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interviewPublic Sénat — Bonjour chez vous !· 18 mai 2026 22 min

Patrick Kanner : « L'entêtement de Darmanin a poussé les feux et émeutes en Nouvelle-Calédonie »

Audio original de l'émission.

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

0:00
Présentateur

Vous écoutez Bonjour Chez Vous, un podcast de Public Sénat. Comment répondre aux inquiétudes des Français qui voient les prix des carburants s'envoler ? Comment lutter contre le narcotrafic ? Le Parti Socialiste peut-il apporter des réponses ? Le PS qui tarde à se positionner dans la campagne présidentielle. Est-ce la gauche qui se cherche ? Pour en parler, nous recevons Patrick Cannaire. Bonjour. Merci d'avoir accepté notre invitation, sénateur du Nord et président du groupe socialiste ici au Sénat. On commence par le narcotrafic.

Patrick Cannaire, puisque la semaine dernière, il y a eu une fusillade dans le quartier des Moulins à Nice, une autre à Nantes, où c'est un adolescent de 15 ans qui a été tué. Est-ce qu'aujourd'hui, l'État est dépassé dans la lutte contre le narcotrafic ?

0:47
Patrick Kanner

Hier, j'entendais le ministre de l'Intérieur sur un autre projet de loi que nous avons évoqué, je pense, parler de choc d'autorité. Choc d'autorité quand on a 250 morts liées au règlement de compte en 2024 et en 2025. 90 morts et tentatives d'assassinat au premier semestre 2026. On est devant, ce n'est plus un fléau, c'est un drame politique national. Et je pense que tous les moyens de l'État devraient être consacrés, en tout cas les moyens de sécurité, devraient consacrer tous les moyens, en tout cas beaucoup plus de moyens à cette lutte. – Plus qu'aujourd'hui, l'État n'en fait pas assez pour nous.

– Bien sûr, on a fait, vous voyez, on a fait un gros travail ici au Parlement, avec la loi Blanc-Durin, proposition de loi qui est devenue une loi de la République. Il faut la mettre en œuvre, on n'est pas encore au niveau. Et on voit bien que quand il y a un marché qui représente 4 à 5 milliards d'euros par an, l'État est débordé et c'est une atteinte au bon fonctionnement de notre République, finalement, qui est en jeu.

1:56
Présentateur

– Mais l'État est débordé, est-ce que ça veut dire qu'aujourd'hui, ce sont les narcotrafiquants qui sont en train de gagner la guerre ?

2:02
Patrick Kanner

– En tout cas, dans certains quartiers, ils l'ont gagné, disons-le clairement. Moi, je le vois bien, y compris dans le quartier de ma ville de Lille, qui est pourtant moins touchée par les phénomènes. On n'a pas ces phénomènes de règlement de compte, comme on peut le voir à Nice, à Grenoble ou ailleurs, ou à Nantes. Donc, c'est une situation qui est vraiment dramatique. Il faut une prise de conscience au plus haut sommet de l'État. Je ne dis pas qu'elle n'existe pas, je dis simplement qu'il y a un décalage entre la prise de conscience et les moyens à mettre en œuvre.

2:32
Présentateur

– Vous le disiez, il y a une loi qui a été votée il y a moins d'un an, une grande loi narcotrafic. Dans le projet de loi Riposte, qui examine en ce moment le Sénat, il y a aussi quelques mesures de lutte contre le narcotrafic. Est-ce que l'arsenal législatif aujourd'hui est suffisant ?

2:44
Patrick Kanner

– Le projet de loi Riposte que nous sommes en train d'examiner, on a commencé hier soir, je dirais c'est un patchwork, un cabinet de curiosité, on parle des rêves parties, des rodéos, du protoxyde d'azote, des choses importantes, et qui empoisonnent la vie des Français. Je le dis ici, mon groupe, le groupe socialiste, écologiste, républicain, souhaite qu'il y ait une tolérance zéro par rapport à ces situations qui ne sont pas que des incivilités. C'est des débordements qui font que les Français les plus modestes sont les premières victimes de cela, notamment dans les quartiers populaires.

3:21
Présentateur

– Ça veut dire que votre groupe va voter ce texte ?

3:23
Patrick Kanner

– Alors nous regardons les sujets les uns après les autres. Je vous l'ai dit, c'est un cabinet de curiosité. Il y a plein de choses, 35 articles, mais il y a des choses qui ne nous plaisent pas. – Le constat, on le partage, mais les réponses, par exemple la multiplication des, ce qu'on appelle des AFD, les amendes forfaitaires délictuelles, c'est-à-dire que quand vous êtes pris, vous devez payer une amende pour sortir de la menace qui pèse sur vous au niveau judiciaire. Les AFD, ça ne marche pas, ça ne marche pas. Seulement 24% de taux de recouvrement. Il y a plus d'un milliard d'euros qui sont actuellement dehors, qui ne sont pas payés par celles et ceux qui devraient les payer.

Et on les utilise essentiellement aujourd'hui pour les petits consommateurs de drogue, ce qu'on appelle les fumettes. Bon, donc on va utiliser un outil qui est partout dans ce texte et qui ne fonctionne pas d'ores et déjà. Donc vous voyez, nous sommes très inquiets sur la capacité du gouvernement à mettre en œuvre un texte qui réponde vraiment aux préoccupations des Français.

4:29
Présentateur

– Ce que veut ce texte ? Ce texte, c'est un texte qui se veut répondre aux préoccupations sur la sécurité du quotidien.

4:34
Patrick Kanner

– Oui, mais en mélangeant les choses. Je reprends un autre exemple.

4:38
Présentateur

– Vous retenez plus le côté fourre-tout que le côté texte qui s'intéresse aux préoccupations du quotidien des Français ?

4:42
Patrick Kanner

– Alors, on a des amendements que nous allons porter. On va essayer d'améliorer ce texte. On verra s'ils sont adoptés ou en tout cas au moins discutés de manière bienveillante. Mais dans toutes les hypothèses, quand on demande aux douaniers de faire le boulot des officiers de police judiciaire ou à des agents de sécurité privés d'avoir les mêmes moyens de contrôle sur les voitures, par exemple, que des organismes publics, permettez-moi de m'inquiéter sur une forme de confusion. Il y a une volonté, M. Lunez est sincère, il a envie de répondre aux préoccupations des Français. Mais on est là avec un véhicule législatif qui me paraît particulièrement désordonné.

Beaucoup d'amendements au Sénat, plus de 200, je crois. Vous verrez, à l'Assemblée nationale, ça va être la fête du slip. Permettez-moi l'expression, il va y en avoir des milliers.

5:25
Présentateur

– Mais le vote de votre groupe, il est arrêté ou ça va dépendre de l'issue des débats ?

5:29
Patrick Kanner

– Alors, le vote aura lieu la semaine prochaine. Donc, le débat commence. – Vous pourriez encore voter pour ? – Peut-être qu'on votera pour certains articles. La question du vote final sera délibérée en groupe mardi prochain.

5:40
Présentateur

– Un dernier mot sur la question du narcotrafic. Gérald Darmanin était en Algérie. Il s'est longuement entretenu avec le président Tebboune, Algérie où se trouvent notamment les dirigeants de la DZ Mafia. Il a raison de renouer la coopération avec Alger ?

5:51
Patrick Kanner

– Bien sûr, bien sûr. Et la position de mon collègue Bruno Rotaillot, position qu'il a toujours menée, y compris en tant qu'ancien ministre de l'Intérieur, cette position de, j'ai envie de dire, de rapport de force non maîtrisé. Quand on veut un rapport de force, il faut avoir les moyens de le mettre en œuvre. On peut sauter sur sa chaise en disant l'Algérie, l'Algérie, non, non, non, non. On remet en cause les accords de 68, etc.

6:21
Présentateur

– C'est Bruno Rotaillot là ?

6:23
Patrick Kanner

– Si, mais si on n'arrive pas à mettre en œuvre les décisions qu'on a envie de prendre, eh bien on n'est pas à la hauteur de la situation. – Il n'a pas été Bruno Rotaillot, il était à la hauteur de la situation ? – L'Algérie est un grand pays, un grand partenaire de la France, avec une histoire compliquée, chacun le sait bien lié à la colonisation, mais c'est un partenaire qu'il faut respecter. Et j'ai le sentiment aujourd'hui que le gouvernement a pris le bon chemin et qu'au bout de ce chemin, il y aura notamment la fameuse libération de votre confrère, M. Jean-Luc Gleis.

6:56
Présentateur

– Ça, vous pensez que la libération de Christophe Gleis, elle va avoir lieu ?

7:02
Patrick Kanner

– Jean-Luc Gleis, c'est quelqu'un, mais c'est un Gleis aussi. – C'est quelqu'un de votre famille politique. – Présentement de Gironde, voilà, Christophe Gleis.

7:08
Présentateur

– Mais vous pensez qu'elle aura lieu dans les jours, dans les semaines à venir ? La visite de Gérald Darmanin peut y contribuer ?

7:13
Patrick Kanner

– En tout cas, si cette libération se déroule, peut-être par une grâce présidentielle, ce serait une bonne nouvelle et je crois que ça apaiserait ces relations qui méritent d'être normalisées aujourd'hui. Et vous avez vu notamment que sur le plan judiciaire, l'Algérie reprenait un rythme d'acceptation des OQTF, enfin des passeports consulaires qui permettent à des délinquants de nationalité algérienne de repartir vers leur pays.

7:38
Présentateur

– Il y a un autre texte qui était examiné et voté hier par le Sénat qui concerne un dossier que vous suivez de près, c'est la Nouvelle-Calédonie. Ce texte, il vise à élargir le corps électoral de la Nouvelle-Calédonie aux natifs, corps électoral qui était jusque-là réservé aux personnes justifiantes de 10 ans de résidence en 1998 et à leurs descendants. Déjà, est-ce que c'est un bon signal que Sébastien Lecornu soit venu lui-même hier dans l'hémicycle du Sénat ?

8:01
Patrick Kanner

– Oui, oui. Et il a pris le temps d'expliquer ses positions de manière pédagogique, de manière apaisée, sereine. Nous ne sommes pas d'accord toujours, je vais vous le démontrer avec M. Lecornu sur ce sujet très complexe qui est celui de la Nouvelle-Calédonie, mais qu'un Premier ministre, comme ça a toujours été l'histoire du dossier calédonien, Rocard, 88, Jospin, 98, 1998. Le Premier ministre a repris ce dossier en main. Mme Moutchou était là, la ministre des Outre-mer, mais elle n'a pas dit un mot dans ce débat. Elle a assisté à ce débat et je connais son intérêt pour le sujet.

Mais c'est important que le chef de l'exécutif puisse être présent, prenne son temps et nous dise quelle est sa vision du dossier calédonien après beaucoup, beaucoup d'erreurs, y compris des erreurs de M. Lecornu quand il était ministre en charge des Outre-mer.

9:02
Présentateur

– Quelles erreurs il a faites ?

9:03
Patrick Kanner

– Vous savez, le maintien du troisième référendum a été une erreur en pleine crise du Covid, en plein deuil des canaques en la matière. Il ne fallait pas tenir ce référendum. Et d'ailleurs, M. Lecornu a reconnu que le deuxième, le troisième référendum n'aurait pas dû être tenu dans les conditions dans lesquelles ils ont été tenus.

9:23
Présentateur

– Il y en a eu trois, pour qu'on comprenne bien, un en 2018, un en 2020, un en 2021, les trois qui ont l'indépendance.

9:27
Patrick Kanner

– Dans le cadre de la Cour de Nouméa de 1998.

9:31
Présentateur

– Pardon, parce que vous dites Sébastien Lecornu, il prend son temps. On est dans un temps extrêmement contraint. C'est-à-dire que là, on parle de modifier le corps électoral pour des élections qui ont lieu le 28 juin. Le Parlement a trois jours, tout compris, pour examiner ce texte.

9:43
Patrick Kanner

– J'allais y arriver. Il a pris son temps politiquement devant les sénateurs. Et cela a été apprécié sur tous les bancs du Sénat. Quel est l'enjeu ? Élargir effectivement le corps électoral pour permettre les élections provinciales le 28 juin prochain. Et donc nous, nous avons voté. Et le Sénat a voté à une très très large majorité. Cet élargissement du corps électoral aux natifs. 10 000, 10 500 personnes qui seront concernées. Mais nous avons refusé, en dehors de LR, l'amendement du gouvernement visant à élargir ce droit électoral au conjoint. On a estimé que ce n'était pas le moment.

C'était trop compliqué, juridiquement, pas suffisamment assis sur des réalités permettant d'éviter une censure du Conseil constitutionnel. Et donc, cet amendement a été rejeté. Et amendement rejeté du gouvernement. Mais le texte, globalement, permet une avancée.

10:40
Présentateur

Pourquoi ? Parce que vous craignez des risques d'inconstitutionnalité ?

10:42
Patrick Kanner

Des risques d'inconstitutionnalité. Et puis, il faut mettre cette question des conjoints dans un accord global qui devrait être négocié juste après les élections provinciales. Vous savez, on a toujours dit au gouvernement, vous allez dans le mur si vous voulez passer outre les élections provinciales, et notamment en les reportant en décembre 2026. Et donc, le projet de loi constitutionnelle qui avait été évoqué par le gouvernement au début d'année a été rejeté, notamment pour cette raison. Aujourd'hui, nous reprenons le chemin normal. Une respiration démocratique va avoir lieu le 28 juin prochain. C'est essentiel.

Et à partir de là, nous voulons que toutes les parties, des loyalistes du côté droit de l'échiquier au FLNKS, du côté gauche de l'échiquier politique néo-calédonien, se retrouvent pour former un avenir. Vous savez, la Nouvelle-Calédonie aujourd'hui...

11:31
Présentateur

C'est encore possible. Enfin, pourquoi c'est autant un enjeu, ce corps électoral ? Ça va avoir des conséquences sur quoi ? Sur le résultat de l'élection ? On sait que c'est cette réforme qui a déclenché les émeutes il y a deux ans. Il est aussi là, l'enjeu ?

11:42
Patrick Kanner

Ce n'est pas cette réforme qui a déclenché les émeutes. C'est l'entêtement du ministre de l'époque, M. Darmanin, qui a poussé les feux de manière brutale en disant « Mais ce sera ça et pas autrement. »

11:54
Présentateur

C'est cette question du corps électoral.

11:55
Patrick Kanner

Le corps électoral, mais là, il y a un consensus, parce qu'on a pris le temps de trouver ce consensus et de ne pas forcer le destin, comme ça avait été le cas en 2024. Je vous rappelle quand même qu'en 2024, en mai 2024, 14 morts, plus de 2 milliards de dégâts. Et aujourd'hui, j'ai ressorti les chiffres. Depuis cette époque, la Nouvelle-Calédonie a perdu 12 000 emplois. 700 entreprises ont disparu. Le produit intérieur brut de la Nouvelle-Calédonie a baissé de 15 % pour un archipel qui ne comporte que 300 000 habitants. Faites la comparaison avec la France. Ce seraient des chiffres absolument insupportables pour l'hexagone.

12:30
Présentateur

Mais l'avenir institutionnel de la Nouvelle-Calédonie, c'est encore possible de l'écrire ? Ou aujourd'hui, il y a une forme de divorce, finalement, entre l'archipel et la France et la métropole ?

12:40
Patrick Kanner

Écoutez, je considère que le vote d'hier, et j'espère qu'il sera confirmé demain par l'Assemblée nationale, donc avec un vote conforme. Sinon, il y aura une commission mixte paritaire jeudi prochain. Ce que j'espère, c'est que ce signe donné au peuple calédonien d'apaisement permettra de dresser un chemin, de définir un chemin qui tournera le dos à ses larmes, à ce sang qui a trop coulé sur le caillou.

13:06
Présentateur

– Le Premier ministre qui va cette semaine s'attaquer à un autre dossier, et pas des moindres, les conséquences de la crise en Iran sur notre pays. Il annoncera un nouveau dispositif d'aide carburant. Quelles mesures vous attendez jeudi prochain de la part de Sébastien Lecornu ?

13:20
Patrick Kanner

– J'attends une décision non pas sur les carburants, enfin, si. Espérons qu'il y aura des mesures ciblées pour les plus modèles. Je vous rappelle quand même qu'aujourd'hui, on est sur des SMICAR qui, quand ils ont une voiture au diesel, parce qu'ils n'ont pas le moyen de s'acheter autre chose, vont faire des plats à plus de 100 euros. C'est quand même ça la réalité d'une grande partie de nos concitoyens les plus modestes. Et donc ça devient insupportable. Je voyais un reportage ce matin, avant de venir sur votre plateau, où quelqu'un mettait 15 litres d'essence dans son réservoir parce qu'elle n'avait pas les moyens de faire plus, une retraitée.

Bon, c'est quand même dramatique ce qui est en train de se passer. Donc moi, ce que je demande, bien sûr, c'est les mesures ciblées, mais je demande des mesures concernant les super-profits.

14:05
Présentateur

Encore ? Malgré les déclarations du patron de Total qui dit « S'il y a taxe sur les super-profits, il n'y a plus de plafonnement ».

14:10
Patrick Kanner

Mais attendez, c'est quoi ces menaces ? Je vous rappelle, Total Énergie, M. Pouyanné, c'est une major de l'économie française et je la respecte, c'est l'image de la France, y compris à l'étranger, etc., qui ne paye pas d'ailleurs des impôts en France, c'est un autre débat. M. Pouyanné, il est à la tête d'une entreprise qui fait 250 milliards de chiffre d'affaires, qui est valorisée autour de 200 milliards en capital. Premier trimestre, donc en pleine guerre, en Moyen-Orient, 6 milliards de bénéfices. Une augmentation par rapport à l'année dernière de 51%. On ne peut pas demander un effort à une entreprise sous forme de taxes sur les super-profits.

Et d'ailleurs, nous ne sommes pas les seuls à demander l'Espagne, le Portugal, l'Italie, demandent une taxe au niveau européen. La France, pour l'instant, ne s'est pas associée à ces demandes tout à fait légitimes. Donc, ces grandes entreprises qui font des profits énormes, en lien avec le conflit du Moyen-Orient, parce que tous les prix augmentent, même s'il n'y a que 20% qui passent par l'étroit d'Ormouz, du pétrole mondial, devraient être solidaires de leurs consommateurs. Alors, M. Pouyanné dit, oui, mais moi, j'ai plafonné mon prix, 1,99€ pour les carburants. Mais en faisant cela, il a fait une opération commerciale incroyable, parce que tout le monde est venu.

15:30
Présentateur

Oui, mais est-ce que pour le porte-monnaie des Français, ce n'est pas plus efficace de payer moins cher son prix à la pompe que de savoir que les Français sont super profits ?

15:36
Patrick Kanner

Eh bien, je demande les deux, vous voyez, je demande une mesure sur le pouvoir d'achat direct des Français par rapport au prix du litre d'essence ou de gazoil, et je demande aussi une contribution de ces super profits à l'équilibre général des Français.

15:52
Présentateur

Cette taxe sur les super profits, ce sera une condition du vote du prochain budget pour le PS ?

15:56
Patrick Kanner

Je ne sais pas quel sera l'état du monde en septembre prochain. Mais c'est évident que, pour nous, la question de la justice fiscale, la justice fiscale, et pas uniquement sur les majors pétrolières, est un élément qui sera majeur dans notre détermination.

16:13
Présentateur

Le PS, justement, qui se prépare à la présidentielle, je voudrais vous faire réagir à une déclaration de Jean-Jacques Hurvois, l'ancien ministre socialiste, qui dit qu'il n'est pas dans l'intérêt du PS d'avoir un candidat à la présidentielle, qu'il vaut mieux se focaliser sur les législatives. Vous partagez son analyse ?

16:27
Patrick Kanner

Non, j'ai beaucoup d'amitié pour Jean-Jacques Hurvois, mais je considère que le PS a toujours eu un candidat. C'est la force d'un grand parti politique. Nous sommes le premier parti de la gauche.

16:41
Présentateur

Mais lui, il dit que la gauche n'a aucune chance d'être au second tour.

16:43
Patrick Kanner

Écoutez, vous savez, il n'y a que ceux qui ne jouent pas, qui ne gagnent pas au loto. Donc, moi, je considère que nos scores…

16:49
Présentateur

Vous en êtes à dire que c'est un loto.

16:50
Patrick Kanner

Non, mais attendez, ça peut le devenir, effectivement, si on n'a pas de ligne politique. Mais 2012, nous avons gagné. C'est vrai que 2017-2022, ça a été une très mauvaise élection pour le PS avec nos deux candidats, dont acte. Simplement, moi, je souhaite que mon mouvement politique, auquel j'appartiens, grand parti politique, qui a montré au municipal qu'il avait su résister, malgré toutes les menaces qui posaient sur lui, et les annonces, je souhaite que nous puissions avoir un candidat.

17:27
Présentateur

– Lequel ?

17:28
Patrick Kanner

– Écoutez, pour l'instant, il y en a un qui s'est déclaré. M. Jérôme Guedj, député de l'Essonne. Très bien. Il y en a d'autres potentiels, chacun le sait bien.

17:39
Présentateur

– Et lequel a votre préférence ?

17:40
Patrick Kanner

– Je ne parle pas de préférence. Ma préférence…

17:43
Présentateur

– Non, mais lequel, aujourd'hui, est le mieux à même de défendre le PS en 2027 pour vous ?

17:46
Patrick Kanner

– Ma préférence, elle ira vers un candidat de cette galaxie socialiste et démocrate, écologiste, capable d'apporter une solution par rapport aux risques qui pèsent sur notre pays, à savoir l'extrême droite. Je ne veux pas de l'extrême droite majoritaire, aux présidentielles, dans ce pays, que ce soit M. Bardella ou Mme Le Pen.

18:09
Présentateur

– Mais qui est le mieux à même de faire barrage chez vous ?

18:11
Patrick Kanner

– Donc, pour y arriver, il faut d'abord affirmer cette sensibilité politique et l'affirmer de telle manière qu'elle soit devant M. Mélenchon au premier tour. Première étape, qui est capable, homme, femme, de mettre M. Mélenchon derrière nous dans ce combat qui est un combat existentiel pour la République ? Ça ne veut pas dire pourtant qu'on sera qualifié au second tour, mais déjà, considérer que…

18:40
Présentateur

– Mais qui ? Est-ce que c'est Olivier Faure ? Est-ce que c'est François Hollande ? Est-ce que c'est Raphaël Glucksmann ?

18:44
Patrick Kanner

– Attendez, en tout cas, je ne vous répondrai pas, vous l'avez compris, mais je vous répondrai sur la méthode dont je ne veux pas, à savoir la primaire. Je ne crois pas à cette idée de primaire. Aujourd'hui, j'ai bien compris que sur les six sensibilités qui composent le groupe des Verts, 38, je crois, députés à la Femme Nationale, cinq d'entre elles ont leur champion. De Marine Tondelier à M. Benjamin Lucas-Léandie. Cinq sur six. Moi, je ne veux pas une primaire qui soit une primaire entre le Parti Socialiste et le groupe des Verts. Ça n'a aucun sens. Ça n'a aucun sens. Il y avait comme arbitre suprême les électeurs de M. Mélenchon qui viendraient voter pour choisir celui que M.

Mélenchon voudrait avoir face à lui au premier tour. Donc, je ne veux pas de cette méthode. Donc, moi, je souhaite, et j'ai participé à la construction, de construire 2027, c'est-à-dire ce rassemblement avec des Verts, des socialistes, les amis de Mme...

19:44
Présentateur

D'accord, mais comment vous le déterminez, votre candidat, si vous dites que la primaire, c'est mort ?

19:47
Patrick Kanner

Je souhaite que ce candidat devienne une évidence. La primaire est un acte soi-disant démocratique, mais qui sera pollué par le contexte politique du moment, notamment en octobre prochain. Donc, moi, je souhaite d'abord que nous bâtissions un projet politique, un projet politique entre toutes celles et tous ceux qui pensent qu'un projet socialiste et démocrate, écologiste, soit la meilleure chose pour le pays. Et à partir de là, au travers des sondages, au travers peut-être d'un conclave, au travers de la construction d'une évidence, il faudra déterminer celui ou celle qui sera le mieux placé pour être d'abord M.

Mélenchon, devant Mélenchon au premier tour de l'élection présidentielle, de pouvoir se qualifier à l'élection présidentielle, autour de 18-19% manifestement. Et un élément qui est majeur, c'est non seulement de permettre de rassembler la gauche, mais de ramener les 20 ou 25% d'électeurs venant d'autres sensibilités qui refuseront.

20:45
Présentateur

– C'est-à-dire qu'ils sont partis chez Emmanuel Macron ? Est-ce que pour faire un barrage à l'extrême droite, vous pourriez voter, vous rallier à Édouard Philippe, par exemple ?

20:51
Patrick Kanner

– Mais je ne veux pas d'un second tour d'une droite et de l'extrême droite.

20:56
Présentateur

– Mais ça peut passer par une candidature commune avec Édouard Philippe ?

20:59
Patrick Kanner

– Je voulais dire quoi, une candidature commune ?

21:01
Présentateur

– Est-ce que vous pourriez vous rallier ? Vous dites le meilleur barrage à l'extrême droite, c'est qu'il y ait une union qui aille du centre droit à la social-démocratie.

21:06
Patrick Kanner

– Attendez, là vous êtes déjà sur l'étape législative, il faudra une majorité législative. – Pas que, ça peut être à la présidentielle. – Mais M. Édouard Philippe, c'est l'homme de la retraite à 67 ans, ce n'est pas pour moi un progressiste. Donc je ne vais pas sacrifier mes idées, mes convictions, mon engagement politique à M. Édouard Philippe, pour qui je n'ai aucune sympathie politique particulière.

21:30
Présentateur

– Merci Patrick Caner, c'est très clair, merci beaucoup. – C'est la plateforme Public Sénat. – Sous-titrage Société Radio-Canada

21:43
Locuteur

– Sous-titrage Société Radio-Canada – Sous-titrage Société Radio-Canada – Sous-titrage Société Radio-Canada