question sur l'usage qui est fait des médias par les candidats de la présence et notamment par LFI. On a l'impression que les réseaux sociaux, notamment, sont surtout utilisés pour décrédibiliser, voire dénigrer les autres candidats. Ça a été le cas avec l'affaire Bardella lorsqu'il a été accusé d'antisémitisme.
Tous
les candidats, on a l'impression, se sont rués sur cette opportunité de le décrédibiliser, même si sans avoir encore la véridicité de ses propos ou aucune preuve. Si, évidemment, les propos, s'ils sont avérés, sont scandaleux. Est ce que cette stratégie médiatique sert vraiment le débat, selon vous ? Est-ce qu'elle sert à une discussion démocratique ou est-ce qu'elle n'est pas source de haine, de tension ? Surtout, serait-ce un jeu déloyal, sachant que tous les candidats sont exposés à cet acharnement médiatique ? Ça a été le cas. Vous l'avez subi pour des accusations assez similaires, d'ailleurs, à celles qui touchent Monsieur Bardella sur l'antisémitisme. Merci beaucoup de votre réponse.
Je prends
les trois, c'est ça
? C'est
une fille, maintenant. Sinon,
ça
ne
le
fait pas.
Bonsoir, Monsieur Mélenchon. Bonsoir, madame. Alors, je n
'ai
pas une question, mais je voudrais juste revenir sur votre programme économique. Et je voulais vous faire part d'un désaccord de
fonds.
Pour moi, vous éludez la question de l'équilibre des comptes publics. Ici, donc, à HEC, on nous apprend qu'une entreprise qui perd durablement de l'argent doit convaincre ses financeurs ou revoir son modèle. Et un État, ce n
'est
pas une entreprise, mais il doit lui aussi assurer son financement.
Donc,
on nous apprend également qu'une décision économique doit tenir compte des réactions qu'elle provoque. Et la fiscalité n'échappe pas à cette exigence. Donc, avant de taxer davantage les grandes fortunes, il faut mesurer ce qu'elles financent déjà directement et par leur entreprise, ainsi que les effets possibles de l'investissement et les départs des contribuables.
Donc,
je voudrais juste prendre les propositions de taxe Zuckmann débattues en 2025. Donc, pour rappeler, un impôt planché de 2% du patrimoine pour les fortunes dépensant 100 millions d'euros. Donc, environ 1 800 foyers et autour de 20 milliards d'euros de recettes annoncées.
Donc,
face à un déficit public de 150 milliards, cela représente à peine 13%.
Et
je voulais juste cette recette qui ne serait pas négligeable, mais elle ne suffit pas à démontrer la solidité d'un programme. Il faut aussi expliquer les autres financements et assumer les arbitrages si les recettes attendues ne rentrent pas, d'autres impôts, davantage de dettes ou des dépenses auxquelles renoncer. Donc, c'est juste pour dire que c'est là où votre discours ne me convainc pas. Et désignez ceux qui doivent payer. Ne démontre pas que vos promesses sont finançables. Donc, sans cette démonstration, pour moi, ce n'est pas un budget de redressement. C'est une promesse financée par l'argent des autres. Voilà. Merci beaucoup.
L'argent, c'est toujours l'argent des autres.
Merci. Merci, M. Mélenchon. Merci à HEC Débat. Je m'appelle Anna Bazarna, je suis ukrainienne. Et
vous
avez parlé aujourd'hui par rapport au peuple qui doit être respecté, le peuple français qui doit être respecté. Et j'ai une question liée par qui.
Est
-ce que ça concerne aussi d'autres pays comme la Russie?
Si,
par exemple, jusqu'à très récemment,
il
y avait
les
business français comme le roi Marlon Auchan qui travaillait dans ce pays.
Et
après, la Russie, il y a quelques jours, qui a nationalisé ce business et il n'y
avait
pas de réponse du côté de la France.
Quand
il y a encore une fois le gouvernement russe qui dit qu'ils vont produire du vent ou des boissons alcoolisées gazeuses. Et à partir de ce moment, ce sera champagne, du fromage qui sera nommé roquefort, camembert. Et encore une fois, il n
'y
a pas de réponse de la France.
Aussi,
la question de l'Ukraine, quand l'Ukraine frappe des stations et
des
points militaires russes qui frappent l'Ukraine et qui ont aussi frappé la maison où j'ai vécu à Kiev, par exemple.
Et
la France qui dit où il y a les débats que l'Ukraine ne peut que défendre, mais pas attaquer,
mais
en même temps en souhaitant que les troupes russes
partent
de l'Ukraine.
Et
le dernier point par rapport, par exemple, les comptes des olégards russes qui sont gelés en France
et
qui, aujourd'hui, il y a encore beaucoup de débats de certaines parties qui sont contre ces décisions.
Et
donc, je voulais savoir quelle est, à votre avis, quelle est
la
vision de la France au niveau géopolitique contre les agresseurs comme la Russie, contre les pays comme la Chine qui aident à grandir les monstres comme la Russie. Merci.
Bon.
Alors, merci pour les questions. Je ne
sais
pas si je vais avoir le talent suffisant pour concentrer. Bon. La première question est de type économique. Donc, je m'aperçois que j'ai complètement raté ma démonstration de tout à l'heure
sur
ce que j'appelle la politique de la demande ou gouvernée par les besoins.
Alors,
faisons-nous la grâce des formules un peu
caricaturales,
mais s'il le faut, je suis prêt à renvoyer les balles. Parce qu'il paraît qu'on vous enseigne que quoi ? Qu'une entreprise doit être en équilibre avec ou sans les subventions de l'État.
C
'est juste pour savoir. Vous me dites que vous êtes d'accord pour que je prenne le pouvoir et vous n'aurez plus rien. Les 100...
le
crédit impôt recherche...
parce
que je préfère mettre l'argent dans la recherche publique que de la filer aux banques et aux entreprises de la grande distribution qui aujourd'hui monopolisent le crédit impôt recherche.
Je
prends cet exemple pour ne pas en prendre d'autres, mais je pourrais aussi par exemple... Quoi ? L'argent des autres ? Oui, c'est toujours l'argent des autres.
L
'argent qui n'est pas pris là où on peut en trouver, il est pris ailleurs. Quand Total dit qu'il augmente tous les ans, les 5 prochaines années, de 5% des dividendes, par contre, il n'augmente pas de 5% des salaires de son entreprise.
L
'argent qu'on donne aux uns, c'est celui qu'on ne donnera pas aux autres. Donc faisons-nous entre nous au moins la grâce de penser qu'on parle bien d'une richesse produite et de sa répartition et qu'alors on discute de la répartition et de son mode de répartition.
Vous
me dites que la politique que je propose
ne
réduira pas le déficit. Alors à mon tour de vous dire, comment comptez-vous rembourser la dette
? Pas
à vous, madame, que je pose la question. Je la pose à ceux avec qui je suis en compétition. Comment ? Comment vous comptez faire
? Comment
vous comptez rembourser 3 500 milliards
?
Mes oreilles s'étendent pour entendre. C'est quoi la réponse ?
Une
dette pareille, personne ne la paiera jamais.
Vous
m'entendez
? M.
Bruno Le Maire, à qui j'ai dit une fois, il faut transformer les titres de dette en titres de dette perpétuelles, je parlais des dettes que la France a auprès de la BCE, c'est-à-dire d'elle-même.
Il
m'a répondu, mais M. Mélenchon, la dette est perpétuelle. On ne la rembourse jamais. On en prend pour la rembourser. Autrement dit, si vous regardez le mécanisme de la dette, il s'appuie sur le déficit. Il faut qu'il y ait un déficit.
Qui
a créé le déficit depuis 1974 ?
Des
insoumis ? Des communistes ? Des socialistes
? La
part des gouvernements de l'union de la gauche sur la dette publique,
c
'est
que
dalle. Par contre, la part des gouvernements de droite dans l'explosion de la dette publique, c'est Maus.
Le
dernier étant à 1 200 milliards. Alors, si vous voulez, il y a des leçons de bonne gestion qui sont difficiles à supporter pour un homme de gauche, je vous le dis.
Quand
on voit que l'emprunt Giscard a remboursé presque 50 fois ce qu'il avait emprunté avant, je ne reçois pas de leçons des libéraux sur la manière de construire un budget en équilibre. Les déséquilibres ont été créés volontairement. Parce que c'est en déstabilisant l'Etat qu'on oblige à faire des coupes
dans
les budgets publics. Et quand on fait des coupes dans les budgets publics, on aide la marchandisation à se répandre, parce qu'on vient de dire, c'est plus simple, c'est plus efficace, l'Etat est trop lourd, il est bon à rien. Ça se voit d'ailleurs, comme il est bon à rien. Quand il y est plus, tout le monde pleure.
Tout
à l'heure, je vous ai dit, vous évoquez 150 milliards. Je vais vous dire comment on rembourse une dette d'habitude quand elle est trop importante. Je ne vous renvoie pas à Louis XVI, parce que la comparaison pourrait vous effrayer, vous empêcher de dormir ce soir. C'est-à-dire la conjonction d'une crise écologique, de puissants qui ne veulent pas payer, d'un monarque qui ne sait pas diriger le pays et d'une dette écrasante avec des gens qui ne veulent pas la payer.
Donc
je m'en tiens à comment ça se passe d'habitude.
Il
n'y a pas 50 manières de rembourser une dette. Un, la rembourser.
Pour
la rembourser, il faut que l'argent ruisselle. Donc il faut que ceux qui sont en haut aient déjà de quoi faire ruisseler, n'est-ce pas ? Ça n'a jamais marché. Donc moi je vous réponds, vous ne rembourserez jamais la dette. Personne ne la remboursera jamais. Le système va s'effondrer en cours de route, et pas à cause de la dette des Français, mais à cause de la dette des Nord-Américains,
qui
a 40 milliards d'euros, de dollars.
Et
figurez-vous que même en ayant le pouvoir qu'ils ont et qu'ils sont les seuls au monde à avoir, à pouvoir appuyer sur la machine à imprimer des billets et à émettre des dollars, arrive le moment où même pour eux, c'est trop. Et il y a une compétition sur où va l'investissement. Entre les milliards qui sont partis aujourd'hui dans l'intelligence artificielle, alors qu'il n'existe aucun modèle économique permettant de dire que l'intelligence artificielle va rapporter à ceux qui ont investi dedans, des dividendes correspondant à l'investissement. Ça n'existe pas.
Donc ça finira par se casser la figure, quand ces capitaux pourraient être attirés par des investissements donnant des rendements plus importants. Pour l'instant, la seule valorisation de ce capital, c'est l'augmentation de la valeur des titres de propriété de ces entreprises. Voilà où on en est. C'est eux la source de la crise. Et par entraînement. Donc je veux bien qu'on... Alors, quelles sont les méthodes ? 1. Rembourser, je viens de vous le dire. 2. La guerre.
La
guerre, c'est pas mal.
On
a souvent fait la guerre et ça annule les dettes, et après on reconstruit et l'économie repart. Il y a ensuite l'inflation.
L
'inflation qui dévore la dette de l'intérieur.
Et
sinon quoi ? Rien.
Une
modification de la méthode de production qui permette une
soudaine
et immense développement permettant des rendements qu'on n'avait pas vus jusque-là. C'est pas le cas dans l'agriculture, c'est l'inverse. Les rendements sont décroissants.
C
'est pas le cas dans le travail manufacturé. La productivité est bloquée. Alors c'est où
? Ça
n'existe pas.
Vous
ne l'avez pas.
Alors
il faut arrêter de répéter le catéchisme en espérant que ça finisse par marcher. Parce que ça, c'est de la magie. C'est le pendant côté libéral de ce que faisaient les soviétiques. Moins ça marchait, plus il fallait en faire. Et bien là, c'est pareil. Moins ça marche, plus les pays sont endettés, plus il y a de la misère de tous les côtés, et plus il faudrait encore libérer l'initiative, bla bla bla bla bla bla. Les entreprises françaises, les grandes, n'investissent pas. L'investissement baisse.
Et
s'il n'y
avait
pas l'État pour le faire, il n
'y
aurait personne. Alors ça suffit de dénoncer l'État. Ça suffit de dénoncer. La seule chose qui, dans ce pays, fait tourner la boîte. S'il n'y
avait
pas l'État,
il
n'y
a
pas les très grandes entreprises de notre pays qui reposent pour une bonne part sur ce qui arrive par ce biais-là. Et si nous sommes tombés à 9% d'industrie dans le PIB
? Qui
a réduit les choses jusque-là ? Si ce n
'est
pas un des grands champions du MEDEF, M. Sturuc, qui disait qu'il fallait faire des entreprises sans mur et sans machine.
C
'était le modèle de Nike. Nike disait, moi, je ne produis pas de chaussures.
J
'ai une licence,
j
'ai des dollars et un carnet de chèques. Et bien allez, continuez. Mettez un paquet de dollars d'un côté, un paquet de tolls de l'autre, et faites des prières pour qu'il surgisse des bagnoles au milieu. Parce que tant que vous aurez besoin de gens pour faire le travail, vous aurez besoin qu'ils soient en bonne santé, donc vous aurez besoin qu'ils soignent, donc vous aurez besoin de la sécurité sociale. C'est du baratin de raconter autre chose,
comme
ceux qui prétendent rapprocher le salaire brut du salaire net. C'est une escroquerie. Prenez tout le salaire brut et mettez-le dans le salaire net. Qu'est-ce que vous serez, des Américains, obligés de mettre à l'épargne pour vous payer vos retraites
? Et
vous serez dépouillés chaque fois qu'il y aura une crise. Vous serez obligés de vous payer votre système de santé. Et vous arriverez à la fin quand vous aurez un gros clash dans votre vie de famille, comme j'en ai vu chez des paquets de copains en Amérique latine. Papa ou maman a le cancer. On le met à l'hosto quand il en peut plus. Il y reste une semaine, il ne reste plus rien, il faut vendre la maison pour payer la semaine suivante.
Et
après, on vous dit qu'est-ce qu'on fait
? C
'est vous qui êtes confrontés à la décision. On arrête ou on continue. Voilà la vraie vie. Le reste, c'est du baratin. C'est un monde idéal dans lequel on raconte des formules toutes faites qui n'existent pas. Quand je propose de relancer, j'ai répondu à la question de la dette.
J
'ai répondu comment on fait. Je vous ai dit, un paquet, les recettes nouvelles pour les besoins.
Un
autre paquet pour la dette. La dette,
je
la réduis notamment par les retours qui se font sur la réorientation de l'investissement. En quoi ce n
'est
pas une formule positive ?
Je
vous ai dit, j'abaisse le niveau de la dette
en
réglant un problème d'écriture comptable. L'argent que la banque centrale a pris aux banques privées pour acheter des titres de dette pour empêcher que le système s'effondre.
On
nous dit, ce n
'est
pas possible, le règlement européen interdit. Non, la cour de justice européenne a répondu que c'était légal de le faire dans cette circonstance. Et ensuite, il n'est écrit nulle part, dans aucun traité, ce que la banque centrale a le droit de faire avec ses titres de dette. Elle peut donc les foutre au feu. J'ai utilisé volontairement cette expression, certains qu
'on
me courrait derrière après cette expression. Savez-vous combien ça faisait ? Au moment où je commence la discussion, ça faisait 600 milliards. Voyez-vous ? 600 milliards que tu retires de la dette de la France. Ça veut dire que tu, au point où on est aujourd'hui, on retourne en dessous des 100%.
Il
paraît que maintenant, il ne reste plus que 400 milliards.
Il
paraît qu'il ne
reste
plus que 400 milliards. Ça veut dire qu'on passerait de 3500 à
3100.
Et si on y met un peu de ce qu'on aura à ramasser, on peut passer sous la barre des 100%. C'est concret, non ?
C
'est concret. Si vous devez moins, vous faites baisser les taux d'intérêt, non ? C'est ça qu'on vous apprend, non ? En économie. Alors pourquoi ça ne serait pas vrai dans ce cas-là ?
Vous
avez tort. Vous vous plantez. Vous vous trompez. Vous faites une économie qui est celle du 19e siècle ou du 20e siècle. Dans l'économie du 21e siècle, avec une économie mondiale pourrie par les dettes publiques,
vous
ne pouvez pas agir autrement que ce que je suis en train de vous dire. Ce qui n'est pas sérieux, c'est de me dire qu'on va rembourser. Ou d'écouter Mme Le Pen qui, paraît-il, veut mettre la règle d'or dans le budget et qui a décidé qu'il n
'y
aurait plus de déficit.
Pour
qu
'il
n
'y ait
plus de déficit, il lui faudra environ 140 ans pour rembourser la dette actuelle. Qui peut prendre au sérieux une proposition de cette nature ? Vous comptez réduire les dépenses de l'État d'autant de 150 milliards ? Où vous allez les trouver ? Dites où ? Arrêtez de dire. Il faut réduire le déficit. Vous pouvez réduire le déficit qu'en diminuant la dette et vous pouvez diminuer la dette qu'en ayant de nouveaux revenus. Si vous avez une autre solution, mais moi j'en rêve parce que je pourrais m'occuper tranquillement de développer la filière professionnelle, les sciences, les mathématiques, l'éco-région. Mais je rêve, moi, d'une solution où il n
'y
a plus de dette, où il n
'y
a plus de déficit. J'ai connu la France dans cet état-là avec une dette
qui
n'était pas ce qu'elle est aujourd'hui. Mais est-ce que vous savez que la part de la charge de la dette, la véritable existence concrète de la dette, c'est sa charge annuelle ? Ce n
'est
pas son montant,
c
'est sa charge annuelle. Eh bien, la charge annuelle actuellement, par rapport au PIB, elle est inférieure à ce qu'elle était dans les années 70. Ah
!
Comment vous expliquez ça
? Voilà.
Donc, il faudrait arrêter... Écoutez, moi, j'ai mis en cause ma vision du monde. Je vous l'ai dit tout à l'heure.
Pour
la penser autrement, pour penser autrement le matérialisme historique, pour penser autrement l'économie capitaliste. Il faudrait aussi que les libéraux fassent un petit effort et arrêtent de répéter leurs recettes qui n'ont mené à rien depuis 30 ans. Si vous êtes libéral au sens économique,
est
-ce que vous vous rendez compte que vous tournez en rond et que vous ne réglez aucun problème ? Vous ne faites que les aggraver sans fin.
Et
vous êtes obligé à la fin de compter sur les Chinois et sur leur propre taux de croissance pour éponger les surplus de vos économies. Et pour acheter les titres des dettes de chacun des États. Voilà où on en est. Alors, moi, j'essayais là de répondre comme je pouvais.
Et
l'argent, c'est toujours l'argent des autres. Après, vous m'avez posé une question sur le débat public. Je vous donne raison, je ne peux pas vous donner tort. Voyez-vous, je vais vous raconter une toute petite anecdote. Je vais au salon du bâtiment. Ça me passionne, je m'intéresse à ce truc-là. De l'un, de l'autre, etc. Je m'en vais au stand de la Vendée. On discute. Bon, ils ont fait des trucs avec du lin, des machins, du coton, bref.
On
discute. Et puis, je descends de là, il y avait une poignée de micros. Alors, comme on m'a déjà fait le coup déjà à l'autre à Vivatech, j'étais, moi, en train de me passionner pour les robots. Et, parce que c'est ça, quand on parle des médias, il
faut
savoir comment ça marche, hein. Il faut savoir comment ça marche.
Ils
n'en ont rien à foutre de ce que vous faites à Vivatech. Si vous vous intéressez aux robots et du reste, ce n
'est
pas ça qui les intéresse. Ils ont rencontré Mme Le Pen deux allées avant moi
et
ils leur ont demandé. Alors, Mme, qu'est-ce qu'il faut faire ? Il fait très chaud. Bon. Alors, elle, elle a répondu, ben, il faut mettre de la clim partout.
Il
vient de me voir, moi. Il me
dit,
il fait trop chaud, qu'est-ce qu'il faut faire ? J'ai dit, ben, écoutez, arrêtez le soleil, c'est une première idée. Une deuxième idée, installez-vous dans votre frigo, ça pourra aller mieux. Bon, je blague, parce que je peux prendre au sérieux une question pareille. Qu'est-ce qu'il faut faire ? Ben, s'organiser. Eh oui, mais Mme Le Pen, elle a dit qu'il fallait changer la clim, en mettre partout. Ben, j'ai dit, ben, c'est absurde, ça prouve qu'elle n
'y
connaît rien. Savez-vous ce qui s'est produit ? Un débat sur la climatisation. Je suis installé en tant qu'homme qui est contre la climatisation et elle en tant que femme qui est pour la climatisation. Débat absurde qui n'a pas existé une seconde, ni dans son esprit, ni dans le mien, mais qui permet de vous occuper, de vous amuser. On vous donne ça à manger. Ah, Mélenchon et Le Pen se disputent. Regardez. Oh, c'est intéressant. La clim, vous êtes pour, vous êtes contre ? Vous êtes pour, vous êtes contre ? Qu'est-ce que vous êtes ? Vous êtes pour, vous êtes contre ? Alors, c'est quoi votre truc ? Voilà. Débat infra qui est une insulte à notre intelligence. Là, pareil.
Je finis avec mes Vendéens, encore des micros, et on me dit, qu'est-ce que vous pensez de M. Bardella qui a déclaré ? Lui, qu'est-ce que je pense ? Qu'est-ce que je pense ? Je pense rien du tout. Je ne
sais
pas de quoi vous me parlez.
Et
je commence par dire, laissez-moi le temps de voir de quoi il s'agit. Vous êtes toujours là, vous m'écoutez. C'est moi qui leur dit. Et puis, je vois dans leurs yeux, ils se disent, Mélenchon hésite à condamner l'antisémitisme.
Ça
va. Une fois, deux fois, trois fois, la quatrième, j'ai fini par comprendre. Donc, qu'est-ce que j'ai fait ? Je me suis arrêté. Vous verrez les images de vidéos.
J
'ai dit, hé, tout le monde a bien compris. Je condamne formellement. En réalité, je ne
sais
pas ce qu'il a raconté et je ne sais pas ce que je suis en train de condamner. Voilà à quoi a été ramené l'habit public. Et, pour que vous compreniez bien la stratégie du mouvement insoumis, sa patience, sa discipline
d
'organisation. Quand on a compris qu'aller dans un média,
c
'est y aller pour se faire démolir,
pour
se faire
tout
le temps amener à la position du buzz, quelque chose... N'importe quoi qui soit un scandale. Et vous avez maintenant les profils personnels qui savent faire ça. C'est leur métier.
Ils
ne font que ça. Provoquer. Alors, comme c'est moi, alors là, je ne vous raconte pas. Il faut se faire Mélenchon. Ça fait partie d'une carrière, en quelque sorte.
Et
donc, le niveau du débat est méprisable. Méprisable. Comment, malgré ça, faire passer le message ? Voilà comment, nous, on s'est posé la question. Et on a décidé qu'il n'y aurait pas un organe central du mouvement. Vous savez, son journal. On a décidé que tous les insoumis deviendraient des émetteurs. Chacun dans leurs proportions. Chacun dans leurs possibilités. Et voilà comment tous les insoumis ont créé une boucle WhatsApp.
Ou
ont commencé à travailler dans les boucles WhatsApp des autres. ou ont créé un compte YouTube, un compte Facebook, un compte TikTok, un compte Instagram, etc., etc. Cette semaine qui vient de s'écouler,
le
nombre de vues sur les sites
des
insoumis, c'est même pas
par
dizaines de millions, ce qui me coupe déjà le souffle, mais on a dépassé la centaine de millions. Autrement dit, et que le message passe bien, on n'a pas besoin de vous.
Je
n'ai pas besoin de l'information en continu pour dire ce que j'ai à dire. Déjà, on est là ce soir. On va avoir un truc qui passe à Public Sénat. Nous, nos propres camarades, sont en train de découper des morceaux pour en faire des extraits de vidéos, qui vont se répandre par millions. Par millions. Nous n'avons plus besoin de votre système pourri pour nous exprimer. Et on choisit d'y aller quand même. Il y a donc un certain nombre d'entre nous qui acceptent d'y aller, et les autres qui ne veulent plus y aller. Parce que sur le plan humain, c'est flétrissant.
Sur
le plan humain, c'est votre dignité de personne que vous ne supportez plus, de voir comme ça réduit, abîmé par des roquets, sans consistance.
Vous
savez comment ils font ?
Ils
téléphonent à l'adversaire lavergne. Il faut savoir quelle vacherie ils peuvent sortir à l'autre.
Ce
système me dégoûte au dernier degré. Et je vais faire tout ce que je peux. Il faut y mettre le moins possible les pieds de toute la campagne présidentielle. C'est pourquoi je vous donne raison. La violence est totale. Et,
en
quelque sorte, c'est les pires qui finissent par avoir le dernier mot. Vous avez des gens qui passent leur journée à remplir les colonnes
de
X ou autres de trucs dégueulasses, quoi. Alors bon, moi, vous avez tous compris, hein. Moi, je suis vieux, donc à moitié décadent, à moitié clopé, blablabla. Mais je suis un homme, donc ça va. C'est encore supportable. Mais quand c'est les filles,
il
faut voir le niveau, hein. Parce que là, vous me parlez de M. Bardella, mais il est bien traité. Regardez comment est traitée Mathilde Panot. Regardez comment est traitée Rima Hassan. Regardez comment est traitée Clémence Guettet. Ou n'importe laquelle des femmes qui dirigent le mouvement insoumis, puisque chez nous, il y
a
plus de femmes dirigeantes que d'hommes.
D
'accord ? C'est une haute, une abjection qui n'est jamais arrêtée. Il n'y a pas... Vous pouvez faire ce que vous voulez, porter plainte, donner des numéros. Il n'y a jamais rien qui se passe.
Moi,
j'ai dû changer déjà deux fois de téléphone
parce
que j'ai été... Alors ça, il faut que vous l'intégriez dans les questions que vous poserez aux uns et aux autres. Les interventions étrangères.
D
'accord
?
Quand le préfet s'est trompé sur l'adresse
de
la personne qui était candidate sur la liste d'extrême droite, pas la nôtre, alors on a dit, c'est une honte, l'élection, il demande son annulation. Et quand M. Netanyahou a payé des gens
pour
nous dénigrer à Toulouse, à Marseille,
à
Roubaix... Ah non, ça, ça ne dérange pas.
Ça
n'a pas eu d'incidence. Les ingérences étrangères sont de plus en plus nombreuses. Elles sont impunies. Et on vous dit, on vous prévient. C'est bien, je suis content, on est prévenus. Et alors ? Et après ?
Tu
fais quoi, au juste
? Quand
je vous ai donné la liste des numéros de téléphone qui m'avaient appelé sans trêve, sans pause, pendant trois jours, et j'ai dû renoncer à ce téléphone. Qu'est-ce qui s'est passé derrière ? Rien. Absolument rien. Absolument rien. Nous sommes abandonnés à la violence. Alors, je vous y aurais répondu comme ça, et je sais que ce que j'ai à en dire ne sera pas entendu. Donc je n'ai même pas l'espoir de faire changer qui que ce soit au-delà de cette salle de point de vue sur le sujet.
Mais
franchement,
nous
sommes arrivés à un niveau, c'est un égout
qui
se déverse du matin au soir, continuellement, dans un certain nombre d'endroits. Et permettez-moi de vous dire que quand le service public
fait
un compte rendu de la journée,
et
que 72% de ce qu'ils montrent à propos des jeunes,
c
'est des poubelles qui brûlent, et qu'il reste à peine 10% pour parler de leurs revendications, je vais vous dire, ceux qui font ça, ils se déshonorent. Ils déshonorent leur métier, autant qu'un flic qui tabasse un gosse qui est par terre. Bon, alors je viens à la question internationale pour terminer.
Alors, qu
'on soit d'abord bien clair sur un point.
Comme
Français
et
comme internationalistes,
il
n'est pas question pour nous, les Insoumis, d'accepter qu'un quelconque problème se règle par une invasion.
Parce
que comme Français, je sais que mon pays a été envahi quatre fois par le voisin,
donc
j'ai une idée de ce que c'est que l'invasion.
Et
deuxièmement, comme internationalistes,
je
ne pense pas que la bonne manière de faire pour tracer les frontières, c'est d'envahir les voisins.
À
partir de là, quel doit être le rôle que l'on a dans cette situation ? Vous avez parlé d'exemple des Russes qui prétendent faire du champagne et du fromage avec des noms français. Bah
!
Ça se fait déjà aux États-Unis d'Amérique sans problème. Ça se fait aussi au Canada.
C
'est-à-dire que c'est pas pour ça que je les condamne. Je les condamne parce qu'ils ont passé la frontière et qu'à mon avis, notre choix est qu'ils la repassent dans l'autre sens. Le hasard de la vie, il se trouve que je suis le premier Français à avoir réagi contre l'invasion.
Je
ne croyais pas à l'invasion. Pourquoi ?
Parce
que les services de renseignement de notre pays
et
la ministre en tête nous a dit à la Commission de la Défense que nous avons les mêmes outils pour observer que nos alliés américains et nous n'en tirons pas la même conclusion, il n'y aura pas d'invasion. C'est une déclaration des militaires et des officiels français. La seule fois où j'ai cru à ce qu'ils racontaient, eh bien j'ai emboîté le pas et je me suis trompé comme tout le monde.
Mais
c'est pas pour autant que ça rend l'invasion acceptable. Il faut donc aider l'Ukraine, mais...
Et
donc il faut continuer à l'aider. Mais réfléchissons à ce qu'on fait
! Enfin, on
veut la guerre avec les Russes ! Parce que je sais, on est dans une contradiction, mais je la connais comme tout le monde. Puisque les Russes ont envahi les Ukrainiens, les Ukrainiens ont le droit de se défendre par tous les moyens. Nous, les Français, si on était envahi, qu
'est
-ce qu'on a ? Ça s'appelle la dissuasion. Pour un cheveu, toute la tête. T'appuies sur le bouton, tout le monde est mort.
Je
vous rappelle que c'est ça, hein,
l
'alternative.
C
'est ça.
Et
c'est posthume, parce que vous avez d'abord été attaqués. Si la France est attaquée par une puissance nucléaire, elle prend un coup et c'est fini. Un coup sur la centrale de nos gens
?
13 millions de personnes à faire partir
sur
80 kilomètres. Parce que c'est 80 kilomètres, il y
en
aura bien plus que ça.
Donc
on n'est pas dans un sujet de jeu vidéo.
On
est dans un sujet où on joue la peau de nos pays. Donc on doit réfléchir attentivement à ce qu
'on
fait.
Quand
nous, les Français, nous avons filé du matériel aux Ukrainiens pour faire des tirs en profondeur, je m'y oppose. Je sais que je suis dans une contradiction. Comment je peux dire en même temps que je veux soutenir l'Ukraine et refuser les tirs en profondeur ? Tout simplement parce que je ne veux pas que la France devienne co-belligérante.
Mais
par contre, je dis, si vous négociez la paix, il y a des garanties pour les Français qu'il faut mettre dedans. Qui parle des garanties pour les Français ? Personne. Personne.
Que
fait l'Union Européenne ? Rien.
La
guerre, paraît-il. Ils ne font rien. Parce que ce n'est pas vrai. Ils ne font même pas la guerre. Pourquoi je vous parle de l'Union Européenne ? Parce que nous avons des choses à demander. Pourquoi j'hésite à dire ? Attendez, on va arrêter de fournir des armes qui font des tirs en profondeur. Parce qu'il faut rétablir le traité, première garantie, que les Français doivent demander dans la négociation internationale.
Il
faut rétablir le traité qui existait pendant la guerre froide, qui interdit les missiles de portée moyenne, 550 kilomètres, 5000 kilomètres. Parce que ces missiles-là, c'est pour nous. Et à l'inverse, c'est pour eux. Et quand on dit
qu
'on tire sur les arrières, nous sommes les arrières de l'Ukraine. Par conséquent, les coups, nous les prendrons. Voilà pourquoi on est dans une immense difficulté. Il faut aider les Ukrainiens, mais il ne faut pas mordre la ligne rouge. Premièrement, les missiles. Deuxième truc, c'est les Américains qui proposent de céder des territoires. Avez-vous entendu comment la papauté aussi a parlé de question de modification des frontières ? Posez-vous la question. Pourquoi veut-on modifier les frontières ? Pour la raison qu'on n'en a jamais discuté. Au moment où l'empire soviétique s'est écroulé. C'est ça la vérité.
C
'est ça la vérité. Vous ne pouvez pas passer à côté de ça. De même que vous ne pouvez pas passer à côté du fait qu'on a essayé de les enserrer. Bref, on en est là.
Pas
de missiles.
Et
deuxièmement, si les frontières doivent changer, écrivons qu'on demandera aux populations si elles sont d'accord. Comment et pourquoi suis-je le seul à dire ça ?
Moi
et les Insoumis. Le seul, les seuls à dire, si vous voulez changer le tracé de la frontière, demandez aux gens. Trump n'a pas dit qu'il allait demander. L'Union Européenne n'a pas dit.
J
'ai commencé à dire, c'est la stratégie des petits pas qui nous tirera d'affaire. Commençons par limiter les effets de la guerre. Par exemple, les centrales nucléaires. Les zones où il
y
a les centrales nucléaires doivent être démilitarisées. Pourquoi ? Parce qu'elles sont tous sur des fleuves qui se jettent dans la mer Méditerranée. La mer Méditerranée, c'est 500 millions de personnes qu
'il
y
a
autour. Par conséquent, s'il
y
a une catastrophe nucléaire, ça sera toute l'Europe plus la Méditerranée.
Vous
ne pouvez pas traiter des questions comme ça en vous en débarrassant avec quelques formules. Donc, il nous faut une stratégie puisqu'on n'arrive pas à négocier avec les Russes. Des petits pas. Commençons par démilitariser les zones nucléaires. Deuxièmement, cessons de se tirer sur les infrastructures énergétiques. Ce n
'est
pas ma proposition, c'est celle de M. Macron et je l'approuve
dans
cette décision-là. Parce que c'est le début des petits pas. Sinon, c'est la guerre.
Et
je ne veux pas de la guerre, voilà ! On a le droit de dire, M. Mélenchon, alors on sort tout le numéro, c'est Munich, etc, etc, vous allez céder. Les Russes vont envahir la France, vous croyez réellement une chose pareille ? Vous trouvez normal que les États-Unis d'Amérique fassent une réunion de l'OTAN,
fassent
une réunion des membres de l'OTAN en Europe,
et
ne fassent pas venir ni les Anglais,
ni
les Français,
ni
les Pays-Baltes. Les Pays-Baltes, c'est le bord, quand la frontière commune avec la Russie. C'est les Américains qui décident tout ça. Ça, c'est le vrai scandale. Et nous, on participe à rien, ni à la discussion, ni à l'arrangement, et on n'a pas de proposition. Si c'est moi le président de la République, c'est ça que vont être mes propositions. Et on va recommencer jusqu'à ce qu'ils évacuent l'Ukraine. Et l'Ukraine a le droit de se défendre. Et je termine en vous disant
que
quand j'entends des gens m'accuser de fascination pour Poutine, pour l'instant, c'est le mouvement assoumis qui accueille
des
réfugiés anti-guerre russes. Le mouvement assoumis, point final.
S
'il y en a qui veulent nous faire la leçon, qui commencent par mettre la main à la poche pour nous aider à payer le loyer tous les mois, et à ces pauvres gens pour qu'ils arrivent à vivre. Quant à l'Ukraine,
le
seul élu politique qui a été invité
par
le syndicat, les congrès de syndicats, qui sont la dernière chose qui reste de libre dans ce pays-là,
le
syndicat du bâtiment, c'est Marina Mesur,
qui
est une députée européenne. Par conséquent, je dis ça et ne m'en veuillez pas si je le dis avec la passion que vous me connaissez. C'est parce que j'en ai marre de recevoir des leçons de gens qui, pour le reste, ne font rien.
Rien
de rien, à part parler, nuire, diviser et raconter des bêtises du genre « on va aider les tirs en profondeur ». Nous n'avons voté aucun texte dans aucune assemblée où cette disposition était prévue. Jamais. Parce que nous assumons ce que nous faisons. Je suis sûr que M. Jadot, qui les vote, ou M. Glucksmann, ou les types d'extrême droite, seraient prêts à assumer une guerre nucléaire ? Enfin, où on va comme ça
? Voilà, mes
amis. Quant aux Chinois, bon, là, il est tard, quoi. Les Chinois ont gagné la bataille.
Vous
n'avez pas envie de l'entendre ? Je vous le dis quand même.
Ils
ont gagné la bataille manufacturière. Il faut s'entendre avec eux.
Il
faut donc les traiter en partenaires et pas en ennemis. Alors, si c'est moi le président, nous ne ferons pas la guerre pour Taïwan. Parce que, en 1964, le général De Gaulle a reconnu, au nom de la France, la République populaire de Chine qui intègre Taïwan. Si vous voulez changer une signature, alors attendez-vous à devoir les changer toutes.
C
'est pas sérieux, dans le domaine international, de vouloir changer les signatures. Et nous avons admis, au siège du Conseil de Sécurité, une nation en entier.
C
'est la raison pour laquelle, à mes yeux, ces textes et ce que nous avons signé, vaut toujours. Et si je suis le président de la République française, nous ne ferons pas la guerre avec les Américains aux Chinois, fût-ce pour Taïwan. Parce que Taïwan fait partie de la Chine. Et nous traiterons avec les Chinois, parce que si nous ne traitons pas, nous serons écrasés. Ah bah oui,
hein,
faut que vous entendiez des choses, des fois, déplaisantes.
Merci monsieur pour votre présence ce soir et d'avoir inauguré notre cycle présidentiel.
Et 1h56. Et c'est fort.
Et
merci à tous d'avoir assisté à notre conférence. Et nous vous souhaitons à tous une bonne soirée.
Merci.
Jean-Luc Mélenchon