Violences faites aux élus: l'interview intégrale de la ministre Dominique Faure sur BFMTV
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Chapitres
Répartition du ton (temps de parole politique)
Propositif 60 %Défensif 40 %
Questions et réponses
Taux de réponse directe : 96 % (directe = 1, partielle = 0,5, éludée = 0)
- 0:12OuverteRéponse directe
Comment en est-on arrivé à 2387 atteintes aux élus (+15% sur un an) ?
- 1:39OuverteRéponse directe
Quelles sont les quatre raisons de cette hausse selon vous ?
- 3:01OuverteRéponse directe
Qu'est-ce que les maires vous racontent sur les menaces cyber ?
- 3:35OuverteRéponse partielle
Peut-on arriver à une pénurie de maires ?
- 3:49OuverteRéponse directe
Racontez-nous ce qui vous est arrivé en tant que maire.
- 4:39OuverteRéponse directe
De quel malheur parlez-vous très concrètement ?
Affirmations vérifiables (citations exactes)
- 0:28Invité politiqueChiffre
« Nous étions à 2265 violences faites aux élus. En 2022, effectivement, vous l'avez dit, c'est plus 15%. »
- 0:49Invité politiqueChiffre
« la violence dans la société était la même qu'aujourd'hui. C'est-à-dire, et c'est grave, très grave, c'est trois homicides par jour. »
- 1:48PrésentateurChiffre
« Selon cette étude, 7 mères sur 10, précisément 69%, affirment avoir déjà été victimes d'incivilité. »
- 2:05PrésentateurChiffre
« En rouge, il y a 4 élus sur 10 qui parlent de menaces verbales ou écrites. »
- 2:09PrésentateurChiffre
« On parle aussi d'injures, d'insultes pour 38% et même d'attaques sur Internet pour 27. »
- 8:09PrésentateurChiffre
« Les démissions, elles s'accélèrent. 350 par an entre 2014 et 2020. 450 démissions par an depuis 2020. »
- 10:27Invité politiquePromesse
« qui vise à augmenter la sanction de qui s'attaque à un élu à 100 000 euros d'amende et 7 ans d'emprisonnement ferme. »
Temps de parole
- Dominique Faure47 %
- Présentateur31 %
- Locuteur non identifié22 %
≈ 2,8 interruptions / 10 min (chevauchements et interjections détectés).
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Bonjour Dominique Faure. Bonjour. Vous êtes ministre délégué chargé des collectivités territoriales et de la ruralité. C'est un petit peu long comme titre, mais pour résumer, c'est vous qui êtes en contact permanent avec les élus locaux de notre pays. Il y a un chiffre, évidemment, qui attire notre attention aujourd'hui, que vous avez communiqué. On va le voir à l'écran. 2387. Ce sont les atteintes aux élus. Une augmentation de 15% sur un an. Une question très simple que tout le monde se pose. Comment on en est arrivé là ?
Nous étions à 2265 violences faites aux élus. En 2022, effectivement, vous l'avez dit, c'est plus 15%. Ces 15% s'expliquent par quatre raisons. D'abord, la violence de notre société aujourd'hui. Je rappelle quand même que dans les années 80-90, alors qu'on a le souvenir d'une société apaisée, la violence dans la société était la même qu'aujourd'hui. C'est-à-dire, et c'est grave, très grave, c'est trois homicides par jour. Mais la première raison de cette violence faite aux élus, c'est la violence tout court dans la société. La seconde, c'est que j'ai appelé de mes voeux. Nous avons appelé de nos voeux que les maires portent plainte beaucoup plus systématiquement.
C'est une libération de la parole.
Libération de la parole. Et ça a un effet, effectivement, d'augmentation du nombre de plaintes. Et c'est utile. Pourquoi ? Parce que nous avons créé un centre de lutte contre les violences faites aux élus. Ce centre analyse et fait une évaluation pour ensuite mieux protéger, toujours mieux protéger nos élus. Ensuite, c'est effectivement les politiques que nous avons portées en ce début d'année avec, entre autres, la réforme des retraites qui a généré beaucoup de violences. Et puis, pour finir, juin-juillet, ces violences urbaines, ces émeutes. Donc, ces 15% s'expliquent, je pense, de par ces quatre raisons.
On va rentrer dans le détail de cette étude du Cévi-Pof qui a également été publiée aujourd'hui pour comprendre très précisément de quoi on parle. Selon cette étude, 7 mères sur 10, précisément 69%, affirment avoir déjà été victimes d'incivilité. On parle là d'impolitesse, d'agressivité. C'est 6 points de plus en un an et 16 points de plus depuis 2020. On le voit là aussi sur la deuxième barre. En rouge, il y a 4 élus sur 10 qui parlent de menaces verbales ou écrites. On parle aussi d'injures, d'insultes pour 38% et même d'attaques sur Internet pour 27. C'est catastrophique quand on voit ça pour les élus qui sont très engagés, notamment dans les petites villes, les petites communes.
En fait, nous travaillons pour faire en sorte que ces violences stoppent. Et c'est inacceptable. Moi, je suis là pour protéger nos maires et nos élus. Ils le savent. J'en suis à 120 déplacements sur le territoire. Et je rencontre beaucoup nos élus locaux. Donc le programme que nous avons mis en place, à la fois ce plan de lutte, mais aussi juste avant ce pack sécurité avec les 3400 gendarmes pour lutter contre les violences faites aux élus, pour protéger nos élus, effectivement sont là. On a mis vraiment beaucoup l'accent aussi sur ces cybermenaces, cyberviolences, parce que les réseaux sociaux, en fait, accélèrent ce phénomène de violences faites aux élus.
Qu'est-ce qu'ils vous racontent, les maires, vous qui les connaissez bien, vous leur parlez au quotidien, quand on parle de menaces cyber sur Internet, ça correspond à quoi ?
C'est insupportable. C'est tout simplement une marionnette avec une photo du maire sur la tête et puis qui peut être violée, frappée, clouée au sol. C'est insupportable. Insupportable. Il voit ces images tournées en boucle. Et heureusement, grâce à une plateforme Pharos que nous avons énormément développée, avec le signalement sur Pharos, on a pu déréférencer pas mal de plateformes qui sont totalement nocives.
– Évidemment, il y a quand même une question qui se pose, c'est qu'on voit ces chiffres qui sont affolants. Est-ce qu'on peut arriver à une pénurie de maires ? On va poser la question à notre invité qui était avec nous. Également, c'est Christian Urgal. Bonjour, vous êtes-vous maire sans étiquette de Montjoie, c'est dans le Tarn-et-Garonne. Racontez-nous d'abord ce qui vous est arrivé. La ministre vous écoute ici en plateau.
– Oui, bonjour. Oui, je suis Christian Urgal, le maire de la commune de Montjoie, qui se situe dans le Tarn-et-Garonne, 82. Eh bien, écoutez, c'est un de mes administrés, disons, qui est indifférent avec la commune au sujet d'un chemin rural. Vous voyez, c'est tout simple. C'est un chemin qui a été modifié il y a environ une vingtaine d'années. Ce monsieur arrive sur la commune et n'est pas d'accord avec ce nouveau tracé qui a été fait il y a 20 ans. Donc, pour régulariser la chose, j'ai donc fait deux enquêtes publiques qui a confirmé le tracé. Ce monsieur n'étant toujours pas d'accord, eh bien, a fait venir un youtubeur d'extrême droite qui est Papacito.
Et suite à ça, disons, tous les malheurs me sont arrivés dessus.
– C'est-à-dire, de quel malheur vous parlez très concrètement ? Expliquez-nous.
– Alors, si les malheurs sont arrivés, c'est-à-dire que par là, il a fait venir un youtubeur, donc Papacito, qui aussitôt a fait toute une vidéo à mon sujet. On en avait même fait deux. Et la deuxième vidéo était la pire, c'était la chasse à l'élu. On ne voit pas dans 45 minutes… – La chasse à l'élu ? – La chasse à l'élu, ce n'est pas plus que ça, parce que c'est une vidéo qui est passée sur Youtube. Et on voit, disons, des hommes en armes, pistolets, fusils, en cercle. Et le mot d'ordre, c'était de m'attraper sous forme de mascotte, de me tabasser. Ils montrent la façon de me violer et de me laisser pour mort. C'est une séquence qui était sur Youtube et qui durait à peu près 45 minutes.
– Monsieur le maire, vous avez l'air d'avoir le sourire aujourd'hui, et tant mieux, vous avez l'air d'aller bien. Mais comment vous vivez concrètement aujourd'hui ? Ça se poursuit, ces menaces ?
– Non, ça se poursuit. Alors, je vais bien parce que je montre que je vais bien, parce que je ne veux pas céder. Ce sont des gens qui veulent détruire aussi bien la Commune que la République quelque part. Ça, moi, j'en suis persuadé. Ils souhaitent que je démissionne et que je quitte la Commune. Donc, non, non, je suis dans mon droit. Nous sommes dans un pays de droit. Donc, je reste en place. J'ai le sourire pour leur montrer que ce n'est pas un défi, c'est que je suis bien en place. Je suis élu et je respecte tous mes administrés.
– Madame la ministre, c'est consternant ce qu'on entend là. C'est sidérant. « On a tous connaissance d'un élu près de chez nous, de petites villes, villes rurales. » Qu'est-ce que vous lui répondez ?
– En fait, je n'ai pas besoin du plateau pour lui répondre. – Vous lui parlez déjà, j'imagine, à côté. Mais comment vous réagissez quand on vous rapporte ces témoignages ? – Évidemment, je l'ai même reçu à Beauvau en début d'année. Je lui réponds et j'espère que c'est aussi pour ça qu'il a le sourire qu'on est à ses côtés. On est à ses côtés sur le plan de la protection avec M. le Préfet et les gendarmes du Tarn-et-Garonne. Mais on est à ses côtés aussi pour faire en sorte que ces plaintes soient suivies des faits. Il y a actuellement deux plaintes en cours.
La première au tribunal de Montauban sur des faits de menaces physiques présentes sur sa commune, mais aussi sur tout ce qui est cyberviolence, dont nous parlions avant, au niveau du TGI de Paris, au pôle national de lutte contre la haine en ligne. Et là, on travaille sur les sujets dont il parlait tout à l'heure avec ce youtubeur Papacito, dont grâce à Pharos, la plateforme a été déréférencée.
– M. le maire, vous avez déjà pensé à démissionner ?
– Tout à fait, non. Sincèrement, non. Mon épouse, oui, elle m'a poussé à démissionner. – Parce qu'elle n'avait pas perçu, j'imagine. – Eh bien, disons, elle a été menacée. On est venu nous menacer à notre domicile. D'abord, en plus, ils ont tagué sur les routes 30 kilomètres aux alentours de mon domicile. Ils ont tagué mon nom avec les flèches pour qu'on puisse venir jusqu'à mon domicile. C'est pour ça qu'aussitôt, M. le préfet, la gendarmerie ont fait le nécessaire et j'ai été contacté par Mme la ministre. Alors, je remercie entièrement la gendarmerie qui est venue aussitôt, M.
le préfet et Mme la ministre qui me suit, comme elle l'a dit depuis l'année dernière, qui me suit, son cabinet m'appelle. Ça, de ce côté-là, je n'ai aucun reproche à faire. Bien au contraire.
– Alors, vous, M. le maire, on le voit, vous résistez, vous avez beaucoup de courage et vous êtes encore à votre poste aujourd'hui. C'est évidemment à noter, mais ce n'est pas le cas de tout le monde. Parce que dans cette étude du Cévi-Pof, il y a d'autres chiffres qui sont importants de noter. Les démissions, elles s'accélèrent. 350 par an entre 2014 et 2020. 450 démissions par an depuis 2020. On rappelle qu'en France, la moitié des 35 000 communes, ce sont des communes de moins de 500 habitants. On va finir avec une France sans maire, en fait. Comment ça va finir ?
C'est un sujet auquel je me suis attelée dès le mois de mars et sur lequel nous avons travaillé avec l'AMF et David Lissnard, qui a accepté de travailler sur ce sujet. Ce sujet, les origines de ces démissions, elles ne sont pas ces violences faites aux élus. Vous voyez le courage de nos maires et à quel point Christian Hergal illustre ce courage. Le sujet des démissions, c'est la charge administrative, c'est la complexité, c'est la difficulté à concilier ce mandat de maire avec une vie familiale, avec un emploi, puisque les indemnités de nos élus locaux ne leur permettent pas de remplacer un emploi.
Il faudrait les augmenter. Ça peut être une solution concrète, augmenter les indemnités pour pouvoir faire en sorte que la fonction d'élus soit revalorisée avec plus d'estime ?
Ça a été l'objet, et pas seulement la revalorisation de l'indemnité, mais ça a été l'objet d'une grande réunion que j'ai organisée avec l'AMF à Paris il y a seulement trois semaines, la Convention nationale de la démocratie locale. L'objet, c'était de voir comment on pouvait augmenter le pouvoir d'agir de nos élus locaux, comment on pouvait leur simplifier la vie, et comment on pouvait supprimer une grande partie de ces irritants pour leur vie au quotidien. Donc oui, on va pouvoir faire des choses. Oui, il faut travailler sur l'augmentation des indemnités de nos élus locaux si courageux.
Et oui, je pense qu'avec le travail que nous faisons, on arrivera encore à avoir beaucoup de candidats pour nos élections municipales de 2026.
Et pour conclure, il nous reste peu de temps, Madame la Ministre, mais c'est quoi les solutions concrètes ? Parce que là, on parle évidemment, on montre ces chiffres, mais qu'est-ce qu'on fait ? Est-ce qu'il faut mettre plus de caméras peut-être dans les villes, dans les villages même ? Quelles sont les solutions concrètes que vous imaginez, vous, en tant que ministre, en poste au gouvernement ?
Elles sont en place, ces solutions concrètes.
Mais ça continue, ces chiffres sont encore alarmants, j'aurais peut-être allé plus loin.
Si vous me parlez de la violence faite aux élus, les chiffres sont là. Effectivement, c'est plus 15% d'augmentation. Le plan, il est en place depuis le mois d'avril, mais ce qui nous manquait, c'était la sanction. Il nous manquait un texte de loi qui vient d'être voté à l'unanimité au Sénat, et qui va passer à l'Assemblée avant la fin de l'année, qui vise à augmenter la sanction de qui s'attaque à un élu à 100 000 euros d'amende et 7 ans d'emprisonnement ferme. Nous espérons qu'avec maintenant ce nouveau texte et ces sanctions, ça servira de prévention et on verra, et de découragement pour tous ceux qui envisagent de s'attaquer à un élu.
Merci beaucoup, madame la ministre, d'avoir été avec nous sur BFM TV pour réagir. Merci aussi à vous, monsieur le maire. Évidemment, beaucoup de courage. Et merci pour votre témoignage en direct sur notre antenne.